La Plume d'Aliocha

22/01/2009

Parlons donc du « off »

Filed under: Affaire Kerviel,Débats — laplumedaliocha @ 13:41

Allons bon, voici que mon éminent confrère Jean-Michel Aphatie reprend le flambeau de l’éthique journalistique pour s’indigner de l’article du Parisien sur Jérôme Kerviel paru ce matin.  Je ne saurais lui reprocher de jouer les gardiens de la vertu dès lors que je suis moi-même persuadée que le journalisme du 21ème siècle sera éthique ou ne sera pas. Mais éthique ne signifie ni naïf, ni à plat ventre.

Ce qui indigne Jean-Michel Aphatie, c’est que visiblement ce papier est le produit de ce qu’on appelle, dans le jargon des communicants, des « rencontres informelles » et non pas d’une interview accordée officiellement en vue de sa publication.

Voyons cela de plus près. Il existe bien des façons de rencontrer des journalistes. D’abord la conférence de presse où on les convoque officiellement pour leur annoncer un événement dont on espère bien qu’ils le relateront. Dans ces cas là, on estime que les propos sont entièrement publics de sorte que même dans les journaux où l’on a l’habitude de faire relire les citations avant parution (presse quotidienne économique et presse spécialisée), on s’affranchit de cette règle et l’on raconte au lecteur l’information reçue et les commentaires qui ont suivi en citant leurs auteurs.

Bien entendu c’est off !

A côté de cela, il y a le rendez-vous en tête à tête fixé dans le but de publier des citations dans un article ou une interview (c’est-à-dire le retranscription d’une discussion en intégralité). C’est aussi officiel. Et, enfin, dans des cas plus rares, il existe des entretiens absolument « off » où l’on nous confie des informations à la condition expresse que nous ne révélions pas la source mais en espérant bien que l’information, elle, sortira. C’est ça, le vrai off, celui que l’on doit protéger à tout prix et qui nous astreint déontologiquement parlant à des règles absolues de secret, mais c’est le secret de la source, pas celui de l’information.

En fait, il y a encore une autre formule qui se développe actuellement, beaucoup moins claire, et que personnellement je déteste : la rencontre informelle. Ah ! la belle chose que voilà. On convoque plusieurs journalistes dans une sorte de conférence de presse Canada dry : c’est une réunion d’information entre d’une part quelqu’un qui a un message à délivrer et d’autre part des professionnels de l’information, on y discute, pose des questions, obtient des réponses, mais halte là ! il ne faut rien dire au lecteur, c’est entre nous !  Les ministères en sont friands, la rencontre informelle leur permet de faire passer des messages, de fournir des explications techniques qui ne donneront pas lieu à des articles relatant la rencontre mais irrigueront les articles suivants. Exemple : un ministre annonce une réforme = article. Son cabinet une semaine plus tard assure le suivi auprès de la presse et fournit des explications = pas d’article, ce n’est pas officiel. Les politiques ne sont pas les seuls, on connait bien ça aussi dans le monde économique, cela se traduit souvent par des déjeuners et dîners,  « informels » comme on dit, comprenez « off ».

Quel est au fond le but de ces fameuses « rencontres informelles » ? Créer une complicité avec la presse, faire passer sa vérité, mais pas officiellement, il ne faut pas que ça se voit, forcément c’est de la stratégie d’influence et l’influence comme chacun sait a horreur de la lumière. C’est un animal nocturne, discret, furtif.

Stratégie d’influence

Mais revenons à notre affaire. Pourquoi croyez-vous que le trader, entouré de ses avocats, convoque des journalistes et leur parle en off  depuis des mois (c’est Jean-Michel Aphatie qui le dit) ? Pour défendre sa cause bien sûr sans heurter les magistrats qui n’apprécient guère, et on les comprend, que la presse en sache plus qu’eux, et pour contrer le puissant adversaire (la Société Générale) en présentant sa vision de la situation. Voici donc les journalistes pris au coeur d’un affrontement titanesque entre le trader le plus médiatique du moment et l’une des plus puissantes banques française. Est-il seul, perdu, Kerviel, est-il la victime des vilains journalistes ? Du tout, il est en pleine stratégie de défense médiatique et judiciaire accompagné de ce que le barreau fait de mieux en matière de défenseurs. Personne ne me fera croire que mes confrères sont plus malins que ces avocats-là et que le rapport de force est à leur avantage.  Nous ne sommes pas des imbéciles, je le répète à longueur de billets, mais là franchement, on a affaire à de sacrés pointures question stratégie, dialectique, utilisation du pouvoir des mots pour convaincre et tout le toutim.

Je veux bien que l’on puisse reprocher aux journalistes d’avoir brisé ce drôle de « off » stratégique et, de surcroît, le matin d’un rendez-vous chez le juge, au risque d’irriter celui-ci. Le Parisien est un bon journal, gardons-nous de croire qu’il l’a fait sans réfléchir et de lui jeter la pierre aussi vite.  Et surtout, bon sang, ne soyons pas naïfs au point d’opposer le gentil et fragile Kerviel aux méchants journalistes sans foi ni loi.

Quand on parle à un journaliste, il faut en assumer les conséquences. Et qu’on n’essaie pas de me faire croire qu’on nous parle dans l’espoir fou qu’on se taise ! A chaque fois qu’un de mes interlocuteurs me regarde avec un air complice en me disant « bien entendu c’est off », j’ai envie de lui éclater de rire à la figure et de lui dire : « mais si c’est « off » mon grand, pourquoi tu me le dis ? » Fumisterie. Si on tient vraiment au silence, on fuit la presse, sinon, on assume. Et on s’abstient surtout de jouer les vierges effarouchées quand ce qu’on a dit finit pas sortir dans les journaux. Car c’était bien le but, n’est-ce pas ?  Alors bien sûr, on aurait aimé que mes confères demandent l’autorisation de publier l’article, que les avocats fixent eux-mêmes la date de parution qui leur convenait le mieux, et puis valident aussi le contenu, hein, tant qu’on y est ? Pardonnez-moi, mais en l’état de ce que savons du dossier, la faute déontologique n’est pas évidente. Car après tout, cultiver notre indépendance et la faire respecter, c’est aussi une régle déontologique, c’est même la principale et celle aussi qui est actuellement la plus en danger. Je ne suis pas certaine ici qu’il fallait la sacrifier au profit d’un « off » d’influence dans le cadre d’une stratégie judiciaire. Nous travaillons pour les lecteurs, c’est-à-dire le public, pas pour la défense des intérêts de ceux qui se retrouvent dans nos colonnes. Même si certains, y compris dans ma profession, ont encore du mal à le comprendre.

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30 commentaires »

  1. c’est comme moi, je vais chez le psy. mais c’est absolument pas pour aller mieux!!!

    Commentaire par pahdoc — 22/01/2009 @ 14:00

  2. En parlant du « off » et de toutes ses répercutions plus ou moins attendues, voire provoquées : cette stratégie de communication est-elle une fois de plus une particularité française ou les journalistes des autres pays, européens en particulier, en font-il aussi l’objet ?

    Commentaire par OeilduSage — 22/01/2009 @ 14:06

  3. @pahdoc, vous avez raison pour le psy. Faites comme Woody Allen : il n’est plus aller voir son psy dès qu’il a senti que son psy allait mieux !

    Commentaire par OeilduSage — 22/01/2009 @ 14:09

  4. En parlant finances, banques et off, une autre question que j’ai entendu lors d’un interview radiophonique « OFF » alors que ma radio était sur ON, et à laquelle la réponse est restée désespérément off.
    Les banques sont connues pour être de très gros propriétaires fonciers. Pourquoi ces biens ne sont-ils pas vendus pour combler les différents gouffres financiers ?

    Commentaire par OeilduSage — 22/01/2009 @ 14:15

  5. @oieldusage.Je vais continuer un peu, il a l’air un peu fatigué en ce moment. (mon psy)

    Commentaire par pahdoc — 22/01/2009 @ 14:29

  6. J’ai vu ce midi à la tv (la 4) l’histoire.
    J’ai eu surtout l’impression que d’un côté il y a eu l’opportunisme du scoop, et de l’autre, bien sûr, une stratégie, mais avec un acteur un peu inconscient quand même.
    J’imagine que J.K. possède une personnalité particulière qui ne facilite pas le boulot de sa défense.
    Enfin bref, il me semble que les enfants de cœur ne se trouvent pas dans cette histoire là.

    Et de plus, que l’on s’offusque de l’opportunisme des traders sur les événements que « le monde » pleure est bien absurde, c’est tout de même un métier où la vocation est de faire du « fric », dont l’odeur se bonifie avec la quantité.

    Commentaire par DePassage — 22/01/2009 @ 14:30

  7. « Quand on parle à un journaliste, il faut en assumer les conséquences ».
    Croisez donc seulement le regard (ou l’ouïe dire) d’un écrivain (vous pouvez même n’avoir rien dit)…

    Commentaire par david — 22/01/2009 @ 14:42

  8. « Le mot qui n’est pas sorti de ta bouche est ton esclave, celui qui en est sorti ton maître. »

    Que chacun prenne ses responsabilités! S’il y a une réunion technique, je ne vois pas ce qu’il y a de mal à dire d’où vient l’information et de commettre un papier de mise en perspective.

    Aliocha : en effet, mais vous savez ce qui agace mes petits camarades ici ? C’est qu’ils ont respecté ce « off » douteux alors qu’ils auraient dû le contester au nom de l’indépendance (obligation déontologique) tandis que d’autres (Le parisien) ont fait passer leur indépendance avant ce qu’il faut bien appeler du copinage, fut-il involontaire et de bonne foi. C’est ce qu’il y a de particulièrement pernicieux dans ces « rencontres informelles », on nous manipule et on nous enjoint de nous taire pour des raisons que je trouve hautement contestables. Car au final on nous fait croire que nous sommes redevables à ces gens de je ne sais quelle loyauté alors que la seule loyauté que nous devons avoir s’exerce vis à vis des lecteurs. C’est ainsi que l’on crée lentement, insidieusement un journalisme de connivence dont les journalistes sont plus victimes que vraiment acteurs.

    Commentaire par PEB — 22/01/2009 @ 15:25

  9. si je comprends bien, mais je lis vite, ce qu’Aphatie reproche au Parisien, c’est en gros ce que Cohen reprochait à l’Est Républicain : leurs sources. (Même si ensuite, on peut discuter les papiers eux-mêmes).
    peut-être aimeraient-ils eux-mêmes les avoir, ou le courage de les faire jouer. car, si certains révèlent, au nom de l’intérêt du public à avoir connaissance de ces faits (si intérêt il y a effectivement) le contenu de ces « rencontres informelles » et pas eux, c’est bien aussi sur eux que le doigt se pointe.

    Aliocha : exact, sauf que plus d’y réfléchis, plus je vois chez Cohen une rivalité confraternelle doublée d’une sympathie politique, tandis que Aphatie ici me semble sincère mais,et ce n’est pas la première fois que je l’observe, également victime de sa sincérité. Pour être plus claire, j’ai le sentiment qu’il sous estime la capacité de manipulation de ses interlocuteurs.

    Commentaire par david — 22/01/2009 @ 15:49

  10. Certes vous ne » travaillez pas pour la défense de ceux qui se retrouvent dans vos colonnes », mais ne devez vous pas vous interroger sur le « timing » de vos publications.
    Je crois savoir que en ce cas ça n’est pas le journaliste qui décide mais son patron qui lui songera sans nul doute au tirage de son journal.
    Dans cette affaire il semble qu’on ai voulu être le premier en ce moquant apparement du préjudice qu l’on créerait en ce jour particulier
    C’est ce dernier point qui m’interpelle.

    Aliocha : Le timing est important en effet. Voyons donc cela de plus près. Aphatie nous dit qu’il y a eu depuis des mois plusieurs rencontres informelles ntre Kerviel et les journalistes. Pour « augmenter les ventes » comme vous dites, l’article n’avait pas à sortir spécifiquement aujourd’hui, la cote de Kerviel n’a pas grimpé d’un coup, elle est permanente, les français dit-on l’adorent (allez savoir pourquoi). La sortie aujourd’hui est liée à notre tyran à nous : l’actualité. C’est elle qui nous gouverne. Du fait de cette convocation judiciaire, le sujet redevient d’actualité et, selon les règles du journalisme, il est judicieux de le publier aujourd’hui pour éclairer le lecteur sur l’état de la procédure et les enjeux de ce qui se passe en ce moment même dans le cabinet du juge. C’est cela, le coeur de la logique journalistique. Mais celle-ci en effet entre régulièrement en conflit avec d’autres logiques et d’autres intérêts. A première vue, il n’est pas dans l’intérêt de Kerviel que ce dossier sorte aujourd’hui (je dis « à première vue seulement » car vous n’imaginez pas les stratégies que certains peuvent imaginer et qui incluent les fausses fuites dans la presse suivies de fausses dénégations) bref, tenons pour acquis que Kerviel est pénalisé par cette publication. Le journalisme doit-il renoncer à sa mission au nom de la protection d’un autre intérêt que l’information ? Eternelle question, éternel conflit entre journalisme et raison d’Etat, moral des troupes en temps de guerre, présomption d’innocence, secret de l’instruction, vie privée…Comment le résoud-on ? Au cas par cas et croyez-moi que ça réfléchit dans les rédactions contrairement à ce qu’on croit. Personnellement, je n’ai rien trouvé de mieux que le critère de la CEDH : l’information présente-t-elle un intérêt pour le public ? Ici la réponse est oui, oui c’est intéressant de savoir que Kerviel va devant le juge, oui c’est intéressant de connaître son analyse de l’affaire ainsi que celle de ses avocats, mais aussi d’ailleurs celui de la Générale, également interviewé. Car l’enjeu, rappelons le, c’est 4 milliards de perdus, c’est aussi la sécurité du contrôle interne de nos banques, vous savez, celles qui ne veulent plus prêter aux entreprises parce qu’elles sont exangues. Personnellement, je trouve que nous avons tous le droit d’en savoir le plus possible. Non ?

    Commentaire par noel — 22/01/2009 @ 16:07

  11. un jour… le Parisien aurait fait le même article demain et c’était bon, il aurait toujours été dans l’actu et il aurait respecté un minimum Kerviel, mais là on sent quand même le désir du scoop à tout prix.

    Aliocha : journalistiquement parlant, le bon jour de parution, c’est aujourd’hui. Maintenant, s’il était paru demain, il aurait eu l’air d’un compte-rendu, ce qu’il n’est pas, et il aurait pu donner au juge le sentiment que Kerviel se lâchait dans la presse après son audition, ce qui n’aurait été guère mieux pour lui….vous voyez que c’est compliqué quand on sort de nos règles à nous, même si on voulait bien faire on risquerait de faire mal. Le mieux est encore de faire notre boulot selon nos propres exigences. A vouloir entrer dans une autre logique que la nôtre, nous nous exposons à nous faire manipuler. Comme par exemple quand on respecte un « off » bidon pour faire plaisir à des avocats dans le cadre de leur défense 😉

    Commentaire par JEAN — 22/01/2009 @ 16:36

  12. bonjour Aliocha bonjour à tous les lecteurs

    j’ai regardé hier un document reportage fort intéressant sur les dessous de la presse people et les rapports entretenus entre cette presse et ceux qu’on appelle people
    je pense que ces rapports ambigus ont tendance à s’étendre à l’ensemble du corps social et de la presse comme un jeu pervers qui déroute le lecteur

    vous indiquiez dans un précédant billet que la presse est entre le marteau et l’enclume
    je dirais pour ma part que certains essaient et parviennent à vous instrumentaliser mettant à rude épreuve la déontologie de nombreux de journalistes
    votre rôle devenant chaque jour plus difficile

    Commentaire par artemis — 22/01/2009 @ 16:37

  13. Dans son blog, ce que reproche J-M Apathie, c’est le timing du Parisien. Ce journal a recueilli pieusement les dires de l’inculpé principal. A la fin de l’instruction, le quotidien a souhaité donner à ses lecteurs un éclairage à ses lecteurs en s’appuyant sur le récit de l’intéressé.

    Je ne vois pas où il y a le mal. J. K. savait, en toute connaissance de cause, à qui il parlait. Cela bouleverse désormais sa stratégie de défense. De plus, son regard sur son affaire et sur sa vie a sans doute évolué au cours du temps. Cet effet de recul de plusieurs semaine est psychologiquement déstabilisant. Mais, au fond, tant pis pour lui! « Tel est pris qui croyais prendre. »

    Un journal n’est pas le complice d’une stratégie de défense. Il est au service de la sagacité de ses lecteurs. Rien n’oblige cependant à publier tout de suite. Le moment opportun est le moment utile. La conclusion de l’enquête en est un.

    Le papier incriminé est très riche quant au fond. Il montre l’atmosphère hautement virtualiste de la haute finance. Il nous donne à penser sur la tension psychologique du milieu, du rapport à la hiérarchie. On a l’impression que le trading est une « came » puissante « plus forte que la blanche colombienne et l’héroïne afghane » (d’après un air connu). Il fallait clairement le publier avec sa source, une source qui nous mène au cœur de l’action. L’affaire Kerviel apparait dans ce texte comme un signe avant-coureur de la grande crise (dépression?) de ces quatre derniers mois.

    Commentaire par PEB — 22/01/2009 @ 16:47

  14. Quelle hypocrisie !
    Si ce brave Kerviel – victime expiatoire – ne souhaitait pas, avant son audition, voir une seule ligne de ses propos (« off) publiée dans un journal, il ne fallait pas parler à un journaliste. Il fallait que Kerviel la ferme ! Le journaliste a fait son boulot. Détenteur d’une information, il se doit de la publier.
    Personnellement, j’en ai assez de ces débats stériles qui font passer la presse pour une tribune d’expression où un support de communication lambda. Les colonnes d’un journal ne sont ni un réceptacle pour des états d’âmes, ni un service de PA ni même une officine pour régler ses comptes…
    Encore une fois, Kerviel, c’est de l’actu. Il parle, on publie. Si nous ne le faisions pas, nous ne serions alors pas à notre place.
    De grâce, sachez préserver ce fantastique contre-pouvoir que d’aucuns appellent la presse…

    Aliocha : Fichtre, vous êtes journaliste pour écrire de si belles choses ? 😉

    Commentaire par Cassandre — 22/01/2009 @ 17:45

  15. Pensée du soir. Décidément, j’aime bien votre blog. Et le regard -raisonné- dans les coulisses qu’il permet. Merci.

    Commentaire par Lindir — 22/01/2009 @ 18:29

  16. J’approuve la démarche du parisien. Seul bémol: la justification du directeur adjoint de la rédaction : la publication de ces propos « sert la vérité et ne dessert pas Kerviel »
    Le fait de nuire ou non à Kerviel n’entre pas en ligne de compte. A moins que ces propos ne soient une protection juridique nécessaire pour éviter une poursuite (de type je suis de bonne fois et ne souhait pas commettre de préjudice). Mais n’étant ni juriste ni journaliste, j’ignore sur une telle précaution est nécessaire.
    Cet article est une réussite sur plusieurs plans. Des propos clairs et sourcés. Une remise en perspective, juste avant le retour de l’évènement à la une, un angle à ce jour nouveau.

    Commentaire par Aegor — 22/01/2009 @ 18:30

  17. Eric Dupond-Moretti, avocat de Jérôme Kerviel : « moi, je crois en l’honnêteté totale de cette journaliste. les propos ont été tenus. ce qui est simplement un peu énervant pour Jérôme Kerviel, c’est que la date de la publication n’avait pas été envisagée ». (BFM TV)
    en plein dans le mille, Aliocha. plan com kaputt.

    Aliocha : Merci pour l’info. C’est quand même fou que ce soit un de nos confrères qui nous attaque et un avocat des personnes concernées qui nous défende. Nous sommes tombés bien bas. Que j’en ai marre de ce mea culpa collectif, de ces dos courbés, de ces journalistes honteux, ne sachant plus comment faire pour ne déranger personne, échapper aux critiques, faire plaisir à tout le monde. Debout bon sang !

    Commentaire par david — 22/01/2009 @ 19:37

  18. Le respect du « off », ça se résume au pouvoir de nuisance de la personne qui parle : si elle garde le pouvoir de nuire au journaliste (ne serait-ce qu’en fermant durablement le robinet à confidence), le « off » sera plus ou moins respecté, sinon il ne le sera pas.
    Kerviel à simplement pris une fois de plus la grosse tête, il a cru qu’il resterait intéressant suffisamment longtemps pour que la menace « je ne parlerais plus na! » marche. Ce qu’il a oublié, c’est que dès la fin de son procès, il retournera à l’oubli, qu’il le gagne ou qu’il le perde.
    Un politicien ou un grand patron, voire même une simple vedette « pipole », c’est autre chose, la carrière dure des dizaines d’années, se fâcher avec eux est plus gênant.

    Aliocha : affligeant mais pas faux, sauf que lorsqu’on les chahute tous ces gens importants, on s’aperçoit qu’en réalité, ils ne boycottent pas forcément, encore faut-il essayer pour le savoir 😉
    Et puis cela n’explique pas le silence de tous ceux qui ont participé à ces réunions informelles…Evidemment Jean-Michel Aphatie, il ne peut pas en faire grand chose du « off » sauf nourrir sa culture personnelle. La presse économique ne parlera jamais de Kerviel ça contrarierait la Générale et ça ne ferait pas sérieux auprès des lecteurs. Mais les autres ?

    Commentaire par folbec — 22/01/2009 @ 21:03

  19. (ce qui suit est plutôt un compliment)

    C’est assez étrange. J’ai souvent envie de hurler en vous lisant, car parfois je ne suis pas d’accord, mais pas d’accord du tout. Et puis, çà la réflexion, vous écrivez probablement trop, réagissez probablement trop aux commentaires, ce qui permet d’en apprendre parfois plus que dans l’article lui-même. Et au final, quelques jours plus tard, je reviens, et je lis à nouveau… Bravo, donc.

    Mais vous ne m’ôterez pas de la tête que Le Parisien a cherché du scoop facile en en faisant une telle pub avec ce timing. Et puis quand vous dîtes que Le Parisien est un bon journal, j’ai envie de sourire. Ou alors je ne connais pas assez la concurrence 😉 Rassurez-moi, vous parlez de tout le Parisien, ou de la manière dont parfois sont traités dans les pages nationales certains sujets d’actualité. ..

    Aliocha : aïe, je vais vous faire hurler : je parle de tout Le Parisien qui remplit parfaitement sa ligne éditoriale de proximité avec le lecteur (vous pouvez trouver qu’il n’est pas à votre niveau mais c’est un autre sujet) et qui de surcroît a le courage de faire son métier de journaliste et, en effet, de traiter l’actualité nationale parfois mieux que ses concurrents. Un journal qui sort des scoops n’est pas un journal qu’il faut accuser de se faire de la pub (d’ailleurs en quoi serait-ce mal de vendre, autrement dit d’intéresser les lecteurs ?) mais au contraire féliciter de faire son boulot de journaliste au lieu de vous servir de la com’ officielle et des dépêches batonnées. (ne hurlez pas trop fort)

    Commentaire par decalage — 22/01/2009 @ 23:33

  20. Je viens de regardez le magazine Envoyé Spécial ce soir…
    Il semble que la technique du OFF soit aussi devenu un stratagème pour les journalistes : « Allez, maintenant qu’on a arrêté la caméra, vous pouvez tout nous dire… »

    Aliocha : c’est de bonne guerre non ?

    Commentaire par OeilduSage — 22/01/2009 @ 23:36

  21. Les gens qui font l’actu et le OFF c’est comme le gamin gourmand et le pot de confiture caché dans l’armoire : Non faut pas… faut pas… allez juste un peu c’est tellement bon… oh et puis flutte, encore un petit peu, personne ne le saura !

    Aliocha : oui et non, ce que vous évoquez, c’est le comportement des gens dans les cocktails après le premier verre, ils se lâchent et font les malins devant les journalistes. Ce que je décris dans ce billet c’est de la stratégie d’influence construite et organisée.

    Commentaire par OeilduSage — 22/01/2009 @ 23:52

  22. Que Kerviel mente n’a aucune importance!

    Car en contestant sa propre réalité dans les médias, il crée sa propre propagande qui trouve ainsi une caisse de résonance dans l’opinion en raison du contexte actuel dont la crise bancaire systèmique planétaire lui sert de levier pour démultiplier et dénoncer l’absurdité dudit système et mieux condamner les banquiers.

    Peut-on alors le présenter comme un maillon « faible » ?

    Madoff avec sa « pyramide Ponzi » lui est un escroc à la puissance 1O !

    Doit-on alors considérer Kerviel (qui ne s’est pas enrichit personnellement)comme avoir été victime du système ?

    En effet, stratégie quand tu nous tiens….

    Commentaire par Le Chevalier Bayard — 22/01/2009 @ 23:57

  23. Avec le temps vous verrez que la stratégie d’influence du OFF construite et organisée sera si bien admise qu’elle se fera au 20 heures à la tv.

    Commentaire par OeilduSage — 23/01/2009 @ 00:45

  24. 24 OeilduSage

    Depuis l’invention en 1984 des « Spins doctors » (conseillers en communication ou agents d’influence) par les conseillers de Ronald Reagan,tous les 2O h de la terre en use et en abuse !

    La technique du « Spinning » (du débat sur le débat à partir du off) est une vieille réalité qui trouve sa source dans le « Storytelling » !

    Souvenez-vous, par exemple, du « vrai-faux off » de JOSPIN…

    En mai 2004, John S. Caroll, le rédacteur en chef du Los Angeles Times, au cours d’une conference sur l’éthique du journalisme à l’université de l’Oregon à propos de FOX NEWS et de son pseudo-journalisme constatait : »Partout en Amérique, il y a des bureaux qui ressemble à des salles de presse; et dans ces bureaux, il y a des gens qui ressemblent à des journalistes, mais ils ne sont pas engagés dans le journalisme. Ce qu’ils font, ce n’est pas du journalisme, parce qu’ils ne considèrent pas le lecteur – ou, dans le cas de la télévision , le téléspectateur – comme un maître que l’on doit servir. Ils considèrent leur public avec un cynisme froid : au royaume du pseudo-journalisme, le public est une chose à manipuler ».

    Le 20 H de TF1 qui « vend à Coca-Cola du temps de cerveau humain disponible » ressemble alors très certainement à FOX NEWS !

    Commentaire par Le Chevalier Bayard — 23/01/2009 @ 02:56

  25. Un autre reproche que fait JMA, avec un parallèle avec sa Nemesis les Infiltrés est le risque d’atteinte durable à la confiance faite aux journalistes. Les propos ont été tenus sous la promesse à tout le moins verbale de ne pas publier sans l’accord de l’intéressé. Ce qui faisait une source d’information et d’analyse du dossier précieuse pour les journalistes, à condition d’être conscient que c’est une source intéressée.

    Le Parisien, en s’offrant un scoop, n’a-t-il pas compromis à l’avenir la possibilité de recevoir des confidences des principaux intéressés d’un dossier, qui souhaitent donner leur opinion, mais pas officiellement de peur de conséquences judiciaires néfastes (le juge d’instruction n’aura que modérément apprécié les propos de Jérôme Kerviel, c’est probable).

    Faire des confidences à un journaliste est une aberration, j’en conviens, un peu comme ces clients qui appellent les policiers en charge de l’enquête pour leur demander des conseils de défense, c’est authentique.

    Mais le respect de la parole donnée, ça compte aussi un peu, non ?

    Cette affaore est plus compliquée qu’il n’y apraît, d’où des opinions divergentes (Pascale Robert Diard approuve la publication sur son blog), qui valent plus qu’être écartées par un « ce qu’on leur reproche, c’est leurs sources » ou « les autres sont jaloux de ne pas avoir eu les c… de le faire avant ». Il y a un vrai débat éthique pour la profession.

    Je ne sais pas dans quel sens il faudra le trancher, c’est à la profession de le faire, mais il faut que ce soit clairement tranché.

    Aliocha : j’entends bien Mon Cher Maître, mais quand on pratique le métier on sait que le journalisme à la française souffre d’un excès de courtoisie envers les puissants lesquels, bien conscients de cette fragilité, joue la corde de la politesse, de la flatterie, des relations privilégiées pour nous manipuler. Ils parviennent ainsi à nous faire oublier que ce n’est pas pour eux que nous travaillons mais pour nos lecteurs. Car notre rôle est d’informer le public, pas de faire plaisir à tel ou tel. D’après le directeur du Parisien, Kerviel a eu 6 entretiens avec la journaliste. D’après votre confrère Dupont Moretti, ce qu’elle a dit reflète la vérité. Où est le problème ? Je suis une femme de parole et donc particulièrement sensible sur ce sujet, mais le vrai problème n’est pas ici de tenir parole, le fait est qu’on nous la fait donner à tort et qu’il faut donc refuser. Autrement dit poser les conditions dès le départ au lieu de se laisser mener par le bout du nez. Si vous en tant qu’avocat on vous demandait de donner votre parole en violation de vos règles déontologiques, vous refuseriez n’est-ce pas ? Et vous le feriez au nom de votre indépendance. C’est la même chose pour nous. L’indépendance est notre valeur première, elle conditionne toutes les autres. Et cette indépendance ne s’exerce pas uniquement à l’encontre de l’actionnaire mais aussi de ceux dont on parle.

    Commentaire par Eolas — 23/01/2009 @ 10:04

  26. @Eolas : Pourquoi trancher ?… Toutes les parties prenantes connaissent les règles du jeu, leurs subtilités et leurs conséquences.

    Et puis, cette vision de l’actualité par le petit trou de la serrure, non seulement ça plait au public mais aussi aux acteurs et surtout aux metteurs en scène. C’est presque à se demander si ceux qui poussent des cris de scandale ne le font pas aussi pour participer au spectacle et tenir leur rôle dans cette grande scène théâtrale. D’ailleurs, plus il y aura de trahison des uns ou des autres plus ça plaira !

    Commentaire par OeilduSage — 23/01/2009 @ 10:19

  27. Les vraies questions qu’il faudra se poser au sujet du OFF, c’est :
    Qui manipule qui ? Vrai OFF ? Faux OFF ? Vrai Faux OFF ? Faux Vrai OFF ?…

    Commentaire par OeilduSage — 23/01/2009 @ 10:23

  28. @19 sur la réponse d’Aliocha.
    Il y a un Parisien à 2 vitesses, ce que vous dîtes est VRAI pour un tas de sujets sur lesquels ils font très attention (du casse toi pauvre con jusqu’à certaines pré-annonces de réformes souvent correctement anticipées) mais cela ne saurait faire oublier que bien souvent, les articles moins « importants » (que ce soit de la presse locale ou à dimension nationale) sont traités avec moins de rigueur journalistique.

    Pour le reste, je pense que chacun a son idée sur l’opportunité de sortir le « scoop » et son timing – la « légalité » de l’info n’étant pas en cause…

    Commentaire par decalage — 23/01/2009 @ 10:55

  29. […] aux billets dans lesquels je m’interrogeais respectivement sur la soi-disant faute du Parisien dans l’affaire Kerviel et sur la pertinence pour un journaliste de réclamer […]

    Ping par L’indépendance, voilà le vrai combat ! « La Plume d’Aliocha — 28/01/2009 @ 21:03

  30. […] même du métier mais aussi des polémiques dont nous avons parlé ici sur les affaires Dray et Kerviel. Je gage par exemple que Jean-Michel Aphatie  n’est pas un chacal, il ne veut pas […]

    Ping par Deux livres nécessaires « La Plume d’Aliocha — 22/02/2009 @ 11:08


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