La Plume d'Aliocha

03/02/2009

Non, le web ne tuera pas le papier !

Filed under: Débats — laplumedaliocha @ 10:54

Je reprends ici en billet la discussion lancée hier fort opportunément sur ce blog par Malaussène. Sa question consistait à me demander mon avis sur les déclarations de Denis Jeambar lors des Etats généraux de la presse écrite sur l’avenir de l’écrit papier face au web (vidéo séance publique numéro 1, deuxième intervention).  

Que dit-il ? Que la consommation d’information sur le web est marquée par l’immédiateté, l’absence de hiérarchisation et la faiblesse, voire l’inexistence de l’analyse. Il parle bien de consommation, c’est-à-dire de ce qu’on vient chercher, mais si l’on admet que la tentation naturelle de ceux qui produisent est de répondre au plus près à la demande, on peut alors considérer que la description du contenu est juste en l’état, sauf exceptions.

Au passage, il est assez passionnant d’observer  que les critiques longtemps émises contre la presse (traitement de l’actualité en urgence, manque de recul, obsession de la rapidité et du scoop) sont désormais le lot du web. C’est une vraie révolution qui impose nécessairement à la presse écrite de se repositionner et, au fond, voilà qui pourrait bien être une libération.

Cela étant posé à quoi peut servir l’écrit imprimé, s’il ne répond plus à ces contraintes ? Réponse de Denis Jeambar : à donner ce qui est supposé manquer au web : l’investigation (qui selon lui n’est pas réservée à une caste, mais doit être le fait de chaque journaliste), la hiérarchisation ou l’ordonnancement de l’information (tri entre ce qui est durable et ce qui n’est qu’anecdotique, classement par ordre d’importance) et l’analyse. Avec raison, il estime que la presse écrite doit cesser de copier le web en privilégiant la forme sur le fond (réduction de la taille des articles au profit des illustrations, course à la montre) et s’affirmer en tant qu’écrit comme un lieu de réflexion et de distanciation. 

J’adhère globalement à cette analyse, mais j’y ajouterai quelques réflexions personnelles.

Je crois en effet que le journalisme doit se concentrer sur l’investigation et je le crois d’autant plus que l’envahissement de la communication impose plus que jamais à notre profession d’arracher à l’information son masque de marketing pour la présenter telle qu’elle est. Il fut un temps où nous pouvions nous entretenir directement avec ceux qui font l’actualité, désormais, on nous impose le prisme de la communication officielle. L’information la plus anodine suppose aujourd’hui de démonter ces mécanismes, d’ôter la couche de maquillage et de montrer les faits nus. En ce sens, la communication pourrait être notre renaissance. Il est temps d’opposer un réel contre-pouvoir à cette intoxication permanente. L’investigation n’est pas le lot exclusif du papier et le web bien sûr peut tout autant remplir cette mission. Mais le « temps du papier » et son format s’y prêtent particulièrement bien. En tout état de cause, il n’y échappera pas et c’est tant mieux.

L’analyse, la remise en perspective sont évidemment une autre exigence à remplir, mais là encore je ne crois pas que ce soit une exclusivité de la presse papier. Il s’agit plutôt d’une exigence de qualité destinée à enrayer la baisse des ventes.

La fonction de tri et de hiérarchisation est capitale. Face à l’océan d’informations véhiculées par le web dont en définitive la valeur se mesure essentiellement à la nouveauté, voire à l’instantanéité, prendre le recul nécessaire pour distinguer l’essentiel du superflu et ordonner l’actualité en fonction de son importance, en d’autres termes, proposer une grille de lecture, peut constituer une réelle valeur ajoutée qui n’ira à mon sens qu’en se renforçant. Il se pourrait bien que là, nous ayons une réelle exclusivité du papier.

J’ajouterais, mais c’est très personnel, que la culture d’insolence développée par le Canard enchaîné et, plus récemment, par Marianne, si elle n’est pas le fait exclusif de la presse écrite, y trouve néanmoins parfaitement sa place. J’aime le concept de journaux agitateurs, briseurs de pensée unique et je ne peux m’empêcher de songer, mais là je sais que je vais avoir des contradicteurs, qu’à sa façon le web en l’état développe une pensée unique qu’il convient de chahuter un peu ! Le papier contre-pouvoir du web ? Ce serait amusant, vous ne trouvez pas ?

Petite précision pour finir et afin que la conversation ne dérape pas dans l’invective entre pro-web et anti-web : je suis persuadée que les deux supports sont complémentaires, dès lors, il ne s’agit pas de les opposer mais plutôt de déterminer comment ils peuvent, et même à mon sens, doivent coexister. 

Le débat est ouvert !

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26 commentaires »

  1. Franchement je vois aucun de vos arguments qui ne pourraient être appliqué à une version web, bien au contraire, un article sur le web pourra être enrichi, mis à jour, il sera bien plus pérenne que sa version papier qui sera parfois obsolète dès sa parution :d

    quand à dire que le web est le lieu de la pensée unique … ce n’est pas la première définition que je lui accolerait, par contre la presse papier est elle bien plus lisse.

    Aliocha : je fais un peu de provocation, ça me soulage de lire les diatribes anti-presse sur le web. Plus sérieusement, comme j’ai un pied dans chaque camp, j’observe que le web s’auto-référence, c’est un monde vaste certes, mais clôt sur lui-même, accroché jalousement à ses valeurs,lesquelles se définissent essentiellement par rapport à l’ancien monde, qui n’est pas si dépassé que cela d’ailleurs, dès lors qu’il est réel 😉 par opposition au virtuel.

    Commentaire par JEAN — 03/02/2009 @ 11:22

  2. le papier n’est qu’un support parmis d’autres. evoluer ou disparaitre….
    le CD en fait la douloureuse expérience. les radios (libres) ont été aussi un moyen d’expression qui a vu le meilleur et (surtout) le pire.
    il ne faut pas mélanger le contenu et le contenant. et gouter à plusieurs vins éduque le palais. le web le permet plus facilement que le papier.
    par contre s’intituler ‘journaliste’ parce qu’on exprime sa pensée n’est qu’un leurre. et les sites « d’investigations » sont parfois une plaisanterie douteuse. laissons la tâche aux personnes compétentes et les ‘aliocha’ seront bien gardé(e)s.
    et sachons faire le tri dans l’info.
    et gardons notre aliocha sur le web. car vous ne pourriez jamais mettre sur papier ce que vous exprimez ici.

    Commentaire par leinad — 03/02/2009 @ 11:50

  3. « il est assez passionnant d’observer que les critiques longtemps émises contre la presse {…] sont désormais le lot du web »

    Et c’est bien malheureux, et on a beau leur dire, ils restent dans cette optique alors que comme dit Jean, le web serait justement le lieu idéal pour la presse d’étoffé beaucoup plus… Après on viendra se plaindre qu’on trouve les blog mieux que les journaux web, hehehe 😉

    Sinon, une question en passant, pourquoi n’y a-t-il pas de quotidien européen? Un équivalent du monde, du corriere del serra, etc… mais pour toute l’europe? Je trouve que ça manque.

    Aliocha : il y a un projet en cours de mensuel. Le journal européen ets un serpent de mer de la presse. Quant à un quotidien, j’aime bien l’idée mais ça pose des tas de questions en termes économiques : il faut une sacrée rédaction pour avoir des correspondants dans tous les pays, choisir une langue ou plusieurs, organiser l’impression et la diffusion etc, à vue de nez je pense que c’est pour des questions d’investissements.

    Commentaire par Jo — 03/02/2009 @ 11:58

  4. tiens, je rajouterai qu’une nouvelle presse quotidienne régionale d’investigation peut avoir une place sur papier avec une autre hiérarchie de l’actu que le fait divers en premier lieu…

    Commentaire par le renégat — 03/02/2009 @ 12:00

  5. j’ai entendu parler à France Inter du site de Paul Gillin. c’est la chronique d’une mort annoncée de la presse qu’il pense inéluctable parce que son modèle économique n’est plus viable. son point de vue est intéressant et il ne se contente pas de regarder les journaux mourir, il souhaite sauver la presse écrite mais il pense aussi qu’il faut revoir la façon de la concevoir.

    @jo, le International Herald Tribune est un peu le format de ce qu’on pourrait imaginer pour un journal européen.

    Commentaire par turquoise — 03/02/2009 @ 12:48

  6. Juste un mot rapide : vous parlez des fonctions de tri et de hierarchisation, indispensables en effet pour le support écrit, puisque la place n’y est pas illimitée.

    L’équivalent, en presse web, à mon humble avis, devrait résider, non pas dans des fonctions identiques de tri, mais plutôt dans la capacité de mettre en place une bonne organisation de la recherche d’informations. C’est un des points qui devraient pouvoir faire une différence, éventuellement, entre le traitement de l’information dématérialisée par des journalistes, et ce même traitement par des profanes (je précise que j’exclus à ce titre les blogueurs experts dans leur partie). Ce n’est pas chose facile, à vrai dire. La simple faculté de faire des recherches par mots-clés, ou par date, ou par nom d’auteur, reste quelque chose de relativement fastidieux. Cela génère soit trop de bruit dans les réponses si la recherche est trop vaste, soit au contraire trop de silence, si la recherche est trop précise.

    Une architecture du questionnement et de la recherche d’informations dans des modèles en arborescence reste à inventer. Mais probablement des sites experts, de type encyclopédiques, universitaires, etc… ont-ils une petite longueur d’avance.

    Aliocha : Google, Fantômette, Google ! Je plaisante. C’est effectivement LE challenge du web, lequel au passage suppose à mon avis une intervention humaine plutôt qu’un algorythme, mais il est vrai que je n’ai pas fini de lire le dernier livre sur Google 😉

    Commentaire par Fantômette — 03/02/2009 @ 13:08

  7. @fantomette :

    Réponse technique en cours de recherche : le web sémantique… Mais on en est encore qu’à son balbutiement dans le milieu de la recherche. Que le moteur de recherche « comprenne » le sens de la page qu’il a parcouru. Par exemple, quand je cherche « truc inaltérable » le moteur de recherche devrait aussi me donner les résultats pour « truc pas altérable » mais pas ceux avec « truc non inaltérable ». Ca peut paraître simple comme ça, mais en fait c’est demander à l’ordinateur de connaître la grammaire de chaque langue et de repérer les changements de sens qu’elle entraîne selon son utilisation.
    Bref du boulot pour les informaticiens et les linguistes.

    Commentaire par le renégat — 03/02/2009 @ 13:27

  8. @ le renégat

    Très intéressant. Je me demande si cela n’exigerait pas que l’on pilote un peu mieux également le contexte dans lequel l’utilisateur veut effectuer sa recherche.

    Je vous donne un exemple. Si je veux faire une recherche dans un dossier dans lequel je me demande si mon adversaire n’est pas hors délai dans l’opposition qu’il a formé contre un jugement qui donnait raison à ma cliente, les mots-clés que je vais être amenée à utiliser seront des mots pouvant avoir une double signification, ou une signification non juridique.

    Les termes suivants seraient pertinents dans le cadre de ma recherche : opposition, jugement, tribunal correctionnel, prescription, délai, preuve.

    A cette seule lecture, à peu près n’importe quel juriste se fait une idée de ma problématique juridique : je cherche de la jurisprudence ou de la doctrine sur la question relative aux délais pour former opposition à un jugement correctionnel, et les plus malins, grâce au dernier terme, se douteront que j’ai un problème relatif aux moyens de preuve admissibles pour démontrer soit qu’une opposition est irrecevable, pour être prescrite, soit qu’elle ne l’est pas, selon le côté de la barre où je me trouverai.

    Mais les mots, par exemple, opposition ou prescriptions ne revêtent à coup sûr ce sens là qu’éclairés par les autres termes de ma recherche. Dès que je cherche des informations sur les prescriptions sur des sites juridiques, je tombe en permanence, par exemple, sur des pages qui parlent des « prescriptions d’ordre public », ou des « prescriptions de la loi ».

    Je suppose qu’il y a donc deux axes possibles de recherche dans ce domaine là, un axe qui consiste à faire comprendre à l’ordinateur les pages qu’il lit, et un axe où il comprendrait la question posée, en faisant se recouper le sens des mots recherchés et en supposant que seul le domaine COMMUN dans lequel L’ENSEMBLE des mots clés a un sens est pertinent pour effectuer cette recherche.

    Vous qui semblez bien informé 🙂 cherche t-on y compris de ce côté-là ?

    Commentaire par Fantômette — 03/02/2009 @ 14:04

  9. @fantômette :

    Eh oui, on cherche aussi de ce côté la. On utilise ce qu’on appelle des ontologies. Ce sont des dictionnaires améliorés par des liens. Mais ces liens sont plus précis que les liens html. A un lien est associé un verbe, une action. En bioinformatique (domaine dans lequel j’ai travaillé), on peut exprimer, par exemple, qu’une enzyme « agit sur » une protéine. Le lien entre l’enzyme et la protéine et agrémenté de « agit sur ».

    De plus dans les ontologies, on peut spécifier les synonymes. C’est très pratique en bio : un même gène peut avoir plusieurs noms (il a été découvert par 2 équipes différentes et on s’est rendu compte après que c’était le même). Avec l’utilisation d’ontologie, la recherche d’un nom du gène donne aussi les résultats de recherche pour les autres noms.

    PS : on dévie du sujet d’Aliocha. Si tu cherches plus d’info sur le web, préfère la définition de « semantic web » de wikipédia anglais que celle du wikipédia français : il y a une confusion dans la version française entre le web sémantique et ce qui est mis en place par le W3C pour le mettre en œuvre.

    Aliocha : je vous autorise à dévier, votre débat est intéressant 😉

    Commentaire par le renégat — 03/02/2009 @ 14:41

  10. je précise que le lien dans une ontologie n’est pas forcement une action, mais peut être aussi un lien de composition (le bras « est une partie » du corps) ou une « sous classe » (le bras « est » un membre)

    Commentaire par le renégat — 03/02/2009 @ 14:51

  11. et pour une définition géniale du web sémantique par Tim Berners-Lee (l’un des papas du web) traduite en français : http://www.urfist.cict.fr/archive/lettres/lettre28/lettre28-22.html

    Commentaire par le renégat — 03/02/2009 @ 14:58

  12. Oh! Tout un billet pour réponse, je suis comblée, merci! 😉
    Et rassurée, ne serait ce que par votre titre! Il m’a toujours semblé, qu’à la longue, l’édition papier souffrirait du nouveau média et finirait par disparaître… Bien sur personne ne possède de boule de cristal (je m’avance peut-être (; ) mais c’est rassurant de voir des gens (et de surcroît journaliste) convaincus du contraire.
    Cela dit le jour où le web décide de se doter des qualités de la presse papier, à savoir l’investigation, l’analyse, plus de fond et moins de forme que vous citez (et que je ne retrouve pas nécessairement dans mes journaux, mais c’est une autre histoire et, comme vous le soulignez, cette « dualité » sera peut-être l’occasion pour la presse écrite de se repositionner et de perdurer) quand adviendra t-il du Monde sur notre perron?
    Si ce ne sont les avantages du format papier, que je perçois (mais en contre partie le web possède les siens, il permet par exemple d’inclure des vidéos dans un article, ce que je ne trouve pas négligeable) je ne vois pas ce que la presse papier possède que le web ne pourrait acquérir.
    Mais finalement le « problème » n’est pas tant que le web s’inspire de la presse écrite mais bien que cette dernière prenne garde de ne pas se transformer en « une presse web sur papier »…
    Toute fois sachant que l’avenir d’un journal dépend de ses lecteurs, il me semble intéressant de s’interroger sur la jeunesse d’aujourd’hui et de surcroît, le lectorat de demain. Sarkozy a émis l’idée d’offrir un an d’abonnement à un quotidien pour fêter la majorité des plus jeunes mais je me pose quand même des questions sur le choix qui sera fait entre le papier et l’écran d’un ordinateur…
    Je suis aussi pour le concept de « journaux agitateurs » et la « culture d’insolence » et je souhaite vivement que la presse papier continue d’y trouver sa place, et la garde, car je trouverais dommage que l’avenir des journaux (écrits) se cantonne au web, ce « vaste océan » dans lequel il est si simple de dériver au gré de ses vagues d’information puis de s’y noyer d’un manque de réflexion, néanmoins je lui reconnaît ses avantages, ce que je n’ai pas perçu dans le « discours » de Denis Jeambar.

    « Je crois en effet que le journalisme doit se concentrer sur l’investigation et je le crois d’autant plus que l’envahissement de la communication impose plus que jamais à notre profession d’arracher à l’information son masque de marketing pour la présenter telle qu’elle est. »
    Je n’ai pas pu m’empêcher de faire le rapprochement avec l’émission « Les infiltrés », et je me dis qu’il est bien triste d’en arriver là mais que cela semble, en effet, nécessaire dans certain cas. Je cautionne le fond de l’idée mais pas nécessairement la forme qu’il m’a semblé déceler 😉

    Commentaire par Malaussène — 03/02/2009 @ 15:48

  13. […] je rejoins en partie Aliocha dans sa conclusion : la presse papier ne devrait pas disparaître de sitôt, tout simplement parce que les besoins […]

    Ping par Quels journalistes serons-nous ? « Les Jeunes Plumes — 03/02/2009 @ 15:55

  14. Oups. Bonjour tout le monde ; le commentaire 13 est de moi/incompréhensible. Un problème de réglage de blog, je suppose, je vais essayer de régler ça. Je vous prie de m’excuser.

    Commentaire par leoguirlet — 03/02/2009 @ 16:03

  15. j’ai l’impression que la solution réside dans un bi-média papier/internet qui cherchera l’exhaustivité dans la complémentarité plutôt que dans le dédoublement des papiers (comme on le voit généralement et qui rend l’édition imprimé quasi-inutile).

    par exemple, une édition gratuite sur internet et une édition papier payante avec des contenus différents, adaptés à la lecture sur chacun des deux supports : internet et ses brèves pour informer sur l’état du monde ; un journal – dont la périodicité serait à définir, peut-être quotidien mais pourquoi pas une parution seulement deux ou trois fois par semaine selon que la matière est suffisante ou non – et ses dossiers pour comprendre l’évolution du monde.

    Papiers courts (web) pour apporter les faits contre exposés détaillés (journaux papier) – reportages, interviewes, enquêtes – pour proposer des analyses, des commentaires, des points de vue, des tribunes. L’édition imprimée contiendrait obligatoirement plusieurs papiers complets sur un même sujet, trois ou quatre sujets développés par édition.
    Ici (web) de la vidéo, là (papier) des photos. Ici (web) une écriture directe et concise, là (papier) de la place pour quelques détours, des écritures plus littéraires…

    genre La Croix avec le site internet de Metro (pour la forme – sans préjuger de la qualité du fond).

    avec bien sûr les qualités journalistiques que vous défendez.

    je me demande également s’il serait possible de faire une sorte de Courrier international de la presse française (un récap des meilleurs articles de la semaine). sans doute un problème de droits d’auteurs et de concurrence déloyale.

    Commentaire par david — 03/02/2009 @ 18:42

  16. @ Malaussène (et Aliocha) : effectivement, je ne crois pas non plus que la presse écrite va disparaître. D’ailleurs une anecdote me paraît assez révélatrice de ce point de vue : je lisais dans « Vendredi » (vous savez, le journal papier « agrégateur » de blog sur le modèle de courrier international pour la presse étrangère) un édito qui avait été commandé à narvic, de novövision, qui expliquait pourquoi la presse papier allait disparaître. J’ai trouvé curieux qu’un édito sur la mort des journaux par un de leur plus zélé fossoyeur paraisse dans un journal papier.
    A chaque avancée de la technologie, on craint que la nouveauté remplace et tue ce qui lui préexistait. Mais cela n’as jamais été le cas, et la prédiction d’Hugo au second chapitre du livre Vème de Notre-Dame de Paris ne s’est pas réalisée : le livre n’a pas tué l’édifice, la radio n’a pas tué le livre, la télé la radio, etc. Chaque fois, le nouveau a pris place aux côtés de l’ancien, avec certes une redistribution des hiérarchies, mais jamais l’arrivée de l’un n’a signifié la mort des autres, malgré toutes les cassndres se penchant au chevet des malades. Ne pensait-on pas il y a peu que le progrès scientifique allait signifier lamort des religions.

    Aliocha : c’est aussi mon avis. Sur Vendredi, il n’est pas étonnant que le journal joue à ça, il lui faut bien flatter les blogueurs qui sont tout à la fois ses fournisseurs de contenu, ses acheteurs et ses VRP. Je n’achète plus ce journal. Des gens de presse qui se renient pour vendre, je ne trouve pas ça beau. Et surtout c’est stupide. Tous les projets presse qui se constituent actuellement ne sont fondés que sur des modèles économiques, aucun souffle, aucune inspiration, rien que du marketing en direction d’une cible que l’on flatte. Comment voulez-vous ensuite que la presse aille bien 😉

    @ fantômette : la bonne organisation de la recherche de l’information, c’est toute la difficulté et l’enjeu que google (par exemple) pose aux bibliothèques. J’ai parlé sous un autre billet de l’ouvrage de Jeanneney « Quand Google défie l’Europe », et de la nécessité selon lui d’avoir une bibliothèque numérique européenne, pour ne pas laisser Google seul sur le « marché » de la numérisation du savoir et de son accessibilité. Car l’enjeu principal est la hiérarchisation, le tri de l’information, « quantitatif » (algorythme qui fait remonter les réponses à une recherche selon leur popularité, selon le nombre de leur consultation) ou qualitatif (classemen et hiérarchisation intellectuelle). C’est tout le problème de l’indexation, les mots-clés choisis pour tel ou tel document selon son contenu. Sur le web, le « tag » est de l’indexation, mais en l’absence de normalisation, cela part dans tous les sens.
    Pour votre exemple, pour limiter le bruit dans votre recherche il faut coupler les mots-clés par des « opérateurs booléens » (les plus usuels, ET, OU et SAUF – enfin cela dépend de votre base de donnée de recherche). Par exmple : prescrition SAUF « ordre public » SAUF « prescrition de la loi » vous rapprochera des prescriptions recherchées.

    Commentaire par gwynplaine — 03/02/2009 @ 18:59

  17. Opposer web et papier ne me semble pas pertinent, ce ne sont que des « moyens » d’interagir avec le lecteur. La gueguerre blog/journalisme porte davantage sur l’existence à terme d’organes professionnels de collecte, hiérarchisation, vulgarisation de l’information.
    Des organisations/entreprises regroupant des journalistes continueront d’exister et de s’adapter aux nouveaux médias. Plusieurs siècles pour le papier, à peine 150 pour la radio, environ 50 ans pour la télévision, 10-15 pour Internet. Il n’y a aucune raison pour que l’on en reste là. Mais le besoin d’être correctement informé restera. I est consubstantiel à la démocratie. Sa cause et sa conséquence.
    Pour des grosses structures, j’imagine bien un pôle « investigation lourde » (les reporters), puis un second niveau mise en forme (écriture, son, vidéo, sémantique/liens…) puis une couche habillage (mise en page, en onde…).
    Ca pourrait donner quelque chose comme: un reporter fait une enquête, y passe du temps, collecte de nombreux éléments. Débriefing. Un collègue papier écrit l’article associé, le collègue radio synthétise pour faire tenir en 45 secondes etc… Bien sur le processus s’allège avec les news les moins complexes/les plus immédiates. La partie Web gagnerait à ce qu’un journaliste-archiviste éditent des liens (affaires similaires, différence, ailleurs c’est comment, histoire de la notion…).
    L’idée serait d’avoir le niveau d’information adapté au média et à l’effort que l’on est prêt à y consacrer.

    Commentaire par Aegor — 03/02/2009 @ 19:05

  18. mon lien n’était pas passé

    http://www.newspaperdeathwatch.com/

    Commentaire par turquoise — 03/02/2009 @ 22:01

  19. Une fois de plus un billet et ses commentaires très intéressants.
    J’ai juste un doute quant à l’orientation à prendre par la presse écrite pour son salut. Je ne vois pas pourquoi en effet le tri et la hiérarchisation de l’info fera mieux percevoir la presse par ses lecteurs, en comparaison du web qui balancerait en vrac, avec comme seul ordonnancement de publication la simplissime mais efficace règle du « chaud en haut ».
    De même pourquoi les lecteurs chercheraient-ils plus d’infos, d’analyses sur tel ou tel fait d’actualité dans la presse écrite plus que sur le Web ? Si ce n’est que les papiers longs sont pénibles à lire sur écran (ce que vient d’ailleurs contredire ce blog dont les billets sont relativement longs et blindés de commentaires…). Les sources d’analyse sont de plus en plus nombreuses et variées sur le net, et même de plus en plus pertinentes.
    Et à ce propos je suis surpris de ce coup de canif à Vendredi qui a le mérite de tenter de dénicher les bons blogs et sites d’infos bien plus consacrés à l’analyse qu’à l’info en tant que telle. Quant à buter sur l’édito de Narvic si je le comprend (il m’a également un peu irrité) je ne m’y bloquerai pas pour autant, et ne pense pas que sa publication soit due au fait qu’ « il lui faut bien flatter les blogueurs qui sont tout à la fois ses fournisseurs de contenu, ses acheteurs et ses VRP ». Le raccourci est un peu forcé je trouve.

    Aliocha : ce n’est que mon avis, je ne l’impose à personne. Libre à Vendredi de jouer à « Johnny, Johnny fait moi mal », mais il y a une incohérence que visiblement je ne suis pas la seule à relever. Par ailleurs, je n’adhère pas aux théories de Narvic, dès lors, s’il influence la ligne éditoriale, je ne m’y reconnais plus et je m’en vais. C’est tout. Sur la presse papier, il y aurait des milliers de choses à dire et je n’ai pas de recette miracle, donc ici je réfléchis tout haut.

    Commentaire par Mister Cham — 04/02/2009 @ 00:49

  20. Il y a une double opposition qui me semble intéressante.

    La première partie est une opposition de forme: le web est le lieu où on a de la place, contrairement au papier. Or, tout ce qui est site d’info sur le web fait des papiers courts, non circonstanciés, sans aucun recul, avec des phrases pour enfant (sujet, verbe, complément). Je pense qu’il y a là un point à creuser un peu. Il n’a peut être pas d’importance, le web est peut être grand pour pouvoir contenir des millions d’articles très courts. Et le papier peut s’agrandir (après tout, il y en a des choses d’écrites dans un numéro du Canard).

    Aliocha : l’outil se prête en effet au long, mais il faut tenir compte, outre ses capacités, de la manière dont on l’utilise, or on dit l’internaute impatient et zappeur, d’où l’intérêt du court. Rappelons-nous de l’influence qu’a eu l’invention de la télécommande sur les programmes télé, le zapping a obligé à concevoir des programmes plus attractifs dans des formats différents etc. Je pense qu’on va assister à une inversion totale des attributs du journal papier, il était un lieu d’information rapide et jugé trop succint par rapport au livre sur les sujets qu’il traitait, voilà que ces caractéristiques sont transférés au web : info rapide et brève.

    La seconde partie est une opposition de temps: le web serait le lieu du temps court, et le papier serait le lieu du temps long. Ce temps est subtilement perverti. Par exemple quand on mélange le web « loisir » avec le web « info » on n’y retrouve plus rien. Quand je viens lire Aliocha ici, ce n’est pas de l’actu, c’est plutôt une façon de me cultiver, de me distraire de mon travail. C’est en concurrence avec le film du soir. Dans cet usage loisir, forcément, le temps est plus long. De l’autre côté, les quotidiens gratuits qui visent à être lus le temps d’un trajet en métro, forcent du temps court sur papier. Là aussi, c’est une anomalie, ce ne sont pas des journaux, au sens habituel.

    En partant de cette grille de lecture, on verra, je pense, se développer un peu de tout. De l’info rapide, qui effectivement restera sur support numérique, parce que c’est idiot d’imprimer des dépêches. De l’info plus lente, plus fouillée, qui restera en partie sur papier. Mais aussi en numérique: mon journal papier ne peut pas ré-imprimer tout le dossier de fond à chaque rebondissement d’une affaire, il doit me proposer des liens pour approfondir. Et, non, quand on va sur le site d’un journal qui vous renvoie aux brèves de la semaine dernière en guise de dossier, le compte n’y est pas.

    Aliocha : juste une observation, quand je mets un lien avec un document sérieux, le nombre de consultations est dérisoire, autrement dit on retrouve notre réflexe de consommation rapide, ce qui relativise l’idée que le lecteur trouverait l’information plus riche s’il pouvait consulter tous les documents liés.

    Pour moi, tout est question de comprendre, et donc d’utiliser efficacement, les deux techniques. Faire du papier court, c’est presque un contre-sens. De son côté le web permet tout, mais pour lire 20 feuillets, c’est mieux d’avoir du papier.

    Il y a des journaux bien adaptés au papier, mais je n’ai pas en tête de noms de quotidiens. Le Canard, ou le monde diplo, c’est adapté au papier. C’est un temps long en écriture, comme en lecture. Mais je ne vois pas comment un journal plus fouillé, plus construit, pourrait être quotidien. Ça me semble antinomique, quotidien, c’est éphémère, on est dans le temps court. Et sur ce terrain-là, le web est le plus fort.

    D’où, Aliocha, cette question: votre vision du journal, agitateur, enquêteur, etc, évoquée à la fin du billet, elle ne vous semble pas incompatible avec un quotidien?

    Aliocha : je pensais en effet plutôt à des hebdos.

    Commentaire par Benjamin Bayart — 04/02/2009 @ 07:40

  21. Bonjour Aliocha
    Cit: C’est une vraie révolution qui impose nécessairement à la presse écrite de se repositionner et, au fond, voilà qui pourrait bien être une libération.
    allez je rebondis sur les mots libération,révolution et repositionnement:
    Il semblerait que justement que l’éponyme quotidien papier réfléchisse très fort à la possibilité de se repositionner en parution étalée MWS, voir moduler la parution selon l’actualité.
    dans votre oreille de blogueuse et de journaliste, rien ne bruisse de cette hypothetique (r)evolution?

    Aliocha : je ne sais pas, tout le monde cherche,moi aussi. Cela étant, le web aussi se demande ce qu’il est et ce qu’il peut devenir, personne ne sait très bien où il va, c’est assez passionnant. Tout ce que je sais, c’est que le papier ne mourra pas, qu’un nouveau media n’a jamais tué le précédent mais simplement ouvert le marché et augmenté la demande.

    Commentaire par draftbold — 04/02/2009 @ 14:40

  22. Je ne comprend pas en quoi la pratique journalistique devrait être attachée à un support de diffusion de l’information. Le code déontologique, s’il doit y en avoir un ce dont je ne suis pas du tout persuadé, s’applique à une profession pas à un exercice particulier (il n’y a pas une déontologie particulière pour les médecins généralistes et une autre pour les chirurgiens). Bref j’ai du mal à suive le raisonnement qui conduit à dire que le web ne tuera pas le papier. Ce qui tuera le journalisme en revanche c’est le corporatisme dans lequel il s’enferme au prétexte d’être l’expression du quatrième pouvoir.

    Aliocha : je n’ai jamais dit ni pensé que le journalisme était attaché à un support, en revanche, je le crois attaché à une profession, ce qui n’a rien de décoiffant, il y a des plombiers, des avocats, des boulangers et des journalistes, ça s’appelle un métier. Quant à l’accusation de corporatisme, elle me fatigue.

    Commentaire par Alain Giraudo — 04/02/2009 @ 15:28

  23. […] l’autre matin à la lecture d’un billet de la plume d’Aliocha. Sous un titre qui ne fait pas place au doute – l’avenir de la presse écrite est encore […]

    Ping par Un web sans hiérarchisation ? « peRIP1st — 04/02/2009 @ 19:08

  24. […] hiérarchisation, journalisme, presse en ligne Etonnement l’autre matin à la lecture d’un billet de la plume d’Aliocha. Sous un titre qui ne fait pas place au doute – l’avenir de la presse écrite est encore […]

    Ping par #archive Un web sans hiérarchisation ? « Frère Vije — 20/04/2009 @ 23:17

  25. […] et les livres : @NY Books, @Books (en français), billet afférent de Pierre Assouline. – Notes invitant au débat par une journaliste de cellulose, Aliocha-au-clavier-réflexif. – Plus à venir, par intérêt de […]

    Ping par Supports de l’écrit « Lavoisy/Net — 16/02/2011 @ 12:27

  26. […] de web (un peu trop essentialisé, du reste), ne tient pas (référence faite en 2009 à ce billet d’Aliocha, […]

    Ping par Supports de l’écrit | DigitEditLab — 10/10/2013 @ 13:45


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