La Plume d'Aliocha

10/12/2008

Parachutes dorés : les journalistes dérangent et c’est tant mieux

Filed under: Débats — laplumedaliocha @ 11:38

Les grands patrons en ont assez des journalistes ! Je viens de découvrir cela en assistant ce matin à une conférence sur la crise. Quelques éminents spécialistes s’en sont pris aux journalistes présents. Au passage, je salue leur courage, je préfère encore cela aux flatteries hypocrites. Motif de leur courroux ? La pression médiatique autour des parachutes dorés. Eh oui, nous dérangeons, nous les journalistes quand nous parlons de cela. Avouez tout de même, faut-il être stupide pour s’indigner des pratiques de rémunérations actuelles à la tête des grands groupes cotés !

L’objet de la querelle

Mais voyons cela de plus près, car, comme toujours, les choses ne sont jamais aussi simples qu’on le souhaiterait. Ceux qui nous ont attaqués sont deux grands avocats d’affaires parisiens. Et comme ils sont tout sauf idiots, leur argumentation mérite qu’on s’y arrête.

Mettons-nous en situation. Voici un grand patron qui vient les consulter, ses contrats à la main, en leur expliquant qu’on veut le pousser à renoncer à ses indemnités diverses et variées pourtant parfaitement actées dans des documents juridiquement bétonnés et parfaitement conformes à la réglementation en vigueur. Comment réagit l’avocat ? En juriste bien sûr. Et il s’indigne. Songez donc, les accords sont formels, la loi est respectée, tout est conforme. Hélas, la presse agite l’opinion publique, laquelle fait pression sur le pouvoir, qui décide de mettre son grain de sel. Et voici que les beaux accords incontestables, ceux-là même qui ont poussé le grand patron à accepter son poste, sur lesquels il a compté pendant toute la durée de son mandat et dont il s’apprétait à recueillir les fruits, sont remis en cause par la volonté non pas de son conseil d’administration ou d’un juge, mais de l’opinion publique. Et ceci par la faute de journalistes qui n’ont pas pris la peine de se pencher sur lesdits contrats – les ignorants ! – et qui  crient néanmoins au scandale alors qu’il n’y en a pas, le droit est respecté. Je comprends la colère des avocats, elle s’inscrit dans une logique que je partage en vertu de ma formation de juriste : l’opinion publique n’est pas censée remettre en cause un contrat. Et si le contrat est valable, il convient de l’exécuter. Ce que je leur reproche, c’est d’être visiblement incapables de s’extraire de leur logique, de la distancier, d’admettre – si ce n’est de partager – une autre vision des choses que la leur.

Eternelle querelle entre le journaliste et l’expert qui aboutit invariablement à cette conclusion : nous sommes des imbéciles. Au passage, voici une nouvelle illustration de la raison pour laquelle je n’aime pas qu’on nous traite d’imbéciles, dès que j’entends cela, sauf faute évidente, je me demande qui on a bien pu déranger…

La réponse du journaliste

Fort heureusement, un grand journaliste TV présent à la conférence a décidé de rétorquer. Voici en subtance sa réponse à laquelle j’adhère entièrement : « Bien sûr vous préféreriez qu’on se taise. On vous dérange, n’est-ce pas ? Est-ce ainsi que vous concevez la démocratie ? Faut-il que nous disparaissions pour que vous soyez enfin tranquilles ? L’accusation du journaliste imbécile qui ne comprend rien, on la connait par coeur. Vous nous opposez le droit et nous accusez de manipuler l’opinion publique ?  Nous ne faisons pas l’opinion publique, pas plus d’ailleurs que nous ne lui obéissons, nous identifions simplement dans une société à un moment donné des interrogations et nous les relayons. Or la question de société aujourd’hui est la suivante : peut-on admettre en pleine crise que des dirigeants s’en aillent avec des parachutes dorés dont les sommes sont indécentes ? Voilà le sujet ».

« L’opinion publique, chassez la cette intruse, cette prostituée » disait le grand avocat Moro-Giafferi. Il parlait à l’époque des Assises. Voici qu’aujourd’hui les avocats réclament encore sa tête, mais ce sont désormais les avocats d’affaires et le prétoire qu’ils défendent, c’est l’univers luxueux et feutré du capitalisme français. Ils font leur métier, on ne saurait leur en vouloir, mais qu’ils nous laissent faire le nôtre et surtout qu’ils s’abstiennent de nous traiter d’imbéciles.

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39 commentaires »

  1. Je suis dubitatif… Certes d’un côté vous avez raison, mais d’un autre ils ont aussi raison… Les contrats sont établis, dûrs comme le roc, et l’opinion publique ne devrait pas s’en mêler, mais… Mais justement, l’opinion publique n’est-elle pas le reflet de la pensée du peuple français qui gouverne ce pays ?…
    Bref, je sais plus trop quoi penser…

    Hors Sujet :
    Aliocha, avez-vous pu lire le magasine scientifique dont je vous avais conseillé la lecture il y a un peu plus d’un mois ? 🙂

    Aliocha : voilà ce que c’est d’être objectif, on perd en capacité de conviction 😉 disons que l’erreur des avocats est de ne pas admettre qu’une rémunération puisse être juridiquement correcte mais contestable dans son principe.
    Je n’ai pas eu le temps encore, il est sur ma table de chevet, 1 mois pour l’acheter, 1 mois pour le lire, désolée, je vous promets de vous en parler dès que ce sera fait.

    Commentaire par Triskael — 10/12/2008 @ 13:49

  2. « Nous ne faisons pas l’opinion publique, pas plus d’ailleurs que nous ne lui obéissons, nous identifions simplement dans une société à un moment donné des interrogations et nous les relayons. »

    Est-ce bien sur?
    Ne pensez-vous pas que les journaux influent sur l’opinion?
    Ne pensez-vous pas que certains sujets sont choisis en fonction de l’opinion?

    Aliocha : l’affaire des nonistes m’incline à penser le contraire. La tentation existe sans doute, l’effet en pratique c’est moins sûr. Evidemment que l’on parle de ce qui ets susceptible d’intéresser les lecteurs, de là à dire qu’on influence leur jugement…

    Commentaire par Zythom — 10/12/2008 @ 13:49

  3. Bonjour,
    Se faire traiter d’imbécile par plus imbécile que soit est un plaisir de fin gourmet.

    Commentaire par herve_02 — 10/12/2008 @ 13:51

  4. Ne vous sous estimez pas, vous faites l’opinion publique.

    C’est grâce aux journalistes qu’on s’offusque des scandales.

    Sans vous, pas d’info et pas de scandale.

    Commentaire par Humaniste — 10/12/2008 @ 14:09

  5. Le journaliste qui prétend de pas faire ni être fait par l’opinion publique n’est effectivement pas particulièrement crédible. Disons que c’était plus un argument dicté par les circonstances qu’une vérité éternelle…

    Et l’argument « c’est écrit dans le contrat, donc légal, donc inattaquable » n’a qu’une valeur toute relative dès que l’on sort d’une court de justice. Un contrat est l’expression d’un rapport de force, donc sa légalité est sans lien a priori avec sa valeur éthique/morale et ses conséquences sur le reste de la société, qui n’était pas part du contrat mais sera affecte par lui. Bref je ne vois pas en quoi le fait que le droit soit respecté empêche quelque scandale que ce soit…

    (raison pour laquelle je ne suis pas sure que passer d’un société de loi a une société de contrat soit une idée merveilleuse. M’enfin j’dit ca…)

    Commentaire par PetitPiteux — 10/12/2008 @ 14:17

  6. @Aliocha sous le commentaire de Zythom.

    Pardon ma chère, mais je vais prendre un contre-exemple : à la veille du premier tour des élections présidentielles de 2002, la une et la deux ont diffusé un reportage sur un « petit vieux » qui a été tabassé… Beaucoup de gens, si je me souviens bien, pensent que c’est ça qui a fait la percée de Le Pen au détriment de Jospin…
    Ici le jugement a été influencé par les médias, il me semble.

    Aliocha : Beaucoup de gens pensent aussi qu’ily a plus de fer dans les épinards qu’ailleurs 😉 j’espère que les citoyens ne décident pas de leur vote en regardant le 20 heures la veille au soir, mieux, je me refuse à y croire.

    Commentaire par Triskael — 10/12/2008 @ 14:50

  7. Qui a dit : « Contrat parachute dorée inattaquable » ?‎
    Le ministère public est recevable de former opposition à l’exécution d’un contrat de travail ‎susceptible de mettre en jeu des principes d’ordre public.‎
    Cette fois-ci ,l n’attendra l’apparition de la vierge pour agir. Il a compris comment ‎circonscrire le feu rapidement avant que cela ne devienne un brasier.‎

    Commentaire par salah — 10/12/2008 @ 14:53

  8. Où l’on veut nous faire croire que la loi se superpose à la morale. Oups, j’ai dit un gros mot!

    Aliocha : disons qu’elle s’adapte aux convictions d’une société avec un temps de retard 😉 comme le disait le bâtonnier de Paris lors de l arentrée du barreau, certains vieux avocats ont plaidé en début de carrière pour des femmes qui s’étaient fait avorter illégalement et en fin de carrière contre des médecins qui avaient refusé de leur permettre d’exercer leur droit à l’avortement.

    Commentaire par Ardalia — 10/12/2008 @ 15:13

  9. Ah ça, quand Popey nous tiens…

    Je dis juste que peu avant les élections on trouve un peu plus de sujets sur « l’insécurité » qu’habituellement et qu’on en entend plus parler ensuite… Est-ce parce que l’insécurité augmente réellement avant les élections et stoppe net après, ou parce que les chaînes de télé parlent volontairement de ça pour nous influencer… A moins que vous ayez une autre hypothèse, moi je ne fais que développer celles que je connais.

    Commentaire par Triskael — 10/12/2008 @ 15:36

  10. Je pensais que le contrat pouvait être respecté, tant mieux pour ceux qui en bénéficient, et tant pis pour ceux qui arrivent après modification de la loi, qui ne pourront présenter de tels papiers.
    Mais peut-être qu’une loi peut (doit ? ) être rétroactive.

    Quant aux journalistes faiseurs d’opinions, je crois que c’est un raccourci, les journalistes vont relayer les informations qu’on leur donne, qu’ils trouvent, leurs interviews.
    Mais ces informations, et ce qui est donné dans les entretiens influeront, à travers le journaliste, les destinataires.
    C’est la que la COM’ entre en action non ? A l’abri des feux des projecteurs, ils envoient les autres au front. C’est globalement l’impression que j’ai.

    Commentaire par DePassage — 10/12/2008 @ 15:41

  11. Un commentaire à propos de cette affaire de parachutes dorés. Je précise que je ne suis pas juriste, ni concerné par cette pratique, directement ou indirectement.

    La dimension politique de ce dossier est forte, évidemment.

    Quand, il y a quelques mois, il a été question de la rétention de sûreté, que le texte de loi voté au Parlement voulait rendre peu ou prou rétroactive, la presse (surtout celle de gauche) s’est déchaînée sur le thème « on veut rendre rétroactive une loi liberticide ». A mon sens elle avait raison.

    Maintenant que des chefs d’entreprises, conformément à leurs contrats de travail négociés il y a des années, reçoivent ces « parachutes », « on » souhaite qu’ils y renoncent, et sinon qu’on les leur retire. « On » étant souvent les mêmes que ceux qui dénonçaient la loi mentionnée plus haut.

    Je comprends, dans ce contexte, l’agacement des avocats.

    Par ailleurs, si je sautais en parachute, je n’aimerais pas qu’une fois en vol ou juste avant de sauter, quelqu’un décide à ma place que je vais continuer ma chute libre jusqu’au sol 😉

    Aliocha : comme le résumais magnifiquement bien un petit patron de PME : eux quand il y a un problème ils ont un parachute doré, moi j’ai des semelles de plomb, si ma boite coule, je suis le premier au fond …. 😉 Voilà de quoi faire rebondir le débat, non ?

    Commentaire par Hub — 10/12/2008 @ 16:42

  12. Pas faux, Hub, le coup du parachute retiré en vol… Mais n’oublions pas que ces parachutes dorés ne sont le plus souvent que la cerise sur le gateau pour des gens recevant déjà des rémunérations considérables. On peut donc penser qu’avec ou sans parachute, ils arrivent au sol sur un bon gros matelas bien épais…

    Ca me rappelle aussi la réflexion de ce ministre nouvellement nommé, issu de la société civile, qui se faisait la réflexion que son salaire de ministre ne lui permettrait même pas de régler ses impôts de l’année précédente…

    Commentaire par Maraudeur — 10/12/2008 @ 17:21

  13. @ Hub, je comprends la logique des parachutes dorées, je comprends l’argument que le contrat est valide en droit et inattaquable, je comprends l’agacement des patrons et de leur avocats (même si je suis persuadé que si l’affaire va en justice ils auront gain de cause).

    Mais je suis contre le principe de cette rémunération, je suis contre son utilisation et j’espère qu’une loi viendra nuancé et/ou interdire ce genre de pratique (note que en contrepartie je n’ai rien contre une augmentation du salaire mensuel).

    Aucune loi ne peut être rétroactive (sans se faire casser a un moment ou un autre par le conseil constitutionnel ou la cour européenne des droits de l’homme). Par contre une loi peut dire que « à partir de maintenant », les indémenitées de licenciement ne peuvent êtres pas supérieur à tant…

    Note que c’est la même chose pour la retraite, quand j’ai commencé a travailler on m’avait dis 40 ans de cotisation, maintenant c’est 41 ans… et dans 20 ans ça sera combien?

    ça marche dans les 2 sens…

    Commentaire par nyquist — 10/12/2008 @ 17:39

  14. Comme le rappelle souvent Eolas, le droit et la morale sont deux notions autonomes (à défaut d’être totalement indépendantes) qu’il ne s’agit pas de confondre. Les avocats d’affaire (c’est la profession de notre président, soit dit en passant) sont en effet dans leur rôle en répondant sur le terrain du droit, mais en même temps répondent à côté de la question, qui se pose sur un autre terrain, celui de la morale et même, osons la combinaison, de la morale capitaliste : la justification classique de la rémunération supérieure des dirigeants d’entreprise, dans l’économie orthodoxe, est leur prise de risques personnelle. C’est du moins l’idéal libéral, mais force est de constater que, en ce qui concerne les grandes entreprises, on en est loin, et on s’en éloigne même de plus en plus.
    Maintenant, les dirigeants de grandes entreprises pompent autant de fric qu’ils le peuvent tant qu’on ne leur dit rien, à un point qui en devient parasitaire. C’est le résultat d’un mélange de phénomène de champ sociologique (au sens de Bourdieu), plus ou moins spontané, et de petits arrangements entre amis (ils se connaissent tous, cumulent les jetons dans leurs entreprises respectives, etc). Bref, on est plus proche de l’aristocratie que d’une quelconque forme de libéralisme.

    Mais bon, s’ils tiennent vraiment à rester sur le terrain juridique, je trouve que l’approche de Salah en commentaire 7 mérite d’être examiné : effectivement, c’en est à un point où on peut se poser la question de la mise en cause de l’ordre public. En d’autres termes, moins rigoureux : ça commence à se voir, et ça laisse un arrière-goût de foutage de gueule qui finit par… lasser, au mieux.

    Commentaire par Schmorgluck — 10/12/2008 @ 18:02

  15. Bonjour Aliocha,

    Je suis votre blog depuis quelques temps. Je ne suis pas toujours d’accord avec vos propos mais c’est tout de même (voire encore plus) intéressant.

    Cela fait plusieurs billets que vous parlez de l’  »opinion publique ». J’aimerais comprendre comment celle-ci se fait entendre. Personnellement, en tant que  »les gens », faisant partie de l’  »opinion publique », je n’ai pas le sentiment de m’exprimer sur quoique ce soit. J’ai plutôt l’impression que les journaux font cette opinion et puis c’est tout. Par exemple, on dit que l’  »opinion publique » s’offusque de tel ou tel fait divers, ce qui donne par la suite des lois faites à la va-vite pour la calmer. Mais y-a-t-il des manifestations? des citoyens envoyant des courriers révoltés à l’Elysée? Comment l’  »opinion publique » est sondée? En lisant les gros titres de journaux? En regardant les statistiques des site web des journaux, quels articles sont les plus lus?

    Ma question est sûrement très naive.

    En tous les cas, je ne critique pas le travail des journalistes. C’est bien de déterrer des histoires qui dérangent les plus puissants car nous en tant que citoyens lambda on ne peut pas grand-chose justement!

    Cordialement,

    hb

    Commentaire par halebopp — 10/12/2008 @ 18:11

  16. Une loi peut parfaitement être rétroactive.

    Le exception notable est affirmée par la constitution en matière pénale, où la rétroactivité ne peut s’appliquer qu’aux lois de fond (incrimination et peine) plus douces.

    Le Convention européenne des droits de l’homme prohibe également en matière civile les lois de validation faites pour contrer les effets d’une jurisprudence jugée inoportune par le législateur (parfois en raison de son coût pour les finances publiques).

    La notion d’ordre public pour les parachutes dorés me semble quand même pas mal extensive.

    On pourrait contester des indemnités trop importantes accordées à des mandataires sociaux (PDG ou DG) car faisant obstacle au principe de leur libre révocation par les organes de la société qu’ils dirigent. Cela suppose que le montant soit tel qu’il gêne la société pour les révoquer. Cela est différent d’une question d’équité et de justice sociale. Bref, c’est pas évident.

    La solution la plus efficac reste effetivement l’information et la pression médiatique/politique.

    Commentaire par stellar — 10/12/2008 @ 18:36

  17. Il y a deux choses sur ce sujet précis des Golden Parachutes, à mon humble avis. Et qui expliquent ces réactions antagonistes et.. toutes deux caricaturales (le journaliste imbécile contre le journaliste chevalier blanc).

    La décence des indemnités perçues. C’est évident.

    Mais également la question de l’impact du droit dans l’attractivité économique du pays.

    Et j’aimerais être certain que sur ce point un journaliste a déjà traîté le sujet de ce second point de vue.

    Une idée, Alliocha ?

    Aliocha : c’est un de mes sujets fétiches, et croyez-moi que le droit comparé on nous le sert à toutes les sauces quand il s’agit de justifier ce genre de choses. Mais l’argument trouve quand même ses limites, me semble-t-il, surtout qu’il est à deux vitesses. Je n’entends personne évoquer le fait qu’une bonne justice, rapide, efficace, peu couteuse constitue un élément d’attractivité économique, dès lors qu’il s’agit de voter le budget de la justice, justement. Et pourtant, la banque mondiale nous a fichu un sacré coup de pied dans le derrière sur ce sujet, même s’il était en partie infondé 😉

    Commentaire par Hapax — 10/12/2008 @ 18:38

  18. L’un des avantages de se penser globalement libre est que l’on est moins prompt à se croire théoriquement influençable et pratiquement influencé par le simple faire qu’untel à dit ci, untel à écrit ça.

    Je ne reviendrai pas sur le fait que je pense aussi bien cela du prix Albert Londres que d’Eolas, ne trouvant guère de raison de penser que celui-là influence d’avantage l’opinion publique lorsqu’il pourfend les parachutes dorés, que celui-ci lorsqu’il relève des erreurs commises par des journalistes.

    Sûrement, cependant, faudrait-il définir plus précisément ce que l’on entend par là. Par là, j’entends aussi bien définir plus rigoureusement ce que l’on entend par « influence », que ce que l’on entend par « opinion publique ».

    Partons de l’hypothèse que l’opinion publique – quelle qu’elle soit – soit effectivement choquée par l’attribution de parachutes dorés, notamment dans un contexte de crise économique. Bon.

    L’opinion publique en est choquée parce qu’elle en a eu connaissance. Dans la mesure où il s’agit de rapports privés contractuels, je suppose que vous ne contesterez pas – et même revendiquerez – le fait que l’opinion publique, sans avoir été influencée, a nécessairement été informée d’une situation qui, sans la présence de la presse, lui serait vraisemblablement restée inconnue.

    Nécessaire présence de la presse, m’empresserai-je d’ajouter, je ne suis pas en train de dire le contraire.

    Porter un fait à la connaissance du public n’est pas équivalent à l’influencer, allez-vous peut-être me répondre. Je vous rejoins. Je pense d’ailleurs que dès lors que l’on ne porte qu’une information à la connaissance du public, il est trop tôt pour parler d’une « opinion publique ».

    Une « opinion » implique que l’on porte déjà sur cette information un certain regard, qui n’est pas dicté par son seul contenu, ni même sa seule présentation.

    Mais posséder l’information à partir de laquelle on va se faire une opinion est évidemment une condition nécessaire, sinon suffisante, pour que l’on se forge une opion. Dès lors, le raccourci n’est pas entièrement fallacieux qui consiste à rendre la presse en partie comptable de l’opinion à laquelle elle permet de naître. Et cela même, si, en réalité, et encore une fois, j’aurais tendance à vous rejoindre sur le fonds de votre propos.

    La presse délivre une information. Une fois l’information délivrée apparaît le public, auquel elle a été délivrée. Dès lors qu’une certaine réaction, vaguement consensuelle, vaguement globale, se dégage sur la façon dont cette information est reçue, peut-être pouvons-nous commencer de parler d’une « opinion publique ».

    Mais plusieurs biais sont susceptibles d’être intervenus à ce stade.

    Pour commencer, l’information est délivrée à un moment donné. Elle est délivrée d’une certaine façon, mise en perspective d’une certaine façon. Evoquer la question des parachutes dorés en la mettant dans la perspective d’un contexte de crise économique, et dans le cadre d’une entreprise qui perd des millions, c’est une façon de faire. Ce n’est ni mentir, ni tromper la religion du public. On peut également évoquer la question des parachutes dorés en la mettant dans la perspective d’un contexte de fuite des cerveaux, par exemple.

    Ou on peut la mettre dans un contexte juridique, et parler de l’importance de l’intangibilité du principe d’autonomie de la volonté. C’est une autre façon de faire, qui n’est pas plus trompeuse que la première. J’ajoute en passant que ce principe rencontre désormais tant d’exceptions qu’il faut se poser la question de savoir à partir de combien d’exceptions faudra t-il bien admettre que le principe a cessé d’être un principe, mais bon. Le sujet me déprime.

    Je poursuis néanmoins, parce qu’une partie de ce terrain reste à explorer, y compris si l’on veut critiquer le principe du parachute doré.

    Dans quelles circonstances fait-on juridiquement exception au principe de l’autonomie de la volonté, c’est-à-dire à la liberté contractuelle ? Le droit permet en général de revenir sur ce principe dès lors que se font face une partie forte et une partie faible, et que l’on va soupçonner la première d’avoir pu, partiellement peut-être, potentiellement peut-être, priver la seconde de son libre arbitre.

    Or ici, de qui protége t-on qui ? Le patron qui part avec son parachute, d’une personne morale, d’un conseil d’administration, d’un groupe majoritaire d’actionnaires, qui n’est traditionnellement pas souvent considéré comme une partie faible. Je le souligne car je ne suis pas certaine que l’on assume parfaitement ce qu’il pourrait en coûter de laisser à des actionnaires la possibilité de se penser protégés par avance, et quelque peu par principe, d’une obligation à laquelle ils ont bien voulu souscrire, au motif qu’elle se révèle mauvaise lorsque le temps vient où il faudrait l’exécuter.

    Un autre biais réside dans l’oeil de celui qui rend compte de cette réaction, que je n’ai qualifiée de « vaguement consensuelle » ou « vaguement globale » que par paresse intellectuelle, faute de pouvoir rendre compte d’un phénomène qui me semble, le plus souvent, bien plus volatil et indéterminé que ce que ces expressions laissent entendre.

    Comment le journaliste rend-il compte de cette opinion publique, qu’il discerne ? Où la discerne t-il ? Ne fait-il véritablement qu’en rendre compte sans jamais participer à son élaboration ? Mais s’il participe de son élaboration, ne « l’influence » t-il pas ?

    Prenez l’affaire de Filippis. Imaginez un lecteur lambda, a priori choqué du traitement subi par votre confrère, mais qui, à la lecture de votre billet exposant le point de vue d’un commissaire, relativise la gravité de ce qui s’est passé, et nuance sa première approche, toute dictée par une émotion qui n’était nourrie d’aucune réflexion.

    L’avez-vous influencé ? L’admettriez-vous ?

    Alors, selon la façon dont on procède, influence t-on le public que l’on informe ? Pas véritablement, aurais-je tendance à croire.

    Parce que je pars du principe que chacun est libre de réfléchir et penser par lui-même, et que chacun est libre de discerner les enjeux d’une question qui va au-delà de la seule présentation que tel ou tel journaliste va en donner. Sur ce point-là, cependant, je vous concèderai volontiers que je me situe dans un courant de pensée libérale – au sens philosophique du terme – qui fut maintes fois contesté, et au moyen d’excellents arguments.

    Je distingue en réalité celui qui influence un point de vue (ce qui procèderait, à mon sens, du rapport de force, je n’y reviens pas, vous connaissez ma position) de celui qui l’éclaire.

    Je m’arrête ici, parce que j’ai été suffisamment longue, mais on pourrait poursuivre en fait sur une question que j’ai maintes fois soulevée : c’est à ce moment précis que je situerai, personnellement, le travail d’expertise du journaliste. C’est quand il ECLAIRE l’information qu’il permet au public de « COMPRENDRE » – par opposition à permettre au public de « SAVOIR ».

    Commentaire par Fantômette — 10/12/2008 @ 18:56

  19. @Aliocha : oui, le débat rebondit et c’est plutôt pas mal, non ?

    Je pense que vous êtes dans un cas particulier en étant pigiste : vous êtes, si je ne m’abuse (?), une profession libérale, avec les avantages et les inconvénients que cela comporte. Notamment : pas de patron, autant de clients (et donc de sources de revenus) que vous voulez (ou pouvez), le choix de vos horaires de travail, etc. pour les avantages. Pour les inconvénients : pas de sécurité de l’emploi ni de rémunération. Cela implique que vous devriez être payée plus à l’article (au signe ?) qu’un de vos confrères salariés, pour vous permettre de mettre de l’argent de côté pour votre retraite ou pour palier une baisse d’activité.

    De même le « patron », qui si je ne m’abuse ne bénéficie pas des assedic s’il est révoqué du jour au lendemain par ses actionnaires, doit négocier avec eux une rémunération qui prenne cela en compte, dont éventuellement un parachute. Que le montant soit souvent indécent à mes yeux de salarié lambda est une chose. Que l’on interdise la signature de contrats parachutes à l’avenir pourrait être une bonne idée (par décence ET par avantage économique : si je suis sûr de pouvoir partir tranquillement à la retraite aux Bahamas en cas de plantage énorme de mon entreprise, j’aurai tendance à courir des risques insensés). Interdire le paiement de telles indemnités prévues dans des contrats existants me semble être un tout autre débat et relèverait à mon sens plus de l’émotionnel que du rationnel.

    Désolé, Aliocha, de réécrire des choses qui ne vous apprennent rien, mais ce débat (en général, pas spécialement sur ce blog) me semble tellement pollué par l’irrationnel, qu’il me semble important de rappeler certaines choses. D’autant que la notion d’indécence – aussi vieille que le péché originel – répond à des critères très différents suivant les époques et les personnes qui y font référence.

    Enfin, pour élargir le débat après qu’il a rebondi : finalement, Aliocha, vous auriez préféré assister à une conférence de communicants ? Oups, désolé, la réponse est dans votre 1er paragraphe ! Mais de fait, la langue de bois n’ouvre aucun débat, si ce n’est ceux sur… la langue de bois, alors que les agressivités de spécialistes ont parfois l’avantage de nous interpeler sur le fond.

    Aliocha : non, je ne suis pas un professionnel libéral. Le pigiste bénéficie d’un statut particulier, il est salarié de tous ces employeurs. Une article est payé sous forme de salaire en fonction de sa taille (nombre de feuillets de 1500 signes), ce sont des sortes de CDD. Cela étant, j’ai toutes les caractéristiques des gens qui travaillent à leur compte et que vous décrivez. Pour le reste, débattons en effet, je n’ai pas d’idées arrêtées sauf une : je refuse qu’on traite les journalistes d’idiots parce qu’ils parlent du sujet, c’est une vraie question de société. Quant à l’agressivité des ces professionnels, effectivement je la préfère à ceux qui nous cirent les pompes, mais elle traduit au fond une sorte de solidarité de l’élite que je n’aime guère (hum si je continue à virer à gauche comme ça, je ne pourrai plus sérieusement prétendre que je suis de droite). J’ajoute une idée qui m’est chère : les juristes ont au moins un mérite, ils ne peuvent pas parler langue de bois, la matière rend l’exercice impossible. Mais elle n’interdit pas en revanche la mauvaise foi 😉

    Commentaire par Hub — 10/12/2008 @ 19:23

  20. « Alors, selon la façon dont on procède, influence t-on le public que l’on informe ? Pas véritablement, aurais-je tendance à croire. »

    Moi, je dirais ou contraire « oui » ! Toute information influence celui qui l’écoute. Par le simple fait qu’avant il n’était, a priori, pas au courant et qu’après il l’est.
    Maitenant, ce qu’il en fait est une autre question. Vous partez du principe que tout un chacun est capable de discernement, hors, ce n’est absolument pas le cas, pour de multiples raisons toutes différente les unes des autres mais néanmoins parfaitement justifiées.

    Sans parler du contexte durant lequel apparaît cette information, qui lui aussi influence forcement la perception de cette information.

    Il existe obligatoirement dans un groupe d’individus, une perception des fait allant de l’intolérable à l’agréable, de l’utile à l’inutile, du bien du mal, etc. C’est d’ailleurs cette diversité qui nécessite de définir des limite à la liberté de tout un chacun.

    Que l’information surgisse à des moments qui paraissent opportuns est aussi une évidence : si aucune rumeur n’est associée à un contexte particulier, il y a peu de chance qu’une information soit recherchée pour être publiée, sauf exceptions, comme celle du journaliste d’investigation qui a en vent via SES sources de quelque chose qui lui paraît sortir de l’habituel et de mener une enquête (qu’il faut financer !) pour y trouver, peut-être, matière à publier (et éventuellement révéler au grand jour des choses auquelles personne n’aurait spontanément pensé). Mais ces phénomènes sont, amha, très rares. Et il faut qu’il débouchent sur quelque chose d’inhabituel, susceptible de faire réagir l’opinion publique.

    En dehors de ce cas précis, qui tient plutôt, il me semble du « grand reportage », l’information est dictée par les événements déjà visible ou controversés, le tout étant d’y dénicher des choses inhabituelles ou polémiques ou encore du relai de communications parfaitement planifiés.

    Et chacun interprétera ces diverse source au vu de ses convictions, connaissances, croyances, etc. Le résultat ne pouvant que, dans la majorité des cas, qu’être très subjectif et, in fine, être la représentation de l’opinion publique. Parfois surprenante, mais le plus souvent prévisible.

    Par contre, l’opinion publique est très volatil, au gré des courants du quotidien (un peu comme une mode) et ne peut, en aucun cas, être comparée aux intérêts publiques qui eux sont (ou devrait être) beaucoup plus constants (comme une règle du jeu), amha.

    Commentaire par furax — 10/12/2008 @ 19:49

  21. Désolé pour les fautes : je vous fait déjà cadeau des quelques « sssssssssssssssss » pour palier ceux qui manquent un peu partout, un ‘e’ perdu à volatil, etc. 😦

    (Alliocha : qu’est-ce que ce serait bien de pouvoir avoir un « aperçu » pour pouvoir se relire… 🙂 )

    Aliocha : bah, considérez cela comme une mise en situation dans le thème du blog, écrire vite et sans faute sur un sujet donné dans un temps donné. Excellent entrainement pour saisir les difficultés du métier de journaliste. Plus sérieusement, je sais, ça me préoccupe, mais je n’ai pas de solution pour l’instant.

    Commentaire par furax — 10/12/2008 @ 19:55

  22. Le débat se fonde sur une hypothèse de travail à mon sens fausse ou tout au mieux biaisée: « l’opinion publique n’a pas le droit de remettre en question les lois, les accords ».
    Tant que l’opinion publique reste dans le cadre de la loi elle a toute légitimité à faire celà. Sans ça aucune loi n’aurait jamais été révisée. Les avocats oseraient-ils remettre en question aujourd’hui les manifestations des suffragettes, des couples homosexuels demandant le droit au mariage?
    Pourtant dans le cas qui nous occupe, l’amoralité de ces parachutes dorés rend tout questionnement social légitime…

    Commentaire par pedrock — 10/12/2008 @ 21:26

  23. Au XIV ème siècle, Philippe le Bel, pour faire condamner les Templiers, diffusa à Paris des manifestes destinés à créer de fausses rumeurs d’apostasie et d’obscénités afin de mettre l’Eglise et le peuple de son côté, bref afin de manipuler l’opinion. Ca à l’air d’avoir réussi…

    Commentaire par araok — 10/12/2008 @ 22:48

  24. @ pedrock

    Vous êtes dans l’erreur. Tout le monde a le droit de tout questionner et remettre en cause, y compris la loi, personne ne dit le contraire.

    Le problème juridique qui est posé, ici, est de savoir dans quelle mesure l’Etat – en cela poussé par l’opinion publique – va venir mettre son immense nez dans un rapport entre personnes privées, majeures et capables.

    Vous avez le droit de trouver le principe des parachutes dorés immoral – je suppose que c’est ce que vous vouliez écrire. Pour ma part, je pense que la morale n’a pas grand chose à faire là-dedans.

    Je vois des raisons plus juridiques de remettre en question le principe même de telles indemnités de départ.

    Nous parlons d’indemnités de départ de mandataires sociaux. Le principe même du mandat social est qu’il est extrêmement précaire. Il peut être révoqué à tout moment, du jour au lendemain, sans cause réelle et sérieuse, comme l’exigerait le droit social en matière de rupture de contrat de travail. C’est comme ça, c’est un principe de droit des sociétés. Un mandat social n’est pas un contrat de travail. Sa précarité est littéralement gravée dans le marbre de la loi.

    Or, prévoir des indemnités de départ pourrait être interprété comme revenant sur ce principe légal, et ce notamment si les indemnités prévues sont d’un montant exorbitant. Dès lors que pèse sur l’organe habilité à révoquer le mandat social la crainte de devoir verser des indemnités d’un montant devenu relativement élevé, il me paraît juridiquement soutenable que cela remet en cause le principe de révocabilité ad nutum du mandat social. Quand bien même, en réalité, tout cela était convenu depuis le départ, entre personnes dont il serait absurde de prétendre qu’elles ne savaient pas ce qu’elles faisaient ni ce à quoi elles s’engageaient.

    On peut trouver ces sommes d’argent, perçues légalement, indécentes. C’est un jugement moral que tout un chacun est parfaitement libre de porter. Mais le jour où j’estimerai moralement douteux que vous réclamiez une augmentation de salaire alors que votre secteur d’activité est en crise, et alors que votre employeur est d’accord pour vous le verser, êtes-vous bien certain que vous ne pourrez vous défaire d’une légère impression que je me mêle, peut-être, de ce qui ne me regarde pas ?

    Commentaire par Fantômette — 10/12/2008 @ 23:04

  25. Aliocha : trouve un seul autre job où :
    – tu es responsable pénalement de TOUT ce qui peut arriver dans ton entreprise, des accidents du travail aux malversations… et sur tes biens propres de toute erreur d’administration.
    – tu es responsable médiatiquement de TOUT échec de l’entreprise..
    – tu travailles 20h par jour…
    – tes décisions peuvent, en fonction d’un contexte économique toujours incertain, mener ton entreprise à la prosperité ou à 20 000 licenciements…
    – tu es licenciable sans préavis…
    – tout le monde veut ton job et te fait des croches pattes 🙂

    Commentaire par Paul — 10/12/2008 @ 23:55

  26. Il se trouve que je suis pour ma part opposé à ces parachutes dorés. Il n’en reste pas moins qu’à partir du moment où ils ont été accordés, il faut qu’ils soient payés. C’est trop tard pour revenir sur les parachutes actuels.

    Ce que je demande, c’est simplement que le suivant d’un parachuté ait un contrat de travail plus juste, dès le départ, et non pas un truc bidouillé entre copains, administrateurs d’un côté et PDG de l’autre. Je n’aurais rien contre une loi qui limite les indemnités de licenciement non plus seulement vers le bas, mais aussi vers le haut.

    Commentaire par Gathar — 11/12/2008 @ 00:43

  27. @Paul (25):
    – Un ouvrier est responsable pénalement de tout ce qui dépend de son action, et ce même s’il obéit aux ordres de son patron sous peine de licenciement (affaire du grutier qui ne voulait pas travailler par trop de vent et qui, suite à laccident mortel qui a suivi, a fait de la prison pour avoir cédé à son patron).

    – C’est clair qu’un employé n’est jamais mis en cause médiatiquement quand une entreprise échoue. La déficience des systèmes de surveillance de la Société Générale n’ont eu des connaissances médiatiques que pour ses patrons, c’est bien connu.

    – Je pense au bas mot avoir des horaires de travail deux fois plus élevés que celui qui a été pendant près de trois ans mon patron, et sans me forcer. Et honnêtement, un patron qui bosse à 20h par jour, il faut le virer, car il ne sait pas déléguer, et la fatigue va lui faire faire une grosse bêtise.

    – Tous comme les décisions des autres personnes d’une entreprise. Un codeur qui se tromperait dans le code de sécurité d’un système ABS, un manager qui évaluerait mal les risques de reprises de code sur une fusée Ariane 5, un designer n’ayant pas bien réussi une carrosserie, un juriste ayant mal rédigé un contrat… ont eux aussi un impact sur l’ensemble de leur société.

    – Un PDG n’est pas plus licenciable sans préavis qu’un autre, à partir du moment où il a un parachute doré. On peut licencier n’importe qui du jour au lendemain pour lors qu’on accepte de lui payer sa période de préavis sans lui demander de l’effectuer.

    – Je ne veux personnellement pas le job de mon patron, il ne me semble pas assez attirant sur le plan du défi intellectuel.

    Je commence à en avoir plus qu’assez de la propagande qui voudrait faire croire que les patrons sont les seuls qui travaillent, les seuls qui se sentent concernés par l’avenir de la société. Il y a à TOUS les niveaux de la hiérarchie d’une société des gens bosseurs et des fainéants, des bons et des moins adaptés à leur job, des impliqués et des dégoûtés.

    Plus qu’assez de ces dirigeants qui se plaignent que pour virer quelqu’un en France, il faille lui payer des indemnités, mais qui s’octroient des parachutes bien plus important, que ce soit en valeur absolue ou en nombre de mois de salaires.

    Plus qu’assez de ceux qui voudraient introduire plus de « souplesse » dans le droit du travail, alors qu’on sait très bien qu’entre employeur et employé, le déséquilibre est tel que toute souplesse apparente se traduit dans les faits au détriment de ce dernier.

    Commentaire par Gathar — 11/12/2008 @ 01:05

  28. Le premier PDG a avoir fait parler de son parachute doré est J.M. Messier.

    A la suite des pertes abyssales de Vivendi-Universal, qui ont conduit à son éviction, on est revenu sur cette clause de son contrat.

    Mais s’est-on posé la question de savoir si J.M. Messier aurait accepté le poste sans que figure cette clause sur son contrat ? A ce niveau de responsabilité, c’est le candidat qui fixe ses conditions. En cas de refus, il va ailleurs. C’est donc pour le retenir que le CA a accepté la clause, en toute connaissance de cause, sans qu’elle lui paraisse exorbitante.

    La Loi est très claire : « Les conventions légalement formées tiennent lieu de Loi à ceux qui les ont faites » (Art. 1134 CC).

    Que l’opinion publique, la Presse ou même Alain Souchon (son dernier tube « Parachute doré ») soient choqués que ces indeminités représentent parfois le salaire d’une vie de smicard ne changera rien au fait que ces clauses, lorsqu’elles ont été librement consenties, ne peuvent être remises en question, surtout avec effet rétroactif (par une Loi qu’on attend toujours, et pour cause, puisqu’elle renierait l’essence même des Contrats).

    Il faut quand même rappeler qu’un PDG, révocable « ad nutum », n’a même pas le droit aux ASSEDIC (tiens, les indemnités chômage, c’est aussi un parachute, non ?)

    En temps de crise, il est de bon ton de chercher des boucs-émissaires et le rôle du Pouvoir est de rassurer, par media interposés. Une façon comme une autre de détourner les responsabilités et de satisfaire à bon compte l’opinion publique.

    Commentaire par ramses — 11/12/2008 @ 01:40

  29. Lorsque des administrateurs d’une grande entreprise s’entêtent à vouloir payer des indemnités ‎de départ à son cadre haut dirigeant ,tout petit porteur a le droit de s’interroger sur le bien ‎fondé du contrat conclu et sur la fiabilité du conseil d’administration signataire.‎

    Quand les sommes indenités de départ convenues par contrat, se révèlent disproportionnées à la moyenne ‎versée pour tout cadre quittant la même entreprise,ne tiennent pas compte des résultats ‎obtenus , sous prétexte que le versement de l’indemnité soit une pure exécution d’un contrat ‎de travail et que en l’espèce cette dite exécution s’avère injustifiée au vu des même comptes ‎voire de nuisible par effet ,il est tout à fait légitime pour les petits porteurs d’actions d’exiger ‎un audit .‎

    Une association de petits porteurs ,ou un syndicat de l’entreprise peuvent saisir une autorité judiciaire éventuellement s’il ‎y a une trace découverte donnant matière de dépôt de plainte pour abus de bien social. Ainsi ‎Les indemnités convenues ne sont plus acquises de plein droit par le dirigeant contractant sans parlers des autres conséquences sur le conseil d’administration. ‎

    Ce qui formidable avec la loi et non avec la morale ,il n’ a que celui qui ne demande rien n’a rien .

    Commentaire par salah — 11/12/2008 @ 06:45

  30. Les indemnités de départs peuvent se justifier mais il ne faut pas non plus tout mélanger et employer des arguments indaptés.

    Un mandataire social est certes théoriquement révocable ad nutum ; il n’a pas droit aux assedic. Les cas de PDG virés sont quand cependant rarissimes, même s’ils sont en augmentation. D’autre part, il est possible de souscrire une assurance privée qui jouera le rôle des assedic.

    La responsablité pénale du chef d’entreprise peut être limitée avec une bonne délégation de pouvoir (réelle). De plus, qui peut citer des exemples de PDG condamnés au pénal, pour leur activité de dirigeant, à des peines lourdes?

    La situation n’est pas la même pour d’une part un pompier qui est appelé pour redresser une entreprise, sans garantie du résultat, ou celui qui risque de subir les conséquences d’un conflit entre actionnaires et d’autre part celui qui accède à la direction d’une entreprise « classique ».

    Dans le premier cas, un parachute doré me semble légitime. La généralisation pose problème surtout si l’indemnité est versée y compris lorsque la perte de son poste par le dirigeant consiste à devenir président non exécutif ou à passer de président du directoire à président du conseil de surveillance.

    On peut aussi avoir des doutes dans les entreprises « classiques » sur le caractère essentiel de l’indemnité de départ dans la négociation entre le candidat PDG et l’entreprise. Les candidats ne se priveront pas de demander un avantage toujours bon à prendre. En face, ils n’ont pas les actionnaires mais le conseil d’administration ou son comité des rémunération, composé majoritairement de dirigeants d’autres entreprises, et qui ont dont intérêt au système. Les contre-pouvoirs sont donc limités.

    La responsabilité du PDG sur ses biens propres concerne surtout le dirigeant de PME et pas celui d’une société du CAC 40 ou du SBF 250, qui est la population concernée par les parachutes dorés.

    Il en va de même pour la charge de travail. Celle des diigeants de PME est-elle beaucoup plus faible que celle des grosses sociétés?

    Sur l’efficacité économique : une assurance tout risque avec un forte indemnté systématique peut déresponsabliliser le dirigeant.

    Permettre aux dirigeant d’avoir une protection équivalente à celle d’un salarié me semble donc raisonnable dans la mesure où ils sont dans une situation relativement comparable. On ne peut cependant pas vouloir le meilleur des 2 mondes.
    Par exemple, cette protection comparable ne me semble pas légitime s’il existe un écart considérable entre la rémunération des cadres supérieurs et celle des mandataires sociaux. Ils évoluent alors dans deux systèmles différents, avec des règles propres.

    Commentaire par stellar — 11/12/2008 @ 10:47

  31. bonjour Aliocha et lecteurs

    je vais vous donner mon point de vue de juriste en droit du travail
    il est de jurisprudence constante en droit privé qu’un employeur peut toujours demander la réduction d’une indemnité contractuelle de licenciement

    en effet plusieurs arrets de la cour de cassation ont considéré que si, par son caractère excessif, l’indemnité apparaît comme interdisant la rupture unilatérale du contrat, l’employeur peut obtenir du juge qu’il en réduise le montant. Une telle clause est en effet considérée comme une clause pénale (c. civ. art. 1152 ; cass. soc. 17 mars 1998, n° 95-43411, BC V n° 142).

    il ressort de cette jurisprudence qu’un conseil d’administration pourrait demander au juge de trancher
    mais compte tenu des informations détenues par certains grands patrons sans oublier leurs carnets d’adresses l’interet des uns et des autres c’est d’executer les contrats

    alors que l’opinion publique s’en mêle au nom de l’équité quand plus de 8 millions de personnes sont en dessous de 800 euros par mois je ne m’offusque pas .

    Commentaire par artemis — 11/12/2008 @ 17:11

  32. @ artemis

    Un PDG n’est pas un salarié, mais un mandataire social. Il n’a pas de contrat de travail.

    Sa révocation n’est pas du ressort du Tribunal des Prud’hommes, mais éventuellement du TGI.

    Une indemnité conventionnelle ne peut, à mon sens, être remise en cause (Art. 1134 CC), sauf avec l’accord du bénéficiaire, bien entendu. (ce fut le cas de Charles Milhaud, PDG évincé des Caisses d’Epargne).

    Commentaire par ramses — 11/12/2008 @ 18:22

  33. @ ramses
    ne soyez pas aussi affirmatif en géneral lorsque j’avance quelque chose je ne dis pas de betise !!!
    tout dépend du lien de subordination avec l’employeur les situations peuvent etre tres différentes je n’ai pas parlé de PDG dans mon commentaire j’ai parlé de grands patrons

    vous avez des mandataires qui cumulent contrat de travail et mandat social
    je vous mets un extrait d’une revue de droit

    « Dirigeants de sociétés

    Les dirigeants de sociétés ne sont pas, en tant que tels, des salariés. Selon la forme de la société, ils ont la qualité soit de mandataires sociaux (président du conseil d’administration, directeur général ou directeurs généraux délégués de sociétés anonymes, gérants de SARL…), soit de commerçants (gérants associés de sociétés en nom collectif) et se trouvent par conséquent exclus du champ d’application du droit du travail. Toutefois, les mandataires sociaux peuvent à certaines conditions cumuler un mandat social et un contrat de travail.

    Cumul mandat-contrat

    Seuls peuvent prétendre au cumul :

    – les gérants minoritaires ou égalitaires de SARL ;

    – les membres du conseil de surveillance d’une SA ;

    – les salariés devenus administrateurs de la société.

    Pour ces personnes, le cumul est possible à la condition que le contrat de travail corresponde à un emploi effectif, c’est-à-dire :

    – que les fonctions salariées soient nettement distinctes de celles de mandataire ;

    – que l’intéressé se trouve dans une situation de subordination juridique vis-à-vis de la société ;

    – qu’une rémunération spécifique soit versée au titre du contrat de travail.

    Commentaire par artemis — 11/12/2008 @ 19:53

  34. j’en remets une couche pour ramses qui à l’evidence ne connait pas les pratiques des entreprise

    je mets les motivations de la proposition de loi de réforme des rémunérations des grands patrons

    proposition que vous pouvez trouver dans son intégralité sur le site du sénat.

    « La plupart des dirigeants de sociétés jouissent d’un contrat de travail, « officiellement suspendu » durant le mandat social, mais remis en vigueur au moment de leur départ, afin de légitimer le fait qu’ils puissent toucher des indemnités de départ. Pour cette raison, l’article 1 supprime le cumul d’un contrat de travail et d’un mandat social, car un tel cumul permet aux administrateurs en fonction, qui souhaitent bénéficier de la protection du droit du travail, de se mettre en situation de fraude, des emplois pouvant être créés de façon fictive, dans le seul but de procurer à certains administrateurs les garanties offertes par le droit du travail.

    Dans le même esprit, l’article 2 supprime le cumul des fonctions de salarié et de président du conseil d’administration lorsque le contrat de travail est postérieur à la nomination du président du conseil d’administration. De même, l’article 3 supprime le cumul des fonctions de salarié et de directeur général, lorsque celui-ci est mandataire social.

    Pour instaurer une politique de modération des rémunérations principales des présidents de conseils d’administration et de directeurs généraux de sociétés, l’article 4 prévoit un avis conforme du comité d’entreprise sur la rémunération des dirigeants, afin que celle-ci soit mieux encadrée par le conseil d’administration.

    Afin d’aider le conseil d’administration à assumer ses choix, l’article 5 prévoit un contrôle collectif de la rémunération du président du conseil d’administration grâce à une autorisation préalable de celui-ci, cette rémunération étant soumise à la procédure de contrôle des conventions règlementées. Il prévoit également un avis conforme du comité d’entreprise et de l’assemblée générale des actionnaires sur les augmentations substantielles des rémunérations des présidents de conseil d’administration.

    Commentaire par artemis — 11/12/2008 @ 20:12

  35. enfin je termine car je suis pugnace lorsqu’il s’agit de mon expertise
    avant d’affirmer quelque chose téléphonez moi Ramses au fait ramses 1 ou 2 tout est la la différence !!!!

    Commentaire par artemis — 11/12/2008 @ 20:14

  36. […] est un grand du trait, en français comme en anglais. – En guise de pause, 24 Plantu(s) en PDF. – Les journalistes sont là pour déranger, dirait Aliocha-à-la-Plume-alerte. – Ce que XXI clame haut et fort (@WebOL). – […]

    Ping par Permis de croquer « WebOL — 12/12/2008 @ 00:05

  37. @ Artemis

    « j’en remets une couche pour ramses qui à l’evidence ne connait pas les pratiques des entreprises »… Permettez-moi de sourire !

    Si vous ne voyez pas la différence entre un salarié et un mandataire social, je ne puis que vous conseiller de mieux vous informer.

    Dans votre comm. 31, vous parliez d' »employeur » et d’indemnité de licenciement », qui n’ont rien à voir avec un « parachute doré ».

    Les cas emblématiques évoqués récemment ne concernent pas la rupture d’un contrat de travail, mais celle du mandat social de Président du Conseil d’Administration d’une grande Sociétés, qui n’est pas un salarié.

    Commentaire par ramses — 12/12/2008 @ 02:07

  38. @ ramses

    à l’évidence vous n’avez pas lu ce que j’ai marqué et surtout les motivations du sénat pour modifier la loi
    relisez et apres commenter
    « La plupart des dirigeants de sociétés jouissent d’un contrat de travail, « officiellement suspendu » durant le mandat social, mais remis en vigueur au moment de leur départ, afin de légitimer le fait qu’ils puissent toucher des indemnités de départ. Pour cette raison, l’article 1 supprime le cumul d’un contrat de travail et d’un mandat social, car un tel cumul permet aux administrateurs en fonction, qui souhaitent bénéficier de la protection du droit du travail, de se mettre en situation de fraude, des emplois pouvant être créés de façon fictive, dans le seul but de procurer à certains administrateurs les garanties offertes par le droit du travail. »

    vraiment vous voulez avoir le dernier mot alors que vous n’avez aucun expertise en la matière et c’est cela qui m’énerve des quidam qui disent n’importent quoi et sur tout et c’est votre cas
    alors je ne m’enerverai pas d’avantage et ne répondrai plus à vos aneries

    Commentaire par artemis — 12/12/2008 @ 12:18

  39. @ artemis

    « et ne répondrai plus à vos aneries »

    Ni moi aux vôtres, car, outre d’être incompétent, vous êtes grossier. Bye bye !

    Commentaire par ramses — 12/12/2008 @ 12:52


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