La Plume d'Aliocha

02/06/2009

Qui a cassé le « jouet » Susan Boyle ?

Filed under: Coup de griffe — laplumedaliocha @ 15:12

Il y a quelques semaines, je m’émouvais ici de la belle voix de Susan Boyle et me réjouissais de son succès, tout en espérant qu’une fois les projecteurs éteints elle s’éloigne du monde infernal du show bizz. Il  me semblait que cette femme n’était pas taillée pour les paillettes et l’infecte univers qu’elles recouvrent, que ceux qui l’avaient méprisée, puis adulée, n’allaient pas tarder à la briser pour conclure avec une insupportable commisération qu’elle n’était pas faite pour « la dure loi de la célébrité ». L’actualité malheureusement confirme ce pressentiment (voir l’analyse d’asi sur les réactions de la presse britannique – (payant-). Au fond, elle n’était pas faite en effet pour l’exercice, mais ce n’est pas celui de la célébrité, comme ils disent, c’est celui façonné par une poignée de décervelés – producteurs et animateurs – pour qui tout ce qui n’est pas jeune, bronzé, et branché ne mérite que le mépris. Cette même poignée de sans scrupules qui attirent le candidat aux paillettes sur le mode, « tu veux entrer dans notre monde coco, soit, mais tu vas en baver et on ne t’aidera pas, compte pas là-dessus ». Les jeux du cirque sont ouverts, que le meilleur gagne ou plutôt survive ! Résultat, Susan Boyle qui ne bénéficiait ni d’une carosserie à la Tex Avery susceptible d’attendrir un producteur ni de la mentalité du héros de American Psycho pour nager avec les requins a été hospitalisée d’office. Elle a craqué, après avoir terminé deuxième du « concours ». C’était écrit.

Et la presse britannique de faire le procès des médias, de la télévision et du public qui, finalement serait en dernier ressort le principal responsable. C’est lui qui exige ces émissions me dit-on, lui qui encense ou démolit un candidat, bref, c’est lui, autrement dit nous, qui commandons. Ah bon ? Est-ce vraiment le public ? N’est-ce pas plutôt l’idée que se font les producteurs du public ?  Qu’est-ce que c’est que cette tyrannie contemporaine du jeune prodige, bien looké, capable de danser, de chanter n’importe quel répertoire, acceptant de confier ses états d’âme à la caméra et de se soumettre à un jury de pacotille ? Qu’est-ce que c’est que cette comédie du vote populaire pré-formaté sur la base d’un produit de marketing télévisuel dans lequel l’image compte pour tout et le talent pour presque rien ? Croit-on que Brassens, Brel, Ferré, ou même Piaf et Aznavour auraient passé avec succès ces concours faussés à la base ? Où est-il ce public qui soi-disant applaudirait à la cruauté de l’exercice ? Certes, on lui montre le vainqueur pleurant de bonheur, mais je ne me souviens pas qu’on lui ait montré aussi les candidats brisés qui s’effondrent dans les coulisses ni qu’il existe un droit de suite sur tous les laissés pour compte, les victimes de ces gloires aussi fausses qu’éphémères. Qu’on envoie donc ces productueurs et ces animateurs bronzés et liftés animer des soirées mousse à Ibiza ou s’arroser de champage à la Voile rouge et qu’ils cessent de prétendre nous donner ce qu’on attend quand ils ne font qu’imposer leur insupportable vacuité et en tirer les juteux bénéfices. Ils ont jeté Susan Boyle aux chiens, ils ont excité la meute, orchestré son dépeçage, qu’ils ne viennent pas nous dire maintenant qu’ils l’ont fait au nom du public. Il n’y a qu’eux pour le croire.

L’histoire de Susan Boyle incarne à merveille les dérives de ce type d’émissions. Elle pourrait servir d’alarme, interpeller sur les limites de l’exploitation par les caméras des rêves de célébrité de quelques uns. Je gage qu’il n’en sera rien. Autrefois on montrait des monstres dans les foires, aujourd’hui on présente des talents réels ou supposés aux téléspectateurs, mais au fond, rien n’a changé. Il s’agit toujours de broyer de l’humain sous prétexte d’amuser les foules. Jusqu’à quand ?

Créez un site Web ou un blog gratuitement sur WordPress.com.