La Plume d'Aliocha

15/12/2008

Madoff (2), l’assourdissant silence

Filed under: Dessins de presse,Eclairage — laplumedaliocha @ 16:53

dessin-xav-financesAmusant. Je viens de faire un tour sur le site du gendarme boursier français pour savoir s’il réagissait au scandale Madoff. Rien, silence radio.

Idem à la FBF (Fédération des banques françaises) et à la Banque de France.

Même topo à l’Association française de gestion (AFG). C’est pourtant l’association qui regroupe tous les professionnels de la gestion d’actifs.

Etrange silence, vous ne trouvez pas ? C’est comme ça depuis le début de la crise des subprimes, personne ne s’exprime officiellement, tout se passe en sous-main, on discute, on négocie, on rancarde les journalistes en off dans le meilleur des cas. Il faut dire que tout le monde a peur, les acteurs financiers bien sûr, mais aussi les régulateurs et dans une certaine mesure les politiques. Et quand les puissants ont peur, ils se taisent.

Et puis mon amie la com’ n’aime guère les mauvaises nouvelles, dès lors, si elle n’est pas obligée de parler, elle s’abstient. Or, en l’espèce, elle doit considérer que c’est aux américains de se débrouiller, même si la France est touchée. Ce qui est drôle, c’est que depuis vendredi matin, c’est la panique à Paris, dans les banques, chez les gérants, les avocats, les grandes fortunes, sans doute aussi du côté des régulateurs. Tout le monde est sur le pied de guerre, mais dans la discrétion la plus totale. Voilà qui illustre une fois de plus une situation que les journalistes connaissent bien : plus un dossier est grave, moins on communique. Mais il y a plein d’articles me direz-vous. En effet, il y en a beaucoup, mais contiennent-ils beaucoup d’informations, ça c’est une autre histoire…

Taisons-nous aussi et laissons les rois du monde discuter tranquillement de leurs petites affaires. Chuuuuuut !

Madoff m’a tuer….

Filed under: Eclairage — laplumedaliocha @ 09:58

Il ne manquait que cette affaire pour achever de chahuter la finance mondiale ! Une fraude de 50 milliards de dollars à Wall Street. Evidemment, vous comme moi, nous ne frémissons même plus quand on nous parle de 50 milliards, une broutille au regard des sommes cramées sur les marchés depuis septembre. Pft, sans intérêt. Pas tant que cela. Car elle touche une fois encore le monde entier, et après tout ce que les banques ont perdu, ces nouvelles pertes avant la clôture des comptes, elles s’en seraient bien dispensées.

Bernard Madoff est un financier américain agé de 70 ans qui a été notamment à la tête du Nasdaq. Une pointure. Depuis des années, son fond crachait du 8% net par an dit-on, certains parlent de 15%. Même dernièrement, avec l’effondrement des marchés, les performances demeuraient les mêmes. Et bien que son fond soit dédié aux investisseurs éclairés car utilisant des techniques risquées, il avait pris avec le temps des allures de placement de bon père de famille. Au point que les banques du monde entier en achetaient pour elle et pour leurs clients fortunés. 

En France, les banques et les grandes fortunes se sont réveillées vendredi matin avec une sacrée gueule de bois. Car la nouvelle est tombée dans la nuit de jeudi : Bernard Madoff a été arrêté pour escroquerie. La rentabilité miraculeuse de son fond ? Vous allez rire, elle s’explique désormais fort bien. Il remboursait les clients avec l’argent des autres clients. C’est l’escroquerie bien connue : donne-moi ton argent, je te le rends quand tu veux avec des intérêts faramineux. Vous donnez votre argent, mais un peu méfiant, vous en demandez le remboursement quelques mois plus tard. Et là, l’escroc souriant vous le rend, avec les intérêts. Voilà, vous avez confiance, du coup, vous y remettez de l’argent et en plus vous en faites profiter tous vos amis. Chaque fois qu’un investisseur demande son argent, on lui donne celui des autres aimables investisseurs. Nul placement, juste de la jonglerie. Le système s’effondre à partir du moment où plusieurs personnes en même temps réclament leur argent. C’était le système Madoff. Que vous et moi puissions tomber dans le panneau, ça s’explique, mais des professionnels, allons, franchement ? Vous savez ces gens qui nous regardent de haut en nous disant : « c’est compliqué, n’essayez pas de comprendre ».

Qui est touché ?

Les banques du monde entier, y compris françaises. Gageons que les calculettes ont du chauffer dimanche pour faire les comptes des pertes. Natixis et BNP Paribas auraient perdu des centaines de millions d’euros. Il n’y a pas qu’elles. Les grandes fortunes détenaient du Madoff soit en direct, soit via des produits financiers taillés sur-mesure. De ces produits réservés précisément aux gens très riches. Les pertes s’élèvent à plusieurs centaines de millions d’euros pour elles aussi. Certains grands investisseurs français ont sauté vendredi dans des avions pour New-York afin de mesurer sur place l’étendue des dégâts. Il faut dire que le FBI a tout bloqué et qu’il est difficile d’avoir une idée précise de la situation depuis Paris. 

Qu’en conclure ?

Hier, une chaîne TV a interviewé un gérant de fond qui confiait « nous n’en avons jamais acheté, une rentabilité pareille, y compris quand les marchés perdent 50% de leur valeur, c’était louche! ». Ah, le bon sens…Comme disait Audiard « quand on parle oseille à partir d’un certain chiffre, tout le monde écoute », en effet, mais plus personne ne raisonne. Même pas les plus avertis. Une rentabilité entre 8 et 15% ?  C’est que le gestionnaire est plus intelligent que les autres, c’est tout. Intelligent c’est sûr, honnête ….

Résumons donc cette crise. D’abord il y a eu des prêts immobiliers accordés à des ménages américains parfaitement insolvables. Une insulte au bon sens. Ensuite,  des petits génies de la finance  ont « titrisé » ces prêts, autrement dit, ils les ont transformé en instruments financiers et ont spéculé dessus. Avec la bénédiction des agences de notation qui assuraient à tout le monde que c’était de bons produits. Ces crédits pourris ont infesté l’ensemble du système financier jusqu’à l’effondrement général. Sans que personne ne soit en mesure de déterminer exactement l’ampleur du désastre. Et là, c’est la complexité du système qui est en cause. Puis ont commencé les facéties des traders  qui ont tenté en pleine tempête boursière de se refaire. Les marchés de leur côté n’en finissent plus depuis septembre d’afficher des baisses et des augmentations de folie, on était habitué à des +1,2, – 1,80%, nous voilà avec les effets de yoyo de l’ordre de 10%. Il ne manquait plus qu’une fraude magistrale pour couronner cette folie et achever de démontrer que la finance mondiale est vérolée. Nous y sommes.

Mais j’entends déjà mes amis ultra-libéraux s’indigner de mes propos absurdes. La crise ? Normal, c’est le fonctionnement classique du système. Les traders ? Ils n’ont fait que leur métier, à la bourse parfois on gagne, parfois on perd. La fraude Madoff ? Il y a des escrocs partout, cela ne remet pas en cause le système. Tirer les leçons de la crise en encadrant mieux la finance ? Allons, ce sont les réglementations qui nous ont menées là, si on fichait la paix aux marchés, ils fonctionneraient beaucoup mieux. Cqfd !

Propulsé par WordPress.com.