La Plume d'Aliocha

20/05/2009

Et si on arrêtait le catastrophisme ?

Filed under: questions d'avenir — laplumedaliocha @ 16:33

Ce billet va sans doute énerver certains lecteurs. Tant pis. J’en ai assez de lire toujours les mêmes choses sur Internet concernant la presse écrite : qu’elle va mourir, que l’avenir c’est le web mais qu’elle ne comprend rien au web, qu’elle va devoir faire sa révolution, qu’un nouveau journalisme va émerger et autres fantasmes du même acabit.  Curieusement, ces théories qui se veulent en avance (sur quoi, je vous le demande) virent à la pensée unique la plus épaisse et la plus tyrannique que j’ai jamais observé. Alors comme ça, juste pour le plaisir, je tends le micro à quelqu’un qui dit tout le contraire et croyez-moi, ça fait du bien.

 

Michaël Ringier, patron du premier groupe de médias suisse Edipresse Ringier (176 ans d’existence quand même !) a fait récemment un discours lors de la présentation des résultats annuels de son groupe dans lequel il se révèle en parfait désaccord avec le terrorisme intellectuel qui règne en ce moment sur la mort de la presse écrite.

Extraits :

Sur les difficultés actuelles des groupes de presse :

Après avoir évoqué le fait que la première raison de son optimisme sur l’avenir de la presse était liée à la longévité de son groupe, Michael Ringier évoque la deuxième, sa foi dans le journalisme. « Ma vision des choses ne correspond pas à ce que je lis. Le meilleur exemple en est la crise des journaux. Les scénarios d’apocalypse semblent exercer leur propre fascination, particulièrement sur les premiers intéressés eux-mêmes (..) Les journalistes invoquent leur propore déclin d’une manière telle que le metteur en scène de Titanic, James Cameron, aurait pu en prendre de la graine ».

« Des Etats-Unis, en particulier, nous arrivent en rangs de plus en plus serrés les exemples de maisons de journaux qui sont en faillite ou ne tarderont pas à l’être. Ils sont censés soutenir la thèse qui veut que les journaux n’ont pas d’avenir. Toutefois, si on scrute plus attentivement ces sociétés en mauvaise posture, on remarque qu’elles trainent toutes le même boulet. Toutes, elles ont des dettes trop lourdes et ne peuvent apaiser la soif d’argent frais de leurs bailleurs de fonds par manque de cash flow. (…)Les dettes de nombreux éditeurs de journaux, notamment de ceux qui sont entrés en bourse ou qui ont été repris par des investisseurs financiers, sont souvent si élevées que dans une autre branche, ces entreprises ne s’en tireraient pas. Pourtant, presque personne ne s’intéresse à cette analyse, ça remettrait pour le moins en question la belle histoire de la disparition des journaux ».

Sur Internet :

« La troisième raison de mon optimisme pour la chose imprimé c’est l’internet. (…)J’aime Internet. Et c’est précisément pour cela que j’en vois les limites. On ne doit pas forcément aller aussi loin que le critique de l’Internet peut-être le plus féroce, Andrew Keen, qui pense de façon provocatrice que le « Net est primitif et simiesque ». Mais quand, dans son livre « Le culte de l’amateur« , il dit que « des millions et des dizaines de millions d’utilisateurs de l’internet produisent une masse infinie de médiocrité », je peux difficilement le contredire. (…) « On devient aussi peu journaliste sérieux en possédant simplement un ordinateur que bon cuisinier en ayant accès à une cuisine » écrit Andrew Keen pour décrire le bas niveau intellectuel de la toile ».

Sur le journalisme :

« Le journalisme doit être de qualité, vif, surprenant, exceptionnel, passionnant, exigeant. Voilà la voie, voilà notre chance, voilà le grand défi à relever ».

Certes, les propos à l’égard du web sont durs, trop sans doute, mais qu’on me permette ici de dire qu’ils ne sont pas tout à fait erronés.  Face au torrent d’informations qu’Internet véhicule et qui n’ira qu’en augmentant, positionner le journalisme sur le terrain de la qualité est un pari bien plus intelligent et prometteur que de se casser le crâne à essayer de créer un journalisme adapté au web. Cette adaptation se fera naturellement dès lors que l’exigence préalable de qualité sera remplie. A défaut, elle est parfaitement inutile. Faisons notre métier, plutôt que d’essayer de singer ceux qui font autre chose que du journalisme, simplement parce qu’ils le font sur le média de demain. Je suis convaincue que le journalisme doit utiliser Internet pour ce qu’il est, un outil, et non pas se faire instrumentaliser par lui. Il s’y perdrait.

Trainée de poudre…

Filed under: Justice — laplumedaliocha @ 11:32

Tandis que l’Assemblée nationale vient d’adopter en première lecture le projet de rapprochement des Caisses d’Epargne et des Banques Populaires, deux membres de la commission de déontologie qui étaient visiblement en désaccord avec la nomination à la tête de l’ensemble de François Pérol, proche de Nicolas Sarkozy, viennent de démissionner. L’information, révélée hier par Mediapart (accès payant), a été reprise par de nombreux titres, dont Le Figaro. Cette nomination fait également l’objet d’une enquête pour prise illégale d’intérêts déclenchée  à la suite des plaintes déposées par des actionnaires et des syndicats.  

Rappelons que Mediapart a suivi ce dossier de très près…trop peut-être. Le site d’information piloté par Edwy Plenel fait l’objet de 11 plaintes en diffamation, 10 de l’ancienne direction des Caisses d’Epargne et 1 de François Pérol. Mediapart a lancé un appel à l’aide ainsi qu’une pétition déjà signée par de nombreuses personnalités. Vous y trouverez de plus amples informations sur le dossier. Arrêt sur images y a consacré un article intéressant (accès payant) qui donne un autre point de vue et permet notamment de comprendre le débat qui va se dérouler devant la justice. Par ailleurs, Edwy Plenel vient de publier le 14 mai « Combat pour une presse libre ».

La démission des deux membres de la commission de déontologie me semble amorcer un tournant dans cette affaire. Pour en savoir plus sur l’activité et les pouvoirs de cette commission, voir le dernier rapport annuel (2007). Un ennui n’arrivant jamais seul, des perquisitions ont été effectuées hier dans les deux établissements bancaires au sujet d’une autre affaire qui concerne les conditions d’introduction en bourse de leur fameuse filiale commune Natixis.

La partie qui se joue ici est importante. Non seulement parce qu’elle pose une question de taille sur le fonctionnement de nos institutions, mais parce que c’est l’avenir d’un site d’information qui est en train de se jouer. Si Mediapart a gain de cause, il en sortira grandi et la presse sur Internet avec lui. Dans le cas contraire….

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