La Plume d'Aliocha

20/04/2009

Militons contre les capuches

Filed under: détente — laplumedaliocha @ 15:44

Il parait que le gouvernement nous prépare un décret anti-cagoule et que le Parlement va y aller aussi de sa loi. Allez donc lire l’excellent billet d’Authueil sur ce sujet.

Et pourquoi pas imposer les mini-jupes plutôt ?

C’est amusant. Il me semblait que les parlementaires avaient autre chose à faire en ce moment que de nous expliquer comment nous habiller, mais pourquoi pas après tout. Je suis sûre qu’on pourrait trouver des tas d’idées de lois utiles sur ce sujet, si on y réfléchissait. Pourquoi ne pas faire une loi par exemple pour obliger les jolies filles à porter des mini-jupes. Hein ça serait sympa Messieurs, surtout avec l’été qui approche ?

Evidemment, je vous laisse imaginer le bins sur la définition de la jolie fille, la fixation d’un age limite, la longueur de la jupe, le détail de l’obligation (port obligatoire, facultatif, exemptions diverses et variées, etc.) sans compter les sanctions pénales sans lesquelles il n’existe pas de loi digne de ce nom. Et hop, confiscation de la jupe trop longue ou de l’infame pantalon en cas d’infraction et débrouille toi ma belle pour rentrer chez toi. Mais me direz-vous, nous n’en sommes pas là, il s’agit pour l’instant de la cagoule. En effet. Et je trouve que c’est une super idée, je vous explique pourquoi.

Angoisse vestimentaire

Il y a une semaine, je fêtais joyeusement Pâques en famille dans un trou paumé de la région Centre.  Inutile que je nomme le patelin, vous ne connaissez pas. Même ceux qui habitent la région ne sont pas fichus de vous expliquer comment on s’y rend. Et voilà que le dimanche matin, je pars toute guillerette acheter deux ou trois babioles pour le repas à la petite grande surface locale  (30 places de parking, ça vous donne une idée de la taille de la chose). La campagne est ensoleillée, les oiseaux chantent, une poignée de clients met juste ce qu’il faut d’animation, tout le monde à l’air joyeux de préparer son déjeûner de Pâques. A côté de la folie parisienne, c’est le paradis.

Seulement voilà, près de la porte du magasin, j’avise un étrange individu. Un homme pour ce que j’en devine, habillé entièrement en chasseur avec une cagoule sur la tête, des lunettes noires et une écharpe enroulée sur le bas du visage. Il a franchement l’air d’un casseur, sauf qu’à la télévision, ils se déplacent en bande, lui, il se résume à une bande de un, c’est pas beaucoup. A moins qu’il n’ait décidé simplement de braquer la caisse, du coup, ça expliquerait qu’il soit tout seul. Enfer, me voici plongée dans l’angoisse de la métropole que je croyais avoir laissée à 200 kilomètres de là. Méfiante, j’observe l’individu. Il entre devant moi, se dirige vers un petit groupe de jeunes et hop, se déshabille le visage et se met à bavarder. Soulagement.

Interdire les cagoules oui, mais surtout en région Centre

C’était quoi, un provocateur ? Un rigolo ? Un allergique au pollen, allez savoir. Toujours est-il que, depuis, je suis résolument favorable à l’interdiction des cagoules, en particulier dans les petites grandes surfaces de la région Centre le dimanche matin. Je vais faire voter un amendement à ce sujet. Faudrait surtout pas qu’un texte aussi important soit limité aux grandes métropoles qui semblent l’avoir inspiré. A bas la cagoule, à Paris comme en rase campagne !

N’oublions surtout pas les capuches

Mais j’ai une autre idée d’amendement, encore plus indispensable. Parce que voyez-vous, si je viens seulement d’être confrontée à l’expérience traumatisante de la cagoule, ça fait un bout de temps en revanche que j’ai mon opinion sur la capuche. J’ai horreur des capuches. Mais vraiment, c’est un genre de névrose chez moi. Dans la rue par exemple, avez-vous observé à quel point il est difficile de savoir qui marche devant soi, lorsque « qui » porte une capuche ; ça ne vous inquiète pas vous ? Moi si. J’aime bien savoir qui je cotoie sur un trottoir, or les gens à capuches n’ont ni nuque, ni cheveux, ni crâne, ils n’ont pas d’âge, pas de sexe, pas de personnalité, juste une capuche et l’air d’avoir quelque chose à cacher dans la capuche, sinon, pourquoi la porterait-il, surtout quand il ne pleut pas ? Et dans le métro, c’est pire encore, dites-moi donc à quoi peut bien servir une capuche dans le métro, franchement ? Surtout qu’il y en a qui ajoutent des lunettes noires, si, si, je vous assure. Or, il ne pleut pas dans le métro, il ne fait pas froid non plus, quant à la lumière, le moins qu’on puisse dire c’est qu’elle n’est pas aveuglante. Ils ne doivent rien voir du tout avec leurs lunettes noires….

En plus c’est handicapant une capuche. Vous avez déjà essayé de regarder sur le côté ou mieux derrière vous avec une capuche ? Impossible, car votre tête tourne mais pas votre capuche, ou alors c’est que j’ai pas compris le truc, l’habile mouvement de nuque qui permet de tourner en même temps la tête ET la capuche. En tout cas moi au ski, seul endroit où je porte une capuche,  quand je tourne la tête, je ne vois rien d’autre que la bordure de fourrure synthétique de ma capuche. Au point que je me demande si je ne vais pas passer au bonnet à pompon et tant pis si j’ai l’ai cruche. Enfin, tout ça pour vous pouver l’impérieuse nécessité d’un amendement visant à interdire le port de la capuche excepté aux sports d’hiver et en cas de conditions climatiques extrêmes. Voyez au passage comme je ferais un législateur subtile et méticuleux.

Une loi pour l’hiver

Bref,  je prie instamment les parlementaires de se pencher sur la question cruciale de la capuche et tiens mon projet d’amendement à leur disposition. La seule chose qui m’ennuie, c’est que ce ne sera pas une loi de saison. Imaginez qu’elle sorte en juillet. « Le parlement adopte la loi anti-cagoules-et-capuches ! » annoncera triomphalement le service presse du gouvernement. Sûre que ça n’intéressera pas les médias. Non franchement, compte-tenu de l’été qui approche, la bonne loi médiatique à adopter, c’est celle sur les mini-jupes. En plus, il parait que la longueur des jupes est étroitement corrélée au moral d’une époque, je ne sais plus dans quel sens exactement mais c’est pas grave. Un raccourcissement des jupes s’insérerait fort bien dans le plan de relance de l’économie. C’est le moment ou jamais de faire « bander la France » comme dirait Michel Sardou. Pour les cagoules, on peut attendre cet automne, non ? Moi je suis pour les lois de saison.

Ségolène, ou le pardon hautement inflammable !

Filed under: Réflexions libres — laplumedaliocha @ 10:36

Vous n’avez pas pu passer à côté de cette nouvelle ce week-end, sauf à avoir renoncé aux « bienfaits » de la société moderne durant deux jours. Ségolène Royal s’est de nouveau excusée des propos tenus par Nicolas Sarkozy. Petit rattrapage pour ceux qui n’ont pas suivi. Lors d’un déjeuner le 15 avril avec des parlementaires de droite et de gauche, le président est interpellé par Henri Emmanuelli :

Extrait de l’article de Libération qui a mis le feu aux poudres

« Au moment du dessert, Nicolas Sarkozy se fait servir «une compote de pomme comme un enfant», s’étonne le député (Verts) François de Rugy. En guise de douceur, le président de la République ne résiste pas à informer ses convives que «le gouvernement espagnol vient d’annoncer la suppression de la publicité sur les chaînes publiques. Et vous savez qui ils ont cité en exemple ?» «On peut dire beaucoup de choses sur Zapatero», remarque Emmanuelli. «Il n’est peut-être pas très intelligent. Moi j’en connais qui étaient très intelligents et qui n’ont pas été au second tour de la présidentielle»,s’amuse Sarkozy en allusion à Lionel Jospin ».

 

L’article de Libération a immédiatement déclenché un cirque médiatique européen d’envergure.  

Et devinez quoi ?

« Hé, Hé…Ségolène est a-rri-vée-ée-ée », mais contrairement au Zorro de la chanson d’Henri Salvador, elle n’a pas traînée. A en croire Désirs d’avenir, elle a immédiatement écrit à Zapatero :

Le communiqué de presse

« 18 avril 2009 – 14:54

Elle lui a assuré que ces propos n’engageaient ni la France, ni les Français. Elle a également assuré Jose Luis Zapatero de toute sa considération, en partie pour les réformes courageuses conduites en Espagne et surtout pour son attachement à réaliser ses promesses de campagne électorale, avec un comportement éthique qui devrait servir de modèle.

Ségolène Royal estime qu’exercer le mandat de Président de la République impose un devoir de maîtrise de son langage et de son comportement afin de ne pas porter atteinte aux intérêts de la France ».

S’en est suivi un concert de réactions tragico-drôlatiques dont certaines sont dignes d’Audiard (voir celle d’Estrosi ainsi que Jego qui invente une très savoureuse « ridiculitude »).

Edwy Plenel, dans Marianne édition papier (téléchargeable ici) estime que « l’avocate de la démocratie participative » est légitime pour s’exprimer au nom de la France, tout comme vous et moi, car « la France  ne se résume pas à l’occupant provisoire de son palais élyséen ». Vous noterez, puisqu’il est d’usage de se concentrer actuellement sur le vocabulaire, à quel point le terme « occupant » est lourdement chargé. 

Je ne suis pas une spécialiste de droit constitutionnel, mais il me semble que le Président de la République ou éventuellement celui à qui il délègue son pouvoir dans un cas précis, est le seul à pouvoir s’exprimer au nom de la France  à l’étranger. Par ailleurs, je ne vois rien dans la Constitution de 1958 sur une éventuelle fonction « d’avocat de la démocratie participative » qui serait attribuée au candidat malheureux à une élection présidentielle. A moins qu’il ne s’agisse d’un positionnement intéressant les psychanalystes sur la douceur féminine opposée aux valeurs masculines. Nous aurions alors un exemple inédit, de « couple exécutif », droite/gauche, homme/femme, brutalité/douceur, offense/pardon, assez amusant à observer. 

Mais il y a quelque chose de plus gênant dans cette affaire. Comme le souligne Daniel Schneidermann sur @si, la phrase rapportée par Libération peut être interprétée comme Zapatero « n’est pas très intelligent« , mais aussi à l’inverse comme une ironie, sur le mode « vous pouvez le trouver pas intelligent mais lui, il a gagné ». En s’excusant, Ségolène Royal  valide l’interprétation la plus offensante du propos. Il me semble que cela pose un vrai problème en terme de diplomatie. Il est heureux que l’Espagne soit un pays ami, mais jusqu’où risque-t-elle d’aller dans sa volonté de transformer une querelle de politique interne en un combat médiatique et politique international ? 

Au surplus, elle invente le « pardon » guerrier, celui qui, loin d’apaiser un conflit, a l’étrange caractéristique de l’enflammer. Intéressant.

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