La Plume d'Aliocha

06/02/2009

Voyage au bout de la com’

Filed under: Débats — laplumedaliocha @ 12:27

C’est malheureux mais c’est sans doute à coup de communication qu’on gagne aujourd’hui les élections présidentielles. Et c’est aussi à coup de communication qu’on se maintient dans les sondages. Mais la communication, c’est comme tout, bien fait, ça fonctionne, mal fait c’est la catastrophe. A dose raisonnable, c’est utile, en excès, ça tue.

Quel est au fond le rôle de la communication ? Faire passer au plus grand nombre le message qu’on a choisi de délivrer. Et dans la tête du communiquant, l’image du plus grand nombre est souvent claire : un ramassis d’incultes dont il faut flatter les bas instincts et le goût de la facilité. Alors on fait simple, on met des paillettes, on dit de jolies choses creuses, on flatte, on évite les sujets complexes ou graves, les termes négatifs, les propos anxiogènes, la technique.

Seulement voilà, il arrive toujours un moment où l’exercice s’essoufle. On ne vend pas une politique comme un sachet de soupe instantané. Et le public, celui-là même qu’on méprise, n’est pas aussi sot qu’il y parait. Il sent bien quand on se fout de sa gueule.

C’est à cela que nous avons assisté hier avec la fausse interview de Nicolas Sarkozy, la faillite d’un système de communication à bout de souffle. Ce que je vous raconte de mon quotidien avec les communicants s’est  magistralement illustré devant des millions de téléspectateurs : de la forme et pas de fond, les ors de l’Elysée mais le vide intellectuel, beaucoup de personnages en scène mais aucun texte, un pseudo-président face à de pseudo-journalistes, des pseudo-réponses à de pseudo-questions. Ce matin, l’UMP est satisfaite, la gauche consternée. C’est encore de la communication, chacun tient son rôle et le mensonge continue.

Comment en est-on arrivé là ? Nous sommes dans une société dite « de l’information », celle-ci revêt une importance capitale, elle est donc placée sous contrôle. Voilà longtemps que certains ont compris la presse et décidé d’en utiliser les ficelles pour servir leurs intérêts. Le journaliste doit faire simple pour être compris de tous ? Qu’à cela ne tienne, on synthétise pour lui. Il aime les phrases-choc ? On les lui sert sur un plateau dans un magnifique exercice de langue de bois déguisée en vérité spontanée. Il travaille en urgence et aborde des sujets qu’il connait mais dont il n’est pas spécialiste ? On lui sert des mensonges en faisant en sorte qu’il ne puisse ni vérifier, ni contester. Il cherche surtout la vérité, cette vérité qui est rarement à l’avantage de l’objet de son enquête, on verrouille l’accès à l’information, et on lui offre un discours policé entièrement factice qui répond et même déborde largement sa demande. Ainsi le maintient-on dans l’illusion qu’on lui a donné du contenu alors qu’on a fait que l’égarer.

C’est cela, que vous avez vu hier soir. Et c’est à cela que vous n’adhérez pas. Moi non plus. Ce qui m’amène à tirer deux conclusions concernant mon métier.

D’abord, il est urgent de mettre un coup d’arrêt à cet enfumage. Une rupture radicale qui doit nous amener non plus à prendre la communication avec distance comme nous le faisons actuellement, mais à systématiquement la démonter. Car elle est allée si loin qu’elle a oublié sa vocation d’origine tout à fait louable : apprendre aux gens à s’exprimer en direction d’un public. Désormais, elle ne fait plus qu’intoxiquer. Le message n’est plus transmis, il est vidé de son sens, ce n’est plus qu’une coquille vide et scintillante, la plupart du temps mensongère.

Ensuite, j’en reviens à mon éternel cheval de bataille. Comment distinguer la communication, le marketing, la publicité de l’information ? Comment rétablir la frontière ? Résister à la communication ?  Inverser totalement une situation qui tourne à la catastrophe pour nous, mais aussi pour la démocratie ? Grâce à un véritable sursaut collectif. Au risque de faire grincer des dents, s’il faut en passer par le corporatisme, allons-y. Définissons la profession, affirmons ses règles, adoptons un code de déontologie, exigeons une formation initiale et continue, bref bâtissons cet esprit de corps qui nous fait cruellement défaut. Ceux qui nous accusent de corporatisme se trompent, il n’y en a pas dans la presse, ce qu’il y a en revanche, c’est une petite élite prétentieuse qui se prend pour la reine du monde. C’est le cas dans toutes les activités humaines. Ceux-là ne sont plus des journalistes, même s’ils en portent le titre.

Tant que la presse était rentable, on pouvait encore espérer que l’industrie tienne lieu de structure professionnelle et de protection du métier, mais aujourd’hui ce n’est plus le cas. Les titres affaiblis par leurs difficultés économiques ont mis la profession à genoux. Ceux qui se portent bien ainsi que les groupes audiovisuels sont entre les mains de gens dont l’intérêt n’est certainement pas de les laisser faire du journalisme et nous risquons de finir carrément à plat ventre (si ce n’est pas déjà fait). Le Président a pris en main l’audiovisuel, il s’est invité dans les réflexions sur la presse écrite et n’a abouti qu’à une rebellion qui ne mènera nulle part. Qu’attendons-nous pour réagir ? Combien de temps allons-nous accepter de nous faire balader par un politique interviewé qui choisit tranquillement ses journalistes, le lieu de l’interview, les questions qu’on lui pose et les réponses qu’il consent à donner ?

Notre métier est formidable, comment pouvons-nous ainsi continuer de le trahir ?

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28 commentaires »

  1. bonjour

    faute de temps et de dvd, je n’ai regardé que les vingt premières minutes en faisant ma vaisselle, et je suis parti me coucher;

    fin du mode « vie perso », mais d’accord sur l’impression de vide et de faux semblant ressentie par beaucoup ,

    ce qui m’amène à deux commentaires :

    . pas certain que ce type de numéro ait touché grand monde ,ce matin, au boulot, peu ont regardé et la plupart se demandent comment nous allons payer la suppression de la taxe professionnelle ,parce que nous sommes propriétaires et, pour certains ,engagés dans la vie municipale ; donc ,en très gros : nos impôts locaux vont augmenter et les projets des communautés de commune ou districts non urgents vont être suspendus ,le temps d’y voir clair . et là ,pas question d’être pro ou anti , UMP ou PS .

    . si les journalistes ,au sens large ,presse, télé, et radio étaient plus sérieux ,oui je vais vous fâcher, ils définiraient ensemble ce qu’ils veulent ou plutôt comment ils veulent travailler ; et là, je suis d’accord avec vous, seul un droit de suite permettrait de sortir de la com, du « comme je veux ,quand je veux, et dans mon palais à moi que les électeurs , ils ont choisi de m’y mettre pour faire le job  » , et là, les americains ont un peu d’avance : c’est une conférence de presse régulière et fréquente avec la possibilité de rappeler ce qui s’est dit ou annoncé huit ou quinze jours avant ; mais avant de voir cela en France ….

    Commentaire par didier — 06/02/2009 @ 13:49

  2. Oh comme je suis avec vous à 100%!!! Ce métier est formidable oui, et je ne vois pas comment des gens non passionnés pourraient l’exercer (ou plutôt si, je le vois, et le résultat n’est pas joli).
    Rien d’autre à ajouter à ce billet qui reflète exactement le fond de ma pensée (et qui a le mérite d’être bien dit (et un compliment au passage, un!(;)
    Juste une question en rapport avec le paragraphe « comment en est-on arrivé là » et cette phrase particulièrement : « Il travaille en urgence et aborde des sujets qu’il connait mais dont il n’est pas spécialiste ? On lui sert des mensonges en faisant en sorte qu’il ne puisse ni vérifier, ni contester ». Il me semblait au contraire que les journalistes étaient de plus en plus spécialisés? Ne l’êtes vous pas vous même ?
    J’ai noté dans un précédent billet ou dans l' »à propos », je ne sais plus, que vous n’avez pas fait d’école de journalisme mais des études de droit, or vous êtes journaliste (spécialisée?). Est-ce que la solution ne résiderait pas ici? Plus de compétences de la part des futurs journalistes, plus d’années d’études (au moins un master 1) à défaut de rentrer, comme certain aujourd’hui, en école de journalisme à la sortie du lycée, ou sans même une licence en poche? Alors certes, les études peuvent être reprises après mais le seront-elles?

    Ah! et du coup une autre question alors que l’on (enfin que vous) parle(z) de communication. Que pensez vous en ce cas du CELSA qui mêle journalisme et communication?

    Aliocha : Science sans conscience etc. La compétence est indispensable, mais elle n’est rien dans un métier comme le journalisme sans valeurs pour l’étayer. Je suis spécialisée en effet, mais j’en saurais toujours moins qu’un praticien sur les sujets que je traite. Cela me permet de comprendre ce qu’on me dit, d’identifier ce qui est important, mais la complexité des sujets est telle que je ne suis jamais à l’abri de me faire enfariner, il faut être en état non pas de suspiscion permanente, ce serait idiot, mais de vigilance. Même quand on est ultra-spécialisé. Le CELSA ? Sais pas, on dit que c’est bien. Le mélange com’ journalisme me dérange en soi, en particulier à Stratégies, CB News (mais CB News s’en sort plutôt bien) ou encore au Club de la presse.

    Commentaire par Malaussène — 06/02/2009 @ 14:09

  3. « Et le public, celui-là même qu’on méprise, n’est pas aussi sot qu’il y parait. Il sent bien quand on se fout de sa gueule. »

    D’accord avec toi. Et d’accord aussi sur le fond de ton article. Mais, en même temps, il parait que 15 millions de téléspectateurs ont regardé…

    Alors ?

    Ca veut dire que ça nous plait (qu’on se paye notre tête) ?

    Commentaire par Thierry — 06/02/2009 @ 15:36

  4. pour ce qui est de la presse écrite et de son rapport avec le lecteur, je souscris à cette vision des choses :
    http://www.lemonde.fr/opinions/article/2009/02/06/marcel-gauchet-ou-sont-les-lecteurs-aux-abris-en-general_1151777_3232.html
    et j’imagine que dès lors qu’un journaliste aurait des exigences en matière de mise en perspective, de prise de recul, sur un sujet donné (avec ses connaissances historique et géographique du sujet) et la qualité d’écriture pour rendre l’actualité intelligible, ce journaliste ne pourrait se contenter de poser des questions sans contenu et participer à la grande pièce de la com’.
    non ?!

    Aliocha : magnifique interview, merci beaucoup pour le lien. J’adhère bien sûr à 100%. Et vous avez peut-être raison, il n’est pas impossible que la tendance naturelle aille à la com’ sur le web et au vrai journalisme ailleurs. (les hurleurs professionnels vont se déchainer, donc je précise qu’on réfléchit et que par ailleurs asi, mediapart et d’autres font le contraire, je le sais, mais sont-ils des précurseurs ou des exceptions ?). Je déjeunais à midi avec un entrepreneur exceptionnellement intelligent qui observait que le web était à l’âge de l’adolescence et qu’il n’arriverait à maturité que lorsque l’argent s’y serait installé. La question est de savoir qui, du web ou de la presse traditionnelle saura comprendre en premier où se situe la nouvelle répartition de stâches, dès lors que pour l’instant la presse se cherche face à un concurrent qui lui-même ne sait pas très bien qui il est.

    Commentaire par david — 06/02/2009 @ 15:55

  5. @Thierry:
    Bah, j’ai la faiblesse de penser que les gens qui ont regardé attendaient une réponse à leurs questions …
    Personnellement, j’ai regardé plus par curiosité qu’autre chose, mais mince, le Président de la République, c’est quand même un symbole !, ça fait du mal d’admettre se faire embobiner par un symbole de cette taille (…)

    Ceci dit, ça ne veut pas dire que tous ont apprécié la dite (non-)réponse comme il se doit.

    @Aliocha
    Mes compliments, vous faites des progrès en titres !
    Cependant, sur votre conclusion, j’ai du mal à adhérer … je doute que seule la ‘professionnalisation’ de votre profession fera changer les choses. Je crains que le pouvoir de l’argent ne vienne démonter votre beau montage.

    Il faudrait à mon sens qu’un organisme indépendant puisse venir vérifier le bon respect des règles …

    Aliocha : pourquoi pas une supervision indépendante en effet. Tout me va dès lors qu’on redresse le niveau.

    Commentaire par Ferdi — 06/02/2009 @ 16:02

  6. Sur les changements nécessaires, je ne peux m’empêcher de me demander comment ça se passe ailleurs. Le journalisme anglo-saxon est évoqué fréquemment comme étant meilleur (ce que je confirme globalement pour ce que je vois), mais fondamentalement, quelles sont les différences avec le journalisme français ? La com’ existe, au moins autant, mais les journalistes s’y laissent moins prendre. Est-ce uniquement une question de mentalité (quelque chose d’intangible) ?

    Pour reprendre vos termes, est-ce qu’ils ont une profession bien définie, des règles, un code de déontologie, une formation impérative, un esprit de corps ?

    Ce sont des vraies questions, je ne sous-entend rien, j’essaye juste de comprendre pourquoi c’est différent ailleurs. Et les changements que vous évoquez, sont-ils consubstantiels à un « bon » journalisme, ou sont-ils des antidotes (peut-être) adaptés à la situation actuelle, mais pas forcément fondamentalement indispensables ?

    D’ailleurs, j’ai entendu parler des anglais ou américains, mais qu’en est-il du journalisme espagnol, italien, allemand, japonais… ? (je ne parle pas de la Russie ou de la Chine, où les conditions ne sont pas comparables avec la France)

    Aliocha : les comparaisons internationales sont utiles et je suis d’ailleurs souvent la première à les faire. Mais elles se heurtent souvent, et les juristes le savent bien, aux questions culturelles. Or, ici nous avons un profond problème culturel, ce fameux journalisme courtois, qui doute de lui, souffre d’une identité et de valeurs mal définies et d’une absence d’esprit collectif. Tant que le secteur se portait bien, c’était regrettable mais pas mortel. Maintenant, et en attendant de dépasser la crise, je ne vois que des solutions « morales » pour redresser la barre. Et d’ailleurs, ce sont sans doute ces solutions – déontologie, qualité indépendance réaffirmée – qui ranimeront l’intérêt pour la presse et donc la rentabilité de cette dernière.

    Commentaire par Rémi — 06/02/2009 @ 16:20

  7. @ Rémi :
    « La com’ existe, au moins autant, mais les journalistes s’y laissent moins prendre ».
    si je puis me permettre : oui, il n’y a qu’à repenser aux armes de destructions massives en Irak et à la nécessité pour les USA d’entrer en guerre contre ce pays.

    Commentaire par david — 06/02/2009 @ 16:33

  8. Bonjour,

    C’est curieux, Quand vous écrivez sur les difficultés de votre profession (déontologie, corporation, difficultés économiques et évolution vers un autre modèle, encore inconnu), j’ai l’impression que les avocats (que vous connaissez bien) rencontrent ce type de problème.
    Il me semble même qu’il y a eu un débat rapide pour savoir s’il fallait un ordre des journalistes.

    Et finalement, dans le fond (et de loin), il y a quelques similitudes entre ces deux professions : elles remplissent une mission essentielle à la démocratie, elles ont une haute idée d’elles-mêmes, une certaine éthique et une déontologie.

    Mais il me semble que le journaliste et l’avocat, loin de ces idéaux (nobles et utiles, au demeurant) font face à un réel inconfortable. Je ne parle pas pour le métier de journaliste, mais en trente / quarante ans, la profession d’avocat a considérablement évoluée (et ce n’est pas fini) en raison de facteurs économiques, sociaux, sans parler de l’influence anglo-saxonne.

    Il en va peut-être de même pour la profession de journaliste ? On ne sait pas où on va, mais on y va…

    Aliocha : en effet, je n’ai guère été déphasée quand je suis passée d’un cabinet d’avocat à une rédaction. Les deux métiers impliquent la même curiosité de l’autre, les deux répondent à des valeurs éthiques similaires (quoique nettement plus afirmées chez l’avocat), les deux enfin ont un rôle fondamental en matière de droits et libertés, ce qui explique que ces deux professions soient traquées dans les régimes autoritaires. C’est d’ailleurs en m’inspirant de ce que je sais des avocats mais aussi des autres professions réglementées que je réfléchis sur la presse. Et j’y retrouve, c’est vrai, les mêmes inquiétudes fondamentales en ce qui concerne la survie des valeurs qu’elles défendent, l’indépendance, le secret, la résistance à l’autorité, mais aussi une certaine forme de désintéressement qui a bien du mal à s’accommoder de la culture fric. Les avocats ont mis du temps à s’habituer à l’idée qu’ils étaient des prestataires de service, et longtemps j’ai pensé qu’ils avaient tort, je comprends mieux maintenant cette réserve, meme si je continue de la trouver excessive. Il fallait au moins cela pour faire contrepoids au délire financier qui est en train d’éclater au-dessus de nos têtes. Il est toujours difficile de distinguer dans une réaction de rejet, ce qui relève de la peur du changement, du corporatisme au sens péjoratif du terme, c’est-à-dire du protectionnisme économique, et ce qui a trait à la volonté de préserver des valeurs essentielles. Et j’ai bien conscience d’apparaître corporatiste quand je ne veux que préserver un métier que j’aime non pas de ceux qui veulent l’exercer et que je voudrais tenir à l’écart, mais de tout ce qui en menace la survie.

    Commentaire par pollicarpe — 06/02/2009 @ 17:33

  9. personnellement, je ne crois pas trop à l’ordre qui ferait respecter la déontologie et l’éthique (sauf pour des articles bidonnés, des fausses interviewes…). imaginons qu’en plus ce soit la moins bonne tendance de la profession qui soit la plus représentée au sein de cet ordre (le plus probable d’ailleurs) et on n’aura rien gagné.

    la solution réside dans l’exemplarité d’une publication. de bons dirigeants, de bons journalistes, un bon traitement de l’info. facile à dire. mais ça existe (exemple : XXI est à son 5ème numéro et sa ligne éditoriale est exigeante). or ici, le lecteur a aussi sa part à jouer en étant lui-même plus exigeant dans ses lectures.

    Commentaire par david — 06/02/2009 @ 17:49

  10. @ david (7) :

    Oui, bon, on peut toujours trouver un contre-exemple, mais ça ne prouve pas forcément grand chose. D’autant plus que dans ce cas-là, il n’y a pas que les journalistes qui se sont laissés berner, loin de là.

    Mais quand même, un jour il faudra que j’enregistre une interview politique sur BBC Radio 4 : entendre un journaliste répéter plusieurs fois sa question au premier ministre et conclure par « bon, vous ne voulez pas me répondre, c’est votre droit, passons à autre chose », c’est quand même un autre esprit que la plupart des interviews françaises. Je ne dis pas que le journalisme anglais est parfait, loin de là, le Sun n’a pas beaucoup de point commun avec John Humphrys. Néanmoins, même dans les tabloïds (et on pourrait dire « hélas ! »), il y a une mentalité où le journaliste n’a pas de compte à rendre au(x) pouvoir(s) dont il parle (ce qui n’exclut pas un type de pression différentes, économiques et éditoriales).

    J’aurais du mal à dire la même chose du journalisme français.

    Aliocha : de ce que j’observe dans les ordres professionnels, le risque ne me semble pas être dans une culture de la médiocrité dominante, ce n’est pas l’intérêt de ce genre d’institution soucieuse au contraire de défendre une haute image de ceux qu’elles représentent. Le vrai risque est celui d’une discipline par trop empreinte de mansuétude. Mais peu importe, le temps des ordres est dépassé depuis 50 ans. Tout au plus peut-on imaginer des associations professionnelles, voire une compétence disciplinaire attribuée à la commission de la carte, et nous serions encore loin d’un ordre qui est une institution officielle unique chargée de représenter ses membres à l’égard des pouvoirs publics, d’agréer les nouveaux professionnels, d’organiser, voire de réglementer la vie professionnelle et enfin d’intervenir en matière disciplinaire. Ce que je souhaite c’est l’émergence d’un esprit collectif et je pense que ça n’est possible qu’autour d’une déontologie commune c’est-à-dire de valeurs officiellement partagées et constitutives d’une réelle identité. Au regard de la situation actuelle, ce serait déjà un fantastique progrès, enfin, me semble-t-il. @remi : désolée, je croyais répondre à David et l’informatique m’a fait une blague, David, cette réponse vous est destinée

    Commentaire par Rémi — 06/02/2009 @ 17:54

  11. Vous avez lu _Storytelling_ de Christian Salmon?

    « Le journaliste doit faire simple pour être compris de tous ? Qu’à cela ne tienne, on synthétise pour lui. Il aime les phrases-choc ? On les lui sert sur un plateau dans un magnifique exercice de langue de bois déguisée en vérité spontanée. Il travaille en urgence et aborde des sujets qu’il connait mais dont il n’est pas spécialiste ? On lui sert des mensonges en faisant en sorte qu’il ne puisse ni vérifier, ni contester. »

    C’est exactement cela. Vous savez ce que l’on dit dans les revues professionnelles pour scientifiques? Le chercheur français se fait enfumer par le chercheur américain parce qu’il communique trop « chiant » et factuel, qui en plus demande un vrai effort au journaliste pour comprendre « à quoi ça sert ». Au contraire, il faut communiquer en fournissant au journaliste directement les arguments voire le texte de son papier, de préférence avec déjà la suggestion que la découverte scientifique aidera à résoudre telle ou telle « grande cause » du moment.

    Et le journaliste en redemande, car c’est très facile à utiliser, ça. Aucun besoin d’un quelconque complot, il suffit juste de jouer sur la propension naturelle des gens à se laisser aller à la facilité, surtout s’ils sont submergés de boulot.

    Commentaire par DM — 06/02/2009 @ 18:29

  12. « Notre métier est formidable, comment pouvons-nous ainsi continuer de le trahir ? »

    Par facilité, et parce qu’il faut bien vivre, pour les plus précaires.

    Par facilité, et parce qu’ils apprécient un statut social enviable, pour les plus privilégiés.

    Aliocha : je n’espère pas vous convaincre, mais si ces travers existent, ils sont loin d’être la cause de la situation actuelle.

    Commentaire par DM — 06/02/2009 @ 19:47

  13. Je signale à votre attention la série d’articles sur le blog Ecopublix, avec pour sujet la presse.

    http://www.ecopublix.eu/

    Il y a des réflexions intéressantes sur la manipulation à la télé (russe), sur l’économie de la presse…si vous avez un peu de temps (les articles sont longs)

    Aliocha : longs mais riches. Excellent, merci. je recommande en particulier ce billet : http://www.ecopublix.eu/2008/12/etat-gnral-de-la-presse-et-dmocratie.html

    Commentaire par javi — 06/02/2009 @ 20:42

  14. @Aliocha: Mais alors quelles sont, selon vous, ces causes?

    La pression économique sur les titres, qui précarise le métier de journaliste et favorise le regroupement dans des grands groupes dont les dirigeants ont éventuellement des intérêts partisans (e.g. Hersant, News Corp)?

    La tendance débridée au « spin control », qui finit par créer de toutes pièces des histoires à raconter à un public qui attend une certaine réalité plutôt que la réalité? (e.g. Fox News, mais on retrouve cela ailleurs)

    Aliocha : puissance de feu de la communication en pleine forme face à une presse qui elle, à l’inverse, souffre d’une perte d’indépendance, d’absence d’esprit collectif, qui traverse crise une d’identité et de valeurs, le tout effroyablement aggravé par la crise économique et la grande mutation technologique que représente Internet. On comprend dès lors que vous ayez pu rencontrer des journalistes démotivés, non, comme il y a des fonctionnaires, des enseignants, des juges démotivés ? Cela étant, tous mes amis journalistes souffrent mais restent attachés à leurs valeurs, ce qui me conforte dans l’idée que nous n’avons pas tous renoncé, qu’il y a dans ce métier quelque chose de si profondément passionnant que la flamme forcément se rallumera. Encore faut-il prendre la peine de gratter l’allumette 😉

    Commentaire par DM — 06/02/2009 @ 20:45

  15. Le dernier débat/interview que j’ai regardé était le débat Royal – Sarkozy… Et quand je dis regardé, j’ai craqué au bout de 20 ou 30 minutes. Regarder les journalistes laisser passer des énormités (60 % de smicards notamment) est très vite lassant.

    Maintenant, est-ce qu’un code de déontologie changerait les choses ? Ca risquerait de devenir comme une loi française type Grenelle : un papier vide de sens qui permet de dire qu’on a bien travaillé sur le dossier…

    J’avoue qu’à part choisir des journalistes du Canard pour mener l’interview, je ne vois pas ce qui pourrait me convaincre de regarder un concours de brosse à reluire – pardon ça s’appelle encore hypocritement interview.

    Commentaire par Sébastien G. — 06/02/2009 @ 22:38

  16. En tout cas, je vous conseille la lecture de _Storytelling_. J’ai trouvé le début un peu poussif, mais la partie traitant de la gestion des médias par l’administration Bush est très intéressante.

    L’idée générale est qu’à ce développement extrême de la com’, on ne se contente plus de publier des communiqués de presse avantageux, mais on produit carrément de faux reportages que l’on mêle au flot de vraies nouvelles. Vous allez me dire que ce n’est pas nouveau, que la scénarisation de la réalité a toujours existé, mais avant on appelait cela du « film de propagande ».

    Commentaire par DM — 07/02/2009 @ 08:31

  17. @ Aliocha : Oui bien sûr compétence & conscience, si je n’ai pas mentionné le deuxième c’est que ça me semblait évident!!
    Je ne connais pas trop ce que vous avez cité… Mais quand on y réfléchit informer c’est un peu communiquer non? j’ai l’impression que ce sont les vertus mêmes du journalisme qui se sont retournées contre lui…

    D’ailleurs une question que je me suis toujours posée (encore une) d’où tenez vous les premières infos? Je suis tombée sur un de vos anciens billets où vous notez la différence entre le journaliste qui va chercher l’info et le blogueur qui l’a commente. Dans le livre de Jean-Luc Martin-Lagardette il y l’exemple d’une dépêche concernant le maire de Paris et son agression. C’est apparemment une connaissance qui a informé la presse. Un journal est au courant donc. Et les autres? Ils copient l’info ou rentrent en contact avec la personne? Et si personne ne prévient?

    Commentaire par Malaussène — 07/02/2009 @ 10:59

  18. Je n’arrive pas à vous suivre dans cette histoire de déontologie. Le problème n’est pas la déontologie, c’est la compétence (oui, c’est dur).

    Quand le Président affirme mordicus que l’argent prêté aux banques rapporte 1,4 milliards sans que cela coûte un centime au contribuable, il oublie que cet argent, il a bien fallu l’emprunter (avec intérêts). À peu près tous les spectateurs auront corrigé (Libé le fait en détail ce matin). Mais pourquoi aucun des quatre interviewers n’a relevé ? Ce n’est pas un problème de déontologie, c’est un problème de…

    De compétence ? D’agressivité ? Au fond, peu importe.

    Ce qui m’importe, c’est que si je dois – moi-même – poser les bonnes questions et en trouver les réponses, je n’ai pas besoin des journalistes, encore moins de la presse. N’est-ce pas là le problème fondamental de la presse d’aujourd’hui ?

    (pardon pour cette sortie du ton policé de ce blog, fort intéressant par ailleurs)

    Aliocha : ce n’est pas parce que les journalistes se tiennent comme des imbéciles qu’il faut les prendre pour des imbéciles. Pensez-vous réellement que des gens qui préparent une bonne partie de la journée le journal qu’ils vont présenter le soir et qui ont le nez sur l’actualité 24h sur 24 ignorent ce que vous, vous savez pour l’avoir appris précisément dans la presse ? Sérieusement ? Non bien sûr. Par conséquent, le problème est ailleurs. Il est dans la faiblesse de la presse en France et dans sa faculté à oublier totalement qu’une des règles majeures de son métier n’est pas d’aduler le président de la République ni de le craindre mais de le questionner et d’obtenir des réponses. Encore faut-il cultiver assez d’indépendance d’esprit et de statut pour ne pas craindre de déplaire et d’être viré ou simplement écarté. Vous saisissez ?

    Commentaire par N'Olive — 07/02/2009 @ 12:38

  19. @Aliocha: Ce que vous dites en réponse au message précédent me rappelle les réflexions, que j’entends parfois, sur tel ou tel animateur qui présente une émission stupide à la télévision. La réflexion est typiquement que cet animateur est bête.

    Non, il n’est pas bête. Il touche des sommes considérables pour faire une émission stupide, c’est différent. Il est probablement même plutôt intelligent.

    Aliocha : nous sommes d’accord. Avec une nuance, le présentateur est payé pour abêtir les foules, le journaliste lui est plutôt dans l’impossibilité de faire son métier.

    Commentaire par DM — 07/02/2009 @ 15:21

  20. Si je saisis ? Honnêtement, non. Je comprends les mots, je comprends l’ambition, mais je ne peux pas y croire. Vous voulez poser des questions et obtenir des réponses (ce qui sous-entend les reposer jusqu’à avoir une réponse ou un franc refus de répondre). Au risque de déplaire et d’être écartée ou virée. J’admire et vous félicite pour une aussi haute ambition (sans aucune ironie).

    Mais ce que vous décrivez est plus que du journalisme. C’est un sacerdoce. Combien sont prêts à subir 31 procès en diffamation pour avoir dénoncé des pratiques financières douteuses ? Combien sont prêts à quitter l’antenne pour avoir ironisé en proposant des gants de boxe à deux redoutables débatteurs ? Pendant son entretien avec la presse, le Président n’a pas hésité à rappeler à Pujadas les sanctions que le journaliste avait subies pour avoir laissé passer une erreur. Quelle indépendance d’esprit et de statut peut résister à ce type de pression ? Il faudrait être un héros ou un saint, ce qui n’est pas donné à tout le monde…

    Aliocha : en l’état actuel de la place de la presse en France, oui. C’est pour cela que je reproche rien au fond, aux 4 journalistes qui en interviewé NS. Mais on peut imaginer aussi que si l’on parvient à affirmer nos valeurs d’une manière collective, tout redeviendra possible. La presse détient par nature un pouvoir très important, encore faut-il qu’elle s’en souvienne et qu’elle redresse la tête. Les héros solitaires n’iront nulle part, mais la profession en groupe peut beaucoup.

    Commentaire par N'Olive — 07/02/2009 @ 15:26

  21. Bonjour Aliocha
    Je suis d’accord avec vous sur cette pseudo interview, mais je crois que le problème n’est ni le président ni les journalistes, mais nous, les français lambda, qui sommes de plus en plus ignares, incohérents, etc…, qui lisont de moins en moins, et à qui cette mise en scène est destinée.
    Cet abêtissement grandissant est dénoncé par beaucoup et en particuler par des spécialistes comme Jean-Paul Brighelli dans ses livres, dont le dernier « Fin de récré », et dans son blog « Bonnet d’âne ».
    Lambda

    Aliocha : où est la poule et où est l’oeuf ? Eternelle question. Je me refuse à croire que les français sont des imbéciles, en revanche, j’admets volontiers qu’on cherche à les abrutir. La communication n’est pas la seule à faire cette danse du ventre, la presse aussi dérape parfois dans ce travers. Pour vendre, il faut plaire au plus grand nombre et pour plaire au plus grand nombre, il faut faire simple. Exemple, on ne mettra jamais en couverture d’un magazine la photo d’un inconnu – artiste, économiste, philosophe- fut-il génial car les gens n’achètent que s’ils connaissent. Et tout est à l’avenant. Résultat de cette règle poussée à l’extrême ? On ne vend plus parce que les lecteurs ont le sentiment de ne plus rien apprendre en lisant la presse.

    Commentaire par Lambda — 07/02/2009 @ 17:22

  22. @Aliocha

    Deux journalistes ont porté haut et fort vos valeurs cette semaine: Didier Specq,chroniqueur judiciaire à Nord-Eclair, pour ses commentaires éclairés sur le blog d’Eolas et Stéphane Arteta du Nouvel Obs pour le compte rendu qu’il a fait de la session du CSM de cette semaine. Les lire m’a réconforté.

    Aliocha : j’ai vu en effet, mais vous savez ce ne sont pas mes valeurs que je défends ici, ce sont les valeurs du journalisme, nous sommes très nombreux à les partager. Le tout est que le public dépasse le préjugé « tous des imbéciles et des pourris » et affine son jugement. Mais pour cela, encore faut-il lui expliquer ce qu’est notre métier, c’est ce que j’essaie de faire sur ce blog 😉

    Commentaire par H. — 07/02/2009 @ 18:17

  23. « C’est à cela que nous avons assisté hier avec la fausse interview de Nicolas Sarkozy, la faillite d’un système de communication à bout de souffle. »

    Quelle faillite de quel système? La communication se portent très bien, vous le démontrez d’ailleurs à longueur de billets. Ce système c’est montré efficace en conduisant à la victoire du meilleur des communiquant à la dernière présidentielle, et il continue de l’utiliser depuis avec un certain succès pour éviter de devoir répondre aux vraies questions (je me rappellerais toujours du président qui prends en main la ligne B du RER).

    Je croirais à l’échec de la communication si des candidats tenant un langage de vérité aux citoyens et proposant une politique réaliste pourront s’exprimer suffisement dans les médias et que l’un d’eux sera élu en 2012. Bon courage pour la réforme de votre profession si elle doit permettre d’en arriver là…

    Commentaire par Kemmei — 08/02/2009 @ 22:10

  24. J’ai toujours du mal à adhérer à une vision caricaturale de la « com » qui baladerait contre leur gré des journalistes dépourvus de libre arbitre.

    Aliocha : je parle d’une certaine com’, pas de toute la com. En particulier de la communication politique et de la communication économique.

    Pour vivre au quotidien au contact des journalistes, je crois qu’il n’y a pas de duperie et que chacun sait exactement où il se situe. Certes, les contenus que nous proposons bénéficient d’un éclairage particulier, mais libre au journaliste de faire ses propres recherches pour trouver un autre angle à partir de la donnée brute qui lui est fournie.

    Aliocha : l’angle de la vérité sans fard par exemple ? Dans nombre de cas cela supposerait qu’on se spécialise dans l’art du cambriolage 😉

    Contrairement à une perception diffuse, le travail des communicants n’est ni de tromper, ni de dissimuler. Si c’était le cas, il y a longtemps que le partenariat com/journalisme aurait périclité. Ce partenariat est basé sur le système classique de l’offre et de la demande : nous offrons un contenu original et ciblé contre de la visibilité. Le journaliste y trouve parfois son bonheur et décide en son âme et conscience s’il opte pour cette source ou non. Libre à lui par la suite d’effectuer une mise en perspective, de recouper plusieurs sources et d’aller plus loin dans la vérification. Il sait que nous avons privilégié un angle favorable à notre message et ce dernier peut ou non lui convenir.

    Aliocha : sauf que lorsqu’on demande une information qui sort du contenu « original et ciblé », on ne nous répond plus.

    Bien sûr, il arrive malheureusement que les messages soient repris tel quel, sans travail journalistique complémentaire, et je pense que c’est là qu’intervient le problème. J’en ai relevé un exemple anecdotique récent dans une vignette du zapping de Canal qui reprenait un sujet de Télématin : http://3dcom.wordpress.com/2009/02/09/dis-tas-pas-une-etude-coco/

    Aliocha : vous m’ouvrez des perspectives : je vais demander aux banques à l’heure actuelle la liste exhaustive de leurs implantations dans les paradis fiscaux et les raisons stratégiques de ces implantations et je livrerais le résultat à mes lecteurs sans travail journalistique complémentaire, ce qui donnera : « nous ne souhaitons pas nous exprimer sur ce sujet » signé la direction de la communication.

    Je ne pense pas cependant que la situation s’aggrave ou que les journalistes français aient à rougir face à des anglo-saxons soit-disant plus imperméables aux « manipulations » supposées des communicants. Je crois au contraire que les ficelles de la « com » sont désormais tellement connues, ses mécanismes démontés, examinés, exposés qu’il serait illusoire de penser l’utiliser à des fins de tromperie.

    Oui, le message est orienté (de même qu’un article privilégie un angle spécifique), non, le but n’est pas de berner/tromper/dissimuler.

    Aliocha : c’est vrai quand J6M a dit que Vivendi allait mieux que bien, il a fait de la com’, mais il n’a pas trompé, ne mélangeons pas les genres.
    Allons, je vous réponds un peu vertement mais j’ai signalé plusieurs fois sur ce blog que lorsque la com’ s’en tient à apprendre aux gens à s’exprimer il n’y avait rien à dire. En revanche, quand elle ne montre que la face attractive d’une information, elle trompe, quoique vous en pensiez. Et elle mérite d’être complétée par un travail journalistique, lequel va précisément corriger cette tromperie.Je n’ai rien contre votre métier, je dis simplement qu’il commence à envahir un peu trop le mien.

    Commentaire par Alexis — 09/02/2009 @ 09:17

  25. Pour J6M, il n’a pas fait de la com, il a fait le con, nuance 😉

    Commentaire par Alexis — 09/02/2009 @ 17:10

  26. Bravo pour ce vrai sujet.
    Je voudrais revenir sur l’exemple Anglais du journalisme politique. Mes conversation sur place (où je travaille) avec mes ançiens confrères sont toujours étonnantes. Ils ne comprennent pas cette habitude française de vouloir faire du journalisme de cours, celui qui laisse au prétendu libre-penseur un tabouret dans l’avion du roi, celui qui donnait encore recemment le droit d’accès aux meilleurs lycées pour ses enfants, celui qui permettait à des cerveaux pas toujours très bien éduqués de confondre intérêt des lecteurs et intérêts personnels. Il n’existe aucune connivence possible entre les journalistes politiques anglais et le pouvoir car chacune des deux parties trouve indécent de fréquenter, de séduire, de flatter ou de récompenser l’autre partie. Une simple question d’éducation, les Hommes politiques anglais ont trop de respect pour leur presse.
    La récente déconvenue de la BBC et de ITN qui ont été très critiquées pour avoir refusé de diffuser un clip humanitaire a charge contre Israel en est le témoin. Les univers médiatiques et politiques sont totalement étanches. et la BBC refuse de faire de la politique. Dans l’univers politique (et lui seul), les journalistes sont infiniment mieux payés, infiniment moins flattés et infiniment moins gourmands en compliments et autres bassesses de cours….Dans ce grand débat français, l’instrumentalisation d’une partie par une autre est étonnante mais tellement bien gérée ! Ce sont nos politiques qui mènent la danse (et les carrières dnas l’audiovisuel). Il n’est pas possible de s’inspirer du modèle anglais car les travers des uns et des autres nous rendent si différents. Le traitement des grands faits divers en Angleterre est un tout autre déferlement, infiniment plus violent, sanguinaire et destructeur.

    Aliocha : merci pour ce reportage en direct de Londres ! c’est vrai que vu de France on ne pense qu’au journalisme de caniveau, j’ignorais cette distance salutaire du journalisme politique. Voilà qui pourrait nous inspirer. Après tout, on peut aussi imaginer de ne prendre dans un modèle que ce qu’il a de meilleur 😉

    Commentaire par Eric — 10/02/2009 @ 16:55

  27. « journalisme de cours » 🙂
    http://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Siècle

    Commentaire par Dylan — 10/02/2009 @ 19:12

  28. Merci pour vos commentaires très sympa sur ma petite personne. didier specq, chroniqueur judiciaire à Nord-Eclair.

    Commentaire par didier specq — 19/02/2009 @ 12:00


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