La Plume d'Aliocha

05/02/2009

Le prince et ses journalistes (2)

Filed under: Coup de griffe — laplumedaliocha @ 23:44

Eh bien voilà, c’est fait. Nous avons entendu les déclarations de Nicolas Sarkozy.

Comme prévu, ce ne fut pas un grand moment de journalisme.

Commençons par rappeler les contraintes de l’exercice : il s’agissait de rendre compréhensibles à chaque téléspectateur non seulement les raisons de la crise, mais l’état de la situation économique et les orientations politiques choisies pour surmonter les difficultés. Ce sont des questions de haute volée. En particulier si l’on tient compte du fait que la crise est inédite et que personne ne sait combien de temps elle va durer, ni comment s’en sortir. Pour les journalistes, c’est particulièrement compliqué. Ils ne peuvent pas déraper dans le technique car ils deviendraient incompréhensibles pour le public, or c’est là et là seulement que l’on peut coincer un aussi bon communiquant. A l’inverse, c’est évidemment une force pour Nicolas Sarkozy qui bénéficie d’une grande marge de manoeuvre pour s’en tenir à de grandes déclarations de principe. 

Les critiques.

Edwy Plenel a observé après l’émission que l’exercice n’avait pas été à la gloire de la presse. Des journalistes choisis, qui n’interrompent pas le président et s’en tiennent à de simples relances ouvertes, ce n’est pas en effet ce qu’on appelle une interview digne de ce nom. Et ça laisse l’interviewé libre de faire à peu près ce qu’il veut.  Vous observerez par exemple que sur la crise, une large partie des réponses a été consacrée à dresser un état des lieux, que Ségolène Royal n’aurait pas désavoué, sur un mode descriptif empathique. Tous les spécialistes de communication vous diront que la première chose à faire en cas de crise c’est de reconnaître le préjudice. D’où ces descriptions de la souffrance des français qui n’avaient aucun intérêt. Sauf celui d’amadouer le téléspectateur sur le mode du « je vous ai compris » et d’occuper le temps d’antenne en disant ce qu’on veut. 

De son côté Nicolas Domenach a estimé que l’exercice à l’Elysée n’était plus tenable et que la prochaine fois il faudrait refuser. En effet, il ne faut pas être un grand stratège pour comprendre que lorsqu’on va sur le terrain de l’adversaire, on part avec un handicap. Surtout quand ce terrain est l’Elysée et que l’interlocuteur est le Chef de l’Etat. Mais pour résister à cela, pour oser fixer ses propres conditions, encore faut-il penser que l’on est en droit de le faire, ce qui soulève la question du pouvoir de la presse en France. Vous avez la réponse.

Au fond, nous avons frôlé le vrai journalisme à deux reprises lors de cette émission. Etrangement, cela concernait à chaque fois …le journalisme.

Premier épisode : Alain Duhamel aborde le sujet délicat de l’affaire Kouchner. Là nous ne sommes plus sur le terrain ultra-complexe de la théorie économique de crise mais sur des choses simples : un ministre est mis en difficultés sur le terrain éthique par la parution d’une enquête journalistique largement reprise par la presse, quelles conclusions en tirer ? Le président répond en substance qu’on ne limoge pas un ministre à cause d’un simple livre (qu’il décrédibilise au passage discrètement). Duhamel revient à la charge et avance que, selon le Nouvel Observateur, les fuites ayant alimenté le livre viendraient de proches de Nicolas Sarkozy. Réponse : « ce même journal qui a dit que j’avais envoyé un SMS ? Vous voyez le crédit que j’accorde à ce journal ». Rires complices des journalistes séduits par la boutade. Rideau. J’ai assisté plusieurs fois à ce genre d’attaque sous la ceinture venant de personnes en difficultés face à un journaliste, elles sont tout à la fois classiques et inadmissibles. Si la presse souffrait du corporatisme dont on l’accuse sottement, les journalistes auraient fait front ici pour défendre l’un des leurs. Ils ont souris. Et ils ont perdu. Au moins savons-nous que la question dérange le Président car sa réaction l’a trahi. Aller plus loin, exiger une réponse, c’était prendre le risque de rompre le climat courtois qui régnait, c’était dépasser la boutade et ce faisant ne pas laisser au Président le plaisir du dernier mot. Impensable en France.  

Deuxième épisode : Pujadas lance un autre sujet délicat, celui de la nomination du patron de France Télévision. Il résume pour les téléspectateurs en évoquant une nomination par le président de la République. Mouvement d’humeur très net de Nicolas Sarkozy qui corrige en précisant que cette nomination sera faite en conseil des ministres, après avis conforme du CSA et soumise au vote du Parlement. Certes, mais le gouvernement, c’est Nicolas Sarkozy, il l’a dit quelques minutes plus tôt en soulignant que ses prédécesseurs se comportaient de la même façon. Pujadas insiste avec un certain courage, il faut l’avouer, et fait observer que le  Président préside le conseil des ministres. Nouveau mouvement d’humeur d’un président soudain réfugié derrière la lettre de la Constitution. Et lorsque Pujadas amorce le sujet de l’indépendance du CSA, Laurence Ferrari lui coupe la parole et pose une autre question. Rideau.

Evidemment, tout ceci n’était pas du journalisme, mais la simple mise en scène d’un monologue. Qui sait, la prochaine fois peut-être…

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21 commentaires »

  1. >>Evidemment, tout ceci n’était pas du journalisme, mais la simple mise en scène d’un monologue. Qui sait, la prochaine fois peut-être…

    Bonsoir charmante hôtesse

    Ce que j’adore chez les femmes blondes a fortes … non j’ai pas dit ça, je disais donc ce que j’adore chez les journalistes c’est cet incroyable optimisme qui les laisse mariner dans un bateau en perdition en chantant bien fort, « Demain ça ira mieux ».

    Mention toute particulière à la Ferrari qui coupe la question intéressante pour ‘sauver le prince’ alors que l’on disait dans le Landerneau qu’elle avait été _nommée_ pas le prince lui même. Étonnant comme la mémoire est une bonne maitresse non ?

    Bon je retourne à mon univers clos, ma matrice dans la matrice.

    Commentaire par herve_02 — 06/02/2009 @ 00:12

  2. Grr ce que tout ça m’a agacé!!!
    Guy Lagache dans le genre pot de fleur! Avec ses petits sourires gênés, bien souvent non rendus par un président qui menait largement l’interview. A peine s’il ose interrompre Sarkozy… et, alors même qu’il parvient à imposer une question au détriment de Laurence Ferrari qui a tenté de poser la sienne au même moment (on rappel au passage qu’il s’agissait du temps de Lagache), ne voilà t’y pas que Sarko y répond mais en regardant droit dans les yeux de Ferrari. Out Lagache! Le pauvre. Il n’a pas brillé de talent journalistique ce soir.
    Laurence Ferrari justement, quel gâchis! Métamorphosée la pauvre, elle avait pourtant du talent et de la répartie…
    Heureusement, comme vous l’avez noté, deux journalistes ce sont distingués à plus ou moins forte échelle et dans la mesure du possible de la situation… à savoir pas des masses!
    L’entrée en scène de Duhamel! On sent l’expérience et on voit de suite une nette différence dans le maniement de la barque… Ses « héhohéhéhé » alors que l’on essayait de lui chiper un peu du temps qui lui était attribué m’ont bien fait marrer, ce n’est pas le but? Tant pis, j’ai eu quelques moments de franche rigolade ce soir, les quasi larmes de Sarko à la fin de son discours en font partie.
    Par contre la clôture rapide du dossier Kouchner sur la boutade que vous avez relevée m’a bien agacé aussi, cette promiscuité instaurée qui a semblé dès lors stopper toute répartie de la part des journalistes bof bof.
    Je ne peux m’empêcher d’imaginer ce qu’aurait répondu un Aphatie… Mais peut-être vaut-il mieux que je ne le sache pas, le mythe reste ainsi intact.
    Et puis Pujadas, oui, jolie tentative mais c’est sans compter sur les jolies ronds de jambes de notre cher président, qui à force de footing excelle en la matière! Ah bah oui, tout le monde le sait, le travail ça paie…!
    (Désolé pour ce commentaire pas très construit, ni constructif)

    Commentaire par Malaussène — 06/02/2009 @ 01:09

  3. * se sont…

    Commentaire par Malaussène — 06/02/2009 @ 01:10

  4. Comme promis, je n’ai pas regardé. Mais je viens de lire une dizaine de reportage/analyse qui sont toute absolument équivalentes.

    En résumé : demain, on rase gratis plus le bonhomme « empathie » d’un côté et des journalistes pot-de-fleur, sans âme et sans dignité de l’autre. Prévisible mais triste.

    Je crois que de toutes façons, je n’aurais pas pu supporter ce cirque plus de cinq minutes.

    Merci, Aliocha, pour votre analyse qui, hélas, me confirme celle de vos confrères : j’eusse pourtant bien aimé que vous vous trompassiez.

    Commentaire par furax — 06/02/2009 @ 01:37

  5. bonjour Aliocha

    j’ ai un avis plus sévère que vous sur cette intervention

    tout d’abord une émission brouillonne des reportages mal faits des journalistes qui ne maitrisent pas l’interview mais laissent aller.

    je n’ai rien appris, rien de nouveau que ce qui a été dit depuis des mois

    Un président toujours plus ancré dans ses certitudes qui reste sourd aux mouvements sociaux qui pour lui sont culturels « tradition française des revendications »

    Un président qui veut rassurer mais qui montre un visage tendu et crispé

    Des journalistes frileux ( je ne porterai aucun jugement leur position n’est pas facile) pas de réelle pertinence dans leurs interventions , pas de relevé de contradictions dans la politique menée, des journalistes tétanisés quasi muets devant un président toujours aussi loquace
    Aucune question sur le quotidien des Français sur les réformes qui fragilisent les plus précaires

    Aucun mot sur les chômeurs, les dysfonctionnements du pôle emploi, de l’offre d’emploi raisonnable , de la situation des séniors obligés de travailler apres leur retraite pour s’en sortir, du droit opposable au logement, de la réforme BOUTIN ,du mal logement etc… bref de la situation d’un pays en état de fracture sociale

    Bref je peux citer toutes les réformes menées à la hâte et qui commencent à dévoiler leurs effets pervers.

    Je ne suis pas rassurée du tout bien au contraire

    et je m’associe pleinement à ce commentaire posté sur objectif liberté

     » la tête de l’exécutif, et sans doute l’ensemble de la classe politique, persiste dans sa tragique erreur de diagnostic sur l’origine de la crise. Elle ne veut y trouver là qu’une « crise des marchés », et refuse de jeter un regard lucide sur la tragique et immense responsabilité de l’état dans sa cogestion dramatiquement mauvaise du système financier avec des élites devenues plus expertes dans l’art de tirer parti des faiblesses du législateur-régulateur que dans celui d’assurer une croissance saine de leurs entreprises. »

    Aliocha : ne vous méprenez pas, si mon ton est calme, c’est que je mature les enseignements à tirer. Quand je dis qu’en 90 minutes, il n’y a eu que deux instants de quasi-journalisme alors qu’il y avait 4 journalistes présents, ça n’est pas à la gloire de l’émission. A l’exception d’un seul d’entre eux, que je ne nommerais pas mais que tout le monde a repréré, les autres sont plutôt bons. Ce n’est donc pas un problème de personne, mais de système médiatique. Chose que je vois tous les jours en conférence de presse, on se fout de notre gueule et nous on se laisse faire. La question est : comment sortir de cette ornière, de ce renoncement qui désespère toute la profession mais apparait sans remède.

    Commentaire par artemis — 06/02/2009 @ 10:21

  6. « Evidemment, tout ceci n’était pas du journalisme, mais la simple mise en scène d’un monologue. »
    Voilà la raison pour laquelle je n’ai pas « perdu » mon temps à regarder. J’attendais ce billet impatiemment pour avoir une vision plus objective et surtout plus réaliste de ce qui s’est passé et dit…
    Merci et bon week-end

    Aliocha : disons qu’il y avait plusieurs raisons possibles de regarder. La première consistait à croire à l’effet d’annonce et à attendre des vraies informations. La deuxième, c’était de ne pas croire justement et de vérifier ce sentiment et prendre la mesure exacte de la situation. C’est dans cet esprit que j’ai regardé. Et au fond, je vais vous dire ce qu’il y a de plus grave, ce n’est pas la politique de Sarkozy à laquelle on est libre d’adhérer ou non, c’est une fois de plus le mensonge général alimenté par la communication à tout crin. Un mensonge qui continue de prospérer alors qu’il ets évident que le public, que l’on espère tant séduire avec ces paillettes, ne marche précisément plus à ce qui devrait lui plaire. En d’autres termes, c’est la bêtise qui me chagrine ici.

    Commentaire par Olivier — 06/02/2009 @ 10:57

  7. Hier midi sur la 4ème chaine, l’émission avait montré l’exercice promis par N.S. d’une réunion de presse régulière, sur le modèle américain, et dans cet exercice on voyait les journalistes posant des questions plus ou moins essentielles mais qui avaient au moins le mérite de confronter le principal protagoniste à des sujets qu’il n’avait pas choisi. Résultat : il n’a plus renouveler ce type d’évènement.

    Le simulacre d’interview d’hier soir (que je n’ai pas vu, mais bon … ) montre bien que notre Président de la République mène sa barque là où il veut, quand il veut. Ce qui m’inquiète, nous verrons ça dans quelques jours je présume, c’est qu’il soit parvenu à endormir (enfumer diront certains), voire, pire, convaincre.

    En tout cas, la politique parvient chaque année à me décevoir, la croissance de cette déception est constante, et bizarrement ne suit pas le cours des actions…

    Commentaire par DePassage — 06/02/2009 @ 11:15

  8. @ Aliocha

    Vous dites :
    « En effet, il ne faut pas être un grand stratège pour comprendre que lorsqu’on va sur le terrain de l’adversaire, on part avec un handicap »

    Mais où avez vous vu que nos Pujaferrari se rendaient chez un adversaire ?
    🙂

    Commentaire par Astre Noir — 06/02/2009 @ 11:39

  9. « La question est : comment sortir de cette ornière, de ce renoncement qui désespère toute la profession mais apparait sans remède ».

    faire autrement, non ?
    évidemment, ça paraît impossible de mener autrement le débat si l’on n’est pas des journalistes sélectionnées (castés – il y avait un papier dans le Figaro hier intitulé ou chapôté dans le style, je crois : « difficile casting des journalistes pour l’Elysée ».
    mais aujourd’hui, j’aimerais bien moi un journal qui ne dirait rien de cette émission de com. imaginez : pas un mot dans Le Monde. je parie qu’on se poserait des questions à l’Elysée. et qu’on y réfléchirait à deux fois pour la prochaine fois. oui, sans doute la censure de faits où on se fout de la gueule des journalistes est plus dure que l’autocensure. d’ailleurs, je pense que les journalistes s’autocensurent des bonnes censures.
    je reste persuadé que le désespoir de la profession n’est pas sans remèdes : ils sont individuels (exemplarité de certains journalistes) et collectif (reconnaître et saluer ces journalistes exemplaires et prendre leurs traces plutôt que chercher à les couler).

    Commentaire par david — 06/02/2009 @ 11:41

  10. Ce matin, sur France Inter, un homme se demandait comment on pouvait le ranger dans la classe moyenne alors qu’après 15 ans, ouvrier chez PSA, il gagnait 1400 euros par mois. Il s’interrogeait sur qui sont les riches dans ce cas là, et les pauvres.
    Il lui fut répondu que le salaire français moyen étant de 1400 euros mensuels, il faisait statistiquement partie de la classe moyenne.
    Je crois que le travail et l’honneur du journalisme consisterait à décortiquer ce type de manipulation plutôt que de prèter sa crédibilité professionnelle au manipulateur. Après tout qu’est ce que risque vraiment celui ou celle qui s’y colle?

    Commentaire par Denis Ducroz — 06/02/2009 @ 12:01

  11. @Aliocha sous 5 : « Ce n’est donc pas un problème de personne, mais de système médiatique. Chose que je vois tous les jours en conférence de presse, on se fout de notre gueule et nous on se laisse faire. La question est : comment sortir de cette ornière, de ce renoncement qui désespère toute la profession mais apparait sans remède. »

    Comment? Hmmm…

    « Il est incroyable de voir comme le peuple, dès qu’il est assujetti, tombe soudain dans un si profond oubli de sa liberté qu’il lui est impossible de se réveiller pour la reconquérir : il sert si bien, et si volontiers, qu’on dirait à le voir qu’il n’a pas seulement perdu sa liberté mais bien gagné sa servitude.
    (…)
    Soyez résolus à ne plus servir, et vous voilà libres. Je ne vous demande pas de le pousser, de l’ébranler, mais seulement de ne plus le soutenir, et vous le verrez, tel un grand colosse dont on a brisé la base, fondre sous son poids et se rompre. », Discours de la Servitude Volontaire ou Le Contr’Un, Etienne de la Boétie http://fr.wikisource.org/wiki/Discours_de_la_servitude_volontaire

    Le renoncement aussi est un tyran. Quand est-ce que vous relancez Combat, chère Aliocha?

    Bien, je file sous ma couette…

    Aliocha : Ah tout de même, les grands auteurs classiques ! voilà qui m’éclaire et donc me remonte le moral, merci. Quant à Combat, je le relance dès que je trouve des plumes et des consciences à la hauteur de Camus 😉

    Commentaire par Ferdydurke — 06/02/2009 @ 17:51

  12. @ Aliocha

    Les plumes à la hauteur de Camus, cela doit pouvoir se trouver. Pour ce qui est des consciences, vous placez la barre très haut!

    Désolé de ne pas verser dans la flatterie en vous assurant que vous êtes, vous, à la hauteur. Quoi que je pense, je ne dirai rien pour préserver vos chevilles. Rangez ce chéquier, je vous prie. Je ne dirai rien 😉

    Commentaire par Ferdydurke — 06/02/2009 @ 18:26

  13. J’aime bien l’expression « mise en scène d’un monologue », ça résume bien l’ensemble des interventions médiatiques de Nicolas Sarkozy depuis une trentaine d’années. Je n’ai pas regardé le show, mais de toute façon, je n’ en attendais rien d’autre. Ce n’est pas pour rien que les Guignols (entre autres) ont longtemps épinglé son fameux « Pourquoi ? Je vais vous le dire. » (je ne sais pas s’ils le font encore, je n’ai plus la télé depuis près de six ans)

    Désormais, il n’a plus besoin de faire lui-même les questions et les réponses, il a des larbins à qui faire poser les questions.

    Commentaire par Schmorgluck — 07/02/2009 @ 02:43

  14. > disons qu’il y avait plusieurs raisons possibles de regarder.
    > La première consistait à croire à l’effet d’annonce et à attendre
    > des vraies informations.

    On pouvait aussi lire l’article en première page du Canard Enchaîné de la veille, listant les interventions médiatiques du président durant le mois de janvier. Du 6 au 30, nous avons eu le droit à 14 annonces largement relayées, ce qui en fait environ une chaque jour de la semaine… Je reconnais qu’il est facile d’ironiser a posteriori, mais qui pouvait sérieusement penser que ce rendez-vous médiatique supplémentaire allait grandir la démocratie???

    Commentaire par Xiawi — 07/02/2009 @ 14:18

  15. Bonsoir Aliocha,

    « Evidemment, tout ceci n’était pas du journalisme, mais la simple mise en scène d’un monologue ».
    Bien dit. Ce type d’interview est évidemment sans surprise. D’ailleurs, quand vous dites que « comme prévu, ce ne fut pas un grand moment de journalisme », vous reconnaissez à demi-mot que vous vous attendiez à ce résultat. La complaisance avec laquelle les journalistes interrogent les hommes politiques n’est pas nouvelle : vous souvenez-vous de ce 14 juillet où François Mitterrand se faisait interviewer par Anne Sinclair et Christine Ockrent, mariées respectivement à Dominique Strauss-Kahn et Bernard Kouchner,qui étaient tous les deux ministres socialistes ? À l’époque, personne ne semblait trouver cela scandaleux…

    Comme je vis en Espagne, je n’ai pas regardé ni écouté l’interview de Nicolas Sarkozy : je me suis contenté d’en lire le compte-rendu publié le lendemain dans le quotidien El País et ça me suffit amplement : http://www.elpais.com/articulo/internacional/Quiero/evitar/empleos/vayan/Francia/elpepiint/20090206elpepiint_2/Tes

    Et, si ça peut vous rassurer (ou achever de vous inquiéter), la France n’est pas un cas isolé et, ici en Espagne, les journalistes ont les même difficultés à interviewer le président du gouvernement espagnol. Ils sont particulièrement conciliants et évitent tous les sujets qui peuvent fâcher. Pour vous donner un point de comparaison avec ce qui se passe en France, la visite du colonel Khadafi à Madrid en décembre 2007 ou l’expulsion chaque année de 80000 sans-papiers n’ont fait ici l’objet d’aucune question!

    Le danger, c’est qu’en étant trop dociles, les journalises prennent le risque de devenir superflus : on a l’impression qu’ils ne font pas leur travail et l’interview menée par des professionnels est progressivement remplacée par un show où un échantillon de citoyens soigneusement choisis pose ses questions en direct. Il me semble que ce programme, « J’ai une question à vous poser » existait également en France et que le président Chirac s’y était prêté. Ainsi, le 26 janvier dernier, José Luis Rodríguez Zapatero s’est livré à cet exercice sur TVE1 : a-t-il été mis en difficulté? Lui a-t-on posé les bonnes questions, notamment concernant la récession et l’augmentation spectaculaire du chômage (200000 chômeurs de plus rien qu’en janvier)? Non : une jeune trisomique faisant partie du panel a raflé la vedette et a substitué l’émotion au débat. Je vous laisse ainsi découvrir l’article du País :
    http://www.elpais.com/articulo/espana/Zapatero/luego/doy/curriculum/elpepuesp/20090127elpepunac_1/Tes

    Voilà. Merci pour vos billets, toujours très intéressants, et bon week end.

    Aliocha : merci à vous pour ce précieux témoignage. Evidemment, ça ne me rassure guère, le journalisme à la française s’exporterait-il ? Cela étant, puisque nous sommes la patrie des droits de l’homme, il serait peut-être temps qu’on joue les modèles en étant les premiers à redresser la barre. Ce qui m’anéantit au fond, c’est que je suis persuadée qu’un journalisme digne de ce nom, non seulement est indispensable à la démocratie mais en plus serait vendeur. C’est quand même fou qu’aucun éditeur de presse ne soit fichu de faire le pari de la qualité et que tous adoptent la démarche inverse !

    Commentaire par Fred — 07/02/2009 @ 18:38

  16. Il y a de très bons commentaires dans ce panel et les journalistes ne s’en tirent pas à leur avantage. Mais, au fait puisqu’ils sortent presque tous, du moins Pujadas, d’une grande école de journalisme, ou réputée telle, celle de Lille, leur apprend-t-on à interviewer sans peur et sans reproche ? Je ne pratique pas l' »américanomania », mais je dois reconnaitre que les journalistes de là-bas sont plus offensifs que les nôtres (ils n’ont pas de mal, direz-vous). Je me souviens – c’est déjà vieux, mais exemplaire – d’une interview de Reagan à qui on demande combien il a payé ses (très belles) bottes. Et aussi la question à John Kennedy sur les dépenses en toilettes de Jackie, sa femme. Et les deux ont répondu. Verrions-nous ça en France ? Cela peut paraitre futile, il n’empêche…

    Commentaire par Claude Berger — 08/02/2009 @ 00:10

  17. Un petit complément: rue 89 nous livre cette interview de David Pujadas: http://www.rue89.com/tele89/2009/02/07/pujadas-le-probleme-des-journalistes-c-est-nous-memes

    Commentaire par Bziaou — 08/02/2009 @ 14:18

  18. Si on en juge par le titre, on dirait que Pujadas a au moins la qualité journalistique de la lucidité.

    Merci de votre avis Aliocha, il nous apprends sans doute plus que l’émission elle-même (que j’ai encore moins envie d’écouter).

    Commentaire par Kemmei — 08/02/2009 @ 20:33

  19. J’ai regardé l’intervention du chef de l’état.
    Une réflexion me vient après la lecture de votre billet : à vous lire, cette émission aurait été complètement pipotés par le président et les spécialistes de l’Elysée, accompagnée d’une lâche et passive complicité des journalistes, un peu comme si ce « spectacle » était une formidable manipulation.

    J’ai du mal à imaginer qu’un président et des journalistes de cet acabit puissent jouer à ce jeu dangereux : si cet exercice avait été fait sciemment, cela dénoterait d’une folle perversité de nos élites dirigeantes et ne présagerait rien de bon pour l’avenir.

    Plus simplement, le monde étant si complexe, les dysfonctionnements si généralisés, n’est-il pas difficile à un dirigeant de tenir des propos qui répondent à tout et à tous. « Dans un monde qui marche sur la tête, ce n’est pas étonnant qu’un président réfléchisse avec ses pieds ! ».

    Ces ronds-de jambes étaient d’autant plus prévisibles que le président devait faire un grand-écart entre une population ruinée qui se révolte et des actionnaires capitalistes qui détiennent le pouvoir économique : pas simple à faire la contorsion pour rassurer les premiers sans contrarier les seconds.

    Commentaire par OeilduSage — 09/02/2009 @ 09:16

  20. J’en ai déjà laissé un, ça ne suffit pas ? Il y en aura d’autres, mais un peu plus tard et sur de nouveaux sujets, Alliocha va nous en servir : sur Williamson par exemple, à moins que je l’ai raté.

    Commentaire par Claude Berger — 09/02/2009 @ 14:23

  21. J’ai perdu l’adresse d’Alliocha. Comment la récupérer ?

    Commentaire par Claude Berger — 22/03/2009 @ 12:26


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