La Plume d'Aliocha

15/01/2009

Confraternellement vôtre….

Filed under: Débats — laplumedaliocha @ 10:10

Astre Noir m’a interrogée hier sur l’affaire de l’Est Républicain. Pour ceux qui n’ont pas suivi ce psychodrame médiatique, Philippe Cohen sur Marianne 2 s’est indigné que Laïd Sammari, journaliste à l’Est Républicain, ait publié en grandes pompes la note de Tracfin sur les dépenses de Julien Dray. Il avance trois arguments pour justifier son indignation : 

– d’abord l’information avait déjà été révélée par Le Monde et Le Parisien avant Noël;

– ensuite, le document aurait été obtenu grâce aux liens privés entretenus par ce journaliste avec une magistrate;

– enfin, cela équivaut à trainer la vie privée de Julien Dray sur la place publique alors que ce-dernier n’a pas accès au dossier.

Entre nous, cette querelle me fait sourire. Reprenons les arguments les uns après les autres.

– L’Est Républicain utilise la fameuse petite formule par laquelle nous annonçons un scoop à nos lecteurs : « L’Est Républicain s’est procuré…. » quand vous lisez cela sous la plume d’un journaliste c’est que celui-ci est fier d’avoir mis la main sur une information secrète. Or, Philippe Cohen nous dit que deux journaux en avaient déjà révélé des extraits. Avaient-ils le document ou les avait-on simplement renseignés sur les principaux éléments qu’ils contenait, allez savoir, toujours est-il que l’Est Républicain lui, l’a, et le met en ligne sur son site. Il faut savoir que les journalistes entre eux se surveillent et parfois se détestent. Quant l’un d’entre nous fait du cirque autour d’une information un peu exceptionnelle, il est immédiatement observé avec attention. Or, en l’espèce, l’Est Républicain a omis de mentionner que ses confrères avaient révélé une partie du document avant lui. Erreur. L’honnêteté intellectuelle et la confraternité imposent de citer celui qui a sorti une information exclusive. Cela étant, si vous saviez le nombre de fois où j’ai été plagiée par des petits camarades, le péché de l’Est Républicain ici est véniel.

– ce document il l’a obtenu dans le cadre d’une « relation privée privilégiée » avec une magistrate : voilà qui devient franchement drôle. C’est qui ? Sa soeur, sa meilleure amie, sa femme, sa voisine de palier ? Peu importe. A partir de quel niveau de relation doit-on considérer qu’un journaliste entretient « une relation privée privilégiée » avec une source ? Nous côtoyons l’élite toute la journée, des liens divers et variés se créent entre nous. L’indignation de Philippe Cohen me parait un brin hypocrite. D’ailleurs, j’en viens à me demander naturellement si lui-même ne ressent pas une certaine sympathie (amitié ?) vis à vis de Julien Dray, ce qui expliquerait sa réaction. Au surplus, comme le souligne Authueil, s’indigner qu’on mette la vie privée de  Julien Dray sur la place publique et en profiter pour y balancer celle d’un confrère, ça manque de chic. Ce d’autant plus que ça risque de mettre la magistrate en fâcheuse posture alors que rien ne démontre qu’elle soit à l’origine de la fuite. Mettre en danger la source d’un confrère dans un mouvement d’humeur, ce n’est pas très honorable. Surtout quand on prétend donner des leçons de déontologie et protéger une profession en difficultés.

– Reste la question des misères infligées à Julien Dray. C’est bien la première fois que je vois un de mes confrères pleurer sur le sort de la présomption d’innocence. Soyons francs même si ça choque : tout ce qui est secret nous fascine et nous n’avons de cesse de tenter de le découvrir, c’est dans nos gènes et c’est notre boulot. Philippe Cohen se serait-il autant ému s’il s’était agi d’une personnalité de droite ? On peut raisonnablement se poser la question…Par ailleurs, son indignation est paradoxale, d’un côté il nous dit que l’information de l’Est Républicain a été survendue dès lors qu’on la connaissait déjà, de l’autre, il accuse l’Est Républicain de violer le secret de l’instruction l’enquête. Si je comprends bien, parler du contenu d’un document, c’est bien, le publier, c’est mal. Je rappelle que la Cour européenne des droits de l’homme a considéré il y a quelques années que le Canard Enchaîné n’avait pas commis de faute en publiant la feuille d’imposition de Hugues Jacques Calvet. C’est ici

Nous avons tous des confrères qui nous irritent, qui se mettent en avant, font du bruit, se haussent du col, dont nous pensons secrètement qu’ils ne nous valent pas et que leur talent est inversement proportionnel à leur ego. Entre nous, je ne suis pas sûre que nous devions utiliser les moyens que nous offre notre métier pour régler nos comptes, mais ce n’est que mon avis.

 

Mise à jour du 17 janvier : voyez cet article du Figaro, les avocats de Julien Dray se demandent si les fuites ne viendraient pas de Tracfin.

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25 commentaires »

  1. Entièrement d’accord avec vous sur ce coup-là. Le problème n’est pas que le journaliste ait obtenu un document mais que quelqu’un lui ait donné. Si c’est un magistrat il me semble que c’est affligeant pour le droit de la défense. Mais je ne vois pas en quoi le journaliste ferait du » journalisme de caniveau ».

    Commentaire par prof — 15/01/2009 @ 11:14

  2. la conclusion est donc que dans confraternel, il y a fraternel?

    Commentaire par Javi — 15/01/2009 @ 11:15

  3. Je suis scotché …
    justifier un comportement en comparant une feuille d’imposition et une liste de dépenses privées jugées ‘ostentatoires’ … pour une personnalité dite de gauche …
    Ce serait exactement la même chose que de proposer le relevé des dépenses péripatétiques d’un mormont.
    Maintenant, le cas Dray je m’en contre-fiche, le cas de l’Est républicain ou Marianne tout autant.

    Je ne sais pas si c’est parce que les astres ne sont pas dans vos bonnes maisons, mais ce billet me laisse un arrière goût pas si agréable, in fine. Ou alors ca doit venir de moi.

    Aliocha : non, ça vient du fait que je n’ai pas été claire. Je ne vois pas pourquoi Cohen semble reprocher à l’Est Républicain une violation du secret de l’instruction déjà opérée préalablement par d’autres titres comme il le souligne lui-même, sauf à considérer qu’il serait plus grave de publier le document que d’en synthétiser le contenu, or c’est l’une des questions qui se posaient – juridiquement – dans l’affaire du Canard enchainé (recel de secret professionnel). C’est tout. Et ça n’aboutit pas à mettre sur le même plan informations fiscales et informations confidentielles d’une instruction.

    Commentaire par herve_02 — 15/01/2009 @ 11:33

  4. ce qui me gène c’est que les journalistes ne semblent pas, ou font semblant car cela les arrange, comprendre qu’ils sont manipulés par « leur » source dans ce genre d’affaire.

    il est évident que celui/celle qui fait fuiter de telles informations y a intérêt, hors jamais les journalistes ne creusent la piste du « pourquoi », il faut attendre 10 ans, 20 ans quand tout est bien froid pour avoir les dessous de l’histoire…

    Aliocha : vous n’avez pas lu mon billet d’hier…Quand on a un scoop, c’est la première question qu’on se pose.

    Commentaire par JEAN — 15/01/2009 @ 11:57

  5. une chose m’embête dans le papier de Cohen, c’est l’affirmation selon laquelle le journaliste de l’Est Républicain aurait reçu le document de Tracfin d’une magistrate avec laquelle il aurait une relation privée privilégiée. d’ailleurs Cohen va plus loin, il affirme que le journaliste en question, qu’il qualifie de « champion du scoop judiciaire toutes catégories confondues », « profite de cette situation pour enrichir [sa] rubrique, pour multiplier, en toute impunité, les instructions médiatiques à ciel ouvert ».
    or, ce que je notait hier en réponse à l’article d’Authueil, une petite recherche rapide et sommaire sur le net (dans divers papiers de presse donc) m’a appris que la magistrate en question, assez haut placée semble-t-il dans la hiérarchie judiciaire, serait sa compagne mais également que Saïd Lammari semble relativement bien connu dans le monde politico-judiciaire.
    mon intuition (ah ! ah !) m’amène à penser que la source du document n’est pas forcément la plus proche, et qu’il serait même de la part du journaliste assez imbécile de la faire jouer (risque évident : se griller tous les deux).
    maintenant savoir réellement d’où ça vient pourrait en effet être intéressant.

    Aliocha : vous avez mis le doigt sur le coeur du sujet. Je ne vois pas en quoi il serait mal pour un journaliste d’utiliser les informations qu’il obtient de ses proches, sauf que, précisément cela risque de les mettre en danger (la source étant potentiellement plus facile à identifier) et pose donc la question déontologique de la protection des sources. Risque théorique significatif que Philippe Cohen dans son article rend effectif. Soit c’est vrai et ça équivaut à balancer la source d’un confrère, ce qui n’est pas bien, soit c’est faux et ce n’est pas mieux.Il est fort possible que le journaliste de l’Est Républicain ait été plus malin et il est surtout souhaitable que la magistrate ne soit pas en cause

    Commentaire par david — 15/01/2009 @ 12:41

  6. Je lis avec plaisir tous vos billets 😉

    Les journalistes sont donc bien complices lors des manipulations, ils publient en sachant que derrière un marionnettiste tirent les ficelles, hors de mon point de vue il me semble beaucoup plus intéressant d’enquêter sur la manipulation … mais c’est beaucoup moins facile que de recracher ce que l’on vous a si gentiment fait avaler…

    Aliocha : comprenons-nous bien, si on nous donne une info, c’est qu’on a intérêt à ce qu’elle soit publique pour des raisons diverses :
    – comportement citoyen, volonté de dénoncer un scandale, une injustice etc.
    – jalousie, rivalité, sentiements personnels divers et variés,
    – conflit politique, judiciaire, guerre économique, syndicale…
    Il est nécessaire pour nous d’identifier les motifs pour apprécier la fiabilité de l’information et savoir où on met les pieds. Si elle est fiable et exacte, et si surtout elle présente un intérêt pour le public, nous la sortons, ce n’est en rien de la complicité, il ne s’agit pas de participer délibérément à la stratégie de la source, ce sont simplement deux intérêts qui se rencontrent à un moment donné. Voilà qui peut choquer mais entre nous comment croyez-vous que sortent toutes les grandes affaires financières ? Je vais vous le dire et vous pourrez le vérifier auprès de magistrats : par dénonciation au parquet. La justice est-elle pour autant complice du dénonciateur en instruisant l’affaire ? Entre nous je ne le pense pas. On peut rêver que les journalistes n’obtiennent leurs infos que de Don Quichotte parfaitement purs et livrant la guerre au vice mais je crains alors que nous ne sortions plus grand chose. Et même, je me demande s’il ne faut pas se méfier de la catégorie des redresseurs de torts, il n’y a rien de plus dangereux.

    Commentaire par jean — 15/01/2009 @ 13:01

  7. Un petit rectif: c’est de JACQUES Calvet (ou Calouais pour reprendre l’intonation des Guignols de l’info) et non de Hughes dont il s’agit.

    Aliocha : au temps pour moi, merci ! et mes excuses à l’avocat injustement désigné 😉

    Commentaire par Philippe Couve — 15/01/2009 @ 13:58

  8. Je pense qu’il est facile de faire un « scoop » lorsqu’on vous le livre tout cuit, on fait semblant de réflechir 1 heure ou 2 et hop on le balance, ok c’est peut-être justifiable … par contre pourquoi ne voit-on JAMAIS le même journaliste ou son journal creuser un peu le pourquoi la source a balancé a cet instant précis ?

    La réponse est pour pouvoir avoir d’autres scoops faciles … et là je dis qu’il y a complicité car sur le plan informatif pur je trouve que c’est au moins aussi intéressant voir plus de mettre au jour les manips

    En France on préfère réserver cela pour des livres qui sortent avec 10 ans de retard quand les principaux intéressés sont soit politiquement mort soit vraiment mort :

    Aliocha : non Jean, ce n’est pas facile. Pour avoir travaillé sur un énorme scandale financier, je sais de quoi je parle. D’abord vous avez quelqu’un qui arrive devant vous à moitié terrorisé et vous supplie de ne pas le griller. Quelqu’un dont la vie professionnelle et personnelle est pourrie depuis des mois, qui ne dort plus, a peur de son ombre et ne sait pas vers qui se tourner. Ensuite, il commence à vous donner des infos, mais au compte-goutte, qu’il va falloir vérifier, en ayant peur de votre côté de l’ampleur du dossier, peut d’être intoxiqué, sauf qu’en les vérifiant, vous risquez d’alerter sur le fait que vous allez sortir l’affaire, donc vous êtes souvent bloqué, vous devez quand vient enfin l’heure d’écrire faire en sorte qu’on ne puisse pas identifier votre contact, vérifier chaque mot pour ne pas écrire une imbecillité, blinder chaque phrase pour limiter les risques de procès en diffamation etc, etc. Alors ne me dites surtout pas que c’est facile. Vous croyez quoi, qu’on reçoit un coup de fil et hop, on écrit sans rien vérifier et on balance en se disant inch allah, allons, faudrait arrêter 5 minutes de prendre les journalistes pour des cons.

    Commentaire par jean — 15/01/2009 @ 14:22

  9. ne faites pas semblant de ne pas comprendre, je parle du cas présent, je doute fortement qu’une petite secrétaire toute tremblante est contactée le journaliste pour lui fournir le document…

    dans toutes les affaires politiques c’est toujours la même chose et rarement les journalistes font l’effort de mener leur enquête dans les 2 sens, et oui il est plus facile d’aller au fil de l’eau que de remonter le courant…

    Ici savoir pourquoi un tel document fuite est capital pour comprendre ce qui ce passe réellement, mais non curieusement la question ne semble pas venir spontanément aux journalistes.

    les journalistes nous prennent parfois pour des cons, un indice Jean-Pierre P. qui travaille à TFx 😀

    Aliocha : effectivement, si c’est votre référence du journalisme vous risquez d’attendre longtemps avant qu’il ne vous dévoile comment il a eu vent du fait qu’il restait un fabricant de pipeau traditionnel en Corrèze.

    Commentaire par jean — 15/01/2009 @ 16:02

  10. Certains se demandaient s’il était opportun de supprimer le juge d’instruction…

    Effectivement, à partir du moment où l’on estime légitime que certains journaux mênent l’enquête à sa place, on peut envisager de s’en passer !

    De même, Facebook et Google permettent de révéler au public des éléments de la vie privée d’un individu…¨Pourquoi s’en priver ?

    http://www.lepost.fr/article/2009/01/14/1386577_merci-le-web-2-la-vie-d-un-internaurte-devoile-au-grand-jour.html

    Le droit à l’information, c’est sacré 😉

    Commentaire par ramses — 15/01/2009 @ 17:14

  11. Il faudrait que je dise quelque chose d’intelligent.

    Euh… Julien Dray reconnaît une tendance aux achats compulsif, mais au moment des fêtes de fin d’année puis des soldes c’est normal, non?

    (Françaises, Français, tremblez et faites gaffe à ne pas péter le plafond de votre carte bleue au moment des soldes: tracfin est sur le coup)

    Aliocha : tiens c’est votre premier commentaire non culinaire depuis longtemps 😉 pourtant à Noël, on doit pouvoir goûter de la dinde à la Danette, non ?

    Commentaire par tschok — 15/01/2009 @ 17:28

  12. « Soyons francs même si ça choque : tout ce qui est secret nous fascine et nous n’avons de cesse de tenter de le découvrir »

    Ben dans ce cas, vu que les journalistes de tout bord n’ont toujours pas été foutus de nous trouver qui est le père de la fille de Dati, faut-il se résoudre à mettre le Tracfin dans le coup ?

    Aliocha : pas bête on trouverait peut-être qui lui a offert sa première montre 😉

    Commentaire par Farid — 15/01/2009 @ 19:40

  13. @ tschok

    Sauf que pour lui, c’est les soldes toute l’année, grâce à son American Express « Centurion », la carte qui n’a pas de plafond mais vous met au plancher…

    Aliocha : une grande carrière de marketing s’ouvre devant vous, un slogan pareil c’est une bombe 😉

    Commentaire par ramses — 15/01/2009 @ 19:52

  14. Aliocha, suite à votre réponse #5
    En quoi « balancer la source d’un confrère » serait mal? Qu’un journaliste protège sa source, je le comprends, mais celle des autres… Ma question porte sur deux plans: moral bien sur, mais là, chacun peut disposer d’opinion personnelle, mais aussi sure le plan légal ou déontologie. Y a-t-il un texte neutre type loi, code de déontologie (ok, là il n’y a pas…encore?), voire règlement intérieur propre à certains journaux qui se penche sur ce thème?
    Dans ce cas précis, ce qui me choque, c’est l’accusation « en pointillée » faite à cette personne de trahir les devoirs de sa charge. Comment pourrait-elle prouver qu’elle n’est pas la source? Pourquoi le faire?
    De mon point de vu, si M. Cohen dispose d’éléments probant sur la source, alors il « doit » les publier et expliquer pourquoi son reproche est fondé, ou alors il n’a que des soupçons mais aucun fait et je ne vois que deux options: ne rien dire du tout ou faire un article non nominatif et non « transparent » expliquant de manière précise une question théorique sur la déontologie, les liens avec le pouvoirs.
    Pour reprendre et déformer une de vos conclusions précédentes: dénoncer, analyser… oui, mais sur des faits établis

    Aliocha : d’abord parce que je ne trouve pas cela élégant et qu’il se trouve que j’aime l’élégance en particulier morale, je sais, c’est réac’ mais je ne changerai pas. Passé cette première réaction et si je réfléchis, la réponse vient vite, si nous protégeons nos sources et balançons celles des autres, on n’aura bientôt plus de sources. Et si on approfondit encore, je dirais que ceux qui exercent une profession doivent partager une éthique commune, en d’autres termes « je respecte mes sources mais aussi celles des autres, car la source sert la cause de l’information et que l’information est mon métier ». Désolée, c’est pompeux mais c’est exactement ce que je pense.

    Commentaire par Aegor — 15/01/2009 @ 20:33

  15. Aliocha : pourquoi ne pas considérer que la mention de la compagne du journaliste soit de bonne guerre ? Après tout, on sort le compte en banque de Dray.

    Aliocha : je vous rappelle que la CEDH apprécie la liberté d’expression en matière de presse à l’aune de l’intérêt que représente pour le public la révélation d’une information. Je vois bien l’intérêt de connaître les dépenses d’un élu (mettons de côté la question de l’instruction qui pose un problème en soi indépendamment de la question de la presse), j’aperçois moins bien celle concernant la vie privée d’un journaliste.

    Le second paie pour une malhonnêteté encore à démontrer et, en tout cas une incohérence. La mise en examen évoque déjà l’ancienne mise au pilori que c’en devient pire quand vous ne l’êtes pas, car ne savez pas de quelle information vos adversaires disposent.

    Aliocha : être dans la presse est parfois un préjudice, ce n’est pas une peine ou une vengeance.

    Le premier paie pour sa prise de risque. Avec un peu de jugeote, il aurait filé le document à un collègue qui lui aurait dû, s’il n’est pas trop ingrat, une fière chandelle. Mais là, je crois que c’est lui (plus que Cohen) qui a mis sa compagne en danger : quand bien même ce ne serait pas médiatique, il ne faut pas croire que leur relation ne soit pas de notoriété publique, au moins au niveau local.

    Commentaire par Paul — 15/01/2009 @ 20:57

  16. Aliocha: Je ne partage pas votre point de vue. Que vous soyez dotée d’une éthique forte, que vous vous imposiez des règles strictes et que vous recherchiez à faire votre travail sans sombrer de le caniveau, qui vous le reprocherait? Mais une position différente, je n’ai pas dit meilleure, me semble tout autant défendable. Je ne vois pas pourquoi en tant qu’individu je devrais pas principe me trouvé lié à un engagement pris par quelqu’un d’autre, sans que rien ne me relie à cette décision. Ce serait imposer à tous les journalistes une solidarité avec toutes les sources. Outre que cela ne me semble pas applicable dans la pratique, je ne croie pas cela souhaitable. Une source peut ne pas être fiable. Il me semble concevable dans le cas de dossier raisonnablement complexe qu’une affaire puisse rebondir pendant plusieurs semaines, des éléments successifs amenant progressivement à affiner ou à revoir certains points qui semblaient acquis. Les différentes sources peuvent justement être contradictoires et s’opposer. Si on admet qu’un journaliste puisse remettre en cause le travail d’un de ses collègues, il peut douter aussi des sources et expliquer pourquoi il disqualifie ce que son collègue a retenu comme probant. En tant que journaliste, vous doutez et cherchez à vérifier. Vos collègues aussi: immanquablement, les conclusions peuvent parfois être différentes.
    Je partage votre souhait d’une éthique commune. Mais elle ne recouvrira jamais parfaitement votre propre code moral. Plus qu’une interdiction de dénoncer les sources de ses collègues (ce qui est une forme de censure a priori), une exigence forte de preuves me semble une contrepartie acceptable. Je ne prétends en aucun cas savoir comment formaliser de manière « claire » cette espèce de règle de proportionnalité. On pourrait imaginer par exemple un laisser-faire pré publication, suivi en cas d’abus d’une sorte de plainte du journaliste ainsi mis en cause. Le conseil de l’ordre des journaliste, s’il existait, staturait alors sur le bien fondé ou non de la manoeuvre, sur une base de type « la valeur du résultat valait-elle ce sacrifice »…
    Je suis toujours inquiet des règles restrictives: de quel droits interdire à d’autres ce que je ne veux pas faire moi? Ma liberté n’est pas leur prison.
    Ce qui me choque ici, c’est la disproportion des moyens, et l’absence de toute preuve.

    Aliocha : je vous donne une opinion, elle est forcément discutable….vous ne m’ôterez pas de l’esprit qu’en l’espèce je ne vois pas le problème. Ou plutôt si, ça sent le problème d’ego à plein nez. Ce journaliste connaît bien une magistrate, et alors ? Elle, ou le milieu qui l’entoure et auquel le journaliste a accès grâce à elle, l’a rencardé et alors ? ça pose problème pour le magistrat au regard de ses règles éthiques à lui, mais pas au journaliste sauf sur la question de la protection des sources. Votre idée c’est quoi au fond ? Qu’il peut être utile de dénoncer un magistrat qui viole ses règles professionnelles ? Mais la plupart des gens qui fuitent dans la presse violent quelque chose. Celui qui révèle un rapport auquel il a participé avant sa publication officielle viole la confidentialité des débats et la confiance de ses coreligionnaires, le syndicaliste qui confie à un journaliste une information relevant du secret des affaires viole ce-dernier et ses obligations de salarié, et ainsi de suite. Ces gens n’ont aucun intérêt à être identifiés, d’où la protection des sources. Je ne dis pas qu’une source qui manipule genre affaire Clearstream ne mérite pas d’être démasquée, je dis simplement qu’en l’espèce et sauf à ce qu’on me démontre une vraie faute, je ne vois pour l’instant rien d’autre qu’une rivalité entre confrères, et que cela ne valait pas de balancer ainsi. Au surplus, je n’aperçois pas où peut se trouver l’intérêt du public à savoir cela.

    Commentaire par Aegor — 15/01/2009 @ 22:08

  17. Bonsoir Aliocha
    De nouveau merci pour votre Blog.
    Puis je suggérer quelques livres que j’ai lu et qui me semblent donner quelques réflexions sur le sujet :

    – « Bien entendu c’est off » de Daniel CARTON
    – « Le vrai Canard » de Karl LASKE et Laurent VADIGUIÉ
    – « La face cachée du Monde » de Pierre PEAN et ???

    Lambda

    Aliocha : je n’ai jamais dit que Cohen était un imbécile et j’ai lu La face cachée, simplement ici je trouve sa démarche discutable. Bien entendu c’est off je ne l’ai pas lu parce que je ne pensais pas qu’il m’apprendrait grand chose quant à celui sur le Canard j’hésite, je n’aime pas tellement le déballage de linge sale auquel se livre notre profession en ce moment, cette psychanalyse collective me met mal à l’aise.

    Commentaire par lambda — 15/01/2009 @ 23:26

  18. Personnellement je me fiche de savoir que JD dispose d’une carte A EXPRESS fut elle CENTURION,et de ce qu’il en fait.
    Ce qui me perturbe dans cette affaire c’est de voir le parquet diligenter une enquête posémént tranquillement , prenant tout son temps et de voir parallemement le justiciable incapable de savoir ce qui lui est reproché.
    Etonnant également de voir ce même parquet ne pas saisir un juge d’instruction .
    Qui manipule qui? Quel est le but recherché?
    Plutôt que de ces dépenses, on devrait d’indigner de voir la vie privée d’un individu étalée et commentée puis rechercher activement la source. Sinon où est la justice?
    Les marionnettes s’agitent devant nous et les spectateurs attirés…applaudissent et en redemandent; c’est si bon l’odeur du scandale

    Commentaire par noel — 16/01/2009 @ 10:48

  19. peut-être pourrait on dire que démasquer la source d’un journaliste confrère n’a d’intérêt que si ça permet de dévoiler une manipulation ou donner un sens à une affaire (un sens politique par exemple). en la matière, absolument pas. et, je le répète, cohen ne démontre en rien que la magistrate compagne du journaliste est la source. il l’affirme (sous-entend, insinue, comme on veut). ça relève plus de la dénonciation que de l’information. (à la limite, l’information serait de démonter les mécanismes qui profitent à Lammari pour être dans les premiers à sortir des affaires ou des scoops. pas juste de dire sa soeur est policier, c’est pour ça qu’il a pas de PV – surtout si le mec connaît le commissaire de police).

    Commentaire par david — 16/01/2009 @ 11:40

  20. Bonjour,

    On se pose des questions sur les rentrées d’argent de Julien Dray. Bien. En revanche, je ne crois pas que la Justice ait quoi que ce soit à redire sur ses sorties d’argent.

    Concernant la publication de l’Est Républicain: une petite moitié seulement concerne la source des fonds. Et là, si l’on compare les révélations cet article avec celles de celui du Monde que vous mettez en lien, on constate qu’elles correspondent parfaitement, absolument rien de nouveau, zéro nouvelle information.

    L’autre moitié concerne la nature des dépenses. En effet, pour Tracfin et la Justice, il convient de démontrer l’existence de dépenses afin d’étayer l’accusation. Or l’article de l’Est Républicain ne s’intéresse pas à ça mais à la nature des dépenses, en soulignant les détails les plus croustillants : « acheteur compulsif », « dévorante passion », « 6000 euros d’hôtel à Monaco » ! Je suis bien content de le savoir, mais j’aurais préféré l’apprendre dans Closer, car en prime j’aurais peut être eu une photo de lui en string Borat… Ces informations sur la vie privée de Julien Dray et la nature de ses dépenses n’ont pas à être divulguées. Non seulement c’est la Loi (secret de l’instruction, respect de la vie privée), mais en plus c’est juste moralement dégueulasse de le faire. Aujourd’hui, l’opinion publique ne condamne pas Julien Dray pour l’origine de ces fonds, mais parce qu’il les dépense de manière honteuse. Voilà le genre de basse réaction que promeut cet article, qui détourne la juste indignation de la Société contre des détournmeents de fonds, vers des considérations « morales » qu’elle ferait bien de s’appliquer à elle-même. je mets morales entre guillemets parce que je pense que c’est du voyeurisme.

    Donnez-moi seulement une nouvelle information concernant des agissements légalement répréhensibles de Dray que contient cet article de l’Est Républicain !

    Pour conclure,
    La publication du rapport : bravo, belle performance mais c’est illégal. Les droits de la défense, le secret de l’instruction, c’est pas grave, l’important c’est le secret des sources, on vous dit !
    Le reste : du plagiat en partie, et à part ça, de la boue. Voyons Aliocha, ce n’est pas parce que les vices de Dray font fantasmer Authueil que ça y change quelque chose.

    Aliocha : Le sujet de ce billet n’est pas Julien Dray. Vous êtes donc hors sujet. Quant à moi, je ne suis pas un défouloir.

    Commentaire par FB — 16/01/2009 @ 15:39

  21. Ah oui, j’oubliais, dans le cadre de ma distinction origine des fonds / utilisation des fonds, pour se convaincre de la différence entre un article qui s’intéresse à la Justice et un autre qui s’intéresse à la vente de papier, il suffit parfois de comparer le titre.

    Le Monde : « Perquisition chez Julien Dray : les flux suspects se montent à 351 027 euros »

    L’Est Républicain : « Les faramineuses dépenses de Julien Dray »

    Commentaire par FB — 16/01/2009 @ 15:51

  22. @ FB

    La Plume d’Aliocha : « Confraternellement vôtre »

    Le fait que le nom de Julien Dray soit cité 5 fois dans le billet, sans parler des liens et des commentaires, ne signifie absolument pas que le sujet soit Julien Dray.

    « Aliocha : Le sujet de ce billet n’est pas Julien Dray. Vous êtes donc hors sujet. Quant à moi, je ne suis pas un défouloir. »

    Quel est le sujet, sinon la confirmation de faits non encore avérés concernant Julien Dray ? J’aurais aimé que vous nous disiez clairement si vous désapprouvez l’attitude de vos confrères.

    Aliocha : Vaste sujet que personne n’a encore résolu de manière satisfaisante à ma connaissance mais il y a un groupe de travail à la cour d’appel de Paris qui rassemble journalistes et magistrats sur presse et justice, quelle liberté doit triompher, celle d’informer ou la liberté individuelle qui inclut la présomption d’innocence ? Je rappelle que ce sont les enquêteurs et les juges qui sont tenus au secret, pas nous et l’exercice de notre métier nous mène nécessairement à sortir des informations policières ou judiciaires couvertes par le secret. Je ne suis pas dans ce dossier, sous cette réserve, je penche bien sûr pour la liberté d’informer. « Le secret de l’instruction est mort et le droit de savoir est devenu un droit quasi-constitutionnel » Patrick Maisonneuve (avocat) cité Stéphane Berthomet et Patrick Mauduit dans « Connaître l’enquête policière » – Victoires Editions 2006.

    Commentaire par ramses — 17/01/2009 @ 04:03

  23. De façon très honnête… n’est-ce pas le boulot même du journaliste que de violer le secret ? Informer le publique sur ce qu’il a foncièrement le droit de savoir ? Choquer le secret défense, de l’instruction dans l’intérêt de la manifestation de la vérité?

    Commentaire par Esurnir — 17/01/2009 @ 05:45

  24. Aliocha : « j’aperçois moins bien celle concernant la vie privée d’un journaliste. »

    Quand il mélange vie privée et vie professionnelle, en tant que citoyen ça commence à m’intéresser. C’est exactement ce qu’on reproche à NS et Carla, DSK et ses stagiaires et à un paquet d’autres. Il va falloir un jour que l’on admette que la presse est un réel 4e pouvoir, et qu’à partir de là ceux qui la font doivent s’astreindre à des règles éthiques un peu plus évoluées qu’éviter les attaques en diffamation devant les tribunaux.

    Aliocha : je ne vois pas le rapport entre l’influence que peut exercer une femme sur un président de la république ce qui suppose un droit légitime du public à savoir de qui il s’agit, les soupçons de favoritisme qui ont pesé sur DSK dans le cadre de ses fonctions officielles et le fait qu’un journaliste vive ou ait vécu avec une juge.

    Il y avait moyen de rendre compte de l’affaire Dray sans sortir une note qui figure dans un dossier ** protégé par le secret de l’instruction ** (surtout quand le surlignage au marqueur est aussi symbolique que dans le pdf révélé par l’Est Républicain) : l’accusation a toujours intérêt à ce que genre de document sorte et je ne doute pas que vous en receviez dans votre courrier assez souvent. Vous avez dit vous même que vous réfléchissiez aux intérêts de votre source.

    Car enfin, réfléchissons-y : en dehors de ventes moins importantes pour l’Est Républicain, qu’aurait changé l’absence de diffusion de cette note ? Craignez-vous que l’affaire soit étouffée ? Avec un gouvernement de droite au pouvoir et l’un des ténors du PS (qui se voit) présidentiable ? ou craignez vous seulement ne pas être les premiers à sortir « le scoop » ?

    Aliocha : c’est marrant ça, on nous reproche de plus en plus de bâtonner de la dépêche et quand on sort une information, ça ne va pas non plus. Allons, amis lecteurs, délaissez la presse, installez-vous confortablement devant la télévision et abreuvez-vous de publicité, c’est joyeux la publicité, c’est consensuel, ça met de bonne humeur. Quant à nous, tant que nous existerons, nous sortirons de l’info, c’est notre boulot.

    Continuons notre réflexion : ce qui, selon moi, est l’unique bonne raison de publier ce document, c’est qu’en France, contrairement à n’importe quelle autre démocratie, un politique mis en examen continuera à tous les coups à siéger au parlement, sauf s’il est l’objet d’un lynchage médiatique. Partout ailleurs, l’ouverture officielle d’une enquête signifie déjà une forte présomption de culpabilité et la carrière du-dit politique est finie. Ce que n’accepteront pas des politiques « professionnels », qui n’ont pas d’autre activité à laquelle retourner.

    Commentaire par Paul — 17/01/2009 @ 10:32

  25. […] qui a renseigné la presse dans cette affaire. Ainsi donc, un journaliste considère, pour la deuxième fois cette semaine, qu’il faut identifier (et sanctionner ?) les sources qui auraient alimenté […]

    Ping par La courtoisie est-elle une vertu journalistique ? « La Plume d’Aliocha — 25/01/2009 @ 09:36


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