La Plume d'Aliocha

28/05/2009

Humour masculin

Filed under: Dessins de presse — laplumedaliocha @ 18:01

Allons bon. Mon dessinateur favori vient de m’envoyer l’oeuvre reproduite ci-dessous. Imaginez vous que j’étais plongée dans un épineux problème de droit boursier (non, il n’y a pas de jeu de mot, je vous vois venir), lorsque j’ai reçu la chose. Et j’ai beau avoir l’esprit souple, la transition était trop rude pour moi. Diable, quelle actualité entendait-il bien illustrer avec ce dessin ? « T’inquiète, me répond-il, tes lecteurs masculins comprendront ». Comme si on parlait ainsi à sa rédactrice en chef. Bref, j’ai fait une petite recherche sur le soi-disant buzz du moment et je mets en lien un article du JDD pour les lectrices qui, comme moi ne connaissent pas Clara Morgane, ainsi que pour les éventuels lecteurs qui auraient loupé l’info.  Viol société

Les journalistes au SMIC ?

Filed under: questions d'avenir — laplumedaliocha @ 12:09

Fin du monopole d’accès à la source de l’information, disparition du rôle de tri du journaliste signeraient selon certains la mort de la presse. Ayant perdu l’essentiel de leurs fonctions les journalistes ne mériteraient plus leurs salaires sauf à produire de la valeur ajoutée. Encore faut-il que les éditeurs les laisse faire. Le vrai problème est là.

 

Ainsi donc, les journalistes mériteraient le SMIC. C’est en tout cas ce que je viens de lire sur E24 qui relaie un article du professeur Robert G. Picard. Mais qu’entend-il par là exactement ? Reprenons donc ses arguments.

Des changements plus apparents que réels

Premier argument : avant, le journaliste bénéficiait d’un accès exclusif aux sources, ce n’est plus le cas aujourd’hui. Il est exact en effet que nous n’avons plus l’accès exclusif aux sources. Internet met à la disposition de chacun, par exemple, les dossiers de presse qu’on nous distribue en conférence de presse, voire la vidéo de ladite conférence. Il y a dix ans déjà, je m’étais fait cette observation et j’en avais déduis que le métier allait devoir profondément changer.  Depuis, j’ai considérablement relativisé cette première impression. Car en pratique, qui va consulter les dossiers de presse spontanément ? Qui s’inflige la vidéo lénifiante d’un ministre présentant sa réforme ? Qui lit lui-même le texte de la réforme présentée ? Personne.  Donc oui nous n’avons plus exclusivement accès aux sources dans de nombreux cas, mais cela ne change pas grand chose au fond. Les lecteurs comptent toujours sur les journalistes pour les informer, quitte ensuite, mais ensuite seulement à se diriger vers la source. C’est notamment une question de temps. Si un journal doté de 300 journalistes a déjà du mal à surveiller l’ensemble de l’actualité, je voudrais bien qu’on m’explique comment un internaute même génial en informatique et optimisant tous les outils d’alertes et de liens pourrait le faire. 

Mais ça, un professeur ne peut pas le savoir, théoriquement, son raisonnement se tient. Il faut observer la réalité pour s’en apercevoir. Un enseignant si brillant soit-il ne sait pas non plus  qu’il y a une différence majeure entre regarder la vidéo d’une conférence de presse sur Internet et assister en live à cette conférence, ne serait-ce qu’en raison des risques de manipulation. On n’a jamais rien trouvé de mieux que le témoin direct. Et le même éminent professeur ignore aussi sans doute qu’à côté de l’information institutionnelle effectivement accessible à tous, il y a l’information recueillie sur le terrain via les interviews, enquêtes et reportages. Cette information là est purement journalistique, si les journalistes ne la produisent pas, elle n’existe pas et il n’y a, alors, nul accès direct à quoi que ce soit.

Mais, me direz-vous, les journalistes eux-même se cantonnent souvent à nous livrer une resucée de la  com’ officielle. Ah bon ?  Vous avez procédé à une étude approfondie du sujet durant des mois ou ce n’est qu’une impression ? Allons, je veux bien vous accorder que ça arrive, je vais y venir.

Deuxième argument : nous aurions donc perdu le « pouvoir », je préfère dire la « fonction » de délivrer une information désormais directement accessible, mais nous aurions perdu aussi, m’explique-t-on, celui de la sélectionner car blogueurs et internautes le font eux-mêmes et gratuitement en plus. En effet, ils le font,. Rappelons au passage qu’ils le font sur la base de ce que leur délivrent les journalistes trop payés et inutiles, via l’AFP, Reuters, les sites de presse etc. Mais là n’est pas l’essentiel. Face à la profusion grandissante d’information et à la capacité de diffusion infinie d’Internet, non seulement la fonction de tri du journaliste n’a pas disparue mais elle n’a jamais été aussi nécessaire. Surtout, une nouvelle fonction est en train d’émerger : la validation. Et croyez-moi, celle-là a de beaux jours devant elle. Entre la production des services de communication et celle des particuliers via les blogs, la masse de données est telle que je ne vois pas comment on peut s’y retrouver sans l’intervention de professionnels, c’est-à-dire de gens payés toute la journée à faire ce que les autres n’ont pas le temps de faire parce qu’ils sont occupés ailleurs. Si la presse aujourd’hui n’existait pas, je vous parie qu’il se trouverait quelqu’un pour l’inventer. 

Ah ! Mais me direz-vous, si vous êtes si nécessaire, pourquoi êtes-vous économiquement en difficultés ?  Parce que nous traversons une phase de transition et que le secteur doit s’adapter. C’est aussi simple que cela. Par contraste avec les difficultés des médias traditionnels, Internet brille des milles feux de la modernité. La situation ne tardera pas à se rééquilibrer. 

Allez donc convaincre les éditeurs…

Troisième argument, en réalité la conclusion des deux premiers :  la disparition des fonctions de délivrance et de tri de l’information aurait pour conséquence inéluctable la mort d’une presse devenue inutile (one more time et reprenez en coeur avec moi : « la presse se meurt, elle est déjà morte, youp la boum ») sauf sursaut des journalistes qui se remettraient à penser en termes de valeur ajoutée. Et l’auteur d’observer que malheureusement les journalistes ne réagissent pas alors que leur métier est menacé, qu’ils sont standardisés, interchangeables et qu’ils méritent donc de bas salaires. Nous retrouvons ici notre bonne vieille confusion entre journalistes et éditeurs de presse. Ce ne sont pas les journalistes qui ne réagissent pas, mais ceux qui les emploient. Il est exact que l’on tend à la standardisation, encore faut-il savoir pourquoi. Inutile d’être un économiste hors pair pour comprendre que standardiser la production entraîne une réduction des coûts de fabrication. Or, c’est bien l’obsession majeure en ce moment d’un grand nombre de groupes de presse. Puisque les recettes diminuent (pub et ventes) il faut bien que les coûts aussi. Et réduire les coûts en matière de presse, c’est quoi ? Toucher à la masse salariale d’abord en réduisant les effectifs. Evidemment si on réduit les effectifs, on réduit le contenu et on diminue sa qualité. Il faut souvent en même temps réduire la production, alors on commence par diminuer la taille des articles et augmenter celle des photos, tout en déclarant d’un air inspiré que « les lecteurs n’ont plus le temps de lire ».  On peut aussi réduire la pagination, voire le nombre de jours de parution, ce qui économise le papier, cet autre poste de coût important dans une entreprise de presse (voyez à ce sujet l’excellent billet de Claude Soula du Nouvel Obs). Et dans tout ça les journalistes ? Ils font ce qu’on leur demande, au rythme où on leur demande et dans les conditions qu’on leur impose. Qu’on arrête donc de prétendre une bonne fois pour toutes que c’est leur faute, il ne sont que de simples salariés. 

Par conséquent, prétendre comme le fait ce professeur, que les journalistes en l’état ne mériteraient que des salaires de misère parce qu’ils n’apportent pas de valeur ajoutée, d’abord ce n’est pas vrai pour l’ensemble de la profession, ensuite, c’est lancer aux éditeurs de presse un bien mauvais message. C’est leur dire « réduisez encore les coûts, vous payez trop vos journalistes pour ce qu’ils font » et aggraver ainsi le cercle vicieux baisse des coûts, réduction du contenu en volume et en qualité, baisse des ventes et ainsi de suite. Les journalistes ne sont pas les maîtres de la valeur ajoutée qu’ils produisent. Quand on leur impose de traiter un sujet en 3000 signes soit moins d’une page word en times new roman caractère 12, comment voulez-vous qu’ils fassent de la valeur ajoutée ? Quand ils sont harcelés de travail, mal payés et mal considérés par ceux qui les emploient, comment voulez-vous qu’ils éblouissent leurs lecteurs ? Le retour à la qualité se fera pas la tête des groupes, par ceux qui décideront d’embaucher les meilleurs, de les payer correctement, de leur fixer la barre très haut et de leur donner les moyens de faire leur travail.

 

Merci à Mister Cham d’avoir attiré mon attention sur cet article.

Propulsé par WordPress.com.