La Plume d'Aliocha

05/03/2009

Le mea culpa d’un patron de presse américain

Filed under: questions d'avenir — laplumedaliocha @ 10:30

Alors que le San Francisco Chronicle vient de se placer sous la protection du tristement célèbre « chapter eleven » autrement dit la procédure américaine de sauvegarde des entreprises en difficultés, son patron, explique Libération dans cet article, vient d’admettre qu’il s’était trompé : « J’aurais dû contribuer bien davantage à trouver un moyen d’utiliser le Web pour décupler l’impact du journalisme, tout en impliquant nos lecteurs.» Bel exemple de lucidité qu’on aimerait voir en France plutôt que d’écouter des cris de fin du monde. Vous pourrez lire aussi dans cet article une analyse de Allan Mutter, spécialiste de la presse américaine pour qui le péché originel a été de mettre gratuitement les contenus en ligne. Ce spécialiste évoque encore l’erreur qui a consisté à se défaire des journalistes et à supprimer ainsi la force de différenciation qui réside dans la capacité à créer un contenu unique et de valeur. Et de conclure : « La presse est là pour garder un œil sur le gouvernement. S’il n’y a plus ces contingents de journalistes professionnels, vigilants et raisonnablement bien payés, qui cherchent à mettre en lumière les problèmes, poser des questions et parler pour ceux qui n’ont pas voix au chapitre, la société et la démocratie vont s’appauvrir en l’absence d’une presse vigoureuse ».  A ce sujet, je vous invite à lire ou à relire l’excellent commentaire de mon confrère Didier Specq sous ce billet.

Voyez-vous, la presse me fait penser en ce moment à un bon restaurant de quartier, tenu par des amoureux de la cuisine et du terroir qui, soudain concurrencé par un fast food, déciderait de licencier son chef, d’embaucher un gamin de 17 ans à la place et de remplacer sur sa carte le boeuf bourguignon et la poularde aux morilles par de mauvais hamburgers. Un petit coup de peinture sur les murs, des pancartes racoleuses à l’entrée, un coca offert pour deux sandwichs achetés, et voici qu’on affronte joyeusement le nouveau concurrent sur son terrain ! Nous savons vous et moi qu’il ne lui faudrait pas six mois à ce restaurant pour mettre la clef sous la porte. Alors pourquoi  la presse joue-t-elle à ce jeu mortel ?

Tailler dans les coûts

D’abord parce que en période de difficultés économiques on a tendance à réduire les coûts. Oh, on ne diminue pas les salaires des dirigeants, rassurez-vous, non on préfère se passer de journalistes, trouver des contenus gratuits, faire la danse du ventre à la pub et offrir des cadeaux bonux aux lecteurs, vous savez, ces joujoux sous blister inventés par le célébrisssime Pif gadget. Les journaux sérieux vous offrent encyclopédies et grands écrivains ou philosophes en série et à gogo, les autres des tee shirts, produits de maquillage etc. On appelle ça des « Plus produits ». Le marketing plutôt que le contenu, la forme au lieu du fond, des images et des cadeaux à la place d’un travail journalistique. Ce n’est jamais une bonne idée de prendre les gens pour des imbéciles quand on prétend leur vendre quelque chose…

Ces journalistes qui nous dérangent

Ensuite parce qu’il y a un fond de mépris à la tête de bien des groupes de presse pour les journalistes. Eh oui, ça dérange le journaliste, ça risque toujours de vous ramener un scoop qui va vous mettre en difficultés avec un annonceur ou pire avec un ami politique, ça coûte un journaliste et puis ça travaille en jean baskets,  c’est pas très présentable un journaliste, sa valeur est dans sa tête et dans sa plume pas dans ses fringues, son carnet d’adresse lui sert à faire son métier, pas à jouer au golfe avec des puissants, ça a des états d’âme un journaliste, des valeurs, bref, ça fait ch…. un journaliste. Alors avec la crise, on en profite, dégraissons tout ça, imposons des cadences infernales, le tout est de remplir les cases vides du journal. La qualité ? Quelle qualité ? Pour les génies sortis d’HEC ou d’ailleurs qu’on appelle au chevet d’une rentabilité mourante, la qualité se mesure à la capacité de remplissage. Ils ne savent rien du journalisme, ce qui les intéresse dans une entreprise de presse, ce n’est pas la partie rédactionnelle chapeautée par le directeur de la rédaction, mais le département situé de l’autre côté de la muraille de Chine, la diffusion, la pub : d’un côté les coûts et les ennuis, de l’autre la rentabilité. Piloter un journal c’est gérer en permanence ces deux département qui obéissent à des objectifs, des règles et des valeurs opposés. Quand l’argent manque, le journalisme part à la trappe. Mais alors que reste-t-il à vendre ? Du papier imprimé et des joujoux. Quand on est n’est pas un homme ou une femme de presse, on pense que ça peut suffire. A tort. A ce sujet, voyez le papier du Point sur la faillite de Tribune Co. Il montre que le propriétaire du groupe pensait sauver la presse américaine en faisant entrer le marketing dans les rédactions. Articles courts, photos aguicheuses, nouvelles maquettes et cours dispensés aux journalistes sur la manière « d’atteindre leur cible ». Bref, le paroxysme des dérives que je ne cesse de dénoncer ici. Bien entendu, il a échoué.

Je gage que ces errements n’auront qu’un temps mais il faudra sans doute aller jusqu’au bout de l’erreur pour en mesurer toute l’étendue. Alors, suivant l’éternel mouvement de balancier, on recréera des journaux de qualité avec des vrais journalistes qui proposeront un vrai travail approfondi. Mais d’ici là, que de temps et d’argent perdu.

 

NB : Merci à David, journaliste blogueur de Revue d’actu, d’avoir attiré mon attention sur le papier de Libé.

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21 commentaires »

  1. Bonjour Aliocha,

    En lisant votre billet, j’ai l’impression que vous cherchez à dire qu’une partie des problèmes vient du fait que ce sont, finalement, des gestionnaires et non pas des journalistes qui sont à la tête des journaux (et qui, du coup, n’ont pas forcément pour premier impératif… de faire un journal !).

    Est-ce que je me trompe ? Est-ce que vous avez l’impression que les journaux qui marchent sont ceux où les décideurs ultimes, les grands manitous, sont des (ex-)journalistes ? Et historiquement, est-ce qu’il y a eu une évolution, que les journaux disons d’il y a 30 ou 40 ans étaient plus gérés par des journalistes et moins par des financiers ?

    Aliocha : vous avez tout bon 😉

    Commentaire par Rémi — 05/03/2009 @ 10:47

  2. Pour la France, un des très gros problèmes de la Presse ne réside-t-il pas aussi dans l’attitude du Syndicat du livre? Je crois que ce syndicat est le principal responsable du prix des quotidiens, prix qui limite de fait leurs diffusions et fait le bonheur d’Internet.

    Aliocha : en effet, il y a un article intéressant dans Marianne de cette semaine sur le conflit à Libération (la journaliste en grève de la faim pour licenciement). Le journal lui a proposé 80 000 euros d’indemnités, douze mois de préavis et une formation longue et financée. Refus de l’intéressée qu’on dit sous la coupe de la branche dure du syndicat du livre. A en croire Marianne, Libération est devenu l’enjeu d’une guerre mortelle entre une poignée de syndicalistes durs et la majorité des autres. Samedi dernier, les « durs » ont bloqué la diffusion de Libé. Si cet article est exact, et je le crois, nous avons ici une illustration magistrale de ce que subit la presse depuis des décennies en France. Je m’arrête là, car je suis écoeurée. Si vous voulez en savoir plus, lisez « Spéciale dernière » dont les références figurent dans la page « ma petite bibilothèque ».

    Commentaire par H. — 05/03/2009 @ 12:02

  3. Hé bien, chère consoeur, on ne peut pas dire que vous m’avez remonté le moral…

    Je partage la plupart des constats que vous faites ici. Et j’en connais d’autres qui le font, y compris, d’ailleurs, le responsable commercial de notre publication (si, si !). Le temps de digérer toute cette – belle et saine – réflexion, je reviendrai poster un commentaire un peu plus constructif.

    Merci de prouver à tous que nous ne sommes pas que des plumes banales asservies aux annonceurs et autres puissants.

    Commentaire par Martin K — 05/03/2009 @ 12:39

  4. y’a plein de gens très bien qui travaillent en jeans/basket 😦

    Commentaire par mauhiz — 05/03/2009 @ 12:42

  5. Sur le dessin avec le taureau, vous n’étiez pas en basket me semble t il, alors baskets ou escarpins pour Aliocha?

    Aliocha : Toujours à faire le malin, hein Mussipont 😉 Escarpins, un peu par habitude de mon passé en cabinet d’avocats, un peu justement pour me faire respecter dans un monde superficiel qui juge au look. Mais je viens de passer à la ballerine et je crois que les baskets ne sont plus très loin…

    Commentaire par Mussipont — 05/03/2009 @ 14:42

  6. @ aliocha : tant que vous évitez les charentaises…

    Sérieusement, le problème vient peut être aussi de l’actionariat qui de nos jours dans la plupart des entreprises demande des marges de plus en plus importantes : 15, 20%. Est il possible de faire un vrai journal sérieusement sans tous ces artifices de marketing et atteindre un tel niveau de marge?

    Aliocha : c’est que vous ne connaissez pas mes baskets, même à la salle de sport elles font peur 😉
    Pour le reste, ah si seulement !

    Commentaire par Mussipont — 05/03/2009 @ 16:19

  7. Bonjour Aliocha,

    Une des analyses les plus lucides que j’ai lues sur la crise de la presse est celle de Marcel Gauchet que l’on peut consulter sur son blog à cette adresse : http://gauchet.blogspot.com/2007/02/apres-les-etats-generaux-de-la-presse.html

    Il s’agit d’un entretien publié dans le journal Le Monde du 7 février. Il est dommage que Le Monde se soit contenté de publier cet entretien, sans le méditer et sans en tirer profit : le journal dit de référence a, au début de cette année, encore réduit sa pagination mais lance cette semaine je crois un nouveau supplément prétendûment gratuit consacré à « l’art de vivre », qui à n’en pas douter sera truffé de publicité. Je n’arrive pas à comprendre comment un monde qui est de plus en plus complexe, pourrait être de mieux en mieux « raconté » ou expliqué dans un nombre de pages de moins en moins élevé.

    Mais notre siècle adore les fausses idoles et la fausse monnaie ; les entreprises de presse écrite semblent croire que leur valeur ajoutée tient à la rapidité de la diffusion des informations (et de ce point de vue, le journal papier ne pourra jamais rivaliser avec le web), alors qu’elle tient à mon avis à leur approfondissement et à leur mise en perspective. Ce travail d’approfondissement, de mise en perspective suppose bien sûr des journalistes mais aussi du temps. C’est peut-être ainsi que la complémentarité entre les sites web et le journal papier des entreprises de presse devrait être envisagée, ou encore la distinction entre ce que l’on diffuse gratuitement et ce que l’on fait payer au lecteur. J’ajoute que pour moi, il n’est pas absolument nécessaire que la parution des journaux papier soit quotidienne et que je trouverai mon compte à une parution bi ou tri-hebdomadaire, pourvu que j’y trouve un vrai travail de journaliste.

    J’ignore si Mediapart et Bakchich sont ou seront économiquement viables, mais je trouve que ces tentatives de faire du journalisme autrement sont intéressantes parce qu’elles montrent que l’on a tort d’assimiler la presse écrite à son support papier et qu’elle a aussi un avenir sur le web. Il reste qu’il s’agit de « petites rédactions » , qui ne peuvent pas rivaliser avec les entreprises de presse qui ont des rédactions plus importantes, ce qui se ressent en termes d’exhaustivité des sujets couverts.

    Commentaire par ranide — 05/03/2009 @ 18:31

  8. Le mea culpa d’un patron de presse américain…

    Je n’avais pas compris qu’un énorme camion piégé se dirigeait vers nous sur cette autoroute de l’information, et j’aurais dû le savoir .

    … C’est ce qu’a reconnu sur son blog Phil Bronstein, vice-président du San Francisco Chronic…

    Rétrolien par GuiM.fr - Le Blog — 05/03/2009 @ 19:30

  9. Deux détails, chère Aliocha.

    Je crois que le cadeau Bonux a été inventé non par Pif Gadget mais par… Bonux (marque de Procter & Gamble). D’ailleurs, Bonus, devenue Bonux, adjoindra le fameux cadeau en 1958, alors que le gadget qui donnera son nom à Pif n’apparaît qu’en 1969.

    Enfin, pour le commentaire de Didier Specq, il existe des liens permanents vers les commentaires : notez que l’heure du commentaire est cliquable… C’est le permalien.

    Pour Didier Specq, le lien direct vers con commentaire est celui-ci :
    https://laplumedaliocha.wordpress.com/2009/02/28/la-fin-des-haricots/#comment-4104

    Aliocha : merci mon cher Maître, ça faisait longtemps que je me demandais comment vous faisiez cette prouesse technique 😉 Quant au cadeau Bonus il n’a évidemment pas été inventé par Pif gadget, c’est le « Plus produit » presse qui est né dans Pif, cela étant, j’admets que ma phrase pouvait égarer le lecteur.

    Commentaire par Eolas — 05/03/2009 @ 20:10

  10. « Ils ne savent rien du journalisme, ce qui les intéresse dans une entreprise de presse, ce n’est pas la partie rédactionnelle chapeautée par le directeur de la rédaction, mais le département situé de l’autre côté de la muraille de Chine, la diffusion, la pub »
    Ce qui est amusant, c’est que justement, un journal qui n’a pas l’air de trop avoir de problèmes financiers en ce moment est le canard, qui a effectivement mis la pub de l’autre côté de la muraille de Chine, et qui ne la laisse pas faire le mur.

    Vouloir pour un journal se recentrer sur la pub, alors justement que c’est un secteur qui baisse assez vite en temps de crise ne me semble pas forcément être un choix très éclairé…

    Aliocha : sans doute, mais elle représente près de 40% des recettes de la presse payante, il y a de quoi s’y accrocher….

    Commentaire par Gathar — 05/03/2009 @ 22:13

  11. Quel bonheur que de constater qu’il existe dans notre pays, des journalistes professionnels (pléonasme !) qui pensent leur métier (eh oui, c’en est un !), qui l’aime (comment l’exercer sinon ?) et qui s’inquiète de son devenir (et non de sa disparition !).
    Selon Nadine Toussaint-Desmoulins (“L’économie des médias », Que sais-je, PUF) lorsque nous achetons un journal, la somme que vous payez se répartit entre cinq postes : 35% pour la distribution (!), 25% pour le papier et l’impression (!), 25% pour la rédaction (!!!), 10% pour l’administration et 5% pour les frais généraux, marketing et promotion.
    Le problème est que ces charges varient peu lorsque que les ventes chutent… Il y a, peut-être dans cette équation, des constantes à convertir en variables pour dégager des marges de manœuvre financières qui permettront d’acheter du contenu !

    Commentaire par cassandre — 06/03/2009 @ 11:17

  12. bonjour,

    j’écoutais hier matin sur France Culture ,l’émission matinale qui évoquait la presse écrite des 19e et 20e siècles; une remarque d’une historienne m’a rappelé ce qui se passe aujourd’hui , à ses débuts ,la presse écrite était bénévole, voire financée par son rédacteur; ça ne vous fait pas penser au blog ?

    et puis, chemin faisant, il a été question de la pub (réclame ) puis de l’apparition de la presse  » moderne » .

    toujours la même question en deux parties : que vaut l’information , et qui paye ?

    sur le net, si on considère que c’est un service public ,faut il mettre à contribution les FAI , après tout ils tondent les journaux et leurs abonnés tout en détruisant les supports papier ,mais au final ,le payeur reste le particulier ?

    le modèle économique : site gratuit financé par la pub est une belle ânerie , Google est passé avant …

    Commentaire par didier — 06/03/2009 @ 14:59

  13. @Gathar

    Vous parlez du Canard Enchaîné. Vous pourriez d’ailleurs évoquer aussi Charlie ou Siné-Hebdo. Evidemment, ces hebdomadaires sans publicité sont très intéressants et soulèvent des lièvres que d’autres ne soulèvent pas.

    Il n’empêche que ces hebdos sont essentiellement des hebdos de commentaires, c’est à dire qu’ils se dispensent de la quête quotidienne de l’information. Or, c’est cette quête quotidienne qui coûte car elle nécessite de payer un journaliste souvent plus ou moins spécialiste d’un secteur, d’une région, d’une spécialité journalistique, etc. C’est ce qui explique les difficultés de la presse quotidienne puisque c’est la presse quotidenne qui souffre essentiellement.

    Ceci dit, ce raisonnement vaut pour tous les médias.

    Exemple: qu’est-ce qui se passe réellement en Irak? S’il y a un énorme attentat, on va en parler. Mais, à 500 mètres des positions américaines ou au fin fond des provinces irakiennes, y a-t-il des journalistes? Ou des journalistes à Bagdad qui ont constitué un réseau de correspondants? Probablement très peu, voire pas du tout.

    Parce que ce travail quotidien coûte et qu’il est bien plus rentable de payer un pigiste irakien qui a réussi à récupérer une video de l’attentat dont nous parlions plus haut. Au passage, cette video (prise par un passant et récupéré par un pigiste plus ou moins connu) n’est pas réellement « sourcée ». Alors qu’auparavant, on connaissait personnellement le journaliste qui envoyait l’information.

    Autre exemple aujourd’hui: Florence Cassez. Elle est innocente et elle a l’air sympathique. Très bien. Mais, apparemment, personne n’a l’air d’avoir un journaliste permanent à Mexico capable d’évaluer le contexte de cette affaire, la réalité des charges, la valeur du procès…

    En tant que chroniqueur judiciaire, je suis très étonné par exemple de ces prisons mexicaines où ceux qui se déclarent innocents peuvent tenir des conférences de presse et critiquer très durement la justice et la police mexicaines. Inutile de dire qu’en France, nous en sommes loin. Mais personne ne m’explique pourquoi ça se passe comme ça. Là encore, un spécialiste du Mexique et de sa justice, ça coûte cher.

    Dernier exemple pour la route: l’affaire d’Outreau. Vos hebdos sans publicité et tous très critiques par rapport à la justice et à la police françaises n’ont strictement rien vu pendant trois ans! Ils n’avaient pas recherché d’informations sur cette énorme affaire, ils en restaient aux commentaires. Les journalistes peu nombreux qui, dans l’indifférence générale, avaient émis des travaillaient dans la presse quotidienne régionale du nord, au Monde ou à la télé belge. Les commentateurs se sont bornés à commenter.

    Ils ont émis des commentaires assassins après: quand tout le monde, au beau milieu du procès à la Cour d’Assises de Saint-Omer, a commencé à douter lorsque l’accusatrice principale a retourné sa veste.

    Personnellement, je n’ai pas de solutions miracles. Mais, j’insiste, il existe bien un problème économique incontournable: l’information quotidienne, si elle continue à être considérée comme une simple marchandise, va disparaître comme ont disparu les entreprises textiles ou les tailleurs.

    Commentaire par didier specq — 06/03/2009 @ 22:14

  14. Après avoir lu ailleurs (http://criticusleblog.blogspot.com/) une sorte de descente en flamme des journalistes (de gauche par nature….), ce constat précis et intelligent et ses commentaires me remontent le moral.
    Les correspondants étrangers, pour aborder ce point sont autant en voie de disparition, voire plus, que les chroniqueurs judiciaires ou les critiques culture (puisque la culture n’intéresse plus personne, je ne l’invente pas, regardez les rubriques). C’est qu’ils reviennent cher les bougres. Sauf s’ils sont free lance et payés à la ligne et payent leurs loyers comme ils peuvent. En collaborant par exemple à toutes sortes de titres concurrents quitte à utiliser des pseudos.
    Bagdad est un cas particulier, les journalistes qui y sont encore vivent enfermés dans un bunker et quand un journaliste zinzin se promène dans les rues, l’ambassade de france s’en indigne auprès de la direction de la rédaction.

    Quant aux liens, Aliocha, essayez apture, par exemple, c’est un peu trop américain pour nos besoins, mais c’est très amusant et efficace.

    Quant au SFC qui m’avait permis il y a des lustres delire les chroniques d’Armistead Maupin, délices de l’époque, je suis b’en triste.

    Commentaire par martine silber — 07/03/2009 @ 09:39

  15. Autant je suis d’accord pour dire que Charlie Hebdo est avant tout un journal de commentaires (Siné Hebdo, je ne connais pas, mais je suppose qu’il est assez proche), autant il me semblait que le Canard enchaîné faisait pas mal de recherche d’information en propre, dans son domaine restreint qui est la politique, bien entendu. Et effectivement avec des contraintes hebdomadaires et non quotidiennes.

    Maintenant, je dois avouer qu’une disparition d’information quotidienne me laisse un peu froid. Seule m’intéresse l’information qui a un impact durable, je n’ai tout simplement pas le temps de faire attention à tout ce qui se passe, et le filtre de la durabilité me semble aussi bon qu’un autre pour sélectionner l’information.

    Commentaire par Gathar — 07/03/2009 @ 12:32

  16. @gathar

    Attention, je ne cherche pas à vous démontrer que la presse quotidienne est merveilleuse. Simplement, je tente de démontrer que l’information ne tombe pas du ciel, qu’elle provient d’un suivi quotidien.

    Examinez par exemple votre phrase: « maintenant, je dois avouer qu’une disparition d’information quotidienne me laisse un peu froid. Seule m’intéresse l’information qui a un impact durable, etc… »

    A votre avis, l’information durable, solide, recoupée, observée, etc, elle provient de quoi? D’une observation quotidienne, donc de gens (qui ne sont d’ailleurs pas obligatoirement journalistes) qui sont là quotidiennement sur une longue durée. A un moment ou à un autre, ces gens, qui ne vivent pas que d’amour et d’eau fraîche, sont payés.

    D’ailleurs, les pouvoirs en place ont bien compris cela: les attachés de presse et communiquants en tous genres sont bien plus nombreux que les journalistes… Et ces « communiquants » (avec vos impôts pour l’Etat ou les collectivités territoriales) bossent tous les jours.

    Ce qui, encore une fois, ne veut pas dire que les journalistes sont par définition professionnellement ou éthiquement bons. Simplement, je veux vous faire sentir qu’il y a bien un problème économique, que l’information a un coût.

    Commentaire par didier specq — 07/03/2009 @ 16:39

  17. Ouaip!!!
    Haro sur les dirigeants, les actionnaires!
    Vous avez sans doute raison
    Mais il existe peut être de mauvais journalistes et de mauvais rédacteurs en chef? Non?

    Commentaire par noel — 09/03/2009 @ 09:12

  18. Ne vous laissez pas abattre Aliocha, ce que vous expliquez est très difficile à faire comprendre et on est vite mal interprété. patience et longueur de temps.

    Aliocha : ne vous inquiétez pas, je suis têtue..cela étant, les encouragements sont toujours les bienvenus 😉

    Commentaire par martine silber — 09/03/2009 @ 10:08

  19. @Aliocha: Vous pouvez associer à cette évolution le développement de la « talk radio » et la montée en puissance des commentateurs dans les médias radio et télé, notamment des commentateurs de droite plus ou moins dure (type Bill O’Reilly ou Sean Hannity).

    Le commentaire, ce n’est pas cher. Un type en studio qui déblatère sur toutes sortes de sujets, qui ne va pas chercher l’information mais se contente de commenter l’information qu’il y a chez les autres, ou celle transmise par les auditeurs, ce n’est vraiment pas cher comparé aux coûts de missions d’investigation.

    C’est d’autant plus vrai qu’une partie des émissions de « talk radio » consiste en interventions des auditeurs par téléphone, qui ne coûtent quasi rien.

    Le gros problème est que ces commentateurs se vautrent souvent dans un populisme assez nauséabond, et contribuent à un climat politique détestable.

    Nous n’avons pas encore cela en France (malgré les efforts de certains éditorialistes), mais, sachant que les bêtises américaines finissent par arriver en France avec un délai de 5-10 ans, je m’attends au pire.

    Commentaire par DM — 13/03/2009 @ 08:06

  20. Attention à la méprise: ce qu’a fait Sam Zell, c’est tout SAUF introduire du VRAI markerting dans les salles de rédactions (phénomène d’ailleurs pas nouveau du tout…:ça date d’au moins 30 ans): ce n’est pas parce qu’on impose des articles courts, des photos aguicheuses ou autres pratiques du même genre qu’on fait ipso facto du marketing !!! Je sais que ce terme est totalement négatif pour nous journalistes (je suis journaliste…) mais avant d’utiliser des notions, concepts, termes, encore plus pour un journaliste, il fait en connaitre précisément la défintion. Le marketing sert au contraire à proposer à des consommateurs ce qu’ils souhaitent, attendent… Et jusqu’à preuve du contraire, on attend encore de lire les études marketing faites par Zell (ou tout autre patron de presse) indiquant que les lecteurs actuels ou ceux visés attendent REELLEMENT des articles courts, des photos aguicheuses, etc. En général, c’est tout le contraire d’ailleurs. Donc a priori, Zell n’a pas fait du marketing, bien au contraire: il a fait tout l’inverse!! Donc ce n’est pas la faute du marketing si les journaux sont en déclin, au contraire: si les journalistes étaient formés au marketing, ils pourraient s’en servir à bon escient pour proposer de meilleurs journaux, même (et surtout?) des journaux de hard news et ainsi détourner au profit du journalisme de qualité des « cours » de marketing a priori destinés à les conduire vers des solutions de facilité!!! Mais voilà, la profession journalistique refuse dans sa globalité de se former à la gestion, au marketing, au management: tant pis pour elle !!! Elle a été prévenue et de nombreux exemples de bon usage du marketing au service d’un journalisme de qualité existent (lire le livre de Padioleau de 1985 sur le monde et le Post)!! Les créateurs du magazine XXI font en partie du BON et VRAI marketing (ils n’ont pas de cibles mais des lecteurs certes, mais ils posent une réflexion marketing minimale sur leur journal) et le Canard enchaîné reste un cas d’étude en marketing de la presse des plus pertinents !!!

    Aliocha : ne confondons pas non plus le rôle des éditeurs et celui des journalistes. Si les éditeurs doivent en effet faire du marketing, ce n’est pas le cas des journalistes. Je doute que les journalistes de XXI fassent du marketing, ils font leur boulot conformément à une ligne rédactionnelle qui, ô miracle, leur donne les moyens de le faire correctement. Forcément, quand on fait de la qualité, et qu’on a des éditeurs qui font bien leur boulot, on vend. Zell a fait du mauvais marketing sur un produit qu’il a voulu mauvais, il a perdu.

    Commentaire par Matthieu — 18/03/2009 @ 04:37

  21. En parlant de presse américaine qui va mal, le Seattle PI disparait du papier:
    http://www.seattlepi.com/connelly/403914_joel18.html

    Il devient donc un journal uniquement en ligne. Après 146 ans de parution papier.

    Commentaire par Bob — 18/03/2009 @ 15:50


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