La Plume d'Aliocha

04/06/2009

L’admiration est-elle journalistiquement correcte ?

Filed under: Eclairage — laplumedaliocha @ 14:35

C’est un article de Regis Soubrouillard sur Marianne 2 qui me fait réagir aujourd’hui. Celui-ci pointe du doigt à juste titre l’engouement de Laurence Haïm pour Obama. Vous savez, Laurence Haïm c’est la journaliste de Canal+ qui a réussi le tour de force d’obtenir la première interview en France du Président des Etats-Unis. L’exploit mérite d’être salué. Le problème, c’est qu’elle apprécie Obama et ne s’en cache pas, y compris face à ce-dernier et…à des millions de télespectateurs. Ce n’est pas la première fois qu’un journaliste est critiqué en raison de ses opinions personnelles. Elles soulèvent en effet la question de l’indépendance. Peut-on être objectif et critique quand on apprécie, voire quand on admire ? Ne risque-t-on pas de déraper dans l’apologie niaiseuse comme ce fut le cas du Point avec Rachida Dati  ? Il me semble que la question recouvre plusieurs réalités différentes. Il y a celle de l’organe de presse défendant  sa personnalité politique favorite et mêlant maladroitement flagornerie diplomatique et vraie conviction. Et puis celle, différente, du journaliste sincèrement admiratif d’une personnalité. Car il arrive en effet qu’on soit séduit. Sincèrement. Par des gens que nous considérons comme étant de valeur. L’esprit critique alors risque fort de s’endormir, a fortiori lorsque, comme dans le cas d’Obama, on a quasiment le monde entier derrière soi. Ainsi se façonnent les idoles médiatiques, celles que l’on déboulonne généralement quelques temps plus tard parce que nul n’est jamais à la hauteur de l’image idéale qu’on en brosse. C’est sans doute sur ce terrain que l’exigence d’objectivité se fait la plus cruciale, cette fichue objectivité tant décriée aujourd’hui. Bien sûr qu’elle n’est jamais parfaite. Mais il me semble que dans le cas d’Obama, elle s’impose d’autant plus qu’il a tout pour devenir une idole, ce qui doit conduire à une mise à distance renforcée. L’exercice est infiniment difficile, mais il me semble que c’est la seule manière d’éviter de brûler dans quelques temps, ce que nous sommes en train de commencer à adorer dangereusement.

Et puisque nous sommes sur le thème de l’indépendance, je vous invite à aller visionner chez @si (accès libre, 2ème vidéo) l’intéressante altercation entre Bayrou et le journaliste de France Inter qui l’interviewait ce matin. Eh oui, il n’y a pas qu’RTL qui soit en butte aux critiques du candidat. Deux choses sont relativement inédites dans cette interview : qu’un politique s’en prenne frontalement à un journaliste (je ne parle pas des vacheries de Sarkozy, généralement envoyées sous la ceinture, ou des accès de nerfs vite réprimés des autres) et que ce-dernier rétorque avec autant de fermeté. Je trouve cela très sain. Et puis ça change agréablement de la langue de bois !

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18 commentaires »

  1. Laurence Haïm informe ouvertement le spectateur de son admiration : cette information stimule l’esprit critique du spectateur et l’encourage à faire preuve de distance alors que sa dissimulation le manipulerait incidemment.

    Son admiration la rend-elle moins objective, moins indépendante? Seule l’analyse de l’interview, la pertinence des sujets traités et des questions posées, leurs caractères critique et sans compromission permet d’en juger. On peut très bien être sévère avec quelqu’un qu’on estime, on le sera peut-être même plus qu’avec quelqu’un qui nous indiffère, car on attend qu’il se montre à la hauteur de l’estime qu’on lui porte. On sera peut-être même plus objectif qu’avec quelqu’un qu’on méprise, dont on serait tenté de noircir le tableau. On peut aussi envisager qu’un journaliste, conscient de son admiration, s’astreigne à être plus exigeant avec lui-même, par souci d’objectivité.

    Rappelez-vous du off entre Roselyne Febvre et Rachida Dati qui révélait leur amitié. En aurions-nous su quelque chose sans ce off qui nous permet d’avoir un regard plus distancié?

    Combien de journalistes entretiennent une relation amicale avec des personnalités qu’ils rencontrent professionnellement sans le dire?

    Aliocha : les vertus de la transparence ! Elles sont tellement vantées actuellement qu’il m’arrive de croire qu’on doit pouvoir tuer son voisin de palier du moment qu’on prend soin de faire un communiqué informant le public du forfait commis et des raisons qui y ont présidées. A peu de choses près c’est ainsi que fonctionne la finance. Toute plaisanterie mise à part, je parle ici de l’indépendance du journalisme vis à vis de lui-même, est-on sûr d’être encore objectif quand on admire ? C’est une question récurrente pour moi, elle est d’ailleurs particulièrement sensible quand on rédige un portrait.

    Commentaire par Ferdydurke — 04/06/2009 @ 15:18

  2. Bah, en même temps, il me semble que Laurence Haim soit la seule journaliste française accréditée auprès de la Maison Blanche (vous me rectifierez en cas d’erreur). Elle écume ce secteur pour sa chaîne depuis de nombreuses années. Il était donc logique que ce soit elle qui emporte « le marché ». Il y a fort à parier (et peut-être est-ce d’ailleurs arrivé, je n’en ai pas souvenir), qu’elle ait travaillé d’arrache-pied pour une interview des occupants précédents, atomes crochus avec ou pas. Elle fait son métier, quoi!
    Quant au résultat, à vrai dire, je n’ai pas regardé l’entretien… 😦

    Aliocha : nous sommes d’accord sur ce point. La question qui se pose est celle de la manière dont elle a mené l’interview, visiblement éblouie par son interlocuteur. Je ne la critique pas, il faut avoir le cuir bien dur pour résister à l’Obamania, d’ailleurs, je n’y résiste pas. Le problème, c’est qu’un journaliste est censé conservé ses distances…

    Commentaire par Maraudeur — 04/06/2009 @ 15:25

  3. @ Aliocha

    Bien qu’ayant compris votre plaisanterie, quand je parle de transparence, je pense déontologie et probité professionnelle : « j’informe les auditeurs/spectateurs/lecteurs de mon estime pour Untel et maintenant je vais faire mon travail… »

    Sur l’indépendance et l’objectivité vis-à-vis de soi-même, je crois que seul s’astreindre à être plus exigeant et plus critique sur son propre travail permet de les garantir. Ce principe ne vaut d’ailleurs pas que pour les journalistes!

    Aliocha : j’avais compris aussi mais puisque vous me cherchez, je vous cherche également, de sorte qu’il est possible qu’on se trouve ! Le problème n’est pas qu’elle admire Obama comme 99% de la planète, mais les conséquences de cette admiration sur son travail et sur les questions posées.

    Commentaire par Ferdydurke — 04/06/2009 @ 15:42

  4. Sur la première vidéo, c’est lors de l’élection du bon vieux Georges, et pas celle d’Obama. (je fais concis, mais j’ai pas fini de lire votre article)

    Aliocha : oups, très juste, je rectifie.

    Commentaire par Jack — 04/06/2009 @ 16:23

  5. @ Aliocha

    Toute l’enjeu est de ne pas nous cogner quand nous nous trouverons. Je ne voudrais pas être narvicifié du fait d’une mauvaise trajectoire 😉

    Comment résister à la tentation du culte? Avoir vécu ou vivre dans un pays dont l’histoire a montré où cela peut mener…

    Commentaire par Ferdydurke — 04/06/2009 @ 16:38

  6. Aliocha, ma chère, en parlant d’admiration pour Dati, voici on pourrait dire en quelque sorte son contraire : http://fr.news.yahoo.com/67/20090603/ten-rachida-dati-allez-vous-faire-foutre-3f728ab.html
    Avez-vous une opinion là-dessus ?

    Commentaire par Triskael — 04/06/2009 @ 16:41

  7. Bonjour,

    La question se poserait de la même manière si la journaliste éprouvait une aversion notoire pour la personne interviewée non ?

    L’objectivité me semble être un idéal vers lequel devrait tendre chaque journaliste, pour autant je ne pense pas que cela soit possible d’être totalement objectif…

    Il me semble que Jean-Michel Aphatie, disait dans un de ses billets (désolé mes souvenirs ne sont pas plus précis que cela) qu’un journaliste à défaut de pouvoir être entièrement objectif, devait savoir contrôler sa subjectivité.

    J’espère ne pas trahir ses propos avec mes souvenirs mais cela me semble plus cohérent avec les faits non ? J’assimile la quête de l’objectivité à la quête de la perfection, il faut tendre vers elle, tout en sachant qu’elle ne sera jamais atteinte.

    Aliocha : Nous sommes d’accord 😉

    Commentaire par François — 04/06/2009 @ 17:07

  8. Il me semble qu’il faut distinguer le champ déontologique du champ qualitatif.

    Là où je rejoins Ferdydurke c’est que Laurence Haïm n’avance pas masquée : si biais il y a le spectateur en a pris connaissance et peut donc prendre le recul nécessaire. La démarche ne me parait pas déontologiquement contestable.

    Et si la journaliste n’est pas capable de transcender son admiration pour poser des questions pertinentes, cela relève il me semble du même problème que le journaliste débutant qui se laisse embarquer par les fadaises d’un communiquant : c’est auprès de la rédaction qu’il faudra rendre des comptes. Car le spectateur, s’il ne tire rien de cette ITW, dispose pour sa part d’une arme redoutable : la zapette.

    Commentaire par Morm — 04/06/2009 @ 17:38

  9. Je viens de voir la seconde vidéo. Effectivement le dialogue y est sans langue de bois. Comme il est marqué en marge, il est âpre. Dommage qu’un tel dialogue soit si rare!!! Mais que dire lorsqu’en feuilletant le quatrième de couverture d’un livre intitulé « Un petit tour en enfer » cet après-midi à Montparnasse en attendant un train, je découvre que son auteur, Franck Demules, est certes journaliste à Libération mais surtout le conseiller privé depuis dix ans de … Carla!!! Son parcours a lui aussi a été âpre, et en cela il mérite le respect, mais il y a là un mélange des genres qui me dérange quelque peu.

    Commentaire par H. — 04/06/2009 @ 18:35

  10. Pour ce qui est de Laurence Haïm, se justifier de son attitude en prévenant qu’elle est admirative du personnage ne peut, et ne doit être pris en compte et l’absoudre de son péché ! Elle est en effet journaliste professionnelle, elle se doit de faire abstraction de ses convictions lorsqu’elle fait son métier. Après, hors antenne, elle peut faire ce que bon lui semble peu importe. Pas en plein exercice de sa fonction ! Ayant moi même du écrire nombre d’articles sur des personnes que j’appréciai particulièrement je sais o combien il est difficile (impossible, soyons honnête) d’être alors parfaitement objectif, mais de là a exprimer sa flamme…

    En ce qui concerne l’échange Bayrou-Demorand, je suis moi aussi très satisfait de la réaction du journaliste d’Inter, mais crois qu’il s’agit plus d’une réaction d’énervement préventif qu’une contre-attaque vis à vis de Bayrou. Le père François a voulu remettre une bonne beigne à la politique de Sarkozy en crachant sur sa tentative de main-mise sur les média nationaux, et Demorand a estimé qu’il recevait quelque postillon ! Mieux vaut prévenir que guérir, si demain on doit reprocher un traitement pro-sarko de l’info sur Inter, ce ne sera pas Demorand que l’on pourra accuser, qu’on se le dise ! Même cas de figure si on devait s’irriter d’une Bayroumania ! 🙂

    @ H.
    Franck Demule n’était pas journaliste visiblement (« A «Libération», où Franck fut, dès l’âge de 14 ans, livreur, standardiste puis maquettiste… ») in Le Nouvel Obs’ (http://hebdo.nouvelobs.com/hebdo/parution/p2322/articles/a400904-le_mousquetaire_de_carla.html)

    Commentaire par Mister Cham — 04/06/2009 @ 20:03

  11. @ Mister Cham

    Montrez donc un peu de cette objectivité dont vous nous vantez les mérites : Laurence Haïm ne se justifie pas et ne prévient pas qu’elle est admirative du personnage. Elle fait état de son admiration, ce qui fait une nette différence. Elle ne cherche donc pas à s’absoudre de quoi que ce soit!

    J’ai en outre la faiblesse de croire que pour être la seule journaliste française accréditée à la Maison Blanche, il faut justifier d’un certain niveau de compétence : j’en déduis qu’elle savait pertinemment ce qu’elle faisait et qu’elle l’a fait à dessein. Peut-être dans le simple but de créer une ambiance cordiale et détendue avant d’entrer dans le vif du sujet, qui sait?

    Ne vous en déplaise, si je ne demanderais jamais à un journaliste de dévoiler les noms de ses relations d’ordre privé, je préfèrerais toujours un journaliste qui ne dissimule pas qu’il connaît l’interlocuteur qu’il va interviewer ou qu’il a de l’estime pour lui. Pour la simple raison que cela me permet à moi, auditeur/spectateur/lecteur, de savoir à quoi m’en tenir et d’analyser en conséquence la conversation avec la distance adéquate.

    Enfin, un lien personnel ou l’estime qu’on porte ne préjuge en rien de la qualité de l’interview, du regard critique et de l’objectivité de l’interviewer. Cela ne vous est-il jamais arrivé de dire à un ami qu’il fait n’importe quoi? Si vous le pouvez, je pense qu’un journaliste pour lequel l’objectivité est une qualité professionnelle autant qu’un impératif déontologique saura en faire preuve, s’il le veut.

    Quant au terme de « péché »… Pensez-vous qu’il faut la brûler en place publique ou qu’une marque au fer rouge sur le front fera l’affaire?

    Commentaire par Ferdydurke — 04/06/2009 @ 21:08

  12. @Ferdydurke

    Ouch, quel retour !
    Quelques remarques toutefois.

    Vous écrivez : « …prévient pas qu’elle est admirative du personnage. Elle fait état de son admiration, ce qui fait une nette différence. » Il y a un « jeu » de mots ?

    Dans votre premier commentaire vous prétendez que « cette information stimule l’esprit critique du spectateur et l’encourage à faire preuve de distance alors que sa dissimulation le manipulerait incidemment ».
    J’ai un peu de mal à vous suivre là. Vous voulez dire que tout journaliste peut clamer son admiration pour un homme politique, c’est au lecteur, auditeur, téléspectateur de tenter de trouver la part d’objectivité dans son travail ? De faire le tri… Je comprends mieux pourquoi la presse perd de sa crédibilité…

    Dans la réponse à mon commentaire vous me demandez s’il m’est jamais arrivé de dire à un ami qu’il faisait n’importe quoi ? Bien sûr que oui. Mais il y a loin entre un « ami » et une « connaissance » que l’on admire. Et si cette « connaissance » est le président de la première puissance mondiale, c’est encore plus compliqué…

    Maintenant je ne me permettrai pas de mettre en doute les qualités professionnelles de Laurence Haim que je ne connais pas bien. Reste que sa prestation, certes délicate, ne m’a pas vraiment emballé… Et je rejoins un peu Regis Soubrouillard dans son point de vue.

    Enfin, je vous concède que l’emploi du mot « péché » n’est pas à sa place. Pour deux raisons. Tout d’abord parce que le simple fait de « faire état de son admiration », pour qui que ce soit, n’est condamné par aucune religion que je sache…
    Ensuite, en tant que personne totalement athée, je manquerai bien d’objectivité à devoir juger un quelconque péché 😉

    Plus sérieusement je souhaitais juste marquer le coup en utilisant les termes « absolution » et « péché ». Mais vous n’avez pas su à quoi vous en tenir et analyser en conséquence mes propos avec la distance adéquate, comme vous le dites si bien.
    Peut-être aurais-je du, en introduction de mon commentaire, faire état de mon péché mignon, toujours forcer un peu le trait pour amener à la réaction. 😉

    Commentaire par Mister Cham — 05/06/2009 @ 01:37

  13. @ Mister Cham

    Désolé pour la rudesse du retour.

    Point de jeu de mots. Dans l’interview, elle ne s’adresse pas au spectateur mais au Président et converse avec celui-ci. Si cela n’avait pas été diffusé, nous aurions été dans un cas similaire au off Dati/Febvre (deux copines qui discutent).
    Se justifier ou prévenir ce serait s’adresser directement au spectateur pour lui dire « prenez note, chers téléspectateurs, que j’admire Obama parce qu’il est soooo cute« .

    Sur la stimulation de l’esprit critique du spectateur. Parmi mes nombreuses faiblesses, j’ai aussi celle de croire que les Français et les autres ne sont pas des veaux et que leur rôle ne se limite pas à écarter les mâchoires pour ingurgiter tout ce qu’on tente d’y fourrer, même si c’est le rêve des politiques et des communicants, mais à goûter ce qu’on tente d’y fourrer quitte à le recracher au lieu de l’avaler bien gentiment.
    Si le journaliste doit faire preuve d’objectivité, le récepteur de son propos doit faire preuve d’esprit critique.

    Tout ce que je dis, c’est que la donnée fournie par Laurence Haïm Barack darling, i love you sooo much, you can’t imagine! (Réponse de Barack : I can, baby, yes I can) allume dans mon cerveau le voyant « risque de manque d’objectivité du journaliste », ce qui déclenche en moi une augmentation des sécrétions d’esprit critique qui se chargeront de décortiquer le discours reçu. En d’autres termes, quand le journaliste clame son admiration, mon analyse de son travail sera plus critique et efficace que s’il ne la clamait pas.

    Compliqué de titiller Mister President sur un point qui dérange? Il ne déclenchera pas la troisième guerre mondiale pour cela… Etant très infidèle à la presse française (oui, Aliocha, j’avoue : je vous trompe) et préférant m’encanailler avec ses semblables d’Outre-Manche et d’Outre-Rhin, je peux vous dire qu’elles savent très bien passer sur le grill leurs interlocuteurs(trices), même si elles descendent des pintes ou mangent des weisswurst en leur compagnie entre deux interviews. Le scandale des notes de frais britanniques en est un excellent exemple. Je ne dois pas aimer les soumises… 😉

    S’agissant de vos deux dernières phrases, j’hésite entre la pirouette et la sortie bien tournée. Je les replonge dans la solution d’enzymes puis à la centrifugeuse une dernière fois et je reviens vers vous. 😉

    Commentaire par Ferdydurke — 05/06/2009 @ 08:43

  14. Sans tomber dans le syndrome Bisounours, pourquoi faut-il systématiquement être critique, voire résolument contre, pour être crédible ?

    Dans le même ordre d’idée, de nos jours, dire de quelqu’un qu’il est « gentil » est devenu une critique et même une injure. A contrario, lorsqu’on présente un nouveau venu en le qualifiant de « monstre » ou de « tueur » c’est presque un gage de réussite (cf. l’ex-président du Medef, Ernest-Antoine Seillière, présenté comme tel lors de son arrivée à la présidence du Medef).

    De même, un débat qui commence par des critiques et des attaques franches, directes et provocantes est perçu comme étant « au dessus de tous soupçons ». Les hommes politiques jouent d’ailleurs systématiquement ce rôle lorsqu’ils s’opposent violemment et par principe, comme par réflexe Pavlovien, à toute proposition du camp opposé.

    Voici une anecdote qui illustre cet état d’esprit et cette volonté de chercher et d’entretenir coûte que coûte le conflit et l’agressivité et qui m’a laissé perplexe : dernièrement, lors d’un débat télévisé sur France 2, les 2 invités sensés débattre de 2 points de vue diamétralement opposés ont trouvé un point d’accord avec bon sens… et la journaliste (Elise Lucet, pourtant si douce et si souriante !) d’intervenir promptement dans le débat pour déclarer : « Ha Non messieurs, vous ne jouez pas le jeu. Vous devez vous opposer et vous contredire. Vous ne pouvez pas être d’accord comme ça !… ».

    Cette intervention m’a laissé quelque peu dubitatif sur la sincérité de ce type de débat. Le pire, je crois, c’est que malheureusement l’agressivité et l’opposition font plus recette que le pacifisme et l’entente cordiale. D’ailleurs, on voit plus de matchs de boxe que des combats de caresses ! 😉

    Commentaire par Oeil-du-sage — 05/06/2009 @ 09:46

  15. @ Oeil-du-sage

    « Le pire, je crois, c’est que malheureusement l’agressivité et l’opposition font plus recette que le pacifisme et l’entente cordiale. D’ailleurs, on voit plus de matchs de boxe que des combats de caresses ! »

    Amusant, c’est ce que j’explique à Aliocha, sans parler d’agressivité, ailleurs sur ce blog. Aïe, elle m’a mordue! Vivement le temps des caresses… J’espère qu’il viendra avant celui des cerises. 😉

    Commentaire par Ferdydurke — 05/06/2009 @ 10:49

  16. Bonjour Aliocha,

    Voilà une nouvelle problématique des plus intéressantes, chère consoeur ! Il m’est arrivé de faire des interviews de personnes pour lesquelles j’ai une vraie estime et même une certaine sympathie. Pas facile, effectivement, car on aurait bel et bien tendance à se reposer sur une certaine facilité, au détriment du lecteur. En même temps, je ne crois pas que le devoir d’objectivité nous contrait à être distants, froids ou teigneux. Les – rares – personnes que j’estime vraiment parmi mes interviewées sont au courant des règles de la presse et jouent le jeu. Pas de clin d’oeil pour dire « ne posez pas cette question » ou « je ne répondrai pas autre chose que de la langue de bois et faites en sorte que ça passe bien ». Non. L’interview se transforme en vrai dialogue et je pense que mes lecteurs ne sont pas spoliés d’informations.

    Pour tout dire, je ne crois pas à l’objectivité, plutôt à l’honnêteté intellectuelle. Être objectif, ça voudrait dire à mon sens aborder chaque sujet de la même manière, ce qui me paraît impossible, étant donné que nous sommes des êtres humains en face d’autres êtres humains. Avec les états d’âme du quotidien qui en découlent de part et d’autre.

    La grosse difficulté serait pour moi d’interview une personne que j’admire véritablement, d’abord parce que je pense que j’aurais le trouillomètre à zéro et également parce qu’alors, effectivement, je ne suis pas sûr d’avoir assez de distance pour, au besoin, la pousser dans quelques retranchements.

    Commentaire par Martin K — 05/06/2009 @ 12:20

  17. En effet, la vidéo est fantastique, on aimerait voir ça plus souvent, notamment face aux politiques de partis hégémoniques (ainsi, la contradiction entre l’opposition de l’UMP à l’entrée de la Turée dans l’UE et la position présidentielle qui laisse aller les négociations ne choque pas beaucoup de journalistes).

    Vous affirmez toutefois que Bayrou est candidat, ce qui est erroné (sinon à 2012, du moins pas aux européennes, ce fut également l’erreur de Mme Chabot d’inviter des non-candidats débattre de cette élection).

    Aliocha : je pourrais me défendre en invoquant le lapsus vu que ce politique est candidat à tout et tout le temps, ce qui en fait un éternel candidat, mais vous avez factuellement raison, par conséquent, je m’incline.

    Commentaire par Bardamu — 05/06/2009 @ 14:24

  18. Je viens de visionner la vidéo de l’interview et ce qui interpelle finalement, et même choque certains, c’est que Laurence Haïm est sincère dans ces propos admiratifs !

    A l’inverse, si son admiration avouée sentait l’hypocrisie et la manipulation, personne n’y aurait trouvé à redire…

    C’est terrible, et je ne peux m’empêcher de faire le lien avec ces débats politiques en vue des élections européennes où les politiques s’envoient perfidement de fausses roses pleines de piquants à l’image du débat télévisé d’hier soir ou les fausses déclarations d’admiration ont alterné avec de véritables et féroces attaques en règle.

    Décidément, la perfidie en filigrane reste une valeur bien plus sûre que la sincérité affichée !

    Commentaire par Oeil-du-sage — 05/06/2009 @ 15:07


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