La Plume d'Aliocha

21/11/2008

Ces prisons qui tuent

Filed under: Eclairage — laplumedaliocha @ 09:28

Envoyé Spécial a diffusé hier soir un remarquable reportage sur les suicides en prison. Les journalistes sont allés enquêter sur trois décès survenus cette année.  Avant de vous parler de technique journalistique, un mot pour chacun d’entre eux :

Jeremy Martinez, 19 ans, est mort à la maison d’arrêt de Valence en mars dernier. Il se plaignait depuis longtemps de son co-détenu. Dans une lettre,  il écrit « SVP, faites vite, mettez moi à la 26, je serai bien là-bas ». On a cru au début à un suicide, il semblerait qu’il ait été assassiné. 

– Julien Kazzhar, 16 ans, s’est suicidé dans la nouvelle prison modèle pour mineurs de Lyon. Il avait fait plusieurs tentatives. On ne l’avait pas pris au sérieux.

– Lucilia Semedo, 28 ans, est décédée à la prison pour femmes de Fresnes. Elle souffrait d’une grave maladie, elle s’était plainte dans la nuit de maux de tête. Quand on s’est occupée d’elle en fin de matinée, il était trop tard. « Elle était trop gentille raconte une de ses co-détenues, moi quand j’avais un problème je prenais tellement la tête au gardiens qu’il étaient obligés de céder, mais elle, elle ne disait jamais rien ».

Voici le dernier rapport en date sur nos merveilleuses prisons françaises, il émane du Conseil de l’Europe et a été rendu public hier. 

Droit de censure

Passons au journalisme. Le reportage a montré les familles de victimes, raconté ces trois vies brisées, interrogé des experts et des représentants de l’administration pénitentiaire mais les journalistes n’ont pas pu entrer dans les établissements. En effet, le principe dans l’émission Envoyé Spécial, c’est que les reportages ne sont jamais présentés aux personnes concernées avant diffusion. Or, que s’est-il passé en l’espèce ? L’administration pénitentiaire était d’accord pour laisser les journalistes filmer à condition qu’ils lui transmettent l’émission 5 jours avant sa diffusion. Une telle exigence est parfaitement inadmissible et montre bien les atteintes à la liberté de la presse. D’ailleurs, la journaliste venue expliquer son travail à l’issue du reportage a expliqué parfaitement la situation. Je cite de mémoire : « l’administration voulait que nous montrions ses efforts, nous sommes conscients qu’elle en fait, mais ce n’était pas l’objet du reportage, nous voulions dénoncer ce qui n’allait pas ». Elle a aussi expliqué que, selon la Chancellerie, les suicides en prison baisseraient davantage s’ils n’étaient pas médiatisés. J’ai une tendresse particulière pour cet argument. Il signifie : journalistes, mêlez-vous de vos affaires, vous croyez bien faire en dénonçant l’état des prisons, en réalité vous incitez certains à mettre fin à leurs jours. L’argument est ignoble mais il n’est jamais qu’une déclinaison de ce que nous connaissons bien dans la presse. Dès qu’on sort une information qui dérange on nous rend coupables des éventuelles conséquences de la publicité de l’événement. C’est oublier un peu vite que le public a le droit de savoir et que si ça met dans l’embarras ceux qui ont mal fait, c’est leur problème, pas le nôtre, il fallait y penser avant.

Où l’on reparle des Infiltrés

Entre nous, voilà pourquoi je suis favorable à l’émission Les infiltrés. Précisément parce que des réactions comme celles de l’administration pénitentiaire dans cette affaire montrent qu’on ne nous laisse plus faire notre métier. Nous voulons faire du journalisme, on nous oppose une information officielle,  on prétend nous expliquer ce qu’on doit dire, choisir ce que nous pouvons montrer, censurer au besoin ce qui ne doit pas être vu. Au passage, vous observerez le respect dont cela témoigne dans une démocratie vis à vis des citoyens. Et c’est ainsi toute la journée, pour les sujets les plus graves comme les plus légers, dans la presse écrite comme ailleurs. Si on cède, on glisse du journalisme à la communication. Les journalistes d’Envoyé spécial n’ont pas cédé et ils ont fait un sacré bon travail.

Nous sommes tous des criminels en puissance !

Pour le reste, c’est le genre d’émission qui fait monter la rage au coeur. Imaginez vous coincé dans 9m2 avec quelqu’un qui vous fait peur, qui vous vole vos affaires, qui ne dort pas la nuit et peut avoir à n’importe quel instant l’idée folle de vous assassiner ; imaginez vous encore à 16 ans, coincé entre 4 murs, multipliant les tentatives de suicide sans que personne ne vous prenne au sérieux ; imaginez-vous enfin malade en pleine nuit, appelant à l’aide dans le vide…Ces jeunes gens étaient condamnés à une peine d’emprisonnement, pas à la peine capitale. J’étais hier soir avec un avocat, un célèbre avocat issu d’une longue lignée de juriste et parfaitement indigné par l’Etat actuel de notre démocratie. Il me confiait au sujet des prisons « je crois profondément en l’homme, on n’a pas le droit de dire de quelqu’un qu’il est irrécupérable sans faire quoique ce soit justement pour le récupérer » et sur la rétention de sûreté, il s’insurgeait « et pourquoi ne pas nous placer tous en rétention de sûreté, au fond nous sommes tous des criminels en puissance ».

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26 commentaires »

  1. Bonjour Aliocha,

    Vous écrivez : « L’administration pénitentiaire était d’accord pour laisser les journalistes filmer à condition qu’ils lui transmettent l’émission 5 jours avant sa diffusion. Une telle exigence est parfaitement inadmissible et montre bien les atteintes à la liberté de la presse. »

    J’ai un peu de mal à vous suivre sur ce terrain : la liberté de la presse, ce serait qu’elle ait le droit de tout filmer, partout ? Je comprends que cette exigence soit incompatible avec les valeurs d' »envoyé spécial », quoique rien n’oblige le rédac’ chef à tenir compte d’éventuelles remarques de l’administration pénitentiaire, si ? Sauf procès en référé, mais alors c’est que le juge aura jugé qu’il y a effectivement une atteinte à je ne sais pas quoi ?

    En résumé, on peut regretter que la rédaction d’envoyé spécial ait eu cette contrainte, face à laquelle ils ont préféré s’abstenir de filmer, mais peut-on vraiment qualifier cela d’atteinte à la liberté de la presse ?

    Aliocha : On peut aussi y voir une atteinte à la démocratie. Vous trouvez normal que les citoyens qui financent les prisons n’aient pas le droit de voir ce qui s’y passe ? Sauf à suivre un parcours obligé où on leur montrera ce qui est montrable ? Nous ne sommes pas en Chine que je sache, où les journalistes sont accompagnés par un officiel selon un circuit balisé. En quoi une prison serait-elle secrète, quels intérêts d’Etat supérieurs justifieraient qu’on laisse les journalistes filmer mais en demandant à exercer un droit de regard sur leur travail avant diffusion ? Que cherche-t-on à cacher, à votre avis ?

    Commentaire par Hub — 21/11/2008 @ 10:09

  2. Aliocha: le fait que la prison ait une avant première du reportage ne constitue pas en soi une censure. Ca me semble même plutôt correct que quand tu jettes quelqu’un en pature à l’opinion publique (qui ne réagit que dans l’instant) tu lui laisses un peu de temps pour préparer sa défense.

    Aliocha : Vous ne trouvez pas qu’elle la prépare depuis longtemps cette défense la Chancellerie ? Visites officielles de la ministre en grandes pompes dans les lieux de rétention où l’on ne montre que des belles choses, présentation à la presse de prisons modèles pour adolescents, discours politique lourdement axé sur le répressif. L’information officielle remplit l’essentiel du paysage. On peut espérer, pour contrebalancer, avoir de temps en temps un reportage qui dit les choses, non ? Cessez de croire que les journalistes sont sur-puissants et que ceux qu’ils dénoncent sont des victimes innocentes. Nous travaillons pour le public, mais si le public au fond préfère l’information officielle et lissée, on peut aussi arrêter de travailler et faire autre chose. Mais alors, il faut nous le dire, qu’on arrête de perdre notre temps !

    Commentaire par Paul — 21/11/2008 @ 10:21

  3. Je ne nie pas que la tentation d’une sorte de censure existe pour cacher l’état déplorable des prisons. Mais je peux aussi imaginer que, pour des raisons de sécurité notamment (sécurité des détenus et des personnels pénitentiaires), l’administration soit un chouïa « regardante » sur les images qui sortent de chez elle, qui vont être vues par les détenus, leurs familles, leurs éventuels complices, victimes, etc.

    Par ailleurs, je constate que face à la demande de l’administration, « envoyé spécial » a préféré ne pas filmer du tout, ce qui a un petit arrière-goût d’intégrisme de mon point de vue.

    Mais je ne « défends » personne, j’essaie juste d’avoir une lecture critique de vos billets, comme j’essaie d’avoir une lecture critique en général, et je ne prétends nullement être un spécialiste de la presse et de sa déontologie.

    Aliocha : j’entends bien Hub et nous sommes ici pour débattre, heureusement que tout le monde n’est pas d’accord avec moi 😉 Disons que l’indépendance de la presse impose notamment que son travail ne soit pas relu avant publication par les intéressés ou visionné s’il s’agit de télé. Car s’il en était autrement, nous risquerions de ne plus reconnaître notre travail d’origine. Vous imaginez bien que la tentation est grande de corriger telle critique, faire passer telle idée, modifier telle présentation etc. je rappelle que le régime français en matière de presse ne repose pas sur une censure préalable mais sur des sanctions en cas de dérapage. C’est un principe fondamental de la liberté de la presse. C’est pourquoi je suis allergique à toute forme de tentation de recréer une censure en exigeant de lire l’article ou de regarder le reportage avant diffusion.

    Commentaire par Hub — 21/11/2008 @ 10:33

  4. @Paul> En même temps ce n’est pas comme si l’état des prisons françaises n’était pas dénoncé depuis de nombreuses années -dans les media, mais justement, avec peu d’images.
    Les responsables politiques savent qu’une grande partie du public sait, ils ont eu du temps pour préparer sa défense ou -mieux- corriger le problème qui s’aggrave, mais, comme pour beaucoup de choses, les interventions sont surtout superficielles.

    Il est eut-être temps, sans jeter en pâture, de montrer ce qui doit être montré.
    Je suis d’autant plus étonné de cette de cette demande de visionnage que les journalistes ne seraient pas intervenus à couvert, et que leur parcours aurait été connu : libre à l’administration de baliser le terrain dans la prison de Fresnes ! En agissant ainsi, l’administration ne laisse de place qu’à l’enquète en caméra cachée… c’est bien dommage.

    Commentaire par unread — 21/11/2008 @ 10:36

  5. Sans vouloir me faire l’avocat du diable ne peut on pas voir les choses d’un point de vue différent ?

    Visionner le film cinq jour avant sa diffusion n’est ce pas une mesure d’information ? L’administration pénitentiaire peut vouloir savoir ce qui va se dire à son sujet afin de se défendre en cas d »attaque » qu’elle juge injustifiée et compléter une information qu’elle jugerait « incomplète ».

    A partir du moment ou le film visionné est seulement une copie (donc que l’administration n’a pas le moyen de supprimer des morceaux) y a t il une atteinte à la liberté de la presse ? Bien sur on peut imaginer que l’administration émette le souhait de changer des éléments mais ce serait justement l’occasion pour les journaliste de dire non et d’ajouter un mot a la fin du reportage disant qu’on leur a demander de modifier une information mais qu’ils ont refusé.

    Commentaire par Sylvestre — 21/11/2008 @ 11:10

  6. @unread « montrer ce qui doit être montré » ? Mais à quoi ça sert, de montrer ? Amnesty International dénonce l’état des prison françaises, surpeuplées, insalubres, depuis des années. Qu’est-ce qu’une image viendrait ajouter à ça ? Je trouve dommage qu’on se croie obligé de s’adresser aux tripes des gens pour les faire réagir, comme s’ils ne savaient plus se servir de leur tête. Parce qu’à une réaction viscérale (mon dieu quelle horreur comment peut-on faire vivre des gens dans des conditions pareilles) « on » répondra en se servant d’autres réactions non moins viscérales (en montrant par exemple des victimes ou familles de victimes de crimes horribles). Un partout, la balle au centre, et rien ne bouge.

    Commentaire par Anna — 21/11/2008 @ 11:28

  7. Je pense que la réalisatrice du reportage a bien fait de refuser le diktat de l’Administration Pénitentiaire. Cette administration s’est, par culture, entourée elle même d’une opacité inacceptable dans une démocratie digne de ce nom.

    J’ai tout particulièrement apprécié ce reportage parce qu’il a donné une vue complète et détaillée de ces 3 affaires en interrogeant le maximum de personnes : personnel, familles, avocats, juges et jusqu’à l’aumonier de la MA de Valence! Pour tout vous dire, je viens de lire le commentaire d’un surveillant qui dit avoir apprécier l’objectivité du reportage. Connaissant la méfiance (euphémisme) des personnels de l’AP envers les journalistes, je peux vous dire que c’est un sacré compliment pour la réalisatrice!

    Je crois que beaucoup de téléspectateurs auront, grâce à ce reportage, appris de nombreuses choses : la lourdeur de la procédure pour changer de cellules ou pour voir un médecin, le fait que les surveillants de nuit n’aient pas les clés de cellules, et surtout, surtout, que la mort de Jérémy aurait pu être évitée si le droit à passer la nuit seul en cellule était appliqué (ce n’est le cas que pour 30% des détenus actuellement, ceux placés en centre de détention ou en centrale).

    La journaliste a, au final, posé LA question qu’il faut se poser : est ce que nous n’envoyons pas trop de monde en prison ? Faut il revoir la politique pénale avec une baisse de la longueur des peines ?

    Hier soir, je me suis un peu réconcilié avec le journalisme télévisuel. 🙂

    Commentaire par Mussipont — 21/11/2008 @ 11:43

  8. Pas tout à fait d’accord avec vous Aliocha, sur la question du pré-visionnage par l’administration fiscale.
    Visionnage ne veut pas dire obligatoirement censure, ou droit de veto… Il n’est pas impossible que certaines images puisse contenir des informations de nature sécuritaires utilisables par des mal-intentionnés, par exemple.
    Si vous exigez de la transparence de la part de l’administration, et à juste titre, n’est-il pas logique qu’en retour, le travail du journaliste se fasse également de façon transparente?
    Que craignez-vous d’un pré-dvisionnage exactement?

    Aliocha : ce que décrit Mussipont mais aussi une intervention politique auprès du président de la chaine…Vous avez raison de parler de questions de sécurité, mais pourquoi ne pas expliquer simplement aux journalistes lors du tournage ce qu’on ne peut pas leur montrer et pourquoi. On est entre adultes de bonne foi que je sache et les journalistes d’Envoyé Spécial ne sont pas des voyous. La vérité c’est ce qu’a expliqué très calmement la journaliste, l’AP voulait montrer ce qui allait bien, les journalistes dénoncer ce qui allait mal, d’où le clash, très classique. J’ai apprécié d’ailleurs que la journaliste dise simplement qu’elle comprenait la démarche de l’AP mais que ce n’était pas son sujet. Encore une fois nous ne sommes pas des charognards sans foi ni loi, on comprend bien que l’AP souffre d’un problème de manque de moyens dont elle n’est pas responsable, mais le plus important en termes d’information, ce qui doit être prioritairement montré au public, c’est ce qui ne va pas, parce qu’il faut corriger cela et ensuite on pourra se féliciter des efforts accomplis et faire un reportage pour montrer ces efforts. Et ce n’est pas une idée de journaliste obsédé par les trains qui n’arrivent pas à l’heure, l’état des prisons en France est dénoncé partout sans que rien ne change, il faut donc continuer de dénoncer sans relâche.

    Commentaire par Maraudeur — 21/11/2008 @ 11:52

  9. A Maraudeur : « Que craignez-vous d’un pré-dvisionnage exactement? » : une procédure en référé pour interdire la diffusion du reportage par exemple ? Je ne suis pas juriste mais c’est ce qui me vient à l’idée surtout que l’AP demande à voir le reportage 5 jours avant sa diffusion, largement de quoi saisir la justice.

    Commentaire par Mussipont — 21/11/2008 @ 11:58

  10. Hmmm il me semble avoir lu a plusieurs reprises sur le blog d’Eolas que ce merveilleux pays qu’est la France, partie des droits de l’homme, est régulièrement condamnée par la CEDH. Euh, si mes souvenirs sont bon, c’est pas sous le gouvernement du président Chirac qu’il y avait un Monsieur Prison qui devait régler tout ça…
    Bien sur l’urgence est actuellement de convoquer les procureurs qui font leur devoir au milieu de la nuit, ou de (re)marier des époux qui souhaitent rester séparés…

    Commentaire par Vonric — 21/11/2008 @ 15:18

  11. @6 Dénoncer et montrer, ce n’est pas la même chose.

    Dire la cellule fait 9m carre et il y a 4 prisonnier, ça laisse passer l’idée qu’ils sont serré.

    Montrer la, avec le matelas crasseux par terre, les toilettes hors d’ages, la peinture qui s’ecaille, l’electricitée pas au norme, l’humiditée sur les murs et quelques inevitable cafars qui cavalent, et la vous avez l’image de l’insupportable et un haut le coeur.

    La photo ne demande pas d’effort par le visionneur contrairement au texte ou au récit. Il n’y qu’a voir l’impacte des photo des geôles du palais parues récemment.

    Commentaire par Humaniste — 21/11/2008 @ 15:19

  12. « Préparer sa défense »…ah…parce que le reportage risque de « sortir » quelque chose d’inédit, quelque chose qui n’a pas déjà été dénoncé à longueur de reportages, d’articles, de rapports, et ce depuis au moins dix ans? Il faudrait donc 5 longs jours à l’administration méitentiapour parvenir à déplorer son manque de moyens, la difficulté de ses personnels etc etc (je crois bien que c’est chez les gardiens de prisons qu’il y a le plusz d’arrêts de travail, à vérifier). Non, je ne crois pas, pas plus que pour des raisons de sécurité: les personnes mal intentionnées, si elles sont capables de passer de la « mauvaise intention » à l’action, n’ont probablement pas besoin d’un reportage filmé pour le faire.
    C’est juste un droit de censure qu’ils s’octroient, comme souvent les administrations publiques, parce que dès qu’on parle d’eux dans un sens qu’ils désapprouvent ils s’estiment diffamés, parce dire la vérité, pour beaucoup d’administration, c’est diffamer dès lors qu’on ne montre pas tous les aspects complexes du problème etc etc puisqu’en tout état de cause dans ce pays personne n’est responsable de rien.
    Il n’y a au demeurant rien qui justifie un droit de regard préalable tant qu’aucune garantie fiable n’est apportée qui permette d’être certain que ce droit de regard ne se transformera point en cesure. Parce que quand on regarde l’histoire de la -si mal aimée- susdite, on s’aperçoit que les censeurs ne pensent jamais censurer, puisqu’ils ne cachent une information, ou n’interdisent un ouvrage que pour de bonnes raisons, toujours.
    J’ajoute que tous ces gens qui voudraient se voir soumis l’article, le reportage, le livre etc… dont ils craignent le contenu bénéficient d’un droit de réponse que, d’ailleurs, ils exercent largement (je lisais encore la semaine dernière le droit de réponse de Fourtoiu dans le point: très long, très factuel, très loin de l’entrefilet).
    Hors même du sujet en question (les prisons) je suis toujours choqué par le nombre de défenseurs empressés de celui qui demande un droit de regard, alors que même si « rien n’oblige le rédac chef à suivre les demandes de l’administration » il existe bien des moyyens, moins directs et moins légaux qu’une demande, d’obtenir ce qu’on veut, surtout quand une administration est mise en cause sous le mandat d’un Président tel que le nôtre.
    On ne peut pas d’un côté exiger des journalistes qu’ils soient précis, document, qu’ils croisent leurs sources etc… et d’un autre comprendre que le pouvoir -quel qu’il soit- ait un droit de regard sur leur travail.
    La liberté de la presse passe par la censure a posteriori, et l’interdiction totale et rigoureuse de la censure a priori, parce que la liberté d’expression et d’information est la seule vraie garantie du pluralisme, et que sans pluralisme, il n’y a plus de démocratie réelle.
    C’est dingue qu’il y ait si peu de gens pour soutenir la presse…

    Commentaire par Braillard qui braille pour de bon — 21/11/2008 @ 15:41

  13. « l’administration voulait que nous montrions ses efforts, nous sommes conscients qu’elle en fait, mais ce n’était pas l’objet du reportage, nous voulions dénoncer ce qui n’allait pas »

    donc l’idée des journalistes consistait à filmer un documentaire à charge contre l’administration. à partir du moment où rien n’oblige juridiquement le personnel pénitentiaire à acceder à cette demande, il aurait été stupide d’accepter.
    les journalistes ont le droit de dire du mal de vous mais pas d’exiger que vous leur fournissiez des armes.

    Aliocha : Visiblement, vous n’avez pas vu le documentaire. Mussipont oui, et il se trouve qu’il connait bien le sujet des prisons. Or, il a trouvé le reportage parfaitement équilibré. Voyez son commentaire. Rachida Dati emmène régulièrement les journalistes quand elle visite un établissement. Tout ets lisse et beau. Les journalistes eux se demandaient comment on pouvait mourir dans d’aussi belles prisons, ils ont essayé de savoir, on leur a fermé les portes. Etrange vous ne trouvez pas ? Par ailleurs, les journalistes savent fort bien que l’AP n’y est pas pour grand chose, que c’est un problème de moyens, il ne s’agissait donc pas de faire un reportage à charge contre l’AP. Mais au fait, pourquoi parlez-vous d’un reportage à charge ? Tout va bien dans nos prisons n’est-ce pas ?

    Commentaire par louis — 21/11/2008 @ 15:48

  14. Mais oui Aliocha, tout va bien dans nos prisons, voyez comme elles sont propres et lisses, on mangerais par terre (d’ailleurs 2000 détenus n’hésitent pas à dormir par terre, c’est une preuve, non?) :

    http://fr.youtube.com/watch?v=EWUjxWVbje8

    Même les surveillants en rigolent encore, ça c’est une caricature de comm’ institutionnelle qui restera dans les annales!

    Commentaire par Mussipont — 21/11/2008 @ 16:22

  15. @ maraudeur 8
    « pré-visionnage par l’administration fiscale » ? ?
    Il n’est pas trop tard pour faire pénitence !

    Commentaire par salah — 22/11/2008 @ 10:40

  16. IL y a quelques semaines un article fut publié dans libération. un ancien détenu témoignait des aggressions et de l’horreur qu’il avait subit en prison. Malgré tout il avait résisté et finalement à la fin de sa peine était sorti. Mais dans quel état !
    Posons-nous la question de la responsabilité de l’Etat ? Lorsque des personnes sont mises en danger de la sorte, subissent violences morales et physiques, laisser faire et ne pas intervenir n’est ce pas audelà du non respect de la personne humaine de la non assistance à personne en danger ?

    Commentaire par marie christine — 22/11/2008 @ 11:24

  17. @ mussipont : elle est dans la droite ligne de la précédente : http://fr.youtube.com/watch?v=yok5-xC0FAU&feature=related. J’ai un ami pion qui en avait appris le boniment par coeur, et qui le ressortait dès qu’il le pouvait aux élèves, ça les faisait bien rigoler.

    Commentaire par gwynplain — 22/11/2008 @ 12:50

  18. @Humaniste, c’est bien le problème, je pensais avoir été claire : une réaction viscérale ne durera pas, et pourra très facilement être contré par une autre réaction viscérale (celle provoquée par un récit, des images de victimes de crimes ou de délits). Alors que quelque chose de réfléchi ne peut pas si facilement être chassé d’une tête.

    Commentaire par Anna — 22/11/2008 @ 18:40

  19. bonjour Aliocha

    je mets un billet qui n’est pas un commentaire direct sur votre billet mais sur la liberté de la presse
    je viens d’apprendre qu’une proposition de loi projette d’allonger le délai de diffamation sur Internet. le 4 novembre dernier, les sénateurs ont fait le distingo entre les sites issus de médias traditionnels «régulièrement déclarés ou autorisés», et les autres. Les premiers, jugés prudents par la Garde des sceaux, resteraient soumis au régime actuel. Les autres,comme n’importe quel blog, passeraient sous le nouveau régime, autrement plus strict.

    que pensez vous de cette proposition quels en sont selon vous tous les risques ?je vous mets de lien pour prendre connaissance du texte et des commentaires
    http://emotions.20minutes-blogs.fr/

    Commentaire par artemis — 23/11/2008 @ 14:18

  20. @salah 15

    Euh… oui… Administration pénitentiaire, bien sûr!
    Incroyable comme même en se relisant on laisse passer des fautes d’orthographe et des erreurs bêtes… C’est un métier de commenter! 🙂

    Commentaire par Maraudeur — 23/11/2008 @ 21:54

  21. Ce que j’ai retenu du reportage diffusé c’est surtout que l’administration pénitentiaire n’est pas une personne humaine et que son raisonnement est exclusivement administratif et donc dénué de toute considération humaine. (On retrouve malheureusement ce problème dans beaucoup d’administrations et nombre de faits divers).

    Ce qui me dérange peut-être le plus c’est que le « bon » fonctionnaire sera celui qui sera bien formaté et raisonnera comme une administration.
    Je fais notamment allusion au discours du fonctionnaire tentant de justifier pourquoi, d’un point de vue administratif, il ne considérait pas les tentatives de suicide du jeune Julien comme telles. J’imagine pourtant que ce fonctionnaire sera, dans un autre contexte, tout à fait compatissant et humain, qualités qu’on lui demande sans doute de laisser au vestiaire quand il est au boulot.

    Par ailleurs, certains commentaires (dont les votre, Aliocha) semblent montrer que l’on craint de l’administration qu’elle puisse user et abuser d’un pouvoir discrétionnaire lui permettant de ne faire valoir que sa vérité, censurer celle d’un témoin extérieur (journaliste par exemple), et n’accepte pas (ou soit incapable) de se remettre en question en particulier sur des points qui touche l’individu humain.
    « Manque de considération humaine », « pouvoir discrétionnaire », « incapacité de se remettre en question »… voilà déjà 3 bonnes raisons pour expliquer un profond malaise et probablement sa longévité dans le temps.

    Pour revenir à votre billet et à votre réflexion, je constate d’ailleurs que vous avancez des arguments empathiques que vous opposez à des faits qui ne sont considérés que comme administratifs.

    Pour l’avoir vécu, lorsqu’on assiste à la longue et inexorable descente aux enfers d’un jeune jusqu’au suicide, principalement pour des raisons de déstructuration sociale et de manque affectifs, d’incompréhension et de dénie par la société de sa profonde souffrance intérieure (que le jeune a d’ailleurs du mal à exprimer lui-même), et pire encore, de son cloisonnement dans des expertises et des critères purement administratifs, on se dit que lorsqu’une administration est chargée de gérer de l’humain, elle va mettre tout en œuvre… sauf à considérer qu’à la base elle gère de l’humain.

    Commentaire par Oeildusage — 24/11/2008 @ 14:57

  22. L’Administration pénitentiaire a un bilan « chargé ».

    Pour s’en convaincre, il n’est besoin que de (re)lire Albert Londres « Au bagne », sur le délire meurtrier des bagnes de Guyane en 1923, où l’on laissait mourrir les détenus à cause de maladies et fièvres tropicales et de la lèpre, en refusant à les soigner par manque total de budget pour les soins.

    Commentaire par Mazarinet — 24/11/2008 @ 14:58

  23. @ Mazarinet

    Certes, mais presque cent ans ont passé… Ne serait-il pas temps de revenir à une situation plus décente et de considérer les prisonniers comme des êtres humains à part entière ?

    Commentaire par ramses — 24/11/2008 @ 15:04

  24. Bonjour

    Je ne porte aucun jugement sur la qualité de l’émission et du débat qui ont suivi car je ne les ai pas vus. Je ne mets pas en cause l’utilité de dénoncer la situation actuelle des prisons, ni le scandale que cette situation constitue. Je prends aussi en compte l’utilisation faite par la chancellerie des interviews pour tenter de cacher cet état de fait. Mais cependant…

    Quand je lis ‘l’administration voulait que nous montrions ses efforts, nous sommes conscients qu’elle en fait, mais ce n’était pas l’objet du reportage, nous voulions dénoncer ce qui n’allait pas‘, cela me choque.

    Cela veut dire que volontairement le journaliste limite son sujet à ce qu’il veut démontrer et se cantonne volontairement dans l’accusation. Pour moi une émission qui se prétend reportage et qui bénéficie donc d’un format qui permet d’exposer les faits ne doit pas avoir pour ambition de montrer ce qu’elle a envie de montrer, mais d’aider le lecteur/téléspectateur à se faire un opinion sur un sujet.

    En refusant d’enquêter à décharge, cet objectif ne peut être atteint. Ce que l’administration pénitentiaire fait (ou prétends faire) pour éviter les tristes situations qui constituent l’objet du reportage me paraissent faire partie du sujet traité.

    Éventuellement, les enquêteurs peuvent conclure que c’est faux / dérisoire /non vérifiable, mais l’écarter de facto et le passer sous silence n’est pas honnête et manque totalement d’objectivité.Le fait de le citer dans le débat est certes une façon d’être plus objectif, je laisse ceux qui ont vu cette émission en juger.

    Cependant, que l’on trouve naturel qu’un enquêteur se prévale d’une position aussi restrictive et subjective me parait, dans son principe, très loin de cette défense de la démocratie que vous défendez.

    Aliocha : Si vous aviez vu le reportage, vous n’écririez pas cela. Le sujet était : pourquoi certains meurent-ils en prison ? Et les journalistes ont donné équitablement la parole à toutes les parties prenantes, administration, juges, médecins et famille des détenus décédés. Mais ce sont les journalistes qui ont organisé leur reportage et non pas le service de communication du ministère. Cela s’appelle l’indépendance de la presse et en l’espèce cela a donné lieu à un admirable reportage. Le problème c’est que c’est le genre de travail qu’on juge sur pièce et, comme vous dites, vous n’avez pas vu l’émission. Il me semble qu’on critique assez la presse pour ce qu’elle fait mal ou pas assez bien, évitons donc de la stigmatiser en plus pour ce qu’on imagine qu’elle aurait pu faire mal. En l’espèce, c’est particulièrement mal venu

    Commentaire par Alixe — 24/11/2008 @ 17:31

  25. @Alixe : vous savez, montrer ce qui va bien dans les prisons françaises n’auraient pas allonger de beaucoup le reportage, mais s’il avait fallu montrer TOUT ce qui ne va pas, il faudrait réserver plusieurs soirées!

    Et effectivement, comme le dit Aliocha, si vous aviez vu le reportage, vous auriez pu apprécier le fait que les surveillants et l’administration ont largement eu le temps de développer leur point de vue sur les 3 affaires de décès en question, ce qui fait que le reportage était très équilibré. Tout le contraire de l’article de Libé cité par marie-christine au commentaire 16 qui ne donnait que le point de vue du détenu racontant son terrible calvaire de plusieurs années. Je vous avoue être assez perplexe sur ce cas et j’aurais vaiment apprécié avoir le point de vue de l’AP mais, malheureusement, nous avions là un article uniquement écrit à charge.

    A propos du troisième décès évoqué dans le reportage, la jeune fille était une « mule ». Pour ceux qui ne le connaitrait pas, je vous rappelle ce billet d’Eolas : http://www.maitre-eolas.fr/2008/07/01/1004-les-mules

    Commentaire par Mussipont — 24/11/2008 @ 21:04

  26. @ Aliocha et Mussipont :

    J’ai bien lu vos réponses.

    J’aimerai préciser que je n’avais aucune intention de stigmatiser la presse. Je voulais simplement dire que le raisonnement : ‘je limite mon sujet à ce que je veux montrer‘ ne s’accepte pas de soi et peut déboucher sur un traitement partial de l’information. Tout dépend de la façon dont il est mis en oeuvre, ainsi que le souligne Mussipont en évoquant un article moins satisfaisant.

    Cette émission, d’après les échos que j’en lis, a été bien traitée et on ne peut que s’en réjouir.

    Commentaire par Alixe — 26/11/2008 @ 13:08


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