La Plume d'Aliocha

28/11/2008

Toujours plus court !

Filed under: Eclairage — laplumedaliocha @ 18:49

Je viens tout juste de rendre un article à un quotidien national et je saisis l’occasion pour vous faire partager l’une des pires difficultés du journalisme : faire court tout en étant exact et compréhensible. Quand on nous commande un article, on définit le sujet et le format. Par exemple, la philosophie des Shadocks en 6000 signes. Si vous voulez mesurer ce que cela représente allez dans la fonction outils, sélectionnez statistiques et retenez le nombre de signes espaces compris. C’est notre unité de mesure. Certains raisonnent en mots, d’autres en lignes mais généralement c’est en signes. Pour ceux qui ont la flême, disons que cela représente moins de deux pages word. C’est court.

Court, clair, précis, exact, didactique etc…

Impossible de vous dire le sujet que je traitais, je me démasquerais. Disons que c’était un dossier juridico-économique complexe. Je rends donc mon papier et voici que le rédacteur en chef m’appelle : « Aliocha, en fait on est trop long, il faut réduire ». Comme on est vendredi, le bouclage aura lieu dimanche et sera fait par les journalistes de permanence, mais il faut quand même s’avancer. Me voilà au téléphone, tentant joyeusement de réduire « en live » un article dont j’avais pesé chaque mot et qui était déjà un exercice de haute-voltige en termes de synthèse.  J’ai 10 minutes montre en main pour y parvenir et d’autres choses aussi urgentes à faire par là-dessus. Et comme je suis un peu traumatisée par les commentaires sur les blogs relatifs à la bêtise des journalistes, en particulier dans la matière juridique, j’ai la désagréable impression d’avoir un mini-Eolas assis sur l’épaule droite m’enjoignant d’être précise et une petite Fantômette sur l’épaule gauche me rappelant qu’il faut être exacte. Or, je dois couper 700 signes, soit la moitié du paragraphe. Et hop, reprenez vos compteurs. Et je dis bien 700 signes. Plus court, ce n’est pas possible, il y aurait un vide. Plus long, on déborderait, inenvisageable. C’est 700 signes, ou 680, ou 720 à la rigueur, mais ni plus ni moins. Disons pour que vous compreniez sans que je tombe le masque qu’il me fallait expliquer la rétention de sûreté en 600 signes au lieu de 1300. Vous voyez le problème ? Nous y sommes arrivés le rédacteur en chef et moi, au prix de coupes sévères dans le raisonnement, de précisions enlevées et de mots de liaison arrachés aux forceps. Le résultat est moins intéressant et moins agréable à lire,  nous n’avions pas le choix.  Mais, me direz-vous, je n’avais qu’à être dans les cordes dès le départ ! J’y étais dans les cordes, c’est la maquette qui a décidé de changer le format initial en oubliant de prévenir les journalistes…

Bientôt de la BD ?

Entre nous, ce n’est pas un drame, c’est notre lot quotidien, on assume. Mais quand je lis ici et là qu’on est nuls, qu’on ne comprend rien, j’ai envie d’inviter les critiques dans mon bureau, de leur tendre mon clavier et de leur dire : allez-y les amis, montrez-moi ! C’est un art la synthèse et il se trouve que nous allons devoir le maîtriser de mieux en mieux car les formats d’articles racourcissent. Eh oui, la mode est aux textes aérés et aux illustrations, sous prétexte que les lecteurs n’auraient plus le temps de lire. Allez savoir…Toujours est-il que dans le journal dont je vous parle, les articles ont diminué d’un tiers en 11 ans ! Etonnons-nous ensuite que les lecteurs pensent qu’il n’y a plus rien dans leurs journaux ! Au fait, si vous trouvez qu’ils sont trop courts les articles, soyez gentils, allez le dire aux patrons de presse. J’ai peur qu’à force de compresser les formats, on ne finisse pas sombrer dans la bande-dessinée !

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