La Plume d'Aliocha

25/01/2009

La courtoisie est-elle une vertu journalistique ?

Filed under: Débats — laplumedaliocha @ 09:35

Diable ! Voici que Jean-Michel Aphatie nous reparle de journalisme. Et pour dire quoi ? Que le traitement réservé à Julien Dray est scandaleux (ce n’est pas faux) et que la justice va devoir faire toute la lumière – et rapidement encore – pour savoir qui a renseigné la presse dans cette affaire. Ainsi donc, un journaliste considère, pour la deuxième fois cette semaine, qu’il faut identifier (et sanctionner ?) les sources qui auraient alimenté ses confrères. Fichtre, il me semblait que nous devions protéger nos sources, pas inviter le parquet à les démasquer !  Je crois comprendre l’intention de Jean-Michel Aphatie, elle est semble-t-il de dire : « chers magistrats, vous vous plaignez  que les affaires judiciaires sortent dans la presse au mépris du secret de l’enquête, de l’instruction, de la présomption d’innocence etc. Commencez donc par faire le ménage dans vos services avant de nous critiquer! ». En d’autres termes, verrouillez vos robinets et les journalistes se tairont puisqu’ils n’auront plus rien à publier. Qu’on me permette de tiquer légèrement, je ne suis pas certaine que ce soit à un journaliste de dire une chose pareille, sauf à vouloir se tirer une balle dans le pied….

Surtout que ces réactions se drapent de vertu et de déontologie. La déontologie, mais laquelle ? Voilà que nous retrouvons notre bonne vieille confusion entre courtoisie et éthique, caractéristique de la presse française. Allons, amis journalistes, soyons infiniment polis, disciplinés, tenons-nous en à l’information officielle, ne froissons pas les gens, ne contrarions pas un homme politique et même défendons-le contre les accusations injustes, protégeons la vie privée, la raison d’Etat, le secret des affaires, la pudeur des uns, les intérêts économiques des autres, soyons compréhensifs et abordons tous nos interlocuteurs par cette formule type : « s’il vous plait monsieur/madame (rayer la mention inutile), excusez-moi de vous demander pardon, mais si ça ne  vous dérange pas excessivement, j’aimerais énormément écrire un article entièrement à votre louange que vous aurez le droit de relire et de corriger et dont vous choisirez la date de publication qui vous conviendra le mieux ». Ne riez pas, nous sommes déjà trop polis en France, ce qui m’incite à forcer le trait pour montrer où nous pourrions en arriver si nous n’y prenions pas garde. Il est vrai que nous traversons une crise importante, mais je ne suis pas certaine que c’est en faisant plaisir à tout le monde que nous en sortirons vainqueurs. Et je ne suis pas sûre non plus que l’on puisse jouer les chiens de garde de la démocratie en plaçant la courtoisie en tête de nos règles professionnelles.

Revenons à un peu de raison. Le journalisme n’est pas l’art de plaire, mais au contraire le devoir de déplaire, pour reprendre l’admirable expression d’Eric de Montgolfier. L’exercice de notre métier impose d’entrer en conflit avec de nombreux intérêts opposés à l’information du public et la déontologie n’est pas destinée à éradiquer ces conflits mais à les gérer dans les meilleurs conditions. D’ailleurs, la plupart de nos règles sont pensées précisément pour nous protéger de ceux que nous allons nécessairement énerver en faisant notre métier. L’indépendance nous permet en principe de déranger les puissants sans risquer notre place (je dis bien « en principe ») et le secret des sources garantit que l’identité de celui qui nous informe sera protégée. La politesse en revanche, c’est l’arme fatale entre les mains de tous ceux qui veulent nous mettre à leur botte : « je vous confie cela mais ça reste entre nous n’est-ce pas, on ne dit rien à la plèbe, nous sommes entre gens importants, nous sommes amis ».  Vous saisissez la manoeuvre ? Le journaliste est attiré du côté de celui dont il parle, il devient son « ami ». Ses rêves d’ascension sociale se réalisent, il entre enfin dans l’élite. Croit-il, car entre nous je vais vous dire, plus on fait cela et plus on est pris pour des imbéciles par ladite élite – à juste titre, il faut bien l’avouer. On ne nous respecte plus, on ne nous craint plus, on nous manipule. Eh bien non, le journaliste n’appartient pas au monde qu’il observe, il ne doit rien à celui-ci,  il est les yeux du public, pas le copain des puissants. Je ne serais pas surprise que ce soit cette petite mécanique pernicieuse qui ait poussé inconsciemment mes confrères à défendre Julien Dray en s’en prenant aux sources qui ont alimenté les journalistes sur l’affaire. Pour les meilleures raisons du monde, cela dit, et en pensant sincèrement défendre une bonne cause. 

Peut-être faut-il voir au fond dans ces réactions l’ombre des affaires Outreau et Baudis, ces affaires qui ont montré à la presse qu’elle ne devait pas suivre aveuglément la police et la justice et que celles-ci pouvaient se tromper. C’est une saine réaction, mais je crois que nous devons nous garder de l’excès inverse qui consisterait à prendre systématiquement le parti des mis en cause contre la justice. Ce qui nous ramène tout naturellement à notre exigence d’objectivité…

Une petite précision pour finir : Eolas me demandait récemment si tout était permis au journaliste, y compris de trahir sa parole, et, dans l’affirmative, si cela ne risquait pas à terme de nous priver de nos sources. Bien sûr que non un journaliste ne doit pas trahir sa parole, mais il ne doit surtout pas la donner à tort et à travers. Par conséquent, il faut réfléchir à deux fois avant de s’engager au silence, car si on le fait, c’est foutu. Et si nous en profitions pour revenir aux fondamentaux :

Pour qui travaille le journaliste ? Le public.

Quel est son métier ? Trouver l’information et la rendre publique dès lors qu’elle répond à un intérêt légitime d’information.

Quelles sont ses obligations ? Livrer une information exacte et objective. Protéger ses sources. Défendre son indépendance.

Que doit-il à son métier ? Se souvenir à chaque instant qu’il est dépositaire d’une mission démocratique fondamentale, ce qui n’est en aucun cas un privilège mais une responsabilité. Et le rappeler en tant que de besoin à tous ceux qui tentent de faire pression sur lui pour l’inciter à servir un autre intérêt, fut-il parfaitement respectable, que celui de l’information du public.

Quand on a ces quelques principes fondamentaux en tête, il me semble qu’on est paré. Au passage, les événéments de cette semaine montrent à quel point il est urgent d’avancer sur le dossier de la déontologie. 

 

NB : C’est le deuxième billet en réaction aux propos de Jean-Michel Aphatie cette semaine, pur hasard, il se trouve qu’à deux reprises, il a pris des positions avec lesquelles je ne suis pas d’accord.  Je précise ici que ce billet n’est pas un appel à la critique contre mon confrère, mais un simple débat. 

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23 commentaires »

  1. Décidémment je comprends de mieux en mieux le « vide » dans certains journaux.
    merci de vos explications.

    J’imagine que vous avez eu vent de l’affaire de la phrase de Jean-Claude Narcy qui disait à propos d’Aretha Franklin : « On devait chanter comme ça dans les champs de coton! ». Pensez vous que les réactions qui ont suivis sont dûs à une habitude des gens de la politesse du journalisme, de ces phrases qui parfois s’allongent pour prendre toutes les précautions sur ce qu’il dit.

    Merci pour votre blog.

    Commentaire par rutrapio — 25/01/2009 @ 11:06

  2. Le problème aliocha c’est que dans le cas d’affaire politique vous savez très bien que les journalistes sont manipulés par leur source, les cabinets noirs n’ont pas commencés et arrêtés avec chirac…

    Vous refuser de voir ce problème, dans un tel cas la source ne doit pas être considéré comme fiable, le devoir des journalistes est alors d’aller dans les deux sens et de remonter cette piste qui est aussi de l’information, et qui dans certain cas est même « déontologiquement » plus importante question démocratie…

    Aliocha : faire une contre-enquête, explorer l’hypothèse d’une manipulation politique, fort bien, mais ce n’est absolument pas ça qui est fait ici, ni par Philippe Cohen, ni par Jean-Michel Aphatie. Pour l’instant, on en est à des allusions gratuites visant les magistrats, ce qui entre nous, ne me convainc guère. Par conséquent, je trouve ces accusations inutiles.

    Commentaire par JEAN — 25/01/2009 @ 11:19

  3. Puisque la majorité des journalistes est – selon vous – composé de personnes consciencieuses et que ces règles déontologiques que vous explicitez fort clairement doivent bien leur être connues, comment expliquez-vous que la presse commette aussi régulièrement des manquements à ces règles?

    Aliocha : Des manquements ? Certes, ils existent mais je serais bien en peine de les dénombrer. Ce que j’observe, c’est une crise d’identité profonde qui s’enracine dans la crise économique et s’y alimente. Moins on vend, moins on a de moyens, donc moins on peut faire correctement son travail, revendiquer son indépendance, hausser le ton, se faire respecter. Et quand on entend à longueur de journée que le public nous désavoue, de deux choses l’une, soit on s’accroche, soit on renonce. Mais cette sinistrose n’empêche heureusement pas l’esprit journalistique de vivre et de s’exprimer au coup par coup dans tous les titres et même dans quelques excellents reportages télé ou encore dans des livres. J’attend le moment où les éditeurs de presse comprendront qu’ils ne doivent pas vendre de l’information au rabais mais au contraire de l’excellente information.

    Commentaire par Kemmei — 25/01/2009 @ 15:35

  4. Je me rappelle une question de déontologie qui a frappé la presse française il y a quelques années, la « découverte » de la fille cachée de François Mitterand, Mazarine. Les faits étaient largement connus des journalistes, qui les ont longtemps tus par pudeur. Pudeur qui se comprendrait s’il ne s’agissait que d’une banale affaire de coucherie mais, comme l’a dit Erik Emptaz dans un remarquable éditorial du Canard à l’occasion d’une autre affaire (la – première – séparation de Cécilia et Nicolas Sarkozy*), cela allait au-delà, des ressources de la République avaient été utilisées pour couvrir les faits, et les journalistes, alors, avaient manqués à leurs devoirs, qui sont d’abord et avant tout envers le public, en se taisant pour d’insuffisantes bonnes raisons.

    * Et pour justifier que les journalistes en parlent autant. En l’occurrence, l’argument d’Erik Emptaz était que Nicolas Sarkozy avait tellement instrumentalisé sa vie privée, l’avait tellement mise en scène, qu’elle n’était plus si privée que ça.

    Aliocha : l’affaire de la fille de Mitterrand est l’emblème de ce journalisme courtois qui par peur de mal faire en oublie de faire tout simplement son travail.

    Commentaire par Schmorgluck — 25/01/2009 @ 16:18

  5. ça me gonfle de savoir qui couche avec qui… vous dites tout et son contraire. Pour Rachida Dati, c’était un scandale de s’intéresser à ses 5 jours de congé maternité et après vous avoir lu, j’étais d’accord avec votre vision des choses et voici que je lis maintenant que les journalistes n’ont pas fait leur travail en taisant le fille de Mittérand!!! vraiment, je n’arrive pas à suivre… il y a la presse people et les autres non?

    Aliocha : le critère de la CEDH encore et toujours : l’information répond-elle à un intérêt légitime du public ? Savoir qu’un président de la République a une fille cachée nourrie aux frais du contribuable présente un intérêt. Quant à Rachida et son congé maternité, c’est autre chose, il n’y a pas la révélation d’une information privée ou confidentielle, mais un débat assez dénué d’intérêt si on le compare aux autres débats qu’elle aurait pu susciter sur sa politique.

    Commentaire par pahdoc — 25/01/2009 @ 20:25

  6. Le problème aliocha c’est que nous avons eu la preuve avec les carnets de bertrand que certains journalistes n’étaient pas très regardant sur leur source… encore une fois je suis près à mettre ma tête à couper qu’ici nous sommes exactement dans le même cas … mais certains journalistes ne semblent pas avoir plus de mémoire qu’un poisson rouge

    Aliocha : ici, ils ont la note de Tracfin, or une telle source est indiscutablement plus fiable que les bruits de chiotte griffonnés par Bertrand à son propre usage.

    Commentaire par jean — 25/01/2009 @ 20:28

  7. Le problème c’est cette culture française du « jeu de la reconnaissance réciproque » c’est-à-dire de la connivence.

    Le rapport entre la presse et la politique a toujours été incestueux (le nombre de politique marié avec des journalistes est-il une spécificité française ?)

    Difficile alors, lorqu’on se tient par la barbichette, de s’affranchir de ceux qui vous réclame la reconnaissance du ventre !

    Aliocha : c’est bien ce qui m’inquiète et ce contre quoi je me bats 😉

    Commentaire par Le Chevalier Bayard — 25/01/2009 @ 20:58

  8. décidement aliocha soit vous êtes naive soit vous êtes … poisson rouge

    Ce qu’a mis en évidence bertrand c’est que les « plus grands journalistes » de Paris venaient picorer dans sa main pour alimenter leur scoop, il suffit de voir que les affaires politiques sorties à l’époque viennent de lui

    La note Tracfin comment a-t-elle pu sortir alors que seul le parquet (c-a-d l’état c’est à dire sarkozy) et tracfin lui même (c’est à dire l’état c’est à dire sarkozy) y avait accès

    Il ne suffit pas d’avoir une information juste pour la balancer sans scrupule, il faudrait aussi se poser la question de pourquoi on vous oriente subitement sur cette information, mais bien sur cela certains journalistes s’en moquent…

    Au fait backchich publie une enquête intéressante,http://www.bakchich.info/article6545.html , c’est bizarre mais je crois que vos amis journalistes ne vont pas être très pressé de la relayer, il y aurait pourtant pas mal de chose à creuser.

    Aliocha : il est quand même curieux que personne n’envisage l’hypothèse que ce soit les amis politiques eux-mêmes de Julien Dray qui aient fuité…pourtant, lorsqu’un politique se fait démolir dans la presse, c’est généralement son camp qu’il doit remercier

    Commentaire par jean — 26/01/2009 @ 07:28

  9. En ce qui concerne « l’affaire Mazarine », je pense que les raisons du silence ont peut-être été plus complexes et variées que la seule courtoisie.
    Par exemple, les gens du Canard Enchaîné étaient au courant aussi, et on peut difficilement les taxer d’excès de révérence, il me semble. En revanche, la tradition du journal est très sourcilieuse sur les questions de vie privée, ce qui les a sans doute fait passer à côté des véritables enjeux de l’affaire, ses aspects qui auraient pourtant été pile dans leur ligne éditoriale.

    Aliocha : c’était une position globale de la presse française à l’époque sur la vie privée, position qu’on ne peut que saluer sur le principe, sauf qu’ici, elle était contestable. Il est toujours plus simple de se réfugier derrière une abstention vertueuse que de prendre le risque de faire son travail.

    Commentaire par Schmorgluck — 26/01/2009 @ 09:32

  10. Sur les questions de vie privée, je crois que ce qui peut retenir pas mal de journalistes, c’est la difficulté de ne pas en faire trop.

    Dire que Mitterand avait une fille cachée aurait sans doute répondu au critère d’information de la CEDH, oui. Mais pas si on en avait fait plus d’un ou deux articles (sauf pour des histoires de dépenses publiques, mais je parie que si l’histoire avait été révelée, ces dépenses auraient vite cessées). Dire que R. Dati est enceinte, c’est aussi une information utile (parce que de manière évidente cela peut influer sur son travail de ministre), mais en faire des dizaines d’articles, des discussions sans fin sur le père ou le congé maternité, ça ne l’est plus. Problème, comment faire pour réveler une information utile sans que cela ne dégénère en articles « peoples » inintéressants ? J’imagine que des journalistes confrontés à ce problème peuvent choisir de se taire pour ne pas tomber dans ce travers.

    Plus généralement, sur la courtoisie journalistique, je crois en effet que c’est vraiment un problème global, ce qui le rend difficile à résoudre. Les interlocuteurs des journalistes (que ce soient les sujets des articles ou les rédacteurs ou autres) et certains journalistes eux-mêmes ont une vision de journalistes tellement policés que ceux qui ne répondent pas à ces attentes se trouvent de fait ostracisés, ou du moins montrés du doigt (et pas en bien !). Cela rend évidemment toute mutation difficile…

    On évoque souvent les médias d’autres pays (le Royaume-Uni, par exemple) pour leur liberté de ton et leur franchise, mais j’imagine qu’ils ont aussi d’autres défauts. Y’a-t-il des échanges importants entre journalistes des différents pays, ou est-ce que, plus ou moins, chacun reste dans son coin ?

    Commentaire par Rémi — 26/01/2009 @ 10:36

  11. Une question plus nuancée que vous ne posez pas Aliocha:

    Le journaliste doit-il révéler une information qu’il sait obtenue illégalement?

    Ca ne me semble pas si évident que cela… d’aucuns pourraient arguer que la Loi peut parfois protéger les puissants et qu’à ce titre, le journaliste devrait braver son autorité, lorsque d’autres y opposeraient que la mission d’information du journaliste n’est certainement pas un passe-droit.

    Dans l’affaire Julien Dray, le journaliste sait que l’information est obtenue en violation du secret de l’instruction…secret dont il n’est pas tenu lui-même.

    Je crois que tout est question de clairvoyance dans l’équilibre entre l’intérêt légitime d’information et la violation de la loi.
    Certains ne font pas cet exercice de réflexion et regardent peu quant au trouble provoqué par la violation de la loi.

    Quelle est votre opinion?

    Aliocha : la révélation d’un scandale provient presque toujours d’une violation d’une règle juridique par la source : secret de l’enquête ou de l’instruction, secret professionnel, secret des affaires. Et c’est là-dessus que la justice française tente de coincer les journalistes en les accusant de recel ou de complicité, la cour européenne ne suit pas ce raisonnement dès lors que l’information répondait à un droit légitime du public à connaître l’information concernée. Je partage cette vision. Dans sa réponse à mon billet JMA y voit un dérapage de journalistes qui se croiraient au-dessus des lois. Ce n’est absolument pas ce que je dis et ce n’est d’ailleurs pas la réalité. Simplement, nous ne pouvons pas faire notre métier si on nous oppose une floppée de droits opposés à l’information légitime du public. La question ensuite pour le journaliste est d’agir avec prudence et discernement. S’agissant de Dray, il faut évidemment être sûr que la note de Tracfin n’était pas un faux et il faut ensuite l’interpréter avec prudence car cette liste de dépenses n’est pas en soi une preuve de culpabilité. Entre nous, si elle était fausse, nous le saurions déjà.

    Commentaire par Nemo — 26/01/2009 @ 11:45

  12. quelques remarques sans queues ni têtes :
    – l’impression que c’est désormais l’édition plus que la presse qui permet la sortie de vastes enquêtes (il faudrait s’étendre sur les raisons à ce fait : droit d’auteur en plus du traitement de journaliste, notoriété liée à une publication personnelle, temps pour l’enquête et espace pour la publication, etc ???)

    Aliocha : bien vu, je crois que c’est dû en partie au fait que les rédactions n’ont plus les moyens de payer des journalistes pour réaliser des enquêtes au long cours ni la place de publier celles-ci, par conséquent, l’édition a récupéré un grand pan de ce qui figurait avant dans les journaux. Cela vaut aussi pour les avis d’experts sur l’actualité qui sortent en un mois et 250 pages souvent ma torchées.

    – lu dans le dernier Tigre un long papier sur l’affaire « Tarnac » avec des notes importantes quant au travail journalistique (documents en possession des journalistes, faits révélés ou pas, etc) : vrai problème de l’immédiateté (et à mon sens de la mémoire : je l’ai relativement dénoncé dans mes revues à propos de la crise du gaz entre la russie et l’ukraine. une crise qui revient quasiment tous les ans en janvier depuis au moins 3 ans et dont les journalistes donnent l’impression qu’elle est soudaine et sans raison) et de l’absence de recul. on peut égréner des papiers au fils des infos mais il est bon à un moment de remettre les faits en perspective (ce que fait le Tigre – ou ce qu’avait fait Zola avec son J’accuse, pour la première fois rappeler tous les éléments d’une affaire) afin de voir ce que donne le tableau. 21 et sa parution trimestrielle (qui permet en donnant plus de temps et de place aux journalistes de faire des papiers plus consistants) est une bonne idée (après il faut voir son économie).

    Commentaire par david — 26/01/2009 @ 12:23

  13. J’adhère complètement à ce que dit JMA sur les journalistes et cette tarte à la crème du « secret des sources ». Je vous mets au défi Aliocha de me trouver un seul pays démocratique (Europe ou Amérique du Nord) où le secret des sources des journalistes est total. Trouvez m’en un seul. Et pour ce qui est de la cour de strasbourg, lisez donc ses arrêts EN INTEGRALITE plutôt que de vous contenter de prendre des extraits qui vous arrangent en oubliant les passages où la cour dit qu’il y a des cas où ce secret trouve ses limites. Puisque je vois qu’Aliocha se pique de faire du droit, une question : à votre avis dans les 6-7 arrêts de la Cour de strasbourg sur le secret des sources, dans combien de cas y a-t-il eu condamnation de l’Etat mis en cause ? Désolé Aliocha, vous répétez un peu bêtement ce que vous lisez dans les journaux sur le sujet et ce que les avocats des journaux vous disent à vous journalistes pour faire plaisir à leurs clients (journalistes et journaux) et non parce que c’est le fond du droit. Désolé mais je ne suis pas obligé de partager cette nouvelle mythologie professionnelle des journalistes par laquelle ils veulent se prendre pour une nouvelle aristocartie ! La démocratie n’appartient pas aux journalistes ! Ils y ont leur part mais pas plus que les autres (les politiques, les avocats, les citoyens, les associations, etc.)

    Aliocha : Je me pique de faire du droit parce que je suis ……juriste, si, si. Par conséquent, non, je ne répète pas bêtement ce que je lis dans les journaux, non je n’ai jamais dit que les journalistes étaient une aristocratie ou que la démocratie nous appartenait. Merci de lire correctement avant de commenter.

    Commentaire par Pelicane — 26/01/2009 @ 12:27

  14. Une question

    Pourquoi, au moment de l’élection présidentielle, les journalistes n’ont-ils pas informé de l’état du couple Hollande-Royal ?

    Je n’ai aucun goût pour les histoires privées des uns et des autres. Je m’en fiche.

    Mais il me semble que concernant une candidate de premier ordre officiellement présentée par les medias comme toujours en couple avec le premier secrétaire du parti politique qu’elle représentait, l’information sur la réalité de ce couple n’était pas mineure. Loin de là.

    JMA défend la transparence dans son billet. Bien.

    Je n’ai pas le souvenir que JMA, au moment de la campagne présidentielle, journaliste politique et très représentatif, selon moi, de cette pratique du off avec ses interlocuteurs politiques, ait eu ce même souci de transparence vis-à-vis de ceux qui l’écoutaient ou qui le lisaient

    Commentaire par Véronique — 26/01/2009 @ 14:03

  15. Toute personne qui transmet une info confidentielle à un journaliste a forcément une raison de le faire et elle n’est pas toujours avouable. Mais quelle importance cela a-t-il si l’info est exacte et socialement significative ?

    En revanche, si celui qui dévoile l’info commet de ce fait un délit, pourquoi serait-il anormal de souhaiter qu’il soit sanctionné ? Le journaliste bénéficiaire du dit délit, c’est entendu, doit protéger sa source. Mais pourquoi serait-il défendu à d’autres journalistes de souhaiter que police et justice fassent leur boulot vis-à-vis de ce délinquant comme de tous les autres ?

    Le problème, c’est que bien souvent la source n’est autre qu’un magistrat ou un flic participant à l’instruction… (d’ailleurs, les parties civiles, elles, ne sont pas tenues au secret).

    Cela ne change rien, s’agissant de JM Apathie, au fait que c’est à mon estime un personnage assez nauséabond à l’égo boursouflé.

    Commentaire par Grizzly — 26/01/2009 @ 17:19

  16. @8: TRACFIN est un service des ministères économiques et financiers qui n’est pas sous l’autorité directe du Président de la République. L’État ne saurait être assimilé totalement à son Chef. Autour de l’auteur de la note, il y a un monde fou: une voie hiérarchique, des collègues, des camarades, des amis, les différentes parties &c. Il est assez difficile de trancher formellement même si mon petit doigt m’a dit.

    Quant à Mazarine, une publication aurait sans doute éviter la triste affaire des écoutes. La République s’en serait mieux portée.

    Le congé-maternité d’une femme publique a un intérêt public relativement à la continuité de l’exercice de l’autorité public. Dans un gouvernement, vacances prolongées (plusieurs semaines) est synonyme de remplacement. Un ministre fait place au précédent et « loin du cœur et loin yeux, de nos villes, de nos banlieues », la notoriété du second « meurt peu à peu » (d’après un air connu).

    Commentaire par PEB — 26/01/2009 @ 17:36

  17. Bonjour Aliocha et à tous,

    Mon humble avis, sur la dénonciation calomnieuse de Julien Dray et les judicieuses fuites judiciaires, c’est que cela fait partie de cette petite mallette à outils de communication indispensable pour le communicant, surtout politique.

    Au même titre que le OFF, la conférence de presse bidonnée, le copinage politico-journalistique, la fausse vraie-fuite, la vraie fausse-fuite, le procès d’intention, la langue de bois, l’expression creuse mais pleine d’efficacité (ex. « de source proche de…, il est dit que… »), etc… enfin toutes ces anecdotes que vous nous racontez régulièrement dans vos billets sur la pseudo-communication, sont des outils efficaces pour faire passer un message au profit d’une cause.

    C’est à ce demander d’ailleurs s’il n’existe pas un manuel, une école ou une formation (un peu comme celles qui formatent les traders pour manipuler et pervertir les mécanismes de la banque et de la finance) pour apprendre à mettre en oeuvre ces techniques perfides !

    D’ailleurs, un petit billet sur ce qui existe et se fait de mieux en la matière serait intéressant.

    Scoop : Une information confidentielle émanant du monde judiciaire nous apprend qu’un témoin fiable proche de la victime, confirme ce que tout le monde sait déjà mais n’ose dire : à savoir que la journaliste qui sévit sous le pseudonyme Aliocha serait … 😉

    Commentaire par OeilduSage — 27/01/2009 @ 08:34

  18. Comment punir un « acheteur compulsif » habile et toujours proche des mouvements lycéens (d’extrême gauche ?) qui n’a pas le trac et qui est fin poltiquement ?

    En déclenchant TRACFIN parce qu’il a réussi à casser la réforme des lycéens ?

    Commentaire par Le Chevalier Bayard — 27/01/2009 @ 10:11

  19. Aliocha me répond qu’elle est juriste et que cela suffit à rendre ses lectures des arrêts de la Cour de strasbourg pertinentes. Deux exemples :

    Aliocha n’a jamais dit ça, elle a juste dit qu’elle était juriste, vous déformez mes propos, de même que vous répondiez sur le secret des sources dans votre premier commentaire, ce qui est hors sujet, mais puisque vous me cherchez, me voici.

    1) Aliocha nous dit que « le critère » de la cour de strasbourg est : « l’information répond-elle à un intérêt légitime du public ? » Désolé, mais ce n’est pa sexactement ce que dit la Cour. Ce qu’elle dit :
    a) il y a des informations dont la protection est légitime, voire indispensable (sécurité nationale, impartialité de l’autorité judiciaire, etc.) ;
    b) il est donc légitime que le droit sanctionne la violation par tel ou tel de ces informations protégées ;

    Aliocha : aïe, vous omettez une précision importante, c’est que cette protection doit être particulièrement légitime pour triompher de la liberté d’expression. C’est dans tous les arrêts que vous m’accusez de n’avoir pas lus.

    c) lorsque cette violation consiste en une révélation au public de ces informations par un journaliste, deux situations sont à distinguer :
    – est-ce que le journaliste lui-même peut-être poursuivi pour violation d’un secret ? La cour répond : ça dépend selon que l’information ainsi publiée s’est révélée ou non importante pour le débat public (Aliocha n’a pas prêté attention à cette expression de la cour) ; en tout cas c’est au cas par cas et a posteriori que cette évaluation de la responsabilité pénale du journaliste s’évalue ;
    – est-ce que le journaliste peut être contraint de révéler le nom de sa source ? La cour répond : ça dépend, selon que l’information ainsi publiée s’est révélée ou non importante pour le débat public ; donc ici aussi c’est du cas par cas.

    Aliocha : ai-je dit le contraire ? Non, vous discutez avec vous-mêmes en fait.

    C’est cette logique du cas par cas que beaucoup de journalistes et leurs avocats nous présentent comme un ethéorie du secret des sources par la cour de strasbourg ! C’est quand même curieux chère Aliocha que la France vous semble être le pays du monde où le secret des sources est le moins protégé et qu’il n’existe toujours pas d’arrêts de Strasbourg contre elle ! On lit partout que la France a été condmanée à strasbourg sur le secret des source smais personne n’est fichue parmi les journalistes de donner la référence de la décision parce qu’il n’en existe pas !

    Aliocha : sur le secret des sources, il a été reconnu par la CEDH dans l’arrêt goodwin c/Royaume-Uni du 27 mars 1996. On se le remémore pour le plaisir ? Allons : « La protection des sources journalistiques est l’une des pierres angulaires de la liberté de la presse. L’absence d’une telle protection pourrait dissuader les sources journalistiques d’aider la presse à informer le public sur des questions d’intérêt général». « Seul, un motif prépondérant d’intérêt public permet de lever le secret des sources» (§ 39 de l’arrêt). Quant aux condamnations de la France, désolée, mais elles sont au nombre de deux : Fressoz et Roire le 21 janvier 1999 (affaire du Canard enchainé) et Dupuis et autres contre France du 14 juin 2007. Voyez à ce sujet l’excellent article de Diane de Bellescize et Martine Ostrovski paru à la Gazette du Palais du 4 septembre 2008.

    2) Cette logique du cas par cas est renforcée par l’expression à la notion d' »information répondant à un intérêt légitime du public ». Aliocha elle-même la preuve du caractère vaseux de ce pseudo-critère. Elle nous dit « savoir qu’un président de la République a une fille cachée nourrie aux frais du contribuable présente un intérêt. Quant à Rachida et son congé maternité, c’est autre chose, il n’y a pas la révélation d’une information privée ou confidentielle, mais un débat assez dénué d’intérêt si on le compare aux autres débats qu’elle aurait pu susciter sur sa politique ». Sauf que ses confrères de Backchich ont pour leur part publié un papier sur le père supposé de Mme Dati en considérant qu’il s’agissait « d’une information répondant à un intérêt légitime du public ». Aliocha devrait nous donner un critère du critère ! Que fait-elle de la réponse de Backchich consistant à dire qu’il leur fallait d’autant plus publier que la question du père de Rachida dati faisait agir des services secrets étrangers (marocains en l’occurrence) qui considéraient que cette situation pouvait être compromettante de leurs intérêts par rapport à l’Espagne ?

    3) Aliocha nous dit que « la justice française tente de coincer les journalistes en les accusant de recel ou de complicité ». Désolé Aliocha, vous êtes peut-être juriste mais en retard d’une jurisprudence de la cour de cass sur la question du recel journalistique.

    Aliocha : chambre criminelle 11 juin 2002 et 11 février 2003, merci, je connais mes classiques. Mais d’abord, les juges du fond ne suivent pas toujours l’illustre exemple de la chambre criminelle. Par ailleurs, l’exception de vérité n’est toujours pas admise lorsque les faits remontent à plus de 10 ans ou constituent une infraction amnistiée. Sans compter tous ceux qui tentent de distinguer le secret fiscal du secret de l’instruction afin de réduire la portée de l’arrêt Fressoz & Roire.

    J’ai sans doute été sèche dans mon premier post mais parce que les poncifs m’irritent, encore plus les poncifs journalistiques, fussent-ils commis par des juristes.

    Aliocha : La plupart des poncifs que je vous sers en réponse à votre commentaire aussi aimable qu’objectif sont le fait de professeurs d’université, nous en déduirons donc que vous n’aimez pas les poncifs universitaires non plus, n’est-ce pas ?

    Commentaire par Pelicane — 27/01/2009 @ 13:25

  20. Désolé mais vous mélangez tout. Ex.: Vous continuez de mélanger des affaires proprement dites de « sources » avec des affaires qui n’en sont pas proprement. Le Canard Enchaine n’a pas été condamné pour non-révélation d’une source mais pour révélation d’une information protégée. Donc dire que Fressoz et Roire est une affaire de secret des sources est proprement inexact.

    Aliocha : je vous explique les conséquences de l’arrêt de la cour de cassation fort heureusement déjouées par la cour de Strasbourg : je publie une déclaration d’impôt qui montre qu’un patron a augmenté son salaire, ainsi, on ne peut pas m’accuser de diffamation puisque j’ai la preuve de mes dires en main. Il faut donc trouver autre chose pour sanctionner le vilain journaliste : ce sera le recel de violation de secret professionnel. En d’autres termes, ce que je dis est vrai, mais je le dis grâce à un document obtenu illégalement. Comment puis-je me défendre ? En révélant ma source si elle n’est pas soumise au secret professionnel car j’ai très bien pu obtenir ce document de quelqu’un d’autre que d’un fonctionnaire des impôts. Dans ce cas, le recel tombe puisque l’infraction de violation de secret disparaît. Sauf que je dois protéger ma source donc je ne peux pas me défendre. La CEDH heureusement a brisé le raisonnement, pas sur la source en effet, mais sur une ingérence disproportionnée du secret fiscal face à la liberté d’expression. Je gage que les juges de la Cour ont tenu compte des explications des journalistes. Voir les considérants 46 et 47 de l’arrêt. http://cmiskp.echr.coe.int/tkp197/view.asp?item=1&portal=hbkm&action=html&highlight=fressoz%20%7C%20et%20%7C%20roire&sessionid=18498376&skin=hudoc-fr

    Quel argument : je répète ce qu’écrivent des professeurs d’université ! Jusqu’à preuve du contraire c’est pas devant eux qu’on plaide mais devant les juges. « Les professeurs de droit écrivent ce qu’ils peuvent. Nous décidons ce que nous voulons ». De quels méchants juges cela vient-il ?

    Aliocha : et je suppose qu' »on » plaide régulièrement contre la presse…Quant à la doctrine, vous savez, elle n’invente rien, elle s’interroge juste sur le décalage entre la jurisprudence de la CEDH et celle des juridictions françaises en matière de liberté de la presse. Personnellement, je trouve la question intéressante. D’ailleurs, plutôt que de m’attaquer, il eût été beaucoup plus intéressant de positionner le débat sur ce terrain. Vous ne trouvez pas ?

    Commentaire par Pelicane — 27/01/2009 @ 15:34

  21. […] pour un journaliste de réclamer l’identification des sources ayant informé la presse dans l’affaire Dray. Il y voit semble-t-il chez moi une insuffisante connaissance de l’éthique et me soupçonne […]

    Ping par L’indépendance, voilà le vrai combat ! « La Plume d’Aliocha — 29/01/2009 @ 23:22

  22. […] au coeur même du métier mais aussi des polémiques dont nous avons parlé ici sur les affaires Dray et Kerviel. Je gage par exemple que Jean-Michel Aphatie  n’est pas un chacal, il ne veut pas […]

    Ping par Deux livres nécessaires « La Plume d’Aliocha — 22/02/2009 @ 11:08

  23. […] Le journalisme n’est pas l’art de plaire, mais de déplaire. […]

    Ping par aux sources du journalisme « humeurs de gauche — 22/12/2009 @ 20:44


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