La Plume d'Aliocha

18/05/2009

Dati victime de journalistes racistes ?

Filed under: Débats — laplumedaliocha @ 18:39

Allons bon, je surfais joyeusement sur @si entre la rédaction de deux articles, et voici que je tombe sur cet article qui évoque un billet de Slate, lequel accuse les journalistes de racisme à l’égard de Rachida Dati. Il parle même de « fantasme eroticolonial ». Je vais donc lire la chose, l’esprit déjà en surchauffe et là, entre nous, j’aurais titré ce billet « les bras m’en tombent » si je n’avais déjà utilisé ce titre récemment. Car voici que resurgit notre bonne vieille accusation de racisme à l’encontre des journalistes qui critiquent Rachida Dati. Je l’avais déjà entendue il y a quelques mois dans la bouche de Jacques Attali. C’est si facile. Bref, tout le monde a eu vent du fait que la ministre aurait oublié de rendre les robes Dior qu’on lui avait prêtées. Vrai, pas vrai, je n’en sais fichtre rien. La journaliste qui écrit sur Slate non plus. Ce qui ne l’empêche pas d’évoquer une attaque dictée par le racisme avec une assurance qui me laisse coite. Eh oui, les journalistes seraient misogynes, jaloux et racistes, d’où ces atroces médisances répandues dans des articles et des livres. Ils estimeraient qu’elle a le droit de réussir mais surtout pas de s’afficher en robe Dior.

Un simple suivi des articles de presse sur Rachida Dati depuis qu’elle est en fonctions suffit à invalider la thèse de la jalousie raciste. Je le sais puisque l’adoration que lui vouaient précisément mes confrères jusqu’à l’autome dernier avait motivé l’un des premiers billets de ce blog. Dans l’article que j’évoquais alors, on parlait de son « sourire de diamant » et de sa « splendide robe grège ». On s’émouvait de sa grossesse, de sa beauté, de son courage, on la trouvait même d’une fragilité émouvante. C’était en septembre dans Le Point (je n’ai pas trouvé les fameux articles en ligne, mais la présentation du dossier en lien vous donne le ton). Même Gala n’aurait pas osé dégouliner ainsi d’adoration. On sait se tenir à Gala, on a l’adjectif sous contrôle, on préfère dégouliner en photo.

Que s’est-il passé alors pour que le vent tourne ? Eh bien peu à peu mes confrères journalistes politiques ont commencé à  observer les choses d’un peu plus près et surtout, surtout,  à oser dire ce qu’ils savaient puisque la ministre, dit-on,  n’était plus en cour.

Racisme, me dit-on ! Ah bon, et ce racisme aurait jailli d’un coup ? Très intéressant. On a découvert un an et demi après son entrée en fonctions que la ministre était fille d’immigrés et on a découvert aussi à ce moment-là qu’elle s’habillait en Dior ? Et c’est encore à ce moment-là que les mêmes journalistes qui l’avaient adulée, ont viré soudainement au racisme et à la jalousie ?

Allons, soyons sérieux 5 minutes. Le problème, car il y en a un, est ailleurs. Certains de mes confrères ont été séduits, précisément par la belle histoire de la princesse immigrée en robe Dior, et ils (elles) ont été embarqué(e)s dans un mythe qu’ils (elles) n’ont plus été en mesure ensuite de défaire. Ainsi va la presse, elle adule puis change d’avis, elle fait et défait les réputations.

C’est exactement la même chose qui est en train d’arriver à Ingrid Bétancourt. Parlera-t-on là encore de racisme ? Mais lequel ? Un confrère me confiait il y a quelques semaines : « nous savions depuis longtemps qu’Ingrid Bétancourt était un personnage plus complexe que celui qu’on présentait, mais on ne démolit pas un mythe, surtout si ce mythe est otage ». Je confirme. Une de mes amies a fait Sciences Po avec elle et s’énerve depuis des années de lire des articles très éloignés de ce qu’elle a observé elle-même à l’époque et appris depuis. Rachida Dati a séduit tout le monde, moi comprise, et puis chemin faisant, les langues se sont déliées, à force de fouiller, on a trouvé des éléments nuançant le portrait initial. Il a suffi ensuite que le Chef de l’Etat donne le sentiment de ne plus la soutenir pour que la presse balance ce qu’elle savait. Le procédé n’est pas très élégant, je vous l’accorde,  mais il est malheureusement classique. Je ne vois là pas plus de racisme à l’égard de Rachida Dati que je n’avais aperçu d’antisémitisme dans le livre de Péan sur Kouchner. En revanche, j’aperçois fort bien l’intérêt d’une telle défense. Quand le mot « racisme » est lancé tout est dit et il n’y a plus de critique possible. Fermez le ban.

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21 commentaires »

  1. La juxtaposition est étrange.

    Un article (JLH sur France Inter) pour dire que les journalistes doivent être indépendants.

    Un article (Dati) pour constater que « Il a suffi ensuite que le Chef de l’Etat donne le sentiment de ne plus la soutenir pour que la presse balance ce qu’elle savait »…

    C’est la distance entre « les journalistes » et « la presse »?

    Commentaire par pascal — 18/05/2009 @ 19:17

  2. Entièrement d’accord avec vous.

    Les accusations de racisme sont bien commodes, ça fait une défense à bon compte, on risque pas le claquage du neurone.

    Mis à part ça, je trouve que c’est vraiment dans la tendance actuelle de crier au racisme à torts et à travers.
    D’ailleurs certains ont cru devoir dire en substance, en tant que témoin dans un procès d’assise assez médiatique, qu’on est raciste si on ne dit pas que l’on ne l’est pas.

    Si deux SDF font la manche l’un à coté de l’autre et que vous ne pouvez donner qu’à un, donner à celui qui aura la couleur de peau la plus foncée sinon vous serez raciste.

    Plus sérieusement, le problème est que lorsque l’on met en avant sa personne plutôt que ses idées, on s’expose à se faire critiquer sur sa personne et non sur ses idées, tout simplement.

    Commentaire par raven-hs — 18/05/2009 @ 20:15

  3. Votre analyse décrypte bien la bêtise de cet « argument ».

    Quand ça n’est pas le racisme, c’est un « mépris de classe ». Comme il est absurde de critiquer R. Dati à cause de son attitude ou de son incompétence, toute critique est forcément lourde d’arrières-pensées…

    En tant que lectrice d’Eolas, vous aurez sans doute aussi remarqué que chacun de ses billets consacré à sa chère Garde des Sceaux attire systématiquement l’un ou l’autre tenant de cette ligne de défense en carton mâché.

    Commentaire par Kemmei — 18/05/2009 @ 21:10

  4. C’est sûr qu’avec R. Dati, on a le choix: femme, issue de l’immigration, milieu défavorisé… Après ça, l’accuser d’incompétence conduit nécessairement à se faire à son tour accuser (de racisme, machisme, ou « mépris de classe », comme dit ci-dessus). Elle avait tout à prouver et aurait pu recueillir bien des palmes si elle avait bossé deux fois plus que tout le monde (compte tenu de son image initiale). Au lieu de cela, elle n’a obtenu que des Prix Busiris…

    Commentaire par Philonous — 18/05/2009 @ 21:51

  5. Qu’est ce qui motive que l’on passe de l’adulation médiatique au lynchage journalistique de personnages comme R Dati ou I Bétencourt ? Je comprends d’après votre article que ce phénomène se produit dès lors que les journalistes politiques commencent à oser dire ce qu’ils savent » parce qu’une personne n’est « plus en cour », ie n’est plus soutenue par le chef de l’état et/ou l’opinion publique. Vous donnez là un curieux exemple de l’indépendance des journalistes.

    Aliocha : vous voyez le succès qu’a eu le livre de Péan ? La moitié de ses confrères lui sont tombés dessus, Kouchner a crié à l’antisémitisme et le bouquin est tombé aux oubliettes. Voilà ce qui arrive quand on a raison tout seul…ça ne nous excuse pas, mais ça explique.

    Commentaire par véronique — 18/05/2009 @ 22:25

  6. Aliocha,

    Puisque vous avez de si saines lectures, sachez que ce fameux article du Point sur Dati ne nous avait pas non plus laissé indifférents : http://www.arretsurimages.net/vite.php?id=1643

    Cordialement,
    Dan

    Aliocha : merci de votre visite, je suis une fan d’@si et merci pour le lien, je ne vous avais pas lu sur ce sujet et n’avais pas aperçu les contorsions savoureuses de la journaliste pour dire l’indicible. Décidément, ce dossier était un monument 😉

    Commentaire par Dan — 18/05/2009 @ 22:55

  7. Ce qui est rigolo avec le cas Dati, c’est peut-être qu’on assiste à la fin d’une période historique. Je m’explique.

    Vers 83-84, depuis la création de SOS Racisme (à peu près), l’antiracisme est devenu une sorte d’idéologie qui se suffisait à elle-même. En face, le Front National servait de repoussoir efficace.

    Un exemple: on tolère des rappeurs, par exemple, des déclarations douteuses que jamais on ne tolérerait d’un chanteur bon chic bon genre. L’antiracisme recouvre d’un voile pudique ces dérapages.

    Je pense que c’est la première fois, depuis 83, qu’on assiste en direct en France, avec Dati, à un tel retournement. C’est comme si le monde de la presse et celui de la politique comprenaient enfin une évidence: on peut être à la fois mauvais et originaire d’une « minorité visible ».

    Commentaire par didier specq — 18/05/2009 @ 23:27

  8. Se taire sur Bétencourt parce qu’elle était otage et pour ne pas compromettre sa libération peut se comprendre. Aduler puis brûler quelqu’un simplement en se basant sur sa cotation à la cour, c’est franchement méprisable. Deux fois. Mais malheureusement nos « journalistes » sont coutumiers de ce genre de lâcheté.

    Je pense souvent à ce philosophe qui, muni d’une lanterne en plein jour, cherchait « un homme » dans la foule. Nous, on cherche un(e) journaliste…

    Commentaire par cultive ton jardin — 18/05/2009 @ 23:51

  9. C’est vrai que c’est agaçant ce genre d’accusation « à deux balles ».
    On est contre la politique expansionniste d’Israel, alors on se fait taxer d’anti-sémitisme.
    On critique les choix bling-bling de la Garde des Sceaux, alors on nous accuse de « racisme » …
    Et je vous passe le « machisme » ou autre « discrimination » …

    Et pourtant, n’est-ce pas aussi agaçant de voir des gens bruler aujourd’hui leurs idoles d’hier ?
    Est-ce que ça montre une certaine « indépendance » de la Presse, ou plutôt son avilissement complet à la « bien pensance » du moment, pensée « unique » dictée par les puissants du moment, le Président et sa Cour en tête …

    Aliocha : je pense en effet que c’est un manque d’esprit critique qui pousse à suivre momentanément le sens du vent, avant de s’apercevoir qu’on s’est trompé. Le tout est que l’information finisse par sortir, mais je vous accorde qu’en faisant preuve d’esprit critique dès le départ, on éviterait de créer des idoles et de les brûler. Est-ce possible, allez savoir…

    Commentaire par Yves D — 19/05/2009 @ 00:28

  10. Deux choses :

    d’abord cette attaque est gratuite et scabreuse (au sens originel) : n’est-ce pas un journaliste qui accuse sa caste de « racisme » ? D’ailleurs, n’est-ce pas précisément au nom du journalisme qu’il prétend avertir ses collègues de leurs écarts ? Notons que c’est doublement infondé : qui est accusé d’une telle tare ? Des noms, des mots à tout le moins… Rien de tout cela, cette attaque est gratuite (elle ne cherche qu’à l’incarnation du bien : vous autres, racistes…) et ennuyeuse : que vise ce journaliste à travers de tels propos ? Sinon un intérêt politique (un soldat défend toujours son frère d’arme, quel que soit le forfait commis), je ne vois pas. Je ne suis pas encore allé sur ce site, malgré les injonctions de Brice Couturier (sans rigoler, ce dernier dit que c’est un site « avec lequel il faut compter », je m’en veux d’en rater autant !), je n’irai pas prochainement.

    Aliocha : un site avec lequel il faut compter, ah bon ? Créé par Colombani avec des politiques ? On est plus proche du lobbying que de la presse me semble-t-il, ce qui rend la chose aisément contournable. Quant au billet que je critique, il plaque des sentiments personnels sur la ministre, ce qui mène à une analyse hautement contestable.

    Ensuite cette affaire de séduction : fallait-il nécessairement que les journalistes fussent séduits par la Ministre de la Justice pour parler d’elle comme journalistes ? Vous même « avouez » (sic !) l’avoir été. Je me sens mal : me limitant aux journaux et à la radio, elle ne m’a rien fait : est-ce mon surmoi colonial qui m’en a empêché ? Il me semble au contraire qu’en s’en tenant aux déclarations et aux actes de la Ministre, il est tout à fait possible de produire un commentaire éclairé et assez peu partial de sa politique. Et puis
    L’embêtant ici est qu’un mythe (mais lequel, je suis démuni pour préciser lequel…) semble avoir été forgé par la « machine médiatique » alors même que sa mission est de s’en passer ou de les éclairer. J’y vois malheureusement (si c’est vrai, car je ne donne pas un sou à Gala et consorts pour le vérifier) une faillite des journalistes (pas vous, chère Aliocha, vous êtes admirable – sinon je ne vous lirez pas, en tout cas pas sous cette identité).

    Aliocha : le journaliste est un humain, pas une machine à critiquer. Elle me plaisait quand elle était porte-parole de Sarko durant la campagne. Je la trouvais jolie, c’est vrai. Quand elle est arrivée à la Chancellerie, elle est entrée sur mon terrain de travail. Il ne s’agissait plus alors de cultiver des sentiment personnels mais d’observer ce qu’elle allait faire. J’ai décroché de la séduction en l’espace de 3 mois. Souvenez-vous quand même que nous passions de l’ère Chirac avec des politiques classiques à une équipe jeune, séduisante, qui cultivait toutes les formes de diversité. Il a fallu du temps pour que la valse de ses conseillers, sa politique, son tempérament cassant, le fait que tout était décidé à l’Elysée etc, nous apparaisse. Critiquer trop tôt, c’était risquer précisément les accusations de racisme, de misogynie, enfin je suppose.

    Pour en revenir à cette accusation de racisme, c’est un couperet qui l’a accompagné dans son entrée dans le monde politique : si elle a été choisi à ce poste, c’est aussi, et c’est à mon sens regrettable, grâce à son physique et son nom (sorte d’affirmatiive action à trop grande échelle). C’était un symbole qui a été érigé d’après une image : pas étonnant qu’on s’aperçoive à la longue qu’en exigeant rien d’une image, on ne trouve pas grand chose de consistant derrière (où l’on voit que M. Sarkozy ne lit pas Platon).

    Aliocha : nous sommes d’accord. Mais il a fallu encore du temps pour s’en apercevoir. Voyez Philippe Bilger qui s’est employé il y a quelques semaines à faire un bilan de son action, alors que cette action est entièrement pilotée de l’Elysée, ce qui m’a fait sourire. Il n’y a pas que les journalistes qui sont sensibles au charme 😉

    Commentaire par Bardamu — 19/05/2009 @ 01:24

  11. Dati – Royal , même combat…

    Et en tout cas, même ligne de défense : si on met en doute leur compétence, on est taxé de racisme dans un cas, de machisme dans l’autre.

    Commentaire par Astre Noir — 19/05/2009 @ 08:49

  12. J’avoue être toujours surpris de la naïveté des gens en général, quand on voit une personnalité se transformer rapidement en mythe, le recul semble disparaitre systématiquement, pourtant, ces personnalités ont travaillé avec du temps et un acharnement hors du commun pour construire ces images, cela est quasi systématique, et lorsque la lumière des projecteurs subitement « tout le monde » semble croire qu’il est question d’apparition.

    Pourtant, pour Ingrid Betancourt, elle s’est portée candidate aux présidentielles de son Pays, comment peut-on imaginer qu’on puisse parvenir à ce cheminement sans avoir une histoire complexe, une personnalité assez complexe ? Il n’est pas même nécessaire de comprendre la personnalité de la personne, il suffit juste de se remémorer un peu le passé d’autres illustres protagonistes …

    Alors, la mémoire est-elle quelque chose que chacun souhaite oublier pour mieux rêver, quitte à subir encore la désillusion ?

    Commentaire par DePassage — 19/05/2009 @ 09:57

  13. Racisme ou pas, force est de constater que jamais Pascal Clément n’a été accusé d’avoir gardé une robe Dior (c’est le seul compliment que j’ai à lui faire d’ailleurs).

    Aliocha : et pour cause, mais que savons-nous du sort qu’il a réservé aux caleçons que lui avait prêté Armani ? 😉

    Plus sérieusement, j’ai l’impression qu’une cellule de communication de crise pour sauver le soldat Dati a été mise en place il y a quelques mois. Je ne sais pas si c’est à sa propre initiative en pensant à ses vieux jours, ou si c’est à l’UMP pour éviter que son impopularité nuise aux élections où elles sera parachutée, ou peut-être un peu des deux.

    Aliocha : je me suis laissée dire que les partis politiques avaient des veilleurs Internet de grand talent. Vous me direz, pour vous repérer sur la toile il suffit d’avoir un ordinateur et de savoir l’allumer.

    Cela fait en effet quelques mois que dès qu’un propos critique est émis sur Rachida Dati sur mon blog (où elle est un peu chez elle), fleurissent des commentaires fleurant bon le colleur d’affiche (pseudo inconnu commentant pour la première fois mais assurant être un lecteur ancien et fidèle) se demandant avec l’air de ne pas y toucher si en fait, ce qu’on lui reproche par rapport à ses prédécesseurs, c’est d’être une femme (argument dit de reductio ad segolem) ou d’être arabe. Ce qui implique sans doute que si j’ai critiqué Pascal Clément, c’est par mysandrie et haine des foréziens, et non à cause de sa loi calamiteuse sur la récidive qui est une pure saloperie tandis que les peines planchers relèvent du gadget.

    Alors même que JAMAIS je ne l’ai attaqué sur des points où elle serait pourtant plus vulnérable personnellement : les déboires judiciaire d’un de ses frères, qui ne la concernent pas, sa grossesse qui relève de sa vie privée, ou l’identité du père, dont je n’ai que faire et qui a été l’occasion d’un des plus grands moments de muflerie de la Ve république.

    Aliocha : et nous vous en savons gré 😉

    Avoir cumulé sept pris Busiris en tant que Garde des Sceaux, avoir réussi à fâcher tout le monde avec une réforme que tout le monde souhaitait (la carte judiciaire), avoir réussi à détériorer durablement le lien de confiance entre les magistrats et la chancellerie sont des exploits qui suscitent l’admiration, à côté desquels l’utilisation des communiqués de la chancellerie pour des bagarres de cours de récré (allons bon, voilà qu’on va m’accuser de ne pas aimer les enfants) apparaît comme anecdotique.

    Aliocha : un bémol sur la carte judiciaire : tout le monde la souhaitait mais personne ne voulait qu’elle lui tombe dessus. D’où le « courage fuyons » de ses prédécesseurs. N’importe qui s’y serait brûlé.

    L’article de Blandine Grosjean est dans cette veine de collage d’affiche, qui fait penser à un journalisme couché, un infommercial de commande, qui ne grandit ni son auteur ni le site qui le publie.

    Aliocha : je disconviens légèrement sur les motivations. D’après ce que j’ai vu rapidement, cette journaliste travaille sur la cause des femmes, il n’est pas étonnant qu’elle prenne fait et cause pour la ministre, même s’il est regrettable qu’elle le fasse avec de telles oeillères.

    Commentaire par Eolas — 19/05/2009 @ 12:33

  14. @ aliocha

     » Voyez Philippe Bilger qui s’est employé il y a quelques semaines à faire un bilan de son action, alors que cette action est entièrement pilotée de l’Elysée, ce qui m’a fait sourire. Il n’y a pas que les journalistes qui sont sensibles au charme (votre réponse à Bardamu)  »

    Mais enfin, Philippe Bilger a le droit et la liberté d’approuver la mise en place d’une nouvelle carte judiciaire, les peines plancher et la rétention de sûreté.

    Aliocha : Inutile de vous demander si vous êtes bien La Véronique avec qui j’ai croisé le fer chez Eolas et qui voue par ailleurs une admiration sans limite à Monsieur Bilger 😉 Mon propos n’est pas de contester le droit de Philippe Bilger d’apprécier la politique de la Chancellerie, il est simplement de dire que de politique de la Chancellerie il n’y a jamais eu ou si peu, tout vient de l’Elysée.

    Quant au à l’hyperbole autour de RD dans les médias, PB l’a dénoncèe dans son blog dès la nomination de RD.

    Enfin, lisez le chapitre du livre  » Etats d’âme et de droit  » que PB conascare à RD. Lui-même évoque son propre sentiment à l’égard de RD.

    Aliocha : question sentiments, je me souviens de l’avoir lu félicitant la ministre de son courage politique pour avoir dit à un détenu qui se plaignait de ses conditions de détention, à peu près ceci : « vous aviez qu’à faire en sorte de ne pas vous retrouver là ». Si vous revendiquez le droit de PB d’être en accord avec la Chancellerie, je revendique alors celui d’être respectueusement en désaccord avec lui.

     » (…) J’ai honte de l’exprimer mais la défiance à l’égard d’une intruse, dont la compétence était passée au crible d’une exigence impitoyable, n’était pas loin de nourrir subtilement ou grossièremment des appréciations seulement techniques ou politiques  »

    Alors moi je me dis que si un Philippe Bilger s’est surpris à réagir de cette façon face à  » l’intrusion  » de Rachida Dati, Mon dieu quelle devait être alors la nature des sentiments des autres grands professionnels de la Justice à son égard !

    Aliocha : et vous mettez le doigt sans vous en apercevoir sur ce qui fait la grandeur de certains magistrats, la capacité à penser contre leurs sentiments pour s’assurer à leurs propres yeux de leur indépendance. J’ai souvenir d’une conférence du doyen Vedel à qui l’on demandait en tant qu’ex membre du Conseil constitutionnel s’il ne craignait pas dans ses décisions d’être influence par ses propres convictions. Et le grand homme de répondre à peu près : « c’est tout le contraire, nous nous défendons tellement de décider dans le sens qui nous attire que nous devons nous défier de ce réflexe ». Je ne serais pas surprise que PB raisonne ainsi (c’est un compliment). Pour ce qui me concerne, j’ai observé l’arrivée de Rachida Dati en professionnelle, la question était que va-t-elle faire et comment ? Je crois que nous avons la réponse.
    Cette histoire de racisme des journalistes à l’égard de RD est une stupidité.

    Mais RD est détestée, minablement, plus que de raison.

    Les Professionnels de la Justice ont-ils seulement exprimé une seule fois une seule défiance ou une simple curiosité à l’égard des compétences et des parcours universitaires et professionnels des prédécesseurs de RD ?

    Aliocha : ils se la posent à chaque fois qu’on nomme autre chose qu’un avocat ou un magistrat à ce poste, ce qui est infiniment fréquent, alors même que chaque gouvernement comprend un lot non négligeable de juristes. Ils se la sont posée d’autant plus ici que la ministre n’avait pas d’antécédents politiques. Par ailleurs, son parcours comprenant une parenthèse de magistrature, ne pouvait que susciter la curiosité. Où est le mal ?

    Commentaire par Véronique — 19/05/2009 @ 13:09

  15. Enfin, pour qui quelqu’un qui avoue rester «coite», vous êtes tout de même fort inspirée! Bardamu a dit le reste de ce que j’aurais pu vouloir ajouter, donc je reste coi (moi ;-))

    Commentaire par Philarête — 19/05/2009 @ 13:14

  16.  » Mon propos n’est pas de contester le droit de Philippe Bilger d’apprécier la politique de la Chancellerie, il est simplement de dire que de politique de la Chancellerie il n’y a jamais eu ou si peu, tout vient de l’Elysée.  »

    Et quels sont les ministres de la Justice qui n’en n’ont fait qu’à leur tête et n’ont jamais appliqué que leur propre politique ou vision des choses ?

    Même Robert Badinter en abolissant la peine de mort n’a fait qu’appliquer la volonté présidentielle. Non ?

    Et puis, pour l’état des prisons par exemple, n’aurait-il pas mieux valu que depuis des décennies l’Elysée ou Matignon aient eu la volonté politique pour que cette question soit enfin traitée ? Non ?

    Commentaire par Véronique — 19/05/2009 @ 14:27

  17. Non, véronique,

    Badinter a fait bien plus qu’appliquer une volonté présidentielle qui, en ce qui concerne notre bien aimé Président, reste entièrement discutable en ce qui concerne spécifiquement la justice.

    Je ne sais pas si vous avez suivi le film, mais les choses sont très simples: quand on est au sommet de la pyramide, on a pas le temps. On a pas le temps d’attendre que les étages intermédiaires de la pyramide transmettent le mouvement, parce que dans une démocratie ça prend beaucoup de temps et les réformes, c’est pour tout de suite.

    Alors le truc le plus simple, c’est de court circuiter les étages intermédiaires et de s’en justifier auprès de la base (le peuple) en les faisant passer pour des cons.

    Ce que les magistrats viennent de subir, mais ils ne sont pas les seuls.

    Donc, en gros, on est dans un système ou le sommet de la pyramide prend les étages intermédiaires pour des cons, mais c’est pas pour autant qu’il respecte la base.

    La base, il lui montre immédiatement dans quelles conditions il l’a tient.

    En général, c’est celle du mépris.

    En revanche, à l’égard des élites (je vous parle des vraies élites, celles dont le compte en banque démarre à 100 millions d’euros cash à mettre immédiatement sur le tapis pour suivre la partie, « pour voir », comme on dit, je ne vous parle pas de « Bobos » upper middle class invités au festin pour cause de promotion sociale inopinée, due en grande partie aux nouvelles technos, ce contre quoi les élites sont contre).

    (Au passage rappelons que le défilé militaire de notre flotte a été conçu pour être visible de saint tropez, alors que le contribuable recevra prochainement sur ses avis d’imposition des appels de fonds pour devenir débiteur de parts de frégates taïwanaises, ça donne une idée immédiate de qui paye quoi).

    Quand on interroge les politologues (ceux qui lisent la carte électorale française et les sondages dans le détail) on voit pourquoi il a un intérêt à jouer de la division: 70% de ce qui vote est contre lui. Votent pour lui à peine 25%.

    Alors il la joue. Et il peut la jouer puisqu’il peut s’appuyer sur vous, qui dites:

    « Même Robert Badinter en abolissant la peine de mort n’a fait qu’appliquer la volonté présidentielle. Non ? »

    Maintenant je vais vous demander un effort intellectuel. Vous êtes bien assise? Oui?

    Bon, ok, alors voilà ma question: en quoi sarkozy a fait progresser le droit des personnes?

    Voyez, c’est tout simple.

    Attention, si vous me répondez Dati, droit des victimes, attaques racistes contre Dati, etc, je vous objecterais, s’il vous plait, « droit des personnes ».

    PS: cette espèce de jeu qui consiste en permanence à faire passer les autres pour des cons est une règle. Qui a donné le coup d’envoi des séquestrations de patrons dit « voyous », si ce n’est le président de la république, le premier à les fustiger dès la crise des subprimes confirmée?

    Aliocha : comme j’aimerais parfois avoir votre hauteur de vue, ça me déstresserait 😉 et en plus vous êtes drôle. A propos, Goloubchik vous provoque honteusement sous le billet Ségo, vous devriez aller lui remonter les bretelles 😉

    Commentaire par tschok — 19/05/2009 @ 15:07

  18. « Il a suffi ensuite que le Chef de l’Etat donne le sentiment de ne plus la soutenir pour que la presse balance ce qu’elle savait. »

    Vous voulez dire, un peu comme la presse US s’est réveillée contre Bush quand il était devenu un lame duck?

    Commentaire par DM — 20/05/2009 @ 09:42

  19. La presse semble avoir du mal à sortir du dyptique Saint ou Démon.
    Le cas Ingrid Betancourt est à ce titre assez marquant. Après nous avoir dit pendant 6 ans quelle femme extraordinaire c’était, il a suffit de quelques mois pour qu’on en fasse une salope arrogante et égoïste.
    Et si elle était les deux ?…

    Idem pour Rachida Dati. Femme d’une grande énergie, certainement très intelligente, et aussi snob, autoritaire, attirée par le luxe.

    Ca serait certainement plus juste de faire des articles présentant ces deux aspects des personnages, mais c’est moins spectaculaire. Ca se vend peut-être moins.

    Aliocha : j’entends souvent l’argument des ventes. Je crois que le public surestime le poids de cette nécessité dans la presse. Bien sûr que nous devons vendre, comme n’importe quelle activité économique, mais ce qui fait vendre n’est pas ce qu’on croit, c’est le salaire des cadres, les prix de l’immobilier, le palmares des écoles, université, hopitaux et…les présidentielles. Pour le reste, les sujets ne sont pas choisis pour vendre mais pour intéresser et présentés en vue d’être attractifs et agréables à lire. La nuance est ténue, mais n’oubliez pas que ceux qui font le « menu » du jour, de la semaine, du mois, selon la périodicité, ce sont des journalistes par définition allergiques à tout ce qui relève des problématiques de vente, pub et diffusion. Ce sont des « intellos » ou simplement des pros de l’actualité qui partagent leur vision du monde, de ce qu’ils jugent intéressant ou de ce qu’ils pensent qui va intéresser le lecteur. J ene nie pas les interférences parfois avec des préoccupations de vente, mais le ressort essentiel est celui que je vous décris. C’est bien pour cela que les journaux séparent radicalement les services pub, diffusion, marketing, de la rédaction.

    Commentaire par Arnaud — 20/05/2009 @ 16:36

  20. le prototype rachida
    Si j’étais directeur de casting institutionnel, connaissant l’avis volatile voire contre-productif de vox populi et la vulgarité consubstantielle des bénévoles humanistes, il faudrait anticiper les modes savamment marquetées et les mœurs faussement transgressives en promotionnant…
    … des protagonistes en forme de logo ou de statistiques, correspondant au bruit du folklore et à l’odeur du groupe, le niveau de compétence et l’expérience sont accessoires dans cette affaire si les critères de fantasmes, de représentation puis de personnification sont remplis, ne pas s’inquiéter des dommages putatifs, l’arrière-boutique n’intéresse personne tant que la vitrine est belle.

    Ou
… des produits voués à l’échec, que la concurrence laisse en jachère car ils ne sont pas conformes au standard de vente, mais leur mise en marché plus symbolique que mercantile permet à la fois d’organiser la panique chez l’outsider et de diversifier son offre thématique, tout en fidélisant des consommateurs sans avoir à les éduquer.
    Ou
… le naturel national, les fondamentaux patriotiques et le collectif docile, les pratiquants professionnels de l’hymne font de bons VRP républicains, le dirigisme empirique d’un entraîneur ou le volontarisme conditionné d’un sportif séduit les futurs licenciés comme les masochistes en manque d’autorité.
    La suite :
    http://souklaye.wordpress.com/2009/03/25/le-subjectif-au-conditionnel-si-j’etais-directeur-de-casting-institutionnel/

    Commentaire par souklaye — 21/05/2009 @ 12:09

  21. Oui certains journalistes sont parfois racistes, mais ni plus ni moins que le reste de la société. Et probablement pas dans ce cas précis.

    Ce que traduit le retournement de la presse, ce n’est pas du racisme mais de l’opportunisme et de la courtisanerie. Tant qu’il apparaissait que Mme la Garde des Sceaux avait la faveur du monarque, une grande partie de la presse s’est régalée en relayant le conte de fées, l’histoire si émouvante de cette Cendrillon de banlieue devenue ministre. Ne pas le faire ne risquait-il pas d’indisposer son protecteur, alors en plein état de grâce ?
    Mais quand douze coups de minuit ont sonné, on a vu que le Prince de l’Élysée ne ramassait pas la pantoufle de vair pour courir derrière sa belle héroïne. Au contraire, il l’envoyait à Strasbourg, pire à Bruxelles, autant dire au diable-vauvert! Dès lors, à quoi bon continuer à diffuser toutes ces balivernes. Le vent avait tourné et les girouettes aussi, les sondages n’étant plus aussi bons, le monarque ne décolérant plus, fallait-il rajouter à sa peine en prenant la défense du petit soldat insignifiant qui s’était pourtant si bien battu pour faire passer la réforme de la Justice qu’il avait décidée ?
    « Courageusement », les rédactions ont alors estimé qu’il fallait ouvrir les yeux sur les travers de celle qui n’était plus qu’une intrigante, une parvenue. Les violons se sont tus, on n’entend plus que le cor de chasse, c’est l’hallali.
    Du racisme? Non, bien sûr. Je ne vois là qu’esprit courtisan, en d’autres termes de la lâcheté et de la soumission devant le pouvoir.

    Commentaire par Raymond — 21/05/2009 @ 15:21


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