La Plume d'Aliocha

08/12/2008

Affaire de Filippis : l’analyse d’un policier

Filed under: Eclairage — laplumedaliocha @ 09:29

Samedi soir, j’ai rencontré un policier. Plus précisément, un commissaire. Et comme l’affaire de Filippis me trottait encore dans le tête, j’ai sauté sur l’occasion pour lui demander son avis. Deux précisions importantes. La première, il n’était pas en charge de l’affaire et n’en connait que ce qu’ont relaté les journaux. La deuxième, c’est un flic profondément humain, un flic de terrain, à mille lieues du  cow boy, à mille lieues aussi du psycho-rigide qui voit des délinquants partout et en particulier du côté des journalistes de gauche.  Voici un résumé de notre discussion :

Aliocha : quel scandale l’affaire de Filippis, comment peut-on traiter un journaliste ainsi dans notre pays !

Le policier : Pourquoi un scandale, il a été traité comme tout un chacun.

Aliocha : Mais alors c’est la procédure qu’il faut changer ! Ces deux fouilles à corps sont inadmissibles.

Le policier : elles font partie de la procédure, il y a une fouille à l’entrée du dépôt et une fouille à la sortie, c’est une règle impérative de sécurité.

Aliocha : les policiers auraient pu faire preuve de discernement, un journaliste ce n’est pas un grand délinquant, qu’aurait-il bien pu cacher sur lui de dangereux ?

Le policier : d’abord, c’est la procédure pour tout le monde. Ensuite, ce sont souvent les gens qui n’ont pas l’habitude d’être arrêtés qui présentent le plus de risques, notamment pour eux-même. Une arrestation, c’est très traumatisant, il est impossible de prévoir comment la personne va réagir. C’est pourquoi ces fouilles sont impératives, tant pour la sécurité des personnes mises en cause que pour la nôtre. En cas de problème, on viendra rechercher notre responsabilité.  

Aliocha : il n’empêche, que risquiez-vous d’un journaliste, franchement ?

Le policier : il y a quelques années, mes hommes avaient arrêté un individu soupçonné de harcèlement. Comme il était calme, ils n’avaient fait qu’une palpation rapide, quand il est arrivé dans mon bureau, il a sorti un revolver qu’il avait caché dans son slip. Il a tiré, la balle m’est passé à quelques centimètres de la tête. On ne peut jamais prévoir les réactions des gens.

Aliocha : Mais pourquoi une arrestation à 6h40 du matin chez lui ?

Le policier : Parce que le juge l’a demandé. J’imagine qu’il était préférable d’aller le chercher chez lui que de se rendre à la rédaction de Libération. Vous imaginez le cirque si des policiers avaient débarqué dans le journal ?

Aliocha (rire) : Oui, j’imagine sans mal en effet ! Mais n’y avait-il pas un moyen d’éviter les insultes des policiers qui lui ont dit qu’il était « pire que la racaille » devant ses enfants, même si je veux bien croire qu’il les aient très mal reçus ?

Le policier : s’il y a une erreur, elle est sans doute là. Nous sommes habitués à ce genre de réactions, nous ne devons jamais perdre notre calme.

Aliocha : Pensez-vous que les policiers savaient qui ils arrêtaient ?

Le policier : Bien sûr qu’on sait qui on va arrêter, surtout s’il s’agit d’un journaliste, c’est une personnalité sensible.

Aliocha : On pouvait peut-être utiliser une procédure moins lourde…

Le policier : La juge pouvait en effet lui éviter le dépôt, il suffisait qu’elle demande à ce qu’il lui soit amené immédiatement.

Aliocha : Pensez-vous qu’elle l’a fait exprès ?

Le policier : si, comme on l’a dit, le journaliste n’a pas répondu à ses convocations, c’est possible.

Aliocha : revenons aux fouilles à corps, c’est tout de même humiliant.

Le policier : humiliant mais nécessaire. Si vous croyez que ça nous amuse de regarder les fesses des gens, surtout qu’ils ne sont pas tous d’une hygiène irréprochable (sourire). Je précise que c’est toujours réalisé par une personne du même sexe. Et si la fouille doit être plus poussée, nous avons l’obligation de faire appel à un médecin. C’est le cas par exemple quand nous soupçonnons une femme de dissimuler de la drogue dans son vagin. Si elle possède une dose de stupéfiants, qu’elle la consomme en cellule et qu’elle meurt, c’est notre responsabilité qui est engagée.

Aliocha : je comprends mieux la situation. Mais ce faisant, je m’étonne qu’on n’ait pas entendu la police s’expliquer ?

Le policier : devoir de réserve. Il n’y a que les syndicats qui s’expriment publiquement, j’imagine ici que le dossier était trop sensible. La hiérarchie a dû le penser aussi…

Aliocha : si tout ceci est normal et justifié par la sécurité des uns et des autres, pourquoi le Président de la République a-t-il lancé une commission d’enquête et annoncé des réformes ?

Le policier : Pour calmer le jeu, je suppose…

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64 commentaires »

  1. Mais, mais… on dirait un blog de journaliste !
    (et je précise que c’est un compliment)

    Commentaire par Lindir — 08/12/2008 @ 10:23

  2. Toujours au chapitre « l’autre version » (et sans marquer a priori une préférence pour l’une ou pour l’autre), sur le thème recherche de stup dans un établissement scolaire, chez Jean-Dominique Merchet (Secret Défense) :

    http://secretdefense.blogs.liberation.fr/defense/2008/12/fouille-anti-dr.html#more

    Commentaire par Lindir — 08/12/2008 @ 10:29

  3. je dois dire que je reste quand meme sur ma faim. ce policier se replie quand meme derriere la « procédure », sans imaginer qu’il pourrait exister d’autres moyens.
    déjà, comment imaginer que vous venez reveiller un type qui ne s’attend pas du tout à cette visite, et qu’instinctivement ce type cache un revolver dans son slip!, et aussi un sachet de coke dans son anus. quels reflexes ! quel sang froid!
    alors invoquer la procédure justifiée par le principe de précaution me laisse perplexe dans ces conditions.
    d’autre part, la police pourrait s’inspirer d’une de ses branches: la police des frontières. des millions de passagers qui sont susceptibles d’etre des terroristes sont fouillés quotidiennement au moyen de deux outils: le portique et le detecteur manuel. ce dernier prouve son efficacité tous les jours, coute moins cher que le portique difficile à imaginer dans tous les postes de police, et coute aussi certainement moins cher qu’un taser.
    avec ce moyen, on préserve l’integrité morale et physique et la dignité du « client », on evite tout risque pour le policier et le client, et sans distinction de sexe, et meme d’ethnie et declasse sociale.
    en ce qui concerne la drogue, si les reflexions du policier sont compréhensible, pourquoi ne pas envisager d’autres moyens. bien sur, on ne peut pas mettre un chien spécialisé dans chaque commisariat, mais pourquoi pas une sorte de brigade volante qui intervient à la demande? pourquoi pas imaginer d’autres méthodes, plutot que de rester à des procédures moyennageuses et dégradantes? pourquoi, tout simplement, ne pas chercher à avancer, plutot que de se réfugier derriere une procédure irresponsable?
    et pourquoi, tout simplement, ne pas faire preuve de psychologie?

    en ce qui concerne la juge, on peut imaginer sans peine qu’elle ait voulu faire comprendre au journaliste qu’il ne pouvait pas etre au dessus des lois en ne se rendant pas aux convocations, lesquelles se sont certainement perdues entre un journal et un domicile. on peut comprendre son enervement. mais là aussi, il faudrait peut etre revoir la procédure. tant que le prevenu n’a pas signifié qu’il a reçu la convocation, il reste toujours un doute. et le doute doit beneficier à l’accusé, mesdames et messieurs les jurés.

    Aliocha : j’ai retranscrit cette discussion pour montrer le point de vue d’un policier, je le trouve intéressant ce d’autant plus qu’ils ont été très silencieux dans cette affaire. Maintenant, on peut en effet imaginer d’améliorer la procédure, disons qu’en l’état, ils n’ont pas les moyens que vous proposez, donc ils font comme ils peuvent. J’ajoute que l’homme que j’avais en face de moi aime son métier, qu’il ne s’est pas senti agressé malgré mes questions directes (je ne sais pas interroger autrement 😉 ) et qu’il m’a répondu très simplement. Ce qui ressortait de notre entretien était une véritable obsession de la sécurité. De la part de gens qui vivent perpétuellement dans la violence, ce n’est guère surprenant. N’oublions pas que ce qui est exceptionnel pour un citoyen ordinaire est leur quotidien à eux. Et pour que le portrait soit complet, cet homme n’est pas un partisan de la politique sécuritaire actuelle.

    Commentaire par leinad — 08/12/2008 @ 10:33

  4. Ah la sécurité est une brave fille, elle sert d’alibi à qui en a besoin.

    Elle a bon dos la sécurité.

    J’ai adoré le passage sur le caractère traumatisant d’une arrestation: comme c’est traumatisant, les gens peuvent faire n’importe quoi, alors on les traumatise encore plus en les mettant à poil et en leur demandant de s’exhiber dans une position obscène.

    Et naturellement, sur les plus de 550.000 GAV annuelles on nous ressort CELLE qui a failli mal se terminer (alors que le défaut de sécurité vient d’une erreur de routine: palpation mal faite).

    Grandiose.

    On a fait une erreur donc maintenant on vous fout tous à poil, voilà en substance le discours justificatif.

    550.000 trous de balles à mater par an…

    C’est dur comme métiers. Va falloir réclamer une prime anale.

    Aliocha : eh bien Tschok, vous perdez votre calme légendaire ? Détendez-vous, ce policier n’est pas un monstre, c’est même un type épatant. Au terme de notre discussion, je comprenais mieux la situation, c’est pour cela que je vous la livre. Elle reste sans doute choquante, mais je trouve intéressant de saisir la logique policière et notamment l’état de risque permanent dans lequel se trouvent les policiers, sans doute jugent-ils préférable une procédure humiliante si elle permet de sauver une vie. On peut ne pas être d’accord, on peut surtout réclamer qu’on mette en place des moyens plus respectueux de la dignité de chacun, mais je ne crois pas qu’on puisse nier la dimension de risque attachée à leur métier. Ce qui ressortait aussi de notre entretien, c’est l’incroyable décalage entre ce qu’ils vivent et notre quotidien à nous. Il m’a aussi confié lors de cette conversation : nous plongeons tous les jours au fond de l’âme humaine, il faut être sacrément équilibré pour supporter toutes les horreurs qu’on voit, il faut aimer les humains et il faut aussi être très professionnel, la moindre erreur peut coûter une vie.

    Commentaire par tschok — 08/12/2008 @ 10:55

  5. l’Etat n’a plus le droit de couper des têtes mais conserve le droit de mettre des doigts dans le c… Mais tout va bien, c’est la procédure.
    La procédure, rien que la procédure, toute la procédure. C’est pas moi, c’est la procédure !

    Commentaire par toto — 08/12/2008 @ 10:56

  6. La procédure protège les fonctionnaires, mais protège aussi les citoyens de l’arbitraire. Sans doute celle-ci manque-t-elle d’humanité et doit-elle être revue. Mais préfèreriez-vous que l’action de la Police s’appuie exclusivement sur l’interprétation qu’un fonctionnaire se fait de la situation et de la tête du client ? Nous le leur reprochons assez à l’occasion. Je rajouterai, en m’écartant un peu du sujet, que la procédure est indispensable à des gens qui manipulent tous les jours des armes à feu.

    Commentaire par Lindir — 08/12/2008 @ 11:16

  7. Dis comme cela, tout parait en effet normal. Sauf qu’au jour d’aujourd’hui il n’y a pas de preuve qu’il n’ai pas déféré aux convocations (on entend des choses ici et la contradictoires, mais pas de preuves).

    Mais prenons un autre exemple: Demain, a 6h40 (sans preuve de ne pas avec déféré a une convocation), des policiers débarquent chez un animateur de site, l’emmènent au dépôt, le fouillent nu deux fois, parce qu’un des commentateurs du blog qu’il anime aurait dit des méchancetés, genre le service Tartempion est une arnaque (c’est de la diffamation, même si c’est vrai), parce que c’est la règle, qu’on ne sait jamais, qu’il peut être dangereux, pris de folie par la peur des forces de l’ordre…. Ce blogueur X ce pourrait être moi.

    Pour finir, lorsque dans le discours on essaye de mélanger un individu soupçonné de harcèlement avec un entrepreneur, ancien responsable de publication, « accusé » de fait qu’il n’a pas commis mais dont il est responsable, pour justifier un comportement, a ceci moi je dis: corporatisme.

    Et je suis décu que le journaliste que vous etes n’ai pas au moins fait remarquer ce dernier point au policier.

    Aliocha : Parce que pour un homme qui cotoie des criminels, des braqueurs, des mafieux depuis plus de 20 ans, un harceleur, c’est apparemment aussi inoffensif qu’un patron de journal. Donc, en termes de risques, son analyse était pertinente. Nous étions dans le cadre d’une discussion amicale, il n’avait pas à communiquer officiellement ni à préserver son image, ni à craindre la réaction d’une hiérarchie. Il m’a parlé simplement et m’a livré son sentiment, c’est ce que je voulais, saisir sa logique, comprendre la psychologie d’un policier, appréhender son regard spontané sur le dossier. On n’avance pas dans la discussion et dans l’analyse d’un problème si on n’accepte pas de comprendre la logique de l’autre, ses propres contraintes, ses peurs, ses objectifs, son expérience. On peut ensuite critiquer, mais ensuite seulement quand on a accepté d’entendre ce que l’autre avait à dire. C’est ce que je vous livre ici, je ne plaide pas pour la police, je n’essaie pas de vous intoxiquer, ou de nier l’indignation qu’a suscitée cette affaire, juste de vous faire partager une conversation que j’ai trouvée intéressante.

    Commentaire par Vonric — 08/12/2008 @ 11:23

  8. @ Lindir

    Et qui protège de l’arbitraire qui se cache derrière celui qui applique la procédure ?
    Qu’est ce qui nous protège d’un fonctionnaire zélé ou peu scrupuleux qui se cache derrière la procédure ? Quand c’est parole contre parole, celle du citoyen ne pèse pas lourd.

    Or le doute doit bénéficier au citoyen.

    Commentaire par toto — 08/12/2008 @ 11:37

  9. @Vonric

    Corporatisme?? Ou ça?? Je saisis très très mal l’enchainement logique de votre dernier paragraphe.

    De plus, il n’essaie pas d’assimiler le journaliste à « un individu soupçonné de harcèlement », mais plus, comme il le dit ensuite un individu « calme » donc apparemment sans danger. Comme un journaliste.

    Certes cette procédure peut-être vécu comme humiliante. Je dirais même qu’elle l’est. Mais le point de vue du policier se défend. On ne sait jamais à l’avance ce que voudra cacher quelqu’un. Et il faut bien vérifier. Pour les métaux, certes un détecteur pourrait être envisagé. Mais pour la drogue. A part « aller voir », je ne vois pas d’autre moyen, j’ai beau chercher.

    Non je pense que le vrai problème est celui du juge, qui à sciemment lancé cette « procédure » en rédigeant un mandat d’amener. Même si M. Filippis n’avait pas répondu aux convocations précédentes, j’ai des doutes sur la moralité du geste. Même s’il semble qu’il n’y en ai pas sur la légalité.

    Commentaire par adrien — 08/12/2008 @ 11:45

  10. > »Mais pour la drogue. A part “aller voir”, je ne vois pas d’autre moyen, j’ai beau chercher. »

    La raison de cette descente chez M Philippis était la détention de drogue ?

    Commentaire par toto — 08/12/2008 @ 11:55

  11. @toto

    Certes non, mais ce genre de choses est systématiquement recherchée, et pas seulement chez les dealers présumés…

    Commentaire par adrien — 08/12/2008 @ 12:01

  12. @Toto(8)
    Qui nous protège ? Hmmm, la Loi, un juge, un avocat ?
    Et qui nous protège de la vie ?

    Commentaire par Lindir — 08/12/2008 @ 12:01

  13. Aliocha,

    J’ai bien compris et vous remercie de cet éclairage que vous avez raison d’apporter, dans un souci du contradictoire que je partage.

    J’attire néanmoins votre attention sur deux points:

    Le nombre annuel de GAV (en fait je crois qu’on est aux alentours de 580.000 en 2008, avec une augmentation de l’ordre de 30.000 GAV par an) va rendre nécessaire la mécanisation du matage de trous de balle. Car il faut prendre la mesure de ce que cela représente: environ 1.600 trous de balle à mater par jour!

    Ca fait beaucoup… Je suppose qu’il sera nécessaire de créer des centres de matage de trous de balle régionaux afin de rationaliser l’opération et rendre possible son exécution dans de bonnes conditions d’hygiène.

    Se posera la question du matage de trous de balle des enfants (qui peuvent être placés en garde à vue)avec les problèmes éthiques que cela soulève, et celui des femmes: en ce qui les concerne, le matage de vagin s’ajoute au matage du trou de balle.

    Songeons également à nos amis handicapés, qui sont nos égaux. Et puis les personnes âgées, que nous oublions toujours.

    Dans ses derniers instants, Salvador Dali dissertait du trou de balle: le grand artiste se plaisait à dire que chaque trou de balle a sa personnalité. Je pense que pour motiver nos troupes, l’organisation d’un concours annuel serait bienvenue. Je suggère de le baptiser « le plus beau trou de balle de l’année ».

    Car il faudra veiller à la santé mentale et au moral de nos jeunes policiers et gendarmes affectés à la cette noble tâche consistant à nous examiner les orifices: 1.600 trous de balles par jour,ce n’est pas rien quand même. Sans compter les vagins. Ca use un homme.

    Il faudra également organiser le travail de telle sorte qu’on puisse éviter les revendications syndicales type « halte aux cadences infernales! »: le fait qu’une partie des forces de l’ordre puisse manifester dans la rue en agitant publiquement de revendications de se genre risque de troubler les esprits.

    C’est donc avec émotion que je songe au trou de balle de nos enfants, de nos parents, de nos frères et nos soeurs, de nos vieux, tant de trous de balle qui désirent depuis si longtemps ardemment se montrer et qui vont enfin pouvoir s’exhiber au grand jour, après des siècles d’anonymat dans le fond de nos culottes, en toute légalité.

    Deuxième point: les décès en service des fonctionnaires de police

    http://www.quid.fr/2007/Justice/Police_Nationale/4

    En gros, elles on été divisées par trois en 20 ans (de plus de 30 morts dans les années 80 à moins de 10 dans les années 2000).

    Parallèlement, nos policiers et gendarmes se martialisent (uniformes militarisés, armes de service plus performantes, gilets pare balle en dotation normale, méthodes plus musclées, etc).

    Paradoxalement, alors que la société est beaucoup moins violente avec la police aujourd’hui (première cause de mortalité dans la police: les suicides)la police est beaucoup plus violente avec la population par l’emploi généralisé de méthodes dures.

    L’argument de la sécurité ne tient donc pas.

    Reste à rechercher ailleurs l’explication.

    Aliocha : Fichtre, on vous a placé au dépôt récemment 😉 Sur la première partie de votre commentaire, vous m’avez fait tellement rire (votre texte me rappelle l’éloge d’isidore paudemurge, de Pierre Dac) que j’en ai oublié provisoirement le fond (sans mauvais jeu de mot, bien entendu). Je ne crois pas cependant que l’on puisse écarter l’argument de la sécurité d’un revers d’humour. Sur les suicides des policiers, vous les croyez donc sans rapport avec la violence ? Je serais moins affirmative que vous sur ce coup-là.

    Commentaire par tschok — 08/12/2008 @ 12:15

  14. Tiens ! après l’hallali pour la juge par une grande partie de la presse, la parole aux méchants chez Aliocha.
    C’est bien comme ça que j’apprécie la presse. La parole à tous. Je vais pouvoir penser librement.
    Il est vrai que les juges et les policiers ne peuvent pas parler librement, cela ne facilite pas le travail des journalistes qui se voudraient plus neutres et laisse aussi cette impression d’une presse exclusivement à charges.
    Il reste dommage que ce policier, bien sous tout rapport et pas méchant avec la gauche, tenez vous à préciser comme si vous aviez peur d’être mis au ban des journalistes et des blogueurs en vous fourvoyant avec l’ennemi, ait été rencontré par hasard. Finalement on a eu cette chance pour entendre une autre voix.
    Quand aux propos sur les cow-boys, les affreux, les spécialistes de la fouille anale, ils renvoient facilement aux propos qu’on entends aussi sur les « zones de non droits », sur les flics qui ne savent pas faire respecter la loi et qui ont peur.
    Calé dans mon fauteuil, le 17 à porté de téléphone et une bonne conscience de gauche, même vide de sens, en bandoulière, je me sens aussi assez fort pour taper des raisonnements sur l’utilité et les méthodes de la police -pardon, des flics, car je suis un rebelle-. C’est une prérogative de notre démocratie.
    Sinon, jusqu’où doivent aller les égards dus aux journalistes ?

    Commentaire par albireo — 08/12/2008 @ 12:26

  15. La procédure… oui, c’est bien de se retrancher derrière la procédure. C’est le mot qui sauve tout le monde la procédure.
    Oui Voric, oui Toto (#3 et #8) , la procédure, une belle tranchée pour planqués…

    Mais la procédure, c’est également elle qui empechent les policiers de venir sonner à votre porte avant 6h du matin… C’est elle qui empeche que vous vous receviez éventuellement une balle alors que vous accueillez les forces de l’ordre avec une batte, ou un couteau. C’est elle encore qui fait qu’un avocat se déplace, parfois en pleine nuit, pour voir comment se déroule la GAV…
    Et je pourrais continuer encore longtemps comme ça.

    Alors oui, la procédure est un moyen pour le policier ou gendarme de se garder des éventuelles futures poursuites, tout comme vous vous invoqueriez le défaut de respect de la procédure si un jour vous deviez vous faire arrêter…

    @ Tschok : je comprends votre point de vue, et votre caricature. Toutefois, ne perdons pas de vue que, en tout cas il me semble, que les doubles fouilles intégrales ne sont faites que dans les dépôts, et pas forcément lors d’une simple GAV en brigade ou commissariat (mais je peux tout à fait me tromper sur ce point).

    Merci Aliocha d’avoir eu cette discussion pour nous avec ce policier.

    Commentaire par rutrapio — 08/12/2008 @ 12:47

  16. Aliocha>Ok, vous avez recueillit la parole d’un policier. C’est très bien. Mais je trouve qu’il fait un peu de langue de bois en sortant des choses comme « c’est la procédure ». La « procédure » n’empêche pas d’être intelligent et de traiter les gens avec respect. N’oublions pas, encore une fois (je me répète) que l’homme n’était AU PIRE coupable que d’une amende (payée non par lui, mais par le journal). Au lieu de prendre l’argument du présumé délinquant, moi j’aurais plutôt pris l’exemple du stationnement: on a reçu une amende, on ne l’a pas payé (peut etre parce qu’on n’a pas recu la demande en fait), doit on se faire emmener au poste a 6h40 pour une inspection d’anus?
    Je comprends bien la position du policier: mais ce qui me choc, c’est qu’il trouve ça normal !

    adrien>Il n’essaye pas? Alors malencontreusement il a mal pris son exemple. Une contravention pour mauvais stationnement aurait été plus approprié.
    Quand au corporatisme, tout simplement parce qu’il ne voit pas de problèmes (hormis a la fin, quelques mots). Un « c’est la procédure, mais si on est intelligent… » aurait été plus a même. (Rappelons que d’après Eolas qu’Aliocha cite souvent, la procédure n’oblige pas cela, et il y a même de gros doutes).

    Aliocha : il explique, c’est tout, notamment la procédure imposée aux flics de base au dépôt. Le fait est que le journaliste aurait dû éviter le dépôt, mais ça, cela impliquait une autre démarche du juge, voire la dépénalisation de la diffamation. Par ailleurs, j’ai horreur, mais vraiment horreur de l’argument du « corporatisme » quand quelqu’un évoque simplement les règles de son métier. Cet argument là clôt le débat sur un soupçon de mauvaise foi : je parle de mon métier donc je ne suis pas objectif et je raconte n’importe quoi pour protéger ma corporation. Encore une fois, nous étions dans le cadre d’une discussion amicale où cet homme expliquait très simplement le fonctionnement des choses.

    Commentaire par Vonric — 08/12/2008 @ 13:10

  17. Ce que je trouve intéressant dans ce fait-divers, au dela de l’émotion de ce cas particulier, ou des pratiques policières en général, c’est qu’il me semble révélateur d’une contradiction profonde de nos sociétés, la recherche d’une protection maximale de tout et tout le monde, y compris de ceux dont l’essence même est de s’exposer ou de l’être. On veut que la police lutte efficacement contre la délinquance, mais il ne faut pas traumatiser les accusés, mais il ne faut pas non plus faire courir le moindre risque aux policiers. On veut lutter contre le terrorisme, aller faire la guerre au bout du monde, mais il ne faut pas que nos soldats courrent le risque de mourir, ni réduire nos libertés individuelles. On veut que chacun paie moins d’impôts (au dela du populisme politique classique, il y a un rejet de toute politique qui augmente les impôts, même de façon justifiée) mais que la société prenne en charge tout le monde. Etc.

    Attention, je ne dis pas qu’il faut laisser les policiers faire ce qu’ils veulent, leur retirer leurs gilets pare-balle, envoyer les soldats au casse-pipe, etc. Je précise, hein : je ne réagis pas sur ce fait-divers en particulier, mais sur une tendance globale. Je trouve qu’il y a quand même une contradiction profonde, qui est difficile à résoudre.

    Et ça n’est à mon avis pas si éloigné du thème de ce blog, parce que je crois que le rôle des médias là-dedans est capital : ce sont eux (grâce aux technologies modernes, mais pas uniquement) qui nous permettent de voir immédiatement les cadavres de soldats, d’entendre les récits des gardés-à-vue dans de sales conditions. Il est intéressant de regarder par exemple l’histoire militaire de la France ou du Royaume-Uni dans ces deux derniers siècles : on passe progressivement d’une situation où les soldats envoyés au bout du monde meurrent par centaines ou milliers de maladie ou de blessure sans le moindre émoi dans la métropole à l’état actuel où chaque soldat tué fait les titres des journaux. Plus grand respect de la vie individuelle, certainement, mais aussi une plus grande publicité faite à ce genre de choses (pas uniquement dûe à la technologie, cf. la guerre de Crimée), qui permet de s’en indigner. Sans les médias, je ne crois pas que ce serait possible.

    Ce qui m’intrigue dans tout cela, c’est à quel point finalement les médias sont devenus un point central de notre société. On peut imaginer de vivre sans télé, ou sans journaux, ou sans radio. Mais tout ça à la fois ? Imaginer un monde où on n’aurait pas tous les jours (plus ou moins) un aperçu de ce qui se passe dans le reste du monde (cad à plus de quelques kilomètres de chez soi…) ? Où on apprendrait un tremblement de terre à l’autre bout du monde par on-dit quelques semaines ou mois après ?

    C’est peut-être évident pour ceux qui ont déjà réfléchi à la question, mais je crois que les médias (et pas la communication, ce sont deux choses que je crois différentes) sont bien plus indispensables à notre mode de vie qu’on ne le croit en première approche.

    D’où les exigences fortes qu’on met dans les journalistes, je pense : plus ou moins consciemment, le besoin d’une information fiable est tellement fort qu’on ne supporte pas la moindre violation de la présomption de fiabilité.

    Aliocha : l’illusion d’une sécurité absolue est surtout une affaire de publicité et de communication, la boisson qui ne fait pas grossir, le yaourt qui permet de vivre plus longtemps, la guerre qui n’en n’est pas une et qui ne tue pas, tout ceci est de la com’ et a vocation à intoxiquer tout le monde à commencer par les médias. Malheureusement, il arrive qu’un journaliste ramène des photos d’Afghanistan et on s’aperçoit que la guerre tue. Nous avons besoin en effet de journalistes pour contrer l’influence grandissante de la com’ et sa capacité à fausser, voire pervertir notre vision du monde.

    Commentaire par Rémi — 08/12/2008 @ 13:28

  18. Désolé, Aliocha, mais la procédure n’a pas été respectée. A entendre le récit de votre conversation avec ce Commissaire, il semble qu’il n’ait pas connaissance des recommandations de la Commission Nationale de Déontologie de la Sécurité :

    http://www.cnds.fr/ra_pdf/reponses_nov_08/Avis_2007_64.pdf

    Celles-ci sont très claires : les fouilles corporelles et les menottages doivent être pratiqués avec discernement et ne sauraient s’imposer à tous les individus appréhendés.

    Il est évident, par exemple, qu’elles n’ont pas été imposées à M. de Villepin ou au Général Rondot, à l’occasion de leurs gardes à vue dans l’affaire Clearstream.

    Concernant M. de Filippis, il ne s’agissait pas d’une garde à vue, mais d’un mandat d’amener, qui aurait dû le conduire directement devant la Juge d’instruction, sans passer par toutes ces humiliations.

    Je ne sous-estime pas les risques pris par les policiers dans l’exercice de leur mission de service public, mais ils sont sûrement moins importants que ceux pris par un pilote de chasse ou un soldat en Afghanistan.

    Chaque profession comporte sa part de risques, celles du privé induisant une notion de chômage, qui n’existe pas dans la fonction publique.

    A chacun de mesurer les risques qu’il accepte de prendre en choisissant un métier.

    Ceci dit, je suis persuadé que la Juge a l’entière responsabilité de la seconde fouille corporelle, qu’elle a expressément demandé aux policiers de faire subir à M. de Filippis.

    L’enquête en cours fera certainement la lumière sur les véritables motivations des uns et des autres, mais je me réjouis personnellement qu’un tel abus ait pu être médiatisé, car il semble généralisé, au mépris des consignes de discernement que la Police semble ignorer.

    Commentaire par ramses — 08/12/2008 @ 13:34

  19. @Vonric

    Je n’ai jamais vu de personne arrêtée pour un mauvais stationnement. Les policiers n’ont pas décidé d’eux même de venir l’arrêter. Pour citer un exemple de procédure où l’on arrête quelqu’un il faut bien évoquer des cas ou une personne est bien interpellée. Sinon la comparaison ne serait pas possible. On en revient donc bien à ma conclusion : un juge ai-t-il raison (à défaut du droit) de faire subir cela à quelqu’un parce qu’il ne répond pas immédiatement à ses convocations? N’y a-t-il pas un autre moyen d’arriver à ses fins (ici obtenir une entrevue avec la personne convoquée)?

    Ensuite l’accusation de corporatisme. Désolé je ne vois pas. Il explique comment fonctionne le système. Il essaie même de dire pourquoi il fonctionne comme ça. Il ne voit pas de scandale parce qu’il a « été traité comme tout le monde ». C’est systématique.
    Alors il est solidaire de ses collègues, qui n’ont pas fait réellement de faute, et refuse de crier au loup avec les autres. Si c’est ça être corporatiste… Et puisque vous citez maître Eolas, ne répète-t-il pas à l’envie que l’accusation de corporatisme est dans l’immense majorité des cas une accusation facile pour tenter de discréditer l’autre sans se préoccuper de la pertinence de ses arguments?

    Si l’on devait voir du corporatisme quelque part, il faudrait presque plus aller le chercher du côté des journalistes qui n’ont décider de condamner cette procédure qu’après qu’un des leurs ait été touché. Mais là encore, ce serait encore aller chercher très très loin. (pitié dame Aliocha pas taper :))

    Aliocha : Mais non, je ne tape pas, vous le savez bien 😉 je pense que les journalistes ont découvert de l’intérieur le système, habituellement on nous raconte, mais un récit n’a jamais la force d’une expérience vécue, d’où l’intérêt du papier de Libé, lequel a déclenché ensuite le phénomène bien connu de l’emballement. Les journalistes ont réagi comme n’importe quelle autre profession, ils ont serré les rangs.

    Commentaire par adrien — 08/12/2008 @ 13:35

  20. C’est marrant, pour moi, ce qui est ressorti de cet échange, c’est moins le respect de la procédure, que la crainte d’être tenu responsable. J’ai l’impression que cet homme aimerait bien ne pas avoir à fouiller les personnes de manière approfondie mais il ne veut pas de problème, donc il le fait. Je pense qu’il se réfugie derrière cette procédure pour éviter toute responsabilité en cas d’incident (et, de fait, il limite également le nombre d’incidents en le faisant)

    Commentaire par Ryuu — 08/12/2008 @ 14:10

  21. Ma chère Aliocha, je n’ai jamais prétendu que les suicides étaient sans rapport avec la violence, je me suis simplement borné à reprendre une distinction statistique sur les causes de mortalité dans la police.

    En fait, depuis la lecture de votre post, le sujet m’amuse beaucoup plus qu’il ne m’énerve.

    Je suis même en train de réfléchir aux « produits dérivés »,si j’ose dire.

    Compte tenu du nombre fantastique de GAV, je pense en particulier associer la police nationale et la gendarmerie au dépistage du cancer côlo rectal et du cancer col de l’utérus.

    Plus j’y réfléchis, plus je me dit qu’il faut totalement dépassionner le sujet, considérer le matage de trou de balle comme une grande cause nationale et profiter de l’activité policière pour greffer sur cette opération un peu désagréable des prestations de nature médicale, voire des opérations publicitaires ou de sensibilisation.

    Par exemple, vente de capotes. Ou produit pharmaceutiques divers.

    Vous imaginez?

    Par exemple: « vous faites du vélo, votre trou de balle vous fait mal? La police nationale en association avec les laboratoires X est heureuse de vous présenter la nouvelle crème Y, qui soulagera vos petits bobos » ou encore « pourquoi ne pas profiter de votre garde à vue pour essayer notre nouveau suppositoire à la lavande? Les suppositoires parfumés à la lavande des laboratoires X vous aideront à vous sentir sûr de vous même dans ces moments difficiles ». Et celle là: « dans le cadre du planning familial, vous mesdames, pensez à vous faire poser un stérilet à l’occasion de votre prochaine garde à vue ».

    Aliocha, je retire tout ce que j’ai dit:c’est une mine d’or ce truc!

    Voyons voir, à raison de 600.000 GAV par an pour une population de 63,5 millions de personnes on en a pour presque 106 ans avant d’épuiser le marché!

    C’est l’eldorado!

    Commentaire par tschok — 08/12/2008 @ 14:23

  22. > « Compte tenu du nombre fantastique de GAV, je pense en particulier associer la police nationale et la gendarmerie au dépistage du cancer côlo rectal et du cancer col de l’utérus. »

    Ah ben voilà enfin un truc utile : le flic fourre son doigt pour « respecter la procédure » tandis qu’un toubib à côté en profite pour faire un dépistage du cancer du colon ou toute autre dépistage médical.

    Le respect de la dignité de l’individu est certe largement écorné (se plier en 2 pour se faire mettre un doigt policié) mais on compense par un geste préventif genre dépistage du cancer du colorectal.

    Commentaire par toto — 08/12/2008 @ 14:46

  23. selon votre ami policier, qu’est-ce que quelqu’un peut planquer de dangereux dans son anus à 6h40 du matin?

    Un lance flamme? Un missile sol/sol? Un porte avion nucléaire?

    franchement!

    Aliocha : encore une fois c’est la procédure au dépot pour tout le monde. On peut contester la procédure, d’aileurs cette affaire en sera sans doute l’occasion, mais ce sont les règles de sécurité. Quant au discernement, cela signifie-t-il à la tête du client, en fonction de son métier, des raisons pour lesquelles il est là ? Attention aux fausses bonnes idées, on risque de déraper vers un deux poids deux mesures qui fera encore plus scandale.

    Commentaire par Fred — 08/12/2008 @ 14:48

  24. adrien> En effet, il ne me semble pas qu’on passe au trou pour defaut de paiement en stationnement: on a une amende, voir une plus grosse amende apres… c’est exactement le cas de la diffamation qui nous intéresse: le délit est passible d’amende.

    Pour le corporatisme, il me semble juste que le policier est un peu axé sur: comment justifier le comportement des collegues = la procedure (oui, je carricature a dessin, mais sinon apparement mes propos sont mal compris).

    Quand a votre derniere remarque, je vous invite a regarder la derniere emission d’@SI avec Joffrin qui se défend de ne pas en avoir parlé avant, preuves a l’appui.

    Commentaire par Vonric — 08/12/2008 @ 14:59

  25. Article d’une connerie consternante qui cautionne les pires dérives judiciaires…Vousêtes journaliste à Biba ?

    Aliocha : non, mais je vous recommande la lecture de cet excellent journal, vous n’y trouverez pas trace de ces débats de société qui visiblement vous irritent.

    Commentaire par affaireterrasson — 08/12/2008 @ 15:19

  26. @ tschok

    L’argument « sécuritaire » pour justifier les fouilles corporelles tient encore moins, lorsque l’on examine les chiffres du Quid que vous nous avez soumis :

    En gros, les effectifs ont grossi de 45% en 30 ans, tandis que le nombre de policiers tués ne cesse (heureusement) de diminuer, pour tourner autour de 10 par an depuis 2000. Par contre, le nombre de blessés augmente de façon exponentielle (près de 10.000 en 2004, contre moins de 1.000 en 2000), conséquence des affrontements de plus en plus violents en cas de manifestations de rues.

    En ce qui concerne le taux de suicides chez les policiers, il est stable à environ 50 par an, ce qui, rapporté à l’effectif (environ 150.000) représente un taux de 3 pour 10.000, très sensiblement identique au reste de la population (environ 160.000 suicides en France par an).

    Les raisons de ces suicides sont à rechercher dans la vie personnelle des individus, ou le stress provoqué par leur hiérarchie, mais sûrement pas dans l’insécurité dans laquelle vivraient les policiers, du fait des délinquants.

    Par contre, je suis impressionné par le nombre de gardes à vue annuelles… 600.000, soit 1% de la population.

    C’est moins que le nombre d’alcolodépendants (environ 2 millions) mais 3 fois plus que le nombre de toxicomanes (environ 200.000).

    Ceci dit, on peut cumuler… Mais le risque de se retrouver à poil dans un commissariat n’est quand même pas négligeable (une chance (?) sur 100) !

    Le nombre annuel d’infractions ne cesse de diminuer, tandis que les gardes à vue ont presque doublé depuis 2001, ce qui peut sembler paradoxal. Voir le dossier de presse 2007 du Ministère de l’Intérieur :

    http://www.interieur.gouv.fr/sections/a_la_une/toute_l_actualite/voeux-presse-2008

    C’est beau, les statistiques 😉

    Commentaire par ramses — 08/12/2008 @ 15:24

  27. Les réponses de ce policier sont de bonne foi en effet.

    Peu importe qu’il n’y ait aucune raison plausible de suspecter la personne arrêtée de menacer la sécurité des policiers ou de se mettre elle-même en danger ; peu importe que le journaliste ait effectué en voiture un trajet d’une vingtaine de minutes, menotté certes mais sans avoir subi de fouilles à corps et qu’aucun incident n’ait été déploré ; peu importe que le journaliste de Libé ait pu, si la juge avait voulu qu’il en fût ainsi, être escorté par les policiers dans les couloirs du Palais de justice puis comparaître devant sa juge, sans passer par le dépôt et sans subir de fouilles à corps.

    L’essentiel c’est de respecter le réglement parce que seule cette soumission mécanique est de nature à garantir l’agent qu’il n’encourt aucune responsabilité personnelle, quoi qu’il arrive.

    Et je dis bien le règlement. Pas la loi, pas le code de procédure pénale ou le code pénal, pas la Convention européenne des droits de l’Homme qui interdisent les traitements attentatoires à la dignité humaine injustifiés. Le « règlement », ce mode d’emploi qui constitue l’alpha et l’oméga du policier en service et qui fait écran entre lui et la loi.

    Ce que l’on appelle aujourd’hui « responsabilisation », ce n’est pas exercer des choix et rendre compte, non pas du résultat mais des raisons qui y ont conduit, c’est se soumettre aveuglément au « règlement ».

    Le « réglement » est ainsi fait que les policiers ne seront jamais critiquables pour avoir procédé à une, à deux fouilles à corps injustifiées, parce la mission de la police c’est la sécurité pas la dignité des personnes.

    Aliocha : les policiers ont exécuté un ordre du juge en allant chercher le journaliste, puis arrivés au dépôt ils ont respecté les règles du dépôt, encore une fois je ne suis pas sûre que le policier de base affecté à ce genre de tâche ait la possibilité de prendre des initiatives et de faire preuve de discernement.

    Commentaire par ranide — 08/12/2008 @ 15:39

  28. @ toto

    Il faut distinguer 3 choses :

    1) la palpation de sécurité (telle qu’elle est pratiquée dans les aéroports, sans déshabillage)
    2) la fouille de sécurité, examen uniquement visuel avec déshabillage complet (c’est ce qu’à subi M. de Filippis)
    3) la fouille corporelle en milieu pénitenciaire, avec examen des cavités (elle doit être réalisée par un médecin).

    Tant qu’une personne n’est pas incarcérée, il est hors de question d’appliquer la 3).

    Quand à la 2), elle doit être appliquée avec discernement et non systématiquement. C’est bien là que se pose le problème.

    Commentaire par ramses — 08/12/2008 @ 15:46

  29. ranide> ah ok… comme on dit dans les films sur l’armée: tu n’es pas la pour penser mais pour obeir ! Curieux tout de meme que les gens ne pensent pas tous pareil… (euhm quand un juge applique le reglement, il peut etre convoqué dans la nuit chez Dati pour se faire taper sur les doigts – on sait plus quoi faire alors).

    Commentaire par Vonric — 08/12/2008 @ 15:50

  30. ranide, 28> »Quand à la 2), elle doit être appliquée avec discernement et non systématiquement. C’est bien là que se pose le problème. » Ah ok, donc on est bien d’accord.

    Commentaire par Vonric — 08/12/2008 @ 15:52

  31. Aliocha : encore une fois c’est la procédure au dépot pour tout le monde.

    Non, je regrette, ce n’est pas la procédure pour TOUT LE MONDE. Lisez les recommandations que j’ai soumises en lien sous 18).

    Et M. de Villepin et le Général Rondot, placés en GAV (ce qui n’était pas le cas de M. de Filippis, qui faisait seulement l’objet d’un mandat d’amener), n’y ont pas été soumis. Expliquez-moi pourquoi, puisque vous prétendez que c’est valable pour TOUT LE MONDE ?

    Commentaire par ramses — 08/12/2008 @ 15:54

  32. Euh pardon, le commentaire 28 était de ramses , avec qui je suis en complet accord (qui a examiné le trou de ball de Villepin ? Parce que comme dit le policier, on ne sait jamais avec les calmes…)

    Commentaire par Vonric — 08/12/2008 @ 15:59

  33. Allons, je crois que personne ne songe suffisamment aux causes d’un tel débordement !
    Inutile de crier haro sur le magistrat en charge du dossier, il a appliqué la loi.
    Pas la peine de s’en prendre aux policiers qui n’ont fait qu’exécuter la décision du magistrat.
    Les débordements verbaux restent encore à confirmer.

    Ce qui n’est plus acceptable de nos jours c’est la pénalisation de la diffamation!
    Comment peut-on encore aujourd’hui accepter qu’une diffamation puisse être pénalement condamnable ! A mon sens, l’action civile devrait être amplement suffisante en ce qu’elle serait destinée à réparer le préjudice subi.
    Le problème étant qu’en droit français les dommages-intérêts n’ont pas vertu à être dissuasifs (comme aux Etats-Unis par exemple), ce qui vide l’action civile de son principal intérêt pour la victime.

    Dès lors, peut-être faudrait-il réfléchir à ce que pour ce type spécifique de fautes, le montant alloué par le juge civil puisse être fortement réévalué.
    Après tout, si l’on accepte de pénaliser ce type de comportement, alors on lui reconnaît une particulière nuisance, ce qui justifierait que l’on réévalue fortement le montant du préjudice à réparer.

    La différence serait que l’action civile n’intéresserait que les parties et le juge civil saisi de l’affaire et échapperait à l’intervention des forces de l’ordre et du juge pénal avec son attirail de mesures d’instruction (préventif ou répressif).

    Il faut en finir avec ce délit d’un autre temps, car il n’est question au final que de l’honneur ou de la considération d’une personne (morale ou physique).

    Aliocha : c’est aussi mon avis. Il me semble en effet que le fond du sujet c’est l’inadéquation de la procédure aux faits incriminés, ce qui la rend particulièrement choquante. Mais d’aucuns vous répondront que la fouille à corps pour un ABS, ce n’est pas forcément adapté non plus….

    Commentaire par Nemo — 08/12/2008 @ 16:05

  34. @ vonric

    On est du même avis.

    J’ai voulu montrer la logique sousjacente de ce que les policiers appellent la « procédure ». D’ailleurs, il ne faut s’y tromper cette logique est à l’oeuvre dans toutes les administrations et dans tous les métiers.

    Ce que l’on appelle « responsabilisation » c’est que la forme moderne de la caporalisation.

    Quant aux juges, ils constituent un cas spécial : ils sont eux toujours critiquables parce qu’ils prétendent échapper au règlement en faisant du cas par cas. C’est dans l’air du temps 🙂

    Commentaire par ranide — 08/12/2008 @ 16:08

  35. @Ramses: Pourquoi? Parce que Villepin ou Rondot en fouille de sécurité, ça aurait été bon pour rentrer dans les annales.
    Désolé…

    Commentaire par Pedrock — 08/12/2008 @ 16:11

  36. Bonjour, et merci Aliocha .

    D’un côté je pense depuis longtemps ,depuis qu’à 20 ans je les côtoyait aux urgence au coeur de la nuit, qu’il y a quelque chose de proche entre mon job (et celui des infirmières ) , et celui des flics.
    Pas dans la fonction, mais dans les effets que ça peut nous faire d’avoir voulu (avec rage et acharnement souvent) nous mettre au service de la sécurité/de la santé de nos concitoyens, dans des conditions difficiles et qui ne sont pas toujours pleinement appréhendées par les gens qui font des métiers « normaux » (non, ceci n’est pas une plainte syndicale, pas du tout, il faut NECESSAIREMENT être là la nuit, se coltiner la violence et les larmes et la merde, ça fait partie du truc). Dans les effets que ça nous fait, c’est aussi la fierté quand on pense qu’on a bien bossé, la joie et la chance (bon, là je parle pour moi, mais je suis persuadée de ne pas être la seule à le voir comme ça) d’avoir des métiers excitants, où tous les jours on est confronté au plus vrai, au plus sincère de l’autre, et parfois aussi ( not the least) à sa reconnaissance.
    Pour certains, d’autres effets: mon job rejoint le leur en toute tête du palmares des professions pour les suicides… Et pour les morts au boulot, aussi ! Sans que cela puisse être un hasard, je suis d’accord avec vous Aliocha.

    D’un autre côté , les rares fois où j’ai aperçu d’un peu près un flic (en général parce que je m’étais fait piquer voiture ou sac ), je ne l’ai pas trouvé toujours trouvés top courtois, et ça ne m’a pas fait très plaisir…
    Aux urgences un jour j’avais reçu un gradé, formateur dans une école de police, un type vraiment adorable.. .il m’a dit que former dans la police, c’était beaucoup de boulot…

    D’un côté je conçois que la sécurité impose une fouille, même poussée.

    D’un autre côté, on ne m’ôtera pas de l’idée que si votre journaliste avait eu le sang-froid de se dire que les policiers qui étaient là obéissaient à des ordres et si il leur avait dit en gros « bonjour messieurs, je suis très surpris, oui je vous suis, OK je vide mes poches, non, je n’ai rien d’autre, enfin… », il n’aurait eu droit qu’à une vague palpation à travers les habits. Oui? Non? Un des commentateurs parle de faire preuve de psychologie, elle est là, non? Attention, ne hurlez pas les amis, je ne suis pas en train d’écrire « bien fait pour lui « , c’est presque le contraire: je pense en tous les cas que son histoire n’est pas à envisager sous l’angle exclusif de « la procédure ».

    Tiens, je vais vous dire: en hôpital psychiatrique, nous accueillons des patients dont certains (pas tous , mais ce n’est pas rare non plus) sont très énervés , certains pas du tout d’accord pour rester,et qui séjournent parfois quelques heures ou quelques jours dans une chambre d’isolement (c’est comme ça que ça s’appelle.) Hors de question, bien entendu, de ne pas fouiller: je me suis assez souvent trouvée à considérer des couteaux extraordinaires , et le service le plus neuf dans lequel je me suis trouvée l’était d’avoir entièrement brûlé 2 ans avant (avec 2 patients et une infirmière, qui s’en était sortie)…Eh bien je n’ai jamais examiné dans ces circonstances d’orifice anal…. Cependant, je dois dire que , outre la mise en pyjama ( démodé je crois ailleurs, depuis les Dalton), les neuroleptiques sont un secours dont ne disposent pas les policiers… Oui, oui, « heureusement », c’est sûr, je suis de toutes façon très opposée à ce que mon job soit confondu avec celui du maintien de l’ordre, mais bon, ça c’est un autre sujet…Ce que je veux dire c’est que je ne suis décidément pas convaincue qu’un anus soit vraiment la clef de la sécurité!

    Votre policier, Aliocha, ce qu’il dit, je le crois, mais… Tout le monde peut avoir un revolver dans son slip? Ou à un moment quelqu’un qui s’énerve semble plus dangereux (journaliste ou pas, hein, on peut être député et tirer sur sa compagne, OK?) ? Ou enfin, pour être tout à fait honnête, une fouille aussi précise que celle qui a été faite là est aussi destinée à rappeler qui est « dominant » ?

    Commentaire par Doc — 08/12/2008 @ 16:12

  37. @ Nemo

    Au pénal, la diffamation est punie d’une amende maximum de 12.000 €.

    Au civil, les dommages-intérêts pourront être… infinis. Je ne suis pas sûr que la Presse tire un avantage pécuniaire d’une dépénalisation de la diffamation.

    Vous dites : « Inutile de crier haro sur le magistrat en charge du dossier, il a appliqué la loi. »

    Non, il l’a détournée de son objet, en exigeant une seconde fouille de sécurité, dans le seul but d’humilier M. de Filippis. Nous verrons bien si la Commission ne le sanctionne pas pour cet abus de pouvoir.

    Aliocha : pour être tout à fait précis, la juge a semble-t-il indiqué que le journaliste devait se plier à la fameuse procédure, soit fouille à l’entrée, fouille à la sortie. Elle aurait peut-être pu l’en dispenser. Quant au discernement, j’entend bien l’argument et le partage, mais quand je raisonne concrètement en me mettant en situation, je songe aussi qu’il doit être tentant de généraliser la procédure à tout le monde pour une sécurité maximale, des policiers comme des mis en cause. J’ignore qui définit les règles en interne, mais je ne suis pas certaine que le policier de base qui emmène les gens au dépot soit habilité et même seulement autorisé à faire preuve de discernement 😉

    Commentaire par ramses — 08/12/2008 @ 16:21

  38. @Vonric

    Ce n’est pas temps la nature du délit qui semble-t-il a nécessité sont arrestation, mais le fait qu’il ait séché (de bonne foi ou non, on en saura jamais rien) les convocations du juges qui a conduit à l’émission d’un mandat d’amener. Si la diffamation n’est pas forcément grave (au sens « ne mérite pas de faire de la taule »), ne pas répondre aux convocations d’un juge l’est un peu plus tout de même, qu’une voiture mal garée.

    Après pour tout les détracteur de la « procédure ». Se faire arrêter, emprisonner etc… est TOUJOURS traumatisant. Il est trop facile si les policiers agissent au cas par cas de se faire taper dessus par un bon avocat qui leur reprochera leur actions, quelles qu’elles soient. Donc on applique un traitement standard, réglementé et comme ça c’est bon, ils sont couvert. Je ne vois pas vraiment ou est le mal. Si on est pas content, il n’y a qu’à sanctionner ceux qui sont tout en haut de l’État. Ça tombe bien, on a le droit à un bulletin de vote à chaque élection.

    @Ramses
    Villepin a été mis au dépôt? Je savais qu’il avait été mis en examen, qu’il avait rencontré le juge, mais il ne me semblait pas qu’il ai passé une seconde derrière des barreaux.

    Commentaire par adrien — 08/12/2008 @ 16:32

  39. @ Doc

    J’ai beaucoup de respect pour les médecins de nuit (je pense à SOS Médecins) qui font leur travail dans des conditions difficiles et parfois dangereuses, en étant de surcroit désarmés et peu rompus aux techniques de combat.

    Rien à voir, à mon avis, avec les policiers, qui revendiquent pourtant un droit à leur sécurité (justifié) mais abusent de leurs prérogatives.

    Il me semble que le travail de la police soit avant tout de sécuriser la population. Et qu’elle ne devrait jamais oublier que la riposte doit être proportionnelle à l’attaque présumée.

    Commentaire par ramses — 08/12/2008 @ 16:35

  40. @ Ramses:
    La pénalisation d’un comportement ne s’apprécie pas uniquement à l’aulne du quantum de la peine applicable, ce serait ignorer les incidences en terme de procédure et de preuve (mandat de dépôt, mandat d’amener, mesures d’instructions, intervention des forces de l’ordre…).

    Rappelons que contrairement à ce que vous semblez suggérer que l’action civile pour diffamation ou injure existe déjà, elle vient en supplément/complément de l’action pénale ouverte par la loi de 1881. Il est donc question ici de supprimer un recours possible et non de le remplacer.

    Quant au montant des dommages-intérêts, rappelons que le juge civil n’attribuera qu’une indemnisation destinée à réparer le préjudice.
    Or, les juges français n’ont pas une vision extensive de ce type de préjudice, ce qui semble somme toute absolument légitime dans la mesure où la réparation du préjudice n’inclut pas la dissuasion par nature (je dirais même qu’elle l’exclut car l’objet de la dissuasion est la protection de l’ordre public alors que la réparation s’inscrit dans une relation bilatérale).

    Enfin, dans la mesure où le juge ne saurait accorder de dommages-intérêts que dans la stricte mesure du préjudice subi par la victime, votre affirmation selon lequel les dommages-intérêts seront illimités est matériellement inexact.

    Commentaire par Nemo — 08/12/2008 @ 17:04

  41. @ ramses

    Je n’ai vu qu’après avoir posté mon commentaire que vous aviez émis un doute, documenté, sur le taux de suicide qui serait plus élevé dans la police. Je ne saurais pas retrouver rapidement mes propres sources, donc peut-être suis-je dans l’erreur sur ce point? Pourtant chaque fois que j’ai lu ou entendu cette stat’ (policiers et médecins se suicidant plus que l’ensemble de la population), elle m’a semblé assez vraisemblable .
    Pourquoi?
    Eh bien pas bien -sûr , parce que on serait » trop méchants avec eux, bouuh! », ni parce que ils auraient tellement » peur de la violence, aïe! » .
    Non. Pour des raisons plus complexes, qui ont à voir avec le désir de réparation,ou de reconnaissance, ou de maitrise, qui peuvent présider à un tel choix de profession, avec les déceptions rencontrées par certains par rapport à l’un de ces désirs, avec la radicalité dans l’engagement, mais aussi dans ce à quoi un certain quotidien professionnel confronte: cette radicalité illustrée par le fait que les médecins comme les flics ont a porté de main des moyens de se suicider (illustrée et aidée, pas causée, bien-sûr).

    C’est gentil de mettre les soignants du côté des « gentils  » et les policiers du côté des « abuseurs », mais je ne suis pas d’accord…Si ce n’est pour souligner, là je pense que nous serons d’accord,que leur mission exige d’eux une haute tenue et beaucoup de sang-froid, pour être à la hauteur de ce que nous attendons d’eux.

    Commentaire par Doc — 08/12/2008 @ 17:10

  42. Aliocha : c’est aussi mon avis. Il me semble en effet que le fond du sujet c’est l’inadéquation de la procédure aux faits incriminés, ce qui la rend particulièrement choquante. Mais d’aucuns vous répondront que la fouille à corps pour un ABS, ce n’est pas forcément adapté non plus….

    ABS ? Pouvez-vous éclairer ma lanterne ? Je connais ce terme pour le « freinage assisté d’un véhicule », mais là, je sèche…

    Commentaire par ramses — 08/12/2008 @ 17:26

  43. ca fait du bien une analyse a froid.

    On apprend quand meme que la juge pouvait éviter le depot et les fouilles….

    Commentaire par Humaniste — 08/12/2008 @ 17:58

  44. @ Humaniste

    « On apprend quand meme que la juge pouvait éviter le depot et les fouilles… »

    Et même le défaut et les pouilles…

    http://littre.reverso.net/dictionnaire-francais/definition/pouilles/58792

    Commentaire par ramses — 08/12/2008 @ 18:12

  45. @ Ramses en n°43: ABS = Abus de Biens Sociaux. 😉

    Commentaire par Nemo — 08/12/2008 @ 18:18

  46. Merci Nemo,

    Ah, okeeeyyy , effectivement, si on devait mettre à poil tous les coupables d’ABS, on transformerait les commissariats en camps de nudistes 😉

    Commentaire par ramses — 08/12/2008 @ 18:35

  47. Les commentaires de Tschok m’ont bidonné. Effectivement, pourquoi ne pas joindre l’utile au désagréable?

    Le témoignage de votre policier est intéressant mais sur le fond, on peut s’interroger.

    Le mandat d’amener était-il nécessaire et la juge ne disposait-elle pas d’outils moins contraignants? Il semble que si.

    Le passage par le dépôt et la fouille étaient-elle nécessaires alors qu’il ne s’agissait pas d’une garde à vue mais seulement d’un mandat d’amener?

    La seconde fouille était-elle nécessaire?

    Ce traitement est-il effectivement appliqué à tous les gardés à vue ou certains n’en sont-ils pas dispensés (qui certes ne sont a priori pas dangereux mais qui sont aussi des gens « de qualité »)?

    Commentaire par stellar — 08/12/2008 @ 18:46

  48. Il y a la règle et l’esprit de la règle. Si la police a un devoir d’obéissance (au juge en l’occurrence )rien ne l’empêche d’afficher un visage humain, en particulier devant les enfants de l’interpellé.
    Les choses auraient pu se passer dignement et calmement.

    Commentaire par pereiscope — 08/12/2008 @ 19:25

  49. @ Stellar,

    Si je puis plus sérieusement vous rassurer: tous les gardés à vue n’ont pas droit à la fouille dite de sécurité (mise à nue avec exhibition par la personne de ses orifices anal et sexuel pour la femme). Et heureusement. Elle est pénible pour le gardé à vue comme pour le fonctionnaire qui l’exécute ce qui explique sa relative rareté.

    Je m’interroge sur ce qui fonde rationnellement la crainte de trouver dans le corps d’un gardé à vue des objet dangereux pour lui ou pour autrui. Sur une période de 10 ans passés il y a eu quoi? 3 ou 4 millions de gardes à vue. Combien ont donné lieu à des incidents impliquant le port d’un objet dangereux dissimulé dans le corps, précisément dans le vagin ou dans le rectum? Je n’ai pas de chiffres et je doute qu’il y ait des stats, mais je pense qu’à tout casser l’unité de compte serait le millier, voire la dizaine de milliers. C’est donc un phénomène marginal qui doit concerner moins de 5% des gardes à vue.

    Rationnellement, la fouille de sécurité telle qu’elle est prévue par le protocole ne s’explique pas en tant qu’opération de routine applicable à tous en toutes circonstances. Elle peut s’expliquer ponctuellement en cas de risques élevés et doit être subsidiaire.

    Personnellement, je pense que ce sont des fantasmes masculins. Je trouve navrant qu’une pseudo réglementation (ce sont en fait des circulaires qui fixe le régime juridique ultra light de ces fouilles) ait repris pour l’amplifier ce que j’identifie comme une pulsion sexuelle de nature perverse qui me semble incompatible avec le fonctionnement du service public. Qu’on soit BDSM entre adultes consentants je l’admets. En l’absence de consentement, le BDSM devient un truc difficile à supporter puisque il faut bien comprendre que le gardé à vue est soumis à l’obligation d’exhiber des parties de son anatomie en adoptant une position obscène qui lui vaudrait d’ailleurs quelques problèmes avec la loi si elle avait lieu sur la voie publique.

    Je trouve encore plus navrantes les réactions de certains internautes qui semblent considérer comme normal le fait qu’un fonctionnaire de police ou de gendarmerie puisse exercer une emprise y compris de nature sexuelle sur la personne d’un gardé à vue. C’est tout de même un drôle de truc.

    Et puis il y a un autre aspect: 1600 fouilles de sécurité par jour, cela signifie qu’il faudra affecter à cette mission un grand nombre d’agents. Dans le lot, avec le temps, certain vont développer des tendances regrettables.

    Il y a déjà eu de nombreux faits divers, traités par la justice, impliquant des agents de l’administration: policier qui se fait tailler une pipe par une étrangère en situation irrégulière en contrepartie de son indulgence, surveillants de prison organisant des pipe show avec des détenus transsexuels, viol en réunion de prostitués, etc.

    La règle est qu’il ne faut pas soumettre les gens à la tentation, parce que souvent ils n’y résistent pas.

    Si pendant toute la journée les agents matent des trous du cul ou le sexe de gens qui sont en position d’infériorité, certain d’entre eux y prendront goût et passeront à l’étape supérieure. Le rôle de la police nationale n’est pas de former de futurs violeurs. C’est malsain. Pour eux, pour nous. Nous savons que lorsqu’un homme exerce une emprise sur un autre, sans contrôle, et qu’il y a du sexe dans l’histoire, ça peut se terminer mal. Inutile de tirer le diable par la queue, si j’ose dire. On a déjà assez de violeurs comme ça.

    Bref, je trouve que c’est un truc de demeurés.

    Commentaire par tschok — 08/12/2008 @ 20:09

  50. Je serais curieux sur ce sujet de sécurité de disposer de véritables statistiques. Combien au cours des dernières années des gens ont-ils été gardé à vue ? Combien ont-ils été examinés de manière intime ? Combien ont-ils finalement été pris avec quelque-chose de dangereux à cet endroit (hors cas où c’était prévu, comme un passeur qui y dissimulerait de la drogue) ? (Et si j’étais taquin, je demanderais aussi les statistiques de personnes maltraitées par la police lors d’une telle intervention, à titre de comparaison).

    Parce que dans le flou juridique, je me demande si toute cette procédure est justifiable, ou si elle est mise en place pour un événement qui arrive tous les 36 du mois.

    Ça me rappelle une formation sécurité électrique dans un milieu professionnel. Il s’agissait d’une formation obligatoire, et où le formateur indiquait tout fier que sa formation était d’une importance cruciale, car l’année précédente, 15 personnes étaient morts d’un accident électrique en France, dont 2 dans un cadre professionnel. A côté de ça, et sans formation sécurité spécifique, on devait dans le cadre de ce travail régulièrement conduire des voitures, dont certaines étaient trafiquées qui plus est…

    Tout est affaire de mesure. Le risque 0 n’existe pas. Il faut s’en approcher, c’est une évidence, mais à partir d’un seuil, les concessions à faire pour s’en approcher d’un chouïa supplémentaire deviennent tellement importante, qu’il faut savoir s’arrêter. Est-on allé trop loin en matière de sécurité de garde à vue ? Là me semble être la véritable question.

    Commentaire par Gathar — 08/12/2008 @ 20:50

  51. bonsoir à tous

    je viens toujours faire un petit tour sur ce blog en fin de soirée
    apres avoir pris connaissance des commentaires je mets les liens ci dessous

    http://www.betapolitique.fr/Serge-Portelli-Ruptures-Chapitre-00509.html

    tres interessant vous trouverez des chiffres concernant l’explosion du nombre des gardes à vue et de certaines dérives policières.
    je cite quelques mots de l’auteur

    « Les excès “inévitables” sous une telle férule, chacun peut en mesurer les conséquences. Il suffit de lire régulièrement les rapports de la Commission Nationale de Déontologie de Sécurité (CNDS, http://www.cnds.fr ) , autorité administrative indépendante créée par une loi du 6 juin 2000. Dans son rapport de 2005 elle “attire l’attention sur les incidents ou violences lors de certaines gardes vue”. Elle rappelle que les fonctionnaires de police sont “confrontés à des situations périlleuses” mais souligne aussi “la forte pression subie par les fonctionnaires de police induite par les obligations de résultats ordonnées par leur hiérarchie”.

    je mets également ce lien concernant le rapport de commission nationale de déontologie de la sécurite encore plus intéressant

    http://www.cnds.fr/ra_pdf/ra_2007/Introduction_2007.pdf

    lisez avant de dormir et n’oubliez pas de demander au petit père noel un cadeau ne jamais être en garde à vue…..

    Commentaire par artemis — 08/12/2008 @ 23:22

  52. Bonsoir Aliocha
    j’aimerais connaitre l’efficacité ou le rendement, en termes de statistique, de ces fouilles dans le cas de mandat d’amener. Combien de problème de sécurité évité ?
    Lamda

    Aliocha : je doute que l’on trouve un outil statistique sur ce sujet 😉

    Commentaire par lambda — 08/12/2008 @ 23:41

  53. 52> Donc en fait on parle dans le vide… on ne sait pas si c’est efficace… dans le doute frappons tout le monde sans discernement… non vraiment je ne peux pas me reconnaitre dans un tel raisonement…

    Commentaire par Vonric — 09/12/2008 @ 00:45

  54. @ tschok 49

    « C’est donc un phénomène marginal qui doit concerner moins de 5% des gardes à vue. »

    Vous avez voulu écrire 5 pour mille, voire O,5 pour mille ? Cela me paraît plus conforme à la réalité, bien que l’on ne dispose d’aucune statistique.

    Le phénomène est assurément marginal, d’autant que la presse ne se fait jamais l’écho d’une « découverte » d’armes dans ces caches secrètes… C’est un peu comme les ADM de Saddam, on ne les a jamais trouvées !

    D’autre part, on ne cible pas suffisamment les cas où cela ne devrait jamais se produire (Pierre Chanal se donnant la mort à l’aide d’une lame de rasoir cachée dans sa bouche).

    Bref, cette histoire d’armes planquées dans les fondements n’est qu’un prétexte à une humiliation censée rendre le « client » plus coopératif.

    Et pourtant, la CNDS le dénonce clairement, cela a donné lieu à des circulaires du Ministère de l’Intérieur prônant le discernement.

    J’en déduis que les Forces de l’Ordre ne tiennent pas compte de ces instructions, en se sachant protégées par leur hiérarchie, quoi qu’il arrive.

    Il est grand temps de mettre un terme à ces dérives.

    PS : Quand on évoque le chiffre de 600.000 GAV annuelles, cela ne concerne pas forcément 600.000 individus, il doit y avoir des récidivistes !

    Commentaire par ramses — 09/12/2008 @ 02:13

  55. L’argument sécuritaire est servi par tous les policiers qui causent dans le poste pour justifier la pratique de la mise à nu. Je suis surpris qu’on admette cet argument. Parce qu’il peut TOUT justifier, par exemple :
    – l’interdiction de toute manifestation de rue : il est EVIDENT qu’il y a un risque pour l’ordre public.
    – l’interdiction de toute réunion de plus de 2 (1?) personnes, parce qu’il y a un risque.
    – l’instauration d’un état de siège, parce qu’alors il y a MOINS de risque.

    Commentaire par B. Samson — 09/12/2008 @ 12:06

  56. @ Ramses,

    Oui sans doute. Mais une grande part des GAV vient des infractions routières: dans ce segment de marché, il y a du monde. On peut faire du rendement avec ça.

    Sur les circulaires: comme son nom l’indique, une circulaire est faite pour circuler, comme les courants d’air quoi.

    Sinon, sur le phénomène de généralisation d’une technique de fouille (importée de l’univers carcéral) qui en principe doit être à la fois marginale, subsidiaire et pratiquée avec discernement, il suffit de lire Salvadore, chef de poste, sur le blog d’Eolas pour comprendre la mécanique.

    En fait, d’une façon plus générale, on a toujours des difficultés à comprendre comment on en arrive à des phénomènes comme Abou Graib. En réalité c’est super facile. C’est une sorte de pente glissante, on franchit les premières barrières de civilisation sans s’en rendre compte – avec les meilleures intentions du monde parfois – et après, le reste vient… naturellement.

    De ce point de vue, la mise à nu du corps de l’ennemi est un super booster de la barbarie: si je prends la mauvaise habitude de mettre à nu le corps de mon ennemi, j’accomplis un grand pas vers la barbarie.

    La mise à nu, c’est quelque chose de très délicat. Or je constate qu’elle est pratiquée avec une sorte de légèreté et d’insouciance qui ne me semble pas compatible avec sa charge émotionnelle et symbolique.

    Dans la mémoire collective, la mise à nu du corps précède l’extermination: c’était la séance de la douche dans les camps de la mort.

    Dans le Crabe Tambour, les soldats français capturés sont aussitôt déshabillés. Déshabiller un prisonnier est un acte de domination pure. En Afghanistan, les trophées brandis par les talibans étaient des habits: ils ont déshabillé le corps de leurs ennemis morts. Ca frappe les esprits encore plus que le fait de prendre les armes (plus tard un lanceur de missile anti char a été capturé par les talibans, ça n’a pas soulevé d’émotion).

    Dans l’affaire d’Abou Graib, les corps nus des prisonniers ont été exhibés sur internet à partir de photos prises par leurs tortionnaires qui tiraient plaisir à leur faire adopter des positions obscènes dans le but de les humilier et de se pénétrer du sentiment de leur propre supériorité.

    J’ai l’impression que les pouvoirs publics n’ont pas pris la mesure de ce que cela signifie de mettre à nu les gens n’importe comment, dans n’importe quelles circonstances. La mise à nu d’un corps doit obéir à une codification très précise (même en matière érotique le strip tease obéit à des règles), de nature légale, pas de vagues circulaires dont tout le monde se fout.

    Bref, c’est tout sauf un acte neutre: quelqu’un qui vous met à nu sans votre consentement accomplit un acte préparatoire du viol ou de l’assassinat.

    Souvent, celui là dira qu’il n’ira pas jusqu’au bout: il n’y aura pas pénétration dit il. Or, pour que la personne accepte de se mettre à nu (rappelons qu’en principe le consentement est la règle) le fouilleur fait comprendre à la personne que si elle refuse, il y aura fouille à corps avec intrusion invasive, car le refus d’une fouille de sécurité ne peut s’expliquer que par la volonté de dissimuler quelque chose. Donc finalement le consentement est forcé par la menace d’un acte de pénétration sexuelle, donc la menace d’un viol.

    En somme, la personne fouillée s’humilie elle même sous la menace d’un viol.

    C’est pervers: c’est la définition stricte de l’acte pervers.

    Et nous, on en a fait une opération de police avec Salvadore qui ne trouve rien à y redire et qui trouve même ça légitime au nom de l’égalité. On est déjà sur la pente glissante.

    Le plus extraordinaire est qu’à côté de ça on reste dans des sociétés extrêmement moralistes. Paris plage, oui, mais de string, hein! Tention, hein! Faut pas être obscène! Sinon, panpan cucul!

    Commentaire par tschok — 09/12/2008 @ 12:08

  57. Merci pour ce temoignage cela montre que ces perquisitions ILLEGALES sont pratiqués chaque jour à Paris pour toute les personnes en situation de detention policiere de garde à vue ou de depot. C’est bizarre mais quand la France dans 2 à 3 ans sera à la Cour europeeene des droits de l’homme, elle va dire que cela n’arrive jamais ces fouilles car c’est ILLEGAL et que d’ailleurs aucun PV n’est etabli concernant ses fouilles!

    Et puis derniere anedocte, cette fouille se passe a nue devant 3 agents de police et 4 autres detenus qui attendent derriere au depot du Palais de justice de Paris. Pareil pour la fouille de sortie.

    Mais bien sur, c’est pour la sécurité! pour que 7 personnes puisse voir que vraiment apres 3 fouilles à nue minimum vous n’avez toujours pas fait l’acquisition d’un telephone portable pour appeler votre famille ou votre avocat..

    La position intelligente de la France aurait été : c’est un menteur M. Fillipis ou c’est une erreur. Leur position est aujourd’hui oui on le pratique ILLEGALEMENT pour tous le monde. Merci du temoignage! On le met en piece jointe pour la requete a la CEDH… Bisous au commissaire.

    Commentaire par CEDHnow — 09/12/2008 @ 13:12

  58. La seule chose me parait folle dans cette histoire, ce n’est ni la procédure qui a été mise en oeuvre, ni le comportement des policiers qui l’ont respectée, mais tout le pataquès judiciaire s’est mis en branle à partir d’un simple commentaire laissé par un inconnu sur le site de libé, qui n’a pas été censuré et qui a choqué le concerné (lequel est d’ailleurs connu pour usé et abusé des procès pour diffamation).

    Autrement dit, Aliocha, si demain quelqu’un trouve dans un de vos billets un commentaire qu’il estime diffamant, il peut mettre en branle toute cette machine judiciaire. D’ailleurs, moi-même, j’hésite à porter plainte contre vous parce que dernièrement le ton que vous avez utilisez pour répondre à un de mes commentaires m’a profondément vexé.
    Je veux et j’exige d’exquises excuses !

    Commentaire par Oeildusage — 09/12/2008 @ 20:14

  59. Oups, parti trop vite. Serait-il possible d’effacer mon post précédent ?

    @Aliocha : “je doute que l’on trouve un outil statistique sur ce sujet”

    Permettez-moi de mettre votre doute en doute : Il ne s’agit pas d’actes pratiqués en cachette, mais au contraire à la demande et sous le regard de l’administration. Elle doit forcément consigner quelque part sous forme écrite des comptes rendus de ces fouilles. Avoir des statistiques précises en la matière me semble donc être d’une facilité désarmante pour le pouvoir en place.

    Un tel outil statistique pourrait être aisément mis en place, et dans le contexte actuel, ce serait étonnant qu’il ne le soit pas. Tous ce qu’on peut dire d’un tel outil, c’est que ses résultats ne sont pas communiqués au public…

    Je trouve que ce silence constitue probablement un indice sur les valeurs de ces statistiques.

    Commentaire par Gathar — 09/12/2008 @ 21:03

  60. Il n’existe aucun texte de loi qui dit que la fouille de sécurité est obligatoire.

    La fouille de sécurité est une mesure de sécurité, comme la palpation par dessus les vêtements, et l’investigation corporelle interne (toucher vaginal/rectal pratiqué par un médecin avec l’accord de la personne)…Pourtant celle-ci n’est bien heureusement pas pratiquée chez tous les gardés à vue. L’application systématique de la fouille de sécurité est tout aussi absurde, et sort du cadre d’application prévu par la loi.

    C’est ce que dit la circulaire du 11 mars 2003 relative à la garantie de la dignité des personnes placées en garde à vue, envoyée pour application immédiate à tous les policiers et gendarmes : « L’article C117 de l’instruction générale du 27 février 1959 prise pour l’application du code de procédure pénale précise que cette mesure ne peut être pratiquée que si la personne gardée à vue est suspectée de dissimuler des objets dangereux pour elle-même ou pour autrui. Pratiquée systématiquement, a fortiori avec le déshabillage de la personne gardée à vue, elle est attentatoire à la dignité et contrevient totalement aux exigences de nécessité et de proportionnalité voulues par l’évolution du droit interne et européen. Il y aura donc lieu dès à présent de limiter en règle générale les mesures de sûreté à la palpation de sécurité. Dans l’hypothèse où des vérifications plus adaptées apparaîtraient nécessaires, il conviendrait d’en évoquer l’application avec l’officier de police judiciaire qui détient des éléments lui permettant une appréciation de la dangerosité des personnes. En tout état de cause, toute instruction rendant les fouilles systématiques doit être abrogée. »

    De nouvelles instructions, confirmant ce principe, ont été envoyées le 9 juin 2008, puis le 30 juin 2008.

    Il y une très grande différence entre la possiblité d’une mesure et sa mise en oeuvre obligatoire, que certains ne semblent pas avoir saisi. Ils continuent à faire de cette pratique par nature humiliante une habitude, alors que cet aspect dégradant devrait la limiter strictement aux cas où la suspicion de dangerosité est fondée.

    Sans parler du fait que ça ne montre pas vraiment l’exemple aux citoyens…car quand on exerce un métier qui consiste à mettre les autres face aux lois, la moindre des choses est de commencer par respecter celles encadrant sa propre profession…

    Et que dire de l’intérêt d’une 2ème fouille, après voir été fouillé à nu et dépossédé de ses objets personnels, et n’avoir fait qu’entrer puis sortir d’une cellule vide ? Pourquoi ne pas les laisser nus entre temps tant qu’on y est?

    En réalité, la pratique des fouilles de façon systématique et répétée dns certains lieux est tout à fait illégale, puisque contraire aux instructions envoyées aux services…

    Je comprend parfaitement la question de la responsabilité, mais à moins de laisser les personnes complètement nues et menottées un bras de chaque côté en cellule, il n’y aura jamais de risque zéro. La circulaire parle, comme le demande l’évolution du droit de “nécessité” et de “proportionnalité” des mesures. Il est demandé de faire preuve de discernement.

    Soyons sérieux. Les seules personnes qui auraient l’idée de se promener avec des lames de rasoirs dans leur slip sont celles qui savent qu’on va venir les chercher sous peu ou qui sont déjà bien connues des services. Ce n’est pas le cas de quelqu’un qui ne sait pas 5 min plus tôt ce qui va lui arriver…

    Concernant les cas de suicides ou agressions, les enquêteurs et magistrats savent que l’appréciation du risque de passage à l’acte n’est pas une science exacte. La responsabilité d’un agent n’est donc réellement engagée qu’en cas de faute flagrante (pas de fouille sur une personne visiblement suspecte), et pas pour une erreur de jugement sur un individu insoupconnable au premier abord.

    La précaution poussée à l’extrême voire l’absurde ne devrait pas être un frein à l’application de la circulaire du 11 mars 2003, qui permet en outre de se justifier en cas de litige. Ainsi, l’agent peut expliquer que la fouille n’a pas été effectuée car cette mesure n’est pas obligatoire et qu’elle ne paraissait pas nécessaire dans le contexte précis (en fonction du passé de l’individu, de son comportement, des faits reprochés, les circonstances de l’interpellation…) : il a strictement suivi les instructions du ministère de l’intérieur, en fonction des éléments portés à sa connaissance.

    Si vous cliquez sur ce lien(http://www.lepost.fr/article/2008/12/04/1346536_dignite-des-gardes-a-vue-reponse-de-policiers.html), vous verrez que tous les policiers (à commencer par l’auteur de l’article, policier pendant 17 ans) ne partagent pas l’avis de celui-ci, appliquent les instructions qu’ils reçoivent, et respectent ainsi au mieux la dignité des gardés à vue…

    Commentaire par syl8555 — 09/12/2008 @ 22:01

  61. Quelqu’un peut faire le commentaire pour l’information détaillée ici :

    http://contrejournal.blogs.liberation.fr/mon_weblog/2008/10/chaque-homme-es.html

    et ici :

    http://www.liberation.fr/monde/0101304176-87-personnes-ont-ete-arretees-a-athenes?xtor=RSS-450

    Commentaire par serdan — 10/12/2008 @ 00:00

  62. Je ne suis pas sûr que reprendre le discours de votre ami serve la cause de la police.

    En premier lieu, il parle d’une procédure qui n’existe que dans sa tête et dans celle de ses collègues… il n’y a pas de procédure à part une circulaire qui dit le contraire de votre ami.

    En second lieu, il justifie sa pratique (à défaut de procédure) par l’impossibilité de porter une appréciation sur la dangerosité des personnes arrêtées, ce qui est un argument bureaucratique oiseux. On espère que, quand il procède à une arrestation dans la rue, il a un peu plus de discernement et qu’il sait quand il faut parler, quand il faut agir fermement, quand il faut sortir son arme et quant il faut appeler le RAID. Savoir gérer les risques, c’est son métier.

    Enfin, il prétend engager sa responsabilité en cas d’incident, ce qui est un autre argument fallacieux : si les circulaires ne systématisent pas la fouille à nu, on voit mal comment reprocher son absence dans le cas où aucun risque particulier n’a été identifié.

    Heureusement qu’il y a des policiers qui ont un peu plus de jugeotte et qui rappellent que la fouille à nu ne doit se pratiquer que lorsque des éléments objectifs la rendent nécessaires.

    Il me semble qu’une fouille à nu sans nécessité répond à la qualification pénale de l’agression sexuelle (définie comme « toute atteinte sexuelle commise avec violence, contrainte, menace ou surprise », le déshabillage forcé en faisant évidemment partie).

    Elle devrait être poursuivie comme telle : il n’est pas normal que dans une garde à vue les policiers se trouvent commettre des actes plus graves que le gardé à vue.

    Aliocha : Le rôle d’un journaliste n’est pas de servir la cause de tel ou tel, Augustissime, mais d’apporter de l’information pour nourrir le débat. Ce que je fais ici en donnant la parole à un policier. Vous êtes libre ensuite d’adhérer ou non à ses arguments, mais convenez qu’ils ont le mérite de fournir une base de discussion.

    Commentaire par Augustissime — 10/12/2008 @ 00:41

  63. @ Augustissime

    Je suis tout à fait d’accord avec votre synthèse, en soulignant qu’Aliocha n’a pas cautionné les propos du Commissaire.

    Elle en a seulement fait un billet, qui a permis aux uns et aux autres d’apporter un éclairage salutaire sur ces pratiques et contredit les propos de son interlocuteur.

    Notez par ailleurs que ce Commissaire implique la responsabilité de la Juge :

    « Le policier : La juge pouvait en effet lui éviter le dépôt, il suffisait qu’elle demande à ce qu’il lui soit amené immédiatement. »

    Espérons que, grâce à M. de Filippis, la Police et la Justice sachent se montrer plus clairvoyantes à l’avenir.

    Commentaire par ramses — 10/12/2008 @ 01:40

  64. Que se passe t il si l’on refuse de se soumettre à ce genre de fouille et deshabillage?
    – je pense que certaines personnes traumatisées par des violences sexuelles preferaient se faire battre à mort plutot que d’accepter-
    Les mineurs sont ils fouillés de cette façon ?

    Commentaire par question — 12/12/2008 @ 13:38


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