La Plume d'Aliocha

11/05/2009

Une erreur pas si anecdotique que ça

Filed under: Comment ça marche ? — laplumedaliocha @ 09:46

Le Figaro se serait-il spécialisé dans la photographie frelatée ? C’est ce qu’ont cru quelques blogueurs et un site de presse jusqu’à ce que l’affaire soit éclairicie. Tout commence avec le site le Mague qui attire l’attention sur une photo publiée sur le site du journal de Dassault et qui montre le couple présidentiel enlacé. La photo originale est . Vous observerez qu’apparemment Carla Bruni-Sarkozy a quatre bras. Le Figaro ayant déjà effacé une bague du doigt de Rachida Dati, on se dit que cette fois il a fait fort en voulant simuler une scène de tendresse et en oubliant au passage d’effacer les bras réels. Il faut dire que le cliché en effet est troublant, mais le journal précise que la photo a été prise au téléobjectif ce qui écrase les perspectives et crée une confusion avec la femme qui se trouve derrière le couple. Le Figaro a-t-il ajouté l’explication plus tard ? C’est possible.

Toujours est-il que le 4 mai, Le Mague publie un long article pour dénoncer ce qu’il présente comme une manipulation. Puis c’est au tour du blogueur Slovar le 8 mai d’en faire un billet qui renvoie au site le Mague avant que l’information soit finalement reprise  par Marianne2 le lendemain. Il est intéressant de noter que les lecteurs dans les commentaires corrigent eux-même l’erreur et ne suivent donc pas les auteurs des articles. Par ailleurs, Marianne2 a très vite rectifié l’information, ce qui n’est le cas ni du Mague ni de Slovar. Mais me direz-vous, il suffit d’ouvrir l’espace des commentaires pour lire les mises au point des internautes. En effet, mais admettons que certains lecteurs ne le fassent pas ?

Allons, l’erreur est humaine et je ne jetterai la pierre ni à Slovar que je connais un peu et qui est un bon blogueur, ni à Marianne dont vous savez tout le bien que je pense. En revanche, je trouve cette petite affaire assez emblématique de l’état d’esprit qui règne sur Internet et de ses dangers. Prenez un journal dont la ligne éditoriale déplaît en raison de son manque d’esprit critique à l’égard de la majorité, ajoutez-y le Président toujours soupçonné de vouloir manipuler le public, mélangez le tout via une photo étrange et vous avez tous les ingrédients pour déclencher la critique. Une critique qui se fonde non pas sur des faits vérifiés mais sur des préjugés et qui va ensuite se répandre comme une tache d’huile. C’est tout le danger de l’opinion lorsqu’elle prend le pas sur la réalité. Ici les préjugés étaient si forts que personne ne s’est dit que c’était quand même un peu gros et que le photographe devait avoir consommé de drôles de substances pour ajouter des faux bras en oubliant d’effacer les vrais. Sans compter le journaliste qui a sélectionné la photo et a décidé de la mettre en ligne.

La question est : combien d’autres « informations » comme celles-là circulent sans être corrigées parce que la solution n’est pas sur Internet ou pire, parce qu’elles répondent à une stratégie d’intoxication délibérée ?

Le Mague se définit comme non-journalistique et subjectif. Dont acte. On en voit les limites. Slovar a relayé l’information un peu vite, mais il n’est pas journaliste. Et Marianne2 me direz-vous, ce sont bien des journalistes, alors ? En effet, ils se sont fait embarquer par leurs camarades, le site avouant lui-même que c’est Slovar qui a attiré son attention sur l’information. Marianne2 aurait dû vérifier, je vous l’accorde.  Certains en déduiront sans doute qu’on n’a finalement pas besoin de journalistes puisqu’ils ne font pas mieux que les blogueurs. Permettez-moi d’en tirer la conclusion inverse. Les sites de presse tentent de faire leur place sur la toile, avec de petits budgets, une visibilité sur leur avenir très réduite (tout le monde sait qu’il faut y être mais personne n’a l’assurance que cela puisse être rentable), et la volonté de se fondre dans cette nouvelle culture au point parfois d’en oublier leurs réflexes professionnels de recherche de la vérité. C’est tout le danger des théories excentriques qui circulent sur la fin de la presse et l’émergence d’un journalisme citoyen. Les professionnels de la presse eux-mêmes s’y laissent prendre avec une bienveillance vis à vis du web qui est toute à leur honneur mais ne devrait pas les mener à sous estimer ce qu’ils peuvent et doivent apporter en tant que professionnels de l’information : vérifier en pratique les informations qui circulent sur Internet, confronter les opinions aux faits, bref, faire un travail qui ne consiste plus uniquement à livrer l’information mais à la vérifier pour la confirmer ou l’infirmer. Ce n’est au fond que le prolongement de ce que nous faisons déjà depuis que la communication a envahit notre société. Il me semble que le rapport direct qui s’établit entre le public et l’information n’est pas le signe de la fin du journalisme, mais de son évolution vers une mission renforcée de tri, de hiérarchisation, de vérification de ce qui est communiqué et de recherche de tout ce qui est tu. Le chantier est immense.

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