La Plume d'Aliocha

28/02/2009

L’arroseur arrosé…

Filed under: Dessins de presse — laplumedaliocha @ 11:41

Et pour ceux que la discussion sur la crise de la presse ennuie, voici un dessin pour les distraire.aliocha-copie

La fin des haricots !

Filed under: Débats — laplumedaliocha @ 11:20

Bon, je m’étais promis de mettre ma plume en drapeau aujourd’hui, mais comme les Cassandre s’égosillent, le repos attendra demain. Narvic commente le livre de Bernard Poulet avec délectation. Songez donc, l’auteur annonce la mort de la presse papier, de l’information, des journalistes, du journalisme etc. Autant j’aime les analyses lucides fussent-elles douloureuses, autant je suis toujours heurtée par l’étrange jubilation que suscitent les mauvaises nouvelles chez certains. Moi, c’est le succès qui me met en joie, pas l’échec, mais bon. Heureusement, le temps où ces cris de joie me blessaient est passé. Subsistent juste quelques réflexions que je vous livre ici. Je m’étonne par exemple qu’en temps de crise, (générale, pas seulement de la presse) on puisse ainsi, avec tant d’enthousiasme,  annoncer la disparition d’un secteur industriel qui représente dans notre pays environ 10 milliards de chiffre d’affaires et 200 000 emplois (chiffres « La presse française » par Pierre Albert, La documentation française) ce d’autant plus que, comme le souligne cet excellent rapport « les enjeux de cette crise dépassent l’économie, du fait du rôle social et politique de la presse en matière d’information et de diffusion des idées. Les récentes évolutions peuvent mettre en péril le pluralisme du quatrième pouvoir et affaiblir ses fonctions propres de réflexion sur l’actualité au-delà de l’immédiateté ». Voilà pour les principaux éléments du décor. Je trouve qu’ils ont un certain poids.

L’échec de la culture fric

Passons au reste, je ne vais pas ici tenter d’analyser dans le détail la crise de la presse en France et dans le monde, il faudrait écrire un livre. Je m’en tiendrai simplement à soulever une idée étonnamment absente des débats. Plus que d’Internet ou d’un changement d’habitudes des lecteurs, il me semble que la presse est surtout en train de souffrir de la fin des années fric. Or, on confond à mon sens l’éclatement d’une bulle, la fin de l’argent facile, avec la disparition d’une activité. Pas plus que la crise de l’automobile n’annonce la mort de la voiture ou la crise financière celle de la banque, les difficultés de la presse ne permettent d’annoncer la fin prochaine du journalisme. La presse a longtemps mené grand train, versant des salaires de chefs d’Etat  africains, remboursant des notes de frais hallucinantes, acceptant sans broncher des coûts de fabrication et de distribution déraisonnables sous la pression de notre cher syndicat du livre. Tenez une anecdote pour que vous ayez une idée du problème : dans un grand quotidien national, un journaliste avait l’habitude d’indiquer sur ses notes de frais  » TMSP ». Je précise que dans ce journal, on pouvait sans difficultés faire passer en notes de frais l’achat d’un smoking pour assister à un cocktail. Un jour, un nouveau comptable osa demander à la star de la rédaction ce que signifiaient ces drôles d’initiales : « Tant Mieux Si ça Passe » lui répondit l’auteur facétieux. Tout cela a fonctionné néanmoins durant des décennies et il faut bien admettre avec le recul que c’était un véritable miracle.

La faute à pas de chance

Et puis le modèle s’est épuisé. Quand on réussit à gagner de l’argent sans talent particulier et avec des compétences de gestionnaires plus que médiocres, forcément, le jour où ça s’arrête on crie à la catastrophe. Ceux qui étaient et sont encore aux manettes, n’ont pas d’autre choix que d’annoncer la mort du secteur pour se dédouaner.  Internet n’a eu qu’à donner une pichenette pour que tout s’effondre. Et les Cassandre vendent maintenant très cher en librairie leur constat d’échec avant de partir en retraite avec un cynisme qui me glace. Tout le monde surenchérit et les plus extrémistes se disent « au fond c’est tant mieux, vive la mort du journalisme et la naissance d’autre chose ». Quoi ? Personne n’en sait rien, mais ce n’est pas grave. L’échec d’une génération d’éditeurs de presse est perçu comme l’échec d’une industrie toute entière et, plus profondément celui d’un système, phénomène  qu’une poignée de rebelles sur le web analyse avec allégresse comme l’annonce de la naissance d’un nouveau monde. Allons, on n’a jamais vu naître de nouveau monde, l’homme étant ce qu’il est, il ne cesse de reproduire les mêmes modèles partout où il s’aventure. Les journalistes vont disparaître au profit des blogueurs ? J’en doute, mais même si c’était le cas, ça donnerait quoi ? Les blogueurs se rassembleront, créeront des entreprises, chercheront des financements, se professionnaliseront dans l’information et deviendront…des journalistes dans des entreprises de presse. Quelle nouveauté, c’est décoiffant ! Comme l’écrivait Céline dans sa thèse de médecine à propos de la révolution française : « l’humanité s’ennuyait, elle brûla quelques dieux, changea de costume et paya l’histoire de quelques gloires nouvelles. Et puis la tourmente apaisée, les grandes espérances ensevelies pour quelques siècles encore, chacune de ces furies partie sujette pour la Bastille en revint citoyenne et retourna vers ses petitesses » (eh oui, l’écrivain perçait déjà sous le médecin ! Extrait de Semmelweis).

Ce qui meurt ? Un modèle de gestion désastreux

Je vais vous dire au fond ce qui est en train de disparaître, les journaux aspirateurs de pub, les armées mexicaines de rédacteurs en chef surpayés, la gestion à la petite semaine, le conformisme intellectuel, les projets foireux à effet de levier montés par quelques vieux barbons de la presse qui appliquent des recettes vieilles de trente ans grâce aux capitaux d’une pseudo-élite que l’idée d’avoir un journal fait fantasmer comme un notable de province qui se rend à son premier rendez-vous avec une call girl. Voilà ce qui disparait et c’est tant mieux.  Dans un marché qui est devenu plus compliqué, il va désormais falloir faire preuve de professionnalisme, de talent, d’inspiration, de sincérité et d’esprit innovant. Il va falloir réinventer un modèle, bref, il va falloir se bouger. Les concepteurs de XXI montrent que quand on veut, on peut, quand on a une idée originale et le courage intellectuel doublé du courage financier de penser différemment et de prendre des risques, on y arrive. Le Canard enchaîné illustre quant à lui un autre aspect fondamental : lorsqu’on est fidèle à sa ligne éditoriale depuis près d’un siècle,  lorsqu’on propose du journalisme et non pas de la pub enrobée d’information, on vit fort bien. 

Ces deux exemples, pris parmi beaucoup d’autres, montrent que la presse n’est pas morte, pas plus que le journalisme d’ailleurs. Ce qui est mort c’est le modèle juteux qu’on a connu et la génération qui l’a piloté à l’aveugle.  Et je trouve regrettable que ceux qui nous ont mené là aient aujourd’hui l’impudence de dissimuler leur incompétence derrière l’écran de fumée d’Internet, de même que je trouve regrettable que la mort de la presse soit devenu le dernier fond de commerce à la mode.  Et puis un mot sur les blogueurs. Ils sont dragués en ce moment, mais savent-ils seulement pourquoi ? Parce qu’ils constituent une main d’oeuvre gratuite ou au mieux quasiment donnée. Alors on reprend leurs billets, on les flatte, et on s’assure ainsi de leur bienveillance dans un monde où tout est à faire et où certains pensent qu’il vaut mieux les avoir avec soi que contre soi. S’il y a une menace de prolétarisation, elle est là, bien plus que dans celle des journalistes. Voilà, la vérité. En ce qui me concerne, je refuse d’écouter ces jérémiades et je m’en tiens à une certitude : le journalisme est indispensable à la démocratie, par conséquent il doit vivre et il vivra. Et puis j’en ai une autre de certitude, quand on a du talent, des idées et du courage, on ne se lamente pas à longueur de journée, au contraire, on réfléchit, on lance des projets et on réussit. Je ne doute pas un instant que dans les années à venir, des talents vont se dresser et que nous sortirons de cette période difficile. Il y aura moins d’acteurs, c’est sûr, moins d’argent jeté par les fenêtres et moins de canards boiteux, c’est le cas de le dire. Tant mieux. Les lamentations n’auront qu’un temps, celui que les pleureurs professionnels partent en retraite.

26/02/2009

Faut-il en rire ?

Filed under: Réflexions libres — laplumedaliocha @ 13:44

La querelle Guillon/Aphatie/DSK nous a sans doute considérablement éloignés du coeur de l’actualité concernant DSK et le FMI. Mais elle a néanmoins un mérite : interroger la santé de notre démocratie.

Le rire ou la démission de la critique

Comme je vous le disais hier, Daniel Schneidermann se demande si la fureur des humoristes n’est pas la regrettable contrepartie d’un journalisme de plus en plus en peine de résister au prince. Philippe Bilger , s’appuyant sur un article de Marianne 2, rebondit aujourd’hui sur cette idée et s’inquiète lui aussi du rapport entre humour et journalisme, comme si, au fond, on n’avait plus d’autre solution que d’exprimer les critiques les plus légitimes mais aussi les plus dérangeantes par le rire, tandis que le journalisme achèverait de s’embourber dans le consensus mou. Au final, le rire ruinerait la pertinence de la critique par sa nature même  « allons, on rigole, tout cela n’est pas sérieux » renforçant ainsi l’endormissement général. Possible. Toutefois, j’ai envie personnellement de continuer à rire, en attendant mieux. Car il y a dans le rire un formidable espace de liberté, c’est insolent le rire, c’est libérateur, presque anarchiste. L’humour interdit en principe à celui qui en est l’objet de se plaindre, mais rassemble tous les autres dans le plaisir d’une vérité enfin verbalisée. En ce sens, la réaction de DSK m’inquiète dès lors qu’elle remet en cause cet espace de liberté, jusque là subi avec plus ou moins bonne volonté par la classe politique. C’est très subversif le rire, et si ça dédramatise le rapport à la réalité, je ne suis pas sûre que cela dédramatise la réalité elle-même. N’y-a-t’il pas au contraire dans la capacité de rire ensemble de ce qui nous heurte la confirmation initime que l’on a raison de s’indigner, qu’on n’est pas seul avec sa révolte, qu’elle est partagée et donc légitime. C’est rassembleur le rire et, au fond, éminemment démocratique. On ne rit pas dans un régime totalitaire, on a peur. Ceci n’empêche pas bien sûr de regretter, si c’est vrai, que l’humoriste se charge d’exprimer les critiques que le journaliste n’oserait plus assumer. Il faut s’en inquiéter, mais il faut aussi à mon avis défendre le rire face à la réaction de DSK, car si la pensée critique s’endort et que le rire n’est plus admis, que restera-t-il ?

Cet espace irréductible d’oxygène qu’il faut préserver

Puisque j’utilisais hier la comparaison avec la tauromachie, jouons aujourd’hui avec un autre sport. Ceux qui pratiquent le yoga savent que cette discipline s’emploie joyeusement à vous plier le corps dans tous les sens  avec cette conséquence étonnante de déplier l’esprit. On en sort libéré comme si chaque muscle contracté avait le sinistre pouvoir de crisper quelque région obscure du cerveau et qu’il suffisait de l’assouplir pour rééquilibrer la pensée. Merveilleux exercice aux vertus insoupçonnées. Mais à quel prix grands dieux ! Je souris toujours à la fin de la séance lorsque je suis allongée sur le dos, pliée avec les pieds derrière les oreilles et qu’au bord de l’asphyxie (vous avez le droit de rire), j’entends ce tyran de professeur nous dire : « allez chercher l’espace derrière les omoplates qui vous permettra de respirer » . Il en a de bonnes lui, il n’est pas grand cet espace et l’étouffement souvent me guette. L’humour aujourd’hui me fait le même effet, il est ce petit espace inattendu d’oxygène tout au fond de mon esprit contorsionné sur lui-même, enserré dans les impératifs de la pensée unique, sommé de critiquer avec réserve et de s’indigner sans excès.  Alors j’y tiens moi au rire, j’y tiens par dessus tout, même si je suis prête à admettre qu’il pourrait bien être l’inquiétant symptôme d’une démission du journalisme…

 

Et en bonus : Sur un sujet proche, les vertus du rire, je vous recommande ce billet publié chez Maître Mô. On y découvre comment la plaidoirie maladroite d’une avocate a eu l’étonnant effet de faire rire les victimes elles-mêmes dans une affaire de viol qui n’avait rien de drôle.

25/02/2009

Olééééééé !

Filed under: Mon amie la com' — laplumedaliocha @ 09:47

Connaissez-vous la tauromachie ? Si oui, vous savez alors à quoi sert la cape rouge, la muleta. Sinon, pour les autres, je résume. Le toro (c’est ainsi qu’on écrit taureau même en français quand on parle de corrida), le toro donc ne réagit pas à la couleur mais au mouvement. L’animal charge ce qui lui parait être agressif, or, ce qui bouge est pour lui l’ennemi. Tant qu’il croit cela, l’homme qui agite la cape sous ses yeux, tout en se maintenant lui-même parfaitement immobile, est en relative sécurité. A partir du moment où l’animal comprend qu’il a été leurré et que son véritable ennemi c’est l’homme, alors le torero (toréador est à bannir, c’est un mot d’opérette, on dit torero ou matador) est en danger. Il en est de même de l’actualité. L’information n’est plus tenue secrète aujourd’hui, la vraie tactique consiste à se jouer de l’attention du public, on agite sous ses yeux le chiffon rouge, attirant son intérêt sur un faux ennemi, on le distrait de l’essentiel.

Du chiffon rouge de l’antisémitisme….

Mais j’en viens au fait car je suppose que vous commencez à vous demander pourquoi je vous parle de tauromachie (merci de nous épargner un débat pour ou contre cet exercice, ce n’est pas le sujet). Voilà. En quelques jours, nous avons eu deux magnifiques exemples du recours à la tactique de la muleta. Observez Bernard Kouchner agitant le chiffon rouge de l’antisémitisme pour mieux éluder les interrogations du livre de Pierre Péan, et voyez le résultat. La discussion aurait dû porter sur l’éthique en politique ou bien encore sur le droit d’ingérence humanitaire, elle s’est enlisée dans la question de savoir si l’auteur du livre était antisémite ou pas. Et comme le temps d’actualité est limité, c’est-à-dire la durée pendant laquelle un événement occupe la Une avant d’être chassé par un autre, ce temps disponible s’est épuisé dans cette querelle. La discussion est close, le livre déjà dépassé, la grande vague de l’actualité vient d’engloutir l’affaire. Oléééééé !

….au chiffon rouge de la méchanceté

Deuxième illustration : les frasques de DSK au FMI. Guillon l’attaque et voici que le débat se focalise non pas sur la crise ou sur la question du comportement de DSK, mais sur ce problème ô combien fondamental : Guillon est-il méchant ou pas ? DSK l’a-t’il fait exprès ? Ce n’est pas impossible. Et voici qu’Aphatie s’insurge contre le vilain humoriste tandis que ce-dernier rétorque, « pft ! Aphatie est frustré » et JMA d’en remettre une couche. Le débat se déchaîne, même moi, je m’y suis laissée prendre. Drôle, pas drôle Guillon ? Sur @si Daniel Schneidermann remarque que plus le journalisme s’affaiblit et plus les humoristes deviennent virulents, voilà qui mérite réflexion. Mais revenons au coeur du sujet, dans les circonstances actuelles, se retrouver avec un homme politique français qui trousse ses jolies collaboratrices et heurte ainsi nos partenaires anglo-saxons au risque de décrédibiliser son action politique sur la stabilité financière mondiale, c’est fâcheux. Seulement voilà, DSK n’est plus en ce moment que la victime innocente d’un méchant humoriste. Olééééé !

Et pendant ce temps, la crise continue.

C’est la faute aux médias me direz-vous ! Pas si simple. L’actualité au fond est ennuyeuse, quand elle n’est pas franchement anxiogène, dès lors, nous sommes tentés d’aller vers le léger, l’amusant, tous, journalistes et lecteurs compris. Les grands gagnants dans cette affaire, ce sont ceux qui, depuis l’antiquité, ont compris qu’il fallait offrir au peuple du pain et des jeux. Panem et circenses !

Précisément pour les distraire des vrais sujets, car pendant ce temps….

24/02/2009

Internaute infidèle

Filed under: Réflexions libres — laplumedaliocha @ 10:59

Je sors d’une petite visite sur @si et l’irritation qui transparaissait de certains commentaires m’a donné à réfléchir. « Puisque c’est ainsi je me désabonne » disait l’un, invoquant son désaccord avec l’un des articles de Daniel Schneidermann, « de toutes façons, ce n’est plus ce que c’était » rétorquait l’autre, tandis qu’une poignée de fidèles, plus calme, tentait d’expliquer qu’on pouvait être en désaccord sans immédiatement tourner les talons. Pour moi qui découvre @si, un peu tard il est vrai, le site fait du bon travail. Et même si je n’ai pas suivi DS dans son obstination à cuisiner Péan au sujet de l’antisémitisme, je n’ai pas l’intention de me désabonner. Je suis une fidèle dans l’âme.

Mais j’ai songé à l’infidélité des internautes, elle est réelle. Voyez ici, par exemple, j’ignore si mes lecteurs ont changé,leur nombre demeure à peu près le même, ce que je sais, c’est que quelques commentateurs ont déjà disparus. Suis-je en cause ? Sans doute, mais il n’y a pas que cela. J’en ai interrogé certains par mail parce qu’on se connaissait depuis longtemps chez Eolas, l’un m’a répondu qu’il n’avait plus le temps, que les blogs l’avaient lassé, trop chronophages, un autre qu’il n’avait pas le moral et préférait fuir les sujets sérieux pour se rabattre sur les blogs littéraires, un troisième s’est pris de passion pour un autre blog, un quatrième est absorbé par ses activités professionnelles…Ce petit sondage qui a le double défaut d’être un sondage (j’ai horreur de cela) et en plus de n’être pas fait dans les règles (ce qui lui ôte le peu de fiabilité quasi-scientifique d’un vrai sondage) illustre néanmoins un phénomène que les éditeurs de presse ont bien identifié et qui les inquiète : l’internaute est infidèle, terriblement infidèle. Sans doute faut-il y voir une conséquence de la profusion réelle ou supposée du web. Cet incroyable foisonnement qui, ajouté à la gratuité, transforme n’importe qui en être volage, capricieux, brûlant ce qu’il avait adoré hier pour encenser de nouvelles idoles qui le lasseront demain ou dans une semaine.

Il y a sans doute bien des raisons qui expliquent ce comportement. Je vous propose d’en explorer une : l’individualisme. Dans un de ses livres Géraldine Muhlmann, philosophe et journaliste, évoque le rôle rassembleur du journal. Pendant longtemps, acheter son journal, c’était partager avec l’ensemble des lecteurs un savoir commun, c’était adhérer à une grand’messe démocratique de communion à l’information. Et cette information était diffusée certes par un journal avec une ligne éditoriale, c’est-à-dire une personnalité, mais aussi plusieurs dizaines de signatures, donc une oeuvre collective où chacun pouvait découvrir une signature qui lui plaisait, un éditorialiste favori et, à supposer que cet éditorialiste ne soit pas en forme, mille autres choses qui finalement le retenaient et le poussaient le lendemain ou la semaine suivante à racheter son quotidien ou son hebdomadaire favori.

Mais face à son écran, chacun est seul, façonne sa propre information et part en quête de ce qui lui ressemble. On ne cherche plus un miroir du monde proposé par des professionnels à un large public rassemblé au sein d’une communauté de lecteurs, mais un miroir de soi, de ses préoccupations, centres d’intérêts, orientations politiques, philosophiques etc. La consultation de blogs s’inscrit dans cette démarche et se traduit essentiellement par l’adhésion à une personnalité. On aime ou pas Eolas, Bilger, Auhteuil, Aphatie puis on continue ou pas de les aimer. Au moindre dérapage, à la moindre contrariété, l’internaute rompt la relation et s’en va flâner ailleurs. Ainsi vont les relations humaines, un jour on s’aime, l’autre pas. Il est plus facile de quitter un individu qu’une communauté. Qu’importe pour le blogueur, il séduira d’autres lecteurs, si toutefois le contenu qu’il offre présente un quelconque intérêt. 

Le plus étonnant, c’est qu’Internet cultive un fort communautarisme, apparemment en opposition avec cet individualisme, mais un communautarisme mouvant, anonyme qui se traduit davantage par l’adhésion à l’outil et à la culture web  qu’aux acteurs présents sur la toile. Face à cette difficulté, je pense qu’il faut, là comme dans le monde réel, faire le pari de la qualité et de la valeur ajoutée, et parvenir à inventer une ligne éditoriale forte capable de prendre le pas sur les signatures et de créer un esprit communautaire. Qui sait s’il ne faut pas aussi faire le pari du payant ?

Car au fond, passé la première révolte contre le monde réel sur laquelle s’est bâtie Internet, opposant à la vénalité de la réalité le mythe de la gratuité, au collectif l’individuel, au hiérarchisé l’aplani et ainsi de suite, il faudra bien revenir aux fondamentaux. Un chef d’entreprise particulièrement inspiré me faisait observer récemment que ce que je lui décrivais du web n’était autre que les traits caractéristiques d’un univers au stade de l’adolescence, rébellion contre l’existant, certitude d’avoir raison contre les dinosaures de la vie réelle, autisme relatif d’un monde qui s’auto-référence…. Et si l’on y réfléchit en effet, comment prétendre que le web serait différent du monde réel, dès lors qu’il est oeuvre humaine ? Je crois de plus en plus qu’il est simplement à un stade d’évolution différent. D’ailleurs, on y retrouve les mêmes réflexes à l’état embryonnaire. Une hiérarchie se recrée entre les anciens du web, ceux qui connaissent et constituent une aristocratie et les autres, la plèbe, qui ne comprend rien, ne maîtrise pas l’outil ni le vocabulaire. La culture du réseau tant décriée dans le monde réel, les amitiés  que l’on reproche tant aux journalistes sont elles absentes du web ? Bien au contraire, elles en sont le fondement. Quant à la gratuité, elle commence à embarrasser tout le monde, car passé l’adolescence, il faut bien se décider à vivre et donc à gagner sa vie. Alors, bientôt l’âge de la maturité ?

23/02/2009

Haro sur les méchants

Filed under: Coup de griffe — laplumedaliocha @ 11:54

Tiens, ça faisait longtemps que JMA n’avait pas défendu un puissant contre un empêcheur de tourner en rond. Fort heureusement, il est rentré de vacances et c’est l’humoriste Stéphane Guillon qui en prend pour son grade ce matin à cause de l’affaire DSK. Ce qui nous fait, en quelques semaines, une défense de Kerviel contre les voyous du Parisien, de Drai contre la curiosité de ces chacals de journalistes, de Kouchner contre le supposé antisémite Pean et enfin, de DSK contre le méchant humoriste. Eh oui, il est méchant Guillon, c’est JMA qui le dit. Entre nous, des humoristes gentils, j’en connais assez peu. Allez faire rire avec les qualités d’un individu, essayez donc de flatter avec humour sans immédiatement ruiner le compliment en lui donnant des allures de cruelle dérision. Drucker n’est pas drôle, sauf aux yeux de ceux qui pensent qu’à force d’aimer tout le monde, il finit par en devenir comique, au second degré bien sûr. Mais revenons à notre sujet. Je l’ai trouvée très amusante la chronique de Guillon, amusante au point de dédramatiser les frasques de DSK, c’est là toute la force des humoristes, ils sont une gigantesque soupape de sécurité, ils transforment la colère, le dégoût, la révolte en un éclat de rire salvateur. A supposer évidemment qu’ils ne dérapent pas à la manière de Dieudonné. Mais ici Guillon s’en tient à la très classique caricature d’un trait psychologique de son sujet. Et au fond, être accusé en France de trop aimer les femmes, voilà qui n’a jamais ruiné la carrière d’un homme politique, bien au contraire. Toujours est-il que la liste des victimes des médias s’allonge de façon si inquiétante, à en croire JMA, que je me demande si nous ne devrions pas nous auto-dissoudre. Au fond, qui pourrait bien regretter la disparition de gens aussi méchants que les journalistes et les amuseurs publics ? Tous ceux qui ne regardent pas Drucker, peut être.

22/02/2009

Deux livres nécessaires

Filed under: Coup de chapeau ! — laplumedaliocha @ 11:07

Des livres de journaliste, il y en a à ne plus savoir qu’en faire sur les étals des librairies. Ils parlent à l’envie des « affaires », font claquer l’actualité de manière retentissante, on les dévore comme des « polars » et puis, une fois refermés, ils s’en vont prendre la poussière sur une étagère de bibliothèque avant de finir à la poubelle ou chez un bouquiniste, à la faveur d’un déménagement. Ils ne sont plus alors que les souvenirs jaunis de scandales que tout le monde a oubliés. Mais, parfois, certains surmontent cet obstacle, ils survivent à l’actualité et se retrouvent investis d’une étrange pérennité. C’est le cas des deux livres que j’ai lus cette semaine et que je vous recommande. 

391217530_lLe premier est signé de Florence Aubenas: « La méprise ». Consacré à l’affaire Outreau, il est sorti en 2005.  Autant dire l’antiquité pour un livre d’actualité. Et pourtant, il y a quelque chose d’éternel dans ce récit. Un récit brut, qui s’en tient au strict déroulement des faits, sans commentaires, ni analyse. Le lire est sans doute la meilleure manière, non pas de comprendre l’affaire – qui le pourrait ? – mais d’en observer l’étonnant engrenage et de saisir les mécanismes psychologiques qui ont contribué à fabriquer l’une des plus grandes catastrophes judiciaires de notre histoire. Des enfants traumatisés qui dénoncent tout le monde, une femme – Myriam Badaoui – flattée d’être le centre d’intérêt d’un notable, le juge Burgaud, qui essaie de répondre ce qu’il souhaite entendre, ce même juge piégé par un tombereau de mensonges, des accusés qui ne cessent de croire que, c’est sûr, demain toute la lumière sera faite et que la justice comprendra qu’ils sont innocents, un dossier qu’il faut bien mener à son terme parce que plus il grossit et plus il devient difficile de faire machine arrière, d’admettre qu’on s’est trompé, de le voir se dégonfler….Tous ceux qui s’intéressent à la psychologie trouveront là un éclairage passionnant sur les tréfonds de l’âme humaine.  On en sort saisi de vertige. Indispensable et passionnant.

 

 

 

 

 

 

4152r9fe2fl_ss500_Le deuxième est signé de Daniel Schneidermann : « Du journalisme après Bourdieu ». Publié en 1999, il répond aux célèbres attaques contre les médias lancées par le sociologue. Celles-là même que nombre de lecteurs m’opposent ici lorsque je tente d’expliquer et parfois de défendre mon métier. L’urgence, la simplification, la connivence, Daniel Schneidermann examine chacune de ces critiques avec une grande sincérité, n’hésitant jamais à se remettre en cause lui-même et à rechercher dans sa propre pratique la matière nécessaire pour expliquer un métier décidément bien difficile à comprendre. C’est magnifiquement écrit, lucide et juste. Je l’ai lu avec un crayon à la main, soulignant ici et là ce que je voulais retenir. Voici quelques observations que j’ai particulièrement aimées : 

« J’ai compris à ce moment qu’il n’est pas de grand journaliste qui ne soit à la fois crocodile et midinette. Que le vrai talent consiste à savoir se placer en état de cynisme désarmable. Etre journaliste, c’est ne croire rien ni personne, savoir que tous mentent, qu’il faut tout vérifier en permanence, et en même temps être prêt à se laisser surprendre par un éclair intattendu de candeur et de sincérité, par la surprenante trouée que l’on n’attendait pas ».

Ou bien encore : 

« Rien n’est plus dégradant que la résignation à une idée présupposée du sujet qui attirera l’audience. Tenter d’intéresser lecteurs ou téléspectateurs à ce qui m’intéresse personnellement, je ne vois pas de meilleure définition du journalisme. La perversion commence dès que le journaliste commence à bricoler une théorie du public. Pas d’autre moyen d’exercer ce métier que de croire son lecteur, ou téléspectateur, intéressé par les mêmes sujets que moi-même, disposant du même niveau de culture, vibrant aux mêmes sujets de révolte, accessible aux mêmes plaisirs, aux mêmes bonheurs et démangé aussi par le même prurit voyeuriste que soi-même. Ni ange ni bête, ange et bête à la fois : mon lecteur, c’est moi ».

Les pages les plus intéressantes mais aussi les plus troublantes sont celles consacrées à ce qu’il appelle le coeur du journalisme, c’est-à-dire le grand reporter ou le reporter de guerre.

« Le goût du sang est indissociable du journalisme. Au fond, l’exploit journalistique indépassable, c’est Woodward et Bernstein, « tombeurs » de Nixon. Jouissance de l’avoir poussé à la démission, jouissance du sang. Je connais ces odeurs là. Je n’en jouis pas. Je suis un chacal par nécessité. Je suis un chacal sans plaisir, un vilain petit chacal à l’écart de la meute, qui goûte à la charogne du bout des lèvres, en chipotant. Je crois être au fond un très mauvais chacal. Ou peut-être, allez savoir, ces scrupules font-ils de moi un excellent chacal ». 

Nous touchons là, vous l’aurez compris, au coeur même du métier mais aussi des polémiques dont nous avons parlé ici sur les affaires Dray et Kerviel. Je gage par exemple que Jean-Michel Aphatie  n’est pas un chacal, il ne veut pas l’être et s’insurge contre tous ceux qui le sont. Mais sans chacals, jamais personne n’aurait entendu parler du Watergate…Quand on a des scrupules, c’est difficile de faire ce métier. Daniel Schneidermann a infiniment raison. Et j’irais même plus loin que lui, c’est difficile au quotidien, sur les sujets les plus anodins. Combien de fois dois-je m’excuser au terme d’une interview d’une heure de ne retenir que quelques phrases dans mon article, et même parfois aucune parce que j’ai dû abandonner le sujet. Combien de fois suis-je gênée d’imposer à l’autre le rythme infernal de mon métier. Certains confrères cultivent l’arrogance, ce n’est pas mon cas. Je n’ai jamais cru que j’avais tous les droits simplement parce que j’étais journaliste. Je n’ai jamais pensé que les gens n’avaient que cela à faire de me renseigner sur un sujet, même si certains, il est vrai, rêvent d’avoir leur nom dans le journal et y trouvent leur compte, ce qui, au fond, n’est que justice. L’odeur du sang, je l’ai senti 4 ou 5 fois en treize ans, fort modestement, ce n’était pas le Watergate, mais je l’ai sentie, il est vrai qu’elle efface d’un coup toutes ces pudeurs. L’excitation de la chasse est si forte. Mais ce qu’elle n’efface pas et au contraire décuple, en tout cas chez moi, c’est la nécessité d’être sûr de son information, de peser chaque mot, de penser contre soi-même pour vérifier encore et encore  que les accusations que l’on va sortir sont justes et nécessaires, qu’on n’a pas été aveuglé par l’adrénaline du scoop ou leurré par une source aux intentions douteuses. Le journalisme est décidément un métier bien étrange. Soit vous acceptez d’être un chacal, soit vous vous cantonnez à l’information officielle. Dès lors, soit vous êtes aux yeux du public un voyou, soit à vos propres yeux, un menteur. Evidemment, cela nous ramène inéluctablement à la nécessité d’une déontologie forte pour tenter de garantir l’impossible : faire de chaque journaliste un « chacal vertueux ».

21/02/2009

Le prix de l’animal politique

Filed under: Mon amie la com' — laplumedaliocha @ 11:15

Nicolas Sarkozy visite en ce moment même le Salon de l’agriculture. C’est la télévision qui le dit. Et comme il a sans doute voulu éviter que la fâcheuse altercation de l’an dernier ne se reproduise (le fameux « casse toi pov’con »), il semble que l’UMP ait dépêché en urgence une bande de supporters. Je ne vois que cette explication dès lors qu’on entend en fond sonore hurler des « Nicolas, Nicolas, Nicolas », comme si on était en meeting. Ah la communication ! Notre président n’ayant pas le génie agricole qui permettait à Jacques Chirac d’être adulé spontanément par les éleveurs et producteurs de tous ordres, il faut bien fabriquer cette popularité de toutes pièces. Voilà qui est fait, je doute cependant que le résultat de cette pale imitation soit à la hauteur du modèle chiraquien si envié. Au salon de l’agriculture, les rolex n’impressionnent personne, pas plus que les mannequins, les yachts et le reste. Il faut retrousser ses manches, taper sur le cul des vaches, boire le coup avec les exposants, débattre de la qualité d’un saucisson, exprimer sa passion du terroir, tout goûter et tout aimer. Du coup, je crains que même avec le renfort d’une poignée de militants de bonne volonté, notre président ne soit pas éligible au grand prix de l’animal politique.

20/02/2009

Casse toi pov’hypocrite !

Filed under: Coup de griffe — laplumedaliocha @ 13:00

Arrêt sur image relève ce matin un article du Parisien qui explique que quelques ministres, échaudés par l’épisode du « Casse toi pov’con ! » dont la vidéo a fait le tour du web, surveillent désormais attentivement leur comportement en public de peur d’être saisis en fâcheuse posture par un vidéaste sauvage. Une telle prudence me semble de fort bon aloi mais je dois dire aussi qu’elle m’interpelle. Ainsi donc, nos chers politiques auraient décidé de se surveiller, mais uniquement lorsqu’ils risquent d’être filmés. Curieux, au risque de paraître réactionnaire, j’ai le sentiment que s’attache à la fonction politique une certaine dignité qui devrait inciter chacun à se tenir de manière irréprochable devant les citoyens, indépendamment de tout risque d’enregistrement. Je ne vois personnellement aucune différence entre le fait d’être pris en flagrant délit de dérapage par dix personnes ou par des milliers. Ou plutôt si, j’en vois une, malheureusement, elle se mesure en nombre de votes lors d’une élection ou bien encore en points gagnés ou perdus dans les sondages de popularité. L’intérêt personnel, encore et toujours. Mais le respect dû à la fonction qu’on a l’honneur d’incarner, il devient quoi dans tout cela ?

 

Allons, pour le plaisir, laissons parler le maître de l’élégance morale, le grand Cyrano :

CYRANO
Moi, c’est moralement que j’ai mes élégances.
Je ne m’attife pas ainsi qu’un freluquet,
Mais je suis plus soigné si je suis moins coquet ;
Je ne sortirais pas avec, par négligence,
Un affront pas très bien lavé, la conscience
Jaune encore de sommeil dans le coin de son oeil,
Un honneur chiffonné, des scrupules en deuil.
Mais je marche sans rien sur moi qui ne reluise,
Empanaché d’indépendance et de franchise ;
Ce n’est pas une taille avantageuse, c’est
Mon âme que je cambre ainsi qu’en un corset,
Et tout couvert d’exploits qu’en rubans je m’attache,
Retroussant mon esprit ainsi qu’une moustache,
Je fais, en traversant les groupes et les ronds,
Sonner les vérités comme des éperons.

19/02/2009

Tout va disparaître, sauf le web !

Filed under: Réflexions libres — laplumedaliocha @ 19:38

Bon, vous savez tous que la presse va mal. Ceux qui lisent certains blogueurs pensent même qu’elle a déjà disparu. Du coup, s’ils entonnent avec autant de succès le requiem de la presse, du papier, du journalisme, des journalistes, des éditeurs de presse, des articles, du livre, de l’information, de l’actualité, de la télé, de la radio, j’en passe et des meilleures, je me demande de mon côté si je ne vais pas me mettre à annoncer la disparition de tout le reste. C’est vrai,  on a l’air  intelligent quand on annonce des catastrophes.

Alors je me lance et  je vous annonce ici, solennellement, que bientôt à part le web, y’aura plus rien. Tenez, l’automobile par exemple, elle va super mal, autant que la presse, c’est même la catastrophe chez les Z’américains. Or, comme vous le savez, quand l’Amérique éternue, la France s’enrhume (seul Kerviel  avait réussi à inverser la règle, mais Madoff l’a remis à sa place, le p’tit frenchie ! En matière de connerie économique, les Z’américains sont les rois, qu’on se le dise), bref, l’automobile va mal et ça ne va pas s’arranger. Il parait en effet que pour les moins de 30 ans, la voiture n’est plus un symbole social (est-ce qu’elle reste un symbole de virilité, l’étude ne le dit pas, dommage parce que, avec la disparition des spermatozoïdes, on pouvait espérer sauver la voiture), donc, comme la presse, je vous annonce ici que la voiture va disparaître. Et oui, les symptômes sont identiques :

– crise chez les Z’américains,

– crise en France,

– désintérêt des jeunes consommateurs

– concurrence agressive des autres moyens de transport, je parle ici des affreux deux roues (plébiscités par le Maire de Paris), du métro, du train, de l’avion, de la patinette, des rollers, de la marche à pied (recommandée par la médecine).

Et hop, plus de journaux et plus de bagnoles. Vive le web, donc. Parce que, quand on est bloqué chez soi sans rien à lire, faut bien se rabattre sur Internet.

Mais il n’y a pas que la voiture, tenez, la banque aussi va disparaître. Enfin pas tout à fait, elle ne peut pas disparaître sinon, c’est toute l’économie qui s’écroule, on appelle ça le risque systémique. Mais elle va maigrir considérablement, ça licencie à tour de bras dans la banque et l’ambiance est tout sauf cool. J’étais au Sénat hier pour assister à l’audition de quelques banquiers,  tout le monde faisait la tête, les banquiers comme les sénateurs. On parlait d’inflation, de génération sacrifiée, de dette sur la tête de nos petits enfants. C’était pas drôle, je vous assure.

Et puis ce matin j’étais à l’Assemblée pour un colloque sur la procédure pénale. La justice, on se dit que ça va bien, que bon an mal an, des conflits, y’en a toujours et sans doute encore plus en période de crise. La justice oui, mais le business, lui, il est en berne. Du coup, chez les avocats d’affaires, ça dégraisse « 30% d’entre eux vont changer de métier » me confiait mon voisin de droite avec angoisse. Et pour cause, il est avocat d’affaires. A la soupe populaire les princes du M&A (mergers & acquisitions, fusions et acquisitions en français).

Et le luxe, vous avez vu le luxe ? Il licencie aussi. Sans compter PPR qui dégraisse à la FNAC et à Conforama. Vous me direz entre les canapés qui grattent et les DVD trop chers, fallait s’y attendre. Le consommateur quand il était riche boudait déjà, alors devenu pauvre, il boycotte.

Sans compter l’immobilier qui s’écroule, l’habillement qui fait grise mine. Même le traitement des ordures ménagères ou la collecte, je ne sais plus, bref, même les déchets domestiques diminuent m’a-t-on dit. Forcément, si on achète moins, on jette moins.

En fait, il y a qu’un secteur qui s’en tire : les sports d’hiver. Eh oui, l’or blanc. Parait que la saison est fantastique. D’après les banquiers d’hier, les gens dépensent pour être heureux en famille et se disent « tant pis, on verra bien ». Carpe Diem quoi ! Enfin, le tableau n’est pas si idyllique, on dit que les russes ont déserté Courchevel au point qu’en décembre, c’était la panique chez les hôteliers de luxe. Ils ont même organisé une réunion de crise. Pensez donc, à qui vont-ils le vendre leur Chateau Cheval blanc, si les russes boudent ? Pas aux banquiers ruinés ni à tous les heureux porteurs de placements Madoff. Pas non plus aux traders, encore moins aux journalistes, aux salariés de l’automobile ou du luxe.

Il ne reste plus que le web, vous dis-je, lequel confirme là un de ces principaux mérites : compenser les immenses frustrations que nous inflige le réel. Le web et la neige bien sûr, mais celle-là elle va fondre comme fonds gérés par Madoff, milliards à la sauce Kerviel ou promesse de banquier en temps de crise.

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