La Plume d'Aliocha

22/03/2009

Et l’avortement thérapeutique maintenant….

Filed under: Réflexions libres — laplumedaliocha @ 10:57

Que mes amis catholiques se rassurent, je ne vais pas mener une charge contre le Pape. Bien au contraire. Je viens de lire ce matin que Benoît XVI lors de son arrivée en Angola s’était notamment déclaré contre l’avortement thérapeutique. L’intégralité du discours est ici. Une déclaration qui se trouve en opposition avec le protocole de Maputo dont le texte est . L’adoption de ce protocole a été largement encouragée par la Fédération internationale des droits de l’homme. Gageons que cette déclaration va venir s’ajouter à la longue liste des motifs de polémique autour du Vatican. Et que la presse va encore en prendre pour son grade. Essayons donc d’anticiper ce nouvel affrontement pour l’aborder peut-être plus calmement et, qui sait, en tirer des réflexions fructueuses. Dans chacune de ces polémiques, nous retrouvons les mêmes ingrédients : un combat faisant l’objet d’un consensus général est remis en cause par le Vatican. Je mets de côté l’affaire Williamson. La question du négationisme explique l’emballement médiatique, mais c’est le seul cas où l’Eglise s’est retrouvée involontairement dans une position contradictoire. Dans les autres affaires, le Pape s’est déclaré en opposition directe avec le combat du moment  : le droit de la femme à avorter pour des questions thérapeutiques voire simplement au nom de sa liberté d’une part, la lutte contre le sida via la généralisation du préservatif d’autre part. 

Si la presse s’est emparée de ces déclarations, c’est pour deux raisons. D’abord parce qu’elle a pour mission d’observer les grandes questions de société. Ensuite parce qu’elle le fait en se référant aux valeurs communément admises de cette société. Eh oui, il lui faut bien un référent, fut-il imparfait. Or, il est me semble-t-il incontestable en France que l’idée dominante du moment sur la lutte contre le sida c’est l’efficacité du recours au préservatif et, sur le droit des femmes, celui d’avorter. Par conséquent, toute déclaration dissonnante avec ces convictions déclenche forcément le débat, a fortiori quand elle vient d’une autorité religieuse et politique aussi puissante que le Pape. Il va falloir que les catholiques s’y habituent même si je conçois aisément que cela puisse être parfois lourd à porter. 

La déclaration en Angola me parait introduire une nouveauté significative par rapport aux précédentes « affaires » : elle met en effet en opposition directe la position de l’Eglise avec la « religion » des droits de l’homme, puisque c’est la philosophie même d’un texte sur les droits de l’homme qui est ici remise en cause. Comment résoudre cet affrontement ? D’un point de vue pratique, il est fort embarrassant, mais d’un point de vue théorique il est passionnant. Car il invite à relativiser nos certitudes.  Et si notre vision du progrès en matière de droits de l’homme était imparfaite ? Et s’il advenait en effet qu’un jour nous estimions que le droit à la vie est supérieur à notre conception actuelle des droits et des libertés ? Rappelons qu’à la révolution française nous avons écrit que la propriété était un droit inaliénable et sacré (article 17), je ne suis pas sûre que nous écririons la même chose aujourd’hui. Chaque société adhère à un instant donné à un certain nombre de valeurs qu’elle juge incontestables et supérieures à celles qui l’ont précédée. Ce qui nous permet d’affirmer sans craindre de beaucoup se tromper que demain, nous penserons différemment d’hier. Face à nos consensus changeants, la permanence des convictions défendues par l’Eglise nous propose un exercice intellectuel salutaire : sommes-nous bien sûrs de détenir la vérité  ?

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