La Plume d'Aliocha

29/04/2009

Bouton à contrecoeur et à contretemps

Filed under: Eclairage — laplumedaliocha @ 11:49

Il aura tenu un peu plus d’un an. Aujourd’hui c’est fini. Daniel Bouton a annoncé sa démission de la direction de la Société Générale dans un entretien accordé au Figaro. Il part, dit-il, sans indemnités. A contrecoeur sans doute, mais la pression du politique comme de l’opinion, y compris au sein même de la banque était trop forte. Il faut dire que la grande banque française a traversé un véritable tsunami. Janvier 2008, la banque révèle qu’elle est victime d’une perte de 4,9 milliards qu’elle attribue à la fraude organisée par l’un de ses traders, Jérôme Kerviel. Elle annonce en même temps au marché une perte de 2 milliards liée aux subprimes. Daniel Bouton donne sa démission, mais son conseil d’administration la refuse. Puis surgit la polémique autour des stock options et des retraites chapeau.  Le 27 avril dernier enfin, Libération croit savoir que la banque est confrontée à de nouvelles pertes de plusieurs milliards liées à son activité de gestion d’actifs. La banque dément mais c’en est trop, Bouton jette l’éponge. 

Tout un symbole

Ce départ est un symbole. Il faut savoir en effet que les règles françaises du gouvernement d’entreprise, c’est-à-dire les bonnes pratiques en matière de fonctionnement des organes de direction des entreprises et de production de l’information financière ont été définies par les dirigeants successifs de la Société Générale. Dans les années 1990, c’est le président de la banque de l’époque, Marc Viénot, qui s’attelle à la rédaction des premiers préceptes en la matière. Il y aura un rapport Viénot 1 puis un rapport Viénot 2. Ces bonnes pratiques ne sont pas rendues obligatoires, mais elles sont largement recommandées par les pouvoirs publics. Et puis en avril 2002, à la suite de l’affaire Enron, l’AFEP et le Medef font appel à son successeur, Daniel Bouton pour produire un nouveau rapport tenant compte des faiblesses identifiées lors de la faillite du courtier américain en énergie. Celui-ci conclura essentiellement à la nécessité d’appliquer…les règles définies par son prédécesseur. Quel aveu sur l’impact réel de ces recommandations dans la pratique à cette époque  ! C’est ainsi que les dirigeants de la Société Générale sont devenus en France les grands penseurs du gouvernement d’entreprise. Le destin, cruel, a voulu que l’établissement et ses dirigeants se retrouvent confrontés à l’échec de ces beaux principes.

Car la « fraude Kerviel », à supposer qu’elle soit réellement passée inaperçue de sa hiérarchie , ce qui reste à démontrer, cette fraude donc est, à tout le moins, une gigantesque faillite du système de contrôle interne de la banque. Il aura fallu en effet plus de 75 alertes en un an sur les opérations du trader pour que l’on découvre enfin le problème. Le rapport de l’inspection interne de la banque est ici

Comment ne pas faire le lien entre ces faiblesses de la surveillance des risques dans la banque et les leçons données à la place de Paris par Daniel Bouton sur l’art de bien diriger une société cotée  ? Comment ne pas s’étonner que la Société Générale ait voulu distribuer des stocks options en plein cataclysme alors que la rémunération des dirigeants fait partie des bonnes pratiques du gouvernement d’entreprise et ont d’ailleurs donné lieu à une ultime adaptation du code français de gouvernance cet hiver sous la pression du politique ?

Cela fait des années que les grands patrons de sociétés cotées refusent que les règles de gouvernement d’entreprise deviennent obligatoires et se réservent donc la faculté de les appliquer comme bon leur semble. Mais voici qu’une loi du 3 juillet 2008 transposant en France une directive européenne va les obliger à s’y conformer ou à expliquer pourquoi ils n’appliquent pas les règles. Un tour de vis supplémentaire qui leur laisse encore une certaine marge de manoeuvre, mais nous rapproche enfin d’un système contraignant.

Et la responsabilité dans tout cela ?

Au final, avec la démission de Bouton, c’est le pape des bonnes pratiques en matière de direction d’entreprise qui tire les conclusions de son échec. Pas spontanément toutefois, mais sous la pression de ses propres équipes, de l’opinion, de la presse et du politique. Voilà qui appelle deux réflexions.

D’abord, je gage que Daniel Bouton part en s’estimant l’injuste victime d’une méconnaissance de l’économie et des marchés, qu’il se sent le bouc-émissaire de politiques en peine de crédibilité et d’une opinion publique excitée par la presse. Il n’y a qu’à lire sont interview dans Le Figaro pour s’en convaincre. Il faut savoir que dans les milieux d’affaires de notre pays, on déplore à longueur de temps le manque de culture économique des français autant que l’on s’agace de la vieille tradition de lutte des classes qui continue de régir, ou de « polluer », nos rapports sociaux.  C’est sans doute cette crispation profonde de l’élite économique qui explique l’absence de mea culpa de Daniel Bouton et de tous les autres. Mais ces « défauts » français, bien réels, ne sauraient exonérer les dirigeants de grands groupes cotés de leurs responsabilités, a fortiori lorsque ce sont eux-mêmes qui en ont défini les contours. On ne peut tout à la fois édicter en grandes pompes les principes d’une direction responsable d’entreprise et prétendre échapper aux critiques lorsque l’établissement que l’on dirige se retrouve confronté à une fraude historique et à des pertes non moins historiques. C’était en janvier 2008 qu’il fallait partir. Question de cohérence.

Mais cette affaire soulève une autre question plus générale. La taille des groupes cotés internationaux est devenue telle que certains observateurs éclairés du monde économique se demandent  s’ils sont encore gouvernables à l’échelle humaine. Pour piloter ces géants, on met en place des système de contrôle interne et de gestion des risques très sophistiqués, trop peut-être. La Générale était un modèle à ce sujet. Sauf qu’à s’appuyer davantage sur les systèmes que sur le jugement humain, on en vient à engendrer une gigantesque déresponsabilisation collective. La question n’est plus « ai-je évalué les risques de mon action ? », mais « ai-je correctement appliqué les procédures de contrôle écrites dans le manuel ? », en d’autres termes, « ai-je couvert ma responsabilité ? ». C’est ainsi que l’on découvre avec stupeur dans le rapport d’inspection interne de la banque (cité plus haut) sorti début février 2008 sur la fraude de 4,9 milliards que les personnes censées surveiller les activités du front office, et donc de Jérôme Kerviel,  avaient posé des questions à ce-dernier sur ses activités, qu’elles n’avaient pas compris ses réponses, mais s’en étaient tenues là.  Pourquoi ? Tout simplement parce que le manuel de procédure ne demandait pas que l’on comprenne la réponse mais simplement qu’on l’enregistre, pas plus qu’il ne recommandait d’alerter la hiérarchie en cas de doute. C’est écrit en toutes lettres dans le rapport d’inspection. Voilà comment le jugement humain et la responsabilité s’effacent devant un respect purement formel de la réglementation. Comment s’étonner ensuite que Daniel Bouton s’estime injustement attaqué ? Du bas jusque en haut de la hiérarchie, chacun a respecté les règles, par conséquent les catastrophes ne sont la faute de personne. 

Chaque grande crise financière engendre dans son sillage de nouvelles lois destinées à corriger les failles que l’on estime avoir été à l’origine de la catastrophe. Il y a malheureusement un domaine qui échappe au pouvoir du législateur, c’est celui des mentalités. Or ce sont elles qu’il faut changer, ou à tout le moins tenter d’encadrer. Y parviendra-t-on ? Là est toute la question.

28/04/2009

Marianne 2 fait sa révolution !

Filed under: Eclairage — laplumedaliocha @ 11:25

Attention événement ! C’est demain que Marianne 2 lance son nouveau site, totalement réorganisé, enrichi, bref, modernisé. J’aurais pu vous le dire avant, vu que quelques blogueurs, dont je suis, ont eu le privilège de rencontrer l’équipe pour une présentation en avant-première jeudi dernier quelque part dans le quartier de la République (on ne pouvait pas installer Marianne aillleurs, vous en conviendrez). C’est sans doute une pudeur journalistique qui m’a retenue de vous raconter cela, je ne voyais pas comment tourner la chose. « He ! les amis, j’ai dîné chez Marianne hier ». Hum,  je sais que ça se fait sur la blogosphère mais j’ai un peu de mal à me départir de ma tentation d’universalisme. Or la seule information qui intéresse tout le monde ici c’est le nouveau site de Marianne demain, pas le dîner entre happy fews. A cela s’ajoute le fait qu’il faut s’habituer aux moeurs du web, c’était un dîner amical pour se rencontrer, public, pas public et si public jusqu’à quel point ? Vous me direz, il aurait suffit de poser la question. Exact, je n’y ai pas pensé, tout ceci est assez nouveau pour moi et puis un journal c’est un peu ma famille même si je n’y collabore pas en tant que journaliste et cette familiarité court-circuite mon indépendance. Surtout si ce journal et son site ressemblent à s’y méprendre au canard de mes rêves. Ajoutez à cela que son équipe est drôle, intelligente, sympathique et vous comprendrez que sur un échelle de 1 à 10, mon indépendance d’esprit en l’espèce est au troisième sous-sol. Toujours est-il que SuperNo l’a fait et qu’il s’est très bien débrouillé, ce qui m’ôte une épine du pied.  Je sais, certains de mes lecteurs vont tenter de le soudoyer  pour obtenir ma photo, honteusement volée lors de cette petite sauterie (si les blogueurs deviennent aussi paparrazzi, on est foutus ! ). Cela étant, je  remercie SuperNo au passage de sa discrétion, car je dois avouer que lorsque je l’ai vu shoooter a tout-va ce soir là, j’ai bien cru que c’en était fini de mon anonymat et que je risquais en outre, bon sang c’est encore pire, de cesser d’alimenter les fantasmes de mes lecteurs. De quoi auraient-ils bien pu encore rêver si j’avais eu désormais un visage, je vous le demande. En tout cas, je compte fermement sur la discrétion de mon camarade malgré les effroyables pressions dont il ne manquera pas d’être victime.

Bref, tout ceci serait magnifique si Marianne 2 ne se retrouvait avant même son lancement confronté à une mésaventure regrettable. Le site avait préparé une vidéo inaugurale parodiant Aphatie sur RTL. Un collaborateur imitant parfaitement l’interviewer vedette (je confirme, il est brillantissime, ce d’autant plus que son physique fort éloigné de celui du parodié…enfin bref n’alertons pas Guillon sur ce sujet, il pourrait lui faire la proposition douteuse qu’il jugeait déplacée s’agissant d’Aphatie) cet imitateur donc, devait interviewer Philippe Cohen, le rédacteur en chef de Marianne 2. Halte là ! s’est écrié l’avocat du journal, bande de malheureux, vous voulez donc vous retrouver au tribunal dans moins de 48 heures pour concurrence déloyale ? Où l’on apprend en effet que la parodie est assimilable à de la concurrence déloyale (je te ressemble puisque je te parodie, donc je risque de te piquer des lecteurs, voire même je le fait exprès pour te les piquer) et qu’il vaut donc mieux s’abstenir sauf à vouloir baptiser le nouveau site dans une salle d’audience du palais de justice de Paris. Pourquoi pas au fond ? Au point où nous en sommes dans la presse en termes de menaces diverses et variées de procès, s’installer directement dans un tribunal pourrait permettre de substantielles économies de coûts de transport et de temps. En slip pour une diffamation ? Pas de problème, je descends au sous-sol du Palais dès que j’ai fini mon papier ! Un référé d’heure à heure pour je ne sais quelle violation du secret des affaires, OK, on se retrouve dans la salle d’audience après le déjeuner ? Une perquisition dans les locaux, mais allez-y, vous avez tout sur place, les flics, les juges et moi j’ai même le bâtonnier pas loin, un spécialiste de la presse, qui viendra peut-être me filer un coup de main.

Enfin voilà, pas encore sorti et déjà auto-censuré le site. En d’autres temps, quand nous étions riches dans la presse, nous aurions peut-être considéré qu’il n’y avait rien de mieux qu’un procès pour lancer une nouvelle formule, tout comme l’éditeur moyen rêve, au milieu de la soupe habituelle, du livre à scandale qui alimentera la Une de la presse et jouera ensuite du bandeau de mise en garde sur les étals des librairies, ce bandeau qui est à l’édition ce que le porte-jarretelle est à la féminité.  Mais voilà, des sous, on n’en a plus beaucoup, alors mieux vaut adopter profil bas.

Voyez-vous le pire dans cette affaire, c’est que les craintes de Marianne visaient ses propres confrères de RTL. Je sais bien que le pluralisme suppose la concurrence, qu’il faut se féliciter de l’émulation justement qu’elle suscite, mais franchement, on a déjà tant à faire avec les politiques, les milieux d’affaires, les universitaires, les pipoles et les autres, s’il faut en plus qu’on se craigne entre nous, où va-t-on ?

25/04/2009

Les vraies leçons d’Outreau

Filed under: Eclairage — laplumedaliocha @ 11:12

La sanction prononcée à l’encontre du juge Fabrice Burgaud ayant remis l’affaire Outreau à la Une de l’actualité, (voyez à ce sujet Eolas qui publie la décision dans son intégralité) je ne saurais trop vous recommander deux livres particulièrement intéressants sur ce sujet.

Le premier dont j’ai déjà parlé ici est celui de la journaliste Florence Aubenas. Il décrit remarquablement bien les ressorts psychologiques qui, chez les juges, les accusés, les experts, les assistantes sociales et les enfants ont concouru à la catastrophe. Je gage que Dostoïevski qui était passionné par les mécanismes de la transgression autant que par la fascination du criminel pour son juge (Crime et Châtiment), aurait fait de cette affaire un roman magistral.

Le second s’intitule « Les nouvelles sorcières de Salem, leçons d’Outreau ». Les auteurs, Antoine Garapon et Denis Salas sont deux magistrats qui observent la place de la justice dans la société dans le cadre de l’Institut des hautes études sur la justice. Partial songerez-vous. Oh ! que non. Les auteurs tentent de décrypter l’affaire en la comparant à celle de sorcières de Salem, dans laquelle 25 notables d’une ville des Etats-Unis furent exécutés en 1692 sur la foi du témoignage de fillettes qui se disaient possédées. A la grande peur de la sorcellerie du 17ème siècle est venue se substituer aujourd’hui celle de la pédophilie. Les auteurs évoquent un phénomène de « panique » en s’appuyant sur les travaux de Le Bon dans « La psychologie des foules » :

« Le phénomène se produit en trois temps : un groupe d’individus est perçu comme une menace pour la société et ses valeurs au point que les médias les présentent comme des dangers publics ; ensuite, un certain nombre de porte-paroles (experts, magistrats, journalistes…) s’érigent en défenseurs de la société et dressent des « barricades morales ». Très fluide, la panique morale peut disparaître aussi vite qu’elle est venue. Mais son pouvoir de transformation de faits ordinaires  en événements extraordinaires travaille les institutions ».

Plus loin ils observent : « Où sont les pédophiles ? Des réseaux dormants se cachent-ils dans des familles ordinaires ? Sans connaissance ni remèdes nous sommes face à un mal mystérieux, une grande peur. La répétition et l’affirmation de ce danger relancé à chaque fait divers provoque les effets de croyance et de contagion décrits par Le Bon. Orchestrées par les médias de masse, nourries d’un flot de mots et d’images, les réaction sociales portent ce mécanisme à l’incandescence. Toute les attentes se dirigent alors vers une justice présumée capable de nous délivrer du mal ».

C’est donc bien un emballement généralisé nourri d’une grande peur collective qui a été à l’origine d’Outreau. Elle a exigé non pas des coupables mais bien plus que cela : « une infraction se paie par une peine rationnelle et réfléchie ; une transgression religieuse par une expiation ».  La nécessité de rendre justice aux enfants a déclenché un aveuglement collectif.

Pour les auteurs, ce genre de cataclysme marque souvent un tournant dans l’histoire de l’institution judiciaire en l’obligeant à se réformer, ce qui les mène à ausculter le système inquisitoire et à s’interroger sur son avenir. Mais Outreau questionne également le fondement même de nos institutions. Les excuses du Président de la République et du Premier ministre de l’époque peuvent en effet s’analyser à leur sens comme un signe de « la migration du siège de la sacralité du pouvoir non seulement vers la victime mais vers le citoyen en général ».

Et je ne résiste pas à vous livrer cette observation par laquelle ils concluent leur ouvrage :

« Au-delà de la fonction réparatrice et cathartique qui lui fut confiée, elle (la justice) a démontré l’urgence de mieux articuler a vie formelle des institutions et la vie démocratique du forum et de l’opinion. Leur séparation, on l’a vu, augmente le risque de discrédit des fonctions publiques, en même temps qu’elle favorise l’empire des émotions ; elle laisse du même coup le champ libre à de stériles réquisitoires où les moralistes du temps rivalisent de pessimisme et de déploration, les uns sur l’air d’une démocratie d’opinion sans foi ni loi, les autres sur le thème des élites coupées du peuple, de juges irresponsables ou de responsables forcément corrompus. Si nous voulons sortir de ces impasses où des discours populistes et des tentations néo-aristocratiques puisent de concert leur énergie, il nous faut penser les moyens d’un nouvel effort de démocratisation en décloisonnant l’ordre des procédures institutionnelles et celui de la discussion publique. C’est à cette tâche qu’il convient aujourd’hui de consacrer notre imagination ». 

Quand on referme ce livre, on a dépassé les clichés spontanés de « Burgaud coupable », « la justice inhumaine », « les juges irresponsables », « le système est pourri et les médias sont des charognards ». On mesure à quel point cette affaire concerne chacun d’entre nous dans ses peurs, son rapport aux institutions, autant qu’elle invite précisément ces institutions à se repenser face à une démocratie en pleine mutation.

Bonne lecture !

23/04/2009

Un document important

Filed under: Brèves — laplumedaliocha @ 10:45

Je vous avoue qu’ignorer le contenu précis de la fameuse lettre de Ségolène Royal à Zapatero suscitait chez moi une effroyable frustration. Jean-Michel Aphatie en publie le fac simile ce matin sur son blog. Rien ne vaut la possibilité de se faire une opinion « sur pièce ». J’ignore s’il est le premier ou pas à publier la chose, toujours est-il qu’elle est .

La tentation d’exister

Filed under: questions d'avenir — laplumedaliocha @ 09:38

La fermeture du blog d’Eric Revel, après celle de Laurent Bazin sur i-télé repose la question du journalisme et du blog. Bien sûr, la première réaction est l’indignation au nom de la sacro-sainte liberté d’expression, particulièrement sensible chez le journaliste. Mais l’affaire mérite sans doute de dépasser cette approche pour réfléchir un peu plus avant. Ecartons d’entrée de jeu tout ce que l’affaire peut comporter de dimensions stratégique, politique et économique pour la chaîne de télévision concernée, même si je vous accorde que c’est important, et concentrons-nous sur la question du journaliste blogueur.

Un blog pour dire « le reste »

Les deux blogs fermés appartenaient à des journalistes TV. Ils leur servaient à émettre des opinions personnelles et à livrer le « dessous des cartes » dans un exercice de transparence et de proximité vis à vis du public, à mon sens, assez bienvenuLeur exemple, comme celui de beaucoup d’autres journalistes blogueurs, illustre le fait que le blog est devenu pour nous  le réceptacle de tout ce qui reste lorsque nous passons nos informations et nos analyses au fil du rasoir afin de ne laisser que le fait brut, ainsi que le commandent les principes du moment en matière de journalisme. Ajoutez à cela un tendance nette à la réduction de format, à la télévision comme dans la presse écrite, et vous augmentez d’autant « les chutes ». Glissez une pointe de frustration à s’exprimer tout le temps sans jamais rien livrer de personnel, saupoudrez de progrès technologique, et vous avez un journaliste blogueur.

Les journalistes s’émancipent

En réalité, il est bien possible qu’Internet permette aux journalistes de se redécouvrir eux-mêmes, de s’émanciper de la tutelle de leurs employeurs et de se mettre à penser leur métier. Cette émancipation est sans doute accrue par la crise que traverse la presse et qui pousse chacun à regarder son avenir avec interrogation. Si l’entreprise de presse ne sait plus faire face, alors c’est aux journalistes de se réapproprier leur métier et de s’emparer de leur destin. C’est l’une des grandes mutations auxquelles nous assistons. Elle est plus importante qu’il n’y parait car jusqu’à présent, le journaliste se « contentait » de faire son travail pour des entreprises qui géraient à sa place la vente de sa production, le rapport aux annonceurs et celui avec le public. En même temps que nos employeurs se mettent à douter de notre devenir, voici que tombent les murs qui nous séparaient de nos lecteurs.  Internet a créé un lien direct entre le public et le journaliste, lien qui a suscité la curiosité de ce-dernier et lui a donné envie d’approfondir cette relation nouvelle en discutant avec ses lecteurs. C’est une évolution à haut risque comme en témoigne l’affaire du Monde ou encore la légendaire médiocrité des commentaires sur les sites de presse. S’il est indiscutable que nous devons entendre et écouter le public dès lors que c’est pour lui que nous travaillons, nous devons également nous préserver de son influence autant que de la tentation de lui plaire.

L’opinion personnelle, ce fantasme absolu !

Une autre difficulté de cet exercice nouveau, c’est que blog, c’est tout sauf du journalisme, au sens où c’est le contraire d’une information recueillie sur le terrain, présentée selon des règles strictes au terme d’un travail d’équipe, dans une perspective salariale pour le journaliste, économique pour celui qui l’emploie. Voici que l’on découvre la liberté,  la gratuité et la capacité d’émettre une opinion personnelle. Le fantasme absolu né d’une frustration aussi longue que profonde devient réalité. On écrit ce qu’on veut, quand on veut, en dehors de toutes les contraintes habituelles et en particulier celle de gommer ce que l’on est et ce que l’on pense dans un souci d’universalité autrement appelé « objectivité ». Eh oui, là où l’opinion divise, le fait objectif rassemble, c’était la grande idée de l’inventeur de la presse moderne. Au fil du temps, on  a obligé les journalistes à s’effacer toujours plus devant les faits et à remplacer leurs analyses par des déclarations de tiers, politiques, experts divers et variés, représentants officiels etc. Au point que le journaliste a fini par disparaître pour n’être plus qu’un vecteur simplement traversé par l’information. Avec le blog, l’individu qui dormait au fond de chacun de nous renaît et s’affirme. Le journaliste blogueur  cesse de décrire le monde de façon « pure », ou objective,  pour livrer un regard personnel.  Il n’est pas étonnant dans ces conditions que l’exercice suscite des heurts entre l’entreprise et le journaliste, c’est-à-dire entre l’universalité qu’on attend de lui et l’individualité qu’il se plaît à enfin exprimer. 

Faut-il être pour ou contre la fermeture du blog de Revel ? Je n’en sais fichtre rien. La réponse à cette question suppose de déterminer jusqu’où va la liberté d’expression d’un journaliste par ailleurs salarié et où commence le droit pour l’entreprise de considérer qu’une initiative individuelle la met en péril.

Prémisses d’une évolution

Toujours est-il que des journalistes chaque jour plus nombreux sont en train d’attrapper un étrange virus via les blogs : la tentation d’exister et de livrer leur regard sur le monde. Là pourrait se nicher l’amorce d’une révolution salutaire pour le journalisme tout entier.  Il est possible en effet que nous assistions à la fin non pas de l’objectivité, mais de sa dérive extrême qui est la disparition totale du journaliste dans sa dimension pourtant fondamentale d’observateur professionnel de l’actualité. Car il me semble que lorsqu’on a choisi le métier d’observer et de raconter le monde, on a une certaine légitimité à exprimer une analyse. L’analyse ne suppose-t-elle pas nécessairement la subjectivité, me direz-vous, cette subjectivité précisément bannie par nos règles professionnelles ? Je ne le crois pas. Mais accordons-nous d’abord sur les termes que l’on emploie. L’objectivité, comme la justice par exemple et bien d’autres choses humaines, constitue un objectif à atteindre. Ceux qui nient l’existence de l’objectivité se situent sur un terrain idéal où aucune activité humaine ne trouverait grâce dès lors qu’aucune ne peut prétendre à l’absolue perfection. Il est évident que tout récit comporte une part de subjectivité, même s’il se cantonne aux faits bruts. La question n’est pas suis-je objectif, mais ai-je fait tout ce qui était en mon pouvoir pour l’être ? Ai-je relaté avec précision et exactitude les faits et procédé à une présentation contradictoire de mon sujet ? Dans l’affirmative, alors l’article est objectif, non pas d’une objectivité parfaite et inaccessible mais d’une objectivité susceptible de permettre au lecteur de se faire une opinion dans de bonnes conditions. David, journaliste blogueur, cite dans l’un de ses billets Philippe Tesson pour qui le journaliste doit être honnête et sincère. C’est une autre façon de dire « objectif », elle est plus intéressante , mais je crois aussi plus difficile à démontrer plus délicate à manier car emprunte des jugements de valeurs attachés aux concepts moraux.

Le temps est sans doute venu de nous autoriser à renouer avec l’analyse. L’analyse, au sens où je l’entend, c’est la capacité de synthétiser tout ce qu’on a observé et entendu pour en dégager le sens et le mettre en perspective. A l’heure actuelle, on nous impose de nous réfugier derrière les opinions de Pierre, Paul ou Jacques, ce sont eux qui fournissent l’analyse à notre place. Voyez avec le Pape, ce ne sont pas les journalistes qui ont protesté, mais ceux qu’ils ont interviewés et ce sont ceux-là qui ont déclenché la polémique. Si on nous rendait notre liberté d’analyse, je gage que les papiers sur des sujets similaires seraient beaucoup plus équilibrés, car les journalistes seraient tenus de réfléchir par eux-mêmes, de synthétiser ce qu’ils ont entendu et de tenter d’en extraire un sens qui se situerait forcément à un niveau plus intéressant que la simple compilation de déclarations à l’emporte-pièce. 

Il me parait évident que le public ne veut plus de ce journalisme désengagé et même dépersonnalisé au point d’en être totalement standardisé et surtout exsangue. Je me demande d’ailleurs si le succès jamais démenti du Canard enchaîné ou plus récent de XXI ne repose pas précisément en partie sur ce journalisme très emprunt d’analyse, et d’engagement, non pas politique mais intellectuel. 

Demain le journalisme

Au fond, je crois qu’il faut en finir avec cette acception de l’objectivité dont nous sommes aujourd’hui en train de toucher les plus extrêmes limites et qui, curieusement, rejoint volontairement ou non les préoccupations de ceux qui entendent économiser sur le contenu des journaux. Rendons la parole aux journalistes et nous ressuciterons le métier. A ce stade de la réflexion, l’affaire Revel est peut-être un mal pour un bien. Si les journalistes ne peuvent pas se « libérer » sur leur blogs, ils seront bien obligés, ayant goûté l’enivrant plaisir d’exister,  de forcer l’évolution de notre métier vers quelque chose d’autre et de plus intelligent que ce que nous faisons en ce moment.  Le blog n’est qu’une solution illusoire, un pis aller, on ne soignera pas le journalisme en faisant autre chose que du journalisme pour se défouler, mais bien en attrappant le problème à bras le corps. Au demeurant, il est absurde économiquement de livrer contre rémunération ce qui n’intéresse plus et d’offrir pour rien notre valeur ajoutée.

Dès lors, la question au coeur de notre évolution est peut-être celle-ci : allons nous continuer à dériver dans le low cost et le décérébré ou bien opérer un virage radical et remettre l’analyse, et avec elle le journaliste, au coeur du journalisme ? Je crois que les lecteurs nous pardonneraient plus facilement de nous tromper en prenant le risque d’un regard critique que de leur servir une soupe insipide comme nous le faisons actuellement.

Face à la complexité du monde et à la profusion d’information, l’analyse n’a jamais été aussi nécessaire. Il est fort probable d’ailleurs que le succès des blogs repose sur cette quête  à laquelle la presse n’a pas songé à répondre, frustrant le public autant que les journalistes. Aujourd’hui, la profession se réveille et tout redevient possible. En particulier un journalisme qui se situerait à l’exact milieu entre l’assèchement absurde que nos employeurs exigent de nous et l’excessive subjectivité du blog.

21/04/2009

Jamais sans ma cagoule !

Filed under: Dessins de presse — laplumedaliocha @ 12:41

decret-cagoule

20/04/2009

Militons contre les capuches

Filed under: détente — laplumedaliocha @ 15:44

Il parait que le gouvernement nous prépare un décret anti-cagoule et que le Parlement va y aller aussi de sa loi. Allez donc lire l’excellent billet d’Authueil sur ce sujet.

Et pourquoi pas imposer les mini-jupes plutôt ?

C’est amusant. Il me semblait que les parlementaires avaient autre chose à faire en ce moment que de nous expliquer comment nous habiller, mais pourquoi pas après tout. Je suis sûre qu’on pourrait trouver des tas d’idées de lois utiles sur ce sujet, si on y réfléchissait. Pourquoi ne pas faire une loi par exemple pour obliger les jolies filles à porter des mini-jupes. Hein ça serait sympa Messieurs, surtout avec l’été qui approche ?

Evidemment, je vous laisse imaginer le bins sur la définition de la jolie fille, la fixation d’un age limite, la longueur de la jupe, le détail de l’obligation (port obligatoire, facultatif, exemptions diverses et variées, etc.) sans compter les sanctions pénales sans lesquelles il n’existe pas de loi digne de ce nom. Et hop, confiscation de la jupe trop longue ou de l’infame pantalon en cas d’infraction et débrouille toi ma belle pour rentrer chez toi. Mais me direz-vous, nous n’en sommes pas là, il s’agit pour l’instant de la cagoule. En effet. Et je trouve que c’est une super idée, je vous explique pourquoi.

Angoisse vestimentaire

Il y a une semaine, je fêtais joyeusement Pâques en famille dans un trou paumé de la région Centre.  Inutile que je nomme le patelin, vous ne connaissez pas. Même ceux qui habitent la région ne sont pas fichus de vous expliquer comment on s’y rend. Et voilà que le dimanche matin, je pars toute guillerette acheter deux ou trois babioles pour le repas à la petite grande surface locale  (30 places de parking, ça vous donne une idée de la taille de la chose). La campagne est ensoleillée, les oiseaux chantent, une poignée de clients met juste ce qu’il faut d’animation, tout le monde à l’air joyeux de préparer son déjeûner de Pâques. A côté de la folie parisienne, c’est le paradis.

Seulement voilà, près de la porte du magasin, j’avise un étrange individu. Un homme pour ce que j’en devine, habillé entièrement en chasseur avec une cagoule sur la tête, des lunettes noires et une écharpe enroulée sur le bas du visage. Il a franchement l’air d’un casseur, sauf qu’à la télévision, ils se déplacent en bande, lui, il se résume à une bande de un, c’est pas beaucoup. A moins qu’il n’ait décidé simplement de braquer la caisse, du coup, ça expliquerait qu’il soit tout seul. Enfer, me voici plongée dans l’angoisse de la métropole que je croyais avoir laissée à 200 kilomètres de là. Méfiante, j’observe l’individu. Il entre devant moi, se dirige vers un petit groupe de jeunes et hop, se déshabille le visage et se met à bavarder. Soulagement.

Interdire les cagoules oui, mais surtout en région Centre

C’était quoi, un provocateur ? Un rigolo ? Un allergique au pollen, allez savoir. Toujours est-il que, depuis, je suis résolument favorable à l’interdiction des cagoules, en particulier dans les petites grandes surfaces de la région Centre le dimanche matin. Je vais faire voter un amendement à ce sujet. Faudrait surtout pas qu’un texte aussi important soit limité aux grandes métropoles qui semblent l’avoir inspiré. A bas la cagoule, à Paris comme en rase campagne !

N’oublions surtout pas les capuches

Mais j’ai une autre idée d’amendement, encore plus indispensable. Parce que voyez-vous, si je viens seulement d’être confrontée à l’expérience traumatisante de la cagoule, ça fait un bout de temps en revanche que j’ai mon opinion sur la capuche. J’ai horreur des capuches. Mais vraiment, c’est un genre de névrose chez moi. Dans la rue par exemple, avez-vous observé à quel point il est difficile de savoir qui marche devant soi, lorsque « qui » porte une capuche ; ça ne vous inquiète pas vous ? Moi si. J’aime bien savoir qui je cotoie sur un trottoir, or les gens à capuches n’ont ni nuque, ni cheveux, ni crâne, ils n’ont pas d’âge, pas de sexe, pas de personnalité, juste une capuche et l’air d’avoir quelque chose à cacher dans la capuche, sinon, pourquoi la porterait-il, surtout quand il ne pleut pas ? Et dans le métro, c’est pire encore, dites-moi donc à quoi peut bien servir une capuche dans le métro, franchement ? Surtout qu’il y en a qui ajoutent des lunettes noires, si, si, je vous assure. Or, il ne pleut pas dans le métro, il ne fait pas froid non plus, quant à la lumière, le moins qu’on puisse dire c’est qu’elle n’est pas aveuglante. Ils ne doivent rien voir du tout avec leurs lunettes noires….

En plus c’est handicapant une capuche. Vous avez déjà essayé de regarder sur le côté ou mieux derrière vous avec une capuche ? Impossible, car votre tête tourne mais pas votre capuche, ou alors c’est que j’ai pas compris le truc, l’habile mouvement de nuque qui permet de tourner en même temps la tête ET la capuche. En tout cas moi au ski, seul endroit où je porte une capuche,  quand je tourne la tête, je ne vois rien d’autre que la bordure de fourrure synthétique de ma capuche. Au point que je me demande si je ne vais pas passer au bonnet à pompon et tant pis si j’ai l’ai cruche. Enfin, tout ça pour vous pouver l’impérieuse nécessité d’un amendement visant à interdire le port de la capuche excepté aux sports d’hiver et en cas de conditions climatiques extrêmes. Voyez au passage comme je ferais un législateur subtile et méticuleux.

Une loi pour l’hiver

Bref,  je prie instamment les parlementaires de se pencher sur la question cruciale de la capuche et tiens mon projet d’amendement à leur disposition. La seule chose qui m’ennuie, c’est que ce ne sera pas une loi de saison. Imaginez qu’elle sorte en juillet. « Le parlement adopte la loi anti-cagoules-et-capuches ! » annoncera triomphalement le service presse du gouvernement. Sûre que ça n’intéressera pas les médias. Non franchement, compte-tenu de l’été qui approche, la bonne loi médiatique à adopter, c’est celle sur les mini-jupes. En plus, il parait que la longueur des jupes est étroitement corrélée au moral d’une époque, je ne sais plus dans quel sens exactement mais c’est pas grave. Un raccourcissement des jupes s’insérerait fort bien dans le plan de relance de l’économie. C’est le moment ou jamais de faire « bander la France » comme dirait Michel Sardou. Pour les cagoules, on peut attendre cet automne, non ? Moi je suis pour les lois de saison.

Ségolène, ou le pardon hautement inflammable !

Filed under: Réflexions libres — laplumedaliocha @ 10:36

Vous n’avez pas pu passer à côté de cette nouvelle ce week-end, sauf à avoir renoncé aux « bienfaits » de la société moderne durant deux jours. Ségolène Royal s’est de nouveau excusée des propos tenus par Nicolas Sarkozy. Petit rattrapage pour ceux qui n’ont pas suivi. Lors d’un déjeuner le 15 avril avec des parlementaires de droite et de gauche, le président est interpellé par Henri Emmanuelli :

Extrait de l’article de Libération qui a mis le feu aux poudres

« Au moment du dessert, Nicolas Sarkozy se fait servir «une compote de pomme comme un enfant», s’étonne le député (Verts) François de Rugy. En guise de douceur, le président de la République ne résiste pas à informer ses convives que «le gouvernement espagnol vient d’annoncer la suppression de la publicité sur les chaînes publiques. Et vous savez qui ils ont cité en exemple ?» «On peut dire beaucoup de choses sur Zapatero», remarque Emmanuelli. «Il n’est peut-être pas très intelligent. Moi j’en connais qui étaient très intelligents et qui n’ont pas été au second tour de la présidentielle»,s’amuse Sarkozy en allusion à Lionel Jospin ».

 

L’article de Libération a immédiatement déclenché un cirque médiatique européen d’envergure.  

Et devinez quoi ?

« Hé, Hé…Ségolène est a-rri-vée-ée-ée », mais contrairement au Zorro de la chanson d’Henri Salvador, elle n’a pas traînée. A en croire Désirs d’avenir, elle a immédiatement écrit à Zapatero :

Le communiqué de presse

« 18 avril 2009 – 14:54

Elle lui a assuré que ces propos n’engageaient ni la France, ni les Français. Elle a également assuré Jose Luis Zapatero de toute sa considération, en partie pour les réformes courageuses conduites en Espagne et surtout pour son attachement à réaliser ses promesses de campagne électorale, avec un comportement éthique qui devrait servir de modèle.

Ségolène Royal estime qu’exercer le mandat de Président de la République impose un devoir de maîtrise de son langage et de son comportement afin de ne pas porter atteinte aux intérêts de la France ».

S’en est suivi un concert de réactions tragico-drôlatiques dont certaines sont dignes d’Audiard (voir celle d’Estrosi ainsi que Jego qui invente une très savoureuse « ridiculitude »).

Edwy Plenel, dans Marianne édition papier (téléchargeable ici) estime que « l’avocate de la démocratie participative » est légitime pour s’exprimer au nom de la France, tout comme vous et moi, car « la France  ne se résume pas à l’occupant provisoire de son palais élyséen ». Vous noterez, puisqu’il est d’usage de se concentrer actuellement sur le vocabulaire, à quel point le terme « occupant » est lourdement chargé. 

Je ne suis pas une spécialiste de droit constitutionnel, mais il me semble que le Président de la République ou éventuellement celui à qui il délègue son pouvoir dans un cas précis, est le seul à pouvoir s’exprimer au nom de la France  à l’étranger. Par ailleurs, je ne vois rien dans la Constitution de 1958 sur une éventuelle fonction « d’avocat de la démocratie participative » qui serait attribuée au candidat malheureux à une élection présidentielle. A moins qu’il ne s’agisse d’un positionnement intéressant les psychanalystes sur la douceur féminine opposée aux valeurs masculines. Nous aurions alors un exemple inédit, de « couple exécutif », droite/gauche, homme/femme, brutalité/douceur, offense/pardon, assez amusant à observer. 

Mais il y a quelque chose de plus gênant dans cette affaire. Comme le souligne Daniel Schneidermann sur @si, la phrase rapportée par Libération peut être interprétée comme Zapatero « n’est pas très intelligent« , mais aussi à l’inverse comme une ironie, sur le mode « vous pouvez le trouver pas intelligent mais lui, il a gagné ». En s’excusant, Ségolène Royal  valide l’interprétation la plus offensante du propos. Il me semble que cela pose un vrai problème en terme de diplomatie. Il est heureux que l’Espagne soit un pays ami, mais jusqu’où risque-t-elle d’aller dans sa volonté de transformer une querelle de politique interne en un combat médiatique et politique international ? 

Au surplus, elle invente le « pardon » guerrier, celui qui, loin d’apaiser un conflit, a l’étrange caractéristique de l’enflammer. Intéressant.

18/04/2009

En finir avec Acrimed

Filed under: Débats — laplumedaliocha @ 17:12

Certains ici m’ont reproché de ne pas discuter sur le fond l’article d’Acrimed. J’ai peur qu’ils ne regrettent cette provocation. J’ai lu cet article, plusieurs fois, avec toujours dans l’idée de comprendre les critiques émises contre Le Monde et en passant sur l’orientation idéologique flagrante de ce texte. C’est ça, à mon sens, la curiosité intellectuelle, dépasser les clivages idéologiques qui peuvent nous séparer de nos interlocuteurs pour s’attacher au fond et aux faits. Mais puisqu’on me cherche sur ce sujet, je viens de réaliser une lecture critique de l’article sur le même modèle que la lecture des articles du Monde qu’il prétend effectuer, en m’attachant au vocabulaire et surtout à la « mise en scène ». L’exercice est édifiant.

Un lecteur conditionné d’entrée de jeu par un déluge de préjugés

L’article totalise 26 000 signes hors les notes. Sur ce total nous commençons par 1500 signes environ de conditionnement du lecteur, il faut que celui-ci comprenne bien : « Dans la presse écrite, la morgue et le mépris qui ont, peu ou prou, été déversés par les préposés aux commentaires sur la plupart des mobilisations sociales contre les réformes néolibérales depuis 1995… ». Vous relevez les termes de « morgue » et de « mépris », nous sommes d’entrée de jeu dans le jugement de valeur dicté par la très classique allergie des minorités vis à vis de la presse qui ne leur réserve pas la place qui leur est due. Le Front national pense exactement la même chose que le NPA sur ce sujet.

Puis on continue d’enfoncer le clou sur le mode (ici c’est moi qui résume) « la presse n’aime ni les pauvres ni les grévistes mon bon Monsieur ». Et vous allez voir qu’elle n’aime pas non plus les grévistes hauts placés dans la hiérarchie sociale, mais n’anticipons pas. « Plus d’un an plus tard le quotidien, grand communicateur de toutes les « réformes » gouvernementales, est confronté à de nouvelles « réformes » dont la plupart poursuivent la grande « rénovation » néo-libérale entreprise par le gouvernement » nous explique Acrimed. Toujours pas l’ombre d’un fait objectif, rien que du jugement de valeur. Vous observerez la répétition de « néo-libéral ». Nous sommes ici dans une guerre idéologique qui n’a strictement rien à voir avec l’analyse du traitement médiatique de la réforme de l’université qui nous était annoncée. Ni faits, ni statistiques, ni exemples, rien. Et pour cause, la condamnation est déjà prononcée, elle ne sera pas démontrée mais illustrée, c’est très différent, encore faut-il être attentif pour s’en apercevoir. A ce stade, on continue à conditionner le lecteur. 

Acrimed « décrypte » l’infamie du Monde

Enfin l’article commence, on va peut-être apprendre  quelque chose de tangible. D’entrée de jeu, Acrimed écrit que Le Monde « informe », (ce sont les guillemets qui sont importants) pour faire comprendre aux lecteurs qu’en réalité il n’informe pas. Première phrase : « Quand Le Monde « informe » sur ce conflit, c’est, le plus souvent, non pour présenter les arguments en présence, mais pour jauger la mobilisation d’un regard en surplomb et l’ausculter du point de vue du ministère ». Comme vous l’aurez compris, on commence sur le Monde comme on avait débuté l’article, par un jugement de valeur. Vient ensuite une attaque sur le strabisme du journal, laquelle n’est étayée par….rien. Toujours du jugement de valeur, les faits tardent à arriver. Mais pour les auteurs ce n’est pas grave, l’essentiel est de continuer à conditionner le lecteur. Avançons donc rempli de l’espoir fou d’accéder enfin à du concret.  Nous finissons par apprendre enfin que Le Monde traite du conflit, mais que très vite, les auteurs jugent ce traitement mauvais. Vous savez pourquoi ? Parce que la journaliste du Monde se demande quand la réforme va « enfin » aboutir. C’est « enfin » qui dérange, convenons en effet qu’un journaliste qui se demande si et quand une réforme annoncée va trouver à s’appliquer est un journaliste vendu (mode ironique). Cette question est absolument non pertinente et outrageusement orientée.   Et attendez vous ne savez pas tout, un article du Monde écrit que les enseignants « ont le sentiment ». Bon sang mais quelle horreur un enseignant n’a pas de sentiment, il pense et au terme d’un raisonnement imparable aboutit à une conclusion irréfutable qui a force de preuve. Il faut vraiment être un imbécile de journaliste pour ne pas le comprendre et qualifier de « sentiment » ce qui est une vérité  (mode ironique toujours). 

Crime de vocabulaire

De telles horreurs mériteraient déjà que le journal disparaisse des kiosques, mais venons-en au coeur des critiques, celles qui ont valu au Monde le grand bûcher. Le Monde a-t-il menti, lancé de fausses nouvelles, ignoré la grève, nié l’existence d’une contestation? Non, du tout. Il a juste utilisé des mots qui déplaisent aux auteurs de la critique.  Et puisque le lecteur a été bien conditionné jusque là, il est prêt à recevoir enfin l’ignominie journalistique en pleine face  : la journaliste a employé les mots « grogne » et « fronde » pour désigner le magnifique élan qui a motivé nos  enseignants chercheurs à se dresser contre notre ignoble gouvernement pour sauver la recherche et l’avenir de nos enfants. Quel crime de lèse majesté, mon Dieu. 

Ensuite, les interprétations des article frappées au coin de la mauvaise foi la plus criante abondent. Je cite Acrimed  : « Le même jour, sous le titre « Quand les dossiers de M. Darcos et Mme Pécresse agrègent les contestations »Le Monde nous propose « un éclairage » de Luc Cédelle : « Mme Pécresse a beau tenter d’arrondir les angles  », soupire-t-il, « ses détracteurs durcissent leur position » . Depuis quand un journaliste soupire-t-il dans ses articles ? Où Acrimed a-t-il trouvé des indications de scène évoquant un quelconque soupir de l’auteur de l’article ? On peut lire la phrase exactement dans le sens inverse et considérer que son auteur ricane des efforts désespérés du gouvernement en se félicitant intérieurement que les universitaires résistent. Les deux interprétations sont parfaitement valables. Et ça continue dans la métaphore théâtrale : « Très tôt, donc, les personnages et le scénario du conflit sont en place. Les journées de mobilisation et de manifestations des 5, 10, 19, 26 février et 5 mars ne parviendront pas à altérer cette présentation du conflit ».  La métaphore théâtrale est fort bien choisie car elle suggère une fiction organisée : attention, on vous manipule, tout ceci est pensé selon un scénario pervers mis en place par la rédaction du journal pour soutenir le gouvernement et décrédibiliser la contestation !

Donner la parole  aux enseignants,  c’est inadmissible.

Arrive alors une nouvelle faute impardonnable du Monde : il donne la parole aux enseignants en leur offrant des tribunes dans ses colonnes. Très exactement 17 fois entre le 20 janvier et le 5 mars (selon Acrimed). Oui, vous avez bien lu, n’est-ce pas que c’est scandaleux ? Et là vous vous indignez, non pas parce que objectivement le procédé est odieux, mais parce qu’on vous excite depuis la première ligne contre le journal alors vous êtes mûr. Sauf que c’est quand même difficile d’en vouloir à un journal de permettre aux enseignants d’exprimer leurs critiques contre la réforme. Ce d’autant plus que, croyez-moi, les gens qui rêvent de s’exprimer dans Le Monde sont légion, il y a donc beaucoup de candidats et peu d’élus. Quand Le Monde donne la parole à un intervenant, c’est qu’il l’a choisi parmi des dizaines d’autres, seulement ça, on se garde bien de vous le dire chez Acrimed, ça nuirait à la démonstration. On se contente de qualifier la publication des tribunes des enseignants « d‘information par transfert ».  Suivent quelques explications confuses sur les différentes causes de contestation que les auteurs de l’article d’Acrimed, pourtant bien informés puisqu’ils donnent des leçons aux journalistes, sont dans l’incapacité totale d’expliquer clairement, c’est dire….

Je passe sur les critiques contre l’article de Luc Cedelle à propos des prolongements du conflit via Internet, celui-ci s’est fort bien expliqué à ce sujet et, par ailleurs, Jérôme Valluy a admis dans l’émission Arrêt sur images, que les universitaires avaient sans doute eu tort de mener la bataille sur le web au lieu d’organiser une communication claire en direction des médias. 

Louangeuse désinvolture

Vient le dernier axe de la critique. Comme le lecteur a été conditionné par les 20 000 signes de diatribe qui précédent, on peut lui faire avaler tranquillement que lorsque Le Monde parle de la « désinvolture » du gouvernement, il témoigne ainsi de son…soutien au gouvernement !    Je reproduis ici le morceau d’article du Monde qui démontre selon Acrimed sans doute possible que le journal soutient le pouvoir : « Le premier geste maladroit du gouvernement a été d’ordre financier … L’annonce d’un budget 2009 en hausse, mais qui ne profite pas à tous les établissements, a provoqué des crispations… Ce sentiment s’est trouvé renforcé par l’annonce de la suppression de postes, près de 1000 selon les syndicats, 250 selon le ministère, semant le doute sur les intentions du gouvernement … L’exécutif … paie aujourd’hui les fruits de sa désinvolture . » Ce n’est rien de plus qu’une très classique contextualisation du conflit.

Ah ! Et voyez comme Le Monde est gravement critique à l’égard des enseignants quand il écrit :  « Les derniers plans d’envergure […] ont été lancés respectivement en 1990 et 1998, et concernaient surtout l’immobilier. Depuis, plus rien, ou pas grand chose, jusqu’à la réforme Pécresse . Mais celle-ci est vécue comme un rattrapage , et le compte n’y est pas. Les personnels ont eu l’impression de porter seuls le fardeau d’une population étudiante en forte croissance » Et s’ils« pouvaient encore se rassurer en s’appuyant sur leur réputation d’excellence en matière de recherche, par des comparaisons internationales, que contestent la plupart des chercheurs, le président de la République vient de contrarier cet espoir  ». 

Et puis vient l’ultime pirouette. Acrimed rappelle que dans un autre de ses articles il avait relevé qu’il valait mieux être cadre ou enseignant qu’éboueur pour être entendu par la presse. Nous retrouvons là la fameuse dialectique des minorités politiques. C’est vrai que la presse écrite et télévisuelle ne parle jamais, mais alors jamais des grèves (toujours en mode ironique). Enfin passons. En fait, ils sont bien embarrassés nos amis d’Acrimed puisqu’ils viennent de démontrer que Le Monde n’entendait pas les enseignants pourtant bien placés dans cette élite-qui-plaît-aux-médias. Il leur faut résoudre cette contradiction qui vicie quelque peu leur raisonnement. Simple : on laisse les enseignants écrire dans le journal parce qu’on drague leur lectorat mais sans reprendre leurs arguments parce qu’ils sont anti-gouvernementaux. C’est l’ultime procès d’intention, on n’est plus à ça près…

16/04/2009

Une bien belle histoire

Filed under: Insolite — laplumedaliocha @ 12:14

Bon, et si on arrêtait 5 minutes de critiquer, de pester et de s’indigner ? Pas de billet sur la presse aujourd’hui, ni sur le conflit entre Le Monde et les enseignants, j’ai envie au milieu de ce fatras de nouvelles déprimantes,  d’un rayon de soleil. Je l’ai trouvé ce matin, sur BFM. Certains parmi vous connaissent sans doute la belle histoire de Susan Boyle, cette écossaise de 47 ans au physique anodin et aux manières une peu frustres qui est devenue la coqueluche des anglais. Si ce n’est pas le cas, allez voir, c’est ici. Mais avant, je vous résume la chose. Candidate à une émission sur les talents incroyables en Angleterre, elle se pointe avec sa drôle de dégaine dans le saint des saint de la superficialité audiovisuelle, là où il faut être jeune, beau, bronzé, danser comme Michael Jackson, chanter comme qui vous voulez, avoir les fringues qu’il faut, portées comme il faut, et tous les signes extérieurs d’une intelligence entièrement focalisée  sur l’apparence. Alors forcément, Susan Boyle, avec ses allures de Signoret dans Les Granges brûlées, on se fout de sa gueule, tout le monde se dit qu’on va s’offrir une franche rigolade, et en public encore. Quand elle entre sur scène, j’ai mal pour elle. Le play boy bronzé, maquillé et lifté qui dirige le jury ne dissimule ni son mépris ni le plaisir sadique avec lequel il attend la catastrophe qui va faire péter l’audimat et projeter l’émission dans les annales des plus grands ridicules télévisuels. Ses deux accolytes, dont une jolie blonde décolorée, partagent son avis et s’en lèchent les babines par anticipation. Ils la titillent pour s’ouvrir l’appétit. Elle amorce un petit mouvement de hanche un peu grotesque qui les récompense de leurs provocations. C’est sûr, ils tiennent là un morceau de choix. On est en plein jeux du cirque, c’est la grande « Soirée de cons », la mise à mort est une question de secondes.

Seulement voilà, dès que l’écossaise mal fagotée entonne « I dreamt a dream », l’une des chansons de la comédie musicale des Misérables, tout ce joli monde ouvre des yeux de dessin animé japonais. C’est que l’écossaise non seulement à une voix magnifique mais qu’elle pourrait donner des leçons de chant à bien des stars à paillettes. Le jury médusé ne rigole plus du tout, il serait même au bord des larmes. Quant au public, il est debout. La chanson s’achève et notre écossaise rouge de confusion s’enfuit dans les coulisses, visiblement inconsciente de l’effet qu’elle a produit comme elle semblait inconsciente quelques minutes  auparavant de la méchanceté des gens qu’elle avait en face d’elle.

On la rappelle, on s’excuse, on la complimente avec respect. Les ricaneurs ne ricanent plus et le public ovationne. 

Eh bien voyez-vous, c’est bête, mais ça me remplit de joie. Truqué ? Peut-être. J’ai du mal à me départir de ma fichue méfiance, c’est une déformation professionnelle. Mais au fond je m’en fous. J’ai envie d’y croire moi au fait qu’une voix, par sa beauté, est capable d’imposer respect et admiration à une meute prête à dévorer sa proie. Après tout, Dostoïevski, mon maître, était persuadé que la beauté sauverait le monde.  

Tout ce que je souhaite à cette femme, c’est de fuir très vite ce monde inepte du show bizz et de retourner, avec son succès d’un jour bien caché au fond du coeur, à sa vie quotidienne. Je ne voudrais pas que, passé le premier enchantement, la meute retrouve ses bas instincts et lui fasse du mal.

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