La Plume d'Aliocha

16/12/2008

Pourquoi tant de haine ?

Filed under: Débats — laplumedaliocha @ 15:50

Et voilà, c’est reparti. Tandis que se poursuivent les Etats généraux de la presse, une poignée de blogueurs attendant impatiemment la mort de la presse écrite et du journalisme, pour des raisons que je peine encore à m’expliquer, s’agite pour démontrer je ne sais trop quoi. Ce qui les a énervés ? Que la presse observe avec circonspection leur idole, j’ai nommé St Google, le Grand, l’Unique, le Seul maître-étalon du web. La référence absolue, celui devant qui il convient de s’incliner et dont les règles sont les nouvelles tables de la loi. Voui. Reprenons quelques uns de leurs arguments :

– Internet va tuer la presse écrite : absolument faux. On disait déjà cela de la radio, puis de la télévision. Surtout de la télévision. Imaginez-vous, elle venait concurrencer avec les images, du son, puis de la couleur les journaux gris et fastidieux. C’était couru d’avance, la presse écrite allait disparaître. En fait de disparition, on sait que l’ouverture à la concurrence d’un marché, ici celui de l’information, a pour effet de dynamiser la demande. En d’autres termes, plus on consomme d’information et plus on en réclame. Les phases de transition peuvent s’avérer difficiles, la mutation peut entrainer des disparitions d’acteurs, mais au final, l’opération est toujours gagnante.

les éditeurs de presse se braquent contre Internet. Faux, ils cherchent un modèle économique et sont absolument tous positionnés sur le web. Vous avouerez qu’il y a des façons de se braquer contre un outil qui sont plus évidentes. Ah j’oubliais, ils s’interrogent sur le fait de devoir se soumettre aux lois d’un moteur de recherche américain dominant sur le marché. Et les blogueurs hurlent à l’ignorance. Vous êtes sûrs que ces interrogations sont absurdes ? C’est que vous êtes déjà formatés, nous pas. Alors on réfléchit. C’est fou non ?

les éditeurs de presse n’ont pas trouvé de modèle économique viable sur Internet. Vrai. Mais cela appelle une réserve et une précision. La réserve ? Arrêt-sur-image et d’autres expériences en cours. La précision ? Ceux qui accusent sans rire les groupes de presse d’ignorance et d’imbécillité crasse n’ont pas trouvé non plus de modèle rentable et pour cause, la gratuité d’Internet pose un vrai problème. Certains blogueurs décident-ils de vivre de leur art et d’accepter la pub ? Les voici plongés dans des tourments sans fin au moment où ils s’aperçoivent qu’ils sont en train de polluer la relation de confiance qui les unissait à leurs lecteurs. Car les lecteurs veulent du pur, du gratuit, de l’au-dessus de tout soupçon. Et ils ont raison, Internet s’est bâti sur cette réputation, les blogueurs se sont parés de cette fameuse indépendance d’esprit pour se mettre en valeur, auourd’hui elle les dérange, dommage, ils ne peuvent plus revenir en arrière.

Internet a permis l’accès gratuit à des nouveaux canaux d’information plus riches et plus intéressants que les groupes de presse traditionnels : vaste fumisterie. D’abord, l’information évoquée est produite par les canaux traditionnels, c’est-à-dire les agences de presse et les titres de presse. Autrement dit, par ces fameux journalistes de presse écrite dont ces blogueurs attendent impatiemment la disparition. Et qui vous informera mes pauvres amis quand les professionnels auront disparu ? Vos agrégateurs, ils agrégeront quoi ? Vous irez sur les sites consommer l’information concoctée pour vous par la communication, vous la recouperez et la critiquerez entre vous ? Magnifique, on va rigoler. Ensuite, l’information n’est pas si riche que ça sur Internet, elle est volumineuse, c’est différent. Et sujette à caution quand elle n’émane pas des professionnels, ce que vous vous empressez de passer sous silence. 

Il faut supprimer la presse. Pourquoi tant de rage ? Entre nous, je n’ai guère d’estime pour les gens qui tirent sur les ambulances. Mais me direz-vous, l’élégance morale, si elle était cotée, ferait sans doute des performances boursières auprès desquelles Natixis deviendrait un modèle de placement juteux. En réalité, ces gens ont une fâcheuse tendance à tout mélanger :  le journalisme et les vecteurs de diffusion de celui-ci, leurs rêves et la réalité. Que cela vous plaise ou non le journalisme est un métier.  Il consiste à se colleter aux événements et aux gens sur le terrain, pas à tripatouiller le mulot bien assis dans son fauteuil en se prenant pour Albert Londres.

Au fond, je vais vous dire quelle est la logique qui soutend ce combat, à mon avis. Ces gens observent les difficultés de la presse et se disent « nous ferions de bien meilleurs journalistes, à nous le pouvoir ». L’information circule désormais en partie sur le web, nous écrivons sur le web, donc nous sommes journalistes. J’ai connu des syllogismes plus convaincants.

Amis blogueurs, vos rêves de voir mourir la presse sont aberrants et je dirais même dangereux pour notre société. Je vais vous confier au fond ce qui me choque le plus : la manière dont vous niez absolument et totalement le rôle démocratique de la presse pour limiter vos analyses à des questions de plomberie. Parlons-nous de déontologie, vous hurlez au corporatisme, de fiabilité de l’information, et là vous ricanez. Entre nous, il faut être vachement gonflé pour s’opposer le plus sérieusement du monde aux tentatives actuelles d’imposer une déontologie dans l’information. Voilà qui me laisse rêveuse quant à la nature de vos motivations. Mais peu vous importe, n’est-ce pas, obsédés par la technologie de diffusion de l’information, vous en oubliez le contenu. Au surplus, je serais vous, je la mettrais en veilleuse car vos fantasmes sont en train de prendre du plomb dans l’aile. La communication est passée à l’attaque, le web déjà fragile en raison du formidable potentiel de manipulation et de désinformation qu’il porte en germe, ne va pas tarder à être pollué par les marchands de soupe. Conclusion, nous n’avons jamais eu autant besoin de professionnels de l’information et de déontologie. Ne vous en déplaise.

Personnellement, je n’ai absolument rien contre une redéfinition du journalisme intégrant les blogueurs au sein d’une déontologie et de règles de traitement de l’information communes. Je l’ai déjà proposé, ça n’a interessé personne. Dont acte. En revanche, j’ai tout contre les harangueurs de foule qui ricanent quand les journalistes réfléchissent à leur avenir et qui se délectent des malheurs de la presse en croyant qu’ils préparent leur prochain triomphe. L’inconséquence du discours le dispute à la sottise. A ce jeu là, tout le monde sera perdant.

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