La Plume d'Aliocha

18/05/2009

Dati victime de journalistes racistes ?

Filed under: Débats — laplumedaliocha @ 18:39

Allons bon, je surfais joyeusement sur @si entre la rédaction de deux articles, et voici que je tombe sur cet article qui évoque un billet de Slate, lequel accuse les journalistes de racisme à l’égard de Rachida Dati. Il parle même de « fantasme eroticolonial ». Je vais donc lire la chose, l’esprit déjà en surchauffe et là, entre nous, j’aurais titré ce billet « les bras m’en tombent » si je n’avais déjà utilisé ce titre récemment. Car voici que resurgit notre bonne vieille accusation de racisme à l’encontre des journalistes qui critiquent Rachida Dati. Je l’avais déjà entendue il y a quelques mois dans la bouche de Jacques Attali. C’est si facile. Bref, tout le monde a eu vent du fait que la ministre aurait oublié de rendre les robes Dior qu’on lui avait prêtées. Vrai, pas vrai, je n’en sais fichtre rien. La journaliste qui écrit sur Slate non plus. Ce qui ne l’empêche pas d’évoquer une attaque dictée par le racisme avec une assurance qui me laisse coite. Eh oui, les journalistes seraient misogynes, jaloux et racistes, d’où ces atroces médisances répandues dans des articles et des livres. Ils estimeraient qu’elle a le droit de réussir mais surtout pas de s’afficher en robe Dior.

Un simple suivi des articles de presse sur Rachida Dati depuis qu’elle est en fonctions suffit à invalider la thèse de la jalousie raciste. Je le sais puisque l’adoration que lui vouaient précisément mes confrères jusqu’à l’autome dernier avait motivé l’un des premiers billets de ce blog. Dans l’article que j’évoquais alors, on parlait de son « sourire de diamant » et de sa « splendide robe grège ». On s’émouvait de sa grossesse, de sa beauté, de son courage, on la trouvait même d’une fragilité émouvante. C’était en septembre dans Le Point (je n’ai pas trouvé les fameux articles en ligne, mais la présentation du dossier en lien vous donne le ton). Même Gala n’aurait pas osé dégouliner ainsi d’adoration. On sait se tenir à Gala, on a l’adjectif sous contrôle, on préfère dégouliner en photo.

Que s’est-il passé alors pour que le vent tourne ? Eh bien peu à peu mes confrères journalistes politiques ont commencé à  observer les choses d’un peu plus près et surtout, surtout,  à oser dire ce qu’ils savaient puisque la ministre, dit-on,  n’était plus en cour.

Racisme, me dit-on ! Ah bon, et ce racisme aurait jailli d’un coup ? Très intéressant. On a découvert un an et demi après son entrée en fonctions que la ministre était fille d’immigrés et on a découvert aussi à ce moment-là qu’elle s’habillait en Dior ? Et c’est encore à ce moment-là que les mêmes journalistes qui l’avaient adulée, ont viré soudainement au racisme et à la jalousie ?

Allons, soyons sérieux 5 minutes. Le problème, car il y en a un, est ailleurs. Certains de mes confrères ont été séduits, précisément par la belle histoire de la princesse immigrée en robe Dior, et ils (elles) ont été embarqué(e)s dans un mythe qu’ils (elles) n’ont plus été en mesure ensuite de défaire. Ainsi va la presse, elle adule puis change d’avis, elle fait et défait les réputations.

C’est exactement la même chose qui est en train d’arriver à Ingrid Bétancourt. Parlera-t-on là encore de racisme ? Mais lequel ? Un confrère me confiait il y a quelques semaines : « nous savions depuis longtemps qu’Ingrid Bétancourt était un personnage plus complexe que celui qu’on présentait, mais on ne démolit pas un mythe, surtout si ce mythe est otage ». Je confirme. Une de mes amies a fait Sciences Po avec elle et s’énerve depuis des années de lire des articles très éloignés de ce qu’elle a observé elle-même à l’époque et appris depuis. Rachida Dati a séduit tout le monde, moi comprise, et puis chemin faisant, les langues se sont déliées, à force de fouiller, on a trouvé des éléments nuançant le portrait initial. Il a suffi ensuite que le Chef de l’Etat donne le sentiment de ne plus la soutenir pour que la presse balance ce qu’elle savait. Le procédé n’est pas très élégant, je vous l’accorde,  mais il est malheureusement classique. Je ne vois là pas plus de racisme à l’égard de Rachida Dati que je n’avais aperçu d’antisémitisme dans le livre de Péan sur Kouchner. En revanche, j’aperçois fort bien l’intérêt d’une telle défense. Quand le mot « racisme » est lancé tout est dit et il n’y a plus de critique possible. Fermez le ban.

« On va vous laisser aboyer »

Filed under: Débats — laplumedaliocha @ 13:13

Jean-Michel Aphatie défend aujourd’hui Jean-Luc Hees, le nouveau président de Radio France nommé par Nicolas Sarkozy, qui s’est invité vendredi matin à l’antenne de France Inter au cours de l’interview d’Edwy Plenel. Motif ? Le journaliste de Mediapart présentait son livre,  « Combat pour une presse libre » (j’en reparlerai), dans lequel il dénonce l’intrusion de plus en plus forte du pouvoir dans les médias. Et Jean-Michel Aphatie de regretter que l’on refuse d’écouter dans cette histoire ce que Jean-Luc Hees avait à dire sur le sujet, chacun, et surtout les syndicats de journalistes, préférant crier à l’intrusion inadmissible du Big boss dans une interview.

Il est parfois étrange Jean-Michel Aphatie. Lorsque le patron de France Inter s’excuse pour les propos tenus par l’humoriste Guillon contre DSK, l’interviewer vedette d’RTL y voit un abandon inadmissible d’indépendance, là où il n’y a à mon avis qu’une simple démarche diplomatique pour garder sa liberté de ton sur le mode « si on vous a blessé je m’en excuse mais ma radio n’a fait que son métier et elle continuera ». En revanche, l’instrusion d’un patron de radio nommé par le pouvoir dans une interview sur la liberté de la presse apparaît  beaucoup plus contestable. Sauf que pour Jean-Michel Aphatie, ce qui est contestable, ce n’est pas cette démarche, mais le fait qu’on refuse d’entendre le témoignage d’indépendance de son auteur. C’est en effet ce que Jean-Luc Hees était venu dire à l’antenne pour répondre aux inquiétudes de Plenel. Son argument ? Puisque vous êtes ici c’est que cette radio est libre. « L’invitation a été lancée avant votre arrivée » rétorque finement Edwy Plenel, avant d’ajouter, « la Cour européenne des droits de l’homme nous qualifie de chiens de garde de la démocratie ». Ce à quoi Jean-Luc Hees répond :  « alors on va vous laisser aboyer ». N’est-ce pas que la formule est élégante ? D’ailleurs, on ne peut s’empêcher de l’achever mentalement :  « Amis journalistes continuez d’aboyer, ça n’empêche pas la caravane gouvernementale de passer ». Mais ce n’est ici bien entendu qu’une impertinence de journaliste qui ne préjuge en rien des intentions réelles de l’auteur de cette remarquable formule.

N’en déplaise à Jean-Michel Aphatie, la démarche de Jean-Luc Hees était à tout le moins infiniment maladroite. L’indépendance est aussi une question d’apparence. Est présumé indépendant celui dont rien ne permet de supposer le contraire. La nomination du patron de Radio France plaide contre lui. Son intrusion dans l’émission aussi. A fortiori dans le climat actuel qui permet de douter légitimement de la volonté du Chef de l’Etat de respecter la liberté de la presse autant qu’on pourrait le souhaiter.

Si Jean-Luc Hees n’a pas été compris, c’est regrettable. En ce qui me concerne, je ne hurlerai pas avec les loups. J’attends juste qu’il fasse la preuve de l’indépendance qu’il allègue.

D’ici là, je prends le parti de la liberté de la presse. Sans rage, sans haine, sans procès d’intention, mais avec force. Au suplus, je ne crois pas que Jean-Luc Hees et Nicolas Sarkozy aient tant besoin que cela d’être défendus. La presse, si. Et comme je ne compte guère sur le public qui a d’autres chats à fouetter, je trouve légitime qu’elle soit défendue par les journalistes. Quant à ceux d’entre nous qui adoptent la posture inverse, qu’ils se rassurent, comme dit Jean-Luc Hees, « on va les laisser aboyer ».

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