La Plume d'Aliocha

28/11/2008

Toujours plus court !

Filed under: Eclairage — laplumedaliocha @ 18:49

Je viens tout juste de rendre un article à un quotidien national et je saisis l’occasion pour vous faire partager l’une des pires difficultés du journalisme : faire court tout en étant exact et compréhensible. Quand on nous commande un article, on définit le sujet et le format. Par exemple, la philosophie des Shadocks en 6000 signes. Si vous voulez mesurer ce que cela représente allez dans la fonction outils, sélectionnez statistiques et retenez le nombre de signes espaces compris. C’est notre unité de mesure. Certains raisonnent en mots, d’autres en lignes mais généralement c’est en signes. Pour ceux qui ont la flême, disons que cela représente moins de deux pages word. C’est court.

Court, clair, précis, exact, didactique etc…

Impossible de vous dire le sujet que je traitais, je me démasquerais. Disons que c’était un dossier juridico-économique complexe. Je rends donc mon papier et voici que le rédacteur en chef m’appelle : « Aliocha, en fait on est trop long, il faut réduire ». Comme on est vendredi, le bouclage aura lieu dimanche et sera fait par les journalistes de permanence, mais il faut quand même s’avancer. Me voilà au téléphone, tentant joyeusement de réduire « en live » un article dont j’avais pesé chaque mot et qui était déjà un exercice de haute-voltige en termes de synthèse.  J’ai 10 minutes montre en main pour y parvenir et d’autres choses aussi urgentes à faire par là-dessus. Et comme je suis un peu traumatisée par les commentaires sur les blogs relatifs à la bêtise des journalistes, en particulier dans la matière juridique, j’ai la désagréable impression d’avoir un mini-Eolas assis sur l’épaule droite m’enjoignant d’être précise et une petite Fantômette sur l’épaule gauche me rappelant qu’il faut être exacte. Or, je dois couper 700 signes, soit la moitié du paragraphe. Et hop, reprenez vos compteurs. Et je dis bien 700 signes. Plus court, ce n’est pas possible, il y aurait un vide. Plus long, on déborderait, inenvisageable. C’est 700 signes, ou 680, ou 720 à la rigueur, mais ni plus ni moins. Disons pour que vous compreniez sans que je tombe le masque qu’il me fallait expliquer la rétention de sûreté en 600 signes au lieu de 1300. Vous voyez le problème ? Nous y sommes arrivés le rédacteur en chef et moi, au prix de coupes sévères dans le raisonnement, de précisions enlevées et de mots de liaison arrachés aux forceps. Le résultat est moins intéressant et moins agréable à lire,  nous n’avions pas le choix.  Mais, me direz-vous, je n’avais qu’à être dans les cordes dès le départ ! J’y étais dans les cordes, c’est la maquette qui a décidé de changer le format initial en oubliant de prévenir les journalistes…

Bientôt de la BD ?

Entre nous, ce n’est pas un drame, c’est notre lot quotidien, on assume. Mais quand je lis ici et là qu’on est nuls, qu’on ne comprend rien, j’ai envie d’inviter les critiques dans mon bureau, de leur tendre mon clavier et de leur dire : allez-y les amis, montrez-moi ! C’est un art la synthèse et il se trouve que nous allons devoir le maîtriser de mieux en mieux car les formats d’articles racourcissent. Eh oui, la mode est aux textes aérés et aux illustrations, sous prétexte que les lecteurs n’auraient plus le temps de lire. Allez savoir…Toujours est-il que dans le journal dont je vous parle, les articles ont diminué d’un tiers en 11 ans ! Etonnons-nous ensuite que les lecteurs pensent qu’il n’y a plus rien dans leurs journaux ! Au fait, si vous trouvez qu’ils sont trop courts les articles, soyez gentils, allez le dire aux patrons de presse. J’ai peur qu’à force de compresser les formats, on ne finisse pas sombrer dans la bande-dessinée !

Publicités

30 commentaires »

  1. bonsoir Aliocha
    l’Idée de bande dessinée pourquoi pas MDR….
    Je connais bien vos difficultés pour rédiger des articles juridiques en droit du travail pour des éditions spécialisées on est soumis au format nombre de mots etc… et lorsque les sujets sont complexes ce n’est pas évident..
    je pense que le condensé le toujours plus vite est un mal actuel
    j’ai même assisté à des audiences devant un conseil des prud’hommes dont je tairai le nom qui demandait et demande encore aux avocats d’abréger en leur donnant un certain temps de parole montre en main et oui il faut l’avoir vu pour le croire….

    et si l’avocat n’obéit pas à ces injonctions les conseillers de bailler de perdre patiente et l’avocat d’abréger pour ne pas nuire à son client…

    Commentaire par artemis — 28/11/2008 @ 18:58

  2. je profite de ce billet pour vous demander si vous ne seriez pas intéressée par des informations sur l’actualité juridique en droit social pour en donner votre avis car en ce moment on assiste à un bouleversement du monde du travail dont on ne mesure pas encore toutes les conséquences.

    Commentaire par artemis — 28/11/2008 @ 19:02

  3. Ah mais, la chute régulière des ventes devrait inciter les rédactions à se poser des questions sur la qualité — disons la longueur — des articles.

    Elles sont vraiment nulles ces rédactions…

    😉

    Commentaire par Jules (de diner's room) — 28/11/2008 @ 19:15

  4. Bonsoir Aliocha,

    Z’êtes large d’épaule dites donc, parce que c’est une sacrée responsabilité d’avoir des anges gardiens de ce calibre, même en taille mini.

    Commentaire par tschok — 28/11/2008 @ 20:22

  5. Sombrez donc dans la bande-dessinée. Quelques exemples de BD qui pourraient vous inspirer:
    Maüs d’Art Spiegelman, Le Complot de Will Eisner ou encore Pyongyang de Guy Delisle.
    Les BD ont parfois du volume.

    Commentaire par LDiCesare — 28/11/2008 @ 20:23

  6. A propos de cet impression qu’il n’y a plus rien à lire : c’est vrai quand je vais chez les distributeurs de journaux et magazines, je fais l’exercice suivant : je tourne et retourne, regarde les titres, les sous titres, les unes, et puis je sors. J’ai économisé au moins 5-10 euros ( par les temps qui courent…) et je suis au courant en gros de l’actualité. Les détails, je vais les lire sur Internet.
    C’est pas gai pour la presse, je le reconnais…

    Commentaire par Phedra — 28/11/2008 @ 20:40

  7. Bonsoir Aliocha.

    Bon, alors, c’est à quelle adresse qu’il faut écrire pour dire aux patrons de presse qu’on voudrait de la lecture?

    C’est d’ailleurs un point qui m’impressionne. Un jour il faudra que je me penche scientifiquement sur la question. Les journaux sont volumineux, il y a visiblement beaucoup de texte quand même. Et cependant, rien à lire dedans le plus souvent.

    J’ai ce sentiment presque systématiquement quand je lis la presse économique. Mon expérience me dit que les journalistes (des Echos, pour ce que j’ai pu tester) travaillent bien, d’ailleurs les papiers sont intéressants, mais infiniment trop courts. Ils feraient de bons chapeaux, le plus souvent.

    Vous avez une idée sur ce qui produit ça? Trop de chiffres publiés sortis des ordinateurs (les cours de tout le second marché, celui que ça intéresse, il sait les trouver en ligne)? Trop de place pour la pub? Trop de place pour l’infographie et les illustrations diverses? Trop de sujets couverts, donc pas assez de place pour chaque?

    Aliocha : Rien de tout cela. Pour avoir participé à de nouvelles formules, l’idée est toujours la même, « les lecteurs n’ont plus le temps de lire, il faut faire court ». Depuis le début je dis que c’est stupide mais personne ne m’écoute, je ne suis qu’une journaliste de base. Et pourtant, je le dis sur la base d’une expérimentation simple, la mienne, quand un papier m’intéresse, je ne le trouve jamais trop long. Et s’il m’arrive d’être excentrique sur nombre de sujet, j’ai le sentiment que sur celui-là, je suis tout à fait classique, parfaitement dans la norme, en phase avec le plus grand nombre…

    Commentaire par Benjamin Bayart — 28/11/2008 @ 22:52

  8. Bonsoir Aliocha
    Je suis tout à fait d’accord avec Benjamin Bayart.
    Un exemple il y a 3 ans il me fallait 2 à 3 heures pour lire « Le Monde » , maintenant 10 à 15 minutes me suffisent.
    Lambda

    Commentaire par lambda — 28/11/2008 @ 23:54

  9. lire 30 ans et non 3 ans dans le n° 8
    Lambda

    Aliocha : vous me rassurez, on baisse mais moins vite que je ne l’avais redouté 😉

    Commentaire par lambda — 28/11/2008 @ 23:58

  10. Un question toute bête au sujet de l’épaisseur des journaux… Prenons La Repubblica, qui est mon journal italien de référence. Il est facilement deux fois plus épais que le Monde. Et malgré la longueur des articles, il me semble bien (mais je manque de données précises) qu’il se porte bien… N’y a-t-il pas un présupposé (« pas trop long, ça n’intéresse pas nos lecteurs ») qui se renforce dans la mesure où personne tente de « faire long » (expression étrange : on pourrait aussi dire traiter le sujet correctement).

    Et je me souvent d’une anecdote. Dans les années 90 (95, je crois), j’ai fait un stage dans un magazine de sports de montagne, et le rédacteur en chef (ou le directeur) se plaignait que les lecteurs ne lisaient plus les articles trop longs, et qu’il fallait faire maintenant de la « presse fast-food » (l’expression m’a marqué), où les lecteurs pourraient picorer d’un court article à l’autre.

    Commentaire par pollicarpe — 29/11/2008 @ 01:28

  11. Aliocha : Rien de tout cela. Pour avoir participé à de nouvelles formules, l’idée est toujours la même, “les lecteurs n’ont plus le temps de lire, il faut faire court”.

    Les lecteurs n’ont plus de temps pour rien, en fait…

    La vie est devenue une course contre la montre…

    Fast-foods, SMS, Flash-infos… Tout est fait pour gagner du temps (que l’on se tue à nous répéter que c’est de l’argent). Il y en a même qui enchaînent 2 ou 3 jobs dans la journée, pour arriver à joindre les deux bouts (Zone Interdite de dimanche dernier).

    Vous vous étonnez qu’ils n’aient plus le temps de lire ?

    Elle est là, à mon sens, la crise de la presse.

    Commentaire par ramses — 29/11/2008 @ 06:35

  12. le;siecle dernier, un journaliste devenu celebre (et dont j’ai oublié le nom) faisait les « chiens écrasés » dans un journal dont le redac’chef exigeait de faire court, ce qui donna (de mémoire):
    « Hier, Mr Untel a voulu verifier, avec son briquet, s’il restait de l’essence dans le reservoir de son véhicule. il y en avait…. »

    je supposeque vous connaissiez cette anecdote.

    Aliocha : je pense que vous faites allusion à Felix Feneon journaliste au Matin, en voici deux autres : « M.X de Montauban nettoyait son fusil. On l’enterre demain » et « Le bateau de pêche la Marie-Jeanne, dix hommes dessus. Une lame de fond, dix hommes dessous ».

    Commentaire par leinad — 29/11/2008 @ 09:39

  13. Ne pas oublier le prix de la tonne papier . Car les banquiers, managers etc .. qui dirigent les entreprises de Presse ne pensent que ratio, rentabilité en oubliant qu’un journal ( ou hebdo) n’est pas un produit comme un autre .

    Commentaire par long — 29/11/2008 @ 09:56

  14. @ ramsès

    Mouis. J’ai un ami qui, lorsqu’on vient lui dire : « j’ai pas l’temps, j’ai pas eu l’temps, les gens n’ont plus l’temps », s’étonne toujours ironiquement de n’avoir encore jamais vu personne mourrir de faim parce qu’il n’avait pas eu le temps de manger.

    Qui donc écrivait déjà « Voilà la vérité : nous n’avons pas reçu une vie courte, c’est nous qui l’avons rendue telle. Nous ne sommes pas indigents, mais prodigues ».

    Ah, oui, Sénèque. Vers l’an 49.

    Commentaire par Fantômette — 29/11/2008 @ 10:30

  15. J’espère que vous n’écrivez pas vos aticle comme les billets de votre blog, car effectivement il y a de quoi couper, ils sont longs (à mon gout) pour leur contenu.
    Je peux comprendre que l’écriture et la lecture d’un blog relèvent du divertissement, mais quand même et ce d’autant que vous avez la prétention d’informer et d’expliquer (et là ce n’est plus du divertissement)

    voila la première phrase de votre premier paragraphe un (petit) peu émondé:

    Je viens de rendre un article, je saisis l’occasion pour vous décrire l’une des difficultés du journalisme : faire court, exact et compréhensible.

    PS:
    « le nombre de signes espaces compris. »
    Espace, s’il s’agit du signe typographique, est du genre féminin.

    « Pour ceux qui ont la flême, disons que cela représente moins de deux pages word.  »
    Et bien non justement, car cela dépend de la grosseur de la police ! c’est bien pour cela que les typo comptent en signe (toujours le même nombre quelque soit la police, c’est dingue! non ?)
    pour info, le mot pigiste provient du mot pige qui était un étalon de mesure en imprimerie, le journaliste étant alors payé à la longueur du papier (et non au temps passé,… ni à la qualité)

    Onze ans de journalisme (y compris pour la PQN) pour en arriver là ? Les lecteurs ont toutes les raisons de ne plus lire les journaux. Bonne continuation.

    Aliocha : Puisque vous avez fini de vous astiquer le nombril, je ne vous retiens pas.

    Commentaire par typo — 29/11/2008 @ 11:02

  16. Non, pitié pas la BD, je déteste ça, je ne suis jamais arrivé à en lire plus de 2 ou 3 pages à la suite…
    Suis-je normal?

    Aliocha : moi aussi j’ai du mal. A force de cultiver les techniques de lecture rapide, quand j’ai une BD dans les mains, je dévore les bulles, et j’ai beaucoup de mal à m’obliger à regarder les dessins…dommage, quand je fais l’effort d’être patiente, je trouve ce genre de lecture vraiment divertissant et les auteurs talentueux.

    Commentaire par Jean-Luc — 29/11/2008 @ 11:44

  17. La raison invoquée par les patrons de presse n’est pas forcément la bonne. Je ne sais pas sur quels sondages ils se basent pour dire que les lecteurs n’aiment les articles longs.
    La raison première est bien celle là : moins de signes, moins d’argent à verser aux pigistes. On remplace les signes par des photos et surtout on augmente le corps typo ( au lieu de remplir une page en 3500 signes on la remplit en 2500, etc.). Et voilà le tour est joué. On dépense moins. Donc il n’y a plus rien à lire. Donc les lecteurs n’achètent plus, donc…etc.

    Commentaire par Phedra — 29/11/2008 @ 12:20

  18. @ aliocha votre commentaire sous 15
    vous avez tout compris, c’est votre nombril que « j’astique » c’est vous qui dites être dans la presse depuis une dizaine d’année et écrire pour quotidien national!!

    Allez comme je vous aime bien, une petite remarque: sachant qu’il existe onze quotidien nationaux (dont l’Equipe) croyez vous qu’il soit très difficile de d’identifier l’auteur d’un article d’un sujet juridico économique bouclé un dimanche soir ?

    bonne continuation

    Aliocha : Puisque vous insistez, « espace » est féminin en typo, mais je m’adresse à des lecteurs qui ne sont pas journalistes, j’emploie donc leur vocabulaire, car, comme vous le savez, il n’est pas d’usage de jargonner dans un article.
    Quant à l’indication sur le nombre de pages word, comme je n’ai pas l’habitude de prendre les lecteurs pour des imbéciles, j’ai tenu pour acquis qu’ils penseraient à un format de caractère de 11,12 et non pas 38. Entre nous, il n’y a pas grand monde qui s’amuse à écrire un document en format 38, si ?
    Pour le reste, amusez-vous à enquêter si vous voulez, à supposer bien sûr que je ne me sois pas moi-même amusée à brouiller un peu plus les cartes que vous ne l’imaginez 😉

    Commentaire par typo — 29/11/2008 @ 13:01

  19. Bonjour Aliocha,

    Je comprends votre agacement et votre frustration sur cette tendance de faire des articles toujours plus courts et concis, quitte à y perdre de l’intérêt, mais pensez un peu aux lecteurs et bloggeurs que nous sommes : il y a tant d’articles passionnants à lire, tant de blogs fabuleux à découvrir, tant de choses et de domaines qui nous étaient auparavant impénétrables et qui sont maintenant résumés, vulgarisés et accessibles.

    Le journalisme finalement c’est un peu comme une vente à la criée: vous devez d’abord attirer le chaland, et ensuite lui vendre votre produit !

    Certains ont trouvé une solution intermédiaire : d’abord susciter un vif intérêt en quelques lignes et ensuite proposer de poursuivre et approfondir le débat dans un texte plus long ou un ouvrage plus creusé, un site plus spécialisé. Les blogs se mettent aussi à la page : les quelques premières lignes d’accroche sont visibles et synthétisent le problème, le reste est à la portée d’un clic de souris, la news-letter est également une adaptation à cette mutation de l’information.

    Dans cette logique, le dessin ou la BD a d’ailleurs le même rôle qu’une affiche publicitaire d’accroche, d’autant plus qu’un petit dessin explicite est quelques fois plus parlant et plus profond qu’une longue réflexion superficielle… surtout chez les politiques et autres technocrates spécialistes de sciences virtuelles absconses !

    …et voilà, ma prose fait déjà plus de 1000 signes… je ne pourrai jamais être un bon journaliste.

    Commentaire par Oeildusage — 29/11/2008 @ 13:07

  20. Faire court et long à la fois…

    Pourquoi ne pas, tout simplement, opter pour un « chapeau » court, avec une suite plus loin ?

    Ça permet de parcourir rapidement et d’approfondir les article qui vous intéresse (et qui sont rarement les mêmes d’un lecteur à l’autre).

    Commentaire par furax — 29/11/2008 @ 15:16

  21. Oups : « (…) les articles qui vous intéressent (…) »

    Commentaire par furax — 29/11/2008 @ 15:18

  22. Je compatis. Oui et non en fait, de mon côté mon dernier article d’opinion a été purement et simplement refusé…trop long, aussi. Ca m’apprendra a avoir des idées et la verbhorrée acide. Ca m’apprendra aussi de ne pas avoir un job fixe à la rédaction. Enfin, il nous restera toujours le blog… 😉

    http://opiniatre.wordpress.com/2008/11/23/besoin-de-feministes/

    Commentaire par pedrock — 29/11/2008 @ 15:41

  23. Il est bien évident que faire court n’est pas la solution à la « crise » de la presse : cela donne de la dépêche AFP/Reuters remodelée (canards gratuits).

    D’autant que cette pratique tend à réduire les plumes singulières – personnellement je lis le Monde mais achète Libé tous les jeudis seulement pour une chronique littéraire : qui a envie d’acheter Libé pour lire une chronique politique d’O. Duhamel qui se fait graisser de partout ?

    Les directions de rédaction doivent se poser une question simple : pourquoi achète-t-on un journal ? Pour moi, c’est : 1. la mise en page 2. l’analyse de l’info (on doit oublier l’exclusivité) 3. les plumes.
    Les textes courtes, les photos, les aérations ça existe déjà ailleurs et gratuitement : internet et gratuits. Il s’agit donc d’un suicide économique.

    Enfin, que vous soyez irritée lorsqu’on dit que les journalistes sont nuls m’étonne : il est tout à fait fondé de mépriser lorsque ça le mérite. Ignorez donc avec superbe ce genre de commentaires, mieux : ne les lisez point !

    Bien à vous,

    Bardamu.

    Aliocha : Les plumes n’ont plus bonne presse dans les journaux. On impose une écriture formatée qui exclut les effets de style, pas la place, et les analyses, la personnalité du journaliste étant invitée à s’effacer devant les citations d’experts. Tous les journaux qui m’ont embauchée jusqu’à présent m’ont dit « ici on ne veut pas de stars » ou encore « surtout pas d’effets de plume, nous parlons de sujets sérieux pour des lecteurs sérieux ». Généralement je souris et dit « oui bien sûr ». Puis doucement, j’impose mon style et on me félicite alors quand mes articles violent outrageusement les contraintes qu’on m’avait sentencieusement infligées au début. Ce qui montre que les professionnels de l’information ont une vision erronée de leurs lecteurs et de leur métier. C’est peut-être en partie la faute des consultants que l’on convoque pour augmenter les ventes ou lancer une nouvelle formule. Ils arrivent avec leurs préjugés et les imposent : les lecteurs n’ont plus le temps de lire, il faut faire court, factuel etc, etc.

    Commentaire par Bardamu — 29/11/2008 @ 16:08

  24. Bonjour,

    le résultat le plus probant de cette dictature de la synthèse (quand ce n’est pas de la tronçonneuse) est que soit vous connaissez le sujet et vous trouvez que le journaliste le massacre à force de simplification, soit vous ne le connaissez pas et vous le terminez avec le sentiment de n’avoir rien compris. Le journaliste n’a pas su exposer le sujet et y intéresser son lecteur.
    Le résultat est désastreux et explique peut être en partie l’effondrement des ventes de la presse. la pensée unique joue à mon avis un rôle plus important dans cette dernière.

    Commentaire par bertrand — 29/11/2008 @ 20:16

  25. Je connais aussi un peu le problème de la longueur du texte, dans les articles scientifiques : on a une taille maximale autorisée (surtout pour les résumés et pour les congrès, en fait), et pas question de dépasser. Qu’il est parfois difficile d’expliquer un raisonnement scientifique, une nouvelle idée ou un nouvelle interprétation, en si peu de place ! Mais on n’a pas vraiment de relecteur derrière pour vérifier la lisibilité (un comité de lecture vérifie plus le contenu scientifique que littéraire, ne serait-ce que parce qu’il est composé avant tout de scientifiques…), est-ce un mal ou un bien ? Je ne sais pas…

    Quant à votre remarque sur la BD, d’autres ont fait remarquer qu’il existe des BDs qui n’ont rien à envier à de la « vraie » littérature. Ceci dit, il est difficile de nier qu’une majorité de la production a pour premier but d’être un divertissement d’accès facile et ne mérite pas vraiment de passer à la postérité. Malgré tout, il y a des exceptions. Je voudrais juste vous recommander un titre, non pas parce que c’est une bonne BD (enfin, pas uniquement), mais parce que c’est une très bonne analyse de la BD et de ce que peut apporter au lecteur la combinaison du texte et de l’image. Il s’agit de « l’art invisible », de Scott McCloud : si vous le voyez en librairie (c’est hélas rare) ou que vous croisez quelqu’un qui l’a, n’hésitez pas, sa lecture est intéressante pour comprendre la BD.

    Commentaire par Rémi — 01/12/2008 @ 11:13

  26. mini hors sujet à propos de votre réponse au 16:
    un bon moyen pour se forcer à ralentir en BD, c’est de les lire en VO si vous maitrisez un peu la langue. Une bonne dose de Sandman en anglais, y a rien de tel..

    Commentaire par QIAH — 02/12/2008 @ 11:26

  27. Et une dernière remarque tardive pour ce premier commentaire : la philosophie des Shadoks dans son essence sublime tient en douze signes : « Ga bu zo meu ». Six mille, c’est du délayage ! Un rêve ! 😉

    Commentaire par Thomas Corneille — 04/12/2008 @ 19:29

  28. Bonjour Aliocha,
    ce commentaire est à la fois intéressé, naïf et tardif.
    Très tardif j’imagine dans la « blogosphère » où le temps passe plus vite encore. Naïf car de cette sphère je connais très peu, et découvre votre blog aujourd’hui seulement, sur conseil d’un ami et avec intérêt : les blogs et les commentaires manquent le plus souvent de profondeur, de réflexion, de distance, quant aux journaux, puisqu’il en est question dans ces articles, l’étiolement du contenu en effet… Dans ce paysage pléthorique et/mais creux le plus souvent qu’il est doux de trouver du fond sans com’.
    Intéressé enfin… ou concerné. En relation avec l’article je nuancerai (?) en relevant que les contraintes imposées aux articles ont leur équivalent en illustration : de l' »impact », pas de prise-de-tête, pas de message, le dessin est là pour attirer l’oeil, une jolie tache de couleur. Le lecteur n’a pas le temps ni l’envie de réfléchir devant une illustration, tout de même !
    Ce qui m’amène, pour « faire court », à quêter de l’attention, soit faire de la pub, pour mon site : s’il vous plaît allez voir. Le cri d’angoisse de tant de gens sur internet.
    Au-delà de ce souci promotionnel il me semble que des questions identiques à celles de la presse écrite se posent pour le « dessin de presse », outre comparaisons avec le statut d’indépendant. Quel futur sur internet, et sur papier ? Quelle(s) complémentarité(s) avec le texte ?…
    Si vous avez un avis, une ouverture, une prophétie, merci de m’en faire part. Bonne et illustre continuation. Laurent / tOad

    Commentaire par laurent taudin — 09/12/2008 @ 20:19

  29. Pour vous relancer de 10 centimes sur le sujet des « journalistes qui tronquent les propos en les déformants » je vous invite à aller lire cet article:
    http://sciences.blogs.liberation.fr/home/2009/01/etienne-klein-a.html

    à propos d’un documentaire sur Arte, où le journaliste a coupé la partie de la phrase d’un scientifique qui commençait par « Mais »…

    Commentaire par Javi — 20/01/2009 @ 15:49

  30. […] la tentation sera grande de se contenter de faire partie de la seconde catégorie. Car la seule récompense que vous apporteront l’éthique et la contre-communication, […]

    Ping par [12-2008] Crise du journalisme et des médias : 2 - Regagner la confiance | Miscellanée de réflexions — 08/06/2011 @ 17:19


RSS feed for comments on this post. TrackBack URI

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Créez un site Web ou un blog gratuitement sur WordPress.com.

%d blogueurs aiment cette page :