La Plume d'Aliocha

31/12/2008

Vol de corbeaux au-dessus de la presse en ligne

Filed under: Débats — laplumedaliocha @ 12:34

Eolas qui décidément n’a pas chômé tandis que je faisais des acrobaties sur les pistes de ski – et que je forçais surtout les autres skieurs à en faire pour m’éviter – vient de me recommander le blog d’un confrère, Hugues Serraf que j’inscris immédiatement, et hop, d’un tour de main malhabile (c’est fou ce que les doigts se rouillent quand on ne tape pas sur un clavier durant 5 jours) que j’inscris donc dans ma blogroll. Allez-y, ses billets sont passionnants !

A propos une fois encore de l’anonymat

Le dernier en date traite des commentaires sur les sites de la presse en ligne. Comme il a raison de ne pas les aimer, dans bien des cas, l’agressivité stérile le dispute au propos de comptoir, ce qui incite à se demander si au fond le fin du fin de la liberté d’expression aux yeux de certains ne serait pas de pouvoir éructer anonymement,  par écrit et en public. Hugues Serraf fait remarquer que les commentateurs sur le web ressemblent parfois à s’y méprendre aux corbeaux qui écrivent des lettres anonymes. Il n’est pas le seul à penser ainsi,  rappelez-vous, c’était le thème du discours du deuxième secrétaire de la conférence du stage, il y a un mois, lors de la rentrée du barreau de Paris. Et de souligner qu’en tant que journaliste, au fond, il se moque de l’opinion des lecteurs. Il y a un brin de provocation dans son discours qui pourra éventuellement choquer, mais je crois qu’il faut le comprendre comme une marque de professionnalisme, car ce qu’il entend signifier, c’est que le journaliste ne doit pas écrire pour flatter son public. En ce sens, il a raison d’exprimer son indifférence à l’opinion des lecteurs. Mais il soulève au passage une question intéressante. Car si le journaliste se doit de délivrer une information objective sans se soucier de savoir si cela plaira ou non, l’organe pour lequel il écrit en revanche doit peut-être apprendre à tenir davantage compte de son public.

Quelle place pour les lecteurs dans la presse ?

C’est en tout cas la thèse du journaliste Jean-Luc Martin-Lagardette dans son essai  « L’information responsable, un défi démocratique » que je viens de lire lors de mon escapade au pays de l’or blanc. Je reviendrai sur ce livre car il défend un modèle de journalisme éthique tout à fait pertinent. Parmi les évolutions espérées par l’auteur figure celle de voir la presse s’ouvrir au public,  lui donner la parole,  lui permettre de ne plus se sentir le témoin passif de l’information.  Il salue en ce sens l’initiative de Marianne qui consacre 4 pages entières au courrier des lecteurs chaque semaine ou encore l’action du médiateur du Guardian qui traite systématiquement toutes les demandes des lecteurs, les représente dans les conférences de rédaction et complète les articles publiés sur le site par les précisions, corrections, clarifications ou excuses de la rédaction suite aux observations qu’il reçoit. Ce qui nous ramène au billet de mon confrère. Car les commentaires sur les sites des journaux posent la question de la pertinence de ce journalisme participatif. Est-il si important de permettre au public de s’exprimer si c’est pour aboutir à des invectives sans intérêt ou à des commentaires de comptoir ? Certainement,  il ne faudrait pas refuser une évolution en raison des dérives de quelques mal élevés, mais alors, propose Hugues Serraf, qu’on supprime l’anonymat pour éradiquer les corbeaux. Pas bête comme idée.

Cela m’intéresserait au passage de savoir si vous avez le sentiment d’être exclus du débat public quand vous lisez un journal. Ce n’est pas la première fois que j’entend cette critique des médias. Il me semble qu’elle s’enracine dans l’idée que la presse est aux mains des puissants qui l’utilisent pour manipuler les masses. C’est, vous l’aurez compris, une conviction de gauche. Elle me parait un peu caricaturale, mais ce n’est que mon avis.

Rumeur

Et tant qu’on y est, voilà qui repose accessoirement la question de l’information sur le web. Je vous ai déjà dit que je me méfiais des dérives individualistes des blogs et de la confusion qu’ils entretenaient entre information et opinion. L’affaire des commentaires sur les sites des journaux illustre un autre danger, l’émancipation des règles de conduite en société qui se pare des attributs de la liberté d’expression quand il ne s’agit au fond que de la libération des plus bas instincts et qui alimente un terrible fléau : la rumeur. Les fanatiques du web répondront sans doute que leur univers est celui de la liberté et qu’il faut les laisser tranquille, que les lois du monde réel ne s’appliquent pas à leur joyeuse virtualité. Entre nous, dans le monde réel justement, on n’a jamais vu de corbeaux plaider la liberté d’expression pour se justifier d’avoir écrit des lettres anonymes…Mais, me direz-vous je suis moi-même anonyme. Je m’en suis déjà expliquée ici.  Au fond, la vraie question est de savoir comment on utilise l’anonymat. En tant que journaliste formée à l’école du droit, je sais que les écrits restent, qu’ils ne sont pas anodins et qu’il arrive toujours un moment où l’on doit s’en justifier. L’anonymat m’offre un confort, il me permet de séparer mon activité de blogueuse de mon univers professionnel, mais il ne me protège de rien d’autre et surtout pas de la responsabilité de ce que j’écris. Dès lors, je conçois aisément que nombre de commentateurs partagent ce souci légitime et ne conçoivent pas un instant leur pseudonyme comme un moyen de violer les règles. Qui sait si on ne pourrait pas préserver ce confort sur les sites de presse en ligne simplement en rappelant les principes juridiques de base gouvernant la liberté d’expression et quelques règles élémentaires de courtoisie….

Sur ce, je vous souhaite à tous un excellent réveillon !

23/12/2008

Petite pause

Filed under: A propos du blog — laplumedaliocha @ 10:50

A mesure que Noël approche, l’activité ralentit, notamment sur la blogosphère. J’en profite donc pour faire quelques petites précisions. Je vais prendre un repos bien mérité et n’aurai accès que très ponctuellement à Internet, donc le rythme des billets va se ralentir. 

La semaine dernière, j’ai déjeuné avec une amie qui a commenté sans que je la repère. Elle en était blessée, du coup, il m’apparaît nécessaire de vous expliquer comment fonctionne le bel outil qui nous permet de discuter.

Mon écran est le même que le vôtre, à la simple lecture, je ne vois donc pas qui est l’expéditeur (adresse mail). Ce n’est que lorsque je réponds à un commentaire que mon écran affiche l’adresse mail de l’expéditeur.  Comme je n’avais pas répondu à mon amie et que j’ignorais son pseudo, je ne l’ai pas identifiée. 

Pourquoi je réponds souvent mais pas à tout le monde ? Sachez que je lis tous les commentaires sans exception. Mais il arrive que je n’ai pas le temps de répondre ou que je sois interrompue au moment où j’allais le faire. Or, je réagis la plupart du temps de manière spontanée.  Il arrive aussi que je n’ai pas de remarques particulières à faire. Parfois parce qu’une discussion s’est engagée et que je préfère m’éclipser et vous laisser débattre tranquillement. D’autre fois parce qu’il s’agit de commentaires d’approbation. Sachez que les remerciements me touchent mais, précisément, je ne sais jamais quoi répondre. J’en profite pour vous remercier ici en essayant de ne pas rougir de confusion. N’est pas Alain Delon qui veut !

J’essaie autant que possible d’identifier chaque commentateur. Ce n’est pas facile car je n’ai à ma disposition qu’un pseudo. C’est peu. Il est possible que je n’ai jamais répondu à l’un d’entre vous ou bien encore que j’ai donné l’impression à d’autres d’avoir oublié ce qu’ils avaient écrit auparavant. Si c’est le cas, ne le prenez pas à titre personnel. Mes journées sont lourdes, il peut arriver que je pêche par inattention ou précipitation.

Un petit mot à tous ceux qui enrichissent leurs commentaires par des liens : la machine est réglée pour se méfier des liens qui annoncent souvent des spams. Votre commentaire peut donc être bloqué. Inutile de vous inquiéter, je suis prévenue par mail et j’interviens en principe rapidement. Si je ne réagis pas, c’est que le commentaire est passé directement dans la boite à spams et là, comme la machine estime qu’elle a fait son travail, elle ne me prévient pas. Vous pouvez donc envoyer un commentaire sans lien ou un mail pour me prévenir, j’irai fouiller la poubelle.

Certains s’imposent de limiter la taille de leurs commentaires. N’hésitez pas à développer quand vous le jugez nécessaire, nous avons la place. J’ai choisi ce format de blog précisément pour que les commentaires aient un statut et un format en rapport avec les billets. Un blog peut être un formidable lieu de partage de savoirs, profitons-en. J’ai entendu vos demandes s’agissant de la possibilité de prévisualiser les commentaires avant de les envoyer. Pour l’instant, mon blog n’offre pas cette fonctionnalité, mais je surveille les innovations.

D’autres n’osent peut-être pas commenter. Sachez que l’un des grands plaisirs d’un blogueur, c’est de lire les réactions et de voir que le sujet qu’il a traité intéresse et suscite le débat. On a alors l’impression de ne pas écrire dans le vide, c’est encourageant et réconfortant.

Je suppose au vu des commentaires ces derniers temps que les déçus de la presse n’osent pas ou plus s’exprimer, ce que je regrette. Que les choses soient claires, l’objet de ce blog est de vous faire partager la vie et les réflexions d’un journaliste parce que je suis persuadée qu’une partie des critiques sur la presse naissent de malentendus. On nous reporche d’ailleurs souvent notre manque de transparence. Avec raison sans doute, mais il faut tenir compte du fait que notre rôle consiste à parler du monde, pas à nous raconter. Par ailleurs, j’ai tendance naturellement à voir ce qui va bien et ce qui donne des raisons d’espérer, c’est ma nature. C’est aussi devenu au fil du temps une discipline. Ce qui ne revient pas à nier les difficultés, simplement je les tiens pour acquises et je les trouve suffisamment développées ailleurs pour ne pas en ajouter ici. Cela étant précisé, je n’empêche personne d’évoquer les erreurs, fautes, et dysfonctionnements de la presse du moment que les choses sont dites posément et permettent d’amorcer une discussion constructive. 

Quelques chiffres enfin : depuis la création de ce blog  le 9 septembre dernier, vous avez pu lire 88 billets qui ont donné lieu à 133 000 visionnements et 2900 commentaires. La journée la plus active a reçu 6017 visiteurs. The « Eolas effect » bien sûr, cela correspond au jour où Eolas a annoncé la création de La plume d’Aliocha.

 

Voilà, il me reste à vous remercier pour les 4 mois que nous avons déjà passés ensemble et à vous souhaiter d’excellentes fêtes.

J’aurais aimé vous faire cadeau d’une vidéo ou d’une chanson pour Noël, mais je dois avouer que je ne suis pas encore assez dégourdie avec la technologie. Voici simplement un lien vers une chanson que j’aime particulièrement. Elle s’appelle « Je cherche l’or du temps » et parle d’un poète, mais ce qu’elle décrit n’est pas très éloigné de ce qui pousse à devenir journaliste, en tout cas elle me ressemble. Surtout, en ces temps de crise économique et à l’approche de Noël, elle nous rappelle qu’il existe d’autres richesses que matérielles. Ceux de ma génération (nés dans les années 70) se souviendront peut-être des débuts de la radio libre. Cette chanson passait en boucle sur l’une d’elle au milieu d’une vingtaine d’autres titres, c’est ainsi que je l’ai découverte, voilà qui ne nous rajeunit pas ! 

A très bientôt.

Aliocha

20/12/2008

Crise de la presse : les solutions ?

Filed under: Débats — laplumedaliocha @ 11:53

Je viens d’achever la lecture dans le magazine Medias d’un excellent article de Bertrand Pecquerie, directeur du World Editors Forum, sur la crise de la presse française. Entre nous, il est agréable de voir des gens calmes dresser des bilans objectifs et surtout dessiner des solutions, voilà qui repose des harangues de mes amis blogueurs sur l’imbecillité de la presse au regard de leur génie à eux.

Et que dit Bertrand Pecquerie ? Sur la crise, évidemment que la situation n’est plus tenable, que des groupes sous perfusion qui n’ont pas su évoluer et reposent dans le creux de la main des pouvoirs publics, ça ne va pas. Evidemment aussi que d’autres groupes pilotés par des capitaines d’industrie qui s’offrent des danseuses, ça ne va pas non plus. Personne n’en a jamais douté et surtout pas moi. Là où  je ferais une réserve, c’est qu’il écarte d’un revers de plume des problèmes  réels qui sont sans doute les seuls méritant d’être traités par le politique dans le cadre des Etats généraux sans nuire à l’indépendance de la presse : les coûts de fabrication et de distribution. Ils reposent sur la loi, ils ont participé au désastre, on ne perdrait rien à les résoudre par une réforme législative. Mais il est vrai que là comme ailleurs, Nicolas Sarkozy tente de régler de très anciens problèmes (je l’observe notamment en finance où des réformes réclamées depuis 10 ans sont en train enfin d’être effectuées), et que celui-ci est peut-être déjà dépassé. On pourrait aussi aborder les problèmes de fiscalité. Pourquoi maintenir une TVA à 19,6% sur Internet au moment où les médias qui bénéficient d’une TVA à 2,10% doivent y basculer ?

Toujours est-il que l’auteur s’attache à dessiner des solutions et ça, c’est intéressant. Voyons comment il envisage le journalisme de demain.

Premier scénario : des journaux sans journalistes, ou très peu, qui joueront le rôle d’agrégateurs de nouvelles existantes. C’est peu coûteux et cela répond à la demande des flux d’information personnalisés.

Deuxième scénario : des journalistes sans journaux papier, type Rue89 ou Mediapart. Le journalisme joue alors son rôle de contrepouvoir (lequel est admis comme indispensable par l’auteur). En retirant 20% de coût de production et 35% de coût de distribution, on peut selon lui faire vivre une vingtaine de journalistes à condition d’atteindre 5 millions de visiteurs uniques par mois  et de vendre aux annonceurs toutes les pages en ligne. Il ne cache pas la difficulté de l’exercice mais précise que Rue89 en est à 1 million de visiteurs et le Huffington Post déjà à 4 millions.

Troisième scénario : le journalisme multimedia s’exerçant dans des rédactions intégrées TV-radio-papier-numérique qui produiront de l’information tous supports. On n’est pas loin à mon sens de ce que fait Alain Weill avec BFM et La Tribune. Il a en outre le mérite de constituer un groupe de presse sans avoir d’autres intérêts industriels ou d’influence à défendre contrairement à Arnault, Pinault, Lagardère ou Bolloré.

Lorsque j’ai fait une petite recherche sur l’auteur que je ne connaissais pas, j’ai découvert qu’il mettait en garde contre une sur-importance accordée aux blogs, notamment aux Etats-Unis. Voici sa position synthétisée dans cet article de Place publique. Je rejoins entièrement cette analyse qui me paraît de bon sens. En la lisant, j’ai eu confirmation de ce qui m’inquiétait ou me dérangeait intuitivement dans les blogs depuis que je les observe : l’hyper-individualisme et le fort risque d’intoxication auquel s’expose le lecteur. Comprenons-nous bien (même si toutes les explications du monde n’empêcheront pas les hurleurs professionnels de se lancer dans des diatribes) : je trouve les blogs passionnants, leur grand mérite est de permettre à certains talents ignorés de se faire connaître, à des experts de partager leur savoir sans avoir à payer pour le faire ou à se faire repérer par des structures ayant les moyens de leur offrir une tribune, c’est utile et formidablement démocratique. Mais en tant que journaliste, on ne m’ôtera pas de l’esprit que c’est aussi dangereux, en particulier si l’on entend mettre sur le même plan une information délivrée par un professionnel et une autre diffusée par un inconnu sous pseudo. Et ce n’est pas seulement un réflexe journalistique, c’est aussi celui de n’importe qui ayant fait suffisamment d’études pour savoir qu’une information s’apprécie au regard de sa source et replacée dans son contexte. 

Voilà qui va encore faire hurler mes petits camarades, je commence à en prendre l’habitude. Au fond, il faut bien qu’un journaliste fasse contrepoids sur la blogosphère, j’appelle cela le contradictoire nécessaire au débat, ils évoqueront de leur côté le corporatisme. Qu’importe, l’argument du corporatisme est toujours avancé pour éluder la discussion en ruinant la crédibilité de l’interlocuteur, de fait, il n’a aucune valeur. En attendant, j’aborde le week-end le coeur joyeux, nous vivons une époque de transition difficile mais passionnante en matière de presse. Certains professionnels des médias développent des visions stratégiques pertinentes, le journalisme n’est pas mort et c’est heureux.

18/12/2008

Madoff (3) les petits épargnants aussi

Filed under: Eclairage — laplumedaliocha @ 17:19

Eh non, Madoff ne touche pas que les grandes fortunes et les banques ! Voici le communiqué que vient de publier l’AMF :

L’AMF estime, à ce jour, à environ 500 millions d’euros l’exposition des OPCVM français ayant investi dans des OPCVM de droit irlandais et luxembourgeois touchés par l’affaire Madoff.

Si les conséquences pour ces investisseurs sont dommageables à titre individuel, ce montant total doit néanmoins être ramené à l’encours des OPCVM français qui s’élève à 1 400 milliards d’euros. Par ailleurs, une centaine de fonds français sont concernés sur les 11 000 OPCVM agréés.

92% se concentre sur des OPCVM qui n’ont pas été distribués au grand public :

– 66 % du risque pèse sur des fonds destinés à une clientèle fortunée et

– 26 % sur des fonds distribués à des investisseurs institutionnels ou à une clientèle restreinte ;L’AMF a demandé à toutes les sociétés de gestion dont les fonds sont concernés de prévenir sans délai leurs clients de façon individuelle et de diffuser également l’information sur leur site internet.

– 8 % du risque concerne des OPCVM destinés au grand public.

 A ce jour, l’AMF rappelle qu’elle n’a pas identifié de fonds français directement touchés par l’affaire Madoff en ayant, par exemple, confié la conservation de leurs actifs à une société impliquée dans cette affaire.

L’AMF va mettre en ligne sur son site internet une liste de questions/réponses pédagogiques à destination des investisseurs français.

Ce communiqué fait suite à un autre publié hier dont l’imprécision avait été jugée inutilement inquiétante par Bercy. Reste à savoir si celui-ci est tranquilisant. Pas sûr ! Car 60 40 millions à l’échelle de la finance mondiale c’est une poignée de queue de cerises, mais pour vous et moi c’est beaucoup, même répartis entre des millions d’épargnants. Voilà encore un bel exemple « en direct » de la manière dont fonctionne la communication en temps de crise. D’abord, elle tarde puisque l’AMF a réagi mercredi alors que l’affaire a éclaté vendredi dernier. Ensuite, elle s’emploie à minimiser l’impact de l’événement. C’est compréhsensible pour éviter les effets de panique. C’est fâcheux dès lors que cela vide l’information de son contenu et rend difficile d’en prendre la mesure.

Inutile de s’affoler cependant, le risque que toutes vos économies soient en Madoff est à mon sens nul, mais une petite partie, c’est possible. Cela repose au passage la question des paradis fiscaux sur lesquels France 3 a diffusé hier soir en prime time un excellent reportage. Les banquiers interrogés soulignaient qu’ils étaient utiles pour optimiser les montages. En effet, le résultat est optimal !

Sacré Girardin !

Filed under: Eclairage — laplumedaliocha @ 11:36

Puisque nous parlons du modèle économique de la presse et notamment de la publicité depuis quelques temps, je me suis demandée hier soir qui avait eu l’idée de faire de la publicité une source de financement de la presse. Et j’ai trouvé ! Le coupable s’appelle Emile de Girardin (1806-1881). Enfin, coupable, n’exagérons rien. Ce grand homme de presse lance le 1er juillet 1836 un journal qui s’appelle « La Presse ». Rompant avec les feuilles de chou politiques à faible diffusion, le titre a l’ambition de toucher un public très large en réunissant les opinions divergentes. Encore faut-il en baisser le prix pour qu’il se vende. Le journal est donc proposé à 40 francs l’abonnement au lieu de 80 francs. Le problème, c’est qu’à ce tarif là, il est déficitaire. Qu’à cela ne tienne, on compensera avec la réclame. Puisque le journal est peu cher, il se vendra mieux et comme il touchera un grand nombre de lecteurs, il attirera les annonceurs. Le modèle actuel de la presse était lancé. Ce n’est pas la seule invention de Girardin. Il est aussi à l’origine de la revue de presse. Il avait lancé en 1828 « Le voleur », un journal qui se faisait fort de publier les extraits des meilleurs articles des autres journaux. Cela ne vous rappelle rien ? C’est en effet le concept de Courrier international et de Vendredi, sauf que ces titres bien sûr ne volent rien ! Et comme si cela ne suffisait pas, Girardin à aussi inventé le roman publié sous forme de feuilleton. C’est Balzac qui inaugura cette nouveauté avec « la Vieille fille ». Il crée aussi les rubriques qui se substituent à l’ancien modèle où toutes les informations étaient mélangées. Et puis, Messieurs,il lance l’information sportive en suivant les courses de chevaux !

Si l’histoire de la presse vous intéresse, je vous recommande le livre dont j’ai extrait les informations ci-dessus : « Visages de la presse » par Louis Guéry avec le concours du musée de la presse – Victoires éditions 2006. C’est un ouvrage illustré qui retrace la grande aventure de la presse en France du 17ème siècle à nos jours. Quant au Musée de la presse, la Galcante, c’est  une librairie à Paris rue de l’Arbre Sec dans le 1er arrondissement. Une véritable caverne d’Ali Baba,riche de 7 millions d’exemplaires de journaux que vous trouverez classés par thème ou par titres. J’y ai dégotté le premier exemplaire du Canard enchaîné lorsque celui-ci a commencé à reparaître à la fin de la seconde guerre mondiale.  Passionnant et émouvant.

16/12/2008

Pourquoi tant de haine ?

Filed under: Débats — laplumedaliocha @ 15:50

Et voilà, c’est reparti. Tandis que se poursuivent les Etats généraux de la presse, une poignée de blogueurs attendant impatiemment la mort de la presse écrite et du journalisme, pour des raisons que je peine encore à m’expliquer, s’agite pour démontrer je ne sais trop quoi. Ce qui les a énervés ? Que la presse observe avec circonspection leur idole, j’ai nommé St Google, le Grand, l’Unique, le Seul maître-étalon du web. La référence absolue, celui devant qui il convient de s’incliner et dont les règles sont les nouvelles tables de la loi. Voui. Reprenons quelques uns de leurs arguments :

– Internet va tuer la presse écrite : absolument faux. On disait déjà cela de la radio, puis de la télévision. Surtout de la télévision. Imaginez-vous, elle venait concurrencer avec les images, du son, puis de la couleur les journaux gris et fastidieux. C’était couru d’avance, la presse écrite allait disparaître. En fait de disparition, on sait que l’ouverture à la concurrence d’un marché, ici celui de l’information, a pour effet de dynamiser la demande. En d’autres termes, plus on consomme d’information et plus on en réclame. Les phases de transition peuvent s’avérer difficiles, la mutation peut entrainer des disparitions d’acteurs, mais au final, l’opération est toujours gagnante.

les éditeurs de presse se braquent contre Internet. Faux, ils cherchent un modèle économique et sont absolument tous positionnés sur le web. Vous avouerez qu’il y a des façons de se braquer contre un outil qui sont plus évidentes. Ah j’oubliais, ils s’interrogent sur le fait de devoir se soumettre aux lois d’un moteur de recherche américain dominant sur le marché. Et les blogueurs hurlent à l’ignorance. Vous êtes sûrs que ces interrogations sont absurdes ? C’est que vous êtes déjà formatés, nous pas. Alors on réfléchit. C’est fou non ?

les éditeurs de presse n’ont pas trouvé de modèle économique viable sur Internet. Vrai. Mais cela appelle une réserve et une précision. La réserve ? Arrêt-sur-image et d’autres expériences en cours. La précision ? Ceux qui accusent sans rire les groupes de presse d’ignorance et d’imbécillité crasse n’ont pas trouvé non plus de modèle rentable et pour cause, la gratuité d’Internet pose un vrai problème. Certains blogueurs décident-ils de vivre de leur art et d’accepter la pub ? Les voici plongés dans des tourments sans fin au moment où ils s’aperçoivent qu’ils sont en train de polluer la relation de confiance qui les unissait à leurs lecteurs. Car les lecteurs veulent du pur, du gratuit, de l’au-dessus de tout soupçon. Et ils ont raison, Internet s’est bâti sur cette réputation, les blogueurs se sont parés de cette fameuse indépendance d’esprit pour se mettre en valeur, auourd’hui elle les dérange, dommage, ils ne peuvent plus revenir en arrière.

Internet a permis l’accès gratuit à des nouveaux canaux d’information plus riches et plus intéressants que les groupes de presse traditionnels : vaste fumisterie. D’abord, l’information évoquée est produite par les canaux traditionnels, c’est-à-dire les agences de presse et les titres de presse. Autrement dit, par ces fameux journalistes de presse écrite dont ces blogueurs attendent impatiemment la disparition. Et qui vous informera mes pauvres amis quand les professionnels auront disparu ? Vos agrégateurs, ils agrégeront quoi ? Vous irez sur les sites consommer l’information concoctée pour vous par la communication, vous la recouperez et la critiquerez entre vous ? Magnifique, on va rigoler. Ensuite, l’information n’est pas si riche que ça sur Internet, elle est volumineuse, c’est différent. Et sujette à caution quand elle n’émane pas des professionnels, ce que vous vous empressez de passer sous silence. 

Il faut supprimer la presse. Pourquoi tant de rage ? Entre nous, je n’ai guère d’estime pour les gens qui tirent sur les ambulances. Mais me direz-vous, l’élégance morale, si elle était cotée, ferait sans doute des performances boursières auprès desquelles Natixis deviendrait un modèle de placement juteux. En réalité, ces gens ont une fâcheuse tendance à tout mélanger :  le journalisme et les vecteurs de diffusion de celui-ci, leurs rêves et la réalité. Que cela vous plaise ou non le journalisme est un métier.  Il consiste à se colleter aux événements et aux gens sur le terrain, pas à tripatouiller le mulot bien assis dans son fauteuil en se prenant pour Albert Londres.

Au fond, je vais vous dire quelle est la logique qui soutend ce combat, à mon avis. Ces gens observent les difficultés de la presse et se disent « nous ferions de bien meilleurs journalistes, à nous le pouvoir ». L’information circule désormais en partie sur le web, nous écrivons sur le web, donc nous sommes journalistes. J’ai connu des syllogismes plus convaincants.

Amis blogueurs, vos rêves de voir mourir la presse sont aberrants et je dirais même dangereux pour notre société. Je vais vous confier au fond ce qui me choque le plus : la manière dont vous niez absolument et totalement le rôle démocratique de la presse pour limiter vos analyses à des questions de plomberie. Parlons-nous de déontologie, vous hurlez au corporatisme, de fiabilité de l’information, et là vous ricanez. Entre nous, il faut être vachement gonflé pour s’opposer le plus sérieusement du monde aux tentatives actuelles d’imposer une déontologie dans l’information. Voilà qui me laisse rêveuse quant à la nature de vos motivations. Mais peu vous importe, n’est-ce pas, obsédés par la technologie de diffusion de l’information, vous en oubliez le contenu. Au surplus, je serais vous, je la mettrais en veilleuse car vos fantasmes sont en train de prendre du plomb dans l’aile. La communication est passée à l’attaque, le web déjà fragile en raison du formidable potentiel de manipulation et de désinformation qu’il porte en germe, ne va pas tarder à être pollué par les marchands de soupe. Conclusion, nous n’avons jamais eu autant besoin de professionnels de l’information et de déontologie. Ne vous en déplaise.

Personnellement, je n’ai absolument rien contre une redéfinition du journalisme intégrant les blogueurs au sein d’une déontologie et de règles de traitement de l’information communes. Je l’ai déjà proposé, ça n’a interessé personne. Dont acte. En revanche, j’ai tout contre les harangueurs de foule qui ricanent quand les journalistes réfléchissent à leur avenir et qui se délectent des malheurs de la presse en croyant qu’ils préparent leur prochain triomphe. L’inconséquence du discours le dispute à la sottise. A ce jeu là, tout le monde sera perdant.

15/12/2008

Madoff (2), l’assourdissant silence

Filed under: Dessins de presse,Eclairage — laplumedaliocha @ 16:53

dessin-xav-financesAmusant. Je viens de faire un tour sur le site du gendarme boursier français pour savoir s’il réagissait au scandale Madoff. Rien, silence radio.

Idem à la FBF (Fédération des banques françaises) et à la Banque de France.

Même topo à l’Association française de gestion (AFG). C’est pourtant l’association qui regroupe tous les professionnels de la gestion d’actifs.

Etrange silence, vous ne trouvez pas ? C’est comme ça depuis le début de la crise des subprimes, personne ne s’exprime officiellement, tout se passe en sous-main, on discute, on négocie, on rancarde les journalistes en off dans le meilleur des cas. Il faut dire que tout le monde a peur, les acteurs financiers bien sûr, mais aussi les régulateurs et dans une certaine mesure les politiques. Et quand les puissants ont peur, ils se taisent.

Et puis mon amie la com’ n’aime guère les mauvaises nouvelles, dès lors, si elle n’est pas obligée de parler, elle s’abstient. Or, en l’espèce, elle doit considérer que c’est aux américains de se débrouiller, même si la France est touchée. Ce qui est drôle, c’est que depuis vendredi matin, c’est la panique à Paris, dans les banques, chez les gérants, les avocats, les grandes fortunes, sans doute aussi du côté des régulateurs. Tout le monde est sur le pied de guerre, mais dans la discrétion la plus totale. Voilà qui illustre une fois de plus une situation que les journalistes connaissent bien : plus un dossier est grave, moins on communique. Mais il y a plein d’articles me direz-vous. En effet, il y en a beaucoup, mais contiennent-ils beaucoup d’informations, ça c’est une autre histoire…

Taisons-nous aussi et laissons les rois du monde discuter tranquillement de leurs petites affaires. Chuuuuuut !

Madoff m’a tuer….

Filed under: Eclairage — laplumedaliocha @ 09:58

Il ne manquait que cette affaire pour achever de chahuter la finance mondiale ! Une fraude de 50 milliards de dollars à Wall Street. Evidemment, vous comme moi, nous ne frémissons même plus quand on nous parle de 50 milliards, une broutille au regard des sommes cramées sur les marchés depuis septembre. Pft, sans intérêt. Pas tant que cela. Car elle touche une fois encore le monde entier, et après tout ce que les banques ont perdu, ces nouvelles pertes avant la clôture des comptes, elles s’en seraient bien dispensées.

Bernard Madoff est un financier américain agé de 70 ans qui a été notamment à la tête du Nasdaq. Une pointure. Depuis des années, son fond crachait du 8% net par an dit-on, certains parlent de 15%. Même dernièrement, avec l’effondrement des marchés, les performances demeuraient les mêmes. Et bien que son fond soit dédié aux investisseurs éclairés car utilisant des techniques risquées, il avait pris avec le temps des allures de placement de bon père de famille. Au point que les banques du monde entier en achetaient pour elle et pour leurs clients fortunés. 

En France, les banques et les grandes fortunes se sont réveillées vendredi matin avec une sacrée gueule de bois. Car la nouvelle est tombée dans la nuit de jeudi : Bernard Madoff a été arrêté pour escroquerie. La rentabilité miraculeuse de son fond ? Vous allez rire, elle s’explique désormais fort bien. Il remboursait les clients avec l’argent des autres clients. C’est l’escroquerie bien connue : donne-moi ton argent, je te le rends quand tu veux avec des intérêts faramineux. Vous donnez votre argent, mais un peu méfiant, vous en demandez le remboursement quelques mois plus tard. Et là, l’escroc souriant vous le rend, avec les intérêts. Voilà, vous avez confiance, du coup, vous y remettez de l’argent et en plus vous en faites profiter tous vos amis. Chaque fois qu’un investisseur demande son argent, on lui donne celui des autres aimables investisseurs. Nul placement, juste de la jonglerie. Le système s’effondre à partir du moment où plusieurs personnes en même temps réclament leur argent. C’était le système Madoff. Que vous et moi puissions tomber dans le panneau, ça s’explique, mais des professionnels, allons, franchement ? Vous savez ces gens qui nous regardent de haut en nous disant : « c’est compliqué, n’essayez pas de comprendre ».

Qui est touché ?

Les banques du monde entier, y compris françaises. Gageons que les calculettes ont du chauffer dimanche pour faire les comptes des pertes. Natixis et BNP Paribas auraient perdu des centaines de millions d’euros. Il n’y a pas qu’elles. Les grandes fortunes détenaient du Madoff soit en direct, soit via des produits financiers taillés sur-mesure. De ces produits réservés précisément aux gens très riches. Les pertes s’élèvent à plusieurs centaines de millions d’euros pour elles aussi. Certains grands investisseurs français ont sauté vendredi dans des avions pour New-York afin de mesurer sur place l’étendue des dégâts. Il faut dire que le FBI a tout bloqué et qu’il est difficile d’avoir une idée précise de la situation depuis Paris. 

Qu’en conclure ?

Hier, une chaîne TV a interviewé un gérant de fond qui confiait « nous n’en avons jamais acheté, une rentabilité pareille, y compris quand les marchés perdent 50% de leur valeur, c’était louche! ». Ah, le bon sens…Comme disait Audiard « quand on parle oseille à partir d’un certain chiffre, tout le monde écoute », en effet, mais plus personne ne raisonne. Même pas les plus avertis. Une rentabilité entre 8 et 15% ?  C’est que le gestionnaire est plus intelligent que les autres, c’est tout. Intelligent c’est sûr, honnête ….

Résumons donc cette crise. D’abord il y a eu des prêts immobiliers accordés à des ménages américains parfaitement insolvables. Une insulte au bon sens. Ensuite,  des petits génies de la finance  ont « titrisé » ces prêts, autrement dit, ils les ont transformé en instruments financiers et ont spéculé dessus. Avec la bénédiction des agences de notation qui assuraient à tout le monde que c’était de bons produits. Ces crédits pourris ont infesté l’ensemble du système financier jusqu’à l’effondrement général. Sans que personne ne soit en mesure de déterminer exactement l’ampleur du désastre. Et là, c’est la complexité du système qui est en cause. Puis ont commencé les facéties des traders  qui ont tenté en pleine tempête boursière de se refaire. Les marchés de leur côté n’en finissent plus depuis septembre d’afficher des baisses et des augmentations de folie, on était habitué à des +1,2, – 1,80%, nous voilà avec les effets de yoyo de l’ordre de 10%. Il ne manquait plus qu’une fraude magistrale pour couronner cette folie et achever de démontrer que la finance mondiale est vérolée. Nous y sommes.

Mais j’entends déjà mes amis ultra-libéraux s’indigner de mes propos absurdes. La crise ? Normal, c’est le fonctionnement classique du système. Les traders ? Ils n’ont fait que leur métier, à la bourse parfois on gagne, parfois on perd. La fraude Madoff ? Il y a des escrocs partout, cela ne remet pas en cause le système. Tirer les leçons de la crise en encadrant mieux la finance ? Allons, ce sont les réglementations qui nous ont menées là, si on fichait la paix aux marchés, ils fonctionneraient beaucoup mieux. Cqfd !

13/12/2008

Vive la gougueulitude !

Filed under: Coup de griffe — laplumedaliocha @ 11:05

Je m’étais quelque peu désintéressée des Etats généraux de la presse. Fort heureusement, mon chroniqueur favori, Alain Rémond chez Marianne, lui, les a suivis. Dans un article intitulé « C’est pas ma fôte » qui m’a secoué de rire dans le métro hier soir (merci Monsieur Rémond), il évoque les dernières interrogations sur le web et la presse. L’un des groupes de travail planche sur ce sujet. Voici le résumé d’une séance tel qu’on le trouve sur le blog des étudiants de sciences Po :

Pour s’imposer, Marie-Laure Sauty de Chalon  recommande aux éditeurs de se poser la question suivante: « quel est le contenu que Google voit sur le web ? » Ou même : « quel contenu est-ce que je veux que Google voit ? »

Cette logique impacte notamment l’écriture et les contenus. Pour être mieux ou bien référencé, il convient de s’adapter aux règles de Google. Là où un journaliste est censé éviter les répétitions, le moteur de recherche les encourage. Pour mieux se référencer, certains achètent même des mots-clefs mal orthographiés, car les internautes écrivent en faisant des fautes.

Les deux publicitaires notent un autre paradoxe : la qualité du contenu importerait peu sur Internet. Parfois, un contact dans un contexte « pauvre » (Yahoo, Boursorama) se transforme plus facilement en un clic que dans un contexte riche (LeMonde.fr)…

D’où trois recommandations pour renforcer le « rendement » du contenu produit:

–          « Confier la direction de la rédaction à Google »

–          « Utiliser des contenus et des procédures communautaires »

–          « Optimiser  le référencement.»

Des propositions qui ont fait réagir certains membres de la commission. Pour François Mariet, professeur à l’Université Paris Dauphine : « déformer la langue française pour répondre aux exigences d’un algorithme de langue anglaise [Google, ndr] c’est tout de même un peu gênant ».

Vive Google qui googeulise la glougloulisation

Voici donc comment certains dessinent l’avenir du journalisme sur le web. Heureusement que je n’ai pas lu cette merveille sous la plume réjouie d’un blogueur anti-journaliste et pro-web, sinon je crois que ce blog se serait instantanément auto-détruit sous l’effet de la colère. Non, c’est Alain Rémond qui m’en a entretenue et fort de sa découverte, le voilà décidé à apprendre rapidement cette nouvelle technique. Je vous livre son premier essai qui est un coup de maître :

« Je suis comme tout le monde : mon but dans la vie c’est d’être référencé sur Google. Et voilà que mes yeux s’ouvrent, que la lumière se fait dans mon esprit. Je réalise que, jusqu’ici, j’ai eu tout faux. Et je sais enfin comment m’y prendre. Tout excité par cette découverte, et comme il n’y a pas d’âge pour apprendre, je n’ai qu’une hâte : m’adapter aux règles de Google pour m’y faire une petite place. Je vais donc m’y mettre pas plus tard que tout de suite. Allez hop, c’est parti ! Voici mon exercice du jour : il pleuvait une pluie pluvieuse se jour-là, tente et si bien que, pour ce protégeait de la pluie pluvieuse qui pleuvait, le peaulissier de facsion ce recula en reculand à reculons sous le balcon ki le protégea par sa protection protectrisse, poil aux écrevisses ». 

Au fond, il a raison mieux vaut en rire. 

Il conclut évidemment qu’il ne cédera pas. Je le suis sur ce sujet, je ne serais pas non plus webesquement correcte, et je m’insurge contre l’internetitude. Entre nous, quel respect devrais-je à un système qui encourage toutes les dérives orthographiques, grammaticales et autres, simplement pour faire plaisir aux publicitaires ? Vous trouviez que les journalistes écrivaient mal, vous n’avez rien vu, le googlement correct vous promet de grands moments et je gage qu’un jour vous vous souviendrez de la presse écrite du début des années 2000 avec un brin de nostalgie. Quant à nous, les antiquités de la presse papier, nous entrerons dans la Pléiade, vous verrez !

Aimez-vous la filosofie ?

A propos, vous n’écrivez pas encore animaus, ipotèse ou filosofie ? Préparez-vous, ça va venir, même si tout le monde n’est pas encore tout à fait enthousiasmé. Certains font pression aujourd’hui pour simplifier la langue, ce qui aurait le double mérite de gommer les inégalités entre ceux qui savent écrire et les autres, mais aussi de nous rapprocher de nos voisins qui ne doublent pas les « l », n’utilisent guère le « h », en tout cas pas comme nous, n’aiment pas les pluriels en « x » etc. Ce qui me donne une idée,  comme je n’ai pas le permis de conduire, je demande qu’on le retire à tous ceux qui l’ont, et puis je parle mal anglais, j’exige donc que l’on supprime cette langue, par ailleurs, je suis nulle au tennis, au golfe, en maths, en histoire, en géographie, en physique quantique, en physique tout court, en géométrie, en astronomie, en mathématiques financières, en danse de salon, en blanquette de veau, en couture, en musique, en peinture, en bricolage…Allez hop, on supprime tout ça, j’en ai un peu assez de me sentir à chaque instant de mon existence en situation d’inégalité grave avec la majorité de mes contemporains. Mais, me direz-vous, ça ne me pénalise pas dans le travail. Si. Rédiger un CV est toujours une souffrance quand j’arrive à la rubrique langues. Et c’est totalement suppliciée que je précise : « anglais : lu écrit parlé (tu parles !) – allemand : notions. Italien : vocabulaire culinaire – Russe : niveau Francis Blanche dans les Barbouzes ». Yes sir ! Guten Tag ! Pizza Regina ! Anouchka petite soeur !  Sans compter qu’ensuite vient la rubrique « hobby » et là c’est la torture. Je ne brille dans aucun, mais alors absolument aucun sport, sauf peut-être la pétanque et le flipper (allez savoir pourquoi), mais vous imaginez si j’écrivais cela ? Ah, il y a aussi la belote, inavouable, même si j’avais le niveau compétition, la mode est au poker. Notez, dans quelques années, je préciserai peut-être : « français ancien : lu, écrit parlé » et à la rubrique hobby il sera sans doute chic d’indiquer « lecture des romanciers du 19ème et du 20ème siècle en version originale, traduction sur demande ». Allez savoir.

12/12/2008

Crise financière : la technicité enfin dénoncée !

Filed under: Eclairage — laplumedaliocha @ 11:01

J’ai assisté hier midi à un passionnant déjeuner-débat au Sénat sur la comptabilité et la crise. Pour ceux qui n’ont pas suivi ce sujet complexe, les sociétés cotées européennes, dont les banques, appliquent depuis 2005 un référentiel comptable international dénommé IFRS. Or, ce référentiel est accusé par les banques d’avoir, combiné à leurs règles prudentielles destinées à garantir un minimum de fonds propres, joué un rôle procyclique. Pour faire simple, les IFRS valorisent les instruments financiers à la valeur de marché et non au coût historique. Vous imaginez donc à quoi ressemblent les bilans des banques lorsque les marchés financiers s’effondrent, ils ressemblent aux marchés justement. Je ne vous entretiendrai pas de technique, il faudrait des pages et des pages et d’ailleurs, n’étant ni comptable ni banquière, j’aurais du mal à aller plus loin que ce résumé schématique. L’intérêt des discussions, c’est qu’elles ont débordé le sujet initial pour évoquer les causes profondes de la crise.

Et les politiques qui participaient à la réunion aux côtés des experts ont fort intelligemment réagi.

Jacques Toubon d’abord qui a lancé aux comptables présents « chacun son métier et les vaches seront bien gardées ». Ne riez pas, Toubon est brillant. L’idée ? Inviter les comptables à ne surtout pas suivre des formations en mathématiques financières, à ne pas entrer dans la folie technique d’une poignée d’individus dans le monde qui nous a mené là. Pour Jacques Toubon, les comptables doivent oser ne pas comprendre cette affolante technicité et oser refuser de certifier les comptes quand justement ils ne comprennent pas et qu’on refuse de leur expliquer. Il a raison. C’est pour avoir fait confiance à ces techniciens qui nous disaient « vous ne comprenez pas, c’est pas grave, nous on sait ce qu’on fait » qu’on en est là. La preuve que non, ils ne maîtrisaient rien, ces apprentis sorciers.

Cette même technicité a été stigmatisée par Jean Arthuis mais cette fois sur le terrain politique. Car les élus ont de moins en moins voix au chapitre, en France comme en Europe, sur ce genre de sujets. Des poignées de spécialistes se réunissent entre eux, adoptent des règles et frappent ensuite à la porte des parlements pour leur dire « Messieurs les élus du peuple, signez cela ! Vous ne comprenez pas ? C’est pas grave, nous oui, faites nous confiance ». L’air de rien, c’est une évolution ou une dérive profonde de notre démocratie, car le vrai pouvoir est désormais entre les mains des spécialistes divers et variés qui maîtrisent des techniques toujours plus perfectionnées et réclament, au nom de cette technicité, un blanc-seing des élus. Comment en est-on arrivé là ?  Pour les meilleurs raisons du monde. A l’échelon européen, cela s’appelle le processus Lamfalussy. Pour éviter le circuit très long d’adoption classique des directives et règlements européens, incompatible avec le rythme économique qui exige des réformes rapides, on a mis en place des groupes d’experts qui mâchent le travail et demandent ensuite au Parlement un coup de tampon. C’est intelligent, rapide, efficace, mais dangereux. Et en France me direz-vous ? Voyez la loi de modernisation de l’économie adoptée le 3 août dernier, vous savez, celle qui parle notamment de distribution. Un pan entier de cette loi, dédié à la finance, autorise le gouvernement à faire des réformes très techniques par voie d’ordonnance. L’exécutif rédige et adopte le texte et n’a plus ensuite qu’à le faire tamponner par le Parlement. Cette évolution est peut-être inéluctable, mais je pense qu’elle mérite sérieusement le débat. Si vous voulez prendre la mesure du problème, consultez cette page du site du ministère des Finances. C’est la liste des projets d’ordonnances en cours. 

Et pour en ajouter encore dans le dossier à charge sur la technicité financière, le secrétaire général de l’Autorité des marchés financiers (l’institution qui surveille la bourse en France) a fort bien résumé la crise. Bien sûr les marchés sont réglementés mais les régulateurs ont été débordés par les pans de la finance qui n’étaient pas encore ou pas suffisamment régulés. Pourquoi ? Parce que la régulation financière repose sur les mêmes principes que notre code de commerce : la distinction entre professionnels et non-professionnels. Les premiers n’ont pas besoin d’être protégés ni surveillés, ils sont professionnels, en d’autres termes experts, ils savent ce qu’ils font. Les seconds en revanche ne sont pas des spécialistes, ils doivent être protégés, notamment des premiers, par la loi.De même que l’on protège les consommateurs contre les commerçants.  C’est ainsi que les marchés dits « réglementés » qui sont ouverts aux particuliers (la bourse pour simplifier) sont très encadrés et surveillés, tandis que d’autres, réservés aux professionnels ne le sont pas. Mais c’est d’eux justement qu’est venue la crise qui a pollué ensuite les lieux surveillés. Conclusion ? Les régulateurs sont en train de remettre en cause la distinction professionnels libres/ non professionnels protégés. Ils viennent de découvrir que les spécialistes de la finance au fond ne savaient pas ce qu’ils faisaient ou pas aussi bien qu’on l’imaginait. 

Le médiateur du crédit, René Ricol a remis un rapport sur la crise à Nicolas Sarkozy en septembre. Nous en avons déjà parlé. L’une des propositions du document consiste à limiter la complexité des produits financiers à leur capacité à être compris par les administrateurs des banques qui les mettent en circulation. Vous vous rendez compte de ce que cela dévoile de la situation actuelle ?

En résumé, c’est la complexité de la finance qui se retrouve aujourd’hui sur le banc des accusés. Ce constat a tardé d’ailleurs, durant des mois on nous a soutenu le contraire à nous les journalistes. Mais maintenant, les observateurs sont bien obligés d’admettre que le système est devenu fou. Non seulement il échappe au contrôle des politiques, mais il s’émancipe de ceux-là même qui l’ont conçu, il piège les plus experts. Le défi désormais consiste à en reprendre le contrôle et à effectuer un retour au bon sens, ce qui suppose de revendiquer en premier lieu le droit de comprendre. Comment avons-nous pu y renoncer ?

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