La Plume d'Aliocha

28/02/2009

La fin des haricots !

Filed under: Débats — laplumedaliocha @ 11:20

Bon, je m’étais promis de mettre ma plume en drapeau aujourd’hui, mais comme les Cassandre s’égosillent, le repos attendra demain. Narvic commente le livre de Bernard Poulet avec délectation. Songez donc, l’auteur annonce la mort de la presse papier, de l’information, des journalistes, du journalisme etc. Autant j’aime les analyses lucides fussent-elles douloureuses, autant je suis toujours heurtée par l’étrange jubilation que suscitent les mauvaises nouvelles chez certains. Moi, c’est le succès qui me met en joie, pas l’échec, mais bon. Heureusement, le temps où ces cris de joie me blessaient est passé. Subsistent juste quelques réflexions que je vous livre ici. Je m’étonne par exemple qu’en temps de crise, (générale, pas seulement de la presse) on puisse ainsi, avec tant d’enthousiasme,  annoncer la disparition d’un secteur industriel qui représente dans notre pays environ 10 milliards de chiffre d’affaires et 200 000 emplois (chiffres « La presse française » par Pierre Albert, La documentation française) ce d’autant plus que, comme le souligne cet excellent rapport « les enjeux de cette crise dépassent l’économie, du fait du rôle social et politique de la presse en matière d’information et de diffusion des idées. Les récentes évolutions peuvent mettre en péril le pluralisme du quatrième pouvoir et affaiblir ses fonctions propres de réflexion sur l’actualité au-delà de l’immédiateté ». Voilà pour les principaux éléments du décor. Je trouve qu’ils ont un certain poids.

L’échec de la culture fric

Passons au reste, je ne vais pas ici tenter d’analyser dans le détail la crise de la presse en France et dans le monde, il faudrait écrire un livre. Je m’en tiendrai simplement à soulever une idée étonnamment absente des débats. Plus que d’Internet ou d’un changement d’habitudes des lecteurs, il me semble que la presse est surtout en train de souffrir de la fin des années fric. Or, on confond à mon sens l’éclatement d’une bulle, la fin de l’argent facile, avec la disparition d’une activité. Pas plus que la crise de l’automobile n’annonce la mort de la voiture ou la crise financière celle de la banque, les difficultés de la presse ne permettent d’annoncer la fin prochaine du journalisme. La presse a longtemps mené grand train, versant des salaires de chefs d’Etat  africains, remboursant des notes de frais hallucinantes, acceptant sans broncher des coûts de fabrication et de distribution déraisonnables sous la pression de notre cher syndicat du livre. Tenez une anecdote pour que vous ayez une idée du problème : dans un grand quotidien national, un journaliste avait l’habitude d’indiquer sur ses notes de frais  » TMSP ». Je précise que dans ce journal, on pouvait sans difficultés faire passer en notes de frais l’achat d’un smoking pour assister à un cocktail. Un jour, un nouveau comptable osa demander à la star de la rédaction ce que signifiaient ces drôles d’initiales : « Tant Mieux Si ça Passe » lui répondit l’auteur facétieux. Tout cela a fonctionné néanmoins durant des décennies et il faut bien admettre avec le recul que c’était un véritable miracle.

La faute à pas de chance

Et puis le modèle s’est épuisé. Quand on réussit à gagner de l’argent sans talent particulier et avec des compétences de gestionnaires plus que médiocres, forcément, le jour où ça s’arrête on crie à la catastrophe. Ceux qui étaient et sont encore aux manettes, n’ont pas d’autre choix que d’annoncer la mort du secteur pour se dédouaner.  Internet n’a eu qu’à donner une pichenette pour que tout s’effondre. Et les Cassandre vendent maintenant très cher en librairie leur constat d’échec avant de partir en retraite avec un cynisme qui me glace. Tout le monde surenchérit et les plus extrémistes se disent « au fond c’est tant mieux, vive la mort du journalisme et la naissance d’autre chose ». Quoi ? Personne n’en sait rien, mais ce n’est pas grave. L’échec d’une génération d’éditeurs de presse est perçu comme l’échec d’une industrie toute entière et, plus profondément celui d’un système, phénomène  qu’une poignée de rebelles sur le web analyse avec allégresse comme l’annonce de la naissance d’un nouveau monde. Allons, on n’a jamais vu naître de nouveau monde, l’homme étant ce qu’il est, il ne cesse de reproduire les mêmes modèles partout où il s’aventure. Les journalistes vont disparaître au profit des blogueurs ? J’en doute, mais même si c’était le cas, ça donnerait quoi ? Les blogueurs se rassembleront, créeront des entreprises, chercheront des financements, se professionnaliseront dans l’information et deviendront…des journalistes dans des entreprises de presse. Quelle nouveauté, c’est décoiffant ! Comme l’écrivait Céline dans sa thèse de médecine à propos de la révolution française : « l’humanité s’ennuyait, elle brûla quelques dieux, changea de costume et paya l’histoire de quelques gloires nouvelles. Et puis la tourmente apaisée, les grandes espérances ensevelies pour quelques siècles encore, chacune de ces furies partie sujette pour la Bastille en revint citoyenne et retourna vers ses petitesses » (eh oui, l’écrivain perçait déjà sous le médecin ! Extrait de Semmelweis).

Ce qui meurt ? Un modèle de gestion désastreux

Je vais vous dire au fond ce qui est en train de disparaître, les journaux aspirateurs de pub, les armées mexicaines de rédacteurs en chef surpayés, la gestion à la petite semaine, le conformisme intellectuel, les projets foireux à effet de levier montés par quelques vieux barbons de la presse qui appliquent des recettes vieilles de trente ans grâce aux capitaux d’une pseudo-élite que l’idée d’avoir un journal fait fantasmer comme un notable de province qui se rend à son premier rendez-vous avec une call girl. Voilà ce qui disparait et c’est tant mieux.  Dans un marché qui est devenu plus compliqué, il va désormais falloir faire preuve de professionnalisme, de talent, d’inspiration, de sincérité et d’esprit innovant. Il va falloir réinventer un modèle, bref, il va falloir se bouger. Les concepteurs de XXI montrent que quand on veut, on peut, quand on a une idée originale et le courage intellectuel doublé du courage financier de penser différemment et de prendre des risques, on y arrive. Le Canard enchaîné illustre quant à lui un autre aspect fondamental : lorsqu’on est fidèle à sa ligne éditoriale depuis près d’un siècle,  lorsqu’on propose du journalisme et non pas de la pub enrobée d’information, on vit fort bien. 

Ces deux exemples, pris parmi beaucoup d’autres, montrent que la presse n’est pas morte, pas plus que le journalisme d’ailleurs. Ce qui est mort c’est le modèle juteux qu’on a connu et la génération qui l’a piloté à l’aveugle.  Et je trouve regrettable que ceux qui nous ont mené là aient aujourd’hui l’impudence de dissimuler leur incompétence derrière l’écran de fumée d’Internet, de même que je trouve regrettable que la mort de la presse soit devenu le dernier fond de commerce à la mode.  Et puis un mot sur les blogueurs. Ils sont dragués en ce moment, mais savent-ils seulement pourquoi ? Parce qu’ils constituent une main d’oeuvre gratuite ou au mieux quasiment donnée. Alors on reprend leurs billets, on les flatte, et on s’assure ainsi de leur bienveillance dans un monde où tout est à faire et où certains pensent qu’il vaut mieux les avoir avec soi que contre soi. S’il y a une menace de prolétarisation, elle est là, bien plus que dans celle des journalistes. Voilà, la vérité. En ce qui me concerne, je refuse d’écouter ces jérémiades et je m’en tiens à une certitude : le journalisme est indispensable à la démocratie, par conséquent il doit vivre et il vivra. Et puis j’en ai une autre de certitude, quand on a du talent, des idées et du courage, on ne se lamente pas à longueur de journée, au contraire, on réfléchit, on lance des projets et on réussit. Je ne doute pas un instant que dans les années à venir, des talents vont se dresser et que nous sortirons de cette période difficile. Il y aura moins d’acteurs, c’est sûr, moins d’argent jeté par les fenêtres et moins de canards boiteux, c’est le cas de le dire. Tant mieux. Les lamentations n’auront qu’un temps, celui que les pleureurs professionnels partent en retraite.

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26 commentaires »

  1. Et peut-être un nouveau support pour les journaux, magazines…
    http://www.plasticlogic.com/
    Mais là, c’est le monde de l’imprimerie qui va râler.

    Commentaire par Dylan — 28/02/2009 @ 12:09

  2. bonjour,

    excellent, ce billet, optimiste et sans aigreur.

    ça fait du bien , continuez ..

    ben oui, je peux troller et exprimer ma satisfaction, non ?

    Commentaire par didier — 28/02/2009 @ 12:38

  3. C’est intéressant, cette description de la presse des « années fric », sa pléthore de gens pleins d’eux-même, ses notes de frais faramineuses, me rappelle la description de l’industrie du disque par Demonbaby dans son article « When Pigs Fly: The Death of Oink, the Birth of Dissent, and a Brief History of Record Industry Suicide » que l’on peut trouver là : http://www.demonbaby.com/blog/2007/10/when-pigs-fly-death-of-oink-birth-of.html

    Même phénomène d’armée mexicaine, avec pléthore d’assistants ayant eux-même des assistants, au point que finalement on ne sait plus qui fait quoi, qui bosse, au sein de ce qui est devenu une immense pompe à fric. Et ce sont ces pompes à fric qui mènent la charge, qui dictent les lois aux politiques (DADVSI, Création et Internet), pour mettre l’internet au pas, pour la sauvegarde de leur budget cocaïne.

    Commentaire par Schmorgluck — 28/02/2009 @ 13:04

  4. « Délectation », « jubilation », « enthousiasme »… Et puis qui encore? Vous êtes décidément une bien étrange journaliste, Aliocha. Quand cessera donc le faux procès que vous menez contre moi avec un acharnement, dont les motivations m’échappent totalement et sont probablement à chercher dans les tréfonds de votre personnalité ?

    Vous avez décidé un jour, on ne sait pourquoi (un mauvais réveil, une contrariété personnelle ?) de lire systématiquement mes propos à travers un filtre déformant de votre invention. Aujourd’hui, ça confine à l’idée fixe. Votre sens de l’objectivité et de la mesure m’échappe.

    Avant, vous attaquiez sur le fond en niant l’existence même de cette crise structurelle de la presse. Il ne suffisait, à vous entendre, que les journalistes se dotent d’une charte déontologique pour que tout revienne comme avant, et que les lecteurs rachètent subitement des journaux.

    Il est maintenant un peu plus difficile d’en rester à cet aveuglement initial qui était le vôtre il y a quelques temps encore, car c’est de toute part que l’on sonne l’alarme désormais. Ce que nous étions quelques uns à annoncer est malheureusement en train de se produire maintenant.

    Alors désormais, vous vous en prenez au ton de mes propos, à la forme. Vous en venez à me prêter des sentiments ou des intentions, qui ne ressortent que de votre lecture biaisée et renseignent bien plus sur vous-mêmes que sur ce que j’ai bien pu écrire.

    Alors non, je ne « jubile » pas à voir des journaux mourir (hier encore à Denver, par exemple). Je ne suis pas « enthousiaste » en voyant des cohortes de journalistes pointer au chômage (15.000 l’an dernier aux USA). Je ne me « délecte » pas de constater qu’aucun modèle d’affaire viable ne se dégage pour le moment pour l’information en ligne produite par des journalistes professionnels.

    Vous confondez deux choses, ce qui est tout de même très gênant pour une journaliste professionnelle : le fait d’annoncer des mauvaises nouvelles à des gens qui ne veulent pas entendre (vous par exemple, il y a peu encore), et une forme de soulagement à voir que l’on parvient enfin à être entendu. Vous préférez, bien entendu, voir une prétendue jubilation chez ceux qui voient venir « la fin des journaux », plutôt que ce simple soulagement de voir que l’alerte est entendue, car ce sentiment ne renvoie qu’à votre aveuglement antérieur face à l’ampleur et la profondeur de la crise de la presse et de l’information que vous avez manifestement nié d’abord, puis sous-estimé. C’est humain, finalement.

    Rappelez-vous de Cassandre, puisque vous la citez justement : on ne fait bien souvent référence à ce mythe antique que pour stigmatiser les porteurs de mauvaise nouvelle (c’est dans ce sens que vous l’employez vous même dans ce billet). C’est juste oublier que l’histoire de Cassandre, c’est précisément qu’elle avait raison, et qu’on ne voulait pas l’entendre.

    C’est une vieille histoire en effet : quand on ne veut pas entendre le message, on s’en prend au messager. Il me semblait que l’on demandait au journaliste d’éviter de tomber dans ce piège si commun, dans lequel vous vous abîmez vous-même. Et croyez bien que ça ne fait pas jubiler du tout.

    Aliocha : Ah ? on n’a pas le droit d’être en désaccord avec vous ? Ben tant pis, il se trouve que je le suis.

    Commentaire par narvic — 28/02/2009 @ 13:15

  5. Chère Aliocha,

    merci encore de ce billet. La lecture de votre blog fait du bien à ceux qui, comme moi, se désespèrent de l’état actuel de la presse française, mais ne voient pas dans un pseudo-modèle alternatif dans Internet le salut du genre humain. Internet est très bien, et change beaucoup de choses. Il est quand même symptomatique que Bernard Poulet ait écrit un livre (sur du papier!) pour nous l’annoncer.

    Je ne suis pas l’analyse de narvic dans le billet précédent. Moi aussi, j’ai été gêné par le ton de sa recension du livre de B. Poulet, que j’ai pris pour de la délectation. Il s’en défend, et nous dit qu’il veut sauver la presse. Tant mieux. Je suis avec vous pour dire que le problème de la presse n’est que secondairement un problème de support. Ses pratiques et sa mission sont au coeur de la crise actuelle. Il me semble que l’idée d’un code de déontologie, moquée ici par narvic, est un bien meilleur pas dans la direction de la résolution d’une telle crise que l’adoration de l’idole électronique.

    Aliocha : merci, il m’arrive de me sentir un peu seule parfois 😉

    Commentaire par Nicolas — 28/02/2009 @ 13:38

  6. excellent article. ce point de vue est éclairant pour quelqu’un qui n’est pas de milieu

    Commentaire par olympe — 28/02/2009 @ 14:01

  7. @ narvic

    Aliocha déclare simplement que vous commentez un livre avec délectation. C’est une réalité : ce livre vous a plu et vous le dites vous-même dans votre billet, avec d’autant plus d’aisance et de satisfaction que vous estimez que cet ouvrage rejoint vos propres conclusions, qu’il a une vision très proche de ce que vous proposez et qu’il vous cite. Vous êtes content de ce livre en accord avec votre opinion, vous le dites et vous en avez le droit!
    Où voyez-vous donc qu’Aliocha vous accuse de jubiler sur la mort (hypothétique, faut-il rappeler) de la presse papier? Elle ne se privera pas de me contredire si elle le souhaite mais à la lecture de son billet, c’est plutôt la jubilation de l’auteur du livre qu’elle critique et apporte des éléments de fond à notre réflexion (la culture fric, une gestion désastreuse, l’hypocrisie de ceux qui en ont tiré profit et y ont contribué pour aujourd’hui crier à la catastrophe).

    Quant à vos interprétations pseudo-psychologiques, elles sont non seulement caricaturales mais elles vous font tomber dans cette attitude que vous dénoncez : s’en prendre au messager au lieu d’écouter le message. Vous faites vous-même ce que vous lui reprochez. Votre discours victimaire et vos attaques montrent surtout que vous avez bien du mal à accepter la contradiction et que vous prenez pour vous ce qui ne vous est pas destiné…

    (Et maintenant je m’attends à ce qu’Aliocha vienne me sabrer au clair en clamant : « Mais de quoi j’me mêle! Fichez-moi la paix! C’est bien lui que je vise! » 😉 )

    Enfin, sur Cassandre, si ces prédictions s’avérèrent être justes, d’une part vous faites bien de rappeler qu’il s’agit d’un mythe, d’autre part il était impossible de vérifier ses présages avant leur réalisation. A moins que vous soyez devin (?), ce ne sont pas deux points de vue identiques (ou trente, ou mille) qui font une réalité. Ce livre fait de la prospective, rien de plus.

    Il y a autant de risque à entendre ce qu’on veut entendre qu’à ne pas vouloir entendre…

    Aliocha: loin de moi l’idée de charger sabre au clair un lecteur qui se fait mon avocat 😉 Je trouve en effet Narvic un tantinet violent dans sa riposte, il ne m’a pas semblé être brutale à son endroit, en tout cas beaucoup moins qu’il peut l’être dans ses billets vis à vis de la presse. Cela étant, certains adulent tellement le web que la plus plus légère observation est prise comme un insupportable crime de lèse-majesté. Heureusement que les journalistes ont le cuir dur, vu ce qu’on leur inflige de critiques et de prédictions apocalyptiques en ce moment, et qui plus est en leur déniant le droit de se rebeller….

    Commentaire par Ferdydurke — 28/02/2009 @ 16:03

  8. @ Aliocha

    Loin de moi l’idée de me faire votre avocat, ayant déjà pu observer que vous vous défendiez très bien (et vaillement) toute seule.

    Oui, l’adulation du web a chez certains un curieux effet secondaire, celui de rendre leur ego aussi démesuré que ledit web 😀 . A ce compte-là on n’est pas rendu, comme dirait un homard.

    Sur la rébellion du journaliste, peu importe qu’on leur en nie le droit : « Les libertés ne se donnent pas, elles se prennent. » (Pierre Kropotkine, oui je sais, c’était un anarchiste…)

    Commentaire par Ferdydurke — 28/02/2009 @ 20:00

  9. Je viens de lire l’interview de Bernard Poulet dans le Nouvel Obs ( http://bibliobs.nouvelobs.com/20090216/10674/bernard-poulet-sexplique-sur-la-fin-des-journaux et http://bibliobs.nouvelobs.com/20090216/10675/la-strategie-newsweek-virer-les-lecteurs-bas-de-gamme )

    Je trouve que le risque qu’il évoque d’une information qui ne serait plus qu’un prétexte ou un complément à une offre commerciale au lieu d’en être l’élément central est probablement le plus grand risque pour la presse d’information quotidienne et hebdomadaire. Il a aussi le mérite de citer des initiatives prises par des journaux étrangers voire par des collectivités pour soutenir la presse locale. Sans doute des pistes innovatrices qu’il conviendrait d’explorer en France aussi.

    Aliocha : ce « risque » n’en n’est pas un dès lors qu’il est une réalité, et depuis longtemps. Ce qui m’irrite dans toutes ces analyses, c’est qu’elles n’apportent rien, tout le monde sait que ça va mal. La question n’est pas de décrire une énième fois la crise, mais d’imaginer les solutions. Or, on essaie d’imaginer les solutions en observant la crise et en commettant l’éternelle erreur qui consiste à se demander comment attraper la pub et le lecteur. Ce n’est pas ça la question, la vraie question est : qu’est-ce que j’ai à proposer, moi, professionnel de l’information, comme modèle neuf ? En quoi je crois ? Comment j’imagine l’avenir ? C’est ça, le sujet. Il ne faut pas demander aux lecteurs ce qu’ils veulent mais leur proposer quelque chose. Il ne faut pas essayer de saisir le sens du vent, il faut construire.

    Commentaire par Ferdydurke — 28/02/2009 @ 20:18

  10. Certes, Aliocha. J’ai toutefois l’impression (fausse?) que vous concentrez votre analyse sur la partie de l’ouvrage qui fait du catastrophisme, ce que vous dénoncez avec raison. N’ayant pas lu ce livre, j’ignore si le catastrophisme en constitue la majeure partie. Je ne pensais toutefois pas que cela allait aussi mal que cela, ne le vivant pas de l’intérieur.

    Outre les bénéfices qu’apporterait un code de déontologie aux journalistes et aux lecteurs, il est évident que le(s) modèle(s) économique(s) de la presse papier – en particulier généraliste – est(sont) à revoir.

    En effet, on ne peut pas attraper la pub et le lecteur dans un même support, sauf à réduire l’information à un prétexte et j’abonde dans votre sens quand vous dites que c’est une erreur de chercher à le faire.

    Considérant qu’il faudra bien garder le lecteur qui, après tout, est en même temps le client qui achète le journal pour l’information qu’il contient et le consommateur ciblé par la pub, le choix devra être fait sur le sort de la pub :
    – Soit on abandonne la pub et on cherche d’autres moyens de financer le journal (activités annexes, produits dérivés, etc.)
    – Soit on sépare la pub de l’information (pub sur le web, information sur le papier).

    Dans l’interview au Nouvel Obs, on apprend que « Le «Washington Post» réalise 40% de son chiffre d’affaires en activités extérieures au journal, grâce entre autres à des organismes de formation professionnelle… » C’est une piste intéressante, selon moi.

    Je pense aussi à « Manière de voir » et au CD-ROM édités par le Monde Diplomatique, deux produits dérivés du mensuel qui ont le double mérite de générer des revenus supplémentaires et d’apporter une plus-value informative (dossier de synthèse, références, etc…).

    Aliocha : Narvic essaie de faire croire qu’étant journaliste, je refuse de voir la réalité en face et je nie la crise. Combien de fois ai-je écris ici qu’à force de réduire la taille des article on allait finir par faire de la BD, ce qui n’est pas insultant pour la BD, combien de fois ai-je écrit qu’il fallait inverser totalement la situation et faire de la qualité au lieu de courir après la rapidité et les formats du web ? Je ne l’ignore par la crise, je baigne dedans et j’ai, dans mon entourage une poignée de sexagénaires qui ont fait la presse de ces trente dernières années avec qui j’en parle toute la journée. Je gage que je la connais mieux que Narvic, la crise. Simplement pour moi le temps du diagnostique est fini, ce qui importe désormais, ce sont les solutions. Elles passent par la qualité, l’innovation, et l’éthique, qui n’est qu’un des aspects de la qualité comme le savent tous ceux qui travaillent sur le sujet chez les professions libérales, dans la finance etc. Ce n’est pas en tant que journaliste que je parle de déontologie, ce n’est pas par corporatisme, c’est en tant qu’observatrice professionnelle des questions d’éthique et de déontologie dans la société. Il n’y a plus que la presse qui n’a pas encore compris que l’avenir était là. A se complaire dans la description des difficultés on ne fait que se taper la tête contre les murs et décourager les énergies, c’est cela qui me fout en colère. Et quand je dis qu’il faut arrêter de chercher à attraper les lecteurs et la pub, ce n’est pas dans le sens où vous l’avez compris. Ce que je veux dire c’est que la presse nécessite avant tout du talent : plutôt que d’amorcer la réflexion sur un projet presse par où est le fric aujourd’hui ?, commençons par bâtir un projet et ensuite seulement réfléchissons à son modèle économique. La presse n’est pas une activité ordinaire, elle est le produit d’un savant mélange d’intelligence de l’information, de compréhension de la société et de science de la gestion, c’est pour ça que c’est un métier plus difficile que de vendre du shampoing. Croyez-vous que Françoise Giroud ait fondé d’Express en se disant que ce serait un réservoir à pub ?

    Commentaire par Ferdydurke — 01/03/2009 @ 08:04

  11. Travaillant en relation avec des gens des DOM, je suis très intéressé par ce qui se passe aux Antilles.Ce matin, il y a du nouveau sur la mort du syndicaliste Jacques Bino. Voici la dépêche AFP : http://www.google.com/hostednews/afp/article/ALeqM5iBuqRD3iWX4EXsMxIh0ikJmM2NUQ
    Je tiens les journalistes de l’AFP pour professionnels et généralement objectif.

    Mais j’avais repéré un blog en Guadeloupe ; ça donne ceci :
    http://chien-creole.blogspot.com/2009/02/chronique-judiciaire-1.html
    C’est manifestement d’une autre qualité, et des articles ont déjà étés repris dans des médias locaux. D’après les délations de Google, l’auteur est prof ; il n’est pas neutre, ayant été l’initiateur d’une pétition de soutien des métros au LKP.

    Ne reste qu’a voir comment intégrer une telle qualité dans la presse professionnelle.

    Commentaire par Pilou — 01/03/2009 @ 11:56

  12. Ouh la!!!! Quand je vous disais que vous saviez très bien vous défendre toute seule, je négligeais de souligner vos talents offensifs … 😉

    1/ Ecartons Narvic dont l’avis est faussé, outrageusement partisan et qui – comme je l’ai noté précédemment – attaque la personne à coups de considérations dignes de la psychologie de bazar au lieu de débattre des opinions et des idées, voulez-vous? Narvic, on s’en fout : il est là pour vendre son produit par tous les moyens. Il fait du marketing…

    2/ Rappelez-vous que je ne remets pas en cause la nécessité et les bénéfices d’une déontologie et d’une éthique journalistiques. Bien au contraire!

    3/ Rappelez-vous aussi que je ne remets pas non plus en cause votre dénonciation du catastrophisme et de la description plaintive et décourageante d’une situation sans rien faire pour en sortir. Bien au contraire (bis)!

    4/ Très bien que vous n’en soyez plus au temps du diagnostic mais rappelez-vous que je ne suis pas du sérail et que je suis un mekeskidi en la matière. En conséquence : pas taper (trop fort) sur la tête de l’élève qui s’efforce de comprendre une situation qui lui est étrangère, merci maîtresse 😉

    5/ Vous ne savez pas à quel point il est difficile de vendre du shampooing. Moi non plus d’ailleurs n’ayant jamais vendu de shampooing mais je suis certain que la vente efficace de shampooing résulte aussi d’un « savant mélange d’intelligence de l’information, de compréhension de la société et de science de la gestion », lequel semble assez bien correspondre à ce qu’on attend d’une étude de marché (domaine que je connais un tant soit peu).

    6/ Sur l’innovation, la qualité, l’éthique, j’ai quand même l’impression que nous avons la même approche, laquelle n’est d’ailleurs ni réservée ni limitée aux professions libérales et apparentées.

    Je crois qu’en effet Françoise Giroud n’a pas fondé l’Express en voulant en faire un réservoir à pub (et donc une pompe à fric) mais je crois aussi qu’elle s’est très probablement posé la question, comme vous le faites, du modèle économique à adopter pour financer et diffuser l’Express qu’elle ne souhaitait probablement pas limiter au cercle de ses proches…

    Là où je m’éloigne un peu de vous, c’est quand vous dites « le projet d’abord, le modèle économique ensuite ». Ce serait la situation idéale, je vous l’accorde, et c’est sans doute ce qu’il était encore possible de faire à l’époque de la création de l’Express : permettre la réalisation d’un projet sans qu’il soit « pollué » ou modifié par les impératifs économiques lors de sa phase de création. Mais mes propres expériences me conduisent à penser qu’il n’est plus possible de bâtir un projet sans organiser son modèle économique en parallèle. J’insiste sur ce mot : en parallèle. Les deux sont interdépendants et s’influencent mutuellement. Le projet tel qu’on l’a en tête ne peut être dissocié des aspects économiques de sa réalisation.

    La recherche de solutions innovantes, à laquelle je souscris pleinement (n’étant vraiment pas du genre à me lamenter sans rien faire) ne peut ignorer cet état de fait et c’est bien ce que semblent montrer les tentatives de journaux étrangers citées dans le Nouvel Obs. Les initiatives évoquées gèrent de front l’aspect « information » et l’aspect économique car il n’y a pas le choix.

    C’est à peu près sur ce constat que je fis mon commentaire précédent. Ou alors je n’ai vraiment rien compris et là : Pas taper mais expliquer, siouplé…

    Aliocha : Fichtre, je serais si brutale que cela ? N’y voyez alors que la force des convictions et certainement pas une agression personnelle. Pour le reste, nous sommes d’accord, je ne dis pas que ce n’est pas dur de vendre du shampoing, je dis que c’est encore plus dur de vendre un journal. Et je ne dis pas qu’il faut faire fi de la dimension économique, en tant que free lance, je suis un mini chef d’entreprise, je sais qu’on ne vit pas de belles idées et d’eau fraîche. Je dis simplement que l’obsession de la rentabilité ne doit pas constituer la totalité du projet. Pensez-vous qu’on aurait lancé XXI si ça avait été le cas ? Ils font du papier à l’heure d’Internet, ils proposent des articles longs à l’heure où l’on tend vers la bulle de BD, ils vendent en librairie, bref, ils éclatent tous les modèles traditionnels et ils tournent aussi le dos à « l’air du temps ». Je ne connais pas les fondateurs, mais il me semble que leur projet témoigne d’une vision, d’une envie et pas seulement d’une analyse de marché qui les aurait conduit à ouvrir un site Internet d’information (le web est l’avenir, le papier est mort), gratuit (le web refuse le payant, la pub s’y déplace) alimenté par des blogueurs (coût inexistant) ou une toute petite poignée de journalistes invités à batonner de la dépêche (coût réduit). Evidemment, je dépeins ici le modèle caricatural de ce qui est dans le vent, mais il y a aussi de belles expériences type Rue89, Backchich, ou Mediapart où l’esprit journalistique est très présent. Reste à savoir si eux sauront trouver leur équilibre financier, ce qui nous ramène à l’importance que je ne sous estime pas, du modèle économique. Disons qu’en presse comme ailleurs, la réussite est un savant équilibre entre inspiration, amour du métier et cohérence économique et que lorsqu’on réfléchit en temps de crise, on a souvent trop tendance à se focaliser sur la quête de rentabilité au détriment de l’innovation, enfin, à mon avis. Surtout quand on a connu une époque où l’argent tombait tout seul.

    Commentaire par Ferdydurke — 01/03/2009 @ 12:28

  13. Si vous étiez si brutale que cela, les tuyaux du net retentiraient de mes hurlements de douleur… donc pas d’inquiétude tant que vous n’entendez rien. 😉

    En tant que mini chef d’entreprise free-lance moi-même (certes, depuis quelques mois seulement), je ne peux qu’être d’accord avec vous sur les belles idées et l’eau fraiche. Je ne dis pas non plus que la rentabilité doit guider le projet mais qu’elle en est indissociable.

    Excusez-moi de prendre pour exemple ma démarche personnelle pour exemple mais j’ai choisi (après avoir réalisé la nécessaire étude de marché) de concentrer exclusivement mon activité sur un public d’entreprises particulièrement négligé et peu visible : les TPE. Une bonne vieille stratégie de niche, en résumé.

    Ce, pour trois raisons principales : la concurrence y est moins intense donc je peux y faire mon trou à moindre coût, le potentiel de ce marché est très sous-estimé donc porteur, le monde des TPE m’enthousiasme et me stimule.
    C’est mon « innovation » personnelle (toute relative et sans prétention aucune). Elle me coupe peut-être de marchés plus accessibles et plus rentables (les PME), implique des tarifs adaptés à la trésorerie des TPE donc un chiffre d’affaire moins élevé pour moi et une façon de travailler réclamant plus de souplesse et d’efforts. En conclusion, ce n’est ni le choix le plus simple ni le plus rentable en regard de ce qui se pratique. Cela me semble rejoindre votre description du modèle XXI.
    Vous objecterez que ce que je vous dis ne semble pas être mu par une vision et une envie comme celles que vous évoquez. Et pourtant… c’est juste beaucoup trop personnel pour que je l’étale sur un blog. 😉

    Partant de cette expérience pour en revenir à la presse papier, XXI que je ne connaissais pas (et qui peut vous remercier d’avoir un nouvel abonné) ne suit effectivement pas les modèles existants et est clairement innovant. XXI a choisi une approche plus contraignante (« refus » du web, moins de rentabilité, articles longs, etc.) mais avec comme bénéfice une plus-value journalistique qui fait sa différence, sa qualité et son intérêt. Vous me corrigerez si je me trompe mais il y a sans doute le même esprit chez XXI que chez « Manière de voir ».

    Je suis toutefois prêt à parier qu’ils ont réalisé une étude de marché. Une étude de marché vise à valider ou non un projet dans son ensemble (l’idée, la cible et les moyens), pas seulement sous un angle économique. Une étude de marché ne se résume pas à une quête de rentabilité maximale. Une étude de marché, c’est aussi une remise en question par l’analyse approfondie de la confrontation d’un projet à des réalités sociales, économiques, administratives, sociétales, etc. C’est pour moi un des meilleurs outils pour parfaire un projet, la vision qu’on en a et dégager de nouvelles pistes, de nouvelles opportunités qu’on n’avait pas décelé auparavant : l’innovation dont nous parlons, vous et moi, non? Innovation qui ne se résume pas à « aller » sur le Net, etc… L’innovation n’est pas synonyme de technologie, comme le montre l’exemple de XXI.

    Sommes-nous d’accord?

    Aliocha : Absolument.

    Commentaire par Ferdydurke — 01/03/2009 @ 14:22

  14. @ Ferdydurke

    Je ne réagis que lorsqu’Aliocha écrit, non pas comme vous le dite que j’apprécie l’analyse présentée dans ce livre, mais par ce qu’elle dénonce « l’étrange jubilation que suscitent les mauvaises nouvelles chez certains » (il ne s’agit donc pas du livre). Comme elle écrivait auparavant, toujours à mon sujet : « pourquoi tant de haine » (mais que vient faire la haine là-dedans ?!) et qu’elle estime non pas que j’observe la fin des journaux mais que je « l’attend impatiemment » ! J’ai lu aussi qu’Aliocha prétendait que je « voulais  » la mort des journaux. C’est exactement du même ordre que dire que les médecins qui font un diagnostic « veulent » la mort de leur malade, ou que le comptable qui indique que les comptes d’une entreprise sont dans le rouge témoigne d’une « étrange jubilation » et aspire carrément à sa faillite. On est en plein délire.

    Ce qui me déplaît fortement c’est que l’on déforme mon propos, que je tâche de cantonner dans les domaines économique, social, technologique et politique, pour en faire des interprétations de psychologie de comptoir, en me prêtant des sentiments que je n’ai pas. Ce qui est un procédé qui ne relève pas de l’argumentation mais du dénigrement. Quand Aliocha prétend qu’elle ne cherche pas la confrontation, je ne comprends pas vraiment la multiplication de ce type d’attaques, toujours placées sur le registre personnel et psychologique.

    Alors moi aussi, je peux faire de la psychologie, en remarquant qu’il est relativement récent qu’Aloiocha veuille bien observer que la crise de la presse est profonde, que ses causes sont structurelles et de nature économique et technologique, alors qu’elle me répondait il y a de ça quelques mois sur d’autres blogs exactement le contraire. Le propos n’en reste pas moins pour l’essentiel sur le registre du déni : « le journalisme est indispensable à la démocratie, par conséquent il doit vivre et il vivra ». C’est exactement ça, le déni.

    Malheureusement, Aliocha ne met lit pas quand je me demande précisément comment ont fait fonctionner la démocratie s’il n’y a plus de journalistes. Elle ne me lit pas non plus quand je cherche à rendre compte de toutes les expériences alternatives qui se développent, où les idées qui sont proposées, aux Etats-Unis pour imaginer un financement alternatif du journalisme (dons, fondations privées (ProPublica), service public (BBC, American Public Broadcasting), pré-financement par les lecteurs (Spot.us), ou les propositions de Bruce Ackermann de « programme national de dotation pour le journalisme »). Ce simple oubli témoigne d’un lecture biaisée et à sens unique. Je ne sais pourquoi je suis devenu l’idée fixe et la cible des sarcasmes d’Aliocha, que je ne connais pas et avec je n’ai pas eu la moindre relation.

    Aliocha : épargnez-moi ce numéro de Caliméro voulez-vous. Et surtout ne venez pas ici m’expliquer que je ne sais pas lire. Vous vous positionnez en spécialiste des médias sur le web, fort bien, mais il ne faut pas avoir lu l’ensemble de votre oeuvre pour apercevoir que, derrière les apparences de description objective de la crise de la presse, vous défendez votre vision : la disparition programmée de la presse papier, la bascule totale de l’information sur le web et son traitement par les blogueurs qui remplaceront les journalistes parce qu’ils sont pionniers sur ce support et que de toutes façons à vos yeux les journalistes ne valent rien. Vous avez le droit de penser ce que vous voulez, mais au moins assumez vos convictions et souffrez qu’on vous réponde quand on n’est pas d’accord avec vous. Quant à la crise que je semble découvrir, il se trouve qu’elle est à l’origine de ce blog comme en témoigne le premier billet que j’ai publié en septembre.

    Commentaire par narvic — 01/03/2009 @ 20:36

  15. @ Narvic

    Aliocha dit : « Narvic commente le livre de Bernard Poulet avec délectation. » C’est un constat qui ne relève pas du dénigrement. Remplacez « commente » par « déguste » et « le livre de Bernard Poulet » par « un flan aux raisins » et ce sera plus agréable… Surtout s’il est accompagné d’un coulis de fruit ou d’une sauce caramel. Le flan, pas le livre 😉

    Je crois très sincèrement que vous vous trompez en pensant que « l’étrange jubilation que suscitent les mauvaises nouvelles chez certains » vous vise. Selon moi, dans cette phrase, Aliocha cible l’auteur du livre dont elle critique l’approche autant dans son billet que dans ses commentaires. A mon avis, il est bien question du livre. Qu’elle vous y associe est certain et de toute façon logique : vous le défendez ce livre ! Qu’attendiez-vous d’autre ?
    Elle ne vous a pourtant consacré qu’une toute petite phrase. Rien de plus. Après, que l’historique houleux de votre non-relation pèse dans l’affaire ne m’étonnerait guère… De là à considérer que vous êtes son idée fixe et qu’elle attend vos sorties bloguesques, l’œil fiévreux et la lèvre baveuse, toutes griffes dehors, pour vous étriper comme d’autres attendent l’heure du goûter, il y a un monde.

    J’ai également du mal à trouver où et quand vous avez été la cible d’attaques dans le registre personnel et psychologique. J’ai plutôt l’impression que c’est vous qui avez donné dans ce travers classique du débat qui s’envenime…

    Concernant la prétendue déformation de vos propos, toute réplique est forcément empreinte de l’interprétation du contradicteur qui parle selon sa propre subjectivité, ses convictions, son expérience, ses intentions (et son humeur…). Est-ce déformer pour autant? Ne vous incombe-t-il en conséquence pas de préciser ou de répéter vos propos pour qu’ils soient « reformés », entendus et compris au lieu de vous contenter d’un « elle ne me lit pas, elle ne veut pas entendre, elle est dans le déni. » qui ne fait pas avancer la réflexion ? La qualité de la transmission du message incombe d’abord à son émetteur, non?

    « le journalisme est indispensable à la démocratie, par conséquent il doit vivre et il vivra ». Je le pense aussi et je n’ai pas le sentiment que vous-même vous pensez autre chose. En tout cas je l’espère! Je ne vois pas où est le déni de la crise de la presse dans ce propos ou dans un autre d’ailleurs. Relisez les billets et les réponses d’Aliocha aux commentaires et vous constaterez qu’elle est loin d’être dans le déni! Bien au contraire. Vous rapportez vous-même qu’Aliocha a observé « que la crise de la presse est profonde »! J’ai par ailleurs du mal à concevoir que quelqu’un qui cherche des solutions à un problème puisse nier l’existence du problème…

    Le débat ne porte donc pas sur l’existence de la crise de la presse mais sur les solutions à mettre en œuvre pour sortir l’en sortir et c’est là où vous divergez.

    J’ai moi-même le sentiment que vous faites du Net la réponse à tous les maux et que vous rejetez l’idée que d’autres solutions toutes aussi innovantes que les NTIC (et pas forcément incompatibles avec ces dernières) existent pour faire du journalisme. Je vous assure que vous donnez vraiment l’impression de nous servir une stratégie marketing pro-web… Votre position, c’est un peu « tout pour le Net, tout par le Net, rien en dehors du Net »… Fausse ou bonne impression, à vous de me le dire.

    Au lieu de vous plaindre des prétendues brimades d’Aliocha, soyez un contradicteur efficace, exposez vos idées, expliquez et précisez vos opinions, corrigez les interprétations, recadrez votre pensée, argumentez et contre-argumentez.

    Cela bénéficiera à la réflexion de chacun, qu’il soit d’accord ou pas! La confrontation n’a rien de mauvais car elle relève du débat. A chacun d’en accepter les règles (à commencer par le droit au désaccord) et d’éviter l’affrontement lequel n’oppose plus des opinions mais des personnes.

    Aliocha : Fichtre, nous sommes encore d’accord 😉

    Commentaire par Ferdydurke — 01/03/2009 @ 23:24

  16. @ Aliocha

    Fichtre aussi! Deux fois d’accord dans le même billet! Je vais fêter cela derechef en allant dévorer un flan aux raisins avec délectation! 😀

    Une de mes pensées préférées pour conclure sur notre accord : « se parler oui, pour savoir qu’on est du même silence », Nathalie Clifford Barney (amazone américaine dont le gentil macho vous recommande la lecture 😉 )

    Bon appétit et bonne journée, Aliocha!

    Commentaire par Ferdydurke — 02/03/2009 @ 09:42

  17. Aliocha :

    Il y a qq temps je vous demandais ce que vous pensiez de XXI (cela ne faisait que qq mois qu’il était en kiosque) et vous me disiez (si mes souvenirs sont bons) que c’était à mi-chemin entre le journalisme et l’éditorial, un peu comme le Monde 2, pas vraiment votre tasse de thé. Avez-vous changé d’avis sur le fonds où n’est-ce qu’un nouveau (?) modèle économique performant que vous saluez?

    Sinon, merci à vous et à Ferdydurke pour cet échange intéressant (pas fini de lire, le ferait demain car trop fatigué, mais c’est passionnant).

    Enfin quand je lis : « Je vais vous dire au fond ce qui est en train de disparaître, les journaux aspirateurs de pub, les armées mexicaines de rédacteurs en chef surpayés, la gestion à la petite semaine, le conformisme intellectuel, les projets foireux à effet de levier montés par quelques vieux barbons de la presse qui appliquent des recettes vieilles de trente ans grâce aux capitaux d’une pseudo-élite que l’idée d’avoir un journal fait fantasmer comme un notable de province qui se rend à son premier rendez-vous avec une call girl. Voilà ce qui disparait et c’est tant mieux. » je me dis que voilà une bien belle prose, qui semble autant libératrice à lire qu’à écrire. Et alors on se prend à souhaiter que oui, vous l’écriviez ce livre qu’il « faudrait écrire », un essai où vous livreriez votre point de vu sur une centaine de pages, avec la pédagogie et les convictions qui vous caractérisent.

    Aliocha : c’est exact, je vous ai en effet répondu que je n’accrochais pas et j’ai toujours du mal à y entrer. De la même façon, je ne lis que très épisodiquement le Canard enchaîné. Il n’empêche que tous deux font objectivement du boulot de qualité et qu’ils marchent, par conséquent ils m’intéressent en tant que modèles.

    Commentaire par gwynplaine — 02/03/2009 @ 21:24

  18. Bonsoir Aliocha
    Je crois que ce qui a disparu ce sont les lecteurs (de l’espèce à passer 2 ou 3 heures à lire un journal chaque jour, des « journaliers » en quelque sorte).
    Je crains qu’ils ne soient remplacés par des « superviseurs » des infos, sur les différents média, pour qui les heures sont devenues des minutes.
    Lambda

    Commentaire par lambda — 02/03/2009 @ 23:29

  19. Je vous découvre tout juste aujourd’hui, grâce à Michelle Blanc et je suis sur le cul! (expression québécoise pour « renversée, époustouflée, épatée »).

    Ah, je reviendrai, tiens!

    Merci pour ce beau billet.

    Commentaire par Geneviève — 03/03/2009 @ 00:00

  20. […] de “La fin des haricots“, chez […]

    Ping par La citation du jour… — Michael Carpentier.com — 03/03/2009 @ 00:09

  21. Aliocha comment vous dire ?
    Votre billet et plus encore vos commentaires sont pathétiques de suffisance et truffés de poncifs à faire pleurer. En outre, désolé de vous le dire (enfin pas vraiment) votre arrogance cache mal l’étroitesse de votre pensée. Pour tout dire elle évoque pour moi une caricature de journaliste, telle que l’on n’en voit plus que dans les séries Z américaines (vous travaillez pour Télé Poche c’est ça?). Vous ne réfléchissez pas, vous assénez. Vous ne dialoguez pas, vous méprisez l’autre dès lors qu’il ne pense pas comme vous. Bref, votre prose est d’un inintérêt abyssal et je dois dire que j’ai baillé quatre fois avant d’arriver au bout (parfois il faut se faire violence). Mais bon, il fallait quand même que quelqu’un se dévoue pour vous le dire… (et je vous jure que je ne m’appelle pas Narvic, qui n’en peut mais)

    Aliocha : Non, je travaille pour « Le petit abruti illustré ». Je vous aurais bien proposé un portrait en Une mais la couv’ est réservée ce mois-ci à notre dossier spécial « Soigner la connerie par les plantes ». En revanche, je cherche des témoignages pour ma grande enquête « Comment j’ai retrouvé confiance en moi en insultant les autres sur le web ». Si ça vous dit….

    Commentaire par mekecékon-mékecékon — 03/03/2009 @ 01:59

  22. Un élément est souvent absent dans l’analyse de la crise de la presse, c’est le coût quotidien de la recherche de l’information.

    C’est d’ailleurs un peu normal qu’on oublie ça puisque, souvent, dans notre société occidentale, on discute avec des gens qui n’ont plus de rapport direct avec la production.

    On discute rarement avec un vrai paysan, un vrai ouvrier de l’automobile, une vraie institutrice, etc. Souvent, on discute avec un intermédiaire.

    Tout ça pour dire que je suis un journaliste de base de la presse écrite quotidienne. Précisèment, chroniqueur judiciaire à Nord-Eclair (Lille).

    Or, cette fonction coûte à mon patron: salaires, machines, notes de frais, etc… Quelle est la visée de ma fonction: couvrir un secteur d’un journal local, raconter l’agression qui arrive dans une lointaine banlieue, évaluer les fluctuations de la justice, les délits à la mode, les infractions originales, les dossiers petits ou grands, etc. Bref: faible rentabilité.

    On peut évidemment se dispenser de cette quête quotidienne de l’information et se borner à payer petitement un correspondant (de la presse nationale) qui va pomper gratuitement la bonne histoire parue localement en utilisant le travail des dizaines de journalistes payés par la presse quotidienne régionale.

    On peut aussi être un journaliste de la presse parisienne hebdomadaire et pomper les bons mots pêchés dans la presse locale et en faire une rubrique pas chère du tout et si amusante.

    On peut être journaliste de la presse magazine spécialisée et se dispenser de toute quête quotidienne de l’information en se bornant à faire travailler une armée de pigistes.

    Bref, on peut accumuler les exemples qui illustrent un peu le proverbe chinois: ce n’est pas travailler qui rend riche, c’est faire du commerce. Ou, si l’on applique ce proverbe à la presse: ce n’est pas rapporter des informations qui rend riche, c’est faire fructifier le petit marron rentable tiré du feu par d’autres.

    Evidemment, on peut reprocher beaucoup de choses à la presse quotidienne. Il n’empêche que cette réalité économique de base (travailler, c’est dur, et payer quotidiennement le travailleur, c’est de plus en plus dur) reste fondamentale dans la crise de la presse.

    Il ne vous aura pas échapper d’ailleurs que c’est la presse quotidienne qui n’en finit pas d’être en crise et de régresser. La presse magazine se porte comme un charme de même (on les oublie trop souvent ceux-là) que la presse subventionnée par les collectivités territoriales qui réinventent tous les jours la Pravda.

    En matière judiciaire par exemple, la presse nationale ne suit plus que les procès que tout le monde suit (Colonna, Ferrara, etc, souvent par dépêches interposées) et ignorent désormais totalement les autres procès.
    Par ailleurs, comme les chroniqueurs judiciaires locaux sont de moins en moins nombreux, on peut tout à fait ignorer ce qui se passe réellement dans certains gros tribunaux de grande instance… D’où, dans ce secteur comme dans d’autres, l’effroyable esprit moutonnier qui sévit souvent.

    Une dernière question pour la route: que restera-t-il à commenter quand des pans entiers de l’information resteront totalement ignorés par absence de journalistes?

    Amicalement. D.S.

    Aliocha : c’est effectivement LA question. Espérons que les éditeurs de presse fassent vite cette découverte génialement innovante : pour vendre de l’information, il faut des journalistes qui aillent la chercher. Je crains malheureusement que beaucoup d’éditeurs de presse n’aient le fantasme inverse actuellement : faire de l’info sans journalistes. Faudra-t-il attendre la démonstration par la faillite que cette idée est mauvaise ?

    Commentaire par didier specq — 03/03/2009 @ 09:26

  23. Juste pour vous distraire entre deux critiques de la presse: un nouveau journal est né, à Rennes.

    C’est dans libé: http://www.liberennes.fr/libe/2009/03/au-mensuel-de-r.html

    Aliocha : merci, ça fait du bien de voir des journalistes qui y croient et qui osent.

    Commentaire par javi — 03/03/2009 @ 16:37

  24. Bonjour,
    Je suis d’accord avec le texte et je suis sans doute plus optimiste. Je pense
    qu’il n’y aura pas moins d’acteurs mais plus. Cependant beaucoup des acteurs présents pourraient disparaître s’ils ne veulent pas s’adapter.

    J’ai lu l’ensemble des commentaires précédents et à la question :
    « pour vendre de l’information, il faut des journalistes qui aillent la chercher. Je crains malheureusement que beaucoup d’éditeurs de presse n’aient le fantasme inverse actuellement : faire de l’info sans journalistes. Faudra-t-il attendre la démonstration par la faillite que cette idée est mauvaise ? »

    Je pense que cela est souhaitable. Il ne faut donc pas soutenir les mauvaises idées. C’est pour cela que je me bats contre l’aide de 600 millions sur 3 ans à la presse.
    à http://www.orvinfait.fr/presse_manipulations_pour_mieux_vous_voler.html je montre également que la presse désinforme.

    Avec son pessimisme non seulement pour sur ses métiers mais aussi sur l’ensemble de la société elle contribue à l’aggravation de la crise et donc aussi à ses propres problèmes.

    Commentaire par Serge Cheminade — 03/03/2009 @ 17:39

  25. @Aliocha:
    « Non, je travaille pour “Le petit abruti illustré”. « : vous voyez, j’étais vraiment pas loin.

    « Je vous aurais bien proposé un portrait en Une mais la couv’ est réservée ce mois-ci à notre dossier spécial “Soigner la connerie par les plantes”. « : j’imagine que c’est vous qui avez eu l’idée du sujet…

    En revanche, je cherche des témoignages pour ma grande enquête “Comment j’ai retrouvé confiance en moi en insultant les autres sur le web”. « : Interviewez-vous vous-même, vous êtes passée experte dans le genre.

    « Si ça vous dit….  » : A votre avis.

    Commentaire par mékecékon-mékecékon — 03/03/2009 @ 23:13

  26. […] vous invite à lire ou à relire l’excellent commentaire de mon confrère Didier Specq sous ce billet (com […]

    Ping par Le mea culpa d’un patron de presse américain « La Plume d’Aliocha — 05/03/2009 @ 10:30


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