La Plume d'Aliocha

28/05/2009

Les journalistes au SMIC ?

Filed under: questions d'avenir — laplumedaliocha @ 12:09

Fin du monopole d’accès à la source de l’information, disparition du rôle de tri du journaliste signeraient selon certains la mort de la presse. Ayant perdu l’essentiel de leurs fonctions les journalistes ne mériteraient plus leurs salaires sauf à produire de la valeur ajoutée. Encore faut-il que les éditeurs les laisse faire. Le vrai problème est là.

 

Ainsi donc, les journalistes mériteraient le SMIC. C’est en tout cas ce que je viens de lire sur E24 qui relaie un article du professeur Robert G. Picard. Mais qu’entend-il par là exactement ? Reprenons donc ses arguments.

Des changements plus apparents que réels

Premier argument : avant, le journaliste bénéficiait d’un accès exclusif aux sources, ce n’est plus le cas aujourd’hui. Il est exact en effet que nous n’avons plus l’accès exclusif aux sources. Internet met à la disposition de chacun, par exemple, les dossiers de presse qu’on nous distribue en conférence de presse, voire la vidéo de ladite conférence. Il y a dix ans déjà, je m’étais fait cette observation et j’en avais déduis que le métier allait devoir profondément changer.  Depuis, j’ai considérablement relativisé cette première impression. Car en pratique, qui va consulter les dossiers de presse spontanément ? Qui s’inflige la vidéo lénifiante d’un ministre présentant sa réforme ? Qui lit lui-même le texte de la réforme présentée ? Personne.  Donc oui nous n’avons plus exclusivement accès aux sources dans de nombreux cas, mais cela ne change pas grand chose au fond. Les lecteurs comptent toujours sur les journalistes pour les informer, quitte ensuite, mais ensuite seulement à se diriger vers la source. C’est notamment une question de temps. Si un journal doté de 300 journalistes a déjà du mal à surveiller l’ensemble de l’actualité, je voudrais bien qu’on m’explique comment un internaute même génial en informatique et optimisant tous les outils d’alertes et de liens pourrait le faire. 

Mais ça, un professeur ne peut pas le savoir, théoriquement, son raisonnement se tient. Il faut observer la réalité pour s’en apercevoir. Un enseignant si brillant soit-il ne sait pas non plus  qu’il y a une différence majeure entre regarder la vidéo d’une conférence de presse sur Internet et assister en live à cette conférence, ne serait-ce qu’en raison des risques de manipulation. On n’a jamais rien trouvé de mieux que le témoin direct. Et le même éminent professeur ignore aussi sans doute qu’à côté de l’information institutionnelle effectivement accessible à tous, il y a l’information recueillie sur le terrain via les interviews, enquêtes et reportages. Cette information là est purement journalistique, si les journalistes ne la produisent pas, elle n’existe pas et il n’y a, alors, nul accès direct à quoi que ce soit.

Mais, me direz-vous, les journalistes eux-même se cantonnent souvent à nous livrer une resucée de la  com’ officielle. Ah bon ?  Vous avez procédé à une étude approfondie du sujet durant des mois ou ce n’est qu’une impression ? Allons, je veux bien vous accorder que ça arrive, je vais y venir.

Deuxième argument : nous aurions donc perdu le « pouvoir », je préfère dire la « fonction » de délivrer une information désormais directement accessible, mais nous aurions perdu aussi, m’explique-t-on, celui de la sélectionner car blogueurs et internautes le font eux-mêmes et gratuitement en plus. En effet, ils le font,. Rappelons au passage qu’ils le font sur la base de ce que leur délivrent les journalistes trop payés et inutiles, via l’AFP, Reuters, les sites de presse etc. Mais là n’est pas l’essentiel. Face à la profusion grandissante d’information et à la capacité de diffusion infinie d’Internet, non seulement la fonction de tri du journaliste n’a pas disparue mais elle n’a jamais été aussi nécessaire. Surtout, une nouvelle fonction est en train d’émerger : la validation. Et croyez-moi, celle-là a de beaux jours devant elle. Entre la production des services de communication et celle des particuliers via les blogs, la masse de données est telle que je ne vois pas comment on peut s’y retrouver sans l’intervention de professionnels, c’est-à-dire de gens payés toute la journée à faire ce que les autres n’ont pas le temps de faire parce qu’ils sont occupés ailleurs. Si la presse aujourd’hui n’existait pas, je vous parie qu’il se trouverait quelqu’un pour l’inventer. 

Ah ! Mais me direz-vous, si vous êtes si nécessaire, pourquoi êtes-vous économiquement en difficultés ?  Parce que nous traversons une phase de transition et que le secteur doit s’adapter. C’est aussi simple que cela. Par contraste avec les difficultés des médias traditionnels, Internet brille des milles feux de la modernité. La situation ne tardera pas à se rééquilibrer. 

Allez donc convaincre les éditeurs…

Troisième argument, en réalité la conclusion des deux premiers :  la disparition des fonctions de délivrance et de tri de l’information aurait pour conséquence inéluctable la mort d’une presse devenue inutile (one more time et reprenez en coeur avec moi : « la presse se meurt, elle est déjà morte, youp la boum ») sauf sursaut des journalistes qui se remettraient à penser en termes de valeur ajoutée. Et l’auteur d’observer que malheureusement les journalistes ne réagissent pas alors que leur métier est menacé, qu’ils sont standardisés, interchangeables et qu’ils méritent donc de bas salaires. Nous retrouvons ici notre bonne vieille confusion entre journalistes et éditeurs de presse. Ce ne sont pas les journalistes qui ne réagissent pas, mais ceux qui les emploient. Il est exact que l’on tend à la standardisation, encore faut-il savoir pourquoi. Inutile d’être un économiste hors pair pour comprendre que standardiser la production entraîne une réduction des coûts de fabrication. Or, c’est bien l’obsession majeure en ce moment d’un grand nombre de groupes de presse. Puisque les recettes diminuent (pub et ventes) il faut bien que les coûts aussi. Et réduire les coûts en matière de presse, c’est quoi ? Toucher à la masse salariale d’abord en réduisant les effectifs. Evidemment si on réduit les effectifs, on réduit le contenu et on diminue sa qualité. Il faut souvent en même temps réduire la production, alors on commence par diminuer la taille des articles et augmenter celle des photos, tout en déclarant d’un air inspiré que « les lecteurs n’ont plus le temps de lire ».  On peut aussi réduire la pagination, voire le nombre de jours de parution, ce qui économise le papier, cet autre poste de coût important dans une entreprise de presse (voyez à ce sujet l’excellent billet de Claude Soula du Nouvel Obs). Et dans tout ça les journalistes ? Ils font ce qu’on leur demande, au rythme où on leur demande et dans les conditions qu’on leur impose. Qu’on arrête donc de prétendre une bonne fois pour toutes que c’est leur faute, il ne sont que de simples salariés. 

Par conséquent, prétendre comme le fait ce professeur, que les journalistes en l’état ne mériteraient que des salaires de misère parce qu’ils n’apportent pas de valeur ajoutée, d’abord ce n’est pas vrai pour l’ensemble de la profession, ensuite, c’est lancer aux éditeurs de presse un bien mauvais message. C’est leur dire « réduisez encore les coûts, vous payez trop vos journalistes pour ce qu’ils font » et aggraver ainsi le cercle vicieux baisse des coûts, réduction du contenu en volume et en qualité, baisse des ventes et ainsi de suite. Les journalistes ne sont pas les maîtres de la valeur ajoutée qu’ils produisent. Quand on leur impose de traiter un sujet en 3000 signes soit moins d’une page word en times new roman caractère 12, comment voulez-vous qu’ils fassent de la valeur ajoutée ? Quand ils sont harcelés de travail, mal payés et mal considérés par ceux qui les emploient, comment voulez-vous qu’ils éblouissent leurs lecteurs ? Le retour à la qualité se fera pas la tête des groupes, par ceux qui décideront d’embaucher les meilleurs, de les payer correctement, de leur fixer la barre très haut et de leur donner les moyens de faire leur travail.

 

Merci à Mister Cham d’avoir attiré mon attention sur cet article.

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19 commentaires »

  1. en suivant ce raisonnement je propose de payer au smic ce digne professeur

    internet et la multitude de tès bon bouquins de cours que l’on a depuis quelques années font qu’à la limite on n’a plus besoin de lui

    Aliocha : Figurez-vous que j’ai failli titrer, « les journalistes au SMIC, les profs aussi », mais je me suis souvenue in extremis que s’il était d’usage, et même de bon goût, de taper à bras raccourcis sur la presse, la réciproque n’était pas vraie 😉

    Commentaire par fred — 28/05/2009 @ 13:02

  2. Aaah nous sommes d’accord !

    Les journalistes, comme d’autres professions, font ce pour quoi on les paye et on les récompense.

    J’ai il y a 3 mois discuté avec un journaliste d’une chaîne d’information continue, qui me dit qu’il rédige n brèves par jour sur des sociétés dont il n’avait jamais entendu parler 10 minutes avant. Ce serait folie que de l’en blâmer : il fait ce qu’on lui demande dans les conditions de travail qui lui sont imposées. [1]

    C’est pour cela que c’est faire fausse route que de s’en prendre *à titre personnel* aux journalistes (sauf cas de malhonnêteté patente, qui arrive là comme dans d’autres professions).

    Cela ne doit cependant pas interdire une critique du *système*.

    [1] Pour montrer que cela est un problème qui déborde largement le journalisme : La mode est à l’évaluation des scientifiques par la « bibliométrie », c’est-à-dire en pratique, au « poids » du nombre de publications. Ceci est sans doute responsable de l’actuelle logorrhée de publications, où des articles bâclés sont soumis à la pelle. Là encore, il serait stupide de blâmer le scientifique parce qu’il fait ce que ses tutelles attendent de lui.

    Commentaire par DM — 28/05/2009 @ 13:27

  3. bonjour Aliocha

    j’en ai marre de vous lire et si je pouvais entendre votre voix!
    que diriez vous d’une interview sur une radio je serais votre « interviewer  »
    vous avez beaucoup à dire et l’interview se ferait par téléphone

    je viens de le faire avec Maître gilles Devers pourquoi pas vous

    les blogueurs ne doivent plus rester muets allier blogs et radio c’est super !!!

    Aliocha : pourquoi pas, mais j’écris déjà tellement, si en plus il faut que je parle…. ; )

    Commentaire par artemis — 28/05/2009 @ 13:33

  4. J’ai pris beaucoup de plaisir à lire votre prose. Même si je persiste à penser qu’il faut chercher au sein même de votre profession les raisons profondes de la maladie qui l’assaille, j’admets volontiers votre argument principal à savoir que les éditeurs de presse sont aussi responsables de la situation actuelle. Je me permets néanmoins d’apposer quelques bémols à certaines de vos affirmations.

    Aliocha : voilà un commentaire commeje les aime, sans concessions et sans agressivité non plus. Merci de passer du temps à alimenter le débat. C’est la récompense du blogueur.

    « Car en pratique, qui va consulter les dossiers de presse spontanément ? Qui s’inflige la vidéo lénifiante d’un ministre présentant sa réforme ? Qui lit lui-même le texte de la réforme présentée ? Personne. » puis « Il faut observer la réalité pour s’en apercevoir….On n’a jamais rien trouvé de mieux que le témoin direct…. Cette information là est purement journalistique, si les journalistes ne la produisent pas, elle n’existe pas et il n’y a, alors, nul accès direct à quoi que ce soit. » Vous touchez le cœur du problème. Pourquoi certains d’entre vous, et non des moindres, se font-ils les complices, actifs ou non, des communications officielles? Pourquoi reprendre les éléments de cette communication sans attirer l’attention du lecteur, de l’auditeur ou du téléspectateur sur ses incohérences, ses omissions voire sur l’impossibilité qu’il y a à en appliquer le sujet (je pense en particulier à l’incohérence du discours gouvernemental en matière de Justice)? C’est pour ma part ce que j’attends d’un travail journalistique digne de ce nom.

    Aliocha : il y a plusieurs problématiques dans votre question. D’abord, je précise que le professeur Picard se situant dans une analyse macro, j’ai objecté sur le même terrain. En d’autres termes, je pense que l’impulsion de la qualité doit venir de la tête pour redresser le secteur et non pas d’initiatives isolées de journalistes décidant d’un coup, pour le même salaire et dans les mêmes conditions, de faire bien un boulot que jusque là ils faisaient mal. Trop aléatoire comme pari. Mais venons-en au sujet. En effet, nous relayons beaucoup l’info « institutionnelle » ce qui déjà pose question. N’importe quel éternuement du gouvernement mérite-t-il un papier ? Pas sûr. Ensuite, nous le faisons souvent sans y ajouter de critique. Plusieurs raisons à cela. La paresse, c’est possible mais ce n’est pas la raison principale. Il y a un problème de place, plus on réduit les articles, moins il y a de place pour tout dire et en plus analyser. Ensuite, les règles actuelles du journalisme n’autorisent le journaliste à livrer son jugement personnel. Il lui faut donc trouver des contradicteurs, ce qui prend du temps, et là encore de la place. Si on n’a ni temps ni place et que le rédacteur en chef se satisfait de ce qu’on lui sert, il faut avoir un sacré caractère pour se dire « je vais quand même faire mieux ». Parfois, c’est carrément impossible.

    « Face à la profusion grandissante d’information et à la capacité de diffusion infinie d’Internet, non seulement la fonction de tri du journaliste n’a pas disparue mais elle n’a jamais été aussi nécessaire. Surtout, une nouvelle fonction est en train d’émerger : la validation… » Cette validation ne touche pas seulement l’origine de l’information mais aussi sa véracité. Quand un ténor du PS déclare qu’on est riche à partir de 4000 euros/mois, je voudrai entendre une voix discordante lui demander dans quel camp il se situe, comment il peut justifier, la quarantaine passée, d’un patrimoine conséquent en n’ayant jamais fréquenté autre chose que les cabinets en or de la république et comment il arrive à concilier son amour des pauvres et sa réussite financière.

    Aliocha : Même problème que celui que j’évoquais ci-dessus, on entre dans la critique et l’analyse, deux choses qu’on ne nous demande pas actuellement. Les éditorialistes peuvent se le permettre, la question peut aussi surgir dans une interview, ou bien encore on peut envisager une enquête sur l’auteur et révéler ainsi le gap entre son discours et ses revenus, mais il hurlera à l’atteinte à la vie privée. Voir l’affaire du Canard enchaîné et de Calvet.

    « Ah ! Mais me direz-vous, si vous êtes si nécessaire, pourquoi êtes-vous économiquement en difficultés ? Parce que nous traversons une phase de transition et que le secteur doit s’adapter. » et « …la disparition des fonctions de délivrance et de tri de l’information aurait pour conséquence inéluctable la mort d’une presse devenue inutile…sauf sursaut des journalistes qui se remettraient à penser en termes de valeur ajoutée….Ce ne sont pas les journalistes qui ne réagissent pas, mais ceux qui les emploient…Qu’on arrête donc de prétendre une bonne fois pour toutes que c’est leur faute, il ne sont que de simples salariés. » Entièrement d’accord avec vos deux premières affirmations, plus dubitatif sur la dernière. La production de « qualité » est une des voies qui s’offre à votre profession pour s’en sortir. Un journal comme « la Croix » y arrive assez bien. Nul besoin d’avoir fait des études de commerce pour le comprendre mais reconnaissez que beaucoup d’entre vous ont succombé à la facilité. J’ai eu l’occasion par le passé d’observer de très près certains de vos confrères au plan politique, j’avoue ne pas avoir été déçu du voyage. Votre profession paie actuellement le prix fort de cette légèreté et cette complaisance (cf le Monde). « Le retour à la qualité se fera par la tête des groupes, »: oui mais sous la pression conjointe de ses principaux acteurs et des récepteurs potentiels. La confiance est quelque chose de difficile à construire, elle impose une grande exigence à celui qui la souhaite et mais elle se détruit avec une facilité déconcertante. C’est pour l’avoir oublié que la situation actuelle existe. Je suis cependant optimiste car on voit, çà et là, émerger surtout grâce au Web des talents affirmés ou prometteurs (votre collègue JM Merchet passe plutôt bien dans le monde militaire alors que c’est un milieu assez rétif, chat échaudé craint l’eau froide, à la gente journalistique

    Aliocha : La Croix en effet est un excellent journal. Mais d’où lui vient cette exigence d’excellence ? De la politique éditoriale du titre et plus globalement du groupe auquel il appartient. Politique qui pousse à l’exigence sur la qualité du travail fourni et donc à recruter de bons journalistes. De son engagement catholique aussi, très certainement. Ce qui nous amène à l’amour du métier, au respect des lecteurs et à une recherche bien comprise de rentabilité pour vivre de son métier et non pas pour « s’en mettre plein les poches ».

    Je terminerai par un petit clin d’œil quant à la police de caractère à utiliser: « Quand on leur impose de traiter un sujet en 3000 signes soit moins d’une page word en times new roman caractère 12, comment voulez-vous qu’ils fassent de la valeur ajoutée ? » Utilisez l’Arial, il est nettement plus lisible (lol).

    Commentaire par H. — 28/05/2009 @ 13:39

  5. @ Aliocha

    Merci pour vos réponses. Elles amènent d’autres questions. Quand vous dites: « Ensuite, les règles actuelles du journalisme n’autorisent le journaliste à livrer son jugement personnel. », pourquoi donc faire intervenir là un journaliste? Un simple répétiteur suffit, non? Ceci dit, je comprends bien que si le rédac chef (qui est également journaliste, normalement) n’a que faire de ce jugement, il ne l’exige pas mais alors mérite-t-il lui aussi le titre de journaliste?

    Commentaire par H. — 28/05/2009 @ 15:25

  6. @Aliocha. Mille excuses mais encore un doigt qui dérape! Je reprends donc:
    …Je ne vous jette pas la pierre mais il est assez inquiétant de lire, sous votre plume que les journalistes lisent peu ou pas la doc qu’on leur remet (aussi indigeste soit-elle) et qu’on leur refuse toute marge d’appréciation dans la rédaction d’un papier.
    Par ailleurs et bien que ce soit un chemin des plus difficiles, je crois plus à la réussite de démarches individuelles qu’à un hypothétique changement de cap de la part des éditeurs de presse. Ça se saura lorsque les articles seront autres choses que du remplissage et je suis persuadé que le public suivra.

    Aliocha : non, je n’ai pas été claire sur ce sujet. Je ne dis pas que les journalistes ne lisent pas la doc, je dis que le public ne va pas lire la doc qui est à sa disposition. Vous pouvez aller sur le site de n’importe quel ministère, institution, entreprise, et consulter les dossiers presse. Le faites-vous ? Je ne pense pas. Par conséquent, l’accessibilité directe aux sources via Internet, n’a pas, me semble-t-il, pour l’instant modifié le besoin du public d’être informé par des journalistes. Or, l’un des arguments de Picard consiste à dire que le journaliste ne sert plus à rien puisque le document qui aupravant nous était remis, à charge pour nous de le diffuser, est désormais accessible directement. Sur la marge d’appréciation dans nos papiers, nous avons souvent le choix de l’angle, et sommes souvent aussi seuls détenteurs de l’info qu’on traite, le problème c’est qu’on doit s’en tenir aux faits, voire à des analyses extérieures et ne pas polluer l’article de nos avis personnels.
    Sur votre dernière observation, certains très bon journalistes, voire surtout des éditorialistes peuvent fidéliser le lectorat, (j’ai acheté Le Monde durant des années rien que pour Pierre Gorges) les démarches individuelles ne sont donc pas inutiles (d’ailleurs, nous sommes beaucoup à le faire) mais nous buttons toujours sur le problème de la place qui nous est imaprtie, du temps qu’on nous laisse consacrer à un article etc….Disons pour concilier nos positions respectives que l’effort doit être commun, éditeurs et journalistes.

    Commentaire par H. — 28/05/2009 @ 15:34

  7. @Aliocha : « Ensuite, les règles actuelles du journalisme n’autorisent le journaliste à livrer son jugement personnel. »

    Ces règles ne sont-elles pas une cause du problème ? Quand on écrit un texte, on a forcément un parti pris, je ne pense pas que l’on puisse en faire totalement abstraction. Alors pourquoi vouloir rédiger des articles au ton neutre ? Pour moi un bon article contient une partie assez factuelle, et une partie analyse des faits. Pour cette seconde partie en particulier, je préférerais un journaliste qui prend position (mais qui l’annonce clairement) qu’un truc mou et sans saveur.

    J’ai par exemple été choqué quand ce journaliste (était-ce M. Duhamel ? J’ai très mauvaise mémoire des noms) s’est fait virer pour avoir annoncé ses préférences électorales lors de la campagne des présidentielle. Le fait qu’il l’ai fait me semblait une simple honnêteté et donnait justement à ses lecteurs un filtre de décodage de ses propos.

    Alors, d’où vient cette règle ? Qu’apporte-t-elle ?

    Aliocha : il me semble que l’effort d’objectivité est important dans la relation des faits et qu’il faut maintenir à toutes force cette exigence, sans pour autant s’illusionner sur le fait qu’il y aura toujours une marge d’interprétation. Le problème de l’analyse qui peut venir ensuite, est différent et je pense très compliqué. Il fut un temps déjà très ancien où on nous laissait faire de l’analyse et puis on nous a demandé peu à peu de remplacer ces analyses personnelles par des avis divers et variés. Etait-ce une bonne idée ? Je n’en sais rien. La dérive possible, c’est d’aller chercher trois citations différentes, pas forcément intelligentes ni utiles, pour remplir le « contrat » au lieu de fournir une analyse d’observateur professionnel. Le problème, c’est que cette analyse d’observateur professionnel suppose des journalistes chevronnés, où l’on retrouve la question des moyens….

    Commentaire par Gathar — 29/05/2009 @ 02:41

  8. Les règles du journalisme n’autoriserait pas à livrer son jugement personnel? Je pense qu’on confond l’objectivité (genre l’analyse d’un laboratoire) et la société humaine (floue, complexe, etc) que le journaliste étudie ou commente.

    Ceci dit, même si le journaliste n’est pas objectif (ne serait-ce qu’en choisissant ce sujet plutôt que tel autre), il se doit d’être honnête. Donc il ne doit pas travestir les faits. Et, là, en quelques milliers de signes, c’est parfois coton.

    Je vais prendre un exemple particulièrement chaud (selon moi) qui par ailleurs montre bien l’utilité du journaliste qui, sur le terrain, collecte quotidiennement des informations.

    C’est un bébé (à Tourcoing) qui est victime, à sept jours, d’une circoncision en dehors du milieu médical effectué par un homme qui n’est pas médecin. La blessure ne cicatrise pas, il se vide de son sang, les parents sont inquiets, le « chirurgien » les rassure.

    Finalement, alors que le bébé ne bouge presque plus, les parents foncent au CHR de Lille et sauvent leur enfant. Il était moins une, le bébé allait mourir, les experts mandatés par le juge d’instruction sont d’accord là-dessus.

    Or, lors du procès (alors que le réquisitoire écrit du procureur de la république demande la condamnation pour exercice illégal de la médecine et pour blessure involontaire), le procureur adjoint à l’audience (usant de sa liberté de parole reconnue par les usages judiciaires français) estime que c’est un rituel pas un acte médical. Donc, ce n’est pas un acte médical, donc pas un exercice illégal de la médecine. Par ailleurs, l’opérateur n’a pas franchement commis de négligences, selon ce procureur. A l’audience, le ministère public réclame donc oralement la relaxe sur les deux incriminations.

    Il ne s’est donc rien passé de répréhensible même si un bébé a failli mourir et que que ce sont les parents eux-mêmes, estimant avoir été trompés sur la qualité de médecin du chirugien amateur, qui déposent plainte et se placent sous la protection des lois de la République.

    Le jugement sera rendu par le président, après délibérations, le 1er juillet. Tout ça, c’est dans Nord-Eclair de jeudi (sous ma signature)et aussi, sur un ton plus modéré, dans la Voix du Nord du même jour.

    Dans Nord-Eclair de mercredi, un autre journaliste (Bruno Renoul) parle de classements sans suite possibles(au parquet de Dunkerque) sur des affaires similaires.

    Il s’agit donc bien de la santé, de la vie ou de la mort d’enfants, voire de bébés.

    On va donc pouvoir étudier comment ces informations de terrain vont remonter (et à quel rythme) vers la grande presse parisienne à partir du travail de terrain de journalistes lillois qui proposent une « valeur ajoutée ».

    Pour l’instant, tout le monde se tait, à l’exception (à ma connaissance) de deux blogs, celui de Pascal Cobert et celui du Chafoin.

    Voilà c’est une opinion personnelle de journaliste et, puisque un bébé a failli mourir et qu’il ne se serait rien passé juridiquement, je livre à la lois l’opinion et l’information.

    Aliocha : merci pour ce témoignage mais justement, qu’avez-vous écrit dans l’article ? Avez-vous livré une analyse sur le caractère contestable de cette décision, sous votre plume, et non en faisant parler un tiers « autorisé » ?

    Commentaire par didier specq — 29/05/2009 @ 08:48

  9. Un article (en anglais) sur le rôle des médias dans la (non) couverture des prémisses de la crise. L’auteur explique que l’info était là, mais dissimulée dans la profondeur des articles et non reprise en titre ou dans les analyses par éditoriaux (type A. Adler, Rioufol and co)

    Commentaire par javi — 29/05/2009 @ 09:53

  10. « Qui lit lui-même le texte de la réforme présentée ? Personne. »

    Les blogueurs spécialisés, en particulier en droit, les lisent, pas forcément aussi méticuleusement que les journalistes bossant chez Dalloz, mais probablement aussi rigourusement qu’un journaliste traitant de l’actualité généraliste.

    (d’ailleurs, faudrait que vous fassiez attention : ici « personne » incite à penser que les journalistes ne les lisent pas non plus, ou alors ce ne sont pas des personnes)

    à part ça, je trouve tout de même qu’on est proche de la contradiction entre les réponses aux 2 et 3. En 2, la presse ne va mal que parce qu’elle est en transition. En 3, appliquer les conseils de ce type serait un réel danger.

    Donc, je n’arrive pas à déterminer si vous pensez que la presse sera naturellement conduite à s’en sortir par le haut de toute façon, ou si ce recentrage sur la qualité, nécessaire à sa survie, a besoin d’une réelle prise de conscience.

    Commentaire par Axonn — 29/05/2009 @ 21:49

  11. Après vous avoir dit de ne pas confondre votre combat avec celui des intellectuels, je me permets d’intervenir à nouveau pour vous signaler des compagnons d’infortune. Dans le domaine des industries culturelles (pareillement réputées en crise que la presse), on prédit de même la mort des éditeurs (de livres comme de musique), au profit de l’auto-édition et de l’auto-production. L’erreur commise est exactement la même que dans votre cas : les consommateurs (potentiels) n’ont pas encore pris conscience de la valeur apportée par la fonction de critique et de tri dans une offre qui dépasse de loin la demande. J’attire donc votre attention vers ce qui ce dit dans ces milieux.

    Aliocha : en effet, je ne suis pas indifférente à ce qui s’y passe car je pressent que nous sommes dans la même problématique, mais les fantasmes à mon avis vont vite laisser place à un retour à la réalité, dans tous les cas. En tout cas merci pour cette ouverture du sujet fort intéressante.

    Commentaire par Mathieu P. — 29/05/2009 @ 22:43

  12. (à propos du commentaire 8)

    Effectivement, j’ai pris position nettement dans Nord Eclair en m’étonnant jeudi que ce procureur puisse demander oralement une double relaxe dans un cas aussi grave.

    Je ne pense pas qu’on puisse toujours distinguer entre les faits et le commentaire. C’est pour cette raison que l’objectivité est difficile (ne serait-ce que par le choix d’un sujet) et que c’est l’honnêteté qui doit être demandée à un journaliste.

    Dans le cas dont je parle plus haut, il s’agit de la défense d’un bébé et aussi de la défense de parents qui demandent la protection des lois de la république.

    Autoriser (puisque selon ce procureur, ce n’est pas répréhensible) un rituel (même pas demandé par l’Islam) qui consiste à couper artisalement un prépuce d’un bébé de 7 jours en dehors du milieu médical, ça me semble fou.

    Et j’attends avec beaucoup d’attention les réactions de mes confrères journalistes sur ce sujet. Pour l’instant, rien (ou presque) ne bouge.

    Commentaire par didier specq — 29/05/2009 @ 23:51

  13. Je suis surpris d’entendre que les journalistes ne sont que de simples exécutants. De là à penser qu’ils sont tous à la botte 😉 il n’y a qu’un pas. Et attention car c’est bien ce que vos (ex)lecteurs (sic !) finissent par penser : c’est pour cela qu’ils préfèrent l’illusion d’une information libre qu’ils trouvent n’importe où sur le web… Ils recherchent la différence que votre profession n’est trop souvent pas en mesure de leur apporter.
    Alors oui vous avez raison : la qualité a un coût et payer les (bons) journalistes au smic est une injure à leur intelligence.
    Mais sur la forme, il me semble que vous vous trompez en vous dédouanant (un peu vite) de la désaffection de vos lecteurs. Sauver la presse ne peut venir je pense que de ceux qui la font : LES JOURNALISTES. Sinon, vous tomberez dans la listes des nombreux irréductibles résistant encore et toujours à l’envahisseur… Mais vous devez connaitre la suite, et le lecteur que je suis ne peut s’y résoudre !

    Commentaire par BG31 — 30/05/2009 @ 08:54

  14. Internet va profondément modifier le monde de la presse, et les journalistes ne seront plus les médiateurs obigés entre l’opinion et le réel …

    Commentaire par Tietie007 — 30/05/2009 @ 16:13

  15. Je suis hors sujet sous ce billet. Je voulais juste dire que c’est dégueulasse de faire un papier contre Narvic et de censurer sa défense. Et vous osez parler à longueur de billets de déontologie !

    Aliocha : Vous êtes hors sujet tout court. Que vous n’ayez pas digéré que je donne mon opinion sur Acrimed dans l’affaire du Monde et de l’université, soit, mais que cela vous incite à écrire n’importe quoi sur n’importe quel sujet, juste histoire de me donner tort, ça devient lassant. Narvic a écrit un billet qui me met en cause, puis il a fermé les commentaires et même le blog. Je ferme aussi les commentaires, simple parallélisme des formes. Au demeurant, je ne voyais pas l’intérêt d’instaurer un débat sur une querelle qui tournait à l’affrontement personnel.

    Commentaire par Duquesnoy — 31/05/2009 @ 00:45

  16. Bonjour,

    J’écris ce commentaire juste pour apporter un témoignage sur l’évolution de ma « consommation de l’information » et surtout de l’impact d’Internet.

    J’ai été pendant des années abonné au journal le Monde pour quatre choses :
    1°) La diversité de l’information internationale présentée: que ce soit l’élection du président Kirghize, la vente de centrales nucléaires à la Chine ou l’état des relation franco-allemandes, tout ou presque y était. Il fallait parfois aller chercher dans les brèves mais cela y était.
    2°) L’indépendance (notamment lorsque les premières affaires politico-judiciaires y étaient sorties)
    3°) La qualité des analyses économiques
    4°) Le côté journal de référence (hé oui, cela joue…)

    Dans le même temps, j’étais aussi un lecteur régulier du Canard enchaîné pour deux raisons :
    – son indépendance
    – la qualité des informations

    Avec Internet, j’ai pu constater que le Monde -tout comme la plupart des journaux- ne fait que reprendre le contenu des agences comme l’AFP, Reuters, AP… Je me suis donc abreuvé directement à la source sans passer par la phase copier/coller.

    En 2005, lors de la campagne du référendum, j’ai pu constater avec effarement à quel point ce journal -comme les autres- était en fait peu indépendant et objectif et ai commencé à chercher d’autres sources d’information plus dignes de confiance. J’en ai trouvé notamment dans le domaine économique.

    Je pense en l’occurrence à GEAB (europe2020.org) qui avait anticipé à peu près correctement la crise actuelle plus d’un an avant son déclenchement. Le Monde dans son édito du 8 août 2007 se posait encore la question de savoir si l’économie réelle serait touchée… J’ai alors remplacé l’abonnement au monde par l’abonnement à GEAB (plus cher soit dit en passant) et y ai gagné en qualité d’analyse et d’information.

    Je continue de lire le Canard enchainé -et c’est pourtant difficile de se le procurer là où j’habite- car il est resté indépendant et continue de diffuser des informations autrement non publiées.

    Cordialement

    Laurent

    Commentaire par Laurent K — 01/06/2009 @ 03:11

  17. @Laurent K: Il vous faut distinguer LeMonde.fr du journal Le Monde. LeMonde.fr est en effet un mix de beaucoup de dépêches à peine réécrites, d’articles « spécial Web » (souvent médiocres) et de « vrais » articles du journal. Sa rédaction est distincte de celle du journal.

    Commentaire par DM — 01/06/2009 @ 13:31

  18. Et alors, pourquoi pas le smig pour les journalistes?
    Je dirais meme que c est trop payé !!
    Pourquoi ? Je ne les crois pas débiles ni si peu informés pour nous sortir des fausse nouvelles en permanence, donc ils doivent toucher d’ailleurs au noir!
    ( en plus les jlt nous prenent pour de imbeciles!Par exemple :
    Lors qu’iln nous disaient que le petrole augmentait à 140usd en 6 mois parce que c’etait la faute des chinois ? debile ou à la solde ? et la spéculation ?
    Quand ils nous presentaient les talibans comme conmbatant de la liberté sous pretexte qu ils combataient les sovietiques, et maintenant les français ne combatent ils pas les memes guerriers de la liberté ? debiles ou à la solde ?
    Quand ils oublient de nous dire que les elections europeennes sont comme l etaient les sovietiques, differentes personnes , mais un seul schema possible, ultra liberalisme ( les sovs c’etait le comunisme),debiles ou à la solde ?
    Vu mon age canonique je me rappelle meme d un crétin qui a dit avec des tremolos dans la voix, qund les russes ont abattu l avion espion de la Korean air( sous le debile Reagan)
     » illl suuuufffit qu une boussole tombe en panne pour les les sauvages abattent un avion  » ,debiles ou à la solde ?
    Je pourrai vous donner des exemples jusqu’a demain et si vous voulez des « scoops » que tout le monde connait, n?hésitez pas a m’en demander !!
    Par exemple
    -les paradis fiscaux? La France pour les riches etrangers!
    -L’argent planqué à l etranger? inevitable avec le systeme liberal .
    – Le fisc en France= des centaines de suicides à cause d’une administration totalitaire ( la vous risquez le controle fiscal en représailles!)
    Le projet européen ? meme la justice sera payante (comme en 1450) , c’est deja le cas au pays de Barroso!
    Quand le dollar sera à 1/2 euro et les chinois pleins de dollars acheteront tout…pour pouvoir continuer à soutenir ….les USA, l’industrie europeene sera du passé simple, et l’Europe de Bruxelles sera une belle croisiere sur le Titanic
    Donc le smig est trop payé pour les journalistes qui ne le valent meme pas !, apres tout il il y a des ajusteurs , tres bons pros , eux, à 1.500€ par mois!

    Commentaire par martin — 01/06/2009 @ 14:12

  19. Un autre point de vue sur ce sujet:
    http://penseesdoutrepolitique.wordpress.com/2009/06/01/les-forcats-et-les-pantouflards-de-linfo/#more-1002

    Bonne journée

    Commentaire par H. — 02/06/2009 @ 12:39


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