La Plume d'Aliocha

09/12/2008

Aliocha dans Libé !

Filed under: Eclairage — laplumedaliocha @ 11:45

Autant le dire tout de suite, il ne s’agit pas d’un coming out, inutile de vous jeter sur le journal, vous n’y trouverez pas ma photo ! Simplement, Libération m’a demandé l’autorisation de reproduire dans son édition papier du jour ce billet, ce que j’ai fait bien volontiers.  Je ne vous cache pas que cela me fait plaisir. Non pas de voir mon pseudo imprimé, voilà 12 ans que j’écris tous les jours dans différents journaux, des quotidiens nationaux, des publications spécialisées, des hebdomadaires…Bref, voir mon nom, fut-il d’emprunt, dans un journal est devenu une habitude.

En revanche, vous le savez j’aime profondément le journalisme et en particulier la presse écrite généraliste. Je suis donc honorée d’avoir retenu l’attention du journaliste en charge de la page contre-journal. Merci confrère !

Libérons le journalisme

Ce qui me fait au moins autant plaisir, c’est de constater que mon intuition est juste : si l’on veut sauver la presse, il faut changer le journalisme ou plus exactement, le libérer. J’ai rédigé ce billet à la suite des confidences d’un confrère frustré de ne pouvoir écrire cela lui-même dans son journal. Et je l’ai fait parce que tout ce qu’il me racontait ne faisait que résonner en écho de ce que j’avais moi-même observé et entendu. Exercice ô combien libérateur quand on a pris l’habitude de s’auto-censurer depuis si longtemps. Mais en même temps, je me demande s’il est encore acceptable de devoir écrire sur un blog et sous pseudo, qui plus est en anonymisant les informations, ce qui devrait être dans les colonnes de la presse ? N’est-il pas temps de libérer le journalisme ?

La communication, ce vampire

Il est pour l’instant enserré dans les griffes de la communication, ce vampire qui suce le sang de l’information et ne nous laisse plus présenter que des concepts creux, des événements si nettoyés, émasculés, relativisés qu’ils en perdent tout sens. Soi-disant par souci de modération, d’exactitude, de précision technique, et nous cédons, par peur des représailles, de se tromper, d’être blacklisté. Au fond, j’ai toujours pensé que l’information, à de rares exception près, est publique. Qu’il s’agit moins de faire des investigations poussées que de la trouver et de savoir ensuite la lire, faire des recoupements, des mises en perspectives, dégager son sens profond. C’est un métier, cela s’appelle le journalisme. C’est notre métier. Je ne sais plus quel écrivain disait fort justement : « ils regardent ce que je regarde mais ne voient pas ce que je vois ».

Critique de la communication pure

Or, la communication s’emploie à polluer ce regard, elle a ainsi tué l’information et nous a mis gravement en péril en détournant les lecteurs de nous.  Je crois que notre rôle, aujourd’hui, demain au plus tard, va consister non plus à relayer la communication, fut-ce du bout de nos claviers fatigués et écoeurés, mais à la critiquer systématiquement. Nous ne sommes plus le passage obligé entre l’information détenue par une poignée et le public, la communication nous déborde, passe au-dessus de nos têtes, interpelle le public directement, formidablement relayée, boostée, par Internet. L’air de rien, cela pose la question de notre rôle dans la démocratie, car jusqu’à présent notre mission consistait précisément à être ce relais. Alors, il ne nous reste plus qu’une solution, qui correspond je crois à l’attente des citoyens : trier, enquêter, démonter ces procédés, les moquer au besoin. Bref, faire jaillir la vraie information en traquant sans pitié la langue de bois, les mensonges, les concepts creux, les manipulations. C’est ce que je tente de faire ici, de même que nombre de mes confrères qui ouvrent un blog. Bien sûr, il reste des titres qui font aussi ce travail, le Canard, Libé, l’Obs, Marianne, mais ils sont en nombre insuffisants, trop isolés dans leur démarche, trop fragiles.

Le journalisme doit faire sa révolution. Les perspectives sont immenses, la demande réelle, le travail à accomplir énorme, qu’attendons-nous ? Il faut y aller maintenant.

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