La Plume d'Aliocha

03/01/2009

Vitale impertinence

Filed under: Dessins de presse — laplumedaliocha @ 11:05

Voilà une exposition à ne pas rater ! Elle s’appelle « Permis de croquer » et rassemble  26 dessinateurs de presse à travers le monde autour de 5 thèmes : affaires d’Etat, portraits de puissants, choc des cultures, SOS Terre, délit d’humour. Ces journalistes se sont réunis en 2006 au sein d’une fondation lancée par notre célèbre Plantu qui s’appelle Dessins pour la Paix. L’idée ? Montrer que le dessin de presse peut concourir à la paix en fustigeant les intolérances.

permiscroq

« A l’heure ou d’aucuns avancent l’idée d’un relativisme culturel à l’aune duquel devrait être pondérée la liberté d’expression, il est crucial de faire le pari que, partout dans le monde, la démocratie et l’émancipation seront toujours préférées à la dictature et à l’obscurantisme, et de rappeler qu’il n’est d’acte plus moderne que celui qui consiste à accorder la parole à ses contradicteurs, prélude indispensable à de véritables débats philosophiques …et démocratiques. En somme, il s’agit de poursuivre le combat séculaire de celui qui affirmait : « je ne partage pas vos idées, mais je me battrai jusqu’au bout pour que vous puissiez les exprimer ». (Kofi Annan, président d’honneur de la fondation).

Les 250 dessins exposés sont autant de démonstrations d’impertinence. Un exercice salutaire mais dont on peut se demander s’il n’est pas en sursis. Bien sûr on se souvient de l’affaire des caricatures de Mahomet. Il n’y a pas que cela. Plantu estime que le dessinateur de presse est le baromètre de notre liberté d’expression. Il a raison, quand nous les journalistes de plume sommes trop sages, le coup de crayon de ces dessinateurs ouvre d’indispensables espaces de liberté. Le problème, c’est qu’en France les difficultés de la presse réduisent leur champ d’expression, notamment parce que les éditeurs sont de plus en plus frileux. Et ce n’est rien bien sûr à côté du sort réservé à ceux qui font profession d’impertinence dans des pays qui n’apprécient guère l’humour corrosif du dessin de presse. Ainsi, l’un de mes préférés, l’algérien Ali Dilem est victime régulièrement de menaces de mort, poursuivi dans plusieurs dizaines de procès et cumule les peines de prison, pour l’instant inappliquées.

On ne s’en rend pas toujours compte dans notre pays, mais la liberté d’expression y est presque aussi en danger que dans les Etats intolérants, simplement, la menace est plus insidieuse car les enjeux sont économiques et la censure invisible. Il faut donc défendre ces journalistes. Tant que j’y pense, j’étais surprise hier en visitant l’exposition de n’apercevoir que des visages concentrés se penchant avec le plus grand sérieux sur les dessins exposés. N’oubliez pas de rire ! C’est vrai que les sujets sont graves, mais ils sont traités avec humour, un humour qui rime avec liberté, liberté de penser, liberté de refuser toutes les formes d’intolérance, alors riez.

Et si vous avez un peu de temps en sortant pour flâner dans le quartier du Marais, je vous recommande deux lieux que j’aime beaucoup. D’abord il y a la maison européenne de la photographie qui expose des photos d’artistes et de reporters. Le lieu est agréable, peu fréquenté et les expositions de qualité. Ensuite, faites un détour, surtout si vous avez des enfants, par un endroit aussi inattendu que passionnant : le musée de la magie. Dans les sous-sols d’un très ancien bâtiment du marais, vous y serez sans doute accueillis par un homme impressionnant à la voix de stentor qui vous guidera à travers cet univers aussi kitsch que suranné. Ne vous attendez pas à ce qu’on vous livre les secrets des grands magiciens, ce sont des mystères jalousement gardés. En revanche, le musée présente  plusieurs objets qui expliquent le mécanisme de l’illusion, en particulier celui de l’illusion d’optique. Dans un monde dominé par la communication et le marketing, apprendre comment notre regard peut nous leurrer sur la réalité est tout à fait intéressant !

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