La Plume d'Aliocha

28/02/2009

L’arroseur arrosé…

Filed under: Dessins de presse — laplumedaliocha @ 11:41

Et pour ceux que la discussion sur la crise de la presse ennuie, voici un dessin pour les distraire.aliocha-copie

La fin des haricots !

Filed under: Débats — laplumedaliocha @ 11:20

Bon, je m’étais promis de mettre ma plume en drapeau aujourd’hui, mais comme les Cassandre s’égosillent, le repos attendra demain. Narvic commente le livre de Bernard Poulet avec délectation. Songez donc, l’auteur annonce la mort de la presse papier, de l’information, des journalistes, du journalisme etc. Autant j’aime les analyses lucides fussent-elles douloureuses, autant je suis toujours heurtée par l’étrange jubilation que suscitent les mauvaises nouvelles chez certains. Moi, c’est le succès qui me met en joie, pas l’échec, mais bon. Heureusement, le temps où ces cris de joie me blessaient est passé. Subsistent juste quelques réflexions que je vous livre ici. Je m’étonne par exemple qu’en temps de crise, (générale, pas seulement de la presse) on puisse ainsi, avec tant d’enthousiasme,  annoncer la disparition d’un secteur industriel qui représente dans notre pays environ 10 milliards de chiffre d’affaires et 200 000 emplois (chiffres « La presse française » par Pierre Albert, La documentation française) ce d’autant plus que, comme le souligne cet excellent rapport « les enjeux de cette crise dépassent l’économie, du fait du rôle social et politique de la presse en matière d’information et de diffusion des idées. Les récentes évolutions peuvent mettre en péril le pluralisme du quatrième pouvoir et affaiblir ses fonctions propres de réflexion sur l’actualité au-delà de l’immédiateté ». Voilà pour les principaux éléments du décor. Je trouve qu’ils ont un certain poids.

L’échec de la culture fric

Passons au reste, je ne vais pas ici tenter d’analyser dans le détail la crise de la presse en France et dans le monde, il faudrait écrire un livre. Je m’en tiendrai simplement à soulever une idée étonnamment absente des débats. Plus que d’Internet ou d’un changement d’habitudes des lecteurs, il me semble que la presse est surtout en train de souffrir de la fin des années fric. Or, on confond à mon sens l’éclatement d’une bulle, la fin de l’argent facile, avec la disparition d’une activité. Pas plus que la crise de l’automobile n’annonce la mort de la voiture ou la crise financière celle de la banque, les difficultés de la presse ne permettent d’annoncer la fin prochaine du journalisme. La presse a longtemps mené grand train, versant des salaires de chefs d’Etat  africains, remboursant des notes de frais hallucinantes, acceptant sans broncher des coûts de fabrication et de distribution déraisonnables sous la pression de notre cher syndicat du livre. Tenez une anecdote pour que vous ayez une idée du problème : dans un grand quotidien national, un journaliste avait l’habitude d’indiquer sur ses notes de frais  » TMSP ». Je précise que dans ce journal, on pouvait sans difficultés faire passer en notes de frais l’achat d’un smoking pour assister à un cocktail. Un jour, un nouveau comptable osa demander à la star de la rédaction ce que signifiaient ces drôles d’initiales : « Tant Mieux Si ça Passe » lui répondit l’auteur facétieux. Tout cela a fonctionné néanmoins durant des décennies et il faut bien admettre avec le recul que c’était un véritable miracle.

La faute à pas de chance

Et puis le modèle s’est épuisé. Quand on réussit à gagner de l’argent sans talent particulier et avec des compétences de gestionnaires plus que médiocres, forcément, le jour où ça s’arrête on crie à la catastrophe. Ceux qui étaient et sont encore aux manettes, n’ont pas d’autre choix que d’annoncer la mort du secteur pour se dédouaner.  Internet n’a eu qu’à donner une pichenette pour que tout s’effondre. Et les Cassandre vendent maintenant très cher en librairie leur constat d’échec avant de partir en retraite avec un cynisme qui me glace. Tout le monde surenchérit et les plus extrémistes se disent « au fond c’est tant mieux, vive la mort du journalisme et la naissance d’autre chose ». Quoi ? Personne n’en sait rien, mais ce n’est pas grave. L’échec d’une génération d’éditeurs de presse est perçu comme l’échec d’une industrie toute entière et, plus profondément celui d’un système, phénomène  qu’une poignée de rebelles sur le web analyse avec allégresse comme l’annonce de la naissance d’un nouveau monde. Allons, on n’a jamais vu naître de nouveau monde, l’homme étant ce qu’il est, il ne cesse de reproduire les mêmes modèles partout où il s’aventure. Les journalistes vont disparaître au profit des blogueurs ? J’en doute, mais même si c’était le cas, ça donnerait quoi ? Les blogueurs se rassembleront, créeront des entreprises, chercheront des financements, se professionnaliseront dans l’information et deviendront…des journalistes dans des entreprises de presse. Quelle nouveauté, c’est décoiffant ! Comme l’écrivait Céline dans sa thèse de médecine à propos de la révolution française : « l’humanité s’ennuyait, elle brûla quelques dieux, changea de costume et paya l’histoire de quelques gloires nouvelles. Et puis la tourmente apaisée, les grandes espérances ensevelies pour quelques siècles encore, chacune de ces furies partie sujette pour la Bastille en revint citoyenne et retourna vers ses petitesses » (eh oui, l’écrivain perçait déjà sous le médecin ! Extrait de Semmelweis).

Ce qui meurt ? Un modèle de gestion désastreux

Je vais vous dire au fond ce qui est en train de disparaître, les journaux aspirateurs de pub, les armées mexicaines de rédacteurs en chef surpayés, la gestion à la petite semaine, le conformisme intellectuel, les projets foireux à effet de levier montés par quelques vieux barbons de la presse qui appliquent des recettes vieilles de trente ans grâce aux capitaux d’une pseudo-élite que l’idée d’avoir un journal fait fantasmer comme un notable de province qui se rend à son premier rendez-vous avec une call girl. Voilà ce qui disparait et c’est tant mieux.  Dans un marché qui est devenu plus compliqué, il va désormais falloir faire preuve de professionnalisme, de talent, d’inspiration, de sincérité et d’esprit innovant. Il va falloir réinventer un modèle, bref, il va falloir se bouger. Les concepteurs de XXI montrent que quand on veut, on peut, quand on a une idée originale et le courage intellectuel doublé du courage financier de penser différemment et de prendre des risques, on y arrive. Le Canard enchaîné illustre quant à lui un autre aspect fondamental : lorsqu’on est fidèle à sa ligne éditoriale depuis près d’un siècle,  lorsqu’on propose du journalisme et non pas de la pub enrobée d’information, on vit fort bien. 

Ces deux exemples, pris parmi beaucoup d’autres, montrent que la presse n’est pas morte, pas plus que le journalisme d’ailleurs. Ce qui est mort c’est le modèle juteux qu’on a connu et la génération qui l’a piloté à l’aveugle.  Et je trouve regrettable que ceux qui nous ont mené là aient aujourd’hui l’impudence de dissimuler leur incompétence derrière l’écran de fumée d’Internet, de même que je trouve regrettable que la mort de la presse soit devenu le dernier fond de commerce à la mode.  Et puis un mot sur les blogueurs. Ils sont dragués en ce moment, mais savent-ils seulement pourquoi ? Parce qu’ils constituent une main d’oeuvre gratuite ou au mieux quasiment donnée. Alors on reprend leurs billets, on les flatte, et on s’assure ainsi de leur bienveillance dans un monde où tout est à faire et où certains pensent qu’il vaut mieux les avoir avec soi que contre soi. S’il y a une menace de prolétarisation, elle est là, bien plus que dans celle des journalistes. Voilà, la vérité. En ce qui me concerne, je refuse d’écouter ces jérémiades et je m’en tiens à une certitude : le journalisme est indispensable à la démocratie, par conséquent il doit vivre et il vivra. Et puis j’en ai une autre de certitude, quand on a du talent, des idées et du courage, on ne se lamente pas à longueur de journée, au contraire, on réfléchit, on lance des projets et on réussit. Je ne doute pas un instant que dans les années à venir, des talents vont se dresser et que nous sortirons de cette période difficile. Il y aura moins d’acteurs, c’est sûr, moins d’argent jeté par les fenêtres et moins de canards boiteux, c’est le cas de le dire. Tant mieux. Les lamentations n’auront qu’un temps, celui que les pleureurs professionnels partent en retraite.

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