La Plume d'Aliocha

10/03/2009

Encore la « faute aux médias » !

Filed under: Débats — laplumedaliocha @ 12:11

Ainsi donc, c’est Marianne 2 qui en parle, la crise économique actuelle serait la faute des médias selon Alain Minc, conseiller de toute l’élite française et notamment de notre Président, ces médias qui auraient une fâcheuse tendance à projeter leur propre déprime sur le monde entier. Cessera-t-on un jour de vouloir tuer les messagers de mauvaises nouvelles pour ne pas les entendre, de casser les thermomètres pour faire baisser la fièvre ou de briser les miroirs pour ne plus voir son reflet ?

Une confiance si fragile

Non, Monsieur Minc, la crise n’est pas le fait de médias névrosés qui pollueraient de leur mélancolie la situation qu’ils ont pour mission d’observer et de décrire. Il fut un temps, hélas déjà lointain, où les médias se portaient fort bien ce qui ne les empêchaient pas d’annoncer des catastrophes. Quoiqu’on fasse, il y aura toujours plus d’articles sur les trains qui n’arrivent pas à l’heure que sur ceux qui respectent leurs horaires. Dans le premier cas il y a une information, dans le second, il n’y en a pas.

Cela étant, je comprends votre démarche, c’est celle de nombre de gens qui, comme vous, batifolent dans les hautes sphères économiques et politiques. Il est vrai que les marchés financiers en particulier et l’économie en général fonctionnent essentiellement sur la confiance. Et que cette confiance est toujours à la merci d’un retournement comme en témoignent les agitations des grands indices boursiers à l’heure actuelle. Par conséquent, vous et les vôtres concevez une immense méfiance vis à vis des médias qui sont susceptibles, en annonçant une mauvaise nouvelle, d’affecter des équilibres par définition fragiles, de créer au mieux des réflexes prudents d’attentisme, au pire la panique.  Là-dessus, je ne puis que vous suivre. C’est d’ailleurs cette conviction chez les acteurs économiques qui rend l’exercice du journalisme si difficile en ce moment concernant la crise. Tous nos interlocuteurs parlent avec la plus grande circonspection, se livrent à de la haute voltige en matière de langue de bois, voire parfois mentent quand ils ne préfèrent pas tout simplement se taire. Tous sont tétanisés de peur à l’idée qu’une déclaration un peu trop lucide ne sème la panique et qu’ils en soient à l’origine. Un observateur un peu plus franc que les autres – un de vos amis d’ailleurs – me confiait il y a quelques semaines que seul le sang froid des épargnants français avait permis d’échapper à la faillite de notre système bancaire. Il aurait suffit qu’ils réclament tous de récupérer leurs avoirs en même temps pour que la situation vire à la catastrophe absolue. Nous savons que le « moral des ménages » a également un impact sur la consommation, comme celui des chefs d’entreprise joue sur les décisions d’investissement, et celui des actionnaires sur les cours de bourse. Ruinez le moral de tous ces acteurs en leur annonçant des catastrophes et vous précipiterez la chute. A l’inverse, rassurez-les et vous aurez une chance de faire redémarrer l’activité plus tôt que prévu ou, à tout le moins, de limiter les dégats.

La confiance suppose la franchise

Pour autant, je suis en désaccord avec vous sur deux points fondamentaux. D’abord, il ne faut pas sur-estimer l’influence des médias sur l’opinion. Ce jeu à sens unique, souvent décrit par les détracteurs de la presse, au terme duquel une poignée de journalistes ferait la loi sur l’ensemble d’une population est une fumisterie. Par définition, un média n’est jamais qu’un tuyau, un vecteur, il est le produit de cette opinion générale autant qu’il y participe. La relation est profondément interactive. Le journaliste sent l’opinion, l’absorbe, la retranscrit, parfois l’amplifie mécaniquement en raison de l’audience attachée à son métier, mais il ne la fabrique pas et je doute même qu’il l’influence autrement que très superficiellement. Il suffit pour s’en convaincre de se rappeler comment la constitution européenne, défendue massivement par les médias, a été rejetée tout aussi massivement par les citoyens. La presse avant senti que l’opération serait un échec, elle a tenté d’aller contre l’opinion et elle a été magistralement désavouée.

Ensuite, je trouve qu’il y a quelques chose d’infiniment infantilisant de la part des élites à vouloir dissimuler la réalité aux journalistes et, à travers eux, au public en estimant que l’immense majorité n’est pas en mesure d’appréhender l’étendue et les enjeux d’une situation. Oserais-je faire observer que c’est précisément cette élite si intelligente et si éclairée qui est à l’origine de la catastrophe ? Je crois qu’il serait beaucoup plus sain de dire la vérité, calmement, plutôt que de tenter de minimiser les choses. D’ailleurs, aimeriez-vous, dans un tout autre domaine, que les médias vous cachent un danger de santé publique susceptible de vous concerner simplement pour éviter une panique générale ? Non, n’est-ce pas ?

S’il est vrai que l’économie se fonde essentiellement sur la confiance, je ne crois pas que la confiance puisse reposer sur le mensonge ou la dissimulation. Prétendre le contraire, c’est amorcer la sortie de crise sur de bien mauvaises bases et montrer qu’on n’a tiré aucune leçon des événements récents.

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18 commentaires »

  1. Il est vrai qu’Alain Minc ne brille pas par une honnêteté intellectuelle sans faille
    condamné pour plagiat c’est un touche à tout qui à une époque se disait libéral de gauche

    c’est peut être pour ces qualités là qu’il est le conseiller de l’élite Française

    Commentaire par artemis — 10/03/2009 @ 14:07

  2. « les marchés financiers en particulier et l’économie en général fonctionnent essentiellement sur la confiance »

    Je dirai même plus: dans une économie très largement dématérialisée, mondialisée et dont une grande part de la croissance est sur du crédit, elle ne fonctionne QUE sur la confiance.

    Dans cet esprit, dire que la crise que nous traversons est « surtout psychologique » ne me semble pas complètement aberrant.

    MAIS il ne faudrait pas pour autant en nier la réalité, ni sa source !

    Et là dessus, je rejoins votre conclusion Aliocha.

    Sa source est due aux montages financiers basés sur des hypothèses qu’un enfant de 13 ans trouveraient absurdes (en gros, sur l’hypothèse que les arbres peuvent monter jusqu’au ciel … et même plus haut encore).
    Là où on pourrait critiquer les média, c’est qu’ils n’aient pas plus dénoncés de tels montages.

    Sa réalité est lié aux comportements issus d’une rupture de la confiance: en anticipant un état de crise économique, nos comportements (baisse de la consommation, thésaurisation) nous plonge dans une réelle crise économique.
    Et là, les média ne peuvent que le constater.

    Commentaire par Yves D — 10/03/2009 @ 14:38

  3. en matière économique et financière (mais pas seulement), il y a tout un paquet de personnes, analystes, économistes, gérants, etc., capables de se contredire d’un jour sur l’autre sans apparement ne jamais éprouver la moindre gêne. mais, ce qui est le plus troublant, c’est que tout journaliste un peu sérieux devrait en être averti. si vous invitez Minc un jour, la moindre des choses est sans doute de prendre connaissance de ses dernières analyses ou recommandations (voire de plus anciennes). et je crois qu’ils le sont. j’en viens donc à trouver étrange que ce monsieur (et d’autres) passe encore à l’antenne pour délivrer ses messages. étrange qu’on l’invite seulement (je ne parle pas ici de pressions qui pourraient être faites par la hiérarchie pour imposer un invité – admettons que le journaliste soit libre de choisir son interlocuteur pour illustrer un sujet). je n’aimerais pas comprendre qu’à la fin le journaliste se fiche de la crédibilité de son traitement, que seule compte l’affiche. oh non, je n’aimerais pas savoir qu’on me raconte des salades au seul motif que la personne qui les raconte est connue, pire qu’on autorise (qu’on incite) à me raconter des salades en sachant que ce sont généralement des salades que pond cette personne connue.$*

    pour résumer : un journaliste de bonne foi ne devrait pas donner la parole à Alain Minc (ou autre capable de dire le lundi que la situation va se redresser et le vendredi quand elle a plongé que c’était tout à fait prévisible et ne le surprend absolument pas, d’ailleurs lui même l’avait annoncé). sauf pour le mettre face à ses contradictions. mais ça, aucun journaliste ne le fait jamais.

    Commentaire par david — 10/03/2009 @ 15:18

  4. Cette histoire de confiance et de franchise me rappelle, en fin 2008, les événements autour de Dexia et Fortis en Belgique.

    Fortis, qui s’était lancé en aout 2007 (aux moments du premier signe de la crise des subprimes, une suspension de cotation d’un titre géré par BNP-Paribas) avec d’autres dans l’acquisition de ABN-Amro (je crois), s’est trouvé un an plus tard en fâcheuse posture, à savoir devoir sortir beaucoup de liquidités (20M€ si mes souvenirs sont bons) pour payer sa part de ladite acquisition, dans un contexte de marché interbancaire complètement grippé et de défiance généralisée.

    Avec une honnêteté qui n’a d’égale que sa clairvoyance, le management de Fortis proclamait haut et fort que malgré ses pertes abyssales et ses obligations impressionantes, il n’avait pas de problèmes de liquidités et qu’il parviendrait à respecter ses engagements. Et ce, jusqu’au vendredi (y compris) précédant le plan de nationalisation de la banque annoncé le lundi suivant (c’était en décembre ou en novembre 2008, je ne sais plus). Je ne mesouviens plus des dates exactes, mais c’était vraiment une question de jours.

    Le marché, sans doute sous l’emprise de ces même journalistes malfaisants qui démoralisent aujourd’hui les francais, n’a pas cru Dexia qui jouait la même musique les jours suivants. À priori, Dexia n’avait pas les mêmes problèmes (avec la confiance des marchés, elle aurait tenu sans l’aide de l’état, alors que Fortis sans doute pas), mais a quand même du demander une aide gouvernementale.

    À mon humble avis, Fortis par son exemple a plus fait pour pilonner la confiance dans le système bancaire et décrédibiliser ses annonces que tous les journalistes réunis. Au moins en Belgique.

    Commentaire par Rom1 — 10/03/2009 @ 15:39

  5. Sa toute suffisance a parlé.
    Ainsi les médias seraient la cause de tout nos malheurs.
    Comme dirait la chanson » ils doivent être executés.
    M MINC ne prenez pas vos compatriotes pour des niais, et ceux qui vous écoutent de puis de si longues années savent que vous êtes capable de dire tout et son contraire.
    La crise économique est la conséquence d’un système devenu fou et auquel vous avez pour votre part contribué.
    Les médias nous informe , dieu merci, et nous citoyens sommes capables d’analyser ce qui nous est proposé.

    Commentaire par noel — 10/03/2009 @ 15:58

  6. Aliocha,

    Il existe tout de même des journalistes indélicats prompts à verser dans le sensationnalisme…malheureusement, ce n’est pas un cas rare même si je crois que la tendance est à une amélioration globale de la qualité du journalisme français.
    Il n’en demeure pas moins qu’il reste beaucoup de travail à accomplir.

    Pendant ce temps, beaucoup trop de vos confrères allument encore des mèches sans faire l’indispensable travail de vérification de l’information et de sa mise en perspective.
    Ceux-là peuvent être taxés sans vergogne d’une propension à créer la déprime sur du vent et la critique à leur endroit est bienvenue.

    En revanche, lorsque la déprime est la conséquence d’une information légitime et vérifiée alors le journaliste n’a pas à être attaqué.

    Lorsque vous affirmez dogmatiquement:
    « Ce jeu à sens unique, souvent décrit par les détracteurs de la presse, au terme duquel une poignée de journalistes ferait la loi sur l’ensemble d’une population est une fumisterie. »

    Je me permets de rétorquer, qu’à l’inverse, à cause de mauvais journalistes, (ou de mauvais journaux, éditeurs, agences de presse, etc…) une telle remontrance est parfois fondée.

    Annoncer des mauvaises nouvelles, certes…dès lors qu’il s’agit bien de nouvelles et non de rumeurs, de conjectures ou autres supputations infondées.

    Aliocha : en effet,le sensationnalisme est une critique récurrente contre la presse. Sur le sujet de la crise, je crois que la méfiance vis à vis des journalistes s’explique par plusieurs raisons : ce sensationnalisme en effet et la technicité des sujets à rapprocher de l’idée que les journalistes sont des imbéciles. Mais ce que je décris ici vient s’ajouter aux réactions habituelles. Je l’observe tous les jours auprès de mes sources favorites. Ces sources savent qu’en tant que juriste je fais très attention à ce que j’écris, que je ne fais jamais de sensationnalisme et que je suis attentive à la précision. Pour autant, elles parlent difficilement. D’abord parce que l’économie est toujours taisante quand elle va mal, ensuite parce que personne n’a de visibilité au-delà des 6 mois à venir, enfin parce que chacun a peur, peur de ce qu’il fait aujourd’hui et des conséquences que ça aura demain.

    Commentaire par Nemo — 10/03/2009 @ 16:20

  7. @5: Sa Courtoise Suffisance, c’est Balladur.

    Ah! cette manière d’exécuter les messagers de malheur!

    Le journaliste doit dire le sentiment du milieu. Alain Minc a dit qu’on était passé à 1 mm de la catastrophe. Peut-être. L’éclairage sur le comportement des épargnants français mais aussi chinois est utile pour comprendre les développements.

    Exemple de propos extra-lucides mais dangereux: « Nous allons vous révéler le nom de l’hyper-Madoff: il s’agit des USA eux-mêmes. » C’est vrai que ça fout les jetons à vous mettre un Dow Jones à 0.

    On peut aussi écouter, tiens, la propagande officielle de CCTV F (la télévision centrale de Chine en VF). On y apprend par exemple que:
    1. Le Dalaï-Lama est à la tête d’une clique. De toute façon, les moines tibétains sont les obligés des Fils du Ciel depuis des siècles.
    2. La Chine se recentre sur ses provinces occidentales pour la production de machines-outils notamment. (Aille! pour l’Allemagne!)
    3. La Chine se préoccupe de son marché intérieur, notamment de la sécurité du consommateur (si j’en crois le rapport du Comité permanent de l’Assemblée populaire nationale).
    4. La Chine vise à stabiliser sa population paysanne et améliorer la production agricole et les ports-francs comme Shenzhen financent jusqu’aux contrées les plus reculées.
    5. Le comité de la Police armée du PCC a été invité par le Secrétaire général du Comité central à mener une réflexion idéologique sur la stabilisation de la société, société dont on rappelle l’objectif d’harmonie exalté lors des derniers Jeux. Le lieu de couronnement de l’Empereur avait lieu en la Salle de l’Harmonie Suprême de la Cité Interdite.
    6. Il n’y a qu’une seule Chine: les vols directs trans-détroit ont été inaugurés en grande pompe et le Continent a offert un couple de pandas au zoo de Taipei sous les acclamations populaires.
    7. La Chine est présente en Afrique.

    On voit ainsi que la crise risque de bouleverser les schémas stratégiques occidentaux. Bref, la Crise n’a pas fini de nous surprendre.

    Commentaire par PEB — 10/03/2009 @ 17:50

  8. Pauvres d’Eux – Ils n’ont pas compris le fond du problème, sur 2 axes :

    1 – Le niveau de vie des pays ocidentaux est bien trop important et celui des pays dit « du sud » (mais en fait de tous ceux qui ne sont pas occidentaux) bien trop faible. Il devra y avoir un rééquilibrage, ce qui implique une baisse mathématique de la consommation moyenne (donc des prix en baisse, donc des marges en baisse) Je ne parle même pas de polution ni de pression sur les ressources naturelles. Alors la part des revenus pour les industries (sic) culturelles (re-sic), je rigole d’avance. Qui aujourd’hui au chomage, rmi ou rsa à 400 euros va mettre 20 euros dans un cd/dvd qu’il écoutera seulement 2 mois ? (idem pour la presse propagandiste qui ne sert de que du publi-information)

    2 – Pour le cas de la France (je ne connais pas assez ailleurs), la masse des salariés (cadres et non-cadres) a été traité comme du bétail depuis 20-30 ans. Il a fallut du temps pour l’intégrer, mais il y a 10 ans on voyait déja dans les revues pour DRH des articles qui expliquait que les cadres n’étaient plus motivés par leur entreprise. Aujourdhui les gens (approximation globalisante mais plutôt juste) travaillent pour vivre et changeraient immédiatement de société pour un salaire meilleur. Ce qui veut dire que ceux qui prennent conscience qu’ils peuvent sacrifier de la consommation (et donc du salaire et donc du travail) pour une vie personnelle, familiale, affective, amicale plus satisfaisante le feront. Ce qui veut dire que l’entreprise ne dispose plus de combattant, de force vive pour la soutenir.

    L’opinion de la population c’est que l’entreprise c’est le mal (en réaction à l’individu c’est un coût), je ne vois pas comment ils vont s’en sortir. Parce que l’individu c’est en même temps un producteur dans l’entreprise, mais aussi le client. Les ‘entreprises’ se mettent à dos en même temps leurs salariés et leurs clients, euh…. faut pas être très intelligent ou sortir de l’ENA pour comprendre que cela ne peut pas aller bien loin.

    Dès Lors, le système actuelle qui ne fonctionne QUE parce que l’on consomme plus l’année suivante que l’année en cours va automatiquement et mathématiquement s’effondrer. La crise (comme toute les situations exceptionelles) va engendrer une vague de changement de comportement et je crois que le système politique actuelle n’est pas capable de gérer ce changement obligatoire. Oh, bien sur, on peut faire durer le malade en phase terminale, mais ce n’est que partie remise tout en lui imposant de bien grandes souffrances (il suffit de voir la violence sociale actuellement à l’oeuvre et mise en oeuvre par un inculte qui ne pense qu’à ses amis)

    M’enfin, il suffit de tout convertir en bisounours-info-land pour que tout reparte. Remarquez, notre président, le bisounours, il en a déja la taille (bon ok il est hargneux lui, donc s’il en a l’habit, il n’en a pas la chanson)

    Commentaire par herve_02 — 11/03/2009 @ 10:14

  9. Pas bien compris le commentaire ci dessus de Herve_02 … D’abord c’est qui « Eux » ?

    Ensuite, sur son point 1, si la différence de niveau de vie entre les pays « occidentaux » et assimilés, et les autres, est un constat évident, cela n’implique nullement « une baisse mathématique de la consommation moyenne » !
    Je dirais même au contraire, et ces dernières années ont plutôt été celle d’une augmentation mondiale du PIB, donc (stocks mis à part) de la consommation.

    Que constate-t-on depuis 20 ans ?
    Une croisance des pays « occidentaux » qui a du mal (sauf qqs exceptions limitées géographiquement et dans le temps) à dépasser les 4% annuels.
    Et en même temps, une croissance des « dragons asiatiques », des BRICs (Brésil, Russie, Inde et Chine), mais aussi des pays de l’OPEP, qui est souvent à 2 chiffres, en tout cas supérieure à 7%.

    Il reste bien sûr des pays « laissés pour compte » (essentiellement en Afrique, mais aussi en amérique latine et asie, mais même le Bangladesh a une croissance moyenne autour de 5% depuis ces 20 dernières années). Mais la croissance continue sur la planète.

    Là où ça se complique, c’est « sur quoi » est basée cette croissance, et surtout sur sa répartition géographique entre « vendeurs » et « acheteurs ».

    Ma théorie (mais j’avoue ne pas l’avoir travaillé assez pour en être sur et certain), est que, au delà des raisons connues et débattues depuis ces derniers mois, la crise que nous traversons est aussi liée à une croissance « artificielle » depuis ces dernières années.
    En 2 mots: nous serions en train de subir un « rattrapage » sur le réel.

    La « confiance » n’est pas nouveau comme fondement de l’économie.
    Mais depuis la rupture des monnaies avec des étalons « réels » (l’or), cette confiance est devenue la base.

    On pourra remerquer que les pays comme la Russie, ou le Brésil, qui sont exportateurs de matières premières (réelles) n’ont pas été à l’origine de cette crise (mais la subissent, comme tout le monde), alors que les pays dont l’économie est largement dématérialisée, et les achats de biens réels basés sur du crédit, sont non seulement à l’origine, mais sont aussi ceux où elle est la plus violente (USA, GB, Espagne, etc).

    Commentaire par Yves D — 11/03/2009 @ 13:35

  10. Aller, une petite illustration des « warnings » qui ont pourtant été médiatisés, mais qui n’ont pas suffit pour prendre conscience que c’est en fait tout le système qui était « vicié ».

    L’affaire ENRON, qui date déjà de fin 2001 (il y a plus de 7 ans) !

    Elle illustre pourtant parfaitement notre crise !

    Ce qui a « coulé » ENRON, ce n’est pas son activité historique, basée sur le réel (la vente de gaz naturel), mais son activité « dématérialisée » de spéculation sur l’électricité (marchés de dérivés).
    Ca ne vous rappelle pas un peu le mécanisme des « sub-primes » ?

    Aliocha a écrit « la confiance suppose la franchise ».
    Ce n’était pas la politique d’ENRON, qui, pour maquiller ses comptes, a créé une ribambelle de sociétés « off shore », vous savez, dans ces fameux « paradis fiscaux », dont on reparle tant avec la crise actuelle …

    Qui était supposé « certifier » la confiance qu’on pouvait accorder à ENRON ? Des entreprises privées de Commissariat aux Comptes, comme le cabinet Arthur Andersen.
    Ca ne vous rappelle pas un peu les « agences de notation » des organismes financiers ?

    Tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes, avec des taux de croissance fabuleux … jusqu’à ce que tout s’écroule et que ENRON disparaisse, emportant avec elle Arthur Andersen et la ruine de petits retraités …

    On en a vu des unes de journaux en 2002 sur ce sujet. Il y a même eu plus de 10 bouquins écrits sur ce sujet …

    Et pourtant, la crise des subprimes est arrivée moins de 5 ans après !

    Qui a écrit « montrer qu’on n’a tiré aucune leçon des événements récents. » ??

    Aliocha : je sais bien Yves, je sais bien, mais on peut espérer non ? Voyez ce compte-rendu d’audition de Michel Camdessus au Sénat à laquelle j’ai assisté, il explique que si on avait appliqué les décisions prises à la suite des crises asiatiques et mexicaines de la fin des années 90, on aurait peut-être évité celle-ci. De mémoire, c’est lors de cette audition qu’il a dit, on prend de bonnes décisions en période de crise, on les oublie dès que la crise est dépassée et on prend de plein fouet la suivante…

    Commentaire par Yves D — 11/03/2009 @ 13:56

  11. @Yves :

    Une croissance des Pays asiatiques qui divise par 10 ou 100 le prix de la main d’oeuvre, peut-on appeller cela une croissance ? Votre commentaire corrobore totalement le mien, mais il le présente pas du même point de vue.

    La manière de faire perdurer le mourant est d’être capable de vendre du vent, uniquement de la PI, pas besoin de producteur, pas besoin de matière première, juste des acheteurs, même pas besoin de compétences, juste des lois.

    La part de croissance phénoménale est dûe soit à un diminution des prix de vente (allez expliquer aux chinois en ce moment que tout va bien et qu’ils sont en pleine croissance à 2 chiffres), soit à une augmentation de la vente de vent. Votre ‘rattrapage’ n’est que la fin de cette économie du vent : seule économie en ‘croissance’. Etre obligé de faire des Jeans à 3 euros et des T-shirt à 1 euros (au lieu des 50 et 20-30 que nous connaissions) pour les vendre, pour moi, ce n’est pas de la croissance, mais précisement de la décroissance au sein d’une société d’ultra-consommation.

    C’est comme dire : « regarder la croissance est là, il y a de plus en plus de transaction » en voyant des ‘pauvres’ vendre sur le trottoir des produits périmés à bas prix sur un torchon à vaisselle. La ‘croissance’ ce n’est pas seulement un mot pour dire que cela grandit, c’est concept qui explique que demain c’est mieux qu’aujourd’ui, pour _TOUS_ les acteurs de la chaine. Ne vous leurez pas, la « croissance » ce n’est pas pour demain.

    Et pour le scandale Enron, c’est con tous les documents ont disparus dans l’éffondrement fortuit de la tour 7 du WTC, on ne peut plus rien en dire. On ne peut donc pas en tirer de leçon, c’est vraiment trop bête, la vie est si mal faite.

    Commentaire par herve_02 — 11/03/2009 @ 14:56

  12. Aliocha,

    Même si c’est sur un thème un peu différent, puisque vous parlez de la communication officielle face aux journalistes, je ne peux pas résister à l’envie de vous indiquer cette bande de Dilbert (en anglais) :

    http://www.dilbert.com/fast/2007-02-22/

    C’est cynique, mais est-ce que ça n’est pas un peu la raison pour laquelle une partie de la presse peut se laisser bercer par la comm’ ?

    Commentaire par Rémi — 11/03/2009 @ 15:44

  13. @ Herve_02:
    Attention à « la théorie du complot » …
    Je ne sais pas s’il y avait des documents, ou encore des documents « inédits », sur ENRON dans les tours du WTC, mais en tout cas il en est resté assez pour qu’un procès ait eu lieu, et la faillite d’ENRON prononcée.

    Commentaire par Yves D — 11/03/2009 @ 15:46

  14. @ Aliocha:

    Merci pour ce lien sur une audition au Sénat. c’est en effet toujours instructif de lire ce que pensent nos « élites » et de nos élus.

    J’en citerai qu’un morceau :
    « Ce constat rejoint la triple nature de la crise actuelle, qui porte à la fois sur les failles de la régulation – manifestées par l’ampleur du hors-bilan et des crédits hypothécaires -, l’architecture financière dans son ensemble – du fait de l’absence de surveillance centralisée -, et le défaut d’éthique qui exacerbe l’appât du gain. »

    En retour, je me permets de vous signaler un livre récent (2008) écrit par un professeur de la Harvard Business School : « Innovation Corrupted: The origins and legacy of Enron’s collapse ».
    Bon, c’est un pavé de plus de 500 pages, et je ne crois pas qu’il existe en français.

    Mais, à partir du moment où on a un minimum de bases en économie, ça se lit facilement.

    Pour une fois, il ne s’agit pas d’un livre « à charge » contre le capitalisme et ses défauts structurels.

    Mais la thèse défendue rejoint celle de M. CAMDESSUS : à travers une analyse thématique de l’histoire d’Enron, Malcolm SALTER insiste sur la nécessité de l’éthique et de la compétence des dirigeants d’entreprises.

    Aliocha : Chic, je me demandais ce que j’allais lire ce we ! Dans le même dossier du Sénat, vous avez trois autres auditions de banquiers édifiantes à plus d’un titre. Seul Camdessus m’a paru suffisamment lucide et de bonne foi pour que je le cite 😉 Sur la compétence des dirigeants, vaste problème ! On ne peut pas dire qu’un inspecteur des finances soit un imbécile ou un inculte mais est-il pour autant compétent pour diriger une entreprise ? Et les administrateurs ? un expert bien placé m’expliquait qu’ils refusaient de se former, par exemple aux ifrs, estimant qu’à 60 ans et avec leur parcours, ils n’avaient plus rien à apprendre..Par ailleurs, faut-il rappeler que René Ricol dans son rapport sur la crise sorti en septembre recommandait que la complexité des produits financiers soit limitée à leur capacité à être compris par les administrateurs des banques qui les utilisent ou les distribuent, ça fait frissonner non ?
    Sur l’éthique, je me range du côté de Comte-Sponville qui disait il y a quelques années dans un colloque : ne demandons pas à une entreprise de faire de la morale, ce n’est pas son objet, son objet c’est de faire de l’argent, mais demandons-nous en revanche comment nous pouvons lui imposer de se comporter de manière éthique. On voit bien que le risque éthique est de plus en plus pris en compte par les boites cotées et par les investisseurs, au point que les analystes financiers tiennent compte désormais de l’ISR (investissement socialement responsable) dans leurs analyses, la question est : ira-t-on assez vite dans cette moralisation pour éviter une prochaine crise ? Une autre question encore plus passionnante consiste à savoir où placer le curseur réglementaire pour restaurer la confiance sans nuire au développement et à la compétitivité…

    Commentaire par Yves D — 11/03/2009 @ 16:06

  15. @Yves : pas la peine de faire un procès avec des tonnes de documents pour mettre en cause 2 dirigeants. Et onsidérer Enron en faillite.

    Je ne veux pas verser dans la théorie du complot, mais ou est passé l’argent ? Rien ne disparais jamais en économie, d’autant plus à la bourse, il ne fait que changer de main. Ou est l’argent ?

    Commentaire par herve_02 — 11/03/2009 @ 20:23

  16. @ Hervé_02
    Rien ne disparait à la Bourse? Tout dépend de quoi vous parlez…
    La valeur boursière d’une entreprise varie chaque seconde. Et pour l’immense majorité des entreprises du CAC 40, leur valeur boursière aujourd’hui vaut moitié moins qu’il y a un an … Pourtant leur capital n’a pas varié dans de telles proportions, et nombreuses sont celles qui ont un CA plus élevé, et ont fait de bons bénéfices … Alors ?

    Alors, l’économie, surtout les marchés boursiers d’aujourd’hui, ce n’est pas si simple … Mais je ne souhaite pas envahir le blog de notre hôtesse sur ce sujet.

    Commentaire par Yves D — 11/03/2009 @ 23:55

  17. hors sujet

    Aliocha avez vous lu le dernier article de Maître Mô?

    Aliocha : oui, et c’est amusant, je trouvais moi aussi que le blog m’absorbait trop, de sorte que j’ai un peu levé le pied cette semaine, la fatigue de l’hiver qui s’achève sans doute 😉

    Commentaire par artemis — 12/03/2009 @ 08:48

  18. @Yves : euh… je ne veux pas envahir non plus, mais je ne peux pas laisser dire cela.

    La valeur de l’action d’une société est, à un instant t, la valeur payée pour cette action lors de la dernière transaction. Elle n’est pas fantasmée du tout, elle n’est pas inventée ni tirée au sort. Ainsi, achetant une action de la société A pour 100 euros, la société A « vaut pour les acteurs des échanges boursiers » 100 euros * nbr_action_émises. Mais il y a bien quelqu’un qui a empoché _réellement_ ces 100 euros. Si demain, je renvends cette action 50 euros la société à perdu « pour les échanges boursiers » 50% de sa valeur, mais économiquement elle n’a rien perdu (si son activité ne se base pas sur sa valorisation boursière), bien que moi j’ai perdu 50 euros.

    Il ne faut pas confondre la valeur d’une société et sa _valorisation_ (2 mots, 2 sens différents) boursière. Maintenant si une société se valorisait 100 millions (au lieu des 50 qu’elle vaut IRL), il y a bien quelqu’un qui a empoché les 50 millions de différence non ?) Puisque le titre mis sur le marché (valeur faciale 50 millions) vaut 100 maintenant, il y a eu création de valeur boursière mais pas de valeur « de la société », et donc quelqu’un (ou un ensemble de personne) a bien touché ces 50 millions de bonus de « valorisation »

    Lorsque la bourse « dévisse » pour revenir à ses 50 millions initiaux, pas d’argent a été perdu par la société, la société en question n’a pas changé, il y a eu juste 50 millions qui ont changés de main entre les joueurs autour de la table. SAUF si l’état achètent 100 euros l’action qui en vaut 50, il n’y a même pas de masse monétaire créée.

    C’est pour cela qu’il faut laisser crever les banques et ne pas les renflouer. On ne peut pas restaurer la confiance lorsque ce sont les voyous qui ne risquent rien et sont renfloués pour leurs erreurs et que le pauvre rmiste crève la dalle parce que les caisses sont vides. Ce sont des choix politiques de sociétés. « Pépito mi corazon, pepiti, pepito ….. »

    Commentaire par herve_02 — 12/03/2009 @ 09:14


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