La Plume d'Aliocha

15/11/2008

Le débat qui tue

Filed under: Débats — laplumedaliocha @ 10:28

Je viens d’apprendre en lisant le dernier billet de Jean-Michel Aphatie que les salariés du magazine Closer avaient demandé en référé la non-diffusion de l’émission des Infiltrés et que leur demande avait été rejetée. Pour ceux qui n’auraient pas suivi, l’émission Les Infiltrés sur France 2 propose des reportages par des journalistes qui dissimulent leur identité et utilisent une caméra cachée. Le permier numéro était consacré aux maisons de retraite, le deuxième au travail au noir. Visiblement, l’un des prochains portera sur le magazine Closer puisque les salariés du journal ont agi en justice. C’est toujours le danger d’un procès contre la presse : on révèle ce que l’on voulait cacher. Jean-Michel Aphatie qui se dresse contre cette émission depuis l’annonce de sa création en conçoit visiblement une grande déception. Rassurons-le. Au vu des maigres informations dont je dispose, il ne s’agissait que d’un référé. C’est-à-dire d’une saisine en urgence du juge sur la question de savoir si, avant même d’avoir examiné la pertinence de l’émission au fond, il fallait en interdire la diffusion au regard du préjudice qu’elle risquait de causer aux salariés filmés à leur insu. La réponse du juge a été non. Cela ne signifie pas pour autant que le principe de l’émission ne sera pas remis en cause. Simplement, le juge n’a pas trouvé la situation suffisamment grave pour ordonner une mesure elle-même grave, la censure de l’émission. Jean-Michel Aphatie ne cache pas son amertume, notamment à l’égard des attaques ad hominem dont il a été l’objet en raison de son opposition de principe au concept d’un journaliste masqué filmant « traîtreusement » ses victimes. Je ne suis pas d’accord avec lui. Je crois que la communication est devenue si agressive que nous devons adapter nos méthodes, à condition de le faire correctement. Or, les deux premières émissions ne m’ont pas choquée. Je suis donc toujours favorable aux Infiltrés. Mais je suis en revanche scandalisée que dans ce pays on puisse attaquer un contradicteur en-dessous de la ceinture avec autant de décontraction. Jean-Michel Aphatie a défendu une haute idée du journalisme, il a osé parler de déontologie, il a eu raison. Il ne méritait pas ces attaques. Elles ne sont pas à la gloire de notre métier. Plus prosaïquement, elles m’inquiètent quant à l’avenir d’un débat pourtant fondamental. Je sais, j’ai été violente dans ce billet, plus mesurée dans celui-ci. Cela étant, même au moment où j’évoquais les Tartuffes, je n’ai jamais songé un seul instant à Jean-Michel Aphatie dont les arguments et les réflexions me semblaient tout à fait sincères et dignes d’intérêt. Il fallait que ce soit dit.

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14/11/2008

Respectons les jolis mots

Filed under: détente — laplumedaliocha @ 12:32

Allons, le week-end approche, je vous ai infligé toute la semaine des billets trop longs et remplis de vrais coups de gueule à l’intérieur, tout ceci est fatiguant et, qui sait, peut-être un peu vain. Passons aux choses sérieuses.

On reproche souvent aux journalistes de faire un mauvais usage des mots. Nous ne sommes pas les seuls. Tenez par exemple le mot « pardon » vous ne trouvez pas qu’il est galvaudé ? Moi si. J’étais ce matin comme tous les jours dans le métro et je l’ai entendu au moins 3 fois en quelques minutes, ce mot « pardon ». Etrangement, il semblait signifier à chaque fois bien autre chose que pardon. Mais avant tout, puisqu’on ne se connait pas, voici quelques éléments de contexte. Je suis d’un petit gabarit assez peu encombrant. Presque une femme de poche, quoique, en prenant de l’âge je m’étoffe, mais raisonnablement. Par ailleurs, mon esprit est toujours en état de vigilance dans le métro. D’abord parce qu’il y a plein de choses passionnantes à observer, ensuite parce que ce mode de transport soulève souvent des difficultés de circulation et de rangement des passagers, enfin parce qu’il arrive qu’il faille se garder des pickpockets ou de quelque clochard le litron à la main qui pourrait, sous l’effet du mouvement un peu brusque de la machine, vous arroser de son précieux breuvage. Bref, je suis alerte. Il n’empêche, j’ai eu droit à mon premier pardon dès l’entrée dans la machine, de la part d’une jeune homme encombré d’un gros sac et qui voulait que je me pousse pour qu’il soit à l’aise. L’affreux. Personne ne lui a dit que dans le métro on retire son sac à dos pour des questions de rationnalisation de l’espace de rangement ? Bref, deuxième station, voici que les portes s’ouvrent et que deux femmes venant en sens contraire tentent de sortir. « Pardon ! » claironne l’une à mon oreille droite, « pardon ! » lance en écho la deuxième à mon oreille gauche. L’effet stéréo était impressionnant. Et la situation délicate quand on sait qu’on a que quelques secondes pour sortir et que j’étais sensible à leur inquiétude de timing. Bref, me voici le nez collé à la barre et le corps rétréci façon sardine vue de profil, essayant, merci le yoga, de réduire mon anatomie à l’épaisseur d’une feuille de papier à cigarette.  Croyez-vous que j’eus droit à un sourire pour prix de mes vaillants et dévoués efforts ? Du tout, elles trainaient sur leurs pas toutes les deux un sillage de fureur épais comme une fumée d’usine. Leur « pardon » agressif » a résonné longtemps dans mes oreilles…

Quelle étrange habitude avons-nous en France de dire « pardon » à tout bout de champ. Allons mes amis, nous savons tous que ce « pardon » lancé sur un mode pressé et un tantinet agressif ne signifie en rien « je vous demande pardon de vous déranger, mais j’aimerais que vous vous décaliez légèrement afin de me permettre de passer ». Du tout. Ce pardon signifie en réalité à peu près ceci : « dégage triple imbécile, tu ne vois pas que tu me bouches le passage de ta présence superfétatoire, que tu nuis à ma liberté d’aller et venir ? Que tu es l’Autre sartrien, mon enfer fugace, ma plaie du moment ! ». Hein, c’est plus çà ? Du coup,  je me suis dit qu’il était peut-être temps d’arrêter d’utiliser un si beau mot pour exprimer de si vilains sentiments. Vous n’êtes pas d’accord ?

Evidemment, ceci pose ensuite la question de son remplacement. On pourrait opter pour le légendaire « casse toi pauv’con » de notre président qui a le mérite de l’efficacité et de la franchise, mais j’ai peur que l’ambiance dans les lieux de foule ne tourne vite au pugilat. Ou bien s’obliger à accompagner ce « pardon » d’un sourire, ce qui lui rendrait tout son sens. Le débat est ouvert, j’attends vos propositions !

13/11/2008

Parlez-moi de corporatisme, j’adore…

Filed under: Débats — laplumedaliocha @ 11:16

Et voilà, c’était couru d’avance. Je buvais tranquillement mon café en lisant le dernier exemplaire de CB NEWS (10 novembre) me parlant des blogueurs sponsorisés. Et je m’affligeais que le ver de la pub et de la com’ soit déjà dans le fruit très pur des blogs. Que voulez-vous je débarque moi, dans ce petit monde, et ne supportant aucune forme de communautarisme, eh bien je suis sur la blogosphère comme dans la vraie vie, une étrangère qui observe, le plus objectivement possible. Une journaliste quoi, hors jeu, cantonnée à l’analyse, obsédée par l’idée de se tenir éloignée de toutes les influences et de toutes les compromissions. Je n’y arrive pas toujours, je suis loin d’être parfaite, mais j’essaie. Et ce que je vois de ma position d’observateur est édifiant.

Le ver est dans le fruit vous dis-je…

Commençons par la pub et la blogosphère. La pub a déjà fait son entrée sur les blogs, non pas sous forme de bandeau publicitaire ou de fenêtres intempestives, non, non. En  téléguidant des billets aux blogueurs les plus influents (tous n’acceptent pas bien sûr) et en leur demandant assez cyniquement de conserver le même style (pensez donc, faut que ça fasse vrai !).

CB News nous explique que les agences de com’ imposent de préciser que l’article est sponsorisé en haut, ou bien en bas du billet. Ils imposent ! Evidemment, ils paient ! D’ailleurs, certains blogueurs disent que ça les ennuie de préciser qu’ils sont sponsorisés, qu’ils n’ont pas de comptes à rendre à leurs lecteurs. Ils ont raison, à quoi bon distinguer ce qu’on écrit spontanément de ce qu’on a été payé pour écrire ? Inutile mes bons amis.  C’est une idée passéiste de journaliste corporatiste, ça, une fumisterie, bienvenue la pub, dicte-moi mes articles, ça m’évitera de chercher un sujet et paie-moi grassement, ma belle, j’en ai un peu assez de livrer mes pensées profondes au public sans jamais rien en tirer qu’un succès d’estime qu’on appelle reconnaissance. La grande différence entre information et publicité, quand je vous dis qu’elle disparaît et que c’est très, très grave, eh bien voilà, ça va encore plus vite sur la blogosphère que dans la presse.

Et puis on m’explique que certaines agences dictent le contenu du billet et exigent des modifications. Forcément, elles paient. Je découvre aussi que certains blogueurs n’y voient pas de problème, qu’ils démarchent même directement les annonceurs, en leur demandant au passage des produits…pour les tester disent-ils ! 

Arrêtons de tirer à vue sur les journalistes

Enfin, tout cela ne serait rien, si Narvic dans son billet du jour n’avait lancé un gigantesque bidon d’essence sur le départ de feu déontologique qui commençait à m’agiter de bon matin. Car Narvic s’énerve, non pas de l’article de CB News mais de celui du Monde. Et non pas que la pub arrive sur les blogs avec son cortège de mensonges, mais de ce qu’un journaliste en ait parlé de la mauvaise façon.  

Motif ? Le journaliste a omis de citer le premier blogueur français, Presse-Citron alors qu’il l’avait interviewé, (crime de lèse-majesté) et soi-disant mal compris les informations données par une blogueuse dénommée Deedee (crime d’inexactitude). Il aurait écrit que Marie-Claire avait voulu acheter son blog puis, face à son refus, transformé leurs relations en partenariat. En fait, Marie-Claire n’aurait jamais eu de telles intentions.

Deux observations sur ce sujet. D’abord, les journalistes du Monde ont toujours eu la réputation d’être arrogants. J’ignore ce qu’il en est de celui-là, mais je sais qu’ils ont une tendance à agacer. Ensuite, il arrive souvent que l’on conteste un article en l’accusant d’être faux parce qu’on regrette ce qu’on a dit. Je vous dis cela pour que vous relativisiez. Les observations contre le journaliste sont peut-être fondées, peut-être pas. Gare aux jugements hâtifs.

Et puis je rappelle au passage qu’un journaliste est libre de choisir de qui il parle. Etre une star dans son métier ne garantit pas la Une, on nous reproche assez souvent de faire parler les mêmes. Si le profil de Presse-Citron ne correspondait pas au travail que voulait faire le journaliste, celui-ci était libre de l’écarter. Et si le blogueur a perdu trois heures à lui parler, sans avoir son nom dans le journal, c’est le risque. Au nom de quoi devrions-nous être à la botte des gens qu’on interroge ? Personnellement, je ne dérange jamais un expert sans avoir l’assurance raisonnable que je pourrai le remercier de son temps en le citant, mais parfois c’est impossible et je ne vais pas écrire n’importe quoi pour faire plaisir. C’est aussi cela l’indépendance, elle n’est pas seulement économique, elle est aussi intellectuelle.

Vous avez dit corporatisme ? Laissez-moi rire.

Mais le pire, c’est que Narvic visiblement choqué que l’on attaque sa chère blogosphère sort à l’encontre du journaliste le pire des arguments que l’on pouvait trouver. Celui-ci n’aurait pas eu le droit de révéler les dérives publicitaires des blogs, sauf à préciser que la presse écrite subissait les mêmes et que les journalistes n’étaient pas plus blanc-bleu que les blogueurs.

Allons Narvic, j’estime votre blog, j’admire votre immense connaissance de la presse et je m’intéresse à vos réflexions sur son avenir. Pour autant, je ne peux pas vous laisser écrire des choses pareilles sans réagir. J’ai le sentiment à vous lire qu’au fond, vous souhaitez que la presse traditionnelle disparaisse vite pour laisser émerger le nouveau monde que vous appelez de vos voeux, et qui, au passage pourrit plus vite que l’ancien, il faudra que vous m’expliquiez…

Non le journaliste du Monde n’avait pas à faire cela car le sujet était les blogs, pas la presse. Bon sang, vous êtes journaliste ou non ? Vous savez ce qu’est un sujet, vous savez qu’on n’a jamais assez de place pour écrire et vous savez aussi que quand on se penche sur une question on n’a pas à aborder toutes les autres, sinon il faudrait pondre des annuaires téléphoniques tous les jours. Vous me rappelez un cabinet d’une profession libérale classé 11ème en France qui me reprochait de ne pas avoir parlé de lui dans un article où j’évoquais les 10 premiers ! Et la directrice de com’ de s’indigner de mon incompétence, la gourde.

Mais le plus grave, c’est que vous omettez, puisque vous abordez le sujet, de rappeler que le journaliste est protégé par la muraille de Chine qui sépare, dans un journal, la rédaction de la pub. Et pour les non-journalistes, je précise que ce n’est pas une fantaisie de quelques titres mais une organisation structurelle. Vous avez d’un côté la rédaction, pilotée par un directeur de la rédaction, de l’autre les services de diffusion (vente au numéro, abonnements, diffusion en kiosque) et de pub. Parfois même, la pub est isolée dans un régie, c’est-à-dire une structure juridique distincte.

Cette frontière s’effrite me direz-vous, elle a disparu dans la presse féminine, elle n’empêche pas les voyages de presse et autres cadeaux inacceptables. Bien sûr, on le sait tous et pour ce qui me concerne, je ne cesse de me battre avec mes pauvres moyens pour que la profession remonte le courant sinon elle va en mourir de ça. Mais excusez-moi, il reste une chose dans la presse et dans l’esprit de chaque journaliste, c’est la conscience très nette de la valeur de l’indépendance. Voilà qui me parait beaucoup moins clair dans l’esprit des blogueurs quand certains vont à la pêche aux annonceurs et considèrent ne même pas devoir signaler à leurs lecteurs qu’ils ont été payés pour écrire des choses qu’ils ne pensent absolument pas. On ne saurait leur en vouloir au fond, ils ne sont pas journalistes et n’ont donc ni cette sensibilité à l’indépendance, ni même le devoir de la respecter. Encore faut-il le rappeler et même le souligner clairement. Ils ne sont pas fautifs à condition, et à condition seulement, d’éviter toute confusion avec un travail journalistique.

Et c’est là qu’on se sépare vous et moi. Jusque là, je n’étais pas opposée par principe à ce que les blogueurs soient assimilés aux journalistes, voire deviennent les journalistes de demain. J’observe, le plus objectivement possible et toutes les solutions me paraissent intéressantes et dignes d’être prises en compte. Pourquoi pas ? Je ne suis pas corporatiste, je n’entend protéger aucune privilège. D’ailleurs en tant que free lance pour la presse technique et économique, je n’ai droit à aucun privilège. Que pourrais-je craindre de perdre ? Rien, sauf l’idée que je me fais de mon métier et l’attachement profond que j’ai à la déontologie. En fait tout. Du coup, je commence à me méfier des tentations journalistiques de la blogosphère. Si votre idée de l’information de demain, c’est de soumettre la production de l’information d’où qu’elle provienne et quelque soit la qualité de celui qui la diffuse à une même déontologie, alors nous sommes d’accord. Si au contraire vous refusez qu’on se choque de l’invasion de la pub sur les blogs au motif que la presse traditionnelle subirait le même sort, alors pardonnez-moi mais l’alignement par le bas, c’est pas ma tasse de thé. Je crois que votre idée est la première, mais j’aimerais en être sûre et votre dernier article n’est pas clair sur ce sujet.

On dit que la presse traditionnelle va disparaître ? Peut-être, je me pose aussi des questions, je cherche, si le web est l’avenir j’y serai. Mais si la presse doit mourir pour laisser la place à des blogs vérolés par la pub, si c’est cela le nouveau modèle, l’eldorado du journalisme de demain, alors je préfère encore rester sur le navire en plein naufrage de la presse traditionnelle. Ah, j’oubliais, qu’on ne me parle plus jamais du corporatisme des journalistes, à supposer qu’il existe, face à celui des blogueurs, c’est un nain ! Je sais que je ne vais pas me faire des amis avec ce billet. Mais je ne parle pas pour me faire des amis non plus. Le juge Montgolfier a écrit récemment un livre où il explique que les juges ont « le devoir de déplaire », les journalistes aussi. On appelle cela l’indépendance.

 

Note de 17h43 : A la demande générale, j’ai mis quelques sauts de ligne pour faciliter la lecture. Et j’ai bien entendu le message pour l’avenir, je tâcherai d’aérer !

Le joyeux monde de la communication

Filed under: Eclairage — laplumedaliocha @ 00:02

Je vous ai souvent dit que j’avais une dent contre la communication. Mais au fond, il me semble qu’il faut être journaliste pour mesurer l’ampleur de son emprise et la drôle de vision du monde qu’elle nous imprime chaque jour un peu plus dans l’esprit. Du coup, je vous propose que nous dégustions ensemble les joyeuses nouvelles que j’ai reçues aujourd’hui de mes amis de la communication. Aucune d’entre elles ne m’inspirera un article, il y a d’autres sujets plus intéressants à traiter que ceux-là en ce moment.

Petit panorama général : j’ai reçu depuis ce matin environ une cinquantaine de mails issus du monde économique et juridique. Tous sans exception émanaient de services de communication. Les communiqués de presse, c’est un peu les spams du journaliste, ils déferlent par vagues ininterrompues du matin au soir, tous joyeux, tous plus racoleurs les uns que les autres. Que des bonnes nouvelles, des projets florissants, des annonces en fanfare. Vous n’êtes pas joyeux, vous ? Vous trouvez qu’il fait gris, que cette fichue crise nous inquiète, qu’on en a assez de voir les indices boursiers faire du yoyo, que nous nous préparons des années sombres. Mais venez donc dans mon bureau, vous allez voir, c’est tous les jours la fête dans le joyeux monde de la communication.

Commençons par le monde politique. Christine Lagarde et Luc Chatel m’annoncent que ce sera bientôt la journée européenne de la concurrence et qu’on va y parler du bien-être des consommateurs. Entendons-nous bien, j’ai beaucoup d’estime pour Christine Lagarde, là n’est pas le sujet, mais le service de communication de Bercy m’agace. D’ailleurs, j’ai un scoop pour lui : ils ne vont pas bien les consommateurs, leur pouvoir d’achat est en berne. Je le sais, j’en suis un de consommateur et je ne peux pas m’acheter grand chose en ce moment, même si les boutiques me font de l’oeil sur le chemin du bureau en m’annonçant des promotions alors que ce n’est même pas le temps des soldes.  Bref, je ne suis pas sûre que le terme « bien être » soit de circonstance, mais ce n’est que mon avis. Les mêmes joyeux services de communication m’informent qu’Hervé Novelli présidera vendredi la journée sur les clusters. Vous ne savez pas ce que c’est qu’un cluster ? Moi non plus. Fort heureusement,  une note de bas de page m’informe que ce sont des pôles de compétitivité. Mazette, c’est quand même plus drôle de dire « clusters », non ? Allons, il est adopté ce mot-là. Vous voyez qu’on s’amuse avec la com’, je vous l’avais dit. Toujours en provenance de Bercy (ça bosse là-bas dites donc), j’apprends qu’Eric Woerth m’invite à une conférence sur la lutte contre la fraude sociale. L’idée c’est de renforcer la lutte européenne contre la fraude à la sécurité sociale. Fichtre, on pensait Bercy focalisé sur la crise, on croyait au fond que c’était le seul problème, ben non, il y en a plein d’autres. Et notamment notre bon vieux trou de la sécu qui, en ces temps de milliards flambés sur les marchés nous parait aussi dérisoire que notre premier argent de poche. D’habitude, je reçois en plus de tout cela une invitation de Rachida Dati pour aller visiter une prison en sa compagnie ou bien un tribunal sur le point de fermer, mais là rien, ça m’inquiète un peu.

Passons au monde économique. Lui je peux vous dire que, vu par les communiquants, il ne connait pas la crise. C’est fou le nombre de gens qui me proposent des solutions et des investissements miracles à recommander chaleureusement aux aimables lecteurs. A croire qu’on nage en pleine euphorie. Tiens ! Que vois-je ?  De l’original, pour une fois, on annonce le lancement d’un Institut européen pour la régulation. Cette merveille réunit des banquiers, des assureurs et des universitaires désireux de discuter ensemble de la crise. C’est peut-être intéressant mais présenté par mon amie la com’, ça ressemble surtout à un nouveau comité Théodule. Enfin,  avouons qu’il vaut mieux qu’ils s’occupent ainsi nos amis banquiers plutôt qu’à faire du trading, c’est plus « secure » comme on dit dans leur langue à eux. A propos de banque justement, on me propose aussi une analyse de la crise par un représentant de Natixis, vous savez la banque qui vient de perdre 1 milliard selon La Tribune, 500 millions selon elle… pour faire comme ses copines ? Enfin, 500 millions ou 1 milliard, on s’en moque, depuis qu’on raisonne en milliards de milliards, la menue monnaie ne nous intéresse plus, n’est-ce pas ? Toujours est-il que je ne suis pas sûre d’avoir envie de parler de la crise économique avec un expert de Natixis en ce moment, si brillant soit-il.

Mais voyons ce qu’il y a d’autre dans ma jolie boite à surprise. Un communiqué m’informe que l’élection d’Obama va développer l’énergie solaire, si, si. On me précise immédiatement que « les difficultés économiques actuelles » (sic) pourraient néanmoins retarder ce développement en raison du coût de cette technologie. Et là je me dis, « il faudrait savoir mes bons amis, ça s’accélère ou ça se ralentit cette affaire ? ». Enfin, ce communiqué a dû me parvenir par accident, on est bien loin de mes spécialités, c’est peut-être pour ça que je ne comprends pas la force de la nouvelle. 

Ah ! Mais voici que mon type préféré de communiqué en ce moment pointe son nez : « Où investir en 2009 ? Stratégie d’investissement et d’allocation d’actifs« .  C’est alléchant. Merci la com’, ça me remonte le moral de savoir qu’il y a des experts qui ont ne serait-ce qu’une vague idée de l’endroit où on mettra les sous qui nous restent l’an prochain. A supposer bien sûr qu’il nous en reste des sous. D’ailleurs j’y pense, il faudrait peut-être surveiller nos traders. Je les soupçonne en ce moment de tous vouloir se refaire, comme des joueurs à la roulette, c’est pas sain.

Tiens, un communiqué de Novelli que j’avais loupé ! Il veut m’expliquer comment on peut devenir auto-entrepreneur. J’aimerais bien le savoir en effet, autant je vois ce qu’est un entrepreneur, autant un auto-entrepreneur, ça m’intrigue. C’est le genre de mots que les communicants sont les seuls à comprendre, un peu comme « entreprise matricielle ». Et puis voici l’annonce du lancement d’un nouveau fond offrant des produits financiers, souples me dit-on, et qui répondent parfaitement aux besoins des investisseurs. Tant mieux, ça m’aurait ennuyé que ce fond soit en total décalage avec les besoins de ses clients potentiels dès son lancement. Quelques cabinets d’avocats d’affaires enfin m’informent  triomphalement qu’ils viennent de boucler une belle opération financière. Les pauvres, si vous saviez comme ils s’angoissent en ce moment les avocats d’affaires, c’est leur dernier gros dossier avant longtemps, ne soyons pas chien et laissons-les en profiter.

Voilà une journée ordinaire en compagnie de mon amie la com’. Vous pensiez que c’était la crise, que tout allait mal ? Simple vue de l’esprit, c’est encore la faute des médias qui vous mettent des idées noires dans la tête. En fait, tout va magnifiquement bien. Le gouvernement s’occupe de tout et même de problèmes qui n’intéressent personne, l’économie regorge de solutions miracles pour nous faire gagner de l’argent, l’énergie solaire est en bonne voie et tous les banquiers d’Europe se donnent la main pour sauver la planète. J’en ai les larmes aux yeux. Qu’il est joyeux le monde de la com’ !

11/11/2008

Debout la presse !

Filed under: Débats — laplumedaliocha @ 13:48

Il s’en faudrait de peu pour que les cassandres prédisant la mort du journalisme ne finissent par m’atteindre. Dieu qu’ils sont tristes à nous expliquer sentencieusement que tout est perdu, que les annonceurs foutent le camp, que les lecteurs désertent, que la confiance est définitivement rompue, qu’Internet est en train de clouer notre cercueil, que c’est ainsi dans le monde entier, que les jours du papier sont comptés, j’en passe et des meilleurs, ou des pires, c’est au choix. Il est quand même piquant d’entendre qu’à l’heure de la société de l’information, ceux qui font précisément métier d’informer seraient devenus une sorte de prolétariat en passe de disparaître. Il y a comme une légère contradiction, vous ne trouvez pas ? Allons, il est vrai que dans notre très estimé pays, le cynisme est toujours considéré comme une preuve d’intelligence quand l’optimisme n’attire que des sourires condescendants. Ceux qui annoncent les pires fléaux sont salués pour leur lucidité. Les autres moqués pour leur naïveté. Qu’importe, moi je continue de croire au Journalisme, envers et contre tout. Encore faut-il qu’on lui donne enfin ses lettres de noblesse et qu’on le laisse s’exprimer. 

L’urgence déontologique

On nous dit que la confiance est rompue, qu’on ne distingue plus bien la communication de la presse, que les lecteurs ne nous croient plus, pire, qu’on ne les intéresse plus ? Qu’attendons-nous pour nous doter d’un code de déontologie. Il existe me répondra-t-on. Bien sûr, un vieux texte poussiéreux que 90% des journalistes ignorent, plus quelques déclarations d’intention à l’échelon international qui ont autant de valeur en pratique que des règles monastiques dans une maison close. Cette situation est d’autant plus étonnante que l’éthique se répand partout comme une nécessité incontournable. Les grands groupes internationaux ont bien compris qu’ils devaient se ranger à ces règles pour valoriser leur image. Il n’y a pas d’établissement bancaire qui n’ait son déontologue et ses règles éthiques, pas de nouvelle profession qui n’apparaisse sans immédiatement se doter de règles de comportement destinées à attirer la confiance de ses futurs clients. Sans compter bien sûr toutes les grandes professions d’avocats, de notaires ou de commissaires aux comptes qui depuis longtemps cultivent l’indépendance, le secret, et tout un tas de règles d’exercice et de déontologie qui font la valeur de leur prestation et assurent dans le même temps leur légitimité. Veut-on leur imposer une activité contraire à leurs valeurs et ils se dressent, brandissent leur déontologie avec fierté et rappellent à l’ordre les contrevenants. Quelle incroyable force puisent-ils dans ce qui fait leur identité et leur colonne vertébrale ! Et les journalistes dans tout cela ? Rien. Silence radio. Ils ne sont pas une profession organisée, ne sont soumis à aucune déontologie obligatoire, n’encourent aucune sanction en cas de dérapage. Quand allons-nous comprendre que face à l’offensive de la communication, il ne nous reste plus que la déontologie pour nous distinguer ? Quand allons-nous comprendre qu’une proclamation solennelle de ce que nous sommes ajoutée à la création d’un système de sanction nous permettra de redresser la tête et de dire fièrement : je suis journaliste, voilà quel est mon métier, voilà les obligations auxquelles je suis astreint et voilà la qualité du travail que je m’impose pour vous servir amis lecteurs ? Sincèrement, j’espère que cette conclusion fera partie des principales recommandations des Etats généraux de la presse, sinon ils n’auront servi à rien. Qui ferait confiance à un avocat non soumis à l’indépendance et au secret professionnel ? Qui irait le voir sachant qu’il risque de l’entendre raconter dans les dîners en ville les secrets confiés quelques heures plus tôt dans le cabinet. Personne. Nous avons, nous journalistes, le même problème. Sauf que plus personne ne nous croit, parce que nous n’avons aucune raison à avancer pour justifier de notre crédibilité.

Des journalistes au service exclusif des lecteurs

Quand nous aurons fait cela, si nous y parvenons, alors il sera temps de dire aux journaux qui nous emploient, libérez-nous de vos contraintes passéistes, de toutes ces vieilles règles surannées qui nous empêchent de nous adresser aux lecteurs comme nous le devrions. Regardez le web, observez les blogs qui attirent les lecteurs, analysez le ton qui séduit, les informations qui intéressent et repensez vos titres en conséquence. Vos modèles sont dépassés et engendrent une confusion malheureuse dans l’esprit des journalistes. Ils pensent que leur métier est mort quand ce ne sont que les lieux où il s’exerce qui s’acheminent vers le cimetière. Je crois à un nouveau pacte de confiance avec le lecteur fondé sur un journalisme critique qui dévoile désormais les mécanismes de la communication, moque les travers de la langue de bois, révèle les mensonges et les approximations. Tout cela nous le cachons à l’heure actuelle, nous livrons aux lecteurs le produit fini après avoir dégagé avec peine l’information sous le tombereau d’âneries qui la recouvrait. Il est sans doute temps de montrer ce travail. Non seulement nous restaurerons la confiance mais nous tiendrons en respect les communiquants. Car je trouve qu’ils se sentent si à l’aise en ce moment qu’ils en perdent toute pudeur et ne font même plus semblant de nous craindre ou de nous respecter. La seule façon de faire cesser cela, c’est de révéler au public la manière dont fonctionne réellement le système. Il me semble qu’il est là le grand tournant que nous devons amorcer et je crois bien que c’est une question de survie. Rassurez-vous, amis patrons de presse, ceci ne nécessite aucun investissement, les modifications à apporter son mineures, c’est juste une question de ton, de style et de courage. Mais les annonceurs songerez-vous, cette journaliste est folle, ils vont nous lâcher ! Allons, nous savons bien qu’ils ont besoin de nous. Si nous menons cette révolution tous ensemble et qu’ils n’ont plus le choix qu’entre un titre indépendant et…un titre indépendant, ils resteront. Et l’actionnaire ? Eh bien l’actionnaire est avant tout un investisseur qui a tout intérêt à gagner de l’argent, c’est son métier et c’est sa raison de vivre. Or, en l’état, la presse papier ne cesse d’en perdre. Je rêve songez-vous ? Et si c’était vous qui rêviez ? Il ne me semble pas que la déontologie empêche les avocats de travailler, bien au contraire, il ne me semble pas que les groupes du CAC 40 investiraient dans des programmes de compliance s’ils n’espéraient à terme éviter la destruction de valeur via la survenance d’un risque éthique. Or, nous n’en sommes plus dans la presse à un risque de perte de valeur, nous l’avons déjà perdue. Notre travail n’est qu’une longue série de compromissions pour tenter d’accorder autant que faire se peut nos règles éthiques et professionnelles avec les impératifs de survie économique. On peut continuer ainsi à perdre un peu plus de terrain chaque jour et l’on peut en mourir. Ou bien organiser un gigantesque sursaut et réinstituer la déontologie au coeur de notre métier. En faire une valeur hautement rentable car elle correspond exactement à l’attente des lecteurs de même que le secret professionnel de l’avocat correspond à l’exigence de base de celui qui vient le consulter. Non, je ne rêve pas. C’est même tout le contraire. Il me semble qu’il faut être totalement hors des réalités pour croire que nous pouvons continuer de revendiquer le statut de quatrième pouvoir sans être en mesure de justifier d’une vraie déontologie. Et il faut aussi être totalement hors des réalités pour espérer faire revenir les lecteurs en continuant de leur servir la soupe indigeste que nous leur proposons. Un peu d’imagination et de courage, un peu de vraie lucidité, que diable, et nous triompherons !

09/11/2008

Paroles de reporter de guerre

Filed under: Coup de chapeau ! — laplumedaliocha @ 14:40

Jean-Paul Mari est grand reporter depuis 30 ans. Il a reçu de nombreuses récompenses dont le prestigieux Prix Albert Londres en 1987. Aujourd’hui, il travaille au Nouvel Observateur. Dans un ouvrage intitulé « Sans blessures apparentes » qui vient tout juste de sortir, il s’interroge sur « ce mal étrange, aussi terrible que tabou » qu’est la guerre. Autant vous le dire tout de suite, il y a tant de douleur dans ce livre, tant de questions graves, tant de récits difficilement soutenables que sa lecture n’est pas anodine. Tout commence à Bagdad en avril 2003 lorsqu’un obus frappe l’hotel où réside la presse et que Jean-Paul Mari découvre un jeune cameraman allongé dans sa chambre  :« le souffle lui a ouvert le ventre du pubis au sternum, écartant la peau et les muscles, découvrant les viscères, flaque blanche et nacrée ». Le cameraman ne survivra pas à ses blessures. C’est le point de départ d’une enquête pour rencontrer celui qui a tiré. Mais, plus profondément, Jean-Paul Mari, hanté par l’image de son confrère éventré,  veut comprendre pourquoi certains encaissent les horreurs de la guerre sans devenir fous, quand d’autres se font happer par l’horreur de ce qu’ils ont vu. Tout au long du livre, il évoque les témoignages de confrères mais aussi de militaires pour tenter de cerner le moment où tout bascule, l’image de trop qui se mue en un insurmontable cauchemar et brise une vie, l’instant irréparable où les grands traumatisés confient « avoir vu la mort en face ». Il interroge aussi un psychiatre de l’armée qui finira par lui apporter un début de réponse et un espoir aussi : il est possible de guérir. C’est un livre dur qui lève le voile sur la vraie guerre. Pas celle des frappes chirurgicales retransmises aseptisées sur nos écrans de télévision. Non, la vraie, celle qui tue des civils, brise des militaires de carrière et détruit les reporters qui s’en approchent de trop près. Il fallait que ce livre soit écrit, ne serait-ce que pour rendre hommage aux journalistes qui risquent leur vie pour dénoncer au monde cette barabarie. Il fallait que ce livre soit écrit car bien souvent ces journalistes ne rencontrent que l’indifférence générale. C’est si loin la guerre, et si peu vendeur. Je me souviens d’avoir vu il y a quelques années une exposition sur le travail d’une photographe de guerre. On y présentait notamment deux portraits, ou deux auto-portraits je ne sais plus,  l’un de la journaliste sur le théâtre des opérations, l’autre de cette même journaliste de retour en France. Le deuxième était celui d’une femme ordinaire. Le premier était insupportable. Il représentait une femme maigre au visage grave, le regard fixe, les cheveux coupés ras, debout devant l’objectif. La photo avait ceci d’extraordinaire qu’elle parvenait à montrer une réalité aussi inexplicable qu’évidente : son corps entier s’était transformé en pellicule photographique, il exprimait de manière sidérante toute l’horreur de ce qu’elle avait vu. Le livre de Jean-Paul Mari résonne en écho de ces photos et plonge au coeur des blessures invisibles de ceux qui ont croisé la mort, ces hommes et ces femmes sans blessures apparentes qui tentent de survivre à leur épouvante. 

 

« Sans blessures apparentes » par Jean-Paul Mari – Robert Laffont 2008 – 296 pages, 20 euros.

07/11/2008

Quand les politiques draguent les blogueurs

Filed under: Débats — laplumedaliocha @ 16:30

Dans son numéro de cette semaine, Vendredi, l’hebdomadaire dédié à l’actualité traitée sur le web (1), évoque à la rubrique « Ping-Pong » en page 6 un nouvel épisode du match « Blogueurs contre journalistes ». L’auteur de l’article, qui se dénomme joliment « Le blogueur masqué » raconte qu’en France une délégation de blogueurs de gauche a été reçue par le député socialiste Julien Dray tandis qu’au Canada le Parti conservateur accrédite les blogueurs en vue de son prochain congrès en leur donnant les mêmes avantages qu’à des journalistes. Il faudra au passage que l’on m’explique quels sont ces avantages. S’il s’agit d’avoir accès gratuitement à l’événement que l’on doit couvrir, cela me parait la base. S’il s’agit également d’avoir des places devant pour bien entendre et ne pas écrire d’âneries, je trouve que le terme « avantage » est un peu abusif. Au fond, peu importe. Nous avons compris l’essentiel : le blogueur est reconnu, ou en passe d’être reconnu, comme un journaliste à part entière. Et c’est là que l’affaire se corse pour la journaliste blogueuse que je suis. Comment expliquer à mes amis blogueurs non-journalistes qu’ils sont en danger sans être immédiatement taxée de corporatisme ? Tant pis, je me lance et comprenne qui voudra.

Gare à la manipulation

Je ne saurais trop mettre en garde les blogueurs contre la jolie danse du ventre qu’on est en train de leur faire. Nous savons que le SIG, c’est-à-dire le service d’information du gouvernement, a lancé un appel d’offre récemment pour trouver un prestataire en mesure de lui rendre compte chaque semaine de ce qui est écrit sur les sites Internet des journaux et les blogs des journalistes. Certains, dont Narvic s’en sont émus. Avec raison, mais non sans une pointe de naïveté, il faut bien le dire. Car il faut être un brin naïf pour croire que le pouvoir découvre seulement aujourd’hui Internet et commence à peine à se soucier des opinions qui s’y développent, alors que nous savons bien que les politiques sont esclaves depuis longtemps de leur tyrannique maîtresse, l’opinion publique. Et qu’ils n’ont de cesse d’analyser ses désirs profonds pour y répondre au mieux. Cet appel d’offre est donc à mon sens l’arbre officiel qui cache la forêt obscure de la surveillance du web. J’en veux pour preuve que le jour où Eolas a publié les contributions des magistrats en colère, il a dénombré 255 connexions de la Chancellerie sur son blog…Et cette surveillance, croyez-moi, n’est certainement pas le fait exclusif de l’actuelle majorité.

Et ça marche….

Bref, le blogueur masqué nous raconte que les blogueurs de gauche, au début réticents, ont finalement été conquis à l’idée que Julien Dray s’avoue prêt à jouer la carte des blogueurs contre le monde médiatique. Pensez donc ! Quand on est journaliste et qu’on entend cela, les bras vous en tombent. C’est tellement énorme qu’on a envie d’éclater d’un rire magistral et salvateur. Voici donc qu’un politique, lassé de se fatiguer à convaincre les médias, sans doute trop critiques à son goût, a décidé de séduire les blogueurs. Et ceux-ci d’ouvrir des yeux émerveillés devant cette reconnaissance aussi inattendue que flatteuse. Ah vanité humaine…Cela étant, il faut bien avouer que c’est particulièrement bien joué. L’idée sous-jacente est magnifique : les médias étant soi-disant fascinés par Sarkozy (ça va faire rigoler chez Marianne, au Canard, à l’Obs et à Libé), il ne reste plus qu’un lieu de résistance : le web. Et les blogueurs sont appelés à devenir les nouveaux chiens de garde de la démocratie. Je félicite au passage le conseiller en communication génial qui a préparé ce « coup bloguesque » au terme d’une étude savante et certainement fort rémunératrice de la blogosphère. Pour un politique, c’est du velours. Internet a déjà la réputation d’être un lieu de vérité contre l’intoxication des médias dits « officiels ». Les blogueurs ont déjà le fantasme d’opposer aux journalistes de métier, manipulés pensent-ils par le pouvoir, une contre-information révélant l’exacte nature des choses. Prenez les deux, secouez le tout et vous avez un public acquis à vos théories, éperdu de reconnaissance à l’idée de devenir l’interlocuteur privilégié des politiques, dénué de la méfiance journalistique de base à l’égard du politique et marqué du sceau de la vérité bloguesque contre les mensonges véhiculés par les médias traditionnels. C’est du pain béni. Le numéro plein à la roulette, la quinte flush au poker, le deux cent de valets à la belote !

Le journalisme est un vrai métier

Entre nous, on pense ce qu’on veut des journalistes, mais je vous assure que dans leur majorité ils cultivent une saine méfiance à l’égard du pouvoir. Bien sûr, il y a des amitiés qui ne devraient pas exister, des manipulations et des compromissions, mais regardez les Unes des journaux, vous verrez que le pouvoir est chahuté. Et si vous n’en êtes pas convaincus, imaginez un instant ce ton journalistique transposé en Chine par exemple, vous verrez qu’il est assez insolent pour mener en prison. Nous pourrions être encore plus critiques, plus intelligents, plus techniques, plus indépendants, mais par rapport à des gens non aguerris à la presse, je gage que vous allez vite faire la différence. Lorsqu’un jeune journaliste rencontre pour la première fois un ministre, il est impressionné, c’est vrai. Au bout du cinquième, ça ne lui fait plus ni chaud ni froid, c’est du quotidien. Il a compris que le politique était un séducteur par nature et qu’il convenait de s’en méfier. Au besoin, le rédacteur en chef est là pour tempérer un enthousiasme excessif et les concurrents ne loupent pas le titre un peu trop servile. Je crains que les blogueurs ne mettent plus de temps à saisir cette vérité, si jamais ils l’appréhendent un jour.

Allons, qu’ils aillent à la rencontre des politiques, qu’ils le racontent ensuite sur leurs blogs si ça leur chante. J’espère seulement qu’ils se rendent compte que le ver de la communication officielle est en train de s’attaquer au fruit jusqu’ici réputé intact de la blogosphère. Après tout, il faut peut-être qu’ils en passent par cette expérience pour comprendre que le journalisme, c’est un vrai métier.

 

(1) Mise à jour du 9 novembre : A la suite du commentaire 21 rédigé par le directeur de la rédaction de Vendredi, Jacques Rosselin, j’ai modifié la phrase initiale qui qualifiait Vendredi de « journal dédié au Web », pour écrire plus exactement que Vendredi est dédié « à l’actualité traitée par le web ».

05/11/2008

La féerie Obama

Filed under: Débats — laplumedaliocha @ 09:42

C’est étrange la politique. Il y a ceux qui croient au ciel et ceux qui n’y croient pas. Ceux qui pensent qu’elle changera le monde et ceux qui regardent les programmes, mesurent les enjeux, soupèsent les réseaux, analysent les dossiers et votent finalement pour celui qui les gérera au mieux, souvent les moins populaires. Au final, c’est celui qui fait rêver d’une autre vie qui remporte la mise. Comme si un politique pouvait changer le monde, ou rendre la vie plus agréable. Quel terrible leurre. Les peuples le savent d’ailleurs. Nous le savons tous, la politique, c’est bien loin du rêve, c’est l’art de gérer un pays, pas de rendre ses habitants heureux. C’est affaire de compromis, de stratégie, de rapports de force.  Les promesses ne sont jamais réalisées, sans doute parce qu’elles ne peuvent pas l’être. Mais c’est tant pis, l’élection d’un nouveau président est toujours le temps d’un rêve partagé, puis de la liesse des uns et de la déception des autres. Bientôt vainqueurs et vaincus seront réconciliés dans une déception commune, et retourneront à leur quotidien, jusqu’à la prochaine élection, où tout se rejouera, l’espoir, la bataille électorale, la fête, la déception. J’aurais voté Obama. J’appartiens à mon corps défendant à la catégorie des incurables rêveurs, il me semble qu’il vaut mieux s’offrir une part de rêve, vite déçu, que de naviguer dans un cynisme qui n’attend rien et trouvera quand même des raisons de se lamenter. Mais je crains, je sais, qu’Obama ne changera pas le monde et pas même la vie des américains. On ne change jamais vraiment rien dans une démocratie, ça va juste un peu mieux ou un peu plus mal, selon le talent de l’homme qui est aux commandes. Même si l’on s’obstine à voter pour des lendemains qui chantent avec la même force d’espoir que ceux qui entreprennent de renverser un régime totalitaire.

Il subsiste néanmoins une victoire symbolique, indéniable, qu’il faut saluer, la victoire d’un homme noir à la présidence des Etats-Unis. Cela ne changera sans doute rien ou pas grand chose à la grande folie du monde. Mais le symbole est acquis, quoiqu’il arrive. On le tient celui-là et personne ne nous l’enlèvera. Obama peut bien décevoir, ne pas apporter le lots de rêves qu’on a placés sur ses épaules et qu’il a fait semblant, ou peut-être cru vraiment, pouvoir porter. Il est là. Et déjà on se demande comment il aurait pu en être autrement. Au fond, comme le pensait Romain Gary, nous ne sommes pas encore des hommes, la preuve, nous sommes surpris, heureux mais surpris,  qu’un noir puisse accéder à la présidence américaine. Quel vertige de penser qu’une couleur de peau puisse modifier en quoi que ce soit la valeur que l’on accorde à un homme, non ?  Quel vertige de songer que jusqu’à hier soir ce préjugé pouvait triompher ? Il est tombé cette nuit lors d’une élection présidentielle dans la plus grande puissance du monde…mais ailleurs, partout ailleurs, nous savons bien qu’il subsiste. Au fond cette victoire met l’humanité entière face à ses préjugés et lui montre le chemin qu’elle doit encore parcourir. Nous ne sommes pas encore des hommes mais qui sait, peut-être, un jour…

04/11/2008

Noli me tangere

Filed under: détente — laplumedaliocha @ 13:13

C’est amusant le web. Lorsque je regarde mon tableau de bord, celui-ci m’informe que mon blog arrive dans les 4 premiers blogs wordpress. J’ignore l’étendue du panel, si ça se trouve nous ne sommes même pas dix, donc ne tirons pas de conclusion hâtive de ce classement. Ce qui est drôle, c’est que « La plume d’Aliocha » est coincée entre le blog sexy d’Aby et un étrange blog sur la nostalgie de la fessée.  N’imaginez pas que je vais vous donner leur adresse,  leurs arguments concurrentiels sont suffisamment déloyaux comme ça. Heureusement, un autre blog consacré à l’immobilier me rassure sur le choix de mon prestataire. Je ne me suis pas égarée en des lieux dédiés aux jeux interdits. Il n’empêche. Tout ceci pourrait être la source d’un regrettable malentendu dont je viens tout juste de prendre conscience.

Vendredi soir je dînais avec un ami très sérieux. Songez donc, un commissaire aux comptes ! Eh oui, ils sont déjà naturellement respectables ces professionnels-là, mais en pleine crise financière on ne peut s’empêcher de les regarder avec une admiration mêlée de compassion.  Passer ses journées à tenter d’évaluer, à l’aide de modèles mathématiques et sous la pression de clients névrosés par leur cours de bourse, des instruments financiers qui n’ont plus aucune valeur et sont classés dans la catégorie « pourrie », c’est une épreuve si pénible que pour rien au monde on ne voudrait être à leur place. Bref mon ami, à qui je venais d’annoncer que je tenais un blog, me demande tout naturellement son adresse. Ce à quoi la journaliste naïve que je suis répond sans inquiétude aucune « la plume d’aliocha ». Je vois alors un éclair d’incompréhension un peu gênée traverser son regard. Quand j’ai saisi le désopilant malentendu, j’ai éclaté de rire !  Pour moi une plume ça n’est jamais qu’un instrument d’écriture élégant et suranné, un symbole de tous ceux qui font profession d’écrire. Et Aliocha vous le savez, c’est un héros de Dostoïveski, qui plus est, un séminariste. Rien que du sérieux, de « l’au-dessus de tout soupçon », du « qui frise l’ennuyeux ».  Mais pour lui, dans l’ambiance détendue d’un dîner avec de bons camarades à l’issue d’une semaine éprouvante, la plume devenait symbole de féminité dénudée et Aliocha résonnait comme un joli petit nom de scène. C’est alors que j’ai songé, prise d’un soudain vertige : « dieux du ciel, combien d’internautes ont dû être déçus en passant du blog sexy d’Aby au mien avec l’espoir d’y trouver les mêmes informations ». Avouez que chercher de la distraction en ces temps troublés sur le web et tomber sur des commentaires de l’actualité, ça frise la malédiction !  Je profite de ce billet pour leur présenter mes plus plates excuses. Mon intention n’était nullement de les tromper. Lorsque j’imagine leur déception, le sol se dérobe sous mes pieds. Mea culpa.

Toujours est-il que j’ai pensé utile de partager cette petite anecdote avec vous. Elle montre toute la difficulté d’écrire et le décalage qui, immanquablement, se crée entre ce que l’on souhaite ou croit exprimer et la manière dont le message est reçu.  C’est l’une des grandes difficultés auxquelles sont confrontés les journalistes. Comme je suis facétieuse, je vais achever de distinguer mes sévères écrits des distractions légères de mes camarades blogueurs en vous offrant ces quelques lignes d’un grand peintre, découvertes récemment, et qui m’ont profondément émue. 

La pinacothèque de Paris organise en ce moment une exposition sur Georges Rouault. Nous en avons déjà parlé. Le peintre admirait Cézanne et avait entendu dire que celui-ci ne supportait pas qu’on le touche. Dans un texte splendide, Rouault, qui n’a jamais rencontré Cézanne, lui rend hommage en proposant une explication à cette étrange aversion. En voici quelques extaits :

« Ne m’approche pas, ne me touche pas, je porte en moi toute la beauté que le monde ignore ou qu’il méconnaît.  (…)

Ne m’approche pas : je ne puis rien t’apprendre ; ma vie fut cachée, mais lumineuse et pure, modeste et grave et recueillie ; mon art en a été l’expression la plus absolue, la plus discrète. Cherche dans mon oeuvre imparfaite, ce que tu demandes inutilement à l’homme vieux, infirme et souffrant.

 Ne m’approche pas : si tu le veux, si tu le peux, fais bien ta besogne à ton tour, loin des hommes ou au milieu d’eux, mais sans trop croire à leurs enseignements, à leurs consécrations, car, si tu vivais deux ou trois existences consécutives, tu les verrais inlassablement occupés à brûler ce qu’ils ont adoré et à adorer ce qu’ils brûlèrent. Cependant sois plein de miséricorde envers eux, car tu es faible aussi, et peut-être après m’avoir admiré sincèrement, me renieras-tu demain ! Qui peut sans orgueil répondre absolument et pour toujours de lui-même. (..)

 Ne m’approche pas, ne me touche pas ; je veux mourir en paix loin du bruit, et du mensonge de la vie. Mon art, si modeste et si humble soit-il, ne m’a pas déçu dans le fond de mon effort ; j’ai pu loin des théories décevantes, retrouver à certaines heures un coin de paradis perdu. Noli me tangere… » (Extrait de « Sur l’Art et sur la vie » par Georges Rouault, Gallimard, collection Folio Essais).

L’exposition Roualt dure jusqu’au 18 janvier. La pinacothèque de Paris présente également une exposition sur Jackson Pollock et le chamanisme.

 

(Message personnel : Mon ami si tu me lis, je te remercie. En digne auditeur, rompu à l’analyse de risques, tu as immédiatement aperçu la source possible d’un malentendu. Et tu m’as fait rire, ce qui est la chose la plus précieuse à mes yeux. Sois assuré de mon affection et de mon estime).

03/11/2008

L’Assemblée mène grand train…Honnêtement.

Filed under: Eclairage — laplumedaliocha @ 09:32

La Cour des comptes vient de nous révéler que l’Assemblée menait grand train. Songez donc, son budget qui s’élevait à 506 millions d’euros en 2007 a augmenté de 47% en dix ans. Rien que cela ! L’affaire est sortie hier dans le JDD qui s’est procuré le rapport, confidentiel semble-t-il, réalisé au printemps dernier. Les radios et télévisions ont relayé l’information. Et nous découvrons, abasourdis, que si la France est en queue du peloton européen au chapitre du budget de la justice, elle occupe en revanche la première place en termes de frais de personnel de l’Assemblée. Comme quoi, quand on veut être en tête, on y arrive. Mais, nous précise-t-on immédiatement, il n’y a pas eu de malversation, juste de la négligence. C’est rassurant. Nos députés sont honnêtes. Ils ne se sont pas enrichis personnellement. La gestion inattentive d’un budget n’est pas un délit pénal. Tant mieux.

De si belles explications

Mais ne refermons pas le dossier trop vite, même si la réaction de Bernard Accoyer a été tout à fait admirable en l’espèce. De la vraie, belle, communication de crise. Que disent en effet les spécialistes de la communication dans une situation pareille ? D’abord qu’il faut admettre la faute pour désamorcer le conflit. Ensuite, qu’il faut avoir un mot pour les victimes. Cette étape là n’a pas été respectée mais il ne fallait pas trop demander non plus. Les excuses publiques à l’américaine, ça n’est pas la mode chez nous. Enfin, ils recommandent d’annoncer des mesures pour réagir au problème. Ce qui a été fait. Nous apprenons que l’augmentation de 3,89% du budget pour l’année prochaine est abandonnée et que les préconisations de bonne gestion émises par la Cour des comptes seront appliquées immédiatement.  Voilà un événement magnifiquement géré en termes de communication. Vous croyez voir un scandale ? Pas de tout, il n’y a rien d’illégal dans tout cela. Qui plus est, les intéressés par la voix de leur président, annoncent qu’ils feront plus attention à l’avenir. Splendide. Tout rentre donc dans l’ordre.  Fermez le ban.  On peut quand même se demander si tout ce qui ne relève pas du code pénal doit forcément être considéré comme correct ? Et là commence à poindre le mot de morale. Ô je sais, on va me le reprocher ce mot-là, me dire que je suis rêveuse, voire naïve, que c’est ainsi et que d’ailleurs, si nous étions à leur place, nous ferions pareil.  Je gage que si l’affaire venait à durer, mille explications plus pertinentes les unes que les autres viendraient nous convaincre que la Cour des comptes a eu tort de s’émouvoir. J’entends déjà nos amis députés nous citer l’inflation législative, à grand renfort de statistiques, rappeler que l’exécutif en est responsable puisque le Parlement travaille quasi-exclusivement sur des projets de lois gouvernementaux. En cherchant bien on trouverait, sans doute Outre-Atlantique, des chiffres de dépense démontrant que le train de vie des députés français est finalement modeste. Elle a bon dos la comparaison internationale, celle-là même que l’on dénie aux juges quand ils évoquent leur pauvre budget.

Le respect de l’argent public

Allons, il reste une belle question ouverte mais qui ne sera pas abordée. On nous dit qu’il n’y a pas de délit et le public en déduit alors que tout va bien. C’était l’objectif recherché. Est-ce pour autant qu’il ne faut pas s’indigner ? Je n’en ai pas le sentiment. Où est passé le sens du service public ? N’est-il pas choquant de découvrir qu’ici comme ailleurs la gestion de l’argent public est loin d’être optimale ? Depuis la réforme des finances de l’Etat, on rationnalise, et surtout on limite, les dépenses de la justice y compris celles destinées à élucider des affaires pénales (tests ADN, écoutes téléphoniques etc….). Comment expliquer alors que dans le même temps on laisse filer les salaires des fonctionnaires de l’Assemblée,  qu’on ne se préoccupe pas d’avoir une politique des achats saine ou encore que l’on réalise des travaux qui coûtent le double des devis pour rénover les immeubles appartenant à l’assemblée ? 

Pas de scandale

Cette affaire est très intéressante car je crains qu’elle n’illustre une fois de plus ce que les journalistes savent bien. Il n’y a pas ou peu de scandales en France. Non que nous soyons un pays plus vertueux qu’un autre. C’est simplement que les scandales ne prennent pas. Sans doute parce qu’il n’y a personne pour s’indigner. Il faut avoir des valeurs de référence pour se scandaliser, il faut aussi être convaincu que ces valeurs doivent être la règle et il faut enfin être prêt à demander des sanctions quand elles sont violées. C’est une chose que malheureusement, nous ne savons pas faire. Les budgets du Sénat, de l’Assemblée et de l’Elysée seront discutés en séance publique le 13 novembre à l’assemblée nous dit le JDD. Tiens, et si on suivait cette affaire ? Le compte-rendu des débats est public, il suffit d’aller sur le site.

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