La Plume d'Aliocha

31/12/2008

Vol de corbeaux au-dessus de la presse en ligne

Filed under: Débats — laplumedaliocha @ 12:34

Eolas qui décidément n’a pas chômé tandis que je faisais des acrobaties sur les pistes de ski – et que je forçais surtout les autres skieurs à en faire pour m’éviter – vient de me recommander le blog d’un confrère, Hugues Serraf que j’inscris immédiatement, et hop, d’un tour de main malhabile (c’est fou ce que les doigts se rouillent quand on ne tape pas sur un clavier durant 5 jours) que j’inscris donc dans ma blogroll. Allez-y, ses billets sont passionnants !

A propos une fois encore de l’anonymat

Le dernier en date traite des commentaires sur les sites de la presse en ligne. Comme il a raison de ne pas les aimer, dans bien des cas, l’agressivité stérile le dispute au propos de comptoir, ce qui incite à se demander si au fond le fin du fin de la liberté d’expression aux yeux de certains ne serait pas de pouvoir éructer anonymement,  par écrit et en public. Hugues Serraf fait remarquer que les commentateurs sur le web ressemblent parfois à s’y méprendre aux corbeaux qui écrivent des lettres anonymes. Il n’est pas le seul à penser ainsi,  rappelez-vous, c’était le thème du discours du deuxième secrétaire de la conférence du stage, il y a un mois, lors de la rentrée du barreau de Paris. Et de souligner qu’en tant que journaliste, au fond, il se moque de l’opinion des lecteurs. Il y a un brin de provocation dans son discours qui pourra éventuellement choquer, mais je crois qu’il faut le comprendre comme une marque de professionnalisme, car ce qu’il entend signifier, c’est que le journaliste ne doit pas écrire pour flatter son public. En ce sens, il a raison d’exprimer son indifférence à l’opinion des lecteurs. Mais il soulève au passage une question intéressante. Car si le journaliste se doit de délivrer une information objective sans se soucier de savoir si cela plaira ou non, l’organe pour lequel il écrit en revanche doit peut-être apprendre à tenir davantage compte de son public.

Quelle place pour les lecteurs dans la presse ?

C’est en tout cas la thèse du journaliste Jean-Luc Martin-Lagardette dans son essai  « L’information responsable, un défi démocratique » que je viens de lire lors de mon escapade au pays de l’or blanc. Je reviendrai sur ce livre car il défend un modèle de journalisme éthique tout à fait pertinent. Parmi les évolutions espérées par l’auteur figure celle de voir la presse s’ouvrir au public,  lui donner la parole,  lui permettre de ne plus se sentir le témoin passif de l’information.  Il salue en ce sens l’initiative de Marianne qui consacre 4 pages entières au courrier des lecteurs chaque semaine ou encore l’action du médiateur du Guardian qui traite systématiquement toutes les demandes des lecteurs, les représente dans les conférences de rédaction et complète les articles publiés sur le site par les précisions, corrections, clarifications ou excuses de la rédaction suite aux observations qu’il reçoit. Ce qui nous ramène au billet de mon confrère. Car les commentaires sur les sites des journaux posent la question de la pertinence de ce journalisme participatif. Est-il si important de permettre au public de s’exprimer si c’est pour aboutir à des invectives sans intérêt ou à des commentaires de comptoir ? Certainement,  il ne faudrait pas refuser une évolution en raison des dérives de quelques mal élevés, mais alors, propose Hugues Serraf, qu’on supprime l’anonymat pour éradiquer les corbeaux. Pas bête comme idée.

Cela m’intéresserait au passage de savoir si vous avez le sentiment d’être exclus du débat public quand vous lisez un journal. Ce n’est pas la première fois que j’entend cette critique des médias. Il me semble qu’elle s’enracine dans l’idée que la presse est aux mains des puissants qui l’utilisent pour manipuler les masses. C’est, vous l’aurez compris, une conviction de gauche. Elle me parait un peu caricaturale, mais ce n’est que mon avis.

Rumeur

Et tant qu’on y est, voilà qui repose accessoirement la question de l’information sur le web. Je vous ai déjà dit que je me méfiais des dérives individualistes des blogs et de la confusion qu’ils entretenaient entre information et opinion. L’affaire des commentaires sur les sites des journaux illustre un autre danger, l’émancipation des règles de conduite en société qui se pare des attributs de la liberté d’expression quand il ne s’agit au fond que de la libération des plus bas instincts et qui alimente un terrible fléau : la rumeur. Les fanatiques du web répondront sans doute que leur univers est celui de la liberté et qu’il faut les laisser tranquille, que les lois du monde réel ne s’appliquent pas à leur joyeuse virtualité. Entre nous, dans le monde réel justement, on n’a jamais vu de corbeaux plaider la liberté d’expression pour se justifier d’avoir écrit des lettres anonymes…Mais, me direz-vous je suis moi-même anonyme. Je m’en suis déjà expliquée ici.  Au fond, la vraie question est de savoir comment on utilise l’anonymat. En tant que journaliste formée à l’école du droit, je sais que les écrits restent, qu’ils ne sont pas anodins et qu’il arrive toujours un moment où l’on doit s’en justifier. L’anonymat m’offre un confort, il me permet de séparer mon activité de blogueuse de mon univers professionnel, mais il ne me protège de rien d’autre et surtout pas de la responsabilité de ce que j’écris. Dès lors, je conçois aisément que nombre de commentateurs partagent ce souci légitime et ne conçoivent pas un instant leur pseudonyme comme un moyen de violer les règles. Qui sait si on ne pourrait pas préserver ce confort sur les sites de presse en ligne simplement en rappelant les principes juridiques de base gouvernant la liberté d’expression et quelques règles élémentaires de courtoisie….

Sur ce, je vous souhaite à tous un excellent réveillon !

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