La Plume d'Aliocha

29/05/2009

Intouchable Narvic

Filed under: Réflexions libres — laplumedaliocha @ 11:51

Il semblerait que j’ai irrité Narvic. En tout cas, il a visiblement passé une bonne partie de sa journée d’hier à relire mes anciens écrits pour trouver des raisons de me crucifier dans un billet titré « Contre Aliocha ». L’étonnante vacuité de ce texte me fait sourire. Tant d’efforts de recherche et d’écriture pour un si piètre résultat, quel dommage. Enfin, l’exercice sans doute l’aura occupé. Et pour une fois au moins, il aura momentanément épargné ma profession. C’est toujours ça de gagné.

Son billet aurait pu me blesser, en réalité il m’amuse. A trop vouloir atteindre son adversaire et lui faire mal, on ne parvient généralement qu’à se dévaloriser soi-même. 

Ah ! les jolies perfidies…

Il lui fallait un titre, il choisit de reprendre celui, au demeurant bien peu original, d’un de mes anciens billets. Non par manque d’inspiration, mais pour me lancer à la figure un désaccord passé avec Eolas. Un peu de sel sur les plaies, le procédé est aussi mal intentionné qu’inconvenant. Et comme je suis anonyme, mon aimable contradicteur en profite pour semer le doute sur le fait que je sois journaliste. Evidemment, je ne puis me défendre, sauf à me dévoiler. Faut-il avoir bien peu d’armes à sa disposition pour en utiliser de si viles.

Et puis vient le temps des leçons 

Puisant ensuite dans mes anciens billets, il me lance au visage que j’ai écrit un jour avoir un ami financier. Horreur, puisque je prétends travailler dans la presse économique, comment puis-je avoir un ami financier ! Il y a deux sortes d’amitiés professionnelles. Celles qui exigent échanges de services et renvois d’ascenseur et celles qui se bâtissent sur une reconnaissance mutuelle de compétence. Les miennes appartiennent à la deuxième catégorie.  Mon indépendance est non négociable. Au passage, il est piquant d’observer que celui qui m’accusait avant-hier, ici même, de donner des leçons de déontologie quand je ne fais que plaider pour l’éthique, s’empresse de me sermoner à propos de supposées fautes qu’il invente pour les besoins de sa démonstration. 

J’ai eu aussi l’imprudence de confier que je déjeunais avec certaines de mes sources. « Un journaliste digne de ce nom, ça ne déjeune pas Madame » pontifie Narvic. Dieu qu’il est drôle.  Donner des leçons est déjà périlleux, mais en donner de sottes et révéler ainsi son ignorance du sujet que l’on traite est franchement regrettable. Eh oui, les journalistes déjeunent avec plein de gens, parce que le monde n’est pas peuplé que de monstres manipulateurs, parce que c’est une manière privilégiée d’établir un contact détendu, hors des bureaux et salles de réunion trop formelles. Parce qu’on ne peut pas vivre bien caché derrière son écran à critiquer sans savoir, sans avoir été sur le terrain, sans avoir entendu ce qu’ont à dire ceux qui font l’actualité. Mais ça, ça ne s’apprend pas dans les livres sur la presse que Narvic se vante de lire tandis que je déjeune.  Il lit,  je pratique, voilà qui explique nos divergences profondes de vues sur le journalisme. 

Crime de contradiction

Mais voyons donc quel crime j’ai commis pour pouvoir me vanter désormais d’avoir un opposant aussi radical ce qui, vous en conviendrez, constitue une certaine forme de reconnaissance, celle-là même d’ailleurs que je n’avais jamais souhaité lui accorder. Eh bien j’ai marqué mon désaccord, à plusieurs reprises, avec LE spécialiste auto-proclamé des médias sur le web. Oui, j’ai osé. Et ce faisant j’ai dérangé le bel ordonnancement du Maître. Un intrus s’est glissé dans son univers confortable, bouleversant ainsi le tranquille consensus autour de ses étranges théories et de ses attaques récurrentes contre le journalisme. Je comprends qu’il en soit contrarié, en revanche je n’excuse pas ses manières. Ai-je soupçonné qu’il mentait sur son passé plus ou moins lointain de journaliste  ? Non. Ai-je réclamé de savoir de quelle science, expérience professionnelle, autorité il se recommandait pour ainsi tant écrire sur la presse et surtout tant critiquer ? Pas davantage, et pourtant la question méritait franchement d’être posée. J’ai juste exprimé mon désaccord. Et encore, ce qui me vaut sa flatteuse harangue n’est pas un billet, mais quelques réponses à des sollicitations de commentateurs. Il faut croire que, décidément, il n’est pas envisageable d’être contre Narvic, fut-ce au détour d’une conversation.

Je ne partage pas ce genre de totalitarisme intellectuel et le fait qu’il ne soit pas d’accord avec moi ne m’aurait pas dérangée si cela ne s’était traduit par des attaques personnelles en lieu et place d’un vrai débat.  Je critique sa vision pessimiste de la presse, il met en cause mon éthique, je conteste ses visions farfelues de notre avenir, il sème sournoisement le doute sur ma qualité de journaliste, je discute ses assertions sur le rôle démocratique de la presse, il parle de blasphème, d’imprécations et de lecture délirante. En d’autres termes, il ne répond pas, il ne débat pas, il invective. C’est donc qu’il n’a rien de plus intéressant à dire.

Je ne puis me défendre en lisant son billet d’y voir une reconnaissance. Tous les journalistes savent que  lorsqu’on critique leurs écrits, c’est souvent qu’ils ont frappé juste, là où ça fait mal. Avec le temps, on s’endurcit et l’on finit même par prendre un certain plaisir à irriter. C’est le cas ici.

 

Les commentaires sous ce billet sont fermés. Je n’avais pas envie de l’écrire, c’est un réflexe de juriste qui m’y a poussée. Il n’est jamais bon de laisser prospérer une attaque en s’abstenant d’y répondre. Je devine déjà le tour que prendra la conversation. Mes lecteurs fidèles me soutiendront avec plus ou moins de réserves et je les en remercie. Ceux que j’agace en profiteront pour venir me haranguer et certains peut-être entameront le procès de mon contradicteur. Est-ce vraiment utile ? Franchement, je ne le crois pas.

28/05/2009

Humour masculin

Filed under: Dessins de presse — laplumedaliocha @ 18:01

Allons bon. Mon dessinateur favori vient de m’envoyer l’oeuvre reproduite ci-dessous. Imaginez vous que j’étais plongée dans un épineux problème de droit boursier (non, il n’y a pas de jeu de mot, je vous vois venir), lorsque j’ai reçu la chose. Et j’ai beau avoir l’esprit souple, la transition était trop rude pour moi. Diable, quelle actualité entendait-il bien illustrer avec ce dessin ? « T’inquiète, me répond-il, tes lecteurs masculins comprendront ». Comme si on parlait ainsi à sa rédactrice en chef. Bref, j’ai fait une petite recherche sur le soi-disant buzz du moment et je mets en lien un article du JDD pour les lectrices qui, comme moi ne connaissent pas Clara Morgane, ainsi que pour les éventuels lecteurs qui auraient loupé l’info.  Viol société

Les journalistes au SMIC ?

Filed under: questions d'avenir — laplumedaliocha @ 12:09

Fin du monopole d’accès à la source de l’information, disparition du rôle de tri du journaliste signeraient selon certains la mort de la presse. Ayant perdu l’essentiel de leurs fonctions les journalistes ne mériteraient plus leurs salaires sauf à produire de la valeur ajoutée. Encore faut-il que les éditeurs les laisse faire. Le vrai problème est là.

 

Ainsi donc, les journalistes mériteraient le SMIC. C’est en tout cas ce que je viens de lire sur E24 qui relaie un article du professeur Robert G. Picard. Mais qu’entend-il par là exactement ? Reprenons donc ses arguments.

Des changements plus apparents que réels

Premier argument : avant, le journaliste bénéficiait d’un accès exclusif aux sources, ce n’est plus le cas aujourd’hui. Il est exact en effet que nous n’avons plus l’accès exclusif aux sources. Internet met à la disposition de chacun, par exemple, les dossiers de presse qu’on nous distribue en conférence de presse, voire la vidéo de ladite conférence. Il y a dix ans déjà, je m’étais fait cette observation et j’en avais déduis que le métier allait devoir profondément changer.  Depuis, j’ai considérablement relativisé cette première impression. Car en pratique, qui va consulter les dossiers de presse spontanément ? Qui s’inflige la vidéo lénifiante d’un ministre présentant sa réforme ? Qui lit lui-même le texte de la réforme présentée ? Personne.  Donc oui nous n’avons plus exclusivement accès aux sources dans de nombreux cas, mais cela ne change pas grand chose au fond. Les lecteurs comptent toujours sur les journalistes pour les informer, quitte ensuite, mais ensuite seulement à se diriger vers la source. C’est notamment une question de temps. Si un journal doté de 300 journalistes a déjà du mal à surveiller l’ensemble de l’actualité, je voudrais bien qu’on m’explique comment un internaute même génial en informatique et optimisant tous les outils d’alertes et de liens pourrait le faire. 

Mais ça, un professeur ne peut pas le savoir, théoriquement, son raisonnement se tient. Il faut observer la réalité pour s’en apercevoir. Un enseignant si brillant soit-il ne sait pas non plus  qu’il y a une différence majeure entre regarder la vidéo d’une conférence de presse sur Internet et assister en live à cette conférence, ne serait-ce qu’en raison des risques de manipulation. On n’a jamais rien trouvé de mieux que le témoin direct. Et le même éminent professeur ignore aussi sans doute qu’à côté de l’information institutionnelle effectivement accessible à tous, il y a l’information recueillie sur le terrain via les interviews, enquêtes et reportages. Cette information là est purement journalistique, si les journalistes ne la produisent pas, elle n’existe pas et il n’y a, alors, nul accès direct à quoi que ce soit.

Mais, me direz-vous, les journalistes eux-même se cantonnent souvent à nous livrer une resucée de la  com’ officielle. Ah bon ?  Vous avez procédé à une étude approfondie du sujet durant des mois ou ce n’est qu’une impression ? Allons, je veux bien vous accorder que ça arrive, je vais y venir.

Deuxième argument : nous aurions donc perdu le « pouvoir », je préfère dire la « fonction » de délivrer une information désormais directement accessible, mais nous aurions perdu aussi, m’explique-t-on, celui de la sélectionner car blogueurs et internautes le font eux-mêmes et gratuitement en plus. En effet, ils le font,. Rappelons au passage qu’ils le font sur la base de ce que leur délivrent les journalistes trop payés et inutiles, via l’AFP, Reuters, les sites de presse etc. Mais là n’est pas l’essentiel. Face à la profusion grandissante d’information et à la capacité de diffusion infinie d’Internet, non seulement la fonction de tri du journaliste n’a pas disparue mais elle n’a jamais été aussi nécessaire. Surtout, une nouvelle fonction est en train d’émerger : la validation. Et croyez-moi, celle-là a de beaux jours devant elle. Entre la production des services de communication et celle des particuliers via les blogs, la masse de données est telle que je ne vois pas comment on peut s’y retrouver sans l’intervention de professionnels, c’est-à-dire de gens payés toute la journée à faire ce que les autres n’ont pas le temps de faire parce qu’ils sont occupés ailleurs. Si la presse aujourd’hui n’existait pas, je vous parie qu’il se trouverait quelqu’un pour l’inventer. 

Ah ! Mais me direz-vous, si vous êtes si nécessaire, pourquoi êtes-vous économiquement en difficultés ?  Parce que nous traversons une phase de transition et que le secteur doit s’adapter. C’est aussi simple que cela. Par contraste avec les difficultés des médias traditionnels, Internet brille des milles feux de la modernité. La situation ne tardera pas à se rééquilibrer. 

Allez donc convaincre les éditeurs…

Troisième argument, en réalité la conclusion des deux premiers :  la disparition des fonctions de délivrance et de tri de l’information aurait pour conséquence inéluctable la mort d’une presse devenue inutile (one more time et reprenez en coeur avec moi : « la presse se meurt, elle est déjà morte, youp la boum ») sauf sursaut des journalistes qui se remettraient à penser en termes de valeur ajoutée. Et l’auteur d’observer que malheureusement les journalistes ne réagissent pas alors que leur métier est menacé, qu’ils sont standardisés, interchangeables et qu’ils méritent donc de bas salaires. Nous retrouvons ici notre bonne vieille confusion entre journalistes et éditeurs de presse. Ce ne sont pas les journalistes qui ne réagissent pas, mais ceux qui les emploient. Il est exact que l’on tend à la standardisation, encore faut-il savoir pourquoi. Inutile d’être un économiste hors pair pour comprendre que standardiser la production entraîne une réduction des coûts de fabrication. Or, c’est bien l’obsession majeure en ce moment d’un grand nombre de groupes de presse. Puisque les recettes diminuent (pub et ventes) il faut bien que les coûts aussi. Et réduire les coûts en matière de presse, c’est quoi ? Toucher à la masse salariale d’abord en réduisant les effectifs. Evidemment si on réduit les effectifs, on réduit le contenu et on diminue sa qualité. Il faut souvent en même temps réduire la production, alors on commence par diminuer la taille des articles et augmenter celle des photos, tout en déclarant d’un air inspiré que « les lecteurs n’ont plus le temps de lire ».  On peut aussi réduire la pagination, voire le nombre de jours de parution, ce qui économise le papier, cet autre poste de coût important dans une entreprise de presse (voyez à ce sujet l’excellent billet de Claude Soula du Nouvel Obs). Et dans tout ça les journalistes ? Ils font ce qu’on leur demande, au rythme où on leur demande et dans les conditions qu’on leur impose. Qu’on arrête donc de prétendre une bonne fois pour toutes que c’est leur faute, il ne sont que de simples salariés. 

Par conséquent, prétendre comme le fait ce professeur, que les journalistes en l’état ne mériteraient que des salaires de misère parce qu’ils n’apportent pas de valeur ajoutée, d’abord ce n’est pas vrai pour l’ensemble de la profession, ensuite, c’est lancer aux éditeurs de presse un bien mauvais message. C’est leur dire « réduisez encore les coûts, vous payez trop vos journalistes pour ce qu’ils font » et aggraver ainsi le cercle vicieux baisse des coûts, réduction du contenu en volume et en qualité, baisse des ventes et ainsi de suite. Les journalistes ne sont pas les maîtres de la valeur ajoutée qu’ils produisent. Quand on leur impose de traiter un sujet en 3000 signes soit moins d’une page word en times new roman caractère 12, comment voulez-vous qu’ils fassent de la valeur ajoutée ? Quand ils sont harcelés de travail, mal payés et mal considérés par ceux qui les emploient, comment voulez-vous qu’ils éblouissent leurs lecteurs ? Le retour à la qualité se fera pas la tête des groupes, par ceux qui décideront d’embaucher les meilleurs, de les payer correctement, de leur fixer la barre très haut et de leur donner les moyens de faire leur travail.

 

Merci à Mister Cham d’avoir attiré mon attention sur cet article.

25/05/2009

La qualité paie

Filed under: questions d'avenir — laplumedaliocha @ 13:01

Le Journal du Dimanche a publié dans son numéro du 23 mai un très bon article signé par Pierre-Marie Christin d’Europe 1. Il y explique que le Daily Telegraph, à l’origine de la découverte du scandale des notes de frais Outre-Manche a gagné 100 000 lecteurs en 11 jours ! « Le Daily Telegraph, bien que notoirement conservateur, a été crédible et suivi dès le premier jour. Ce succès est aussi le résultat d’une mutation réussie. Le quotidien a été le premier à rassembler dans la même rédaction 550 journalistes qui travaillent ensemble pour le site internet et l’édition papier. L’un complète l’autre sans, jusqu’à présent en tout cas, que cela nuise aux ventes. Les meilleurs spécialistes, les meilleurs enquêteurs ont été débauchés chez les concurrents qui se sont réveillés aussi ».

C’est la démonstration selon l’auteur que la qualité paie et que les journaux ne sont pas morts. Pierre-Marie Christin cite également le cas de l’hebdomadaire allemand Die Zeit qui a parié sur l’originalité et la qualité du contenu et dont les ventes progressent de 4% sur un an. Abordant ensuite le coeur de la crise, autrement dit l’état des groupes de presse américain, l’auteur souligne que l’attitude de la presse vis à vis de Bush et de l’Irak, les faits divers falsifiés du New-York Times et les scoops inventés de USA today ont participé lourdement à la désaffection du public américain.

Et de conclure : « En somme, la santé de la presse a quelque chose à voir avec sa qualité. Et sa qualité quelque chose à voir avec la santé de la démocratie ».

On ne saurait mieux dire !

20/05/2009

Et si on arrêtait le catastrophisme ?

Filed under: questions d'avenir — laplumedaliocha @ 16:33

Ce billet va sans doute énerver certains lecteurs. Tant pis. J’en ai assez de lire toujours les mêmes choses sur Internet concernant la presse écrite : qu’elle va mourir, que l’avenir c’est le web mais qu’elle ne comprend rien au web, qu’elle va devoir faire sa révolution, qu’un nouveau journalisme va émerger et autres fantasmes du même acabit.  Curieusement, ces théories qui se veulent en avance (sur quoi, je vous le demande) virent à la pensée unique la plus épaisse et la plus tyrannique que j’ai jamais observé. Alors comme ça, juste pour le plaisir, je tends le micro à quelqu’un qui dit tout le contraire et croyez-moi, ça fait du bien.

 

Michaël Ringier, patron du premier groupe de médias suisse Edipresse Ringier (176 ans d’existence quand même !) a fait récemment un discours lors de la présentation des résultats annuels de son groupe dans lequel il se révèle en parfait désaccord avec le terrorisme intellectuel qui règne en ce moment sur la mort de la presse écrite.

Extraits :

Sur les difficultés actuelles des groupes de presse :

Après avoir évoqué le fait que la première raison de son optimisme sur l’avenir de la presse était liée à la longévité de son groupe, Michael Ringier évoque la deuxième, sa foi dans le journalisme. « Ma vision des choses ne correspond pas à ce que je lis. Le meilleur exemple en est la crise des journaux. Les scénarios d’apocalypse semblent exercer leur propre fascination, particulièrement sur les premiers intéressés eux-mêmes (..) Les journalistes invoquent leur propore déclin d’une manière telle que le metteur en scène de Titanic, James Cameron, aurait pu en prendre de la graine ».

« Des Etats-Unis, en particulier, nous arrivent en rangs de plus en plus serrés les exemples de maisons de journaux qui sont en faillite ou ne tarderont pas à l’être. Ils sont censés soutenir la thèse qui veut que les journaux n’ont pas d’avenir. Toutefois, si on scrute plus attentivement ces sociétés en mauvaise posture, on remarque qu’elles trainent toutes le même boulet. Toutes, elles ont des dettes trop lourdes et ne peuvent apaiser la soif d’argent frais de leurs bailleurs de fonds par manque de cash flow. (…)Les dettes de nombreux éditeurs de journaux, notamment de ceux qui sont entrés en bourse ou qui ont été repris par des investisseurs financiers, sont souvent si élevées que dans une autre branche, ces entreprises ne s’en tireraient pas. Pourtant, presque personne ne s’intéresse à cette analyse, ça remettrait pour le moins en question la belle histoire de la disparition des journaux ».

Sur Internet :

« La troisième raison de mon optimisme pour la chose imprimé c’est l’internet. (…)J’aime Internet. Et c’est précisément pour cela que j’en vois les limites. On ne doit pas forcément aller aussi loin que le critique de l’Internet peut-être le plus féroce, Andrew Keen, qui pense de façon provocatrice que le « Net est primitif et simiesque ». Mais quand, dans son livre « Le culte de l’amateur« , il dit que « des millions et des dizaines de millions d’utilisateurs de l’internet produisent une masse infinie de médiocrité », je peux difficilement le contredire. (…) « On devient aussi peu journaliste sérieux en possédant simplement un ordinateur que bon cuisinier en ayant accès à une cuisine » écrit Andrew Keen pour décrire le bas niveau intellectuel de la toile ».

Sur le journalisme :

« Le journalisme doit être de qualité, vif, surprenant, exceptionnel, passionnant, exigeant. Voilà la voie, voilà notre chance, voilà le grand défi à relever ».

Certes, les propos à l’égard du web sont durs, trop sans doute, mais qu’on me permette ici de dire qu’ils ne sont pas tout à fait erronés.  Face au torrent d’informations qu’Internet véhicule et qui n’ira qu’en augmentant, positionner le journalisme sur le terrain de la qualité est un pari bien plus intelligent et prometteur que de se casser le crâne à essayer de créer un journalisme adapté au web. Cette adaptation se fera naturellement dès lors que l’exigence préalable de qualité sera remplie. A défaut, elle est parfaitement inutile. Faisons notre métier, plutôt que d’essayer de singer ceux qui font autre chose que du journalisme, simplement parce qu’ils le font sur le média de demain. Je suis convaincue que le journalisme doit utiliser Internet pour ce qu’il est, un outil, et non pas se faire instrumentaliser par lui. Il s’y perdrait.

Trainée de poudre…

Filed under: Justice — laplumedaliocha @ 11:32

Tandis que l’Assemblée nationale vient d’adopter en première lecture le projet de rapprochement des Caisses d’Epargne et des Banques Populaires, deux membres de la commission de déontologie qui étaient visiblement en désaccord avec la nomination à la tête de l’ensemble de François Pérol, proche de Nicolas Sarkozy, viennent de démissionner. L’information, révélée hier par Mediapart (accès payant), a été reprise par de nombreux titres, dont Le Figaro. Cette nomination fait également l’objet d’une enquête pour prise illégale d’intérêts déclenchée  à la suite des plaintes déposées par des actionnaires et des syndicats.  

Rappelons que Mediapart a suivi ce dossier de très près…trop peut-être. Le site d’information piloté par Edwy Plenel fait l’objet de 11 plaintes en diffamation, 10 de l’ancienne direction des Caisses d’Epargne et 1 de François Pérol. Mediapart a lancé un appel à l’aide ainsi qu’une pétition déjà signée par de nombreuses personnalités. Vous y trouverez de plus amples informations sur le dossier. Arrêt sur images y a consacré un article intéressant (accès payant) qui donne un autre point de vue et permet notamment de comprendre le débat qui va se dérouler devant la justice. Par ailleurs, Edwy Plenel vient de publier le 14 mai « Combat pour une presse libre ».

La démission des deux membres de la commission de déontologie me semble amorcer un tournant dans cette affaire. Pour en savoir plus sur l’activité et les pouvoirs de cette commission, voir le dernier rapport annuel (2007). Un ennui n’arrivant jamais seul, des perquisitions ont été effectuées hier dans les deux établissements bancaires au sujet d’une autre affaire qui concerne les conditions d’introduction en bourse de leur fameuse filiale commune Natixis.

La partie qui se joue ici est importante. Non seulement parce qu’elle pose une question de taille sur le fonctionnement de nos institutions, mais parce que c’est l’avenir d’un site d’information qui est en train de se jouer. Si Mediapart a gain de cause, il en sortira grandi et la presse sur Internet avec lui. Dans le cas contraire….

19/05/2009

Jouons un peu…

Filed under: Brèves — laplumedaliocha @ 09:58

Ségolène Royal a, semble-t-il, définitivement investi son nouveau terrain politique : la politesse. Et comme ses deux pardons successifs lui ont valu quelques succès médiatiques, elle a décidé d’expérimenter de nouveaux mots : « merci » et « s’il vous plaît ». Souhaitons-lui qu’ils soient aussi rentables que le pardon africain et les excuses à Zapatero. 

Le jeu du jour : trouvez d’autres mots exprimant la politesse et imaginez à qui la candidate socialiste pourrait les adresser (niveau 1). Pour les plus aguerris, imaginez ensuite qui pourrait s’excuser de ses excuses, remercier de ses remerciements et ainsi de suite (niveau 2). Et si vous avez l’âme d’un(e) grand(e) communiquant(e), identifiez, en vous appuyant notamment sur le caractère de Nicolas Sarkozy, le prochain terrain d’attaque de Ségolène Royal (niveau 3). Je vous donne un indice : cherchez du côté de l’opposition des valeurs masculines et féminines.

Bonne journée (tiens, en voilà déjà un) !

18/05/2009

Dati victime de journalistes racistes ?

Filed under: Débats — laplumedaliocha @ 18:39

Allons bon, je surfais joyeusement sur @si entre la rédaction de deux articles, et voici que je tombe sur cet article qui évoque un billet de Slate, lequel accuse les journalistes de racisme à l’égard de Rachida Dati. Il parle même de « fantasme eroticolonial ». Je vais donc lire la chose, l’esprit déjà en surchauffe et là, entre nous, j’aurais titré ce billet « les bras m’en tombent » si je n’avais déjà utilisé ce titre récemment. Car voici que resurgit notre bonne vieille accusation de racisme à l’encontre des journalistes qui critiquent Rachida Dati. Je l’avais déjà entendue il y a quelques mois dans la bouche de Jacques Attali. C’est si facile. Bref, tout le monde a eu vent du fait que la ministre aurait oublié de rendre les robes Dior qu’on lui avait prêtées. Vrai, pas vrai, je n’en sais fichtre rien. La journaliste qui écrit sur Slate non plus. Ce qui ne l’empêche pas d’évoquer une attaque dictée par le racisme avec une assurance qui me laisse coite. Eh oui, les journalistes seraient misogynes, jaloux et racistes, d’où ces atroces médisances répandues dans des articles et des livres. Ils estimeraient qu’elle a le droit de réussir mais surtout pas de s’afficher en robe Dior.

Un simple suivi des articles de presse sur Rachida Dati depuis qu’elle est en fonctions suffit à invalider la thèse de la jalousie raciste. Je le sais puisque l’adoration que lui vouaient précisément mes confrères jusqu’à l’autome dernier avait motivé l’un des premiers billets de ce blog. Dans l’article que j’évoquais alors, on parlait de son « sourire de diamant » et de sa « splendide robe grège ». On s’émouvait de sa grossesse, de sa beauté, de son courage, on la trouvait même d’une fragilité émouvante. C’était en septembre dans Le Point (je n’ai pas trouvé les fameux articles en ligne, mais la présentation du dossier en lien vous donne le ton). Même Gala n’aurait pas osé dégouliner ainsi d’adoration. On sait se tenir à Gala, on a l’adjectif sous contrôle, on préfère dégouliner en photo.

Que s’est-il passé alors pour que le vent tourne ? Eh bien peu à peu mes confrères journalistes politiques ont commencé à  observer les choses d’un peu plus près et surtout, surtout,  à oser dire ce qu’ils savaient puisque la ministre, dit-on,  n’était plus en cour.

Racisme, me dit-on ! Ah bon, et ce racisme aurait jailli d’un coup ? Très intéressant. On a découvert un an et demi après son entrée en fonctions que la ministre était fille d’immigrés et on a découvert aussi à ce moment-là qu’elle s’habillait en Dior ? Et c’est encore à ce moment-là que les mêmes journalistes qui l’avaient adulée, ont viré soudainement au racisme et à la jalousie ?

Allons, soyons sérieux 5 minutes. Le problème, car il y en a un, est ailleurs. Certains de mes confrères ont été séduits, précisément par la belle histoire de la princesse immigrée en robe Dior, et ils (elles) ont été embarqué(e)s dans un mythe qu’ils (elles) n’ont plus été en mesure ensuite de défaire. Ainsi va la presse, elle adule puis change d’avis, elle fait et défait les réputations.

C’est exactement la même chose qui est en train d’arriver à Ingrid Bétancourt. Parlera-t-on là encore de racisme ? Mais lequel ? Un confrère me confiait il y a quelques semaines : « nous savions depuis longtemps qu’Ingrid Bétancourt était un personnage plus complexe que celui qu’on présentait, mais on ne démolit pas un mythe, surtout si ce mythe est otage ». Je confirme. Une de mes amies a fait Sciences Po avec elle et s’énerve depuis des années de lire des articles très éloignés de ce qu’elle a observé elle-même à l’époque et appris depuis. Rachida Dati a séduit tout le monde, moi comprise, et puis chemin faisant, les langues se sont déliées, à force de fouiller, on a trouvé des éléments nuançant le portrait initial. Il a suffi ensuite que le Chef de l’Etat donne le sentiment de ne plus la soutenir pour que la presse balance ce qu’elle savait. Le procédé n’est pas très élégant, je vous l’accorde,  mais il est malheureusement classique. Je ne vois là pas plus de racisme à l’égard de Rachida Dati que je n’avais aperçu d’antisémitisme dans le livre de Péan sur Kouchner. En revanche, j’aperçois fort bien l’intérêt d’une telle défense. Quand le mot « racisme » est lancé tout est dit et il n’y a plus de critique possible. Fermez le ban.

« On va vous laisser aboyer »

Filed under: Débats — laplumedaliocha @ 13:13

Jean-Michel Aphatie défend aujourd’hui Jean-Luc Hees, le nouveau président de Radio France nommé par Nicolas Sarkozy, qui s’est invité vendredi matin à l’antenne de France Inter au cours de l’interview d’Edwy Plenel. Motif ? Le journaliste de Mediapart présentait son livre,  « Combat pour une presse libre » (j’en reparlerai), dans lequel il dénonce l’intrusion de plus en plus forte du pouvoir dans les médias. Et Jean-Michel Aphatie de regretter que l’on refuse d’écouter dans cette histoire ce que Jean-Luc Hees avait à dire sur le sujet, chacun, et surtout les syndicats de journalistes, préférant crier à l’intrusion inadmissible du Big boss dans une interview.

Il est parfois étrange Jean-Michel Aphatie. Lorsque le patron de France Inter s’excuse pour les propos tenus par l’humoriste Guillon contre DSK, l’interviewer vedette d’RTL y voit un abandon inadmissible d’indépendance, là où il n’y a à mon avis qu’une simple démarche diplomatique pour garder sa liberté de ton sur le mode « si on vous a blessé je m’en excuse mais ma radio n’a fait que son métier et elle continuera ». En revanche, l’instrusion d’un patron de radio nommé par le pouvoir dans une interview sur la liberté de la presse apparaît  beaucoup plus contestable. Sauf que pour Jean-Michel Aphatie, ce qui est contestable, ce n’est pas cette démarche, mais le fait qu’on refuse d’entendre le témoignage d’indépendance de son auteur. C’est en effet ce que Jean-Luc Hees était venu dire à l’antenne pour répondre aux inquiétudes de Plenel. Son argument ? Puisque vous êtes ici c’est que cette radio est libre. « L’invitation a été lancée avant votre arrivée » rétorque finement Edwy Plenel, avant d’ajouter, « la Cour européenne des droits de l’homme nous qualifie de chiens de garde de la démocratie ». Ce à quoi Jean-Luc Hees répond :  « alors on va vous laisser aboyer ». N’est-ce pas que la formule est élégante ? D’ailleurs, on ne peut s’empêcher de l’achever mentalement :  « Amis journalistes continuez d’aboyer, ça n’empêche pas la caravane gouvernementale de passer ». Mais ce n’est ici bien entendu qu’une impertinence de journaliste qui ne préjuge en rien des intentions réelles de l’auteur de cette remarquable formule.

N’en déplaise à Jean-Michel Aphatie, la démarche de Jean-Luc Hees était à tout le moins infiniment maladroite. L’indépendance est aussi une question d’apparence. Est présumé indépendant celui dont rien ne permet de supposer le contraire. La nomination du patron de Radio France plaide contre lui. Son intrusion dans l’émission aussi. A fortiori dans le climat actuel qui permet de douter légitimement de la volonté du Chef de l’Etat de respecter la liberté de la presse autant qu’on pourrait le souhaiter.

Si Jean-Luc Hees n’a pas été compris, c’est regrettable. En ce qui me concerne, je ne hurlerai pas avec les loups. J’attends juste qu’il fasse la preuve de l’indépendance qu’il allègue.

D’ici là, je prends le parti de la liberté de la presse. Sans rage, sans haine, sans procès d’intention, mais avec force. Au suplus, je ne crois pas que Jean-Luc Hees et Nicolas Sarkozy aient tant besoin que cela d’être défendus. La presse, si. Et comme je ne compte guère sur le public qui a d’autres chats à fouetter, je trouve légitime qu’elle soit défendue par les journalistes. Quant à ceux d’entre nous qui adoptent la posture inverse, qu’ils se rassurent, comme dit Jean-Luc Hees, « on va les laisser aboyer ».

15/05/2009

Justice pour de Fillipis

Filed under: Brèves — laplumedaliocha @ 17:35

Vous vous souvenez bien sûr du scandale qui avait agité la toile il y a quelques semaines lorsque l’ancien directeur de publication de Libération, Vittorio de Fillipis,  s’était retrouvé fouillé à corps dans des conditions aussi scandaleuses que rocambolesques. Eh bien @si nous apprend que la chambre de l’instruction de la Cour d’appel de Paris vient d’annuler la procédure, estimant que les conditions de l’interpellation n’étaient pas proportionnées à la gravité de l’infraction (sans blague !) et que l’interrogatoire immédiat par la juge d’instruction ne s’imposait pas.

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