La Plume d'Aliocha

07/02/2009

Le papier c’est pratique !

Filed under: questions d'avenir — laplumedaliocha @ 12:53

Allez donc voir les 3 vidéos promotionnelles que le journal Vendredi vient de réaliser pour vendre son concept, c’est ici (attention, le temps d’affichage est un peu lent). L’argument, humoristique,  est intéressant car dans la guerre écran contre papier, Vendredi soutient le côté pratique du papier.

La première vidéo vous montre un pauvre garçon qui surfe sur Internet dans un jardin public et reçoit successivement un ballon dans son écran et une fiente de pigeon sur le clavier. Message : un journal est plus facile à lire en extérieur et votre ordinateur restera en sécurité au bureau ou chez vous.

La deuxième vidéo montre un homme assis à une table de bistrot, toujours en compagnie de son portable fétiche. Arrive le garçon avec ses consommations qui ne sait où poser celles-ci, le portable prenant toute la place. L’homme déplace l’ordinateur sur une autre table et bien sûr, on lui vole. Même argument que précédemment.

La troisième vidéo enfin met en scène un homme au lit à côté de son épouse laquelle, irritée contre lui, claque l’écran sur ses doigts. Message : le journal, quoique contestable au lit comme à table, reste moins irritant pour le conjoint que l’ordinateur, il vous évitera les scènes de ménage.

Toutes ces vidéos se terminent par un plan sur un poissonnier qui explique que le journal, c’est utile, surtout le vendredi jour du poisson et pose ce qui ressemble à une dorade (les avis sont les bienvenus) sur un exemplaire de Vendredi. 

Ainsi donc, le journal papier, dont on ne cesse de se demander à quoi il peut bien encore servir face au développement d’Internet, pourrait être une alternative à l’écran, plus commode dans certaines situations et moins risqué pour le précieux outil informatique.

Le propos est amusant. Je songeais moi-même il n’y a pas longtemps en avalant une salade vite fait sur le clavier de mon ordinateur qu’il était au fond plus simple de déjeuner face à un écran qu’un journal. J’admire ces solitaires qui s’installent au restaurant, font abstraction de leur environnement et déjeunent plongés dans leur magazine préféré. Moi je n’y arrive pas, la « polka des mandibules », comme disait ma grand-mère, me distrait de ma lecture, il faut lâcher la fourchette pour tourner la page, ou pire le couteau, qui forcément en profite pour faire le grand saut (le traître !), le journal résiste à la torture et se contorsionne, il se bat avec l’assiette, on ne sait plus où poser le pain, le serveur fronce le nez en amenant la sauce qui ne trouve pas sa place, bref, c’est la galère. Lire ou manger, il faut choisir. Tandis que l’écran, par son pouvoir de fascination parvient à faire oublier que l’on mange (ce qui n’est pas forcément très sain observeront les diététiciens), le mulot obéit mieux que la page de journal, bref, ça fonctionne. Enfin, au bureau, mais je gage qu’au restaurant, ça conviendrait mieux aussi, même si j’avoue n’avoir jamais essayé. Je préviens au passage ceux qui voudraient m’imiter qu’il faut se garder absolument de faire tomber la salade et sa joyeuse vinaigrette sur les touches du clavier, le nettoyage est un cauchemar !

Le papier deviendrait-il ainsi un pale substitut de l’écran quand celui-ci n’est pas utilisable, et réciproquement ? Triste sort. 

Redevenons sérieux. Je ne suis pas dans le secret de la conception de Vendredi. Toutefois j’aperçois plusieurs raisons qui pourraient avoir motivé sa création. D’abord, comme le journal l’a expliqué lui-même dans son premier numéro,  il s’agit de se pencher sur le réservoir de créativité et d’insolence que propose le web et d’essayer d’en faire ressortir le meilleur. Ensuite, l’idée a consisté à dupliquer le modèle ingénieux de Courrier international (Jacques Rosselin a fondé courrier International et Vendredi)  : proposer chaque semaine une synthèse des meilleurs productions dans un univers trop vaste pour que le lecteur le fasse lui-même. Dans un cas c’est le gigantesque web, dans l’autre la presse internationale. 

Quand le réel consacre le meilleur du virtuel

Mais pourquoi le papier ? Pourquoi pas un pur player ? A mon avis, mais ce n’est que mon avis, pour une raison qui ne figure pas dans les vidéos mais qui a son importance : parce que le papier pourrait bien constituer une « consécration », parce que même contesté, voire ignoré par les fous de la toile, il porte en lui la valeur d’être imprimé et distribué dans le circuit officiel de la presse. C’est une reconnaissance, une reconnaissance journalistique puisque ce sont des professionnels de la presse qui retiennent des travaux amateurs et les hissent au rang d’articles. Le contenu n’en devient pas journalistique pour autant, n’en déplaise à quelques blogueurs, pas plus qu’un article d’un homme politique dans Le Monde n’est un article de journaliste, mais la publication est flatteuse. Ce qui démontre au passage, à mon avis, que à tort ou à raison, le journalisme est encore assimilé au papier. Par ailleurs, d’instantané, indifférencié et voué rapidement à l’oubli sur la toile (malgré la mémoire infinie d’Internet, c’est tout le paradoxe), le billet du blogueur est sélectionné, c’est-à-dire distingué, imprimé, et diffusé sur un mode payant. Le fugace virtuel y gagne une étrange pérennité dans le monde réel. Certes, sa durée de vie n’excédera pas une semaine, mais une semaine, c’est déjà beaucoup plus que l’instant qu’il aura fallu pour le consommer sur le web. Est-ce cela la valeur à venir de la presse papier ? Allez savoir, en tout cas le sujet mérite d’être exploré.

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