La Plume d'Aliocha

20/03/2009

La preuve par l’exemple

Filed under: Eclairage — laplumedaliocha @ 11:02

Ah ! Les journalistes ces imbéciles anti-cléricaux qui ne comprennent rien à rien et tapent sur l’Eglise pour booster leurs ventes, n’hésitant pas à utiliser l’arme de la désinformation massive. C’est vrai dites-moi, ils ont parlé de la levée des excommunications sur des évêques intégristes, lesquels m’explique-t-on ne sont pas évêques (dixit Eolas). Erreur fatale qui change radicalement le sens profond de l’information !

Et puis ils ont aussi parlé d’excommunication s’agissant de l’affaire de la fillette brésilienne, alors qu’il n’y a pas eu d’excommunication prononcée, celle-ci étant en principe automatique. Enfin, automatique pas tout à fait puisque précisément nous entrions là dans le champ de l’exception susceptible d’entraîner le pardon. Par conséquent, l’évêque en soulignant que la mère et les médecins étaient excommuniés, a bien prononcé de facto une excommunication….ou bien refusé de faire jouer l’exception, mais ne finassons pas à l’excès, le résultat est bien l’excommunication.

Sans compter la question du préservatif, sur laquelle on m’a soutenu qu’il était faux de titrer que le Pape contestait son efficacité. Ah ? Le bilan que je tire de nos débats d’hier, c’est que non seulement il en conteste l’efficacité mais surtout il considère qu’il pourrait aggraver le problème en encourageant les comportements à risque sous couvert (c’est le cas de le dire) d’une sécurité illusoire. Ce qui me donne à penser qu’il faudrait peut-être écrire sur chacun de ces petits objets : « à consommer avec modération, l’abus de sexe nuit à la santé ». Toute plaisanterie mise à part, j’avoue que j’ai trouvé ce débat passionnant, qu’il m’a enseigné beaucoup de choses et qu’au fond, je ne regrette qu’une seule chose : que les tenants des deux méthodes de lutte contre la maladie s’affrontent quand ils feraient mieux de s’unir. On me dit que ce n’est pas possible, que le préservatif est antagoniste de l’abstinence, j’en doute. Quand on fait un effort pour communiquer, on y arrive. Et l’enjeu est si important qu’on a une obligation de résultat sur ce coup-là.

Les leçons de la polémique

Ce qui m’agace ici, c’est le traitement qui a été réservé à la presse dans cette affaire. Et comme elle me parait emblématique d’un certain nombre de raisons expliquant l’expectation gap entre la presse et son public, je vais les reprendre ici brièvement. Commençons par la polémique. Se retrouver en une des journaux dans le cadre d’une controverse est toujours dangereux pour celui à qui ça arrive. Résultat, la susceptibilité des lecteurs est exacerbée. Les uns nous reprochent notre tiédeur, les autres notre virulence, selon qu’ils sont pour l’un ou l’autre camp. En réalité, ce qui les dérange, ce n’est pas la presse, qui n’est qu’un vecteur, mais le débat lui-même. Et comme ça les dérange, arrive très vite le deuxième réflexe : le journaliste est un imbécile qui ne comprend rien. Ce qui m’impose de réexpliquer les contraintes du métier : nous devons être objectifs, rapides, brefs et compréhensibles par tous. L’objectivité  est  perçue comme une attaque par tous ceux qui voudraient qu’on les défende sur le mode : celui qui n’est pas avec moi, est contre moi. La rapidité est analysée comme un réflexe superficiel et inconséquent lié à des préoccupations de concurrence et de rentabilité, la course au scoop.  Désolée, mais ce n’est qu’une des nombreuses contraintes qui pèsent sur nos têtes, nous travaillons au rythme de l’actualité qui elle-même bouge très vite. On n’y peut rien. Enfin, la synthèse et la vulgarisation sont analysées immédiatement comme le signe d’une inculture crasse. Eh non, ce n’est pas cela, mais encore une obligation du métier. Il nous est interdit de jargonner, de tergiverser, de finasser, nous devons délivrer des messages clairs et compréhensibles par tous. Je rappelle au passage que les journalistes sont tous recrutés au niveau bac +5, nous ne sommes donc pas totalement incultes, n’en déplaise à nos détracteurs. Le travail de synthèse est un des plus difficiles qui soit. C’est même un infernal casse-tête. L’article qu’on vous livre n’est bien souvent qu’un pourcentage infime du travail qui a été nécessaire pour le rédiger. Eh oui !

Je ne serais pas revenue sur l’affaire, si je n’avais été visiter ce matin le blog de La Croix. Et là, ô surprise, j’ai lu sous la plume de Michel Kubler ceci :

« Des prises de position successives de la hiérarchie catholique, au fil des dernières semaines, sont en train de provoquer un effet d’accablement sans doute involontaire, mais néanmoins réel et profond au sein de l’opinion, y compris catholique. Levée de l’excommunication des évêques lefébvristes et positions négationnistes de l’un d’eux, gestion catastrophique de ce dossier au niveau du Vatican, scandale autour de l’excommunication des personnes ayant procuré un avortement sur une fillette brésilienne de 9 ans, et maintenant propos de Benoît XVI sur le préservatif… »

Et le billet est titré « Accablement ». Mazette ! Vous observerez que l’on y retrouve les mêmes raccourcis de plume que dans les autres médias et les mêmes interrogations aussi, sauf qu’elles se teintent à La Croix de tristesse et d’incompréhension, tandis qu’elles fleurent davantage l’agacement et la révolte chez les autres. A part cela, le journal catholique infirme-t-il les informations délivrées par les autres ? Est-il plus précis techniquement ? Révèle-t-il une scandaleuse campagne de dénigrement contre l’Eglise ? Non. Simplement La Croix est autorisé par les catholiques à écrire cela parce que le journal bénéficie d’une présomption de bienveillance, tandis que le reste de la presse est soupçonné de comploter. De la même façon, on présumera que ses raccourcis ne sont pas le signe de l’ignorance mais le résultat d’une commodité d’écriture, là où tous les autres seront taxés de ne rien comprendre en écrivant pourtant la même chose.

Ce que j’entends montrer ici, c’est à quel point la lecture de la presse peut être subjective, émotionnelle, voire épidermique. Amis lecteurs, nous faisons de réels efforts pour être objectifs, faites nous la grâce de tenter de l’être un peu aussi. Les journalistes ne veulent de mal à personne, ils ne complotent pas, n’ont pas de listes de personnes ou d’institutions à abattre. Ils ont simplement le regard braqué en permanence sur notre société et ils racontent ce qu’ils voient, ni plus, ni moins.

Propulsé par WordPress.com.