La Plume d'Aliocha

04/02/2009

Le prince et ses journalistes

Filed under: Comment ça marche ? — laplumedaliocha @ 13:32

A propos de l’interview télévisée de Nicolas Sarkozy demain soir.

Nicolas Sarkozy n’aime guère la contradiction. Il a également du mal à admettre une autre logique que la sienne. D’ailleurs, le cherche-t-il seulement ? Rien n’est moins sûr. Toujours est-il que ses rencontres avec la presse ne sont jamais de grands moments de journalisme. Souvenons-nous des voeux pathétiques à la presse l’an dernier, ou encore de l’interview télévisée du 24 avril 2008. Un Président nettement dominant dans le débat, des journalistes certes nombreux mais s’exprimant à tour de rôle et quelque peu tétanisés, des questions qui semblaient téléguidées, voire bétonnées en amont avec les services de communication. On ne saurait le lui reprocher. Il joue son rôle. Espérer d’un homme politique qu’il s’abstienne d’user de son pouvoir est aussi sot que de demander à un coq d’arrêter de chanter.

La question qui se pose donc est de savoir comment la presse doit, de son côté, adapter son ton et son comportement à cet hyper-communiquant qui ne s’embarrasse pas de la ménager, fut -ce seulement en apparence ? L’autre question, qui est liée à la première, revient à se demander si mes confrères auront tiré les leçons de leurs expériences passées pour éviter les pièges dialectiques de leur illustre interlocuteur et ne pas se laisser impressionner par sa capacté à botter le train en public de ceux qui l’agacent. Pour un peu, on leur recommanderait de relire le premier roman de notre abonnée aux succès de rentrée, Amélie Nothomb. Je songe bien sûr à L’hygiène de l’assassin. Ou bien de se repasser l’extraordinaire prestation de Christopher Plummer au début du film Révélations. L’interviewer vedette de l’émission 60 minutes affronte un chef musulman entouré de ses gardes armés simplement pour faire monter son taux d’adrénaline avant de débuter son interview. Je recommande ce monument à tous ceux qui ne l’ont pas vu, même s’il se termine fort mal pour le journalisme…

Toujours est-il qu’on ne peut qu’espérer que les journalistes auront du nerf et de la répartie. La situation est sérieuse, il n’est sans doute plus temps de cultiver la traditionnelle courtoisie. Et s’ils devaient être motivés, la seule réforme de l’audiovisuel pourrait suffir à les convaincre d’afficher leur indépendance et de faire preuve de mordant. J’ai bien dit de mordant, pas d’agressivité. En France, on ne connait que la souplesse dorsale ou la harangue. Le juste ton est situé à l’exact milieu entre les deux, il suppose d’être franc, direct, et de revenir à la charge en cas d’absence de réponse. Rien de plus, rien de moins. Les aboyeurs professionnels sont souvent loin d’être aussi efficaces et courageux qu’on l’imagine.

En tout état de cause, il me semble que beaucoup de choses vont se jouer demain. Pour nous tous citoyens qui allons entendre la bonne parole, pour le Président qui joue sa cote de confiance et va devoir en particulier argumenter sur les banques, et pour le journalisme qui a une occasion en or de se faire valoir. Encore faut-il que ceux qui le représenteront à ce moment-là en aient l’envie et la possibilité.

Rappelons qu’ont été désignés David Pujadas, Laurence Ferrari, Guy Lagache, et Alain Duhamel. Je fonde beaucoup d’espoirs sur Duhamel et Pujadas, j’ai plus de doutes concernant les deux autres. Tiens Guy Lagache, on me dit que c’est Nicolas Sarkozy qui l’a choisi, voilà qui me dérange furieusement. La démarche est viciée à la base. Sans compter que je ne suis pas convaincue qu’il ait encore assez d’épaisseur pour affronter un tel exercice. Ses interviews dans Capital ne sont guère musclées, il faut bien le dire. Quant à Laurence Ferrari, elle en a sans doute la stature, encore faudrait-il qu’elle déploie enfin ses ailes et sorte de l’ornière marketing où la chaine l’a placée, à savoir la jeune femme blonde et ambitieuse censée marquer le début d’une nouvelle ère au JT de TF1. 

Nous savons donc que Guy Lagache a été choisi, on peut imaginer que David Pujadas et Laurence Ferrari s’imposaient d’eux-même en tant que présentateurs vedettes du JT, quant à Alain Duhamel, Jean-Michel Aphatie explique ce matin qu’il a été désigné par RTL et non par le Président. Je le crois bien volontiers mais je me demande si le Nicolas Sarkozy n’a pas choisi RTL en sachant que la radio désignerait Alain Duhamel…

Reste une question : les sujets ont-ils été determinés à l’avance avec l’Elysée ? C’est une vraie question, je n’en sais rien, ce niveau de journalisme se situe à des années lumières au-dessus de ma tête. Mais ce que je sais de ma petite expérience, c’est qu’il devient de plus en plus courant lorsqu’on sollicite une interview qu’on nous réclame les questions ou au moins les thèmes avant le rendez-vous. Dans la presse écrite, on s’y refuse généralement. C’est tout ce que je peux vous dire. PPDA avait expliqué en 2007 que ce genre d’interviews n’était pas préparé à l’avance. C’est ici. Et si vous voulez revoir l’affaire du « petit garçon » qui a, dit-on, coûté sa place au journaliste, elle est .

Un dernier mot, je ne suis ni journaliste télé ni star de la presse écrite. Je n’ai aucune légitimité pour donner des leçons et ce n’est pas non plus le but de ce billet. Il s’agit simplement de vous proposer une grille de lecture sur la base de ma modeste expérience. Les questions qui se posent ici, je les vis au quotidien, ce sont les mêmes, seule l’importance des enjeux est différente.

Allons, bloquons notre soirée de demain à partir de 20h15,  et espérons.

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