La Plume d'Aliocha

20/01/2009

Le dernier édito

Filed under: Invités — laplumedaliocha @ 13:25

Eolas vient de m’adresser ce billet qu’il a rédigé en hommage à Lasantha Wickramatunge, journaliste Sri Lankais. Le publier est pour moi un honneur, tant en raison de son auteur que de son sujet.  

 

LE DERNIER EDITO, Par Eolas

Ceci est un extrait du dernier éditorial de Lasantha Wickramatunge, journaliste Sri Lankais au Sunday Leader. Et quand je dis le dernier, c’est vraiment son dernier. Il a été assassiné le 8 janvier 2009. Il avait 50 ans et était père de trois enfants. Ce texte a été rédigé en vue d’une publication après sa mort qu’il pressentait comme prochaine. Traduction de votre serviteur.Lasantha Wickramatunge


Aucune profession n’exige de ses membres de sacrifier leur vie pour leur art à part la carrière militaire, et, au Sri Lanka, le journalisme. Au cours des dernières années, les médias indépendants ont été de plus en plus souvent l’objet d’attaques. Des médias électroniques ou sur papier ont été incendiés, ont fait l’objet d’attentats à la bombe, ont fermés de force ou influencés par la contrainte. D’innombrables journalistes ont été harcelés, menacés, et tués. J’ai eu l’honneur d’appartenir à ces catégories, et désormais tout particulièrement à cette dernière.

J’ai exercé la profession de journaliste un bon bout de temps. De fait, 2009 sera le 15e anniversaire du Sunday Leader. Beaucoup de choses ont changé au Sri Lanka pendant ce laps de temps, et je n’ai pas besoin de vous dire que la majeure partie de ce changement a été vers le pire. Nous nous trouvons pris au milieu d’une guerre civile impitoyablement menée par des protagonistes dont la soif de sang ne connaît pas de limite. La terreur, parfois perpétrée par des terroristes d’État, est devenue notre quotidien. De fait, le meurtre est devenu le premier outil par lequel l’État cherche à contrôler les organes de la liberté. Aujourd’hui, ce sont les journalistes, demain, ce sera les juges. Car jamais ces deux professions n’ont connu des risques si élevés pour des enjeux si bas.

Alors, pourquoi le faisons-nous quand même ? Je me pose souvent la question. Après tout, je suis aussi un mari, et le père de trois merveilleux enfants[1]. J’ai également des responsabilités et des obligations qui transcendent ma profession, que ce soit le droit[2] ou le journalisme. Est-ce que le risque en vaut la chandelle ? Beaucoup de gens me disent que non. Des amis m’ont dit de retourner au barreau, et Dieu sait qu’il offre une vie meilleure et plus sure. D’autres, y compris des leaders politiques de tous bords, ont essayé de me convaincre de me lancer dans la politique, allant parfois jusqu’à me proposer le portefeuille de mon choix. Des diplomates, connaissant le risque que courent les journalistes au Sri Lanka, m’ont proposé un sauf-conduit et un droit de résidence dans leur pays. Quoi que ce soit qui m’ait maintenu dans ma profession, ce ne fut pas le manque de choix.

Mais il y a un appel plus fort que les hautes fonctions, la célébrité, le lucre et la sécurité. C’est l’appel de la conscience.


Lasantha Wickramatunge, â€ŠAnd then they came for me, Sunday Leader, 11 janvier 2009

Notes

[1] Avinash, Ahimsa et Aadesh.

[2] Lasantha Wickramatunge a commencé à travailler comme avocat avant de faire de la politique comme conseiller de plusieurs élus puis de devenir journaliste.

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