La Plume d'Aliocha

09/04/2009

Un lecteur vous écrit

Filed under: Comment ça marche ? — laplumedaliocha @ 09:33

J’ai toujours un petit frisson d’angoisse lorsque l’un de mes rédacteurs en chef me « forward » comme on dit, le mail d’un lecteur. Parfois, il s’agit d’une demande d’information complémentaire. D’autres fois, des étudiants ou des universitaires souhaitent me rencontrer pour recueillir mon avis sur mon domaine de spécialité. Et puis vient toujours le mail de protestation.

Or, c’est cela que j’ai reçu hier, un  mail de protestation. Il faut que vous sachiez qu’un journaliste qui reçoit des critiques vérifie toujours ce qu’on lui dit, nous n’aimons pas écrire des imbécillités contrairement à ce que certains croient. Commettre une erreur est toujours douloureux pour l’ego, mais aussi pour notre réputation professionnelle. 

Bref, l’aimable lecteur me reprochait sur un ton un peu vif et surtout très péremptoire deux choses.

La première était un mot malheureux (ce fichu vocabulaire, si vous saviez pourtant à quel point on y fait attention). Comme je ne veux pas me dévoiler, permettez-moi de modifier les circonstances. Disons que j’avais écrit un article sur les fabricants de boules de pétanque en carton, sachant que je fais partie des rares journalistes spécialisés en France dans le marché de la boule de pétanque en carton (« et pour cause ! » songeront les plaisantins, je vous ai dit que c’était un exemple fictif, inutile de ricaner). Imaginons maintenant que ce marché se découpe entre d’une part 8 grands acteurs et, d’autre part, une pléthore de petits artisans. Et imaginons que l’un des 8 grands acteurs ferme une usine. Sujet du papier : pourquoi cet acteur ferme-t-il son usine et qu’en est-il des autres ? Subissent-ils eux aussi la baisse des ventes des boules de pétanque en carton due à la crise et si oui comment entendent-ils réagir ? Comme je sens que la question vous passionne, je vais vous livrer le résultat de mon enquête, là, comme ça, gratuitement en plus : pour l’instant les autres fabricants ne se prononcent pas, mais ils confirment que le marché est en berne. Toujours est-il que j’ai eu la sotte idée d’attaquer mon papier par le genre de phrase qu’on aime bien nous les journalistes  et qui ressemblait à peu près à ceci : « la nouvelle de la fermeture de l’usine de Cart’boule à Pétanque-sur-loing a eu l’effet d’un coup de tonnerre dans l’univers des princes du marché de la boule de pétanque en carton ». Aïe ! Que n’avais-je pas fait là. Mon aimable lecteur, petit artisan de la boule de pétanque en carton, s’indigne : comment pouvez-vous écrire qu’ils sont les princes, ce qui laisse sous-entendre que nous serions des roturiers, que nous ferions du bas de gamme ! Hé la, on se calme, « prince » pour moi évoquait les plus puissants acteurs et ne préjugeait en rien de la qualité de production des uns et des autres.

Seulement voilà, l’affreux malentendu avait fait monter la moutarde au nez de mon aimable lecteur. Lequel s’empressait donc de me préciser que l’un de mes « princes » avait un procès aux fesses et que « bien entendu la presse n’en avait pas parlé de ça parce qu’elle est aux ordres des puissants la presse ma bonne dame, et que les journalistes de toutes façons ne s’intéressent qu’aux gros poissons, pas aux gentils artisans qui font leur métier avec amour ». Erreur, aimable lecteur, il se trouve que si, en effet, nous nous focalisons sur les acteurs les plus influents parce que ce sont eux qui font le marché et donc en grande partie l’actualité, ça marche dans les deux sens et croyez bien que, de temps et temps, ils regrettent d’être ainsi sous surveillance, les princes du marché. Or, précisément, j’avais il y a quelque ssemaines consacré un article à ce procès, lequel avait été lu m’a-t-on dit jusqu’aux Amériques. Ah ! le Pulitzer, enfin bref, revenons à notre sujet.

La suite de cette aventure passionnante ? Mobilisant toute ma patience, avec difficultés car le surmenage me guette et que ça me rend nerveuse, j’ai répondu à mon aimable lecteur pour dissiper le malentendu et en m’excusant même qu’il ait pu être heurté. Puis je lui ai précisé que j’avais bel et bien abordé le sujet qu’il croyait être passé à la trappe. J’ai reçu une réponse apaisée de sa part et tout est rentré dans l’ordre. Ce qui m’a intéressée, c’est la somme de malentendus qu’il a fallu dans cette histoire pour en arriver à ce mail de protestation. Visiblement, mon aimable lecteur s’est contrarié sur un mot qui a cristallisé sa vision du « journaliste qui ne sait pas de quoi il parle et ne s’intéresse de toutes façons qu’aux puissants », et puis il s’est monté le bourrichon tout seul, ce qui l’a poussé à m’accuser d’une faute que je n’avais pas commise et à dénoncer sournoisement un de ses concurrents. 

Entre nous, il est heureux que ce lecteur se soit exprimé plutôt que de se désabonner. Voilà qui nous a permis de lever un malentendu.  Tout le monde s’en porte mieux. Mais je me suis dit : « combien de lecteurs s’énervent ainsi devant leur journal alors que s’ils avaient l’opportunité d’interroger le journaliste, ils découvriraient que celui-ci n’est ni si bête ni si mal intentionné qu’il croit ? »

Tiens, une petite réflexion pour finir et pour ne pas vous laisser croire que j’entends démontrer l’absolue infaillibilité du journaliste. Ces derniers mois, j’ai découvert que je commettais deux erreurs récurrentes dans mon domaine de spécialité. La première était une erreur de vocabulaire, pas très grave, un petit jargon professionnel utilisé par une poignée d’acteurs pour désigner l’organisation interne de leur business. La deuxième, plus importante était une erreur juridique, je m’étais mis dans la tête qu’une réforme était contenue dans une loi alors que ladite loi n’avait fait que rendre obligatoire une pratique  déjà fortement recommandée par les pouvoirs publics six mois auparavant. Comme je sais mes lecteurs tâtillons, j’en ai interrogé un pour lui demander pourquoi il n’avait pas protesté. Réponse au sujet de la première erreur  :« parce que ce n’est pas votre métier et que vous ne pouviez pas le savoir ». Quant à la deuxième, visiblement tout le monde s’en fout et je crois même que beaucoup commettent la même que moi. Tiens donc ! Du coup, je me dis que les fautes techniques reprochées avec virulence aux journalistes ont souvent des raisons plus profondes liées aux fantasmes qui entourent notre métier, de sorte qu’on nous pardonne parfois de vraies erreurs mais qu’on n’hésite pas en revanche à nous faire de mauvais procès d’intention. Vous ne pensez pas ?

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38 commentaires »

  1. Je suis assez d’accord avec vous, Aliocha. J’ai parfois l’impression que le lecteur n’intervient que pour corriger les erreurs qui le concernent directement, sans doute parce qu’elles sont à ses yeux les plus visibles, et que la tendance à repérer des journalistes diaboliques et connivents est décidément de saison. Heureusement pas encore généralisée.

    Pour ma part, quand je commets une erreur, j’essaye de le reconnaître avec humilité. Jusqu’à présent, ça m’a plutôt réussi, les gens se sont calmés et m’ont de nouveau fait confiance. J’ai tâté un peu de la chose judiciaire, ce qui m’a beaucoup aidé en la matière. Les faits, rien que les faits, et des mises en perspective plutôt que des opinions personnelles.

    Cela dit, évidemment, je suis sûr qu’il y a d’autres lecteurs qui n’interviennent pas auprès de moi, repèrent pourtant des erreurs et se disent: « Ah là là, ces journalistes ». A vrai dire, en une petite dizaine d’années de carrière, j’ai aussi rencontré suffisamment de confrères (et de chefs !) persuadés de détenir la vérité et n’acceptant aucune contradiction que, dans une certaine limite, je les comprends, ces lecteurs déçus et silencieux, voire désabusés et rageurs. Je crois qu’à notre petite échelle, chacun de nous peut essayer de leur communiquer la réalité de notre métier, car trop souvent, les gens n’en ont qu’une vision très lointaine. Votre blog participe de cette démarche et c’est à mes yeux ce qui le rend intéressant. Merci pour nous, journalistes et lecteurs.

    Aliocha : merci, je fais ce que je peux 😉 j’en profite d’ailleurs pour dire ici que ceci n’est pas mon blog à moi toute seule et que tous ceux de mes confrères qui auraient envie de s’exprimer sur le journalisme sont les bienvenus. Avec les réserves d’usage sur la ligne éditoriale etc, etc.

    Commentaire par Martin K — 09/04/2009 @ 10:06

  2. L’avenir du journalisme pourrait-il se trouver dans une corédaction des articles entre les journalistes et leurs lecteurs ? Bien sûr chaque journaliste garderait la main sur son article, mais chacun pourrait y ajouter ses liens, commentaires et correctifs, qui seraient ensuite validés ou non par le journaliste. Cela inciterait les lecteurs à participer plus activement et à rendre plus exact et précis les articles et donc le journalisme : une sorte de wiki sous contrôle journalistique… et pas seulement un article suivi de commentaires incontrôlés…

    … bon on peut toujours rêver… je pense qu’il faudra d’abord attendre quelques années pour que les journaleux acceptent que d’illustres inconnus viennent modifier leur verbe…

    Chaque journaliste deviendrait donc une sorte de rédacteur en chef de ses articles corédigés avec le bas-peuple (-:

    Aliocha : et si on rompait enfin avec cette idée de journaliste snobs et élitiste, franchement, je vous assure que c’est un mythe;

    Commentaire par Morne Butor — 09/04/2009 @ 11:01

  3. On ne le dira jamais assez… seul le dialogue permet de lever les malentendus, de tordre le cou aux préjugés, d’apaiser les contrariétés et de résoudre les différends. Seul le dialogue permet d’écouter, d’entendre et de comprendre. Qui une faute, qui une imprécision, qui une perception ou un ressenti…

    « Parler répare. L’absurdité complète essaye d’être muette. », A. Camus

    Aliocha : y’a pas à dire, Camus quand même c’est magnifique…..

    Commentaire par Ferdydurke — 09/04/2009 @ 11:25

  4. @ Morne Butor

    « je pense qu’il faudra d’abord attendre quelques années pour que les journaleux acceptent que d’illustres inconnus viennent modifier leur verbe… »

    Et aussi quelques années pour que les lecteurs acceptent qu’ils peuvent se méprendre sur le sens du verbe des « journaleux » (péjoratif comme terme, non?)

    Commentaire par Ferdydurke — 09/04/2009 @ 11:29

  5. Puisqu’Aliocha demande ce qu’on en pense (habile, non ?, pour susciter le débat) 😉

    Je dirais que si je lis un journal/magazine, c’est avant tout pour « apprendre ». J’attend donc du journaliste qu’il soit, sinon un « sachant », au moins quelqu’un qui puisse transmettre un savoir.

    Evidemment, il y aura dans l’article des choses que je prétends déjà savoir. Or si je me rends compte qu’elles sont « déformées » (litote ?) dans cet article, je vais avoir tendance à me dire que le journaliste en question est sinon « incompétent », au moins dans l’erreur sur tel sujet (et donc soit n’a pas compris, soit a mal été informé).

    Pour rebondir sur ce que dit Morne Butor (#2), le format « bolg, ou celui de l’article « on-line » qui permet des commentaires ressemble un peu à sa proposition.
    La difficulté étant de gérer ces commentaires, et de trier le bon grain de l’ivraie.
    Le modèle ayant à ce jour le mieux réussit cet exercice reste, à mon avis, le WIKI, avec son emblématique Wikipédia.

    Je concluerai donc en paraphrasant Ferdydurke (#3) : le malentendu étant inévitable, il faut rester ouvert au dialogue.
    Reste à trouver le meilleur moyen de la faciliter, sans qu’il devienne envahissant.

    Commentaire par Yves D — 09/04/2009 @ 11:41

  6. “parce que ce n’est pas votre métier et que vous ne pouviez pas le savoir”

    Voilà au moins une réponse claire, franche, et que j’apprécie !

    Commentaire par Triskael — 09/04/2009 @ 12:43

  7. Bonjour Aliocha,

    Je tenais à préciser certains petits points qui me paraissent primordiaux.

    Tout d’abord, un article journalistique n’est pas fait pour ‘apprendre’ mais pour ‘informer’. La nuance est notable, car quand on apprend, on accepte comme vérité. Lorsqu’on s’informe, on commence a faire travailler son esprit critique. ‘’Tout n’est pas vérité’’
    Ensuite, sur la proposition de faire participer le lecteur. Un lecteur est à la basse quelqu’un de mal informé ou qui a un ‘à priori’ sur le sujet. Son impartialité est donc grandement a mettre en doute. De plus cela peut induire le journaliste en erreur et ne contentera pas les lecteurs, car le choix du journaliste de virer une partie faite par un lecteur sera mal vécu. Bref, je doute que ceci soit vraiment constructif et évolutif.
    Par contre, un blog qui permet de répondre au journaliste, là, nous nous approchons de quelque chose d’intéressant, car l’avis du lecteur sera entendu/écouté… non lu ^^ par le journaliste. Le journaliste apprendra via ces échanges à être encore plus performant.

    Je fais largement parti de ces lecteurs qui ont la critique facile et surtout qui pensent avoir l’omniscience. (C’est déjà une bonne chose de le reconnaître dans ma psychanalyse ;))
    J’ai conscience de la difficulté d’informer un lecteur tout en gardant son impartialité sur le sujet traité. Certaines fois, c’est plusieurs mois de travail, et le journaliste se forge une opinion qu’il fera passer même si c’est intentionnel. C’est pour moi un des travail les plus compliqué, et qui cautionne la critique. Que le journaliste puisse s’expliquer sur des incompréhensions, c’est primordial sous peine d’être ‘classifier’, mais il faut éviter de se justifier, car là, ca signifiera que l’article n’était pas bon 😉

    Aliocha : j’adhère totalement et je vous remercie en particulier pour votre distinction lumineuse entre enseigner et informer.

    Commentaire par Testatio — 09/04/2009 @ 14:43

  8. « Du coup, je me dis que les fautes techniques reprochées avec virulence aux journalistes ont souvent des raisons plus profondes liées aux fantasmes qui entourent notre métier, de sorte qu’on nous pardonne parfois de vraies erreurs mais qu’on n’hésite pas en revanche à nous faire de mauvais procès d’intention. Vous ne pensez pas »

    De part mes différentes fonctions, je suis à la recherche d’informations très différentes:
    – comme informaticien, il me faut des infos objectives de type « tests comparatifs de 20 netbooks », réalisés avec des méthodes scientifiques et présentées par des journalistes en lesquels j’aurais placé ma confiance (à tort ou pas, c’est mon problème). Exemple: PC EXpert. Je ne pardonne pas facilement les erreurs de ces journalistes (et ils en font peu).
    Il me faut également des informations générales sur la tendance du temps: exemple les flux gratuits tels que 01informatiques et Numérama. Je n’y juge pas la valeur de l’information et n’y lis jamais les commentaires.
    – comme expert judiciaire ou comme chercheur, il me faut des informations de spécialistes. Les journalistes n’interviennent plus ou presque. Exemple: la revue « Expert » ou « IEEE Proceedings ».
    – enfin comme simple citoyen.

    Dans cette dernière catégorie, j’ai simplement abandonné tout lien avec les informations télévisées et radiophoniques. Je ne suis l’actualité que via internet (blogs choisis et google news).

    J’ai par contre pris conscience grâce à votre blog et à nos discussions, qu’un tel comportement, s’il est généralisé, ne permettra plus que le fonctionnement d’une presse spécialisée, une presse d’experts.

    Que deviendront les journalistes d’investigation, ceux qui assurent le fonctionnement de notre démocratie parfois en péril, ceux dont l’indépendance dérange?

    Je ne sais pas.
    Et je suis très inquiet.

    Aliocha : il y a de quoi être inquiet, en même temps, je suis d’un naturel optimiste et j’ai tendance à croire que ce qui est nécessaire ne peut pas disparaître.

    Commentaire par Zythom — 09/04/2009 @ 15:13

  9. @ Morne Butor en 2 et Yves D en 5, les procédures mises en place par Wikipedia pour contôler la diffusion des informations et régler les litiges entre contributeurs sont particulièrement lourdes et nécessitent de sérieux moyens humains. Appliquées à la rédaction d’un article, ou sa diffusion, on ne serait pas près de connaître les infos. et que se passerait-il quand interviendraient deux lecteurs aux avis opposés ? compromis : on efface l’info, on n’en dit rien.

    quelques idées ici sur ce qu’est le journalisme (au moins pour l’auteur du papier – pour ma part, je partage assez son avis) :
    http://www.lefigaro.fr/livres/2009/04/09/03005-20090409ARTFIG00428-le-journalisme-tout-un-art-.php

    @ Testation en 7, j’ai du mal à lire qu’un journaliste devrait être plus « performant ».

    Aliocha : merci David pour cette référence, j’ai acheté le livre il y a quelques jours et je me le réserve pour ce week-end.

    Commentaire par david — 09/04/2009 @ 16:06

  10. Excusez moi.
    Le ‘performant’ signifie simplement qu’il apprend continuellement pour que les prochains articles soient mieux.

    Moi, j’ai du mal « je partage assez son avis ». Un journaliste devant donner une information impartial, il n’a pas a donner ‘son avis’ 😉

    je reconnais, c’est mesquin (a)

    Commentaire par Testatio — 09/04/2009 @ 16:24

  11. @ Testatio

    Qu’on apprenne ou qu’on s’informe, une information est transmise par un tiers et dans les deux cas, elle ne peut être tenu pour vraie qu’une fois sa véracité prouvée. Les seules « vérités » qu’on accepte sans qu’elles aient été démontrées sont les postulats
    Qu’on apprenne ou qu’on s’informe, l’esprit critique a son mot à dire et c’est tant mieux (même si cela agace certains professeurs) : cela permet de comprendre, cela nourrit et fait évoluer la réflexion. Nombre de découvertes furent les fruits de remises en question de principes précédemment tenus pour vrais, n’est-ce pas?

    Cet esprit critique, bien des lecteurs gagneraient à l’exercer sur leur propre perception et compétence avant de mettre en cause celles du journaliste.
    Donc, si « Le journaliste apprendra via ces échanges à être encore plus performant. », espérons que le lecteur aussi…

    Enfin, quand on se justifie, c’est qu’on est attaqué. Comme l’écrivait Camus : Il n’y a pas longtemps, c’étaient les mauvaises actions qui demandaient à être justifiées, aujourd’hui ce sont les bonnes. » 😉

    Commentaire par Ferdydurke — 09/04/2009 @ 16:46

  12. @ Testatio,

    vous savez, soit vous savez faire un article, soit vous ne savez pas. si vous ne savez pas, c’est foutu. si vous savez, vous essayez de rassembler tous les faits qui vont entrer dans la construction de votre papier, selon l’angle que vous avez choisi (qui pourrait déjà être considéré comme un avis). il se peut que vous n’ayez pas connaissance de certains faits et que malgré vos recherches et vos contacts, ces faits vous restent cachés. un lecteur au fait du fait pourra vous le reprocher. la fois suivante, plus « performant », vous chercherez mieux. mais rien ne dit que vous trouverez plus (les chercheurs me comprendront sans doute).

    j’ai l’impression qu’un journaliste qui rédige un papier est le genre de type anxieux qui se ronge les ongles (à moins de tout connaître d’un sujet sur le bout des doigts, mais c’est assez rare de ne rien avoir à vérifier, ne serait ce que quelques définitions de mots et jusqu’au plus fines nuances pour être bien sûr et certain d’utiliser le bon à la bonne place), qui compulse ses documents en avant en arrière pour être bien sûr et certains de ne rien oublier, de reprendre exactement les citations, de ne pas déformer une description, qui reprend son téléphone pour une précision, pour être bien sûr et certain que c’est bien ça que son correspondant voulait dire, qui lis et relis son papier pour être bien sûr et certain, qui coupe, qui rajoute, et qui, à la fin, peut être satisfait mais n’est jamais vraiment bien sûr et certain d’être sûr et certain de ne pas avoir oublié un petit truc ou de s’être trompé d’un iota dans le choix d’un mot et la performance, c’est sans doute de faire ça pour chaque papier.

    vous savez quand vous avez écrit un papier, c’est incroyable comme vous en connaissez les forces et faiblesses. et vous vous dites, putain ça, si j’avais trouvé comment faire mieux.

    après, et peut-être vais-je faire bondir, je ne pense pas pour ma part qu’il soit interdit à un journaliste de donner son avis, dès lors qu’il ne se cache pas derrière son petit doigt. et il y a mille façons de donner son avis. le choix de l’angle en est un. l’empathie pour le sujet humain de son reportage en est un autre. etc.

    Aliocha : je n’aurais pas mieux dit 😉

    Commentaire par david — 09/04/2009 @ 16:51

  13. Les boules en carton sont recyclables et ne libèrent pas de métaux lourds, y’a un fort potentiel de reprise du marché lorsque les mesures promises lors du Grenelle de l’environnement entreront en vigueur. ^^

    Aliocha : j’adore les objets inutiles, fut un temps, quand je travaillais dans le quartier de la presse qui est aussi celui de la confection, je voulais lancer des tongs en fourrure, mais personne n’a voulu me financer, avouez que c’est dommage 😉

    Commentaire par Kemmei — 09/04/2009 @ 19:08

  14. « je voulais lancer des tongs en fourrure »

    Mais vous n’y pensez-pas ma chère ???? Ca chatouillerait affreusement ! Vous imaginez une star prise de fou-rire à porter ces tongs de luxe ? =P

    Aliocha : mince, je n’y avais pas pensé, vous croyez que le vison ça chatouille ? Moi je me disais que ça pouvait faire des tongs d’hiver très chic, après tout pour descendre d’une berline de luxe et entrer à l’Hotel Costes, pas besoin non plus de mettre des moon boots 😉

    Commentaire par Triskael — 09/04/2009 @ 23:50

  15. Il me semble que journaliste, c’est un processus : trier, dénicher, comparer, vérifier, s’interroger, douter, mettre en forme, compléter, simplifier, illustrer, recommencer, publier. Il faut donc apprendre à apprendre, pas nécessairement savoir avant de taper la première lettre.

    Je n’ai pas besoin d’être expert de tel ou tel domaine pour le traiter, pour peu que je fasse appel à des sources correctes, que je comprenne la mécanique d’ensemble, et que je la restitue.

    A propos de « vous n’êtes pas expert, vous ne pouviez pas savoir », j’ai trouvé une belle illustration ici : http://3dcom.files.wordpress.com/2009/04/journaliste-expert2.jpg 😉

    Quant aux fautes que l’on ne relève pas… disons qu’elles sont aussi responsables des changements de paradigmes, par exemple dans la langue française. Si tout le monde croit que quelque chose est vrai, alors c’est vrai. Un exemple ? J’ai dans la poche un rectangle de papier, et tout le monde croit que ça vaut une dizaine de baguettes de pain, ou deux magazines et un journal, ou trois pressions. Si on cesse collectivement d’y croire, ce n’est plus qu’un rectangle de papier imprimé. J’ai déjà réagi et argumenté là-dessus à propos des paroles insignifiantes d’un présentateur de JT. (http://enikao.wordpress.com/2008/08/18/justice-verite-histoire-et-autres-chimeres/#more-151)

    Commentaire par [ Enikao ] — 10/04/2009 @ 10:24

  16. En réponse à vos commentaires au sein de mon intervention (n°68) publié hier sur votre blog : https://laplumedaliocha.wordpress.com/2009/04/06/les-bras-men-tombent/#comments

    Ça c’est certain, à lire la présentation de votre personnage en 34 points, on a ni le même âge, ni la même maturité, ni les mêmes rêves !
    Vous avez raison de renvoyer à un autre article d’Acrimed. C’est très bien.
    J’espère que vous avez bien dormi et suis particulièrement heureux que le décryptage de vos beuglements, vociférations et meuglements vous ait permis de vous reposer !

    Restant votre serviteur, je vous salue.
    Pierrot

    Aliocha : mais qui croyez-vous pouvoir rallier à vos thèses en développant cette agressivité stérile et vengeresse, en étalant tant de mauvaise foi et d’incapacité au dialogue ? Je suis absolument effarée par le comportement des enseignants chercheurs dans cette affaire. Enfin, tout ceci a le mérite de nous montrer le vrai visage de cette grève et de ceux qui la pilotent. Si l’attitude du Monde avait besoin d’une justification, je crois que vous et vos camarades l’avez fournie au-delà de toute espérance.

    Commentaire par Pierrot — 10/04/2009 @ 10:41

  17. J’ai l’impression que nous nous égarons du sujet.
    C’est certainement ma faute.

    Il me semblait que l’on parlait de la relation lecteur/journaliste, et pas de la façon de construire son article.
    Cette relation peut amener le journaliste à se perfectionner, et éviter des erreurs. J’espère en tout cas que ‘c’est’ le cas. Ca signifierai qu’un journaliste sortant d’école ferai le même article qu’un ‘vieux de la vieille’. Ca serai triste vous ne trouvez pas. Aliocha, lors de son prochain article réfléchira à 2 fois avant de parler de ‘prince’. Son approche changera tout simplement parce que 1 lecteur lui aura fait une critique. La façon de construire un article n’entre donc pas en compte, mais c’est vrai que j’étais parti qu’un postulat comme quoi ‘tous les journalistes savent construire un article’ 😉
    Par contre, sans intervention, elle aurait continué comme avant. Pour moi, c’est ca ‘se perfectionner’.

    Le problème de l’esprit critique du lecteur, c’est que la plupart du temps, il prend connaissance de l’information. Tout le monde n’est pas spécialiste. Cette information est donc ‘apprise’.
    Si par exemple, Aliocha dit qu’une boule de pétanque fait 1kg, le lecteur le(la ?) croira, parce qu’il pense qu’Aliocha l’a vérifié. L’esprit critique est, à mon sens, plus difficile à avoir coté lecteur que coté journaliste.
    Ceci n’est pas grave (800g ou 1kg ou 1.5kg… moi qui joue souvent, je serai incapable de le dire^^). Mais sur un sujet tel le G20, où il y a des ‘émeutiers’. (je ne parle pas des manifestants là ^^)
    Quand le journaliste écrit « ces pauvre émeutiers et la violence policier a encore frappé, parce que… » Le lecteur ne peut avoir que cette information pour preuve, et est donc obligé de la prendre comme réelle. Il pensera donc ‘les policiers sont violents lors du G20’. Mais, inversement, si le journaliste écrit « Les émeutiers ont incendié dans bâtiments, tapé des policiers, qui les ont repoussés au coup de gaz lacrymaux… » Pensez vous que l’opinion majoritaire sera le même en fonction de l’article ?
    C’est pour cela que le devoir de réserve du journaliste est important, et qu’il se doit de garder une distance et informer seulement sans opinion.
    De toute manière, en donnant son opinion, le journaliste sera critiqué au lecteur qui n’est pas d’accord. Et s’il ne le donne pas, il sera critiqué aux personnes ayant un avis qui trouve son article trop ‘complaisant’.

    Commentaire par Testatio — 10/04/2009 @ 11:00

  18. @ Testatio

    Hmmm… Je ne me souviens pas avoir lu quelque part « pauvres émeutiers » et « violence policière »…
    « les policiers sont violents lors du G20 » n’en est pas moins une information correcte. L’action des policiers est violente en réponse à la violence des premiers (et réciproquement). Je ne pense pas qu’un dispositif comprenant des hommes en armure, casqués, armés de grenades lacrymogènes (et autres), de matraques, soutenus par des canons à eau soit mobilisé pour jouer les bisounours…

    Si un journaliste osait écrire « les émeutiers ont incendié des bâtiments, tapé des policiers qui les ont repoussés à coups d’appel à l’amour universel et d’envoi de baisers », j’espère que l’esprit critique du lecteur serait suffisamment aiguisé pour ne pas s’interroger sur la véracité d’une telle assertion ou sur l’indépendance du journaliste, mais plutôt sur sa santé mentale, sa consommation de stupéfiants ou plus simplement l’opportunité pour lui de consulter un ophtalmologue dans les délais les plus brefs.

    S’il fallait produire une information calée sur le niveau minimal d’esprit critique (estimé car comment le quantifier précisément?) et ne froissant personne, cela reviendrait à prendre les lecteurs pour des sots et à réduire le travail journalistique à sa portion congrue (soit plus lisse encore qu’une dépêche d’agence de presse indépendante).

    Au contraire, le meilleur service qu’un journaliste puisse rendre à son lectorat, c’est de produire un papier de qualité dans un journal de qualité contenant à la fois de l’information (donc un récit distancié des faits) et des opinions (analyse personnelle des faits). De sorte que le lecteur, l’analysera, hurlera peut-être à l’attentat journalistique, portera le journaliste aux nues ou s’en fichera mais y réfléchira. C’est aussi quelque part une question de respect de la clientèle qu’est le lectorat…

    PS : concernant les boules de pétanque, voir ici

    Commentaire par Ferdydurke — 10/04/2009 @ 13:28

  19. de toute façon, donner son avis est très subjectif. à relire de grands reportages (par exemple), vous ne trouverez jamais d’avis ostensiblement affirmés j’aime/j’aime pas, c’est bien/c’est mal, etc. mais l’angle, la distance avec le sujet, le choix des mots, ou ne serait-ce que l’utilisation des adjectifs, tous ont fait et font ça.
    hier soir, je reprenais « Morceaux de bravoure » de Norman Mailer et notamment une interview dans laquelle il explique avoir toujours soupçonné que l’objectivité était une supercherie en journalisme, raison pour laquelle il écrivait ses reportages avec un Norman ou un Mailer (ça dépend des fois) qui se promène dedans et raconte ce qu’il fait, voit, entend et dis. Pire, il inter-agit même avec les événements et les personnes. (Kessel est présent à la première personne du singulier dans « Avec les alcooliques anonymes », série de reportages parus dans France Soir). je pense évidemment que le lecteur y gagne.
    et puis l’objectivité et le devoir de réserve, si c’est pour avoir des articles écrits comme es rapports de police, merci bien.
    Testatio, vous voulez un avis sur les violences du G20 ou les séquestrations de patrons, vous prenez Libé dans la main gauche et Le Figaro dans la droite et vous faites une compile. Après vous vérifiez avec Le Monde, ou La Croix, ou autre.

    Aliocha : l’objectivité est une des questions les plus complexes dans notre métier. Je suis toujours surprise par exemple de la présentation des articles d’@si, les journalistes se gardent généralement de tout jugement de valeur et laissent la priorité aux faits, en prenant soin d’en faire une présentation contradictoire, ce que j’aime beaucoup. Je trouve qu’ainsi chacun peut se faire une opinion. A l’inverse, voyez la polémique autour des « reportages » de BHL. BHL est un philosophe, il voit ce qu’il veut bien voir et invente même ce qu’il n’a pas vu. Je ne fais pas partie des gens qui le détestent même s’il est irritant. Je pense que sa vision subjective est talentueuse et que son manque d’objectivité le rapproche du romancier qui exprime parfois mieux la réalité que ne pourrait le faire un récit fidèle de celle-ci. Mais en tout état de cause, BHL n’est pas un journaliste, précisément parce qu’il n’est pas assujetti aux faits. Par conséquent, l’objectivité journalistique n’est peut-être que cela : un assujettissement aux faits. Que le journaliste les ressente et les interprète ensuite ne change rien au principe qu’il ne peut ni les nier, ni les inventer, ni les caricaturer. Ceci n’est évidemment qu’un idée largement imparfaite… 😉

    Commentaire par david — 10/04/2009 @ 14:49

  20. Pour illustrer mon propos, cette anecdote. le procès de Michel Fourniret a donné lieu à quantité de papiers (souvent des compte-rendus d’audience) tout au long de sa tenue. j’ai suivi son déroulement dans Libé, Le Figaro ou Le Monde. eh bien, le meilleur que j’ai pu lire a été écrit par Patricia Tourancheau dans Libé à la toute fin du procès ou juste après, papier dans lequel elle expliquait dans quelles conditions elle l’avait suivi, comment elle se retrouvait le soir pour en parler avec les envoyés spéciaux d’autres journaux avec lesquels elle avait des affinités, quels chocs les auditions avaient provoqué sur elle, dans quel état psychologique et physique elle était à la fin… un lecteur irrascible ou exigeant l’objectivité et le devoir de réserve pourra dire qu’il s’en fout de ce que pense ou vit la pauvre petite journaliste (et si son métier lui plait pas, elle a qu’à en faire un autre), mais c’est ce papier – très loin d’une froide analyse ou d’un banal compte-rendu, même circonstancié – qui moi m’a donné le plus à voir ce qu’avait été ce procès. Tourancheau, je la remercie d’être rentrée dans son article.

    Commentaire par david — 10/04/2009 @ 15:08

  21. Pour finir : « C’est pour cela que le devoir de réserve du journaliste est important, et qu’il se doit de garder une distance ».
    Il est bien possible que ce soit, au contraire, au lecteur de garder une distance avec ce qu’il lit (et je ne dis pas que le journaliste doit mentir ou déformer les faits – partons du principe qu’il est de bonne foi et respecte une certaine éthique). C’est aussi ce qui évite les malentendus dont témoigne Aliocha dans son article.

    Commentaire par david — 10/04/2009 @ 15:14

  22. A Aliocha sous 19, effectivement BHL n’est pas journaliste et fait ce qu’il veut. La polémique en question reposait essentiellement en fait sur la publication de son « reportage » sans avertissement dans les colonnes du Monde. En ce qui concerne mes propos, je pars du principe que les journalistes n’inventent pas les faits, ne les nient pas, ne les caricaturent pas, ne les déforment pas, ne prêtent pas des propos qui n’ont pas été dit, n’en taisent pas d’autres, bref des journalistes de bonne foi et sérieux. mais même en se gardant de tout jugement de valeur et en laissant la priorité aux faits (comme le ferait @si – désolé je ne suis pas abonné), on peut tout à fait être subjectif. je me suis assez entraîné sur mon blog à être le plus froid possible dans certaines chroniques pour me rendre compte que ce n’était pas les moins efficaces pour exprimer mon point de vue.

    Aliocha : nous sommes d’accord sur votre hypothèse de principe, mais précisément, n’est-ce pas cela que l’on peut déjà appeler de l’objectivité ? Plutôt que de dire que l’objectivité n’existe pas, je préfère donc dire que l’objectivité totale n’existe pas. Il n’empêche que nous sommes tenus d’y tendre, contrairement à BHL par exemple (quand je parlais de la polémique le concernant, je songeais à je ne sais plus quel récit à propos duquel il semble avéré qu’il n’était sur place mais à quelques kilomètres de là).

    Commentaire par david — 10/04/2009 @ 15:23

  23. le problème des journalistes, c’est leurs lecteurs, le plus souvent à la recherche d’une confirmation de leur opinion voire de leur préjugé;

    et si c’est plus facile pour la presse spécialisée: un amateur de cyclisme ne va pas lire le chasseur français ;je suppose que pour la presse généraliste quotidienne ,l’internet a tout mis par terre, à force de fréquenter des forums et des blogs de passionnés, le lecteur est convaincu d’en savoir autant, ce qui est possible, mais surtout d’être capable d’en faire autant, c’est à dire de s’informer, de savoir écrire et respecter les contraintes techniques ( ce qui n’a rien à voir avec faire des phrases pleines d’incidentes et mal foutues voire incompréhensibles comme la plupart de mes interventions de forum , ouf…)

    et puis ,il y a un tout bête souci, le respect a disparu, pas l’adoration de la star par un(e) fan , non, le respect du travail d’autrui, avec , comme chez son boulanger, un peu d’indulgence quand il a un peu poussé son four, parce que d’habitude, il fait le meilleur pain du monde;

    s’il n’y a pas cette connivence ou cette confiance, il n’y a pas de rapport humain entre celui ou celle qui a enquêté puis transmis ce qu’il a appris avec le lecteur, c’est juste l’ achat d’un produit . forcement insatisfaisant.

    Commentaire par didier — 10/04/2009 @ 18:01

  24. Bonsoir Aliocha, je vais profiter (hélas) de l’actualité franco-somalienne du jour pour vous donner un peu de grain à moudre.

    L’équipage du Tanit, voilier capturé par des pirates, a été libéré, hélas au prix d’un mort parmi les marins et de deux autres chez les pirates. Tous les journaux ont repris l’info à une source X. Par ailleurs, cet équipage maintenait un blog actif décrivant leur voyage et leurs plans pour le futur.

    Et bien la simple lecture conjointe de ce blog et de la source X -qui est apparemment une dépêche AFP- nous montre de sérieux problèmes de fiabilité de l’info.

    Selon des passages du blog: (commentaires 97 et 154, des parents semble-t-il): le bateau se trouvait à 900km des côtes lors d’un contact téléphone le 4 avril 13h (jour de la capture : samedi), alors qu’il avait modifié sa route selon les conseils de la marine nationale, en direction des Seychelles et non du Kenya.
    cf http://tanit.over-blog.fr/50-comments-29264615.html

    Pourtant, dans tous les journaux (ex du figaro), la destination affichée est le Kenya, et la distance de capture est celle fournie plus tard par un relevé satellite (640km). Un tel navire se déplace lentement (voilier, pas très long, en fibrociment, je dirais 5-6 noeuds max, soit 8 à 10 km/h). Il lui aura fallu sans doute 24h pur faire les 300km de différence.

    L’angle est généralement pris de décrire un équipage aventureux qui est averti « plusieurs fois » par la marine des risques (figaro) mais qui continue obstinément vers le Kenya. On trouve la même chose dans le Monde et dans Libé. Les mises à jour du soir changent encore la destination: on parle désormais de Zanzibar (Libé) -pour ceux qui ne voient pas où c’est: c’est au nord de Madagascar, le long de la cote de Tanzanie, loin de la Somalie.

    L’impression globale qui surnage pour qui lit le blog et les articles est au moins celle d’un certain manque de vérification voire d’une reprise un peu trop littérale du communiqué du ministère (qui se couvre naturellement).

    Je n’ai vu aucun article rappeler que, vu le rayon d’action des pirates, la navigation vers l’Asie via le canal de Suez est aujourd’hui gravement mise en danger. cf l’excellente carte publiée sur El pais, qui donne bien l’ampleur du phénomène: http://www.elpais.com/graficos/internacional/Pirateria/Somalia/elpepuint/20081027elpepuint_1/Ges/

    Passons sur les commentaires des lecteurs qui sont assez lamentables, et encourageons les auteurs des dépêches à repasser les détails de leur papier et à se documenter sur la voile, car je crois que cette affaire risque de faire encore quelques unes, malheureusement pour le petit garçon qui vient de perdre un de ses parents. Je pense que pour lui au moins, les journalistes de service devraient être particulièrement attentifs aux détails.

    Bref, le premier « round » de dépêches à la mi journée n’était pas extraordinaire, et il faut attendre le soir (et donc un peu de travail supplémentaire) pour avoir une version plus cohérente.

    A vous maintenant: pourquoi, face à une nouvelle comme celle-ci, le journaliste doit-il tenter de faire de l’analyse (le bateau savait mais n’a pas écouté…) dès le matin, alors que tous les éléments ne sont pas connus? Est-ce une marque de précipitation? D’improvisation? Qui pousse au crime?

    Commentaire par javi — 11/04/2009 @ 01:38

  25. Ce que vous expliquez dans ce billet, ma chère Aliocha, c’est une manifestation typique de l’effet « Pet de mouche » (effet dérivé de « l’effet papillon » que j’ai déjà évoqué dans « Autopsie d’un lynchage ordinaire ») : un « Pet-de-mouche » peut se transformer en ouragan apparent, même s’il ne s’agit que d’une tempête dans un verre d’eau. Pour la mouche, la tempête à la dimension de son univers tout entier, même si son univers se limite aux bords du verre d’eau tout court.
    C’est d’ailleurs tout un art que d’arriver à faire la sortir la tempête du verre.

    Ce phénomène franco-français a de nombreuses explications scientifiques.
    La première étant que le tempérament français est profondément incrusté dans nos gênes et qu’au détour d’une virgule mal placée, d’un discours « pas » ou « pas assez » fidèle, d’une métaphore équivoque ou d’une information partiellement vraie, ou vraiment partielle, qui ne contient pas intrinsèquement toute la problématique et toutes les parties prenantes au sujet traité, les présumés-oubliés vont brandir leur étendard, crier au scandale, à l’oubli volontaire, à la manipulation, et monter au front au motif d’une minorité négligée, voire opprimée.

    C’est l’esprit latin. Nous sommes chatouilleux dès que nous nous sentons concernés, de près ou de loin, et négligés, et nous dégainons facilement la diatribe. C’est comme ça.

    Mais c’est aussi ce qui fait la richesse de nos débats contradictoires : à partir de rien, dès lors qu’il y a un semblant de désaccord ou simplement de divergence de point de vue, les belles plumes se déchaînent et viennent pourfendre la moindre parcelle d’approximation.

    Vous le faites régulièrement lorsque vous partez en croisade pour la défense de l’honneur d’un(e) journaliste estoquer par un… avocat, par exemple (notez que l’avocat faisait la même chose pour l’honneur de ses pairs sur la base d’un article traitant d’un sujet banal pourtant vrai), et je le ferai aussi lorsque vous ferez un billet sur le sujet sensible de l’influence des marées d’équinoxe sur la rotation des queues d’equus–caballus sans évoquer les d’equus–asinus aussi concernés par le problème.

    De là à dire que le français peut s’enflammer au moindre pet de mouche, il n’y a qu’un petit goulet que je franchis prestement au gré d’une douce brise de printemps. Hop la ! 😉

    NB: ceci dit, la boule de pétanque en carton, ou en papier mâché, c’est peut être un intéressant produit de diversification pour la presse qui a des invendus.

    Et comme on dit de par chez nous « Tempête au printemps, t’en chie pour un moment »

    …bon… d’accord, je sors…

    Commentaire par OeilduSage — 11/04/2009 @ 15:20

  26. @oeildusage

    « C’est l’esprit latin, etc, etc ». C’est une des difficultés énormes du journalisme: l’idée reçue qui est perçue comme une vérité universelle aussi bien par les journalistes (ou beaucoup d’entre eux) que par les lecteurs (ou beaucoup d’entre eux). L’esprit latin par exemple…

    Personnellement, quand je vais en Hollande par exemple, et que des amis à la fois francophones et neerlandophones, m’expliquent, journaux en mains, la polémique en train de se dérouler dans la presse, je constate que les discussions passionnées ne sont en rien une caractéristique franco-française.

    Mais qu’importe j’entendrais probablement jusqu’à ma mort des assertions de ce type…

    Commentaire par didier specq — 11/04/2009 @ 15:42

  27. @didier specq, 26 : « les discussions passionnées ne sont en rien une caractéristique franco-française ».

    Je m’inscris en faux, cher didier, j’ai des preuves et je ne peux vous laisser prétendre de telle affirmation sans réagir passionnément à vos propos !… Je plaisante ! 😉

    Bien qu’étant méditerranéen, et contrairement aux apparences, je suis d’origine nordique. Du coup, je ne me lancerai pas dans le débat, d’autant plus que vous avez raison : la passion n’est pas une caractéristique franco-française, enfin, c’est pas la seule…

    Commentaire par OeilduSage — 11/04/2009 @ 17:21

  28. [MODE INTERVIEW ON]

    Chères lectrices, chers lecteurs,

    Nous sommes aujourd’hui en compagnie d’Aliocha, ancienne juriste, journaliste économique et blogueuse, muse du lobby taurin, spécialiste de la maltraitance des médias, des boules de pétanque en carton et des universitaires en colère (en alternance avec les avocats).

    – Aliocha, bonjour. Merci de nous recevoir chez vous. Charmant, ce tapis… Dommage qu’il soit tâché de vin 😉

    – (compléter ici par votre réponse) : Aliocha oui, c’est un aimable commentateur qui l’a tâché il y a quelques semaines, les revenus de ce blog étant inexistants, je n’ai pas les moyens d’entretenir le local qui l’héberge. Euh, soyez gentil ne vous balancez pas sur la chaise, vous risquez de la casser et je serai obligée d’écrire à plat ventre par terre 😉

    – Aliocha, le magazine 20 ans fait sa réapparition aujourd’hui 11 avril 2009 dans les kiosques. Que vous inspire sa gestion du personnel de rédaction?

    – (compléter ici par votre réponse) Aliocha : Merci cher lecteur pour cette précieuse trouvaille. Il me semble qu’elle illustre jusqu’à la caricature un travers que j’ai souvent dénoncé ici : la création de journaux aspirateurs à pub, sans investissement, sans autre objectif que d’attirer les annonceurs. On mise tout sur la maquette et les photos, on fait rédiger les articles par des journalistes sous payés et même ici par des étudiantes. C’est l’obession du contenu gratuit ou presque pour ramener de la pub payante, elle. Je m’étonne qu’on n’ait pas fait appel d’ailleurs à des blogueuses, ça plait bien en ce moment les blogs comme source de contenu gratuit. Sans doute craignait-on leur esprit critique ou leurs prétentions à être rémunéré au tarif Vendredi soit 50 euros l’article. Je rappelle au passage que le tarif syndical du feuillet est ici.
    [MODE INTERVIEW OFF]

    Commentaire par Ferdydurke — 11/04/2009 @ 18:40

  29. Je ne suis pas d’accord avec vous en ce qui concerne BHL. Vous dites qu’il n’est pas tenu à la même rigueur que le journaliste. Et pourquoi donc à partir du moment où il nous vend ses élucubration comme un REPORTAGE et non comme un ROMAN ?

    Commentaire par Duquesnoy — 11/04/2009 @ 20:06

  30. @Ferdydurke, 28 : « le magazine 20 ans fait sa réapparition… »

    « 20 ans », c’est peut-être un peu jeune pour Aliocha, je renchéris de 10 ans : http://cjoint.com/?enwXUh3zY6

    Commentaire par OeilduSage — 12/04/2009 @ 09:14

  31. @22et sous 22
    Encore une fois, je ne puis souscrire totalement à vos positions

    « En ce qui concerne mes propos, je pars du principe que les journalistes n’inventent pas les faits, ne les nient pas, ne les caricaturent pas, ne les déforment pas, ne prêtent pas des propos qui n’ont pas été dits, n’en taisent pas d’autres, bref des journalistes de bonne foi et sérieux. »

    sur ce point, je suis parfaitement en adéquation avec vous, toutefois, je reconnais le droit à certains journalistes à ne pas être objectif, voire même, à être totalement engagés politiquement (donc avec une part d’objectivité grandement diminuée). Par ailleurs, le corolaire de mon affirmation, c’est que le journaliste se doit de respecter totalement ce que vous avez écrit sur les principes du journalisme et il ne doit exister aucune ambiguïté pour le lecteur sur la partialité de l’article.

    Commentaire par bleu horizon — 13/04/2009 @ 10:39

  32. @bleu horizon

    Je ne sais pas si, par définition, les journalistes très engagés (à condition qu’ils ne cachent pas leur engagement à leurs lecteurs) ne peuvent pas pas être parfois très « objectifs ». Justement parce qu’ils ont un regard très acéré dans certains cas.

    Je vous donne quelques exemples qui me viennent à l’esprit en passant.

    Les journalistes des années 30 ou 40 qui sympathisaient avec Léon Trotsky ont fourni souvent sur l’URSS des analyses très précises sur « l’univers concentrationnaire » (c’est le titre d’un livre paru aux éditions Spartacus en 48 qui est dans ma bibliothèque) qui y régnait. Des analyses très précises sur l’écrasement des syndicats, des oppositions de gauche, sur le massacre des officiers polonais par l’Armée Rouge à Khatyn, sur l’espionnage en dehors du bloc soviétique, sur les conditions concrètes de l’alignement des PC européens sur l’URSS, etc, etc.

    George Orwell, connu chez nous presque uniquement pour « 1984 », a fourni de même un reportage et un livre (dès 37) sur la Catalogne face aux franquistes et sur la répression féroce des Staliniens contre les membres de leur propre camp alors qu’à l’époque Orwell était membre d’une milice du P.O.U.M. (parti marxiste mais anti-stalinien).

    A l’inverse (politiquement), un des plus beaux et lucides reportages au long cours sur l’Allemagne qui devenait nazie a été fourni dans les années 30 par Daniel Guérin, grand anarchiste devant l’éternel.

    Quand, dans Lutte Ouvrière, je lis des reportages sur les émeutes de banlieue de novembre 2005 où les militants de LO expliquent que les jeunes « révoltés » s’attaquent curieusement uniquement aux pauvres et aux services publics de leurs quartiers, j’ai l’impression que c’est un point de vue peut-être plus précis que bien des approximations de « gôche ».

    Tout ça pour dire que la multiplicité des points de vue (y compris très tranchés) permet aussi une information complète. Et pas uniquement le professionnalisme des journalistes officiels.

    Commentaire par didier specq — 13/04/2009 @ 16:42

  33. Pour info, le livre d’Orwell « Hommage à la Catalogne » est disponible dans la collection 10-18 (domaine étranger, n°3147). Pour ceux qui en douteraient encore, il apporte un éclairage singulier et captivant sur la guerre à l’intérieur de la guerre civile espagnole entre « rouges ». La lutte entamée par le PC espagnol aux ordres de Moscou contre la frange anarchiste (le POUM) explique en partie la victoire des franquistes dans cette terrible guerre.
    Du même auteur mais dans un registre différent, il faut lire « Dans la dêche à Paris et à Londres » (même collection, n°3263).

    Commentaire par H. — 14/04/2009 @ 11:27

  34. « Tout ça pour dire que la multiplicité des points de vue (y compris très tranchés) permet aussi une information complète. Et pas uniquement le professionnalisme des journalistes officiels. »

    Ceci se nomme la liberté d’expression, et ceci permet de comparer les positions de tout le monde, toutefois, pour ma part, les journalistes se doivent d’apporter un peu plus, qu’un simple point de vue.

    Ce que je réfute, c’est d’obliger à un journaliste à être objectif (c’est mieux, mais pas indispensable) l’important, à mon sens, c’est que les lecteurs savent la position idéologique d’un écrit journalistique.

    Par contre, un journaliste ne doit pas « inventer des faits, les nier, les caricaturer, les déformer,etc. ». Il se doit avoir une capacité à résumer et à rendre accessible au grand public une information complexe.

    Toujours, à mon sens, le journaliste se doit d’apporter une sorte de « label vérité » sur les faits (qui doivent être vérifiés et recoupés).

    Par contre, son analyse est libre. Libre au citoyen de se faire son opinion, ou pas.

    Commentaire par bleu horizon — 14/04/2009 @ 11:37

  35. s’informer, c’est s’enquérir. et s’enquérir, c’est rechercher. le lecteur pense trop souvent que le journaliste va lui apporter la vérité sur un plateau d’argent et qu’il n’aura plus qu’à la déguster, serein et apaisé, le petit doigt en l’air. je ne sais pas si c’est seulement possible (le tort des médias est sans doute de tenter de faire croire le contraire, qu’il va vous apporter un service parfait, ce que vous avez toujours désiré – et même plus mais dont vous n’avez pas conscience – aux doses exactes et, qui plus est, un service assuré par des filles superbes et pourquoi pas facile). la seule chose qu’il y aurait à faire pour être un peu sincère, ce serait de dévaliser le frigo et les placards et tout mettre sur la table (ça serait un de ces bordels). mais il serait encore légitime à quelques uns de penser qu’il existe d’autres produits en magasin (et qu’ils se font flouer). s’informer est un boulot difficile.

    @ Aliocha, sous 22 : n’est ce pas ce qu’exprime Tesson dans son papier quand il écrit : « L’inépuisable débat sur l’objectivité du journalisme est donc vain. Parlons plutôt d’honnêteté, de sincérité, si faire se peut. (…) Il suffit que nous nous efforcions à la plus grande intégrité dans toutes les phases de la pratique de notre métier » ?

    Commentaire par david — 14/04/2009 @ 11:39

  36. […] Vive le printemps. Enfin presque. D’après un article de 20 minutes que m’a adressé Ferdydurke (qu’il en soit ici remercié), le projet a tout pour faire frémir les amoureux de la presse […]

    Ping par Un journal à quat’balles ! « La Plume d’Aliocha — 15/04/2009 @ 09:26

  37. @david et les autres: Un point qui me semble pourrait être repris de Wikipédia est la traçabilité des sources.

    Quand je lis une information dans un article de presse, j’aimerais savoir où elle a été pêchée, d’une part pour pouvoir la vérifier d’autre part pour pouvoir me renseigner plus avant. C’est notamment le cas quand je sens que le journaliste parle de choses qu’il ne comprend pas.

    Or, on trouve très rarement des références précises.

    Cela peut se comprendre à l’ère du papier, mais avec l’hypertexte, il est aisé de fournir des liens vers des sources précises.

    Or conseille souvent aux étudiants etc. de croiser leurs sources, mais ce conseil est inopérant si toutes les sources reprennent en fait une source originale unique, comme cela est courant avec les dépêches de presse. (Je peux citer des exemples de nouvelles fausses sortant d’une dépêche d’agence, et qui ensuite ont été partout reprises, de sorte qu’il était devenu quasi impossible de faire admettre l’erreur…)

    Bien entendu, cela pourrait mettre en évidence le fait que le « background » de pas mal d’articles est une compilation d’une revue de presse mâtinée d’une recherche dans Google!

    Commentaire par DM — 16/04/2009 @ 12:58

  38. aliocha wrote : « Je suis absolument effarée par le comportement des enseignants chercheurs dans cette affaire. Enfin, tout ceci a le mérite de nous montrer le vrai visage de cette grève et de ceux qui la pilotent. »

    Le grossier personnage qui signe « Pierrot » n’est ni « LES enseignant-chercheurs » ni le visage (vrai ou faux) de la greve de ceux-ci.

    Chere Aliocha, j’aime beaucoup votre blog ; mais vous avez un eforte tendance a la generalisation abusive lorsque vous vous mettew en colere.

    Bien a vous

    Tryphon Tournesol

    Commentaire par professeurtournesol — 20/04/2009 @ 12:37


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