La Plume d'Aliocha

13/02/2009

Le courage comme stratégie ?

Filed under: Mon amie la com' — laplumedaliocha @ 10:22

Amusant. Je viens tout juste de recevoir un communiqué de presse sur la parution d’un livre intitulé « La stratégie du courage ». N’apercevant au début que le titre du mail, mon sang ne fit qu’un tour : enfin, me disais-je voilà un penseur, un philosophe, un sociologue ou un spychologue qui a observé notre société et déduit que journalistes, politiques, juges aussi peut-être, penseurs, citoyens, nous tous manquions de courage. Et j’adhérais déjà, par principe et par anticipation au propos du livre. Je l’aime bien cette idée de courage, c’est beau le courage, beau, mais rare.

Las, c’est un ouvrage de marketing ! Avouez que c’est pas de chance. Quel pied de nez  pour moi qui n’aime guère ces disciplines paillettes et leur fichue tendance à interférer dans mon travail.  Cela étant, comme je suis curieuse de tout, j’ai quand même voulu en savoir plus.  Il est signé de Patrick Mercier qui vient de monter son agence et publié chez Eyrolles. Allez donc lire l’introduction et le chapitre 1 sur le site de l’éditeur. On y découvre avec intérêt que la pression des médias, des consommateurs de mieux en mieux informés ainsi que d’Internet remet en cause toute la stratégie marketing des marques et les invite à ne surtout plus mentir sous peine de disparaître en cas de découverte de la trahison. Ce qui démontre au passage qu’on nous a menti et que, bonne nouvelle, ça pourrait s’arrêter ! Entre nous, ça ne m’empêchera pas de rester vigilante. Qui sait si le livre lui-même n’est pas une stratégie visant à faire croire à un marketing vertueux ? Tout est possible avec mon amie la com’. Allons, je plaisante…

Mais, me direz-vous ne diabolisons pas la com’. C’est que nous ne la côtoyez pas au quotidien, croyez-moi les inquiétudes que j’évoque ici ne sont pas les miennes mais celles de tous mes confrères dans la presse économique. On n’en peut plus de la com’. D’ailleurs, je viens de lire un billet intéressant qui relaie une interview de Télérama intitulé « Et si les journalistes disparaissaient ? ». Rick Edmonds, spécialistes des médias, exprime une crainte que j’ai maintes fois évoquée  : « je suis très inquiet du déséquilibre grandissant entre un petit nombre de journalistes débordés et multitâches, et, en face, un Etat, des administrations, des pouvoirs économiques capables de fabriquer une information sophistiquée avec des services de communication et de relations publiques forts ». 

Voilà pourquoi je plaide pour un journalisme offensif et pour un code d’éthique. Que les moyens déployés par la communication soient sans commune mesure avec ceux d’une presse malade économiquement, c’est une évidence. Et ça ne va aller qu’en s’aggravant. Mais ce combat de David contre Goliath n’est pas sans espoir. Il nous suffit de nous rappeler que nous avons une mission démocratique qui suppose une obligation de compétence et de déontologie. Il nous suffit de prendre conscience que plus cette com’ intoxiquera, plus il faudra des professionnels pour déjouer ses pièges. Il nous suffit de nous rappeler que face à l’endormissement généralisé que cultive cette discipline, endormissement des valeurs, du goût de la vérité, de l’esprit critique, il serait sans doute temps que nous fassions preuve de….courage, justement ! Et que le public nous suive, bien sûr. Longtemps notre mission a consisté à aller chercher l’information détenue par quelques uns pour la diffuser au plus grand nombre. Aujourd’hui la donne a changé, ce qui fait dire à certains qu’on n’a plus besoin de journalistes puisque l’information est partout disponible. Erreur, nous n’en avons jamais eu autant besoin car ce qu’on pense être de l’information est en réalité de la désinformation pure. A nous la presse de lui arracher systématiquement son masque. A nous d’aller chercher non pas la vérité c’est un objectif inaccessible, mais ce qui s’en approche le plus. Ou bien nous devrons nous habituer à vivre dans un monde où l’information ne sera plus qu’un gigantesque spot publicitaire…

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12 commentaires »

  1. La fin de votre billet m’a fait écho à mes dernières « lectures et visionnages ».
    Rien de bien neuf en fait: je me suis « refait » dernièrement un bon vieux « Blade Runner » et un « Total Recall » (tiens, 2 films insiprés par un roman et une nouvelle de P.K. DICK), et relu quelques BD dites de Science Fiction (ou plutôt d’anticipation) d’Enki BILAL …

    Et que nous montre ces auteurs : un monde bien sombre, où justement la com’ n’est plus qu’un gigantesque spot publicitaire …

    Et où les héros font preuve de courage « malgré eux », pour faire triompher la vérité …

    Commentaire par Yves D — 13/02/2009 @ 11:22

  2. Aliocha,

    Lorsque je vois à quel point même certains esprits éclairés sont capables de succomber d’admiration devant l’inconsistance et la vacuité de l’intervention télévisée « Face à la crise » du Président de la République, grand communicant, mais populiste et dangereux démagogue à mes yeux, je me dis que malheureusement, la capacité de remise en question de la population ne fonctionne pas si bien…

    J’avoue réagir désormais de manière épidermique à la vue du Président dès qu’il prend la parole, je n’entends que communication, image, réelection, populisme. Je préfère lire dans la presse un compte-rendu voire la transcription écrite de l’intervention afin d’en juger le fond.

    Je ne comprends pas que beaucoup de Français se jettent comme des affamés sur une telle émission que l’on sait par nature n’être qu’une opération marketing/communication, fort détestable dans cette période où l’on n’a besoin de consistance.

    Plus que jamais, je vous suis Aliocha dans votre combat fût-il uniquement de papier, pour un journalisme non révérencieux, offensif et courageux.

    Nous ne pouvons plus permettre que le pouvoir puisse jouer de la presse comme d’un support de communication.

    Aliocha : dans son livre sur l’information responsable le journaliste Jean-Luc Martin Lagardette fait une comparaison intéressante entre l’information et la communication. De mémoire (je ne l’ai pas sous la main) il liste une vingtaine de différences dont celle-ci : l’information irrite, divise, tandis que la communication est consensuelle. N’allons pas chercher plus loin. Les journalistes sont aux avant-postes pour détecter cette intoxication mais aussi pour en être victimes. Question avant poste, je me souviens d’une expo passionnante à la Maison européenne de la photographie sur le magazine VU créé en 1928 et qui faisait une large place à la photographie, or ses photographes avaient été parmi les premiers, expliquait l’exposition, à détecter le danger de l’hitlérisme grâce à leur oeil de professionnel sensibilisé à la mise en scène. Malheureusement, cette maison a peu de moyens et le catalogue de l’expo pourtant promis n’est jamais sorti, c’était pourtant remarquable.

    Commentaire par Nemo — 13/02/2009 @ 11:47

  3. « Ce qui démontre au passage qu’on nous a menti »

    ça va sans dire… mais ça fait toujours du bien de l’entendre!

    le courage pour eux c’est de devenir honnête? un peu? c’est vrais que s’ils arrêtent de nous refiler des salades ils vont commencer a perdre leur intérêt, ce serait plus que courageux, réduire leur rôle à une juste expression de la réalité c’est leur retirer tout leur cœur de métier, sauront ils reconnaitre que leur action va à l’encontre de l’intérêt commun?

    enfin, un espoir peut être…

    Commentaire par tshirtman — 13/02/2009 @ 11:48

  4. je suis bien d’accord avec vous mais il y a du boulot, hein ! je vais prendre un petit exemple, légèrement en marge, mais qui dit beaucoup et m’a mis en rogne : c’est le papier du Figaro hier sur l’avis de l’Afssa concernant le maïs.
    mon avis sur ce papier : désinformation (il est d’ailleurs beaucoup plus instructif sur ce qu’il ne dit pas que sur ce qu’il dit). désinformation car, sur ce qu’on peut en lire, l’article transforme la conclusion véritable de l’Afssa (l’Afssa semble dire : les éléments présentés dans un autre rapport ne prouvent rien ; le Figaro conclut : l’Afssa affirme l’absence de dangers).
    désinformation car l’article ne dit rien au fond de ce rapport tenu secret, basé sur des études tenues secrètes, et sur les raisons et conditions pour lesquelles il sort 4 jours avant une décision de la commission européenne sur le sujet. là, la désinformation rejoind la communication : on ne peut que s’interroger sur les raisons pour lesquelles Le Figaro ne s’interroge pas et participe à la communication (justement) de ce rapport.
    voilà pour le premier temps. le second – celui qui réellement m’a mis profondemment en rogne – c’est quand nombre de journalistes radio et télé ont repris l’information du Figaro pour argent comptant (« le maïs transgénique est sans danger pour l’homme ») sans non seulement j’imagine disposer du rapport lui-même ni même s’interroger 1. sur l’affirmation mensongère du Figaro et 2. sur les conditions de publication de cet article. et quand en plus, ils ont eu le toupet d’affirmer qu’un rapport de l’Afssa relançait la polémique sur les OGM quand ce sont eux qui la créent de toutes pièces.
    je ne dis pas qu’à la fin, la communication favorable au semencier portera ses fruits. je dis que les journalistes jouent un jeu idiot et sans la moindre jugeote. là, il ne s’agit pas de faire face à une armée de communiquant, il s’agit juste de prendre un peu de recul, et de dire : « pouce ! » pour voir ce qui est en train de se jouer.
    comme l’écrivait Mailer à son ami Malaquais (Correspondance 1949-1986) : « si on ne peut jamais établir avec certitude les faits, on peut déterminer ce que divers pouvoirs souhaitent vous faire croire à propos des faits ».

    Aliocha : j’ai lu votre billet et je suis d’accord. Mais à force de réduire les effectifs dans les rédactions, d’assommer les journalistes de boulot et de jouer à la course à l’échalotte avec le web, voilà où on en arrive. La télé s’inspire toujours des journaux pour ses actu, si les journaux font du mauvais boulot, la télé aussi. C’est ce qui explique les enquêtes de journalistes qui désertent les journaux et font la fortune de l’édition. Gageons que sur ce sujet, la presse va continuer de se planter, sauf peut-être Marianne et le Canard et qu’un de nos confrères va sortir un livre qui fera du bruit un mois puis retombera dans l’oubli tandis que la presse s’attachera à sa vérité officielle.

    Commentaire par david — 13/02/2009 @ 11:49

  5. Bonjour,

    Connaissez vous le film Idiocracy ? http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=109539.html Il y a un passage récurent dans ce film : l’eau a été remplacé, comme boisson de base, par un liquide énergétique. Toute justification pour dire que c’est mieux que l’eau c’est « it has electrolytes ». (Je n’ai vu que la version anglaise désolé.) Votre phrase « Ou bien nous devrons nous habituer à vivre dans un monde où l’information ne sera plus qu’un gigantesque spot publicitaire… » m’a fait pensé à ce passage-là du film.

    Commentaire par Triskael — 13/02/2009 @ 13:18

  6. on vous a copiée :

    http://www.enseignants-chercheurs.fr/site/index.php

    (enfin, c’est un stylo plume pas un bic)

    Aliocha : je dois vous avouer que j’ai pris une maquette prête à l’emploi qui incluait ce remarquable bic 😉 J’ai la possibilité de changer l’image du bic mais jusqu’à présent je n’ai rien trouvé de concluant. Le stylo du blog que vous mentionnez est issu d’une banque d’image, je le connais mais je le trouve trop agressif.

    Commentaire par argone — 13/02/2009 @ 15:13

  7. Depuis (au moins) 15 bonnes années, nous assistions quasi-quotidiennement à « l’explosion des médias ». Toujours plus de chaînes de télé, de stations de radios, de journaux (gratuits notamment). Ca implique fondamentalement une course à l’exclusivité au détriment d’un travail de fond. Qui, de nos jours, n’a pas entendu dire « c’est une exclu Bidule TV » ou bien « révélation exclusive de Radio Machin » ?
    Le plus important est d’être le 1er à occuper le terrain du blah-blah, quitte à apporter un démenti, ou une correction plusieurs heures, voir plusieurs jours après. Mais le « momentum » est passé, les auditeurs / téléspectateurs ont retenu l’essentiel : la-petite-phrase-qui-balance-ce-qui-plus tard-s’avèrera-n’être-qu’un-pipeau !

    A Nemo, post 2 : « Je ne comprends pas que beaucoup de Français se jettent comme des affamés sur une telle émission que l’on sait par nature n’être qu’une opération marketing/communication, fort détestable dans cette période où l’on n’a besoin de consistance. »

    Peut-être que certains s’attendaient à retrouver le Sarko de 2007 ?
    Plus golbalement, sur l’aspect communication de l’opération, combien de fois ai-je entendu dire, quel que soit l’endroit en France : « Mais ils l’ont dit à la télé ? » Une majorité des habitants de ce pays ne lisent pas les (trop) grands articles dans les journaux, ne cherchant donc pas, de fait, des éclaircissements sur le pourquoi du comment. Ils en restent avec « l’info brute », balancée par la télé ou la radio, qui leur reste en tête & partant de ça, ils se fondent leur propre idée. Pas de blah-blah, des résultats ! C’est là que se trouve, entre autres, une partie de l’explication sur la crise des quotidiens nationaux & le succès des journaux gratuits…

    A David, post 4 : « je dis que les journalistes jouent un jeu idiot et sans la moindre jugeote. là, il ne s’agit pas de faire face à une armée de communiquant, il s’agit juste de prendre un peu de recul, et de dire : “pouce !” pour voir ce qui est en train de se jouer. »
    Ca rejoint ce que je disais juste au-dessus : le principal est d’être le 1er à l’ouvrir, quitte à réfléchir après ! Et dans la précipitation, on ne fait jamais rien de bon (Elkabach & la mort de Sevran, pour employer un exemple « anodin »…)

    Commentaire par Vieux Séb — 13/02/2009 @ 15:37

  8. Et bien, ça ne fera que deux références à rajouter dans votre « petite bibliothèque » 😉

    Par Henri Broch, collection « Une chandelle dans les ténèbres » :

    — Tome 1 : « l’art du Doute » ou comment s’affranchir du prêt-à-penser ;
    — Tome 2 : « comment déjouer les pièges de l’information » ou les règles d’or de la zététique ;

    tous deux édités chez book-e-book (http://www.book-e-book.com).

    Deux petit livres d’une soixantaine de pages chacun pour apprendre à respirer malgré la fumée…

    Même si le credo de Henri Broch est la science vs les « para-sciences », la zététique* qu’il nous explique peut s’appliquer à toute information qui nous parvient afin d’en apprécier au mieux sa validité. Pas besoin d’être scientifique pour l’appréhender, le simple bon sens suffit. Un « plus » indéniable pour toute profession qui se veut objective 🙂

    (*) méthode dont on se sert pour pénétrer la raison des choses (Émile Littré). Du grec ζητητικός [zētētikós] « qui aime chercher ».

    Commentaire par furax — 13/02/2009 @ 22:08

  9. Ne vous est-il jamais venu à l’idée que ce qu’on appelle ici le véritable « journalisme » n’est en fait qu’une invention récente dans l’histoire des Hommes? A peine deux siècles sur près de cinq mille ans d’écriture. En l’occurrence, sa perpétuation serait le véritable miracle, pas le contraire. Ne vous meprenez pas, je suis en phase avec votre réflexion, chère Aliocha, je souhaite juste replacer les choses dans leur contexte global. Comme d’autres corps sociaux, celui des journalistes modernes est né, a vécu, et sera à terme remplacé par autre chose, en fonction de l’évolution de la société dont il est notoirement l’un des reflets. Le tout est de savoir ce qui viendra ensuite.

    Commentaire par Moi — 14/02/2009 @ 10:56

  10. Ce qui me gène dans votre texte, c’est qu’il n’évoque pas l’actionnariat de la presse.
    C’est à mon humble avis, un élément essentiel. En effet, les journaux, radios et télé sont en France pour l’essentiel la propriété de quelques personnes. En simplifiant (à l’extrême) des marchands d’armes et de béton. A l’étranger on retrouve cette concentration. Ces achats de sociétés fort peu florissantes par des gens qui sont notoirement regardant à la rentabilité de leurs investissements aurait de quoi surprendre si on envisage pas les bénéfices indirectes. C’est que le bénéfice vient d’ailleurs ; « communiquer » leurs idées jusqu’à les imposer à force de « comm ».
    Cordialement

    Aliocha : parce que ce problème que vous évoquez est connu, identifié et que, bon an mal an, les rédactions tentent d’y résister. C’est un vrai problème et c’est même l’un des principaux. Cela étant, j’observe que lorsque les journalistes tentent d’en parler, tout le monde s’en fout. Voir à ce sujet le rachat des Echos. J’essaie ici d’en montrer un autre, plus insidieux et tout aussi dangereux, l’influence grandissante de la com’ qui pollue le coeur même des rédactions.

    Commentaire par bertrand — 15/02/2009 @ 10:03

  11. Bonjour Aliocha
    « Les O.S. de l’info » d’Emmanuelle ANIZON dans le Télérama du 14 au 20 février
    semble indiquer une dérive importante dans un futur proche.
    Lambda

    Commentaire par Lambda — 15/02/2009 @ 10:08

  12. essayez « The Audacity of Hope » de Barack obama (en anglais si possible, mais existe égalementen Français).
    Le thème du livre pourrait vous plaire et la plume est très plaisante.
    Un regard frais sur le monde, la politique et les questions critiques de notre temps.
    A lire.

    Commentaire par lilsaint8701 — 15/02/2009 @ 23:20


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