La Plume d'Aliocha

03/04/2009

Ce luxe qu’on ne veut plus voir

Filed under: Réflexions libres — laplumedaliocha @ 10:46

Amusant. Le Monde lance un nouveau supplément mensuel. Il s’appelle M. M comme quoi me direz-vous ? Je l’ignore, comme Monde, ou comme Mensuel ou comme Aime. Peu importe au fond, l’essentiel c’est que ce supplément agite les commentateurs, de @si à Marianne 2. Il s’agit d’un supplément de luxe, 56 pages en couleur, consacré à l’Art de vivre. Laissons sa rédactrice en chef vous expliquer de quoi il retourne :

« M comme un défi à la morosité ambiante, comme un pari sur l’éclaircie. Le Monde offre désormais M à ses lecteurs, supplément mensuel dédié à l’art de vivre. Parce que depuis toujours les beaux objets, déclencheurs de rêve, sont les témoins silencieux des civilisations. Ils habillent l’imaginaire et restent les modestes passeurs de l’histoire ».

Chers CSP+ !

Hein ça donne envie, même si on ne comprend pas très bien de quoi il s’agit. Vous reconnaissez ce lyrisme très particulier qui sert à décrire les objets de luxe ? Quand je lis ce genre de choses, je me demande où leurs auteurs vont puiser cette étonnante émotion, cette vibration stylistique ampoulée pour me parler d’une montre ou d’un sac à main. C’est Lamartine aux Galeries Lafayette ! Pour un peu je filerais au fond de mes placards chercher l’un de ces objets dits « de marque » ou « de luxe » et lui dresser un petit autel, avec fleurs, bougies et tout. Rien que pour me faire pardonner d’avoir oublié de l’aduler comme il le méritait. Ah le bel  objet ! Mon sac à main sait-il qu’il vient d’accéder au statut enviable de « témoin silencieux des civilisations », qu’il « habille mon imaginaire » et joue les « passeurs de l’histoire » ? A mon avis, vu ce que je lui inflige, il doit surtout s’apprêter à entonner le « Va, pensiero ». Enfin, je vous promets de l’interviewer et, éventuellement, de le renseigner si son importance lui avait échappé. 

Mais venons-en au sujet. Le merveilleux M a bien des défauts nous informe Marianne2. D’abord, il fait la promotion du luxe en pleine crise. Normal, les quotidiens vont mal, alors ils lancent ce qu’on appelle des aspirateurs à pub pour viser leur fantasme pur : le CSP+, à supposer bien sûr qu’il en reste des CSP+. Entre ceux qui fuient notre fiscalité et ceux que la crise et Madoff ont laissé en slip, reste plus qu’une poignée de grands patrons et encore, le gouvernement va les dépouiller. Ensuite, le journal mélange soigneusement la pub et ce qu’on appelle dans notre jargon le publi-rédactionnel, c’est-à-dire des articles qui ressemblent à des articles mais sont en réalité rédigés soit par l’auteur de la pub, soit, et c’est plus contestable par des journalistes. En principe, le publi-rédactionnel doit être soigneusement distingué du rédactionnel. Mais tout le jeu des publicitaires consiste à gommer les différences pour faire croire au lecteur que leur soupe est un vrai article écrit par un vrai journaliste qui livre une vraie information. J’en profite pour vous inciter à la vigilance sur ce sujet. Regardez bien en haut de la page quand vous lisez un article et vérifiez qu’il n’est pas précisé « publi-rédactionnel », si c’est le cas, laissez tomber, on vous enfume. Enfin, il parait que le premier numéro comprenait une interview d’Elisabeth Badinter contre la bien-pensance. Or Elisabeth Badinter est la philosophe féministe que l’on connaît et qui donne une petite connotation intello au joli supplément mais elle est aussi…..administrateur de Publicis. Quel hasard, c’est fou non ?  

Les lecteurs du Monde protestent

Toujours est-il que les lecteurs auraient protesté auprès de la médiatrice du Monde, estimant que la période ne se prêtait guère à cette apologie du luxe. Pour eux peut-être pas, pour le Monde en revanche c’est une manne publicitaire à ne pas laisser passer et tant pis pour l’actualité, l’opinion et même les lecteurs. D’ailleurs, je l’aurais appelé S moi, ce magazine, S comme Séguéla, car au fond, il s’inscrit bien dans la philosophie du personnage. Vous vous souvenez « quand on n’a pas de Rolex à 50 ans, on a raté sa vie ». Ils auraient dû s’en servir de base line de cette phrase là tant elle résume l’esprit de cette belle chose publicitaire. Sauf que Séguéla est dépassé puisque nous savons maintenant qu’un Rolex n’est pas seulement l’attribut indispensable de la réussite, c’est aussi un « témoin silencieux des civilisations », un « passeur de l’histoire ». Mince alors, je risque de rester bloquée dans les couloirs du temps comme ils disent dans les Visiteurs, vu que je n’en ai pas moi de Rolex. 

Franche rigolade

Voyez-vous au fond tout ceci me fait doucement rigoler. Ce « cachez ce luxe que je ne saurais voir » me parait exprimer le summum de la bien pensance et de l’hypocrisie. Quand j’étais gosse, mes parents achetaient Le Figaro  tous les samedi. Je me souviens à l’époque qu’il fallait presque emmener sa brouette au kiosque pour ramener la tonne de papier glacé qui accompagnait le quotidien. En  feuilletant le Fig’Mag d’un oeil distrait, je me demandais qui pouvait bien avoir besoin d’un seau à champagne en or et diamant, d’une montre coûtant le prix d’une voiture, d’une voiture coûtant une maison et ainsi de suite. Enfin, c’est Le Figaro, il est cohérent avec lui-même et en phase avec son lectorat. Y’a pas tromperie sur la marchandise. En revanche, quand  je suis passée à l’Obs’  j’ai eu du mal à comprendre pourquoi un journal de gauche consacrait chaque semaine une ou deux pages à vanter des vêtements hors de prix, vous savez, ceux dont on vous dit pudiquement « prix sur demande ». Ce qui ne dérangeait pas nos bons esprits de gauche ces dernières années me heurtait déjà, moi la fille de droite, moi qui avais compris en 1981 lors de l’élection de Mitterrand que j’incarnais le contraire du coeur et du progrès. Oh, je vous entends penser « elle dit ça parce qu’elle ne peut pas se les payer ces objets-là ! ». Faux, je pourrais, en  cassant mon PEL ou en faisant des économies,  enfin pas le seau à glace couvert de diamants, mais la Rolex si. D’ailleurs, j’ai interrogé un spécialiste du marketing sur les raisons pour lesquelles la presse féminine s’obstinait à vanter des objets très au-dessus des moyens de ses lectrices. Réponse : « parce qu’elles économisent pendant des mois pour se les acheter ».  Ô misère…Voyez-vous, ce qui me manque, c’est l’envie. Je n’arrive pas à me convaincre qu’une montre en or est un témoin de civilisation, franchement, j’ai beau me forcer, je bloque. Tout comme je ne comprends pas que des journaux de gauche vantent des objets si « emblématiques » des errances du capitalisme. Les lecteurs du Monde protestent ? Tant mieux, même si j’ai des doutes sur les raisons profondes de cette indignation. Entre nous, il était temps que la crise remette les Rolex à l’heure !

Publicités

31 commentaires »

  1. L’Obs comporte aussi depuis des années une magnifique page d’annonces immobilières « Demeures et Chateaux ».
    Le problème vient plutôt de Marianne2 qui est très racoleur, sans doute pour vendre sa propre pub « Voyages dans le temps »
    Bref plus une raison de sourire que de polémiquer tout ça.

    Commentaire par Efelle — 03/04/2009 @ 11:15

  2. Bonjour,

    Franchement, la chute du billet est excellente, bravo!

    Le reste est très bien aussi. Mais c’est le seul morceau qui m’a fait rire. Je voulais le faire savoir

    Merci pour votre blog

    Commentaire par Arthur RAINBOW — 03/04/2009 @ 11:21

  3. Bof, moi, le supplément M, je l’ai mis directement à la poubelle. Du moment qu’on ne touche pas trop à la maquette… (Justement, pas terrible la nouvelle maquette façon faire-part mortuaire). En revanche, j’ai jeté un œil curieux sur le supplément envoyé par le Courrier International : ce cousin du Monde prétend faire, pour son supplément CSP+, dans le luxe pas luxueux, le luxe qui a du sens en période de crise. L’exercice a quelque chose de fascinant…

    Bien d’accord sur le paradoxe incarné par Le Nouvel Obs, dont je me suis désabonné. Télérama n’est pas mal non plus : le contraste entre la bonne conscience du bobo – telle qu’elle s’incarne jusqu’à la caricature dans le courrier des lecteurs – et les pubs haut de gamme est assez hilarant.

    Marianne ? Plus racoleur tu meurs.

    Commentaire par Tocquevil — 03/04/2009 @ 11:27

  4. Concernant la ligne ténue qui sépare le rédactionnel de la pub, je crois que le pire exemple est la presse féminine, celle qui s’intéresse à votre beauté et votre santé, mesdames. Reçu avec mes cartons Telemarket (je suis un bobo de droite) un magazine féminin qui consacre 4 pages aux conseils de beauté d’Isabelle Adjani, avec force marques et adresses. Je suppose qu’Isabelle a été grassement payée pour nous donner si gentiment ces petits conseils.

    Commentaire par Tocquevil — 03/04/2009 @ 11:37

  5. bah en faisant l’impasse sur des choses essentielles ou sacrément plus importantes, la plupart des gens (qui ont un boulot) peuvent se payer quelques objets de grand luxe, moi aussi je doit pouvoir me prendre une rolex, (jeune célibataire qui bosse depuis quelques années, ça me parait tout à fait normal – de POUVOIR ;)), ce qu’il y a c’est que ça compromettrais fortement mon confort sur le long terme. Le problème c’est que ces pubs poussent pas mal de gens à faire ces très mauvais choix… combien de gens dans un appart pourris loué, avec une bagnole bien trop chère?

    Commentaire par tshirtman — 03/04/2009 @ 11:40

  6. Je partage totalement votre réaction (me manque même « l’envie d’avoir envie » d’acheter ces produits)…sauf la conclusion qui me semble un peu facile.
    Derrière ces pubs, il y a des emplois en France, dans un secteur concurrentiel.
    On peut se gausser des goûts tapageurs des Sarkozy, Séguéla, Dray et des ménagères qui se priveraient de l’essentiel pour pouvoir acheter du superflu, mais la vanité ou le rêve font marcher le commerce. J’ai cru comprendre que le pays en avait besoin.
    Ou alors, si on est pas d’accord, on adhère au NPA. Mais chuis pas sûr que la société qu’il propose ne présente pas des inconvénients bien supérieurs.

    Aliocha : je n’en disconviens pas. Ce qui m’interpelle ici c’est la cohérence entre l’idéologie de gauche et la pub pour ces objets, c’est aussi la confusion entretenue entre art et artisanat ou bien encore la déification de l’objet de luxe, lequel est présenté comme la condition indispensable d’une vie réussie. Il me semble que tout ceci ets caricatural et incite à rire. Maintenant que nous ayons une industrie du luxe qui fasse pâlir d’envie le monde entier, je trouve cela plutôt réjouissant pour notre économie, nous sommes d’accord.

    Commentaire par Goloubchik — 03/04/2009 @ 12:03

  7. Oui, pas de doute, la question est celle-là : pourquoi ? Moi, je ne sais pas.

    Commentaire par david — 03/04/2009 @ 12:05

  8. « Lamartine aux Galeries Lafayette », j’adore!

    Bof… les bien-pensants et moralisateurs à la petite semaine, qu’ils soient de gauche, de droite, d’où ils veulent, qui condamnent et protestent de tout et de rien, je m’en contrefiche autant que du baratin marketing de M.

    Ces protestataires à tout crin me font toujours penser à : http://www.deezer.com/track/2425300

    Chacun a le luxe qu’il lui convient. Qu’il soit Rolex ou carré d’herbe fraiche, peu importe… D’ailleurs, notre imaginaire a-t-il besoin d’objets de luxe pour s’épanouir alors qu’un dessin lui suffit? Vous l’avez remarqué, n’est-ce pas? 😉

    Aliocha : j’en déduis que si je vous offre Lui, Géo et le supplément du Monde vous serez heureux comme un Sarko sur un Yacht avec une mannequin et sa Rolex ? Ah, l’imagination tout de même ! je vous taquine, nous sommes d’accord sur le fond 😉

    Commentaire par Ferdydurke — 03/04/2009 @ 12:36

  9. Le supplément mensuel de Libé « Next », qui me tombe des mains lorsque je me fais avoir en achetant Libé les samedis de parution, est un bon exemple du grand écart entre des articles décrivant la France comme une espèce de tiers-monde de l’hémisphère nord et la promo de D&G ou Gucci (http://www.com-vat.com/commvat/2008/11/inscurit-social.html )

    Mais pour Le Monde ou le NouvelObs, qui sont tout de même des journaux pour adultes à l’inverse de Libé, je ne suis pas d’accord avec toi. Les lecteurs qui se plaignent de la pub pour Rolex en temps de crise le font en partant du principe que la pub est intrinsèquement « de droite », et la pub pour objets coûteux carrément ultralibérale. Si les annonceurs viennent au Monde ou NouvelObs avec ces pubs, c’est pourtant bien qu’ils constatent que le lectorat y est sensible (même s’il leur faut économiser des mois pour se payer ceci ou cela). Et leur contribution financière aux CA est évidemment essentielle au prix canon d’un abonnement à l’Obs…

    De fait, si Le Monde avait encore davantage de pub de Rolex, il ne serait pas vendu au prix ridicule de 1,4 € et pourrait financer davantage d’articles dénonçant l’omniprésence de la pub pour le plus grand plaisir de ses lecteurs ronchons.

    Aliocha entièrement d’accord, vive la pub dans la presse et tant pis pour les lecteurs ronchons que je soupçonne de bien pensance puisque ça ne les choque qu’en ce moment alors que ce n’est pas neuf. Je m’interroge en revanche sur ce qu’il faut bien appeler une ligne éditoriale de ce supplément luxe et qui invite à se décomplexer vis à vis de l’argent alors que ces mêmes journaux reprochent, avec raison, à notre président son côté un tantinet trop décomplexé sur le sujet. Tout ceci sent la schizo à plein nez 😉

    Commentaire par Hugues — 03/04/2009 @ 12:38

  10. « De fait, si Le Monde avait encore davantage de pub de Rolex, il ne serait pas vendu au prix ridicule de 1,4 € et pourrait financer davantage d’articles dénonçant l’omniprésence de la pub pour le plus grand plaisir de ses lecteurs ronchons. »

    Tout-à-fait et procédant au surplus d’une justification idéogique marxo-léniniste parfaitement orthodoxe:
    Les méchants capitalistes achètent aux gentils journaux de gauche les espaces publicitaires pour des ceintures en croco avec lesquelles ils seront pendus…

    Commentaire par Goloubchik — 03/04/2009 @ 13:08

  11. Je ne vois qu’une solution : il faut vous abonner au Monde Diplomatique…

    Commentaire par Pierre — 03/04/2009 @ 13:24

  12. > Vous vous souvenez “quand on n’a pas de Rolex à 50 ans, on a raté sa vie”.

    Vous êtes sure qu’il n’a pas voulu dire Solex ?

    Commentaire par Hugo — 03/04/2009 @ 13:35

  13. Tiens, nous y revoilà : c’est quoi être de droite ou être de gauche …

    Est-ce que « Droite = argent = luxe » alors que « Gauche = prolo = premiers prix » ?
    Ou plutot « Droite = propriétaires (des biens immobiliers et des forces de production) = exploiteurs » alors que « Gauche = locataires (d’immobilier ou de leur force de travail) = exploités » ?

    Vaste débat, si l’on refuse de se limiter à ces clichés …

    J’ai moi aussi toujours (au moins depuis que j’ai un minimum de conscience politique) été choqué par les annonces « belles demeures » du Nouvel’Obs (cité par Efelle en #1).
    Peut-on se revendiquer « magazine de gauche », et donc avoir à priori une cible de lecteurs de cette tendance politique (j’ai bien dit « cible », ça n’empêche pas que des gens dits « de droite » le lisent), et consacrer plus d’une page à des annonces immobilières de grand luxe ?

    Depuis bien des années, nos représentants politiques, qu’ils soient de l’UMP, du MODEM ou du PS, sont avant tout des représentants de « l’élite » française.
    Ils sont avocats, enseignants supérieurs, médecins, ou, plus couramment, énarques ou diplomés d’une grande école de commerce. En tout cas, BAC+5 et au delà.

    Leurs compagnons d’étude ont tous des revenus dépassant les 60 000 euros nets annuels … et eux aussi.
    Mais certains défendent « la gauche », d’autre « la droite » …

    Enfin … défendaient.
    Car maintenant, certains défendent « le libéralisme », d’autres « la social-démocratie », d’autres « le socialisme » …

    Vous avez remarquez que même Olivier le facteur, n’a pas baptisé son partie « la vraie gauche », mais le « Nouveau Parti Anticapitaliste » …

    A suivre …

    Commentaire par Yves D — 03/04/2009 @ 14:12

  14. la vraie question en fait n’est pas tant que Le Monde publie un aspirateur à pub qui lui permet de se financer un peu mieux mais bien plutôt que les lecteurs sont génés de l’avoir entre les mains (moi, je ne trouve pas mieux que ces grandes feuilles de papier bien épaisses pour mettre les épluchures de patates, de carottes ou de courgettes et, mis à part l’encre qui reste sur les doigts, on peut aussi faire de supers beaux et grands avions à lancer par la fenêtre sur les passants). Pourquoi donc sont-ils génés ? Parce que ça ne leur ressemble pas tout ce luxe étalé. (Y’aurait guère que Séguéla pour découper les images et les punaiser sur les murs de sa chambre. à l’extrême limite, ils ne seraient pas contre ce luxe – à condition que ça reste entre soi : la rolex, c’est sur la table de nuit, pas au poignet). Pourtant, si ces pubs sont là, des études ont bien du démontrer que la cible était parfaite (en tout cas une partie significative de la cible – car je ne crois pas que Le Monde ait tellement à se hausser du col pour faire croire qu’il appartient à la catégorie du haut – après, on peut ergoter sur la hauteur de cette catégorie mais Le Monde n’est pas Ici Paris non plus). alors peut-être, c’est la partie non concernée qui proteste. du coup, on pourrait imaginer que ces lecteurs sont embarassés de lire le même journal que les autres lecteurs ciblés. faudrait-il deux éditions du Monde ? une pour les riches et les pauvres qui veulent s’y croire, une pour les pauvres ou les riches qui ne veulent pas le montrer ?

    Aliocha : je ne suis pas une spécialiste de la publicité dans la presse mais on m’a expliqué que c’était plus compliqué qu’il n’y parait. Par exemple, les marques de luxe ne veulent pas figurer dans les magazines pour seniors. Pourtant, ils ont des moyens, plus de crédits sur le dos, plus d’enfants à charge, la cible est donc idéale. Sauf que ça ne colle pas à l’image des marques. Vous imaginez Rolex coincé entre une pub pour une résidence médicalisée et une autre pour préparer ses funérailles ? Quant au Monde, parait qu’il est lu essentiellement par des enseignants, les rolex ils s’en foutent, mais le Monde est un grand quotidien national, et ça c’est bon pour la marque.

    Commentaire par david — 03/04/2009 @ 14:59

  15. Tiens ! Le Monde finance un remake moderne de « M. le Maudit » (titre original « M », comme par hasard) ?

    Mais si je me souviens bien, ça fini très, très mal pour M, et son « procès » final est un grand moment d’anthologie 😉

    Commentaire par furax — 03/04/2009 @ 15:09

  16. donc : c’est bon pour les marques de figurer dans M. c’est bon pour la tirelire du Monde d’avoir des marques dans M. c’est pas si bon pour le lectorat du Monde d’avoir des marques dans M. en gros, il faudrait que les marques soient dans M, mais que M n’arrive pas au lectorat. qu’il se perde en route. peut-être que les gars du livre CGT pourraient se rendre utiles pour une fois. un gars à chaque kiosque et dès qu’un lecteur achète le Monde, le gars lui pique son M. ni vu ni connu, toute le monde est content (même les marques qui penseront qu’on les aime tellement qu’on est prêt à dérober M sous le bras des lecteurs – faut que l’accord entre Le Monde et le syndicat du livre reste bien secret).

    Aliocha : génial comme idée ! ce d’autant plus que les ouvriers du Livre eux, ils peuvent se les payer les rolex 😉

    Commentaire par david — 03/04/2009 @ 15:50

  17. Je ne connaissais pas l’existence de ce charmant magazine…
    Vous avez raison sur les clients : j’ai appris récemment, par un marketeur, que contrairement à ce que je pensais, les principaux acheteurs de produits de luxe sont les classes moyennes. L’enjeu du « marketing du luxe » (quel titre ronflant) est alors de faire rêver madame Michu pour lui vendre sa Rolex…

    Commentaire par Marie — 03/04/2009 @ 16:46

  18. Euuuh… Nous sommes vraiment de la même génération pour que vous citiez Lui! Cela me rappelle mon adolescence. Ne me dites pas que vous aussi???? 😉
    Vous n’auriez pas un carré d’herbe fraiche plutôt? Là, je serais heureux comme moi sur les pentes fertiles du plus doux des volcans (ne cherchez pas à comprendre).

    Je crois bien que je vais vous orienter vers les créations d’un client pour éprouver votre résistance et celle du portefeuille de Monsieur Aliocha (raisonnablement, ne vous inquiétez pas) 😉

    Aliocha : sais pas, suis née en 69. Euh, ça n’existe plus Lui ? Je vous avoue que je ne m’intéresse guère à la presse masculine, à part Têtu qui s’affiche partout et que par conséquent je remarque, les autres titres m’échappent un peu.

    Commentaire par Ferdydurke — 03/04/2009 @ 20:08

  19. chère Aliocha
    je suis hors sujet mais je vous mets ce lien vous votre info et celle de certains de vos lecteurs

    http://chroniquesjudiciaires.blogs.nouvelobs.com/archive/2009/04/03/exclusif-dans-les-coulisses-de-maitre-eolas-fr.html

    je reste perplexe sur les motivations des protagonistes !

    Aliocha : Pourquoi ?

    Commentaire par artemis — 03/04/2009 @ 21:33

  20. Super article.
    On voit bien où est le vrai problème: un journal, même « de gauche », est une entreprise, et une entreprise a besoin d’argent, et dans le cas d’un journal, surtout en période « morose », l’argent c’est la publicité. « M » est donc un support pour les annonceurs, vous le dites très bien.
    Donc, pour eux le vrai problème c’est d’attirer les annonceurs sans faire fuir les lecteurs. J’imagine qu’une solution envisagée est de semer dans le papier glacé un peu de prose intellectuelle, de quoi rassurer les bonnes consciences. L’opération est risquée — ça risque de ne pas tromper grand monde — mais il y a au moins une catégorie qui peut y trouver son compte: l’intellectuel, qui sera grassement payé pour pondre une page de réflexion pas trop fatigante à lire. Je suis sûr que le feuillet sera mieux rémunéré chez M que dans la Revue philosophique! Qui sera le Guy Sorman de M? Ça, c’est un vrai suspense…
    J’avoue pourtant que l’opération me laisse sceptique, y compris quant à son principal intérêt, qui est économique. Est-ce que la presse peut être sauvée autrement que par les lecteurs? J’ai l’impression que la course aux annonceurs est un piètre palliatif, une mesure dilatoire qui montrera bientôt ses limites.
    On n’est pas sortis de… la M!

    Aliocha : la course aux annonceurs vise à maintenir un modèle économique qui consiste à financer un journal moitié par les ventes, moitié par la pub. A de rares exceptions près, c’est le modèle de tous les canards depuis le 19ème siècle. Sauf que la pub depuis quelques temps déserte, ce qui remet en cause le modèle. Par ailleurs, je ne pense pas que Le Monde rémunère les philosophes qui y écrivent. Les contributions extérieures dans la grande presse sont gratuites, les gens sont souvent trop heureux de s’exprimer dans une tribune si prestigieuse.

    Commentaire par Philarete — 04/04/2009 @ 11:57

  21. « M comme un défi à la morosité ambiant… »
    Pour défier la morosité ambiante je préfère encore un poster d’Aliocha… même s’il en manque un bout !

    « Comme un pari sur l’éclaircie », je parie que bientôt on l’aura le bout manquant au poster !

    Au fait Aliocha, « CSP+ » ça n’a rien à voir avec le luxe : c’est un nouveau carburant biologique qui enfume moins que l’ancien et qui fait avancer plus vite vers la sortie de la crise !

    Et puis comme disait l’autre : « Si a 50 ans t’a pas ton Solex (celui qui marche au CSP++), t’as raté quelque chose ! » 😉

    Commentaire par Oeil du Sage — 04/04/2009 @ 14:21

  22. Ce que je trouve extraordinaire, c’est que les patrons de presse, les publicitaires et les annonceurs pensent que les acheteurs du journal lisent ce genre de suppléments…

    Aliocha : …au point d’en faire un vrai rdv dans le cas du Monde et non pas un numéro ponctuel à Noël, en effet, c’est troublant. Dommage d’ailleurs, je l’ai montré à un directeur artistique de presse qui m’a dit que c’était un magnifique boulot de maquette et d’iconographie. Il faut dire que c’est le grand Rampazzo qui s’y est collé et c’est vrai que c’est beau, inutile, mais beau.

    Commentaire par didier specq — 04/04/2009 @ 16:07

  23. @ Didier Specq

    Je crois plutôt que les patrons de presse se moquent bien qu’il soit lu, leur intérêt dans l’affaire est purement d’encaisser l’argent des annonceurs.

    Quant aux annonceurs et publicitaires, ils profitent de l’image et de la diffusion du Monde. Même si ce supplément ne fait pas vendre plus de produits, le gain en terme de notoriété leur est largement suffisant, surtout en tant de crise.

    Voir ce diaporama très instructif réalisé par The Economist : http://www.slideshare.net/pteer/economist-ads-on-edge-recession-presentation

    Commentaire par Ferdydurke — 04/04/2009 @ 18:33

  24. Note : le passage en mode plein écran du diaporama est recommandé pour la lisibilité de certains textes (bouton « full »).

    Commentaire par Ferdydurke — 04/04/2009 @ 18:37

  25. Pardon pour l’atroce faute : lire « temps » au lieu de « tant »… Je cours me cacher…

    Commentaire par Ferdydurke — 04/04/2009 @ 18:41

  26. @ yves D

    Petite phrase du jour qui m’a toujours amusée

    il y a une gauche caviard mais il n’y a pas de droite sardine!
    gauche droite pour moi aussi cela ne veut plus rien dire

    Commentaire par artemis — 04/04/2009 @ 19:15

  27. @ Artemis

    Le concept de « droite sardine » mériterait d’être labelisé! Si vous ne connaissez pas la droite sardine, je vous présente le patron du bistrot d’en-bas de chez moi, et puis aussi la boulangère, et même le clochard du coin. Voilà des gens qui ne liront jamais « M », qui n’auront jamais de Rolex, mais qui sont pour moi des preuves vivantes que la droite existe, et que ce n’est pas une affaire de classe sociale 😉

    Commentaire par Philarête — 05/04/2009 @ 11:00

  28. Encore un lot des paradoxes :

    – un journal à vocation populaire qui se lance dans la publicité de produits de luxe,
    – les lecteurs protestent alors que les professionnels en matière de marketing et de publicité affirment que les retombées sont positives,
    – du luxe superflu et hors de prix pour consoler le citoyen lecteur touché par la crise financière qui compte ses sous pour s’acheter les produits de premières nécessités,
    – un magnifique boulot de maquette et d’iconographie de luxe et en couleur qui représentent un coût important alors que la presse pleure misère et traque les dépenses superflues ,
    – un supplément magazine de plus que beaucoup de lecteurs déclarent ne même pas lire
    – la limite entre la gauche caviar et la droite sardine devient floue
    – …

    ha la la, ça devient de plus en plus difficile de comprendre les rouages obscurs de la communication et de la consommation… de la société contemporaine en somme !

    Commentaire par Oeil du Sage — 06/04/2009 @ 10:49

  29. @ Aliocha en 18

    Tardivement (pas vu votre réponse) et renseignements pris Lui existe toujours… mais comme je ne vis plus chez mon papa depuis 20 ans, je ne le lis plus! 😉

    Commentaire par Ferdydurke — 10/04/2009 @ 08:26

  30. Vous l’avez écrit vous-même: « c’est vrai que c’est beau, inutile, mais beau ». Alors pourquoi s’en priver? Parce qu’on lit le monde, on doit se mettre en colère en voyant des objets de luxe et un mag sur les objets de luxe? C’est quoi cette nouvelle idée « politiquement correcte »?

    En ce qui me concerne, j’aime le luxe, pas les rolex que je trouve très vulgaires, mais en matière de montres, Hermés, Jeager-Lecoutre et autres en font des très jolies. J’aime les très bons restaurants, même si je n’y vais pas très souvent, j’aime les belles maisons, bien décorées, même si je ne peux ni les louer ni (encore moins) les acheter. J’aime aussi certaines jaguar (jusqu’aux XJ séries III) – mais ça, je crois que je pourrai en acheter une, c’est l’entretenir que je pourrai difficile faire, cela ne me dérangerait pas d’aller chercher mes gamines à l’école en Bentley Continental qui est un superbe engin, et si j’étais une femme, je crois que j’adorerais pouvoir m’acheter (ou me faire offrir) une belle parure de diamant, la bague de Rachida Dati et deux ou trois autres choses. Parce que je suis un homme, j’adorerai pouvoir offrir cela à la femme que j’aime. Bon, je ne peux pas tout faire, car l’argent est toujours un moyen autant qu’une limite, voire un facteur d’aliénation selon certains.

    Quand arrêtera-t-on d’être choqué par principe par l’argent et l’usage qu’on peut en faire? Que certains affichent des rémunérations indécentes au regard de leurs piètres résultats ou de leur aveuglement, pourquoi pas, mais ni l’argent ni (encore moins) le luxe ne sont en soit condamnables. Vraiment, je ne comprend pas la réaction des lecteurs du Monde, qui me semble vraiment être de la dernière hypocrisie et en partie une forme d’aigreur et de jalousie, car au fond, pour beaucoups, s’ils pouvaient se les acheter ses produits de luxe, ils le feraient.

    Parce que nous traversons une crise économique, il faudrait donc n’évoquer que les produits bas de gamme et les taudis?

    Commentaire par Légisphère — 10/04/2009 @ 14:47

  31. Personnellement je trouve fatigante la manie de certains médias de faire des critiques de modèles d’automobiles etc. hors de prix pour la majorité de leurs lecteurs, tout simplement parce que ces critiques prennent la place de critiques de produits plus adaptés au lectorat.

    Commentaire par DM — 14/04/2009 @ 15:10


RSS feed for comments on this post. TrackBack URI

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Créez un site Web ou un blog gratuitement sur WordPress.com.

%d blogueurs aiment cette page :