La Plume d'Aliocha

31/03/2009

Censure et protestations

Filed under: Droits et libertés — laplumedaliocha @ 09:31

C’est la loi des séries, ou en tout cas, ça y ressemble. L’heure semble en effet à la protestation généralisée chez les lecteurs de la presse. Je me suis toujours demandé si la loi des séries correspondait à une réalité ou s’il ne s’agissait que de l’effet d’une attention particulière portée à un événement qui incite à en rechercher d’autres du même type. Question cruciale en matière de presse, car on nous reproche souvent de nous acharner sur certains sujets, la justice, la pédophilie, la rémunération des patrons etc.

Toujours est-il que dans le prolongement de ce billet, deux nouvelles m’intéressent ce matin, toutes deux relevées par @si. La première concerne Plantu. Celui-ci a eu le malheur de faire un dessin  sur le Pape et le préservatif dans Le Monde, ce qui a déclenché un raz-de-marée de protestations chez les lecteurs. Songez donc, 500 mails par heure ! C’est ici et la chronique de la médiatrice du Monde est . Cette affaire illustre bien une nouveauté contemporaine, la censure n’est plus le fait de l’Etat ou presque plus, elle est devenue celle de l’opinion, et plus particulièrement des intérêts ou des sensibilités catégoriels. Je suis catholique, je vous l’ai dit, pas une catholique pratiquante, c’est sûr, mais quand même, lorsqu’on a passé toute sa scolarité dans une école religieuse, ça laisse des traces. Pourtant, je n’ai pas été choquée par « La dernière tentation du Christ » qui fut à l’origine d’un cinéma brûlé à St Michel, si ma mémoire est bonne. Je n’ai pas été choquée non plus par l’affiche du film « Amen » et je ne m’explique toujours pas pourquoi l’affiche de l’excellente exposition « Controverses » est déchirée à la station de métro Courcelles. Il m’arrive de me demander si c’est le fait d’un 17ème arrondissement très catholique, ou celui des orthodoxes qui fréquentent, à quelque pas de là, la cathédrale Nevsky. Allez savoir. En tout cas c’est piquant car l’exposition aborde précisément le thème de la censure en photographie. La censure est toujours un réflexe qui m’étonne. Si quelque chose dérange, on peut détourner le regard, non ? Ou même mieux, se demander si un dessinateur de la qualité de Plantu n’a pas suffisamment démontré son intelligence de l’actualité pour lui faire la grâce de réfléchir quelques minutes avant de s’indigner et de hurler au blasphème ? C’est un débat que j’ouvre ici : par quel mécanisme se sent-on en droit d’exiger le retrait de ce qui nous choque ou la sanction de celui qui nous a choqué ? La liberté d’expression me semble bien trop précieuse pour la dénier à qui que ce soit.

La deuxième nouvelle a trait au conflit des enseignants-chercheurs. @si consacre un article très intéressant au traitement de ce sujet dans la presse. Je ne vais pas déflorer ici leur travail qui est en accès payant. En deux mots, les universitaires estiment que leur mouvement, le plus important depuis 68 disent-ils, est peu et mal relayé par la presse. Rappelons-leur tout de même que nous traversons une crise économique qui elle est la plus importante depuis 29 et qui touche tout le monde, ce qui a tendance à mobiliser les rédactions. Mais admettons qu’ils aient raison. Un article (accès payant) de Luc Cédelle journaliste du Monde a déclenché des protestations telles que celui-ci s’est fendu d’une réponse dont je vous recommande la lecture. Il y explique en substance que son métier consiste à relater les faits, pas à considérer comme justes les craintes non démontrées des enseignants-chercheurs vis à vis des intentions du gouvernement. Allez-y et vous verrez que vous retrouverez exactement les mêmes mécanismes que ceux de la querelle sur l’aide juridictionnelle : « le journaliste de connivence avec le pouvoir politique qui défend une réforme soupçonnée d’être fort mal-intentionnée au mépris de l’opinion des principaux concernés ». Je ne sais rien de ce dossier, il ne s’agit pas pour moi ici de trancher dans un sens ou dans l’autre, mais simplement de vous proposer une fois encore d’entendre les explications d’un journaliste.

Publicités

40 commentaires »

  1. franchement, protester pour le dessin de Plantu, c’est vraiment faire preuve d’aveuglement sectaire (dans le sens « secte »).
    si l’opinion publique est outrée qu’elle se retourne, se voile la face, et ne nous fasse plus ch…
    qui, déjà, disait que l’opinion publique est une catin ?

    Aliocha : Moro-Giafferi  » L’opinion publique ? Chassez-la, cette intruse, cette prostituée qui tire le juge par la manche ! C’est elle qui, au pied du Golgotha, tendait les clous aux bourreaux, c’est elle qui applaudissait aux massacres de septembre et, un siècle plus tard, crevait du bout de son ombrelle les yeux des communards blessés…. »

    Commentaire par leinad — 31/03/2009 @ 10:01

  2. Si j’ai bien compris, chère Aliocha, vous militez pour censurer la censure et protestez contre les protestations ? 😉

    Commentaire par OeilduSage — 31/03/2009 @ 10:46

  3. Je pense qu’une partie du problème vient de ce qu’en France, la censure légale s’exerce sur certains sujets (négationnisme, racisme, etc.) ce qui peut provoquer certaines réactions du type « moi j’ai pas le droit de dire ce que je pense sous prétexte que cela heurte certains, pourquoi certains auraient-ils le droit de dire ce qui me heurte ? ».

    En bref, je pense qu’on ne combat pas l’obscurantisme en le réprimant, mais en débattant. Je suis bien conscient de ne pas faire preuve d’originalité en la matière.

    Aliocha : vous devez être plus original que vous ne le pensez, vu la difficulté que nous avons en France à débattre justement 😉

    Commentaire par Hub — 31/03/2009 @ 10:59

  4. Bonjour Mme,

    Je vais être grossier, mais ces 2 papiers m’importent peux. Il est toujours possible de prendre une loupe très grossissante et de se focaliser sur un point de détail pour décrédibiliser le tout. Oui, il y a des groupes de pressions, mais il est étonnant de voir (en regardant le tout) que c’est toujours du même coté : celui qui a le pouvoir. On peut comprendre facilement qu’avec le pouvoir vient …. le pouvoir et donc qu’il est plus simple de manipuler et controler lorsqu’on est « en haut ».

    L’avènement d’internet (que l’on commence a essayer de museler) permet, non pas de sortir des informations « scoop » qui va changer le monde, mais de montrer qu’il y a d’autres manières de traiter l’information. Tout ce qui est sur internet n’est pas bien ou bon (pas plus, pas moins que la presse papiers – non en pourcentage mais en valeur absolue), mais l’exposition des sujets sensibles y est plus importante.

    D’ailleurs, il m’a semblé que la presse papier parle des sujets sensibles surtout lorsqu’ils sont devenus incontournables sur le net.

    Commentaire par herve_02 — 31/03/2009 @ 11:04

  5. Bonjour,
    Je découvre avec plaisir votre blog et vous remercie d’avoir prêté attention à ma tentative de réponse aux enseignants chercheurs mécontents du traitement de leur mouvement par Le Monde. En revanche, je dois vous dire que l’expression « journaliste de connivence avec le pouvoir politique », outre son aspect intensément vexatoire, est tout à fait inadéquate me concernant. Vous ne faites ainsi que reprendre, sans distance ni vérification, ce que s’acharnent à marteler certains de nos détracteurs simplement parce que cela les arrange et qu’ils sont pris dans l’éternelle logique sectaire du « qui n’est pas avec nous est contre nous ». D’autre part, ils font aussi semblant d’oublier qu’ils sont eux aussi un « pouvoir » et pas des moindres. C’est leur attitude qui me (et nous) renvoie artificiellement du côté de l’ordre établi. Par ailleurs, il est vrai que je suis démocrate et attaché au respect (qui ne les étouffe pas) de la légitimité du gouvernement élu. Pour le reste, s’ils savaient ce que je pense! Bien cordialement.
    Luc Cédelle

    Aliocha : eh bien, je vois que le sujet est à vif. Il n’a jamais été dans mes intentions de vous traiter de journaliste de connivence, ni vous ni aucun autre de mes confrères d’ailleurs. Je passe mon temps ici à essayer de faire comprendre aux lecteurs de la presse que leur vision des journalistes est caricaturale, vision qui se résume souvent à « le journaliste est un imbécile de connivence avec le pouvoir ». Et je les renvoie en l’espèce à vos explications pour les inviter une fois de plus à entendre la voix d’un journaliste qui se défend précisément contre ce genre d’accusations.

    Commentaire par Luc Cédelle — 31/03/2009 @ 11:11

  6. notons cependant avec la médiatrice du Monde que nombre des courriers de protestation adressés au journal après la publication du dessin de Plantu ont été écrits selon une lettre type et sont en provenance des Etats-Unis à l’initiative du « puissant lobby catholique nord américain ».

    Commentaire par david — 31/03/2009 @ 11:13

  7. Les censeurs de tout poil se fichent bien de la liberté d’expression. Précisons : celles des autres. Seule la leur compte. A-t-on vu ses mêmes personnes hurler au blasphème à l’époque des caricatures de Mahomet?

    Quel droit ont-ils à exiger le retrait du dessin? Aucun. Qu’on soit catholique, musulman, juif, avocat, journaliste, syndicaliste, ce que vous voulez, voir attaquée sa chapelle autorise la critique mais pas la condamnation, qui est du domaine exclusif de l’autorité judiciaire. Les tribunaux ont été inventés pour éviter les lynchages et les vengeances arbitraires. Mais les censeurs se garderont bien d’agir en justice, ils pourraient se voir renvoyés dans les cordes.

    Il en va de même avec l’ « affaire » Orelsan et les réactions qu’a suscité le texte de sa chanson. Quel que soit l’avis qu’on ait sur ces paroles – volontairement je ne donnerai pas le mien -, si on juge qu’elles incitent à la violence conjugale (qui n’a pas attendu une chanson pour exister), si on les juge attentatoires à la dignité de la femme, si on les juge délictueuses, on met ses actes en accord avec ses opinions et on agit en justice pour faire condamner leur auteur. Comme avec Le Pen et son « détail de l’histoire ».
    Combien de plaintes ont été déposées contre Orelsan? Je suis curieux de le savoir…

    On se souviendra au passage que ces élus de la République qui condamnent les paroles d’une chanson ont gardé une minute de silence en mémoire d’un député qui a assassiné une femme, la réprobation de l’acte étant passé au minimum au second plan. Pourtant ce député n’en est pas resté à des paroles. Il est passé à l’acte : il a tué.

    Arbitraire et obscurantisme… L’Inquisition et les bûchers doivent manquer à ces gens-là.

    Aliocha : la chanson pourrait être interdite. Dans cette affaire, il me semble que la liberté d’expression pâtit de l’impuissance dans laquelle nous sommes de résoudre un problème de société. Mais bon…

    Commentaire par Ferdydurke — 31/03/2009 @ 11:42

  8. Pour prolonger l’avis de Hub (3), je crois en effet qu’une partie de la polémique vient de la différence entre les visions morales des différentes parties. Je crois que, dans la pratique, tout le monde est d’accord pour censurer des propos (dessins, photos…) qui sont contraires aux « fondements de notre société ». Un des rares exemples pas trop controversés qui me vienne à l’esprit est la pédo-pornographie, qui est censurée avec la bénédiction de tout le monde.

    Le problème, c’est qu’à part quelques grands principes très flous (style « respect de l’être humain »), tellement flou qu’ils peuvent être interprétés pour dire tout ou son contraire (être pour ou contre l’avortement, sur cet exemple), personne n’est d’accord sur la définition précise, en pratique, de ces « fondements », de cette « morale ». Pour certains (la majorité, sans doute, mais pas tous), le négationnisme est contraire à cette morale, donc la majorité juge normal qu’on l’interdise. Pour d’autres, critiquer leur religion est contraire à cette morale : à ce titre, ils jugent qu’on devrait l’interdire. Mais à chaque fois, d’autres sont de l’avis contraire…

    À mon avis, la question fondamentale est de savoir à qui, et sur quels critères, revient-il de trancher sur ce qui est ou non contraire à ces grands principes, sachant qu’ils sont non seulement très flous, qu’ils évoluent au cours du temps, mais aussi qu’aucun n’est partagé par tout le monde : tout jugement ira donc à l’encontre de la morale d’une partie de la population.

    Est-il possible de quantifier, faut-il se baser sur la proportion de gens choqués ? L’intensité de ce choc ? La violence potentielle de leur réaction (vaut-il mieux accepter une censure demandée par une minorité quand ceux qui la réclament iraient jusqu’à tuer pour l’obtenir ?) ? Ou doit-on à l’inverse s’en tenir à des idéaux absolus, sans prendre en compte la conséquence de leur application sur ceux qui ne s’y reconnaissent pas ?

    Commentaire par Rémi — 31/03/2009 @ 12:42

  9. un lien dans le sujet, sur quelques divergences de vues entre journalistes et scientifiques :
    http://www.themediatrend.com/wordpress/?p=649#more-649
    avec, notamment, cette citation-résumé :
    « Il s’agit toujours pour les acteurs sociaux de statuts différents, qui sont en concurrence dans l’Espace Public, d’une part, d’y imposer leurs préoccupations comme dignes d’accéder à l’agenda public et d’autre part, d’y imposer leurs façons de voir la réalité et de la dire comme seules adéquates et, en conséquence, leurs propositions d’agir comme seule pertinentes ».

    Commentaire par david — 31/03/2009 @ 12:42

  10. Bien que très catholique, ces caricatures ne me choquent pas et me font parfois même rire.
    Cela dit, après les caricatures de Mahomet et mille autres épisodes concernant l’Eglise, les dessinateurs s’étonnent à chaque fois du fait que la religion soit un sujet sensible qui, pour certains, ne prêtent pas à rire.
    N’est-ce pas d’ailleurs précisément parce qu’ils souhaitent choquer (dans un sens non péjoratif) ou au moins « stimuler » qu’ils font ces dessins ? Pourquoi s’ébahir à chaque fois des réactions que cela soulève ?
    Il y a toujours eu une censure du public : avant, celle-ci s’exprimait par le non-achat des oeuvres. Aujourd’hui les formes d’expressions sont multiples, mais si la visibilité est plus grande, la vivacité est la même.

    Commentaire par Novice — 31/03/2009 @ 12:47

  11. Ouf! Mes excuses! J’aurais dû vous lire plus complètement avant de me monter le bourrichon sur « journaliste de connivence ». Bien sûr, votre expression n’était pas à prendre au premier degré, vos billets le montrent avec assez. Mais c’est l’absence de guillemets qui m’a induit en erreur. Votre réponse en gras m’embarrasse car elle souligne que j’ai été un peu bêta. En effet, j’avoue que le sujet est ultra-sensible! Etre la cible d’abord d’un flot de protestations violentes, venant qui plus est de gens qu’on ne déteste pas particulièrement, puis voir ces protestations se transformer en campagne, le but étant de provoquer une défection d’une partie du lectorat, puis voir ce divorce accéder lui-même au rang d’événement, c’est effectivement angoissant. Cela fait gamberger. Mais pas céder. Ce mouvement est effectivement profond et durable, de ce point de vue il a bien quelque chose d’un « mai rampant » qui ne s’éteindra pas de sitôt même si la « grève » ne peut pas être éternelle. A ceci près, toutefois, qu’il ne suffit pas de singer mai 1968 pour en avoir le souffle, la fraîcheur, la puissance et l’impact auprès de l’ensemble de la société. C’est une grosse réserve. Qui ne préjuge en rien de ce qui pourrait advenir ultérieurement.
    Luc Cédelle

    Aliocha : ne vous inquiétez pas, vous m’avez montré que, à force de vouloir éviter de me répéter, je pouvais faire des raccourcis hasardeux susceptibles de maltentendu. J’ai bien compris à votre réaction la sensibilité du sujet et je partage cette susceptibilité, laquelle a été largement à l’origine de ce blog. Cette affaire pose la question passionnante du rôle du journaliste à l’égard du public depuis l’arrivée d’Internet qui permet à chaque lecteur de réagir en public. Je crois que nous devons être au service du public mais pas à ses ordres, ce qui est infiniment compliqué, l’entendre sans lui obéir, accepter les critiques, parfois amender nos comportements et nos approches de problèmes sans toutefois céder au populisme et en résistant à la tentation du marketing. Un vrai casse-tête, mais en même temps un exercice passionnant ! Je trouve que votre mise au point dans votre billet est remarquable.

    Commentaire par Luc Cédelle — 31/03/2009 @ 13:17

  12. Pour ce qui est du tollé provoqué par le dessin de Plantu, je ne pense pas qu’il s’agisse d’une réaction de la part des « lecteurs » de presse. Mais plutôt que dès ce dessin paru, quelque catho isolé l’a fait circuler sur le net et provoquant l’ire des calotins de tout bord, et plus particulièrement ceux d’Outre-Atlantique si on a bien identifié les spams… Comme pour l’affaire des caricatures de Mahomet, le canard scandinave n’avait pas des abonnés dans tous les pays où les musulmans se sont agités, et pourtant cela à fait un boucan d’enfer (le mot va bien je trouve…).

    Aliocha : bien vu, je n’y avais pas pensé. Voilà qui conforterait l’article de l’Express qui avait déclenché l’ire de Koz

    Juste une précision pour « La tentation du Christ », la folie religieuse n’a pas seulement causé l’incendie d’un cinéma à St Michel, mais a surtout provoqué la mort d’une personne qui s’y trouvait. Votre mémoire est presque bonne, ou votre éducation a en effet laissé des traces…

    Pour ce qui est du sort de l’affiche de « Controverse » je suis surpris que vous soyez surprise. Vous avez généralement une bonne perception des choses et un bon sens de l’analyse. Qui plus est vous n’êtes pas sans ignorer que les situations de crises économiques et sociales raniment les fièvres extrémistes. Quand l’espoir s’amenuise l’homme a tendance à aller puiser celui-ci dans les sphères les plus mystiques. Regardez autour de vous la montée en puissance de l’expression religieuse chez les jeunes dans toutes les communautés.

    Aliocha : « on ne comprend bien que ce qu’on ressent en soi » disait Steinbeck et la censure franchement, j’ai beau me forcer, je n’en ressens pas le besoin 😉

    Pour ce qui est de l’affaire des chercheurs-enseignants, l’explication de texte de Luc Cédelle sur son blog me semble sincère, bien que le commentaire de « Claeyman f » publié le 02 mars 2009 à 17:39 casse un peu la leçon… N’ayant pas pu lire son article payant je n’irai pas plus loin le concernant, mais pour la défense des chercheurs et autres étudiants, je me permets de douter du fait que le gouvernement actuel n’envisage pas de reforme plus abrupte du système, même si rien n’est clairement claironné… Et cela, c’est aussi aux journalistes de le dire, par le biais d’éditorial où la question peut être posée, si un simple papier où des faits stricto-sensu sont relatés ne peut en faire « déontologiquement » état.

    Commentaire par Mister Cham — 31/03/2009 @ 13:32

  13. Ces récents échanges entre la presse et son lectorat constituent peut-être (qui sait ?) une tendance marquante de l’avenir du journalisme.
    Finalement, est-ce si choquant que les lecteurs souhaitent réagir ? (Si les réactions sont aberrantes? complètement déplacées voire messianiques, c’est un autre débat)
    Il s’agit là d’une évolution clé de notre société (j’ose le dire) : il y a encore quelques années, il me semble qu’il n’y avait pas ou peu de poste de médiateur dans les rédactions (sauf sur France 2 me semble-t-il… et encore à une case misérable). Il était facile pour une rédaction de remiser sous la pile ce courrier « gênant », ou tout simplement de ne pas le publier. Je ne vais pas dans le sens d’une « théorie du complot », mais Aliocha vous le dîtes vous-même : on n’a pas idée du nombre de courriers de protestation que reçoit un journal. On ne peut que vous croire car c’est un élément de la vie d’une rédaction qui a longtemps été occulté.

    Aujourd’hui, l’environnement technologique rend de moins en moins docile le lecteur (pour diverses raisons…mais le temps me manque et le bon sens ne manque pas, si si), finis les cours magistraux. C’est récent, les « lecteurs » ne maîtrisent pas forcément cet outil (il suffit de juger la qualité de leur contribution :°) …),et les plus mesurés sont rarement ceux qui prennent la parole… En bref, le « lecteur moyen » n’est pas forcément plus intelligent (ou moins incohérent, c’est selon), sauf qu’on lui permet d’obtenir une tribune qui lui a longtemps été refusée. Voilà le constat.

    Petite remarque nécessaire pour ouvrir le débat : l’ensemble des lecteurs n’accuse pas de connivence les journalistes, certains le font et il est juste de le rappeler. L’amalgame est facile certes, mais je ne pense pas que votre blog n’ait pour unique but l’évangélisation du lectorat au sacerdoce du journaliste…
    De la même manière, s’il est injuste d’accuser tous les journalistes de malhonnêteté (et si c’était à leur insu ? ) il serait faux de penser que l’ensemble des réactions des lecteurs ne sont qu’épidermiques ou illégitimes. Etre partie prenante n’est pas toujours disqualifiant pour un commentaire ou un témoignage : il faut aussi savoir compter sur l’objectivité et le bon sens du lecteur plutôt que sur l’équilibre parfois bancal d’un papier.

    En bref, ce mode d’échange en est encore à ses balbutiements (ou même à son adolescence au vu des réactions de certains) mais force est de reconnaître le potentiel énorme qui nous est offert.
    Tout reste à faire.

    Aliocha : certes, mais en prenant garde en ce qui concerne les journalistes à ne pas sombrer dans la névrose sous les attaques ou bien à ne pas céder à la peur de déplaire, ou à la tentation de flatter le public. C’est un vrai sujet.

    Commentaire par Peps — 31/03/2009 @ 13:32

  14. @ Rémi

    N’est-ce pas, dans un état de droit, le rôle de la Justice de trancher sur les critères définis par le Droit? L’autorité judiciaire n’a-t-elle pas vocation à peser le pour et le contre avant de prendre une décision qui mettra tout le monde d’accord?

    Particulièrement sur des thèmes aussi sensibles, au sujet desquels toutes les opinions sont possibles, thèmes souvent plus propices aux lynchages et aux conflits qu’aux débats équilibrés et sereins…

    La justice permet de prendre en compte les points de vue des parties, les faits incriminés et les éventuels préjudices qu’ils ont causés, et de définir les responsabilités respectives. A chacun de la saisir… à supposer qu’il soit prêt à entendre et accepter une décision objective même si elle est contraire à sa position et à ses intérêts. Ce qui n’est certainement pas le cas des censeurs qui ne veulent qu’une seule chose : qu’aucune autre position que la leur n’existe.

    La « censure légale » dont parle Hub en 3 ne conteste pas la liberté de dire ou de ne pas dire mais porte sur la licéité de ce qui est dit. Le Pen a le droit de donner son point de vue sur les chambres en gaz et nul n’a le droit de l’en empêcher mais Le Pen doit accepter d’en supporter les conséquences si ses propos contreviennent à une loi. Que je sache, il n’a jamais été condamné pour s’être exprimé.

    Selon moi, ce ne sont pas les visions morales, les principes, les opinions et les idéaux qui sont ici en question mais les méthodes employées pour les faire valoir.

    Commentaire par Ferdydurke — 31/03/2009 @ 13:46

  15. @ Ferdydurke :

    Vu le nombre de juristes qui lisent ce blog, je m’attendais à cette question… Et à vrai dire, je n’ai pas de réponse claire.

    Oui, je suis d’accord sur le rôle de la justice — et il me semble normal qu’elle soit le « point d’entrée » de ce genre de conflits : il y a une partie qui s’estime lésée, elle demande réparation, très bien. Mais la justice ne peut trancher que sur des critères suffisamment objectifs pour que, en gros, on puisse dire qu’un autre tribunal saisi de la même affaire aurait tranché d’une manière similaire (c’est bien un des rôles des cours supérieures, dans tous les pays, d’harmoniser les réponses des autres cours, non ?). Or dans ce genre de situations, les textes sur lequel se fondent les jugements sont très flous et laissent, à mon avis, une grande part à l’interprétation. Surtout, cette interprétation varie au cours du temps, au fil de l’évolution de notre société.

    Au final, veut-on simplement laisser dans les mains d’une assemblée réduite (un tribunal, la cour de cassation…) le pouvoir de décider souverainement où s’arrête la liberté d’expression, quand il est clair que cette décision ne serait pas la matérialisation de la volonté du peuple dans son ensemble mais simplement la conclusion du raisonnement de cette poignée d’individus — guidés par la loi, mais pas de manière absolue ? Je n’ai pas mieux à proposer, mais je ne trouve pas totalement rassurant que ce genre de décision soit au final prise par quelques magistrats : tant que je partage leur « morale », tout va bien, mais si ça n’est plus le cas ? J’imagine que c’est ce que doivent ressentir les catholiques blessés par ce dessin…

    Le problème est plus vif que dans des conflits « normaux », parce que quand on touche aux valeurs morales, ce sont par nature des croyances, des convictions intimes, pas entièrement raisonnées, et il est difficile, voir impossible, à quelqu’un d’admettre que sa morale soit mauvaise uniquement parce qu’une cour l’aurait dit.

    Commentaire par Rémi — 31/03/2009 @ 14:49

  16. @ Rémi

    Pas de chance : je ne suis pas juriste et je m’efforce d’éviter toute contamination de la part des rares spécimens que je fréquente… ne serait-ce que pour ne pas aggraver le problème 😉

    J’aimerais moi aussi qu’il ne fut jamais nécessaire de recourir à la justice pour régler de tels différents. J’aimerais même que de tels différents n’existent pas et qu’aucune chapelle ne cherche à dicter sa volonté et à imposer sa vision. Peut-on éviter le recours à la justice? Je ne crois pas… Il est même parfois préférable d’y recourir pour prévenir tout dérapage. Il vaut mieux rencontrer un juge (ou un médiateur) avant de se déchirer pour savoir qui gardera le petit plutôt que finir devant un juge une fois que le mal est fait.

    Là où je suis en désaccord avec vous, c’est quand vous dites qu’il est « difficile, voire impossible, à quelqu’un d’admettre que sa morale soit mauvaise uniquement parce qu’une cour l’aurait dit. » Aucune cour ne se prononcera sur la qualité d’une morale ou donnera un avis moral sur un sujet. Ce n’est pas son travail. Son rôle est de rendre une décision au regard du droit. Pas de dire « c’est bien » ou « c’est mal » mais « vous avez commis tel acte, il vous en coutera tant » (en résumé et imparfaitement, ne livrant ici que ma vision de non-juriste). On voit bien qu’elle ne fait pas de morale quand elle rend des condamnations équilibrées à l’encontre de personnes dont les actes furent si répugnants que la plupart des gens les pendraient sans problème par les tripes.

    C’est tout le problème de « la mariée qui n’était pas vierge » : il fut demandé (exigé? imposé?) que la justice statue sur un point de morale (la virginité comme qualité essentielle) alors que son rôle était de juger de la réalité ou non d’un mensonge et de son caractère préjudiciable : un fait et ses conséquences au regard du droit, non de la morale. La justice était en porte à faux entre son rôle d’application du droit et ce rôle de juge moral qu’on la poussait à avoir.

    Je n’ai pas de réponse claire non plus, sinon que le droit est sensé être un rempart contre l’arbitraire, les règlements de compte et les lynchages.

    Commentaire par Ferdydurke — 31/03/2009 @ 15:43

  17. Oups… « le droit est censé ». Et non sensé… Euh… Oui, il est aussi sensé. Du moins, il est censé l’être. Sensé. Les deux, quoi!

    Commentaire par Ferdydurke — 31/03/2009 @ 17:11

  18. Quel délice de lecture, au fond et sur la forme, que la réponse de Luc Cédelle aux « chers chercheurs » que vous avez dénichée!
    Aliocha, ne pourriez-vous envisager de croiser rapidement vos gènes avec ce garçon pour faire émerger le prototype du journaliste que j’appelle de mes voeux?
    Votre rencontre impromptue intègre au surplus tous les ingrédients de la comédie cinématographique: un malentendu initial puis la prise de conscience d’une singulière unité d’esprit, avant l’accomplissement d’un dessein commun.
    Si l’affaire se concrétise, puis-je suggérer que nous en soyons informés quotidiennement sous forme de feuilleton?
    Mes excuses par avance à un éventuel Monsieur Aliocha préexistant. La Cause exige parfois de grands sacrifices.

    Aliocha : Désolée de briser votre rêve mais il y a un monsieur Aliocha, lui-même journaliste d’ailleurs. Cela étant, je peux vous proposer une réalité plus intéressante encore que votre rêve. Pourquoi pensez-vous que j’ai ouvert ce blog ? Précisément parce que ce que je lisais concernant la presse et les journalistes sur Internet me paraissait loin de la réalité. Nous sommes très nombreux à faire ce boulot avec passion, c’est un métier de passionnés et c’est un métier passionnant. Simplement, nous n’avons pas l’habitude de nous raconter. Je suis heureuse de voir que lorsqu’on le fait, les gens qui nous lisent trouvent qu’on n’est pas si bêtes 😉

    Commentaire par Goloubchik — 31/03/2009 @ 17:33

  19. liberté d’expression
    la conception d’un droit limité a été défendu pendant la révolution française par Sieyès. À l’encontre de Robespierre et Marat, qui souhaitaient une liberté indéfinie et illimitée
    débat toujours d’actualité

    méditez sur ces mots: de Fernand Dumont que je trouve fort justes
    «les censeurs existent toujours, même s’ils ont changé de costume et si leur autorité se réclame d’autres justifications. Toutes les sociétés, quels que soient leur forme et leur visage, mettent en scène des vérités et des idéaux et rejettent dans les coulisses ce qu’il est gênant d’éclairer.

    Toutes les sociétés pratiquent la censure; ce n’est pas parce que le temps de M. Duplessis est révolu que nous en voilà délivrés. Les clichés se sont renouvelés, mais il ne fait pas bon, pas plus aujourd’hui qu’autrefois, de s’attaquer à certains lieux communs.

    Il est des questions dont il n’est pas convenable de parler; il est des opinions qu’il est dangereux de contester. Là où il y a des privilèges, là aussi travaille la censure. Le blocage des institutions, le silence pudique sur les nouvelles formes de pauvreté et d’injustice s’expliquent sans doute par l’insuffisance des moyens mis en oeuvre, mais aussi par la dissimulation des intérêts. On n’atteint pas la lucidité sans effraction» (Fernand Dumont, Raisons communes, Montréal, Éditions du Boréal, 1995, p. 25-25).

    quant à moi je vais mettre sur mon blog le dessin de plantu en soutien à la liberté d’expression car si nos caricaturistes ne peuvent plus exercer leur art en toute liberté où allons nous?

    Commentaire par artemis — 31/03/2009 @ 21:28

  20. TRES IMPORTANT

    cliquez sur ce lien notre Chère Aliocha a une renommée internationale
    elle est passée à la télé vous n’en croirez pas vos oreilles et vos yeux
    http://www.worldsgreatestbusinessmind.com/20090330-aliocha-french%20journaliste-create.html

    Commentaire par artemis — 01/04/2009 @ 00:15

  21. Aliocha : Amusant !

    Commentaire par laplumedaliocha — 01/04/2009 @ 07:43

  22. @ aliocha en 7

    En effet, j’ai lu hier que Valérie Létard avait émis cette intention. J’espère que son objectif n’est pas seulement de l’interdire mais d’en faire juger le contenu. Cela permettra d’avoir un point de vue objectif et dépassionné. Même s’il faut bien constater que cette chanson date de 2007 et que nous sommes en 2009…

    J’ai le même sentiment que vous : Dans cette affaire, on s’attaque à la surface du problème faute de résoudre celui. J’ai pourtant du mal à croire que cela soit une question d’impuissance, mais plutôt un problème de « loi du silence généralisée et confortable » souvent accru par le propre mutisme des victimes.

    J’espère donc que cette chanson aura un effet secondaire positif : celui d’empêcher les yeux de se fermer. Allez, au moins pendant une semaine…
    Hors-sujet, i know.

    Commentaire par Ferdydurke — 01/04/2009 @ 07:47

  23. @artemis, 20 : je n’ai pas attendu sa renommée internationale et je me suis déjà fait faire un tatouage au bas du dos en son honneur !
    En revanche, je n’ai toujours pas d’autographe.

    Commentaire par OeilduSage — 01/04/2009 @ 08:18

  24. @ Ferdydurke (16) :

    Certes, la justice ne tranche pas sur la morale en tant que telle. Mais quand ce qui est en cause est la liberté d’expression, je crois bien qu’en fin de compte, c’est comme ça qu’elle est perçue. À tort peut-être, mais quand même. Quand elle déclare qu’il y a lieu de censurer un propos (ou de punir son auteur, ce qui revient au même d’un point de vue de la liberté d’expression), je pense que l’auteur des propos comprend « la justice estime que ce propos est contraire à la morale de notre société » — ou plutôt, « à ce que ce tribunal perçoit comme étant la morale… ».

    Il se trouve que, par hasard, je suis en train de lire Tocqueville et en particulier un passage sur la liberté de la presse. Bon, c’est très daté XIXème, mais il est intéressant de voir qu’il estime qu’au final la démocratie est mieux servie par une presse excessive, non censurée, non pas parce qu’il est fondamentalement pour une liberté totale, mais parce qu’il croit qu’il est impossible de trouver un juste milieu entre assez de liberté et trop de censure, que la moindre tentative de limitation ne peut que sombrer petit à petit dans la censure complète. Bien qu’il me semble que l’histoire lui donne tort (et qu’en l’occurrence, il regarde à ce moment le domaine purement politique, et pas les opinions personnelles intimes ou religieuses), n’est-ce pas une remarque intéressante ?

    Commentaire par Rémi — 01/04/2009 @ 11:24

  25. Chère Aliocha,

    J’aimerai contester votre point suivant:
    « La censure est toujours un réflexe qui m’étonne. Si quelque chose dérange, on peut détourner le regard, non ? »

    Dans l’absolu je suis d’accord avec vous.
    En revanche, je disconviens dans le sens que vous nous présentez cette réflexion sitôt après nous avoir montré deux exemples, l’un impliquant une affiche de film et l’autre un article de journal.

    Or, autant je puis aisément détourner le regard d’un article de journal que j’aurais acheté s’il m’arrivait d’être choqué, voir même ne pas l’acheter dans le cas extrème.
    Autant, je ne puis pas forcément détourner le regard d’une affiche qui me serait imposée … je me vois mal faire une heure de détour afin d’éviter une station de métro ou un boulevard en voiture.

    Qu’il y ait liberté de la presse sans censure, soit, mais tant que cette liberté ne conduise pas à réduire la mienne, non ?

    Commentaire par Ferdi — 01/04/2009 @ 12:19

  26. Bonjour Ferdi,

    Ben en fait vous parvenez à cette conclusion, qui est fausse, je vous rassure, parce que vous avez une conception égocentrique de la liberté. Pour vous, la liberté, c’est d’abord « ma » liberté.

    Or la liberté est un concept collectif: la liberté c’est « notre » liberté.

    A partir de là votre raisonnement ne peut s’élancer que sur de mauvaises bases. Ainsi quand vous poser le raisonnement:

    « J’aimerai contester votre point suivant:
    “La censure est toujours un réflexe qui m’étonne. Si quelque chose dérange, on peut détourner le regard, non ?”

    Dans l’absolu je suis d’accord avec vous. »

    Ah bon? Mais pourquoi?

    Ne peut on pas soutenir, au contraire que je ne DOIS PAS détourner le regard de ce qui me dérange?

    En posant le problème comme ça, vous amenez naturellement des raisonnements qui sont beaucoup plus riches. Parce que le vôtre vous amène très logiquement à votre conclusion: pas touche à ma liberté. Si la liberté de la presse réduit la mienne, alors qu’on réduise la liberté de la presse. Et mon droit à l’information? Ben je m’en fous, j’veux pas savoir! Les trucs qui me dérangent, je détourne le regard.

    je ne sais pas si vous vous rendez compte que c’est un raisonnement de petit bourgeois soumis qui ne présente que le seul avantage de nous dispenser d’avoir à transformer la France en dictature, puisqu’avec un raisonnement pareil, de toute façon vous obéissez à tout dès qu’on vous le demande.

    C’est plutôt idiot, parce que je pense que dans le fond vous n’avez aucune envie d’être soumis.

    Commentaire par tschok — 01/04/2009 @ 12:48

  27. Bonjour Tschok,

    Merci pour votre réponse.
    Je crains que vous ne m’ayez mal compris ou en sinon, pas en totalité.

    Par la comparaison entre le journal et l’affiche, je voulais mettre en évidence le fait qu’une affiche -pour autant qu’elle soit bien faite et bien placée, et Dieu sait si les publicitaires sont doués- peut amener à vous IMPOSER sa vue.
    Au contraire d’un journal dont vous pouvez délibérément, et sans contrainte aucune sinon le sentiment de curiosité non assouvie, en éviter le contenu.

    Ma définition de la liberté reste celle qui a été proposée en 1789 lors de la déclaration de l’homme et du citoyen :
    « Ma liberté s’arrête où commence celle des autres ».

    C’est cette définition que j’applique présentément à la presse, et non par obscur égocentrisme, je vous rassure.

    Quant à votre question de savoir si nous aurions l’obligation morale de ne pas détourner notre regard de ce qui nous dérange, j’ai la faiblesse de penser que chacun sait ou sont ses propres limites du supportable.
    … et qu’il serait dangereux de forcer quelqu’un à passer outre …

    Je le dis et le répète encore, la presse a le DROIT -elle est libre- de publier ce que bon lui semble tant qu’elle ne me force pas à le lire. Qu’elle en ait le DEVOIR (de publier ce qui choque entre autres), c’est une autre question, mais dont la réponse n’aurait aucun rapport avec la liberté de quiconque.
    De même, j’ai le DROIT à l’information comme vous le mentionnez … mais si vous soutenez que j’aurai le DEVOIR (de m’informer), pardon, mais c’est non, ce serait une entrave à la liberté.

    Commentaire par Ferdi — 01/04/2009 @ 14:34

  28. Eh bien, je me crois capable de soutenir que vous avez le devoir de vous informer sans pour autant porter atteinte à votre liberté en particulier et à la liberté en général.

    Tenez par exemple, qu’est ce que c’est que l’école, où vos parents ont normalement dû vous envoyer, sans pour autant porter atteinte à votre liberté, sinon l’obligation qu’a tout individu de s’instruire, donc de s’informer?

    En faisant cela, il vous ont certes tenu littéralement enfermé en un lieu d’où vous ne pouviez sortir qu’avec un mot écrit de leur part, et cela pendant une partie de la journée, ce qui ne représente qu’une atteinte très partielle à votre liberté d’aller et venir, justifiée par la nécessité de vous instruire.

    Et s’il ne l’avaient pas fait, alors vous n’auriez pas su comment jouir de la liberté en général, ce qui aurait effectivement porté une atteinte au principe de la liberté, puisque la liberté n’a de sens que si l’on sait comment en jouir. Dès lors, le faire (c’est à dire vous avoir envoyer à l’école, c’est à dire vous avoir soumis à un devoir de vous former et de vous informer) revient bien à respecter la liberté, tant dans son principe que dans son application.

    Devenu adulte, nul ne peut vous forcer à vous informer. En revanche, vous être libre de vous reconnaître cette obligation sans que rien ne vous y contraigne, de telle sorte qu’en acceptant de vous soumettre à ce devoir vous ne faites en réalité qu’obéir à vous même, expression pure de la plus absolue liberté.

    Commentaire par tschok — 01/04/2009 @ 16:14

  29. @ Tschok

    « en acceptant de vous soumettre à ce devoir vous ne faites en réalité qu’obéir à vous même, expression pure de la plus absolue liberté »

    Je plussoie! La liberté c’est de choisir soi-même ses contraintes…

    Commentaire par Ferdydurke — 01/04/2009 @ 21:49

  30. @ Rémi en 24

    Considéré sous cet angle, je ne peux qu’aller dans votre sens. En effet, la justice et ses décisions souffrent probablement d’un problème de perception, probablement du à un décalage entre la réalité de sa mission et les attentes du public.

    En effet, la remarque de Tocqueville est pertinente et dans la lignée du célèbre propos voltairien « je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites… », en somme.
    Mais pourquoi trouvez-vous que l’histoire lui donne tort? J’ai plutôt le sentiment qu’elle lui donne raison.

    Commentaire par Ferdydurke — 02/04/2009 @ 08:57

  31. Peut-être aurait-il été utile de donner un lien vers l’article d’Acrimed qui sert de base à l’ire des enseignants-chercheurs à propos du Monde : http://www.acrimed.org/article3101.html

    Je ne suis personnellement pas très convaincu par le type de démonstration d’Acrimed, mais il me semble effectivement repérer des défauts dans le traitement que Le Monde à fait de ce conflit. Pendant les trois premières semaines, les articles n’ont parlé que de la réforme du statut, alors que le problème des concours de l’enseignement était présent dès les premiers manifestes, et bien en évidence. Ensuite, la rédaction du Monde.fr a systématiquement repris quasiment mot pour mot les communiqués ministériels parlant de « gestes » ou d’« avancées » en oubliant de vérifier si les gestes et les avancées en question n’étaient pas de simples reformulations du texte initial… ce qui était presque toujours le cas (ce qu’il était facile de faire en vérifiant ses sources).

    Certes, c’est un article particulièrement mauvais qui a mit le feu aux poudres

    http://www.lemonde.fr/societe/article/2009/03/31/les-facs-mobilisees-voient-leur-image-se-degrader_1174709_32

    (voyez vous-mêmes : les chiffres sont douteux – les sources, on vous dit -, les exemples choisis de manière biaisée – d’autres facs très revendicatrices, comme Paris 1 ou Paris 10 n’ont pas vu leurs effectifs diminuer – et le corps de l’article est un empilement de citations qui ne justifient en rien le titre de l’article)

    mais cela fait maintenant plusieurs mois que la rédaction du Monde manque systématiquement de professionnalisme sur ce sujet.

    Commentaire par Mathieu P. — 02/04/2009 @ 11:58

  32. @ Ferdydurke (30) :

    Pourquoi je trouve que l’histoire lui donne tort ? Parce que depuis qu’il a écrit, on a vu de nombreux régimes démocratiques, à commencer par la France puisque c’est celui que je connais le mieux, instaurer une certaine censure, sans pour autant qu’on puisse dire de manière évidente que ça n’a fait que dériver vers toujours plus.

    Peut-être est-ce parce que la censure s’est parfois relachée (le Canard n’a plus besoin de se moquer d’Anastasie), mais cela suffirait déjà à contredire Tocqueville (si elle peut se relacher par moments, c’est qu’il a tort quand il dit que quand on met le doigt dans l’engrenage de la censure, on ne peut qu’aller de l’avant). Peut-être est-ce aussi parce qu’on n’a pas assez de recul pour voir que ce processus est en cours, auquel cas il a peut-être raison malgré tout…

    Mais de toute façon, ce passage ne concerne que l’expression politique, ce qui est différent de l’expression tout court, et je soupçonne Tocqueville d’être très influencé par son époque (il écrit vers 1830), fertile en révolutions et révoltes, où tolérer « trop » de liberté politique semblait encourager les mécontents à la révolution par la force, ou à la guerre civile. Ce qu’il dit sur les « associations » (on parlerait maintenant de partis ou de lobbies…) est aussi dans cette ligne.

    Commentaire par Rémi — 02/04/2009 @ 16:53

  33. @ Rémi

    Je n’avais pas lu votre réflexion sous cette angle. Je suis aussi d’accord avec vous pour dire que seule une observation dans la durée permettrait d’analyser l’évolution de la censure, sous couvert d’y intégrer des paramètres tels que l’impact des nouvelles technologies de communication, des changements de mentalité, etc.

    Sans couper les cheveux en quatre ni importuner des diptères, on peut aussi se demander si la censure n’a pas pris de nouvelles formes, plus insidieuses, comme l’auto-censure. D’autant plus que les tentatives de censure étant moins fréquentes et la censure elle-même moins violente, la vigilance est moins importante. En quelque sorte, le relâchement de l’un cause le relâchement de l’autre… J’ai tendance à penser qu’on n’est jamais si bien asservi que par soi-même.

    Commentaire par Ferdydurke — 04/04/2009 @ 18:59

  34. Petite correction : « On n’est jamais si bien asservi que par soi-même », Gilbert Cesbron.

    Aliocha : alors ça c’est de la référence littéraire ! j’ai toujours été fascinée par son titre « c’est Mozart qu’on assassine », cela étant, la mode Cesbron est passée, non ? Amusant d’ailleurs…

    Commentaire par Ferdydurke — 04/04/2009 @ 19:20

  35. @ Aliocha en 34

    J’ai eu une grand-mère très croyante, bien que divorcée et émancipée à une époque où les femmes avaient encore très peu les moyens de l’être. C’est donc chez elle que j’ai eu l’occasion de lire les oeuvres de Cesbron (malgré mon agnosticisme naissant), pendant nos visites en France lors des grandes vacances. Vu qu’elle vivait dans un petit village de campagne, l’adolescent que j’étais compensait par la lecture la cruelle pénurie de jeunes paysannes. A mon grand regret… Les granges à foin prêtes à les accueillir ne manquaient pourtant pas! 😉

    Voilà pour la petite histoire…

    Amusant? Pourquoi donc?

    Aliocha : pour rien, c’est juste le phénomène de mode qui entoure certains auteurs, je me souviens avoir lu vers l’âge de 10, 11 ans un nombre incroyable de choses qui ont depuis disparu disparu des étals des libraires et de mon esprit, dont Cesbron. La question est : de Gavalda, Levy, Nothomb, Angot et autres, qui survivra à notre époque. Aucun je pense 😉

    Commentaire par Ferdydurke — 04/04/2009 @ 22:38

  36. @ Aliocha

    Je vous avoue que si la citation m’est revenue en mémoire, j’ai du chercher le nom de son auteur, d’où la correction a posteriori.

    Je vous comprends et j’abonde dans votre sens. Des noms que vous citez, je n’en garderai aucun. Des auteurs comme Modiano ou Le Clézio survivront peut-être mais ils se situent entre deux époques, bien qu’encore d’actualité.

    Je ne m’étonne même plus de ne lire quasiment que de la littérature étrangère ou de « remonter le temps » pour ce qui est de la littérature française. C’est heureusement l’occasion de belles rencontres, même tardives, comme Georges Hyvernaud que je ne connaissais absolument pas il y a cinq ans!

    Commentaire par Ferdydurke — 05/04/2009 @ 11:40

  37. @ Mathieu P.
    C’est marrant, tous ceux qui émettent des réserves envers les publications d’Acrimed, du genre, comme Mathieu P. « Je ne suis personnellement pas très convaincu par le type de démonstration d’Acrimed », sont toujours bien en peine de dire pourquoi, de donner le moindre argument, de citer des propos faux ou mensongers…

    Allez, Mathieu P., rien que pour vous, le dernier article d’Acrimed sur le sujet, particulièrement argumenté en ce qui concerne le traitement de l’actualité universitaire par Le Monde.
    http://www.acrimed.org/article3118.html
    Exercez-vous, dites nous en quoi la démonstration est fausse.

    Commentaire par Duquesnoy — 08/04/2009 @ 14:51

  38. 12 @ Mister Cham
    <>

    Donc Aliocha ne le sait pas ?
    Heureusement que vous le lui rappelez 😉

    OK, je sors !
    Ah, les affres de la double négation…
    J’avais un collègue, qui a proféré un jour cette sentence immortelle :
    « Ils [les élèves] ne peuvent pas ne pas savoir [un point du programme important, selon ce collègue] »

    Commentaire par Médard — 08/04/2009 @ 17:31

  39. Je rajoute la citation qui a été bouffée par WordPress ;->

    Qui plus est vous n’êtes pas sans ignorer que les situations de crises économiques et sociales raniment les fièvres extrémistes.

    Commentaire par Médard — 08/04/2009 @ 17:32

  40. […] les deux camps, d’autant plus que le contexte est particulièrement tendu. Sur le blog de la journaliste Aliocha, le journaliste et blogueur du Monde Luc Cédelleavoue « que le sujet est […]

    Ping par Arrêts sur images : article du 6/04 « Blog Archive « april's chick — 24/04/2011 @ 20:44


RSS feed for comments on this post. TrackBack URI

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Propulsé par WordPress.com.

%d blogueurs aiment cette page :