La Plume d'Aliocha

17/01/2009

L’art du titre de presse

Filed under: Comment ça marche ? — laplumedaliocha @ 11:09

L’un d’entre vous m’a demandé il y a quelques temps d’écrire un billet sur les titres de presse. Penchons-nous donc sur cet intéressant sujet. Le titre d’un article doit bien évidemment donner envie de le lire, sachant que son format est limité, ce qui complique l’exercice (combien de titres bien trouvés doivent être abandonnés faute de place ). Il doit aussi exprimer le coeur de l’article le plus fidèlement possible. Voici les 2 catégories de titres telles que décrites dans « Le guide de l’écriture journalistique » de Jean-Luc Martin-Lagardettte, journaliste et professeur de déontologie :

Les titres informatifs : ils contiennent l’essentiel de l’information et doivent être précis en répondant le plus possible aux fameuses questions : qui a fait quoi, quand et comment ? Exemple « Nicolas Sarkozy annonce la fin du juge d’instruction ». Mais qui dit informatif ne signifie pas nécessairement aussi « sage ». L’auteur souligne qu’un journaliste expérimenté doit savoir exprimer l’angle de l’article, son originalité. Ainsi, là où un novice titrera « le voleur pris en flagrant délit » un journaliste plus aguerri écrira : « Le col blanc détournait des millions grâce à Internet »

– Les titres incitatifs : ils révèlent l’esprit de l’article plus que sa matière et s’appuient souvent sur des jeux de mots inspirés de titres de films ou de livres, de solgans publicitaires etc. Par exemple « Marchais : l’adieu aux urnes » de Libération ou le moins heureux « Le cheval d’Amaury sort indemne de l’accident : le cavalier est mort » (oui, je sais, c’est discutable comme approche). On peut utiliser les jeux de mots (grande spécialité de Libération mais aussi du Canard enchainé).

Quelques exemples récents :

« Plan européen : ça passe ou ça Krach » (Libération du 13 octobre dernier)

« Les salariés payés au relance-pierre », et le même jour « Orange voit la vie en rose », « une recherche européenne pas très allègre » , « Sarkozy se fait de la mauvaise grèce »etc (Le Canard du 10 décembre dernier)

Le titre incitatif n’est pas forcément un jeu de mot, il peut aussi répondre à une question : « Bourse, les vraies raisons de l’optimisme », donner un chiffre, livrer une révélation (Le vrai visage de …).

La presse est souvent critiquée pour ses titres que l’on juge racoleurs, parfois provocateurs ou caricaturaux, c’est que nous devons donner envie de lire, ce qui impose d’être dynamique et accrocheur : « Le titre de l’article c’est aussi son visage. Un coup d’oeil suffit pour avoir une idée d’ensemble. C’est pourquoi il vous faudra le soigner particulièrement. Un mauvais titre (ou un titre faible) sur un bon texte est un assassinat, un gaspillage. En revanche, un mauvais texte peut être rattrapé par un bon titre » (Jean-Luc Martin-Lagardette). 

Dans leur admirable livre (malheureusement épuisé) « Le journalisme sans peine » Michel Antoine Burnier et Patrick Rambaud avaient entrepris il y a dix ans de stigmatiser les travers des journalistes : l’utilisation de métaphores contestables, de la novlangue, de jeux de mots plus ou moins pertinents etc. Dénonçant les clichés contenus dans les titres, ils donnent suivant l’esprit du livre (pastiche des ouvrages d’enseignement de langues étrangères) les mauvais conseils nécessaires pour faire un titre contenant tous les travers possibles : l’echo, le remugle, la plaisanterie fine, la chimère. 

L’echo selon eux, c’est le titre issu d’un roman ou d’un film qui va trouver une résonance dans la tête du lecteur. Les plus utilisés : L’année de tous les dangers, Chronique d’une mort annoncée, Dieu existe je l’ai rencontré, Vincent, François Paul et les autres ….Vous voyez ce qu’ils veulent dire ? C’est que vous lisez la presse, ce dont je vous félicite. Evidemment, ces formules sont ensuite légèrement adaptées au sujet traité.

Le remugle, c’est l’utilisation d’une phrase éculée qui n’a pas de sens : Vous avez dit Eldorado ?, la sécheresse du siècle, mythe et réalités etc….

La plaisanterie fine : « elle doit voler bas sans forcément provoquer le rire » soulignent cruellement les auteurs qui citent à ce sujet « Mouillot mouille le RPR »….

La chimère enfin consiste à donner vie à une chose, par exemple « L’écureuil grignote les taux ».

 

Voilà, maintenant que vous connaissez les règles, mais aussi les écueils de l’exercice passons à la pratique. Trouvez tous les titres possibles pour annoncer la réforme de l’instruction ! Vous avez le droit d’utiliser les poncifs les plus éculés et de détourner les phrases célèbres, proverbes, titres de livre etc. Nous allons voir s’il y a de talentueux titreurs parmi vous…Accessoirement, ce billet pourra servir à signaler les meilleurs titres du moment, n’hésitez pas à les citer en commentaires en les sourçant si possible.

 

 

Ajout 19h25 : Puisque nous parlons du choix des titres, allez donc voir cette vidéo sur le site de Libération. Didier Pourquery, directeur délégué de la rédaction revient sur l’actualité de la semaine et explique comment ont été conçues les 3 Unes les plus importantes du journal sur Berri, Gaza, et le procès de l’hormone de croissance. Choix du sujet de Une, de la photo, du titre, il vous explique les réflexions qui ont guidé la rédaction. Excellent document et excellente initiative de Libé que de montrer ainsi le travail qu’il y a derrière ce qui parait souvent aux yeux des lecteurs aussi simple qu’évident. 

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15/01/2009

Confraternellement vôtre….

Filed under: Débats — laplumedaliocha @ 10:10

Astre Noir m’a interrogée hier sur l’affaire de l’Est Républicain. Pour ceux qui n’ont pas suivi ce psychodrame médiatique, Philippe Cohen sur Marianne 2 s’est indigné que Laïd Sammari, journaliste à l’Est Républicain, ait publié en grandes pompes la note de Tracfin sur les dépenses de Julien Dray. Il avance trois arguments pour justifier son indignation : 

– d’abord l’information avait déjà été révélée par Le Monde et Le Parisien avant Noël;

– ensuite, le document aurait été obtenu grâce aux liens privés entretenus par ce journaliste avec une magistrate;

– enfin, cela équivaut à trainer la vie privée de Julien Dray sur la place publique alors que ce-dernier n’a pas accès au dossier.

Entre nous, cette querelle me fait sourire. Reprenons les arguments les uns après les autres.

– L’Est Républicain utilise la fameuse petite formule par laquelle nous annonçons un scoop à nos lecteurs : « L’Est Républicain s’est procuré…. » quand vous lisez cela sous la plume d’un journaliste c’est que celui-ci est fier d’avoir mis la main sur une information secrète. Or, Philippe Cohen nous dit que deux journaux en avaient déjà révélé des extraits. Avaient-ils le document ou les avait-on simplement renseignés sur les principaux éléments qu’ils contenait, allez savoir, toujours est-il que l’Est Républicain lui, l’a, et le met en ligne sur son site. Il faut savoir que les journalistes entre eux se surveillent et parfois se détestent. Quant l’un d’entre nous fait du cirque autour d’une information un peu exceptionnelle, il est immédiatement observé avec attention. Or, en l’espèce, l’Est Républicain a omis de mentionner que ses confrères avaient révélé une partie du document avant lui. Erreur. L’honnêteté intellectuelle et la confraternité imposent de citer celui qui a sorti une information exclusive. Cela étant, si vous saviez le nombre de fois où j’ai été plagiée par des petits camarades, le péché de l’Est Républicain ici est véniel.

– ce document il l’a obtenu dans le cadre d’une « relation privée privilégiée » avec une magistrate : voilà qui devient franchement drôle. C’est qui ? Sa soeur, sa meilleure amie, sa femme, sa voisine de palier ? Peu importe. A partir de quel niveau de relation doit-on considérer qu’un journaliste entretient « une relation privée privilégiée » avec une source ? Nous côtoyons l’élite toute la journée, des liens divers et variés se créent entre nous. L’indignation de Philippe Cohen me parait un brin hypocrite. D’ailleurs, j’en viens à me demander naturellement si lui-même ne ressent pas une certaine sympathie (amitié ?) vis à vis de Julien Dray, ce qui expliquerait sa réaction. Au surplus, comme le souligne Authueil, s’indigner qu’on mette la vie privée de  Julien Dray sur la place publique et en profiter pour y balancer celle d’un confrère, ça manque de chic. Ce d’autant plus que ça risque de mettre la magistrate en fâcheuse posture alors que rien ne démontre qu’elle soit à l’origine de la fuite. Mettre en danger la source d’un confrère dans un mouvement d’humeur, ce n’est pas très honorable. Surtout quand on prétend donner des leçons de déontologie et protéger une profession en difficultés.

– Reste la question des misères infligées à Julien Dray. C’est bien la première fois que je vois un de mes confrères pleurer sur le sort de la présomption d’innocence. Soyons francs même si ça choque : tout ce qui est secret nous fascine et nous n’avons de cesse de tenter de le découvrir, c’est dans nos gènes et c’est notre boulot. Philippe Cohen se serait-il autant ému s’il s’était agi d’une personnalité de droite ? On peut raisonnablement se poser la question…Par ailleurs, son indignation est paradoxale, d’un côté il nous dit que l’information de l’Est Républicain a été survendue dès lors qu’on la connaissait déjà, de l’autre, il accuse l’Est Républicain de violer le secret de l’instruction l’enquête. Si je comprends bien, parler du contenu d’un document, c’est bien, le publier, c’est mal. Je rappelle que la Cour européenne des droits de l’homme a considéré il y a quelques années que le Canard Enchaîné n’avait pas commis de faute en publiant la feuille d’imposition de Hugues Jacques Calvet. C’est ici

Nous avons tous des confrères qui nous irritent, qui se mettent en avant, font du bruit, se haussent du col, dont nous pensons secrètement qu’ils ne nous valent pas et que leur talent est inversement proportionnel à leur ego. Entre nous, je ne suis pas sûre que nous devions utiliser les moyens que nous offre notre métier pour régler nos comptes, mais ce n’est que mon avis.

 

Mise à jour du 17 janvier : voyez cet article du Figaro, les avocats de Julien Dray se demandent si les fuites ne viendraient pas de Tracfin.

14/01/2009

Vérifions nos sources

Filed under: Comment ça marche ? — laplumedaliocha @ 10:28

Je surfais hier sur le web, de blogs en blogs, ce qui a été l’occasion de lire des choses intéressantes, parfois drôles, parfois sérieuses, mais aussi de temps en temps parfaitement absurdes, voire totalement erronées. Entre nous, le pouvoir de manipulation du web est proprement vertigineux. Comprenons-nous bien, je ne qualifie pas de faux ce qui heurte mes convictions, mais bien des erreurs factuelles ou de raisonnement graves, sans compter la mauvaise foi dont certains font preuve dans leurs écrits et qui aboutit à une présentation tronquée de la réalité destinée à servir leurs intérêts ou convictions. J’épargnerais ici les auteurs de ces propos en m’abstenant de les citer. Mais cela m’a donné l’idée de vous dire quelques mots des sources des journalistes. Les sources, c’est essentiel dans notre métier, plus nous en avons, plus nous sommes informés. Encore faut-il qu’elles soient fiables, c’est fondamental. Voyons cela de plus près :

les dépêches : tous les journaux ou presque sont abonnés aux dépêches AFP et Reuters. Cela nous permet d’être informés de tout ce qui se passe et d’avoir la matière première nécessaire pour éventuellement rebondir sur une information et la creuser pour rédiger un article. La valeur de cette source est de haut niveau car ces agences font un travail extrêmement sérieux. Il faut néanmoins vérifier les informations car personne n’est à l’abri d’une erreur de date, de chiffre, ou autre.

– les communiqués de presse : ce sont nos spams à nous. On en reçoit toute la journée, sur tous les sujets imaginables. Ils sont rédigés par des professionnels de la communication qui tentent d’attirer l’attention des journalistes sur un nouveau projet, une opération, etc. Il arrive que les informations qu’ils contiennent soient intéressantes, c’est le cas par exemple des communiqués annonçant les résultats trimestriels, semestriels ou annuels d’une société cotée. Mais ces documents doivent toujours être analysés avec circonspection car par définition ils présentent une vision simplifiée et positive de l’information concernée.

– la conférence de presse : C’est une réunion organisée par ceux qui ont une annonce à faire à destination des journalistes. La présentation est suivie d’une séance de questions réponses avec les journalistes. Là encore cela nécessite un travail complémentaire pour vérifier, recouper mettre en perspective l’information. Imaginons que Rachida Dati nous présente la réforme du juge d’instruction, elle nous dira que c’est une avancée fondamentale, que le juge d’instruction ne pouvait demeurer seul face à de telles responsabilité et qu’il fallait mettre fin au mythe de  l’instruction à charge et à décharge. Les journalistes arrivent généralement à de tels événements en ayant au préalable interrogé leurs propres sources et experts pour avoir une vision critique de l’annonce qui va être faite, à moins qu’ils ne le fassent ensuite. Toujours est-il qu’on ne peut se contenter généralement des informations recueillies en conférence de presse.

– les colloques, séminaires et manifestations diverses et variées :  nous sommes souvent invités à ce genre d’événements qui nous permettent d’approfondir nos connaissances sur un sujet, de rencontrer des experts, mais aussi de trouver des idées de sujets.

– les voyages de presse : là on nous invite dans un pays étranger pour nous présenter une nouveauté. Enfin, on nous invite oui, mais en principe on doit refuser. Le problème ici est double. D’une part les rédactions n’ont plus beaucoup de moyens et ont du mal à faire ce qu’elles devraient faire en pratique, à savoir refuser l’invitation et payer elles-mêmes le déplacement s’il le mérite. D’autre part, il faut bien avouer que certains journalistes à la moralité douteuse sont à l’affût de ces invitations qu’ils considèrent comme un complément de salaire. Evidemment la pratique est à bannir pour des raisons d’indépendance.

– les sources personnelles : c’est le fameux carnet d’adresse qui fait la valeur d’un journaliste et lui permet d’avoir ses propres informations en dehors des annonces officielles, voire des scoops. Par exemple, le rapport confidentiel qui fuite…Les sources personnelles, c’est aussi les interviews, les livres que nous lisons, les enquêtes, reportages que nous réalisons etc. 

Quelques observations complémentaires

Mais venons-en à la raison profonde pour laquelle j’ai rédigé ce billet. La première question que doit se poser un journaliste quand on lui donne une information, c’est d’où vient-elle, quelle est la légitimité de la source et quel est le but poursuivi ? Car nous sommes par définition manipulés et je dis cela sans paranoïa aucune. Celui qui nous donne une information a toujours un intérêt à le faire, c’est en identifiant cet intérêt que nous sommes en mesure d’apprécier l’information avec un esprit critique. Le gouvernement annonce une réforme ? Il entend donner au public le sentiment qu’il agit et prend de bonnes décisions. Il est légitime pour faire cette annonce puisque c’est l’auteur lui-même, mais il faut aller du côté de l’opposition et/ou des spécialistes concernés pour apprécier le plus objectivement possible l’annonce qui est faite. On nous fait cadeau d’un scoop ? Là les choses se compliquent. Pourquoi l’auteur de la révélation a-t-il intérêt à ce qu’elle soit portée sur la place publique ? L’intention devient très difficile à saisir. C’est en répondant à cette question que l’on est en mesure de déterminer le niveau de crédibilité que l’on peut lui accorder. Certains viennent nous voir dans une démarche citoyenne pour nous alerter sur quelque chose qui les choque. Mais le plus souvent, nous ne sommes qu’un pion parmi d’autres sur l’échiquier d’une stratégie politique, économique, judiciaire, ce qui incite à la plus grande prudence. 

Voilà. Et le rapport avec les blogs et Internet me direz-vous ? Il est ici : prenez garde à ce que vous lisez sur Internet. Sous prétexte de faire de la contre-information et de résister à l’intoxication des médias ou encore à la pensée unique, quelques petits malins qui croient plus ou moins à ce qu’ils disent jouent sur la corde de la « vérité vraie » pour soutenir des théories fumeuses,  voire de franches énormités. Pensez donc à évaluer les sources : qui vous parle, quelle est sa légitimité à s’exprimer sur un sujet, les propos tenus sont-ils cohérents, vérifiables, contiennent-ils des références  ? Ces références sont-elles utilisées objectivement ou détournées de leur sens ? Voilà quelques réflexes journalistiques de base à mon avis utiles pour s’informer sur le web en évitant l’intoxication. Mais, me direz-vous, voilà qui milite pour la pensée officielle ! Du tout. Personne ne vous empêche de penser différemment, le tout est de de partir d’une base factuellement exacte, c’est pour cela qu’on nous impose à nous journalistes de vous présenter les faits d’actualité le plus objectivement possible et qu’on nous oblige à distinguer clairement les faits de l’analyse. Or, c’est souvent le contraire qu’on vous propose sur les blogs, à savoir des opinions plus ou moins séduisantes sur la base de faits approximatifs, non vérifiables, voire carrément inexistants (avec des exceptions remarquables comme Eolas ou Autheuil par exemple).

Je vous laisse avec cette phrase de Hannah Arendt citée par mon confrère Jean-luc Martin-Lagardette dans « L’information responsable, un défi démocratique ». Editions Charles Leopold Mayer 2008.

« Les faits sont la matière des opinions, et les opinions, inspirées par différents intérêts et différentes passions, peuvent différer largement et demeurer légitimes aussi longtemps qu’elles respectent la vérité de fait. La liberté d’opinion est une farce si l’information sur les faits n’est pas garantie et si ce ne sont pas les faits eux-mêmes qui font l’objet du débat ».

in « La Crise de la culture, vérité et politique ».

12/01/2009

Chic, enfin un vrai débat sur nos droits et libertés

Filed under: Coup de griffe — laplumedaliocha @ 09:55

Depuis le temps que j’attendais un vrai débat de fond sur la politique de Rachida Dati ! On y est. Selon un sondage publié par le Journal du Dimanche, 56% des français estiment que la ministre a eu tort de reprendre le travail 5 jours après son accouchement. N’est-ce pas que c’est passionnant ? Et tenez-vous bien ce sont les femmes qui sont les plus nombreuses à lui jeter la pierre (forcément, les hommes, ils ne savent pas ce que c’est que d’accoucher alors ils répondent n’importe quoi). Enfin, les femmes, surtout les féministes qui hurlent au scandale et accusent la ministre de renouer, je cite avec « l’exploit monstrueux des ouvrières des années 20 ». Entre nous, passer des ors de la Chancellerie Place Vendôme à la Cour de cassation sur l’Ile de la Cité en voiture avec chauffeur, voilà qui me parait réalisable même 5 jours après un accouchement sans que l’on hurle à la torture. La palme revient néanmoins à Ségolène Royal qui, sans surprise, accuse Nicolas Sarkozy de martyriser sa ministre. Où l’on retrouve l’incroyable richesse intellectuelle des débats alimentés par l’Opposition…

Toujours est-il que,  comme vous le savez, dans notre beau pays un problème = une loi. C’est fait. Valérie Pécresse a déclaré qu’il convenait de créer un interim de 16 semaines pour les femmes politiques après leur accouchement. Cette réforme obligera-t-elle rétroactivement Rachida Dati à prendre un congé maternité ? Allez savoir. Du coup, je me dis qu’il faudrait se pencher sur le sort de nos politiques et s’assurer qu’ils respectent scrupuleusement le droit du travail. 

Au fond je plaisante mais je trouve cette polémique d’une désespérante inanité. Les suicides en prison ? On s’en fout. « Ils n’avaient qu’à pas y aller en prison ! ». La rétention de sûreté : « au trou les criminels et à perpétuité encore », les gosses en prison ? « Que voulez-vous ma bonne dame, y’en a qui naissent avec le vice dans la peau, faut bien sévir ». Le budget de la justice, la colère des juges, l’indépendance de la justice, rien à battre, toutes ces questions fondamentales n’intéressent à peu près personne. Mais le congé maternité de la ministre, alors çà, c’est du sujet !  Songez donc, on touche aux acquis sociaux et à la condition féminine. « Citoyens, citoyennes, réagissons, nos libertés sont en péril, tous dans la rue et Rachida à la maison ! »

C’est encore la faute de la presse me direz-vous. Je crains malheureusement que non. Comme d’habitude, elle ne fait que révéler l’état d’esprit d’une société à un instant donné. Et il faut bien admettre que la conscience citoyenne en France commence et s’arrête aux droits sociaux et à ceux des minorités. Entre nous, les féministes auraient pu trouver un combat plus convaincant et surtout s’abstenir de hurler au scandale. Car je me demande bien quel mot on va pouvoir utiliser maintenant pour qualifier l’état des prisons.


09/01/2009

Sarkozy est-il Créon ou Antigone ?

Filed under: Débats — laplumedaliocha @ 16:39

Désolée, j’ai peu de temps en ce moment pour écrire des billets. Pour les journalistes, le mois de janvier est souvent chargé. En effet, il y a toutes les cérémonies de voeux, en particulier dans le monde judiciaire, mais aussi dans les ministères et les différentes instances officielles. A chaque fois, c’est l’occasion de dresser le bilan de l’année écoulée mais aussi d’annoncer quels seront les grands chantiers des mois à venir. Mes journées sont donc un peu chargées en ce moment. Et pour vous donner une petite note d’ambiance, il se trouve que durant le dernier trismestre 2008, le monde a retenu son souffle, par conséquent, il y avait assez peu d’actualité sauf, bien sûr, celle relative à la crise, mais tout le reste était en stand by.  L’activité reprend petit à petit, un peu comme si tout le monde avait pris acte du cataclysme financier mondial et retournait à ses affaires. Ce qui double le volume de travail !

Sarkozy le rebelle ?

Mais ce n’est pas de cela que je voulais vous entretenir. Lors de son discours à la Cour de cassation au cours duquel il a annoncé la fin du juge d’instruction,  le président Nicolas Sarkozy a achevé son propos ainsi :

« Depuis les temps antiques ou dans les théâtres grecs, retentissaient les cris d’Antigone réclamant en vain son droit à Créon, la responsabilité de l’Etat est de répondre à la soif légitime de justice. Je forme le vœu que l’année 2009 nous voit travailler ensemble à la satisfaction toujours meilleure de ce besoin social premier ».

Lulu, Anatole Turnaroud et Dadouche chez Eolas ainsi que le Maître lui-même, animent en ce moment le débat autour de ce projet de réforme. Vous pouvez aussi, si ce n’est déjà fait, aller lire le billet de Philippe Bilger. Tous sont plus savants que moi pour vous expliquer en détail les tenants et les aboutissants de ces déclarations. Au fond, je n’ai pas encore fait ma religion sur ce sujet. C’est très difficile d’émettre une opinion à peu près étayée sur une réforme aussi importante et aussi complexe, a fortiori quand on ne dispose au final que de très peu d’informations sur la forme qu’elle prendra exactement. Car le droit est toujours un équilibre subtile de forces et c’est à l’aune de cet équilibre qu’il convient de le juger.

L’Etat au service d’Antigone

Ce qui me travaille dans l’immédiat, c’est la dernière phrase de son discours. Si j’ai bien compris, le rôle de l’Etat selon Nicolas Sarkozy, serait de répondre favorablement aux attentes d’Antigone. Cette analyse m’interpelle. Souvenez-vous, dans cette pièce, Créon roi de Thèbes, interdit à sa nièce Antigone d’enterrer son frère sous peine d’être lapidée. Antigone  refuse d’obéir, ce qui déclenche un terrible affrontement. Antigone finalement se suicidera. Quelle est au fond l’une des interprétations possibles de cette pièce : mettre en scène une querelle entre le droit naturel ou loi divine – ici l’obligation d’enterrer les morts – et la loi positive qui régit la cité. Personnellement, j’ai toujours été du côté d’Antigone, ce qui m’a valu quelques difficultés avec mes professeurs de droit qui, eux, se rangeaient résolument du côté de Créon. Pourquoi ? Parce qu’il est la loi, l’ordre, l’organisation nécessaire de la cité face aux intérêts particuliers, et aux rebelles de tout poil. Spontanément, le juriste se range du côté de Créon. Et il n’a pas tort, c’est à lui que revient le soin d’assurer la bonne application de la loi et de faire en sorte que nous soyons en mesure de vivre ensemble en gérant au mieux les conflits qui nous opposent.

De vertigineuses questions

Or, que nous dit ici le chef de l’Etat ? Tout le contraire, il estime que le rôle de l’Etat est de faire droit à Antigone ! Du coup, je me suis replongée hier soir dans l’excellent ouvrage de Georges Steiner intitulé « Les Antigones » pour tenter de comprendre, au-delà de ma propre appréhension subjective de la pièce  comment ce texte avait été interprété au fil des siècles. Comme tous les grands mythes grecs, aussi riches que la vie elle-même, celui-ci a donné lieu à une infinité d’interprétations contradictoires et nous n’avons certainement pas fini d’analyser l’extraordinaire potentiel d’Antigone…

Cantonnons-nous à une question passionnante : qui, de Créon ou d’Antigone est le plus subversif politiquement ? Antigone, répondrez-vous spontanément. Eh oui, elle résiste aux ordres, enfreint la règle, désobéit obstinément. Mais Créon lui-même qui édicte des règles en contrariété avec l’obligation d’enterrer les morts, n’est-il pas encore plus subversif si on y réfléchit ? Et alors, dans ce cas, n’est-ce pas Antigone qui représente l’ordre véritable, l’ordre immuable des choses, la loi naturelle ou divine non écrite que tout le monde doit respecter à commencer par le législateur ?

C’est l’opinion d’une partie de ceux qui se sont penchés sur Antigone.

« Quand Antigone invoque les lois non écrites, c’est à une conscience à venir qu’elle fait appel, à des impératifs individuels qui sont étrangers aux normes (..). Le conservatisme de Créon, son refus de jouer le jeu de la sensibilité novatrice, « sophiste », le placent du côté du principe de « réalité ». Les Antigones au contraire imaginent en avant et ne peuvent ni ne doivent supporter le poids et la logique du statut quo ». (Folio, page 201)

Voilà ce qu’écrit Steiner pour synthétiser leur pensée. Si c’est cela qu’a entendu signifier le chef de l’Etat aux magistrats, ils ont de quoi s’agacer sérieusement.

Le discours du Président soulève une question majeure : la justice doit-elle ou non entendre Antigone ? Doit-elle sacrifier l’intérêt général à la revendication d’un seul ? Ou, plus modestement, repenser cet équilibre des forces et si oui jusqu’à quel point ? Les discours de Rachida Dati qui placent la victime au coeur des débats et semblent occulter tout le reste, en particulier les droits de la défense de ceux qui sont mis en cause, – c’est-à-dire potentiellement vous et moi car nul n’est à l’abri d’être un jour en position d’accusé – nous incitent à penser que nous sommes entrés dans la « religion » d’Antigone.  Au fond, je ne suis pas sûre que Sophocle préférait Créon ou Antigone, je pense comme Steiner qu’il estimait que tous les deux avaient raison. C’est le coeur même de la tragédie que l’affrontement de deux positions tout aussi légitimes. Nous avons longtemps vécu en prévilégiant Créon, assimilé à l’intérêt général contre les intérêts particuliers, l’heure est-elle venue d’entendre Antigone ? Si oui, jusqu’où peut-on aller avant de perdre totalement de vue l’intérêt collectif sans lequel aucune société humaine n’est concevable ? Vertigineuse question….

Quoiqu’il en soit, je crois que nous touchons là au coeur de la politique actuelle du gouvernement en matière de justice. Cela vaut bien qu’on s’y arrête un instant !

08/01/2009

Vers un nouveau capitalisme ?

Filed under: Brèves — laplumedaliocha @ 10:23

Juste une brève ce matin car j’ai beaucoup de travail. Un colloque se déroule en ce moment à l’Ecole militaire sur l’avenir du capitalisme. Vous pouvez le suivre en direct ici. Je vous recommande en particulier de consulter la rubrique « Eléments de réflexion ». Vous y trouverez des travaux de Sciences Po assez intéressants, notamment sur la régulation, un thème de réflexion animé depuis plusieurs années par l’excellent professeur de droit Marie-Anne Frison-Roche. La matière en effet est nouvelle en France et encore peu explorée car elle n’entre pas dans les catégories traditionnelles du droit. Par ailleurs, elle est transversale et touche à de nombreuses disciplines, ce qui nécessite de réunir des économistes, des juristes, des représentants du monde économique, des professionnels de différents secteurs pour apprécier concrètement les besoins en matière de régulation et élaborer ainsi des systèmes sur-mesure. Or, la  crise financière que nous traversons impose de repenser entièrement la régulation mondiale de la finance et nous interroge sur des questions aussi fondamentales que la place de l’éthique dans l’économie. Passionnant et déterminant pour notre avenir !

06/01/2009

Des statistiques, des blogs et des salades

Filed under: Débats — laplumedaliocha @ 17:23

Allons, puisqu’il neige, il faut que je m’échauffe un peu la plume. D’abord, j’ai les doigts gourds, ce qui m’empêche d’écrire. Ensuite, les vacances m’ont détendue, je souris aux anges et aux passants tant j’ai amassé de bonne humeur ces derniers jours, voilà qui ne convient guère à l’exercice du journalisme. Nous devons avoir l’esprit aiguisé, douter de tout ce qu’on nous dit, apprendre à froncer le sourcil en écoutant nos interlocuteurs, à penser et écrire avec circonspection et même à tremper parfois nos plumes dans le vitriol. Fort heureusement mon ami Narvic, que j’ai pris au départ pour un classique spécialiste des médias et qui est en réalité un spécialiste de la mort des médias traditionnels, Narvic donc vient de m’offrir sur un plateau de quoi m’entraîner en vue de cette rentrée.

Additionnons des choux et des carottes et donnons le résultat en pommes de terre frite

Car le bougre n’y va pas de mainmorte. Que nous explique-t-il en effet dans son  remarquable billet ?  Que l’audience du Monde.fr n’est guère honorable au regard de celle des meilleurs blogueurs français, ce qui lui donne une occasion de plus de suggérer que la presse est décidément un repaire d’incompétents qui échoue sur le web comme ailleurs et va disparaître d’ici peu au profit d’une poignée de blogueurs qui nous informeront des dernières nouvelles de leur vie, de leur immeuble, voire, pour les plus aventureux, de leur quartier. Si, si. Mais certains commentent l’actualité me direz-vous ? Pour l’instant oui, celle qu’on leur fournit nous les vétustes survivances du passé, mais quand nous aurons disparu comme ils le souhaitent, ils commenteront quoi ? La vie de leur immeuble, vous dis-je. Et nous passerons ainsi joyeusement de l’information générale et objective sur les événements importants du monde délivrée par des professionnels,  à une opinion subjective et microscopique de gentils amateurs bénévoles (quand ils en auront le temps) sur les humeurs de chacun d’entre eux. J’ai hâte d’y être, si vous saviez.

Quand les statistiques dessinent un avenir sur-mesure à celui qui les utilise

D’ailleurs nous y sommes déjà puisque nous découvrons que le blogueur intéresse presque autant les internautes que le journaliste. Les chiffres d’audience sont sans appel, enfin, d’après les blogueurs. Je vous résume, mais le mieux est encore d’aller lire le billet :  les 375 journalistes à temps plein du monde ne font que 253 fois plus d’audience qu’un blogueur (Narvic en l’espèce) à temps partiel. Bon, il y a juste un petit problème, c’est que Le monde.fr, c’est d’après une commentatrice, 25 journalistes pas 375, ce chiffre là, c’est celui de la version papier-préhistorique et encore, il y a eu des licenciements. Je n’ai pas le chiffre exact, ce qui est clair, c’est qu’ils ne sont pas plus d’une poignée sur le site du Monde. Poursuivons néanmoins le raisonnement même s’il commence à battre de l’aile : ces données statistiques approximatives, par un effet de transitivité syllogistique à triple piston inversé, nous permettent d’affirmer que le blogueur est un bien meilleur journaliste que le journaliste. Vous doutez de la méthode ? C’est que vous cultivez un attachement réactionnaire envers la rigueur intellectuelle, allez donc chez mon petit camarade, il vous expliquera tout cela fort bien. Je consens néanmoins à faire un ultime effort pour que vous saisissiez. Les mémoires d’Hervé Villard se vendent mieux en librairie cette année que les écrits de Kant, c’est donc que l’inoubliable auteur de « Capri, c’est fini » est un meilleur philosophe. Vous y êtes ? Fort bien.

Comparons ce qui n’est pas comparable puisqu’au fond comparaison n’est pas raison…

« Mais » se défendra pudiquement Narvic, toujours prêt à faire machine arrière ou à prétendre qu’il faisait de l’humour quand on pointe les failles de ses drôles de raisonnements « je n’ai jamais tiré cette conclusion ! ». Exact, il suggère, c’est pire. Et continue d’alimenter une fâcheuse et stérile confusion entre journalisme et blogs par le biais d’une présentation récurrente des difficultés des uns comparées au succès des autres. La logique est : puisque je me compare à toi, c’est donc que nous sommes comparables. Et puisque tu as des problèmes et moi pas, c’est donc que je suis meilleur que toi. Mais je sens que vous butez là encore sur le raisonnement, donc je vous aide : si on vend plus de paquets de bonbons dans les grandes surfaces que de salades, c’est que les producteurs de salades n’ont rien compris aux goûts des consommateurs et doivent céder la place aux confiseurs qui sont bien plus malins. A bas les salades, ces vieilles choses millénaires qui n’ont pas su s’adapter aux goûts de notre époque. Pas comparable me répondrez-vous ? Il y a de l’indispensable et du superflu, de l’agriculture et de la confiserie industrielle, du salé et du sucré, du bon pour la santé et pour la ligne et du contraire, je trouve aussi, mais on doit se tromper ou s’accrocher à un vieux monde en voie de disparition. Après tout, puisqu’Internet nous libère de tout, commençons par nous émanciper de la pesante raison, on se sentira plus léger.

Droit d’humour

Allons Narvic, ne vous fâchez surtout pas. Je vous taquine. Vous lancez des ballons d’essai, vous réfléchissez tout haut, vous faites des expériences, j’ai compris, mais souffrez que je réagisse car étrangement, je ne vois jamais rien de favorable aux journalistes dans vos écrits alors que vous dites pourtant travailler sur les médias. Voilà qui finit par me chagriner, vraiment.  Lors d’un précédent billet dans lequel vous vous éleviez contre, je cite :  « la fiction du journalisme de mission au service de la démocratie, agent désintéressé de l’intérêt général, quatrième pouvoir pilier de l’équilibre institutionnel, et tout et tout, un discours de nature purement idéologique produit par les journalistes eux-mêmes au service de la défense bien comprise de leur intérêt corporatiste, de leur statut personnel et de leur prestige social »,vous avez répondu à une commentatrice que tout ceci n’était que de l’anthrax, en d’autres termes, si je vous ai bien compris, du terrorisme intellectuel. Au passage amis lecteurs, vous conviendrez que les blogueurs n’y vont pas avec le dos de la cuillère quand ils nous attaquent, et que la philosophie politique ne les empêche pas de dormir; pensez donc, elle date d’avant le web, encore une vieille chose poussiéreuse ! Vous voyez Narvic, au fond j’ai enfin saisi que vous faisiez de l’humour ! Entre nous, j’espère que vos lecteurs aussi car cela ne saute pas aux yeux à la première lecture, mais puisque vous le dites, je vous crois sur parole. Du coup, j’en fais aussi, on s’amuse toujours beaucoup mieux à plusieurs, vous ne trouvez pas ?

Et si nous redevenions sérieux ?

Trêve de plaisanterie. J’adore les blogs, je vous assure, même si certains blogueurs ne rendent pas cette politesse à la journaliste que j’ai l’infortune d’être. D’abord, je l’ai déjà dit, les blogs permettent à des talents de se faire connaître sans avoir à supplier je ne sais quelle puissance de les repérer, ça c’est formidable. Moi qui place le mérite au-dessus de tout, je dois dire que je vois plein d’espoir dans le web en général et les blogs en particulier.

En outre, je trouve qu’ils ont un rôle démocratique fondamental à jouer. La mission de la presse consiste à alimenter le débat public en allant chercher l’information et en la diffusant  largement  à tous. Mais au fond quand on y pense, ce débat n’avait que bien peu de lieux où s’exprimer jusqu’à l’arrivée des blogs. Voici qu’internet offre de véritables plateformes d’expression à tous les citoyens pour discuter, réfléchir ensemble, confronter leurs opinions, rechercher des informations, exprimer des opinions dissidentes ou simplement personnelles. Le journalisme trouve enfin du répondant, nous ne travaillons plus dans le vide, l’information circule, fait du bruit, suscite des réactions ! Des réactions que nous écoutons, que nous répercutons à notre tour qui ont une influence bénéfique sur notre travail. C’est un formidable progrès démocratique.  C’est pourquoi j’en veux beaucoup à tous ceux qui opposent des activités complémentaires en alimentant une fausse guerre dans un but que je ne m’explique toujours pas. Après tout on s’en fiche. Les journalistes continueront à ramener de l’information pour que les citoyens via les blogs puissent en débattre, c’est ça, l’essentiel et c’est formidable.

Pardon à ceux de mes lecteurs que ce débat ennuie. Vous avez raison, il est inepte, mais malheureusement il existe et je trouve que si l’on entend beaucoup les blogueurs sur ce point, la défense des journalistes est bien discrète. Pour information, ce billet, consacré au même sujet, est reproduit aujourd’hui dans Libération et mentionné sur ASI, ce qui signifie qu’il n’est sans doute pas inutile de rééquilibrer le débat pour y voir plus clair et pour que blogueurs et journalistes avancent ensemble plutôt que de se battre. Nous avons tant de chemins à explorer, tant de travail à accomplir pour faire progresser la démocratie …

C’est ça la nouvelle télévision publique ?

Filed under: Coup de griffe — laplumedaliocha @ 10:20

C’était donc hier le premier jour de notre nouvelle télévision sans publicité en soirée. Je vous avoue avoir manqué ce grand moment, je regardais un film sur un autre chaine. Mais lorsque je suis arrivée en deuxième partie de soirée pour Complément d’enquête, j’ai eu quelques sueurs froides. Pour ceux qui n’ont pas vu l’émission, elle était consacrée à la santé et traitait notamment des mobiles, des lignes à haute tension et autres pollutions modernes à l’incidence incertaine sur nos organismes. Un reportage sur les canapés gratteurs chinois (je plaisante mais les photos des victimes à la peau brûlée, voire arrachée étaient horribles), a révélé que ces canapés avaient décimés des dos et des postérieurs britanniques un an auparavant au point que Bruxelles avait alerté les Etats membres, y compris la France. Pourquoi Conforama n’a pas réagi ? Parce que, nous explique-t-on, les alertes ne comportent pas le nom du fabricant (ce qui entre nous les rend inutiles, mais bon). Du coup, la DGCCRF n’ayant pas précisé le nom dans son alerte, personne n’a réagi.

L’art de se taire

Les journalistes ont voulu, avec raison, obtenir des explications complémentaires de cette noble institution. Et là, surprise. Aux termes de plusieurs semaines d’attente, ils ont décroché une interview du directeur de la communication…Et il est arrivé ce qui devait arriver, l’homme n’a absolument rien dit, se limitant à s’enfermer dans des airs embarrassés pour admettre du bout des dents, à reculons et en une seule phrase qu’on ne publiait pas les noms des entreprises pour ne pas les contrarier. Passons sur le fond, j’ignore tout du dossier, il y a peut-être des raisons pertinentes à cela même si apparemment c’est absurde. Ce qui m’a fait bondir c’est qu’on interviewe un directeur de la communication. Ceux qui me lisent régulièrement savent que la communication n’est pas mon amie. Sur le principe, je la trouve utile dès lors qu’elle s’emploie à apprendre aux gens à s’exprimer, ce que tout le monde ne sait pas faire naturellement, surtout avec les médias. Mais là où elle m’agace c’est lorsqu’elle se place en position de censeur. Car au fond, la communication a deux obsessions, livrer une image positive de celui qui l’emploie d’une part, éviter tout sujet embarrassant d’autre part. Par conséquent, une fois qu’elle a dit ce qu’elle avait à dire, autrement dit qu’elle a livré son message publicitaire,  elle impose le black out sur tout le reste. Et là, je ne marche plus. 

Communication toxique

Il y a un directeur à la tête de la DGCCRF, je le sais, j’ai interviewé son prédécesseur. Pourquoi n’a-t-il pas répondu sur ce dossier, pourquoi envoyer à sa place  un communicant officiel qui, comme tout communiquant, cultive l’art de ne rien dire, convaincu qu’ouvrir la bouche c’est toujours se mettre en risque ? D’ailleurs, il ne peut rien dire puisqu’il n’est pas le décideur mais son porte-parole. Si nous admettons ainsi qu’on nous colle sous le micro des directeurs de communication,  il viendra un jour pas si éloigné où nous n’aurons plus aucun contact avec les décideurs, ce qui est pourtant le coeur de notre métier, et où nous devrons nous contenter de vérités officielles sans possibilité de poser des questions et d’obtenir de l’information. Surtout qu’entre nous, dans ce dossier, il n’y avait pas de risque majeur à s’exprimer, c’est une obligation européenne nous dit-on de ne pas révéler le nom de l’entreprise soupçonnée d’intoxiquer les consommateurs, le directeur de la DGCCRF aurait pu l’expliquer lui-même, non ? Il ne risquait pas sa place.

Drôle d’expert indépendant

Il y a autre chose qui m’a fait bondir. L’émission, qui se déroulait à la prestigieuse académie de médecine, avait invité un médecin membre de cette académie et spécialiste du nucléaire, André Aurengo, à commenter deux reportages, le premier sur le danger supposé des portables, le deuxième sur les désordres graves survenus dans une ferme dont les propriétaires mettaient en cause la ligne haute tension passant au-dessus de leurs terres. Dans le deuxième cas, l’expert a précisé, et c’est heureux, qu’il était membre du conseil d’administration d’EDF et ne pouvait donc pas commenter. Ce qui ne l’a pas empêché en quelques mots valorisés  par les lieux, et par ses qualités professionnelles,  de ruiner l’effet produit par le reportage. Mais me direz-vous, c’est le simple exercice des droits de la défense. Oui et non. Soit il intervient comme expert indépendant et donne un avis indépendant, soit il intervient en effet officiellement pour démentir mais là, j’ai trouvé le mélange des genres terriblement douteux.

Si c’est cela, la nouvelle télévision publique française, je ne vois pas en quoi nous avons gagné en qualité. J’aurais préféré conserver la pub car je crains que celle-ci, chassée officiellement, ne revienne se glisser au coeur même de l’information. Et je ne parle même pas du fait qu’en perdant sa capacité à s’autofinancer, cette chaîne risque fort de devenir le valet officiel du pouvoir. De Gaulle aurait aimé, il était persuadé que l’ORTF devait être à son service et disait d’ailleurs, « la télévision est à moi ». Visiblement, nous n’avons pas évolué. Si le sujet vous intéresse, vous pouvez lire « L’info-pouvoir » de Jean-Pierre Bedeï paru en 2008 chez Actes Sud.

05/01/2009

Dites Aliocha, comment on écrit un article ?

Filed under: Comment ça marche ? — laplumedaliocha @ 13:07

Ecrire un article de presse ? Rien de plus simple à première vue. En réalité l’exercice répond à des règles précises ainsi qu’à des contraintes de format, de timing et de précision plus complexes qu’il n’y parait. 

C’est la rentrée ! Du coup, je me suis dit qu’il était peut-être temps de parler un peu de technique journalistique. Car après tout, rien ne parait plus simple que d’écrire un article de presse, n’est-ce pas ?  Il est vrai que lorsqu’on aime écrire, que l’on n’a pas peur d’être lu par des dizaines de milliers de personnes, et qu’on a bien travaillé son sujet, ce n’est pas compliqué. Pour autant, l’exercice répond à des règles qui, souvent, sont ignorées des lecteurs. 

Voyons donc cela de plus près.

Un article de presse, contrairement au billet d’un blog, s’inscrit dans un journal et à l’intérieur d’une rubrique, ce qui impose de respecter un certain nombre de contraintes. Chaque chef de rubrique (International, politique, société etc.) dispose d’un nombre de pages déterminé, lesquelles sont divisées en plusieurs emplacements de différents formats. Ce sont les contraintes de maquette. Pour qu’un journal soit lisible en effet, il faut qu’il soit organisé, le format des articles est donc prédéterminé. Inutile d’envisager de modifier la maquette, allonger ici, raccourcir là, elle est fixe, il faut donc s’adapter. Cela suppose de sélectionner les informations car on ne pourra pas toutes les traiter puis de les hiérarchiser, autrement dit de décider quelle importance on va accorder à chacune. L’emplacement le plus prisé est bien sûr l’article du haut de la page, en particulier de la page dite « d’ouverture », la première de la rubrique concernée.

Une fois que ce travail est fait et que chaque journaliste connaît son sujet, son emplacement et son format, l’écriture commence. Généralement, on débute par la rédaction de l’article et l’on réserve pour la fin le travail d’editing, c’est-à-dire tout ce qui va permettre au lecteur d’identifier de quoi on lui parle et de faciliter son entrée dans l’article. Un article de presse doit répondre dans les toutes premières lignes à la règle des 5 w : who, where, when, what, why. En effet, le lecteur doit comprendre immédiatement de quoi on lui parle, pourquoi, quand l’événement s’est produit et qui est concerné. Ce n’est qu’ensuite que viennent les explications, mises en perspective et, éventuellement, l’analyse qui doit être clairement distinguée des faits.

Comment ça se passe techniquement ?

Quand j’ai commencé le métier en 1995 dans un hebdomadaire spécialisé aujourd’hui disparu, nous écrivions les articles sous word. Ils étaient ensuite imprimés, faxés à l’imprimeur qui nous les renvoyait « composés », en d’autres termes mis en forme dans la typographie et le format du journal. Au moment du bouclage, on les découpait, façon pièces de puzzle, on composait nous-mêmes nos pages, en collant les articles sur une grande feuille A3 lignée, puis on la photocopiait en A4, on la faxait à l’imprimeur qui composait les pages selon le modèle que nous avions déterminé. Evidemment, de tels procédés ont disparu. Désormais, nous avons des logiciels qui permettent à chaque journaliste de travailler directement dans la maquette (pour les blogueurs cela ressemble à leur format de billet, mais en plus sophistiqué). Nous écrivons donc dans l’emplacement réservé, ce qui permet d’ajuster le format de l’article mais aussi du titre, des intertitres et du chapô.

Mais que signifient ces termes me direz-vous ? 

L’objectif d’un journal, c’est de faciliter la lecture des articles, ce qui suppose au départ une maquette clairement organisée et attractive, puis un travail de mise en valeur des textes. Le surtitre, placé au-dessus du titre comme son nom l’indique, renseigne lecteur sur le thème abordé. Par exemple, à la rubrique « société » vous trouverez un article surtitré « justice » qui vous parlera du procès terroriste qui s’ouvre aujourd’hui aux assises, à moins qu’il ne soit surtitré « terrorisme ». Le tout est qu’il complète sans redondance le titre qui, lui, exprime le coeur du sujet. En-dessous du titre, vous trouverez un chapeau (ou chapô dans notre jargon), il s’agit de quelques lignes destinées à annoncer les points essentiels abordés (dans ce billet, ce sont les deux lignes en gras et en italique au début du texte). Puis, dans le texte, la lecture sera rythmée par des intertitres qui permettent au lecteur de se repérer, mais évitent aussi de lui infliger un pavé rébarbatif. Ensuite, on trouvera éventuellement des phrases d’exergue, c’est-à-dire des phrases importantes extraites de l’article et présentées entre guillements. Là encore, il s’agit d’attirer l’attention et de donner envie de lire le texte.

Vient enfin la signature.  Certains se demanderont pourquoi on indique parfois le nom en entier et parfois seulement des initiales. Quand un journaliste écrit un seul article dans la page, il signe de son nom complet ou « tout du long » comme on dit. S’il en a rédigé plusieurs, par exemple un article principal et un éclairage sur un sujet connexe ou un focus sur l’un des aspects du sujet principal (rebond), on n’utilise la signature complète qu’une seule fois et ensuite on recourt aux initiales. 

Tous les articles sont-ils signés ?

Dans les journaux français, oui en principe, sauf les brèves qui sont souvent des synthèses de dépêches ou de communiqués. Comme il n’y a pas de valeur ajoutée, le journaliste ne signe pas. Il y a toujours des exceptions, si la brève correspond à une information importante obtenue par un journaliste de la rédaction mais pas encore assez détaillée pour la développer dans un article, elle sera signée. Dans certains journaux étrangers, comme The Economist, les articles ne sont pas signés. C’est une politique qui a pour objectif de solidariser une rédaction.

Pourquoi certains articles ont-ils plusieurs signatures ?

Evidemment parce que l’article concerné est le produit d’un travail collectif. Cela répond à plusieurs scénarios. Parfois, un sujet nécessite que différents journalistes de la rédaction rassemblent leurs informations, le spécialiste de l’intérieur et celui de la justice, le correspondant à Bruxelles et le journaliste parisien, etc…D’autres fois, c’est parce qu’un journaliste a obtenu une information exclusive dans un domaine qui n’est pas le sien et qu’il co-signe avec le journaliste en charge de la rubrique qui sera capable d’enrichir l’information etc. Il arrive enfin que les articles soient signés « Albert Tartempion avec AFP ». Cela signifie que l’essentiel de l’article est issu d’une dépêche qui a été simplement réécrite, voire légèrement précisée. 

Et après, que se passe-t-il  ?

L’article est relu par le chef de service pour vérification. Un bon chef de service doit être capable, même s’il ne connaît pas le sujet dans le détail, d’identifier les points sensibles, les risques d’erreur et de vérifier avec l’auteur que tout est exact et présenté de la façon la plus claire possible (chiffres, orthographe des noms, raisonnement, logique du déroulé de l’article…). L’article est transmis ensuite à la maquette pour être illustré et mis en forme techniquement. Dans certaines rédactions, il passe entre les mains du spécialiste des titres. Sans oublier l’étape secrétaire de la rédaction-correcteur pour s’assurer de la grammaire, de l’orthographe, de la cohérence d’ensemble du journal… Comme vous le voyez, il y a donc plusieurs niveaux d’intervention et de relecture. Vient enfin l’ultime relecture générale par le rédacteur en chef avant l’envoi à l’imprimerie.

Vu ainsi, cela parait simple. En réalité, ce travail s’inscrit dans le cadre de plusieurs contraintes assez pesantes.

La première est celle de l‘exactitude, exactitude de l’information, mais aussi correction de l’orthographe, de la grammaire, de la syntaxe… Tous les jours, cela finit pas être pesant tant il faut être vigilant sur les contre-sens, les fautes d’inattention, les dates, les noms, les chiffres, la mémoire qui parfois vous trahit, les éléments que l’on croit savoir depuis longtemps et qu’il faut néanmoins vérifier…

A cela s’ajoute une contrainte de temps, nous vivons perpétuellement dans l’urgence. L’urgence de trouver le maximum d’informations dans le minimum de temps, l’urgence d’écrire car nous ne sommes que le premier maillon de la chaîne de production, l’urgence d’avancer sur le sujet du lendemain tout en finissant celui à rendre le soir même, l’urgence de vérifier tel ou tel point à 5 minutes de l’heure du bouclage etc. C’est un état d’esprit, quand on aime l’adrénaline, on devient rapidement accro, mais c’est usant car le journalisme est l’un des rares métiers où lorsqu’on commet une erreur elle se retrouve étalée dans le public à des dizaines de milliers d’exemplaires. Avec le temps, on s’habitue !

Et puis il y a la contrainte du format. La taille de l’article est imposée, celle du titre, de l’emplacement de l’illustration, des intertitres, tout est formaté. Impossible de s’émanciper des calibrages, ce qui impose parfois de faire de la haute voltige pour caser toutes les informations et les explications techniques de plus en plus nécessaires dès lors que n’importe quel lecteur, quelle que soit sa formation, doit être à même de comprendre de quoi on lui parle. Et inutile d’essayer de recourir aux sigles ou aux abréviations pour gagner un peu de place. Le nom de la Commission nationale de l’informatique et des libertés devra être écrit au moins la première fois en entier suivi entre parenthèse de son sigle (CNIL) avant que l’acronyme puisse être utilisé seul dans le reste de l’article, les titres exacts des personnes mentionnées devront être précisés, on ne présume pas que tout le monde sait que Rachida Dati est garde des Sceaux, les termes techniques devront être traduits et expliqués, etc.

Voilà, avouez que nous sommes loin de l’image d’un journaliste dilettante écrivant en quelques minutes un article approximatif avant d’aller boire un verre au bistrot avec ses potes en se fichant bien de savoir s’il a  fait correctement son travail ou pas. Si le résultat vous parait parfois insuffisant, c’est que nous devons faire court et compréhensible par tous, ce qui est aussi frustrant pour nous que pour les lecteurs. Les choses se compliquent lorsqu’on sort un scoop. On sait alors que tous les regards seront braqués sur le « papier », qu’il va secouer le milieu concerné (politique, économique etc), que la moindre erreur peut décrédibiliser le journal, enclencher la mécanique judiciaire ou être utilisée pour contre-attaquer par ceux qui sont mis en cause et ruiner notre travail. La pression peut devenir énorme…ce sont les moments les plus durs nerveusement mais aussi ceux  qui nous rappellent pourquoi on a choisi ce métier !

Allons, un dernier mot pour que vous mesuriez à quel point un journal est un travail de professionnels et une oeuvre collective.

ce billet est trop long :  normal, je n’ai aucune contrainte de format. Comme quoi au fond, c’est important un format imposé, cela évite d’ennuyer le lecteur.

– Il est un peu ardu à lire, touffu, un brin étouffant : c’est que ma maquette est très peu sophistiquée et que je n’ai à mes côtés aucun directeur artistique pour m’aider à  rendre le billet attractif pour l’aérer, l’illustrer, insérer un encadré, trouver une photo en rapport avec le sujet, la placer au bon endroit etc. Par ailleurs, si je suis assez autonome, il m’arrive d’avoir besoin d’être relue par un rédacteur en chef  qui ici aurait pu me dire, « coupe tel passage, il est sans intérêt », « résume telle idée, elle est trop délayée », « inverse ces paragraphes, ce sera plus logique » etc.

– Il contient sans doute aussi des fautes diverses et variées d’orthographe et peut-être de grammaire. Eh oui, il y a dans les grandes rédactions des professionnels de la langue française dont c’est le métier de relire simplement sur la forme et croyez-moi c’est un sacré exercice. Ce sont les rois des pièges de la langue française, un délice.

Le titre et les intertitres ne sont pas très imaginatifs : pire, ce ne sont pas des intertitres mais de banales questions à bânir d’un vrai article de presse. Que voulez-vous, ça aussi c’est un métier.

Le métier de journaliste englobe tous les professionnels d’une rédaction, les rédacteurs, grands reporters, correspondants, correcteurs, maquettistes, secrétaires de rédaction, directeurs artistiques, pigistes, chefs de service, rédacteurs en chef. Chacun a sa spécialité, tous concourrent à vous livrer l’information la plus riche, la plus fiable et la plus agréable à lire possible.

03/01/2009

Vitale impertinence

Filed under: Dessins de presse — laplumedaliocha @ 11:05

Voilà une exposition à ne pas rater ! Elle s’appelle « Permis de croquer » et rassemble  26 dessinateurs de presse à travers le monde autour de 5 thèmes : affaires d’Etat, portraits de puissants, choc des cultures, SOS Terre, délit d’humour. Ces journalistes se sont réunis en 2006 au sein d’une fondation lancée par notre célèbre Plantu qui s’appelle Dessins pour la Paix. L’idée ? Montrer que le dessin de presse peut concourir à la paix en fustigeant les intolérances.

permiscroq

« A l’heure ou d’aucuns avancent l’idée d’un relativisme culturel à l’aune duquel devrait être pondérée la liberté d’expression, il est crucial de faire le pari que, partout dans le monde, la démocratie et l’émancipation seront toujours préférées à la dictature et à l’obscurantisme, et de rappeler qu’il n’est d’acte plus moderne que celui qui consiste à accorder la parole à ses contradicteurs, prélude indispensable à de véritables débats philosophiques …et démocratiques. En somme, il s’agit de poursuivre le combat séculaire de celui qui affirmait : « je ne partage pas vos idées, mais je me battrai jusqu’au bout pour que vous puissiez les exprimer ». (Kofi Annan, président d’honneur de la fondation).

Les 250 dessins exposés sont autant de démonstrations d’impertinence. Un exercice salutaire mais dont on peut se demander s’il n’est pas en sursis. Bien sûr on se souvient de l’affaire des caricatures de Mahomet. Il n’y a pas que cela. Plantu estime que le dessinateur de presse est le baromètre de notre liberté d’expression. Il a raison, quand nous les journalistes de plume sommes trop sages, le coup de crayon de ces dessinateurs ouvre d’indispensables espaces de liberté. Le problème, c’est qu’en France les difficultés de la presse réduisent leur champ d’expression, notamment parce que les éditeurs sont de plus en plus frileux. Et ce n’est rien bien sûr à côté du sort réservé à ceux qui font profession d’impertinence dans des pays qui n’apprécient guère l’humour corrosif du dessin de presse. Ainsi, l’un de mes préférés, l’algérien Ali Dilem est victime régulièrement de menaces de mort, poursuivi dans plusieurs dizaines de procès et cumule les peines de prison, pour l’instant inappliquées.

On ne s’en rend pas toujours compte dans notre pays, mais la liberté d’expression y est presque aussi en danger que dans les Etats intolérants, simplement, la menace est plus insidieuse car les enjeux sont économiques et la censure invisible. Il faut donc défendre ces journalistes. Tant que j’y pense, j’étais surprise hier en visitant l’exposition de n’apercevoir que des visages concentrés se penchant avec le plus grand sérieux sur les dessins exposés. N’oubliez pas de rire ! C’est vrai que les sujets sont graves, mais ils sont traités avec humour, un humour qui rime avec liberté, liberté de penser, liberté de refuser toutes les formes d’intolérance, alors riez.

Et si vous avez un peu de temps en sortant pour flâner dans le quartier du Marais, je vous recommande deux lieux que j’aime beaucoup. D’abord il y a la maison européenne de la photographie qui expose des photos d’artistes et de reporters. Le lieu est agréable, peu fréquenté et les expositions de qualité. Ensuite, faites un détour, surtout si vous avez des enfants, par un endroit aussi inattendu que passionnant : le musée de la magie. Dans les sous-sols d’un très ancien bâtiment du marais, vous y serez sans doute accueillis par un homme impressionnant à la voix de stentor qui vous guidera à travers cet univers aussi kitsch que suranné. Ne vous attendez pas à ce qu’on vous livre les secrets des grands magiciens, ce sont des mystères jalousement gardés. En revanche, le musée présente  plusieurs objets qui expliquent le mécanisme de l’illusion, en particulier celui de l’illusion d’optique. Dans un monde dominé par la communication et le marketing, apprendre comment notre regard peut nous leurrer sur la réalité est tout à fait intéressant !

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