La Plume d'Aliocha

02/12/2008

La victoire en grinçant

Filed under: Débats — laplumedaliocha @ 09:05

Ainsi donc, c’est très déçus que certains observent la mobilisation qui a entouré l’affaire du journaliste de Libération et ses conséquences notamment au travers des déclarations du Chef de l’Etat. Ce qui les contrarie ? Que l’évolution tant attendue, à savoir l’amélioration des conditions de traitement des personnes arrêtées, puisse devoir quelque chose non pas au noble combat en faveur des droits de l’homme, mais à l’expérience malheureuse de quelqu’un susceptible de se faire entendre et de mettre le pouvoir dans l’embarras. C’est regrettable en effet.

Pour autant, je crois qu’il faut s’en féliciter. Non pas de la méthode, mais du résultat. Car au fond, ce qui importe, c’est que les choses avancent, non ? Même pour des raisons décevantes ou contestables. On dit que l’enfer est pavé de bonnes intentions. J’ai toujours pensé que la réciproque devait être vraie, forcément, par simple parallélisme. Nous en avons ici un exemple. Un journaliste est mal traité, l’affaire fait du bruit, le pouvoir est obligé d’apporter une réponse sous la pression des média et de l’opinion et tout le monde va y gagner. Je comprends l’amertume de certains, je la partage. Mais au fond je ne suis pas surprise.

Dans notre pays qui ne raisonne  jamais de façon pratique mais en se réclamant d’idéologies et de grands principes, les cris de révolte nous dressent les uns contre les autres et n’aboutissent à rien. Tel représentant des droits de l’homme s’insurge, il est là pour ça, passons à autre chose. Tel avocat proteste, c’est son métier. Tel syndicat appelle à la révolte, il est formaté pour s’indigner, par conséquent il s’indigne. C’est sa mission, à quoi bon l’écouter ? Nous raisonnons par étiquettes, selon des clans, où chacun doit jouer un rôle et où l’autre sait que ce n’est qu’un rôle. Quelle comédie au fond. Puis surgit au milieu de tout cela un vrai rapport de force, ici le bruit déclenché par un journaliste. Enfin c’est du concret, un incendie que le pouvoir doit éteindre, un enjeu  pratique, immédiat. Et le pouvoir éteint l’incendie, il cède, annonce enfin la réforme attendue. C’est dommage que nos belles idées et nos débats de principe ne nous mènent jamais nulle part, que tout se résolve toujours par le rapport de force, mais c’est ainsi. Et cela nous pose une sacrée belle question de société.

Accessoirement, certains développent une sorte de rage à l’encontre du journaliste considéré par les uns comme un puissant qui aurait eu la chance d’être entendu, par les autres comme un naïf découvrant enfin ce que tout le monde sait. Aurait-on préféré qu’il se taise ? Ou bien, s’il était si puissant que cela, qu’il fasse appeler l’Elysée pour être relâché ? Non, il a écrit dans son journal, c’est cela sa force de journaliste, le pouvoir de se faire entendre, et ce pouvoir il le met régulièrement au service des citoyens ; exceptionnellement il évoque sa propre histoire et c’est encore bon pour les citoyens. Alors cessons de faire les esprits chagrins et félicitons-nous tout simplement que les choses bougent.

Mais qu’est-ce qui va changer me direz-vous ? 

pour la presse : la dépénalisation du délit de diffamation. La diffamation sera toujours une faute mais elle relèvera du juge civil. Par conséquent, plus d’arrestation, plus de mise en examen et plus de fouilles à corps. Il est temps. Par principe, le journaliste dérange et nombreux sont ceux qui font appel au juge pénal pour sanctionner l’insolent qui a osé dire ce qu’on aurait préféré taire. Parfois il y a vraiment faute, parfois pas. Mais dans tous les cas, qu’une atteinte à la réputation de quelqu’un soit considérée comme une atteinte à des valeurs collectives fondamentales appelant une réponse de l’Etat ressemble fort à une privatisation de la justice pénale. En revanche, la commission Guinchard à l’origine de cette proposition précise : « En revanche, il convient bien évidemment de maintenir le caractère pénal de la diffamation ou injure commise à raison de l’appartenance de la personne à une ethnie, nation, race, religion, de son sexe, de son orientation sexuelle ou d’un handicap. »

pour tous les citoyens : la question du traitement des personnes faisant l’objet d’une arrestation entre officiellement dans les sujets de réflexion du groupe de travail mis en place à la chancellerie en octobre dernier  pour refondre les codes pénal et de procédure pénale. Ce sera l’occasion sans doute de revoir l’utilisation des menottes, des fouilles à corps et en général de tous les traitements dont se plaignent régulièrement les avocats. A eux maintenant de recenser l’ensemble des réformes à accomplir.

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