La Plume d'Aliocha

15/02/2009

Editeurs de presse, qu’avez-vous fait du journalisme ?

Filed under: Eclairage — laplumedaliocha @ 11:33

La presse vous le savez est en crise. Crise économique d’abord, crise d’identité ensuite – quand on ne gagne plus d’argent, forcément on doute de soi – crise d’évolution enfin, avec la question que lui pose le web sur son avenir. Voilà bientôt 7 ans que, par les hasards de la vie, j’observe de près quelques professionnels de la presse participer à des projets de lancement de magazines, à des brainstormings sur l’avenir d’un groupe, la réorganisation d’un autre, le rapport papier/web. Et ce que je vois me fout le bourdon.

Quand la culture fric dévore la presse

Comme tous les secteurs en crise, la presse est obsédée par l’argent. Il fut un temps où celui qui lançait un journal, une nouvelle formule ou simplement prenait la tête d’un titre, celui-là donc avait une vision, un certain amour du métier, et surtout une culture profonde du journalisme. C’est un état d’esprit qui mêle curiosité, goût de l’observation du monde, esprit critique, insolence, méfiance à l’égard des pouvoirs de toute sorte etc…Et puis peu à peu, cet esprit à été dévoré par l’argent. Savez-vous comment on lance un nouvel organe de presse aujourd’hui, cela vaut pour le papier, mais vous verrez que cela s’applique aussi au web ? On vous annonce un beau projet avec des termes flatteurs, on vous fait croire à l’inspiration. La vérité est toute autre et tout ceci n’est qu’une singerie pitoyable de ce que fut la presse en d’autres temps. En réalité, on identifie une cible ou un marché publicitaire et on observe qui est positionné dessus, et s’il reste de la place. Globalement, soit on vise une population faible en nombre mais à hauts revenus, soit on se positionne sur un marché le plus large possible. Ensuite on identifie les besoins, les préoccupations, les attentes des lecteurs et on leur taille sur mesure un journal à grands renforts de « tests lecteurs ». Avouez qu’on est loin de Françoise Giroud n’est-ce pas ? Ces projets sont conçus généralement par des gens qui n’ont pour toute inspiration que celle de la cible publicitaire et autant l’esprit journalistique que moi j’ai celui de la géométrie spatiale. Il y en a même qui sont passés professionnels dans le lancement de magazines qui ne dépasseront pas le troisième numéro, rien que pour bénéficier des aides à la presse. « Ah, me disait-on quand j’ai débarqué dans cet univers, mais tu es journaliste, tu es une rêveuse, on les connaît les projets des journalistes, ils ne sont pas viables économiquement ». Au début, je me taisais, et puis j’ai observé les échecs de ces projets lancés en grande pompe. Aujourd’hui quand on m’attaque sur le fait que je n’y connais rien et que je rêve, je réponds goguenarde, « mais vos brillants projets, vos business plan de gens à qui on ne la fait pas, pourquoi ils ne marchent pas d’après vous ? Vous êtes sûrs que j’ai tort ? ». Et là, les regards se tournent, gênés. On allègue de la crise, on répond que les gens n’ont plus le temps de lire etc. Je vais vous dire au fond, la presse a souffert comme nombre de domaines de la culture fric de ces dernières années et elle le paie, au prix fort, comme la finance. Un projet presse, c’est avant tout une inspiration, une idée, une vision, qu’il faut ensuite rendre viable économiquement. Ce n’est pas juste un projet fric destiné à attirer la pub.  Je regardais il y a quelques jours un reportage sur Dany Boon qui revenait sur l’extraordinaire succès des Chtis. D’après vous, pourquoi de grosses productions réunissant les acteurs préférés des français, avec des budgets faramineux et un sujet en or (Asterix par exemple) se traînent en queue de box office et pourquoi un film comme les Chtis éclate tous les records ? Parce que le premier est conçu pour attirer les spectateurs sur la base d’une conception marketing quand le second propose un travail personnel inspiré. Ce qui démontre qu’au fond, le public sent la sincérité et la récompense tandis qu’il se détourne du mensonge. En tout cas c’est ma conviction et je crois que cela vaut dans bien des domaines, y compris dans la presse. 

Et demain sur le web ?

Comme il semble que la pub se déplace aujourd’hui sur le web, vous n’allez pas tarder à voir fleurir les pure players comme on dit, d’ailleurs, ça commence déjà. Ce d’autant plus qu’un statut d’entreprise de presse dédié au web est en préparation. Je sais pour l’avoir observé à de très nombreuses reprises que les projets presse papier ou les nouvelles formules dictées exclusivement par des visions fric, sans vision journalistique derrière, sans intelligence, avec un tiroir-caisse en guise de ligne éditoriale se cassent la figure dans 100% des cas à plus ou moins longue échéance. Sur le web en revanche, j’ai un doute, personne ne sait encore comment tout cela va fonctionner. Mais ce que je vois clairement se dessiner, c’est d’un côté cet esprit journalistique qui s’obstine chez Mediapart, Arrêt sur image, rue 89, Bakchich ou encore Marianne 2 et, de l’autre, des gens qui vont s’installer pour faire des « coups » financiers et attraper la pub qui pointe son museau. Si le web fonctionne comme le papier, les lecteurs auront vite fait la différence entre les uns et les autres. Mais vous imaginez que le goût du fric additionné au brouillage de cartes soigneusement entretenu par certains entre journalisme et non-journalisme, entre information et communication, autrement dit la dilution des valeurs journalistiques est très inquiétante. Plus j’anime ce blog et plus je m’aperçois à quel point mon métier est mal connu et les dangers auxquels cette incompréhension l’expose.

Restaurons l’éthique et l’amour du métier

Depuis que le journalisme existe, il est attaqué, c’est normal, personne n’aime se voir dans un miroir, personne n’aime non plus entendre de mauvaises nouvelles et l’on confond alors dans un rejet commun celui qui diffuse le message et le message lui-même. Nous y sommes habitués. Tant que la presse n’était pas en crise et avec elle le journalisme, ces attaques n’étaient pas si graves.  Il est regrettable néanmoins qu’on ait si peu pensé et défendu le journalisme, si peu parlé de ses valeurs, qu’ont l’ait trop souvent ausculté quand il dérapait et qu’on ignore ce qu’il apporte chaque jour. L’ombre de la communication et du marketing plane sur le web, elle a déjà repéré le courant du journalisme citoyen qui entend transformer chaque internaute en journaliste et elle se réjouit. Elle sait aussi que certains professionnels de la presse vont se traîner à ses pieds et renier leur métier pour obtenir ses bonnes grâces. Cela fait tant d’années qu’elle attendait ça, tant d’années qu’elle se heurte à des rédactions qui lui opposent leurs règles professionnelles et jouent la stratégie du camp retranché. Mais si les frontières tombent, si chaque individu seul dans son coin, non identifié, est propulsé sur la scène de l’information, quelle aubaine ! Et si des éditeurs voyous la courtisent, c’est le fantasme pur. Enfin, la fichue barrière entre journalisme et communication va sauter. Surtout qu’Internet n’aime pas les règles, que les blogueurs qui aspirent au statut de journaliste hurlent dès que notre profession parle d’éthique, y voyant un réflexe corporatiste pour les exclure, comme si nous n’avions que cela comme souci. Quel orgueil de leur part et quelle erreur. Je suppose que je vais encore me faire attaquer avec ce billet, je m’en fous. D’abord il n’est pas venu celui qui m’empêchera de défendre mes convictions. Ensuite j’estime avoir le droit en tant que journaliste de réfléchir sur mon métier. Et j’attends celui qui osera me dire en face que le combat de l’éthique est un mauvais combat. Surtout quand je lis sous la plume d’un blogueur que sur six blogueurs interviewés au sujet de leur expérience de publi-information, trois ne voient aucun problème à se faire payer pour écrire des article à la gloire d’un produit. Au fond, les blogueurs auraient tout intérêt à nous rejoindre, j’espère qu’ils vont s’en rendre compte. Le défi que nous lance aujourd’hui le web est plus que jamais d’ordre moral et se résume ainsi : face à l’impossible casse-tête de la rentabilité dans un univers qui cultive le mythe de la gratuité, notre modèle de double financement par les abonnements et la pub est totalement remis en cause. Certains optent pour le gratuit financé par la pub, avec les risques d’indépendance que nous connaissons, d’autres pour le payant avec le risque de rejet des internautes. Nous verrons bien. Je n’ai pas la solution miracle, mais ce que je sais, c’est que lorsqu’on vend son âme dans ce métier, on meurt. 

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17 commentaires »

  1. Je suis comme souvent d’accord avec vous sur le fond, mais comme d’habitude vous faites une fixette sur les « blogueur », dont vous êtes non ?, on pourrait tout aussi bien écrire que 50% des journalistes ne voient aucun mais alors aucun problème à faire des « ménages » à condition bien sur que cela paye bien … cf C.O 😀

    Aliocha : en effet, mon problème est le suivant : soit on avance le fait que certains journalistes n’ont aucune éthique et que donc les blogueurs peuvent devenir journalistes, ils feront aussi bien voire mieux, ce que j’appelle l’alignement par le bas, soit on tire tout le monde vers le haut et on définit une déontologie de l’information qui englobe tous ceux qui traitent et diffusent de l’info. J’opte pour la seconde solution. Ce ne sont pas les blogueurs en soi qui me posent problème, c’est ce que la com’ pourrait en faire.

    Commentaire par JEAN — 15/02/2009 @ 11:55

  2. Bonjour Aliocha,
    J’aime votre billet. J’y sens de l’enthousiasme, de la sincérité et des conviction qui me font chaud au coeur.
    Pour autant, je ne partage pas entièrement vos analyses (mais je me trompe surement).
    De nombreux journalistes et journaux vont disparaître à cause d’internet. Mais pas tous.
    Par ailleurs, certains journaux vont réussir leur migration sur le web (c’est déjà le cas), mais on connait déjà leurs difficultés.
    Personnellement, je surfe sur un web dépourvu de publicité grace aux extensions antipub de mon navigateur, et je ne me suis pas encore abonné à des sites payants, car je trouve suffisament d’informations sur les domaines qui m’intéressent.
    Finalement, comme toujours, il faut de tout pour faire un monde: du papier, de la radio, de la tv, de l’internet, des journalistes, des communicants, des blogueurs…

    Aliocha : vous avez certainement raison. Disons que j’ai commis l’erreur ce matin de surfer sur le web et de lire un certain nombre de choses qui m’ont cassé le moral. Voir que le web que l’on dit être l’avenir du journalisme porte en lui des risques de dérives encore plus fortes que celles que nous connaissons dans le monde réel me fait parfois perdre mon optimisme fondamental.

    Commentaire par Zythom — 15/02/2009 @ 12:06

  3. Vous dites, en parlant du cinéma : « Ce qui démontre qu’au fond, le public sent la sincérité et la récompense tandis qu’il se détourne du mensonge. »
    Mais c’est valable dans tous les domaines, y compris le web.
    Pour le reste, je ne peux que vous soutenir pleinement.

    Commentaire par Dylan — 15/02/2009 @ 12:45

  4. Attention aux effets de loupe et au (mauvais) traitement que certains journalistes imposent aux chiffres. Si la publicité dans les médias migre en partie vers le web, les ordres de grandeur ne sont pas du tout les mêmes : pour les médias traditionnels on compte en milliards (environ 12) contre quelques centaines de millions sur le net (j’ai trouvé 683 millions d’Euros pour la France).

    Aussi, une baisse de 5% de l’un n’est pas compensée par une hausse de 30% de l’autre…

    Commentaire par [ Enikao ] — 15/02/2009 @ 14:57

  5. Je ne fais que passer, mais je vous soutiens aussi!

    Comme je suis d’accord, je soulève tout de même une question annexe. Vous parlez au début de « crise d’identité » de la presse, vous en donnez quelques (bonnes) raisons, et vous évoquez aussi les mauvaises raisons de s’en prendre à la presse.

    Il me semble que, comme souvent, c’est dans les moments de crise que les entreprises humaines commencent à s’interroger sur leurs «fondamentaux» (tel Lièvremont ces jours-ci après les piteuses prestations de l’équipe de France de rugby — j’ai les comparaisons que je peux). Mais il faut reconnaître aussi que les crises n’arrivent pas toutes seules, et que les facteurs extérieurs ne sont pas seuls en cause. Souvent, c’est justement parce que les «fondamentaux» ont été perdus de vue que l’entreprise a commencé d’entrer en crise. D’ailleurs, cette expression de «fondamentaux» comporte une part d’illusion : ces fondamentaux, justement, on ne commence justement à les exprimer, à les expliciter, que dans les moments de crise et d’interrogation. On s’aperçoit que quelque chose ne va pas, qu’il y a un truc pourri dans le royaume du Danemark, qu’on a dû prendre le mauvais chemin à un certain moment. Et c’est alors qu’on s’attache à formuler, à expliciter, ce qui à l’origine était une évidence que nul ne songeait à théoriser. Par exemple, il est connu que la philosophie politique s’écrit dans les moments de crise politique — quand la cité va bien, personne ne réfléchit à ce qui rend la cité prospère. Aristote écrit sa Politique alors qu’Athènes est sur le déclin. Cicéron écrit sa République quand la République se dilue sous les coups de boutoirs de César (le rugby n’est pas ma seule référence dans la vie).

    Bref, ce long préambule pour dire qu’il serait intéressant, aussi, de s’interroger sur ce qui a changé dans la presse depuis, disons, 30 ans, et qui l’a mise en position de faiblesse extrême aujourd’hui. Remonter un peu le fil du temps, voir quand des groupes industriels ont commencé à mettre la main sur certains journaux, soumettre les titres à une logique purement capitalistique, rechercher le gros tirage pour le gros tirage. Voir aussi le rôle, peut-être négatif, qu’ont pu jouer certaines « utopies » comme le premier Libération, etc. Je n’ai pas trop d’idées sur la question — mais il me semble que cela devrait participer de « l’examen de conscience » nécessaire. Ne serait-ce que pour ne pas donner l’impression — qui, je le sais, n’est pas la vôtre — que c’est seulement «la faute des autres».

    Aliocha : bah, très rapidement je dirais, mauvaise gestion, incapacité à anticiper l’avenir, argent joyeusement jeté par les fenêtres, lâcheté vis à vis du syndicat du livre, insuffisance des points de vente, système de distribution à revoir etc. Mais au-delà de cela, la presse comme d’habitude fonctionne comme le miroir de la société, et le mal dont elle souffre est un mal qui touche toutes les activités : la volonté de faire des « coups » pour gagner de l’argent très vite.

    D’ailleurs pour ce que je lis de ces fameux blogueurs qui vous énervent tant, j’ai la nette impression qu’ils sont du genre à ne s’attaquer qu’aux «ennemis» déjà à terre et bien sonnés. Ce ne sont pas eux qui ont mis la presse à mal – ils ne font que profiter de cette faiblesse qui les rend forts et courageux.

    Aliocha : le virtuel est une formidable compensation pour les « insatisfaits » du réel 😉 il suscite des comportements qui ne sont pas toujours de la plus grande élégance, en effet.

    Commentaire par Philarete — 15/02/2009 @ 18:04

  6. Aliocha,
    Merci tout d’abord pour la citation dans l’article, cela fait plaisir d’être lu.
    je rebondis sur le premier commentaire de ce billet et sur ta réponse (on se tutoie entre blogueurs, n’est-ce pas ?).

    Aliocha : non, on ne se tutoie pas.

    Je n’ai pas encore beaucoup écrit, par manque de temps, sur les interférences entre la blogosphère et le journalisme mais leurs rapports m’intéressent et je lis pas mal d’articles à ce sujet. Ce que j’observe néanmoins, c’est une certaine « jalousie » des journalistes envers les blogueurs, leur « liberté » présumée. Une rivalité s’est installée et je ne comprends pas comment les journalistes ont pu rater le train du « web 2.0 », au point de faire tout le contraire de ce qui les attire. Je ne parle pas de ce blog ici mais des blogs de journalistes qui diffusent de l’information, analysent. Ils ont bien compris l’intérêt du blog mais pas son fonctionnement (partage, échange,…). S’en sont suivies des attaques des blogueurs envers certains comme Apathie, qui attirait une forte audience mais ne respectaient pas les règles du jeu. Les blogueurs ont cru, à tort à mon avis, que ces journalistes venaient marcher sur leurs plate-bandes, alors qu’il n’en était rien, ils essayaient juste de réduire le gouffre qui s’est créé entre leur métier de « rapporteur d’informations » et les analyses (bonnes ou mauvaises, chacun sera juge) des blogueurs qui ne rebondissaient sur les fait que pour leur donner du relief.
    Le métier de journaliste est mort et ne ressuscitera pas (pas comme avant en tout cas), pas parce que d’autres sources d’informations existent mais parce que la presse est devenue (Chers lecteurs, excusez-moi l’expression) une « pute ». Toujours plus rapide dans la diffusion de l’information, elle a oublié ce qu’était son métier : Les enquêtes, l’analyse, le recul, l’objectivité (ou au moins une tentative de).

    Aliocha : vous comprenez maintenant, pourquoi on ne se tutoie pas ? Notamment parce que je ne tolère pas qu’on traite la presse de « pute » chez moi.

    Cela me fait mal, les rares fois où cela m’arrive, de payer 1 euro (ou plus) pour Le Figaro ou Le Monde et leurs quelques pages de brèves dans lesquelles je n’ai pas plus d’informations que dans un gratuit tel que 20 Minutes, de payer pour obtenir la version édulcorée de l’information qui ne froissera pas les industriels qui investissent ou seraient en mesure de la faire dans le journal. Cela me fait mal enfin de lire des Plumes réputées à qui l’on a tronçonné les articles et qui doivent se sentir frustrés de renvoyer une telle image d’eux-mêmes.
    La presse a bradé sa (ou ses) qualité(s) pour répondre aux standards imposés par les autres formats et médias.
    Pour répondre à ton commentaire de façon plus claire donc : Les blogs ne font que copier les médias traditionnels dont la presse en rédigeant des articles sur ce qui les intéresse en prenant garde de garder leur lectorat (éviter donc les sujets qui fâchent) et publient à l’occasion de la publicité (arrêter de parler de publi-rédactionnel et relisez la loi), ce que fait la presse écrite à longueur de page. C’est donc bien un nivellement par le bas qui se fait (et il est bien avancé d’ailleurs) et ton optimisme ne se justifie que par ton appartenance aux deux mondes. C’est une utopie.
    Si on en croit les bonnes intentions de Colombani, Slate.fr pourrait bien réconcilier le web avec le journalisme, tragiquement disparu à la naissance du web.
    J’en avais déjà parlé sur GuaM et je le referai bientôt :
    http://guam.fr/index.php/blogospholy/cher-narvic-lincompris-ma-rponse-comme-demande-et-mon-ide-du-journalisme/
    http://guam.fr/index.php/blogospholy/llistisme-des-blogs-influents-la-rponse-dun-petit/

    Aliocha : si Monsieur Colombani est votre unique modèle en matière de journalisme, je comprends mieux en effet vos raisonnements.

    A très bientôt.

    Commentaire par GuAM — 15/02/2009 @ 21:36

  7. Un sacré « cri du coeur » …

    Attention cependant quand vous écrivez : « D’après vous, pourquoi […] Ce qui démontre qu’au fond, […] »

    Un exemple, même 2, même 3, ne « démontre » rien.
    Il « illustre », éventuellement il peut « conforter dans l’idée » et « venir à l’appui de », mais jamais il ne démontre.

    On pourrai croire que je « pinaille » sur un détail, mais selon moi, ce détail mérite d’être souligné. Car on réclame du journalisme « d’investigation », « d’analyse », qui amène de la valeur ajoutée. D’accord.
    Ici, il ne s’agit bien sûr pas de (ce genre de) journalisme, mais d’un blog d’une journaliste. Toujours d’accord.

    Mais on voit, sur ce détail, qu’il est facile de se « laisser aller » à l’approximation, à l’image qui choque et à qui on pourrait faire dire ce qu’elle ne dit pas, plutôt que de faire de l’analyse.

    Comme je le disais au départ, il me semble ici avoir lu un « cri du cœur », pas une thèse sur « journalisme et blog au début du 21e siècle ». Je pense donc que ce genre de raccourci (« un exemple qui démontre ») est absent des articles journalistiques d’Aliocha.
    Mais je voulais surtout faire réfléchir les bloggers (surtout ceux qui « se prennent pour des journalistes ») sur la différence entre un billet écrit relativement librement, et le travail nécessaire à l’écriture d’un article de fond.

    Bonne semaine.

    Aliocha : oui, vous pinaillez, mais comme vous le faites sans mauvaise intention et avec raison, vous êtes pardonné 😉

    Commentaire par Yves D — 15/02/2009 @ 23:32

  8. Ce billet et certains commentaires augure de belles joutes avec nos amis les bloggers…
    Je ne manquerai pas de repasser par là.
    Aliocha, je vous suis, je vous comprend, avec quelques réserves parfois, en tous les cas merci pour l’engagement !

    Commentaire par Mister Cham — 16/02/2009 @ 01:04

  9. « Surtout quand je lis sous la plume d’un blogueur que sur six blogueurs interviewés au sujet de leur expérience de publi-information, trois ne voient aucun problème à se faire payer pour écrire des article à la gloire d’un produit. »

    Hé oui. Et j’ai une amie journaliste dans la presse de loisirs qui ne voit aucun problème à ce que les fournisseurs des produits qu’elle critique lui payent le voyage tout frais payés pour des démonstrations des produits, pour des salons professionnels, and so on. Et vous savez ce qu’elle m’a répondu quand je l’ai interrogé là dessus?

    1) De toute façon l’éditeur du magazine est radin (il doit aussi être sur la corde raide financièrement) et ne paiera pas de missions, surtout à l’étranger.

    2) Ce n’est que de la presse de loisirs.

    Aliocha : voilà pourquoi nous avons deux solutions : aligner tout le monde vers le bas en faisant une croix sur l’indépendance et en laissant faire n’importe quoi à n’importe qui, ou tirer tout le monde vers le haut. Ce n’est pas impossible, certains journaux ont leur chate déontologique, refusent les cadeaux, les voyages etc.

    Commentaire par DM — 16/02/2009 @ 13:22

  10. @Aliocha: J’aimerais d’ailleurs votre opinion sur le fait suivant.

    On entend parfois que tel ou tel responsable politique ou économique, se rendant à tel ou tel endroit dans le monde, embarque des journalistes dans son vol. Cela me chiffonne.

    Le problème est que l’essentiel de leurs frais de voyage, à savoir le coût de transport en avion, est pris en charge par la personne qu’ils sont censés « couvrir ». Cela donne un moyen de pression évident : si le « papier » n’est pas suffisamment élogieux, la prochaine fois, le journaliste devra y aller à ses frais (autrement dit, ne pas y aller, voir plus haut pour la radinerie), et alors adieux couverture de l’évènement, petites confidences pendant le vol, et tourisme dans des lieux exotiques.

    Aliocha : Je suis évidemment contre ces voyages. Il y a sans doute des journalistes que cela n’empêche pas de garder leurs distances, après tout, l’indépendance est avant tout affaire de caractère, mais dans l’impossibilité où l’on se trouve de vérifier, le mieux est encore de s’abstenir ou bien comme le recommande Martin-Lagardette de préciser en fin d’article d’où viennent les informations (dossier de presse, voyage de presse etc). La transparence, c’est pas mal non plus pour évaluer l’indépendance.

    Commentaire par DM — 16/02/2009 @ 14:09

  11. Bonour Aliocha,

    C’est incroyable ce que je puis aimer votre plume, et rester sceptique en même temps.

    L’éthique et l’amour du métier sont deux facteurs déterminants gageurs de qualité, nous sommes d’accord, et tous les moyens de parvenir à les restaurer/améliorer sont d’excellentes idées qui ne peuvent que tirer l’excellence à la hausse.

    En revanche, tout comme l’échec avéré du système 100% économique ne saurait signifier qu’un système 0% économique est efficace, il me parait peu plausible de penser qu’une charte de déontologie seule suffirait à résoudre le problème.

    J’ai toujours été particulièrement mauvais en sélection d’exemples empiriques, mais je vais tenter un petit raisonnement par l’absurde:
    Supposons à l’heure actuelle un code de déontologie qui soit restrictif, c’est à dire qu’un non respect des règles entrainerait révocation du droit de poster.
    En l’état des choses vous élimineriez bon nombre de sources de pseudo-information (que la dite-source soit révoquée, ou qu’elle s’améliore elle-même), soit.
    Ce qui amènerait à un nivellement par le haut de la qualité de l’information, soit.
    Cependant, on ne peut ignorer que ces « mauvais » journalistes sont lus malgrè tout, et que dans cet ensemble de lecteurs doivent se trouver une proportion de personnes qui aiment effectivement.
    La suppression de leur hôte favori aurait pour conséquence directe de re-créer un besoin qui ne serait pas assouvi par la presse traditionnelle.
    Or si besoin il y a, on trouvera rapidement des personnes autant charitables qu’intéressées qui proposeront un moyen d’assouvir ce besoin.

    Et c’est à cet endroit que le serpent se mord la queue à mon avis … les moyens de satisfaire ce besoin seraient-elles déontologiques ? … ou assisterez-vous à l’émergence d’un média supplémentaire qui ne fera que remettre cette discussion sur la table ?

    Je pense personnellement que l’argent est à la base de tout, mais que -Dieu merci- il ne forme pas le tout. A quoi nous servirait le savoir du sage s’il n’a pu trouver les moyens de nous le communiquer ?

    Je pense qu’un bon business plan devrait être à la base de tout projet, mais que l’économiste refile le bébé ensuite aux vrais professionnels pour qu’il vive !
    Je sais que j’ai l’esprit tordu, mais je préfère partir d’un potentiel de déploiement, et ensuite de trouver l’idée qui va aller dessus, plutôt que l’inverse, car ça me fait hurler de rage d’avoir des idées formidables (mon égo va bien, merci pour lui) pour ensuite découvrir que la sortie est ultra bouchée et qu’il faudrait un quasi miracle pour s’imposer (dans ce monde de brutes).

    Commentaire par Ferdi — 16/02/2009 @ 14:52

  12. @Aliocha:
    « le mieux est encore […] de préciser en fin d’article d’où viennent les informations (dossier de presse, voyage de presse etc) »

    Je vois que nous sommes d’accord vous et moi que nous sommes d’accord pour encourager la transparence des sources. Je pense notamment qu’avec l’hypertexte, on peut très facilement mettre des notes, renvois etc. qui prendraient une place prohibitive dans un journal papier.

    Cependant, il est probable que cette proposition ne recueille pas l’approbation de nombre de vos confrères, ou du moins de leur hiérarchie.

    Dans certains domaines ou certaines publications (je pense par exemple à certains sites d’information portant la marque de certaines grandes publications), la grande majorité des articles sont faits en grande partie de reprises de dépêches de presse, d’informations publiées ailleurs, et de dossiers ou communiqués de presse, sans vérification indépendante. La raison est que la vérification indépendante coûte cher et demande du personnel qualifié, tandis que ce genre de « collages » peut être fait à la chaîne.

    Je doute fortement que les gens qui gèrent ces publications accepteraient avec joie de voir étaler la vraie façon dont ils obtiennent leurs « informations ». Vous savez, c’est un peu comme les fabriques de saucisses, il ne vaut mieux pas que le consommateur sache comment ça marche vraiment!

    Commentaire par DM — 16/02/2009 @ 15:50

  13. Très bon article!

    Demain sur le web : des articles pour la publicité autour !

    Commentaire par allergiques — 16/02/2009 @ 16:12

  14. personne n’a encore la réponse définitive donc moi non plus. Pour l’instant, les journaux uniquement web ont bcp de problèmes financiers, la pub ne représente que des clopinettes donc les rédactions sont réduites au minimum parce qu’on n’emploie pas des journalistes sans les payer même mal, donc l’information est réduite aussi et compensée par le « participatif », cad les interventions de blogueurs, experts, etc.
    Un exemple de journal qui s’est lancé récemment sous forme encore de blog mais ça évolue: yagg.com, qui s’adresse à un public précis, cerné, restreint, un peu comme la presse pro (journal du médecin, LSA, etc…).
    Les mojos vont pouvoir bosser mais à quel prix?
    Par ailleurs, le batonnage de dépêches a toujours existé. Il faudrait des rédéactions de 500 gusses dans un quotidien pour que tout soit vérifié rééenquêté etc. En outre, les journalistes d’agence font en général un très bon boulot et la plupart des journaux sérieux signalent afp ou avec afp. Il peut arriver aussi qu’un communiqué de presse envoyé à l’aftp soit envoyé aussi à des rédécteurs, et là tout le monde bâtonne le communiqué…

    Commentaire par martine silber — 16/02/2009 @ 19:30

  15. quant aux voyages, la presse indépendante ne se laissait pas inviter jusqu’au jour déjà lointain où les finances ont commencé à manquer. pour les voyages accompagnés des grands de ce monde, si on a la chance d’appartenir à un grand journal influent, on pourra toujours voyager avec le ministre ou le chef d’entreprise en question même si le papier n’est pas tendre. Le pb se pose quand on appartient à un petit journal.
    Autre problème: la réduction du nombre de pages liée à la crise. Et moins de pages = besoin de moins de journalistes.
    Et autre problème: la séparation ds les journaux traditionnels des rédactions web et papier.

    Commentaire par martine silber — 16/02/2009 @ 19:50

  16. @Martine Silber: Nous sommes d’accord, les problèmes financiers impliquent une réduction des frais de mission et, de fait souvent, la prise en charge des missions par les sujets des articles, plus de polyvalence pour les journalistes (*), l’emploi de journalistes avec des qualifications douteuses par rapport aux sujets couverts (**), et des cadences incompatibles avec un travail de qualité (***).

    La question est donc de savoir quand on osera poser ouvertement ces problèmes, qui clairement portent atteinte à la qualité des publications. La tendance actuelle est plutôt de prendre une posture outragée et d’expliquer que la qualité des journaux papier est tellement supérieure au n’importe quoi sur Internet. Or, en raison de tous ces problèmes, la qualité des journaux papiers est justement très inférieure à l’image qu’ils ont d’eux-mêmes.

    (*) J’ai une pensée émue pour un sympathique journaliste « sciences et techniques » qui un jour couvrait de la biologie, le jour suivant du droit de l’Internet…

    (**) Voir les erreurs des sujets « sciences et techniques » qui ne seraient pas pardonnées à un lycéen niveau baccalauréat scientifique. Ça peut par exemple aider d’engager quelqu’un qui sache la différence entre W, kW et kWh.

    (***) N’est-ce pas, madame de France 3 qui m’aviez téléphoné à 10h du matin pour préparer un sujet pour le journal de 13h, qui n’aviez pas lu le dossier de presse que vous commentiez, et qui m’avez expliqué que c’était comme ça pour presque tout les sujets.

    Commentaire par DM — 17/02/2009 @ 10:41

  17. Allons, ne vous minez pas avec ceux qui se discréditent tout seul, comme GuaM qui mélange allègrement presse et journalisme….

    Sinon, détail de langue : « ausculté » -> occulté vouliez-vous dire ?

    Aliocha : il arrive que ma plume dérape, je suis sujette aux fautes d’inattention mais là, c’était bien ausculté, je voulais dire qu’on ne l’observe de près que lorsqu’il commet des fautes.

    Commentaire par loz — 17/02/2009 @ 16:22


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