La Plume d'Aliocha

17/11/2008

Halte à la paranoïa bloguesque !

Filed under: Débats — laplumedaliocha @ 10:23

Une poignée de blogueurs un peu agités s’est émue récemment de deux articles publiés respectivement dans Le Monde et dans CB News sur l’arrivée de la pub sur les blogs. Nous en avons déjà parlé ici. Et ces blogueurs de prétendre qu’il s’agit d’un complot des journalistes pour étouffer un nouveau journalisme naissant qui viendrait les concurrencer ou mieux les remplacer à terme. Les arguments sont ceux, classiques, émis depuis toujours contre la presse, corporatisme, paresse, manque d’indépendance, incompétence etc…Nous savons cela par coeur. Contrairement aux autres métiers, le nôtre est sous observation continuelle du public, par conséquent les erreurs se voient davantage. En outre, nous dérangeons souvent, ce qui explique les attaques. Mais utilisés par quelques blogueurs un peu nerveux, ces critiques prennent un tout autre sens. Leur grande idée en effet est de prétendre remplacer les journalistes en s’appuyant sur le fait que notre profession serait moribonde et qu’ils seraient l’avenir de l’information. Pourquoi ? Parce qu’ils sont sur le web et qu’ils se trouvent bien plus intelligents que les journalistes. Du coup, on parle en ce moment d’une guerre des journalistes contre les blogueurs et l’on compte les soi-disants coups. Si vous n’avez pas suivi la dernière bataille en date, le journaliste du Monde s’est pris une volée de bois vert au motif qu’il aurait commis deux fautes non démontrées d’ailleurs, d’abord ne pas citer l’un des blogueurs français les plus en vue, ensuite donner une information erronée sur Deedee. Et les blogueurs de lui infliger une jolie fessée publique pour lui montrer combien ils sont plus précis et connaissent mieux le sujet que lui (sous-entendu à quel point ils feraient de bien meilleurs journalistes). J’aurais laissé courir ce débat inepte, si ladite guerre ne prenait une dimension un peu ridicule nécessitant quelques mises au point. Car tout ceci est un contresens magistral. Le deuxième article en lien propose une  analyse hautement sophistiquée de la consommation de l’information, elle est intéressante, mais  l’idée d’une guerre est en revanche absurde et frôle même la désinformation. Je m’explique.

Le profession de journaliste est-elle ouverte ou fermée ?

Incontestablement, c’est la profession la plus ouverte que je connaisse. L’une des rares dont l’accès n’est subordonné à aucune condition de diplôme. Oui, vous avez bien lu, il ne faut justifier d’aucun diplôme pour devenir journaliste. Mais il y a des écoles de presse, me direz-vous. En effet, toutefois aucune réglementation n’impose de passer par ces écoles pour devenir journaliste. C’est à chacun de choisir la formation dont il espère qu’elle lui donnera le plus de chances de réussite. Preuve en est que je suis journaliste sans être passée par une école, comme beaucoup de mes confrères, en particulier dans la presse économique où l’on apprécie les profils spécialisés. Cela étant, il est vrai que le métier fait encore rêver, du coup, il y a beaucoup de prétendants. C’est pourquoi en pratique, les journalistes sont recrutés à bac +5 aujourd’hui.  Mais alors comment obtient-on la carte de presse me direz-vous ? La réponse est ici. Il faut justifier du fait que l’on exerce un travail journalistique dans une entreprise de presse et que l’on en tire l’essentiel de ses ressources. C’est tout. Voilà qui me fait dire que face à des métiers comme avocat, médecin, notaire et même chauffeur de taxi, la profession de journaliste est très loin d’être corporatiste. Il n’y a pas non plus de numerus clausus ni de quelconque verrou à l’entrée. Il suffit de convaincre un journal que vous avez les qualités nécessaires et de vous faire embaucher. C’est ce qui fait la richesse de notre métier, on y croise tous les parcours et tous les profils. Si mes amis blogueurs veulent devenir journalistes, ils savent comment faire désormais. Inutile de jouer à la guerre.

Pourquoi un blogueur n’est-il pas un journaliste ?

Je vous ai donné la raison un peu plus haut : parce qu’il n’exerce pas d’activité journalistique rémunérée pour le compte d’un éditeur de presse. Tout simplement. Alors on peut s’en plaindre, avancer des arguments pour que cela change, pourquoi pas ? Mais accuser les journalistes de corporatisme, avancer qu’ils se défendraient contre la soi-disant concurrence des blogueurs est aberrant.  Par ailleurs, et sur le fond, il me semble important de rappeler que si le web a permis à tout un chacun de publier son journal intime ou ses pensées profondes sur l’actualité, cela ne fait pas des auteurs des journalistes. Il faut revenir aux réalités. Le journalisme est un métier qui s’apprend, qui suppose des devoirs et des responsabilités.  Il consiste avant tout à aller chercher l’information et non pas à se contenter de la commenter.  Il suppose aussi d’en tirer sa subsistance à titre principal. Cela s’appelle un métier. Et cela fait toute la différence avec les écrits parfois fort intéressants de certains blogueurs. Prenons l’exemple d’Eolas. Nous sommes tous d’accord pour dire qu’il commente l’actualité juridique et judiciaire de manière tout à fait passionnante. Cela en fait-il un journaliste ? Non. Eolas est avocat et, comme tel, il apporte son éclairage d’expert sur l’actualité. Ce qu’il fait n’est en rien différent de ce que font ses confrères lorsqu’ils sont appelés à écrire dans la presse pour donner leur avis sur un fait d’actualité. En, d’autres termes, même le travail d’un des meilleurs blogueur n’est pas du journalisme. On peut appliquer le même raisonnement à Philippe Bilger, Autheuil etc….Tous ont un métier et partagent leur expertise professionnelle avec leurs lecteurs. Je ne vois donc pas en quoi les journalistes devraient les redouter. En tout cas, je ne me sens pas concurrencée en tant que journaliste juridique par ces éminents blogueurs. Car c’est moi et mes confères qui leur donnons la matière nécessaire pour écrire leurs articles. Chacun fait son métier. Le journaliste va chercher l’information, l’expert lui donne toute sa profondeur. C’est tout. Et le web ne change rien à la nature des exercices, il ne fait que faciliter la diffusion des avis d’experts auprès du public. 

Non les journalistes n’ont pas peur des blogueurs !

Pour autant, les blogueurs continuent de crier au complot journalistique. D’abord, je l’ai dit et je l’affirme, les journalistes n’ont absolument pas peur des blogueurs. Au risque de froisser certains d’entre eux, je suppose que lorsqu’ils changent une ampoule ils ne se prennent pas pour des électriciens, pas plus qu’ils ne revendiquent le titre de vétérinaire quand ils achètent un collier anti-puces à leur chat. Dès lors au nom de quoi se prétenderaient-ils journalistes quand ils commentent l’actualité sur leur blog à la fin de leur journée de travail ? Allons, soyons sérieux 5 minutes. Le plus souvent, ils s’expriment sur des informations qui leur ont été données par des journalistes. Il faut croire que la reconnaissance ne les étouffe pas plus que la bonne foi intellectuelle. Et si certains, dans le domaine high tech ou celui de la mode sont en contact direct avec les entreprises, j’aimerais bien savoir ce qui garantit la qualité de l’information qu’ils délivrent. Surtout dans des domaines aussi « commerciaux ». Mais, répondent-ils, cette presse n’est pas indépendante, nous avons le droit de partager le gâteau publicitaire avec vous et de demander aussi des cadeaux pour écrire des articles de complaisance. Jolie mentalité et belle préfiguration du nouveau monde de l’information sur le web ! Au surplus si ce genre de presse de consommation venait à disparaître, je n’aurais pas le sentiment que la démocratie serait en danger. De là à en déduire, comme certains le font, que ça ne fait que préfigurer une bascule totale de l’information vers un modèle où tout un chacun deviendrait journaliste, il y a un pas que je n’entends pas franchir.

De vraies interrogations sur le web

Reste une autre crainte, celle des journalistes vis à vis du web. Celle-ci est réelle car nous sommes en pleine révolution et que personne n’a encore trouvé de vrai projet économiquement viable permettant de faire du journalisme sur le web. Notamment en raison, je suppose, du culte que voue Internet à la gratuité. Je suis comme tout le monde, lorsque je cherche une information et que je tombe sur un accès payant, je m’agace et je zappe. Mais si j’y réfléchis un peu, je me pose cette question : au nom de quoi dans notre pays réclamerait-on la gratuité des prestations intellectuelles ? Personne ne refuserait de payer le maçon qui répare le mur de sa maison, alors pourquoi exiger qu’un travail journalistique soit gratuit ? Tant mieux si on y arrive grâce à la pub, mais entre nous, c’est une vraie question non ?   Il y a donc des raisons de s’inquiéter, mais aucune de discriminer le web. Bien au contraire. Tous les patrons de presse qui réfléchissent actuellement au web savent qu’ils doivent y être, l’observent avec intérêt, travaillent sur des modèles, mais n’ont pas la stupidité d’en nier l’existence ou de la maudire. Quant aux journalistes, je ne vois pas en quoi ils devraient haïr le web, tout ceci relève du fantasme pur.  Je gage que si tous ces blogueurs qui tirent leur subsistance d’autre chose que de leurs blogs voyaient leur métier s’interroger sur son avenir, ils s’inquiéteraient eux aussi et je trouve leur rage anti-journaliste et leurs rêves de nous voir disparaître profondément douteux.

Montrez-nous donc la voie…on vous regarde !

Cela étant, puisqu’ils prétendent que le web est l’avenir et qu’ils en sont les spécialistes, puisqu’ils briguent le statut des journaliste, pourquoi ne créent-ils pas d’entreprise de presse sur le web ? Qu’ils nous montrent l’exemple, qu’ils conçoivent un projet, qu’ils y mettent de l’argent, qu’ils le lancent, qu’ils prennent le risque de tenter d’en vivre et qu’ils nous montrent à nous les journalistes dépassés de la presse papier, comment on vit de l’information sur le web. Non ? Ils ne savent pas ? Le modèle qu’ils proposent s’en tient à des commentaires éclairés et amateurs sur un blog gratuit dont ils s’occupent quand ils en ont le temps. C’est cela le magnifique modèle destiné à remplacer la presse papier ?   Des gens dont on ne sait rien, la plupart du temps anonymes et qui proposent leur lecture personnelle de l’actualité ? Moi j’y vois un complément nouveau et bienvenu de la presse, pas  du journalisme, loin de là. Ce n’est parce que Internet multiplie les sources d’information en provenance d’amateurs que cela fait disparaître la nécessité d’avoir des professionnels de l’information. Je gage même que nous allons découvrir très vite que cela ne fait que la renforcer. Ce d’autant plus, et ça les agace nos amis blogueurs, que la pub fait son entrée chez eux. C’est une amorce de rentabilité mais aussi d’intoxication dès lors que certains  estiment ne rien devoir à leurs lecteurs et certainement pas l’indépendance de leur point de vue.

Qu’ils continuent donc à jouer les amateurs éclairés, ils ne nous empêchent pas de dormir, croyez-moi. Par contre, je vais leur donner gratuitement un conseil de journaliste : vous trouvez que notre indépendance est sujette à caution ? Vous me faites sourire. Tâchez de vous doter d’une charte de déontologie avant que la pub ne vous dévore entièrement. Et en attendant, cessez de nous attaquer, vous vous battez tout seuls, nous avons autre chose à faire que de jouer à la guerre avec des blogueurs. Si vous étiez sincères, si l’information était en effet votre passion comme c’est la nôtre, vous réfléchiriez avec nous et non pas contre nous. Et vous commenceriez par vous interroger sur l’irruption de la pub dans votre univers au lieu de taper sur les journalistes qui en parlent et de crier au complot.

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53 commentaires »

  1. Aliocha : « Personne ne refuserait de payer le maçon qui répare le mur de sa maison, alors pourquoi exiger qu’un travail journalistique soit gratuit ? »

    Parce que personne ne souhaiterait voir une pub sur le mur de sa maison : le journalisme doit faire un choix de modèle économique, c’est à dire où placer le curseur entre la vente ou l’abonnement, et la publicité Un journal comme l’express a une page sur deux de pub, j’estime normal de ne pas le payer aussi cher qu’un autre moins doté. Vu d’un côté business, le journal est un espace de pub où les articles servent à attirer le lecteur. Dès lors, on ne paie plus l’article (c’est le journal et la pub qui le font). Ca fait mal à l’ego des journalistes, mais c’est la réalité : dans un système économique tous les acteurs ne partagent pas les mêmes objectifs.

    Pensez aux objectifs :
    – du journaliste,
    – des publicitaires,
    – des lecteurs,
    – de la société au sens large.

    Commentaire par Paul — 17/11/2008 @ 10:55

  2. Reprenons, voulez-vous…

    Tout d’abord, ce que je reproche à la presse (au Monde, pour être précis) n’est en rien de ne pas avoir cité Eric Dupin, le roi du blog monétisé en France, non, ce que je lui reproche, c’est d’avoir balancé Stagueve au fisc. Si vous jugez cette attitude noble et loyale, libre à vous, moi, non.

    Aliocha : peut-être, je ne sais rien de cette histoire, mais tous les articles de blogueurs que j’ai lus s’en prenaient à l’article du Monde pour d’autres raisons.

    Le profession de journaliste est-elle ouverte ou fermée ?

    Plus que celle d’expert comptable, autan que celle de politique. Si j’en crois les critères d’attribution d’une carte de presse, il faut gagner plus de 50% de ses revenus du traitement intellectuel de l’information. Chouette, si c’est si ouvert que cela, Eric Dupin ne devrait pas tarder à avoir une carte de presse, non ?

    Pourquoi un blogueur n’est-il pas un journaliste ?

    Avant tout parce que le terme bloggeur est flou, mais surtout parce qu’il n’impose en rien la moindre tenue d’une quelconque charte éthique qui d’ailleurs n’existe pas. Vous avez tout a fait raison, si certain bloggeurs peuvent à l’occasion faire des billets de nature journalistique, un bloggeur n’est pas un journaliste.

    Non les journalistes n’ont pas peur des blogueurs !

    Heu… si… pour une raison simple : la taille du gateau (publicitaire) diminue, les convives à table augmentent (du fait de l’arrivée des bloggeur dans le monde des contenus monétisés), du coup, la concurrence est féroce. C’est un problème strictement financier.
    S’il n’y avait pas de problème financier, il y a fort à parier que les journalistes verraient, dans certains bloggeur tout du moins, des wanabee journalistes avec tendresse, et créeraient des passerelles pour les plus doués d’entres eux.

    Aliocha : ce n’est pas aux journalistes de créer des passerelles, ils n’embauchent pas les journalistes, ils sont salariés ! Les blogueurs n’ont qu’à aller sonner dans les entreprises de presse pour faire valoir leur expérience, je gage qu’on leur ouvrira tout grand les portes. Tous les groupes de presse cherchent en ce moment des spécialistes de l’écriture web. Au lieu de cela, ils se victimisent et se montent la tête. C’est qu’au fond, ils ne veulent pas devenir journalistes et entrer dans un cadre certes souple mais dans un cadre quand même, ils se contentent de dénigrer et de se poser en modèles d’un nouveau monde. Désolée mais dans le journalisme comme ailleurs, il faut mouiller la chemise, faire sa place, prouver ses compétences et aller frapper aux portes. Les choses ne tombent pas du ciel et il y a une énorme différence entre bavarder sur un blog en se prenant pour Albert Londres et décider qu’on va en faire un métier.

    De vraies interrogations sur le web

    J’avoue que moi aussi, tout comme vous, je suis toujours un peu choqué par cette idée de la gratuité à tout prix. Autant d’un point de vue capitaliste, ca coule de sens, ce n’est, après tout, que la conséquence d’un concept simple appelé concurrence, autant, d’un point de vue de la démocratie, c’est assez choquant. Vous mettez le doigt ici sur un point d’affrontement entre capitalisme et démoncratie qui pose un vrai problème. Il y en a d’autres, et bien plus graves encore, qui ne font guère qu’empirer le problème (et qui n’ont rien à voir avec la presse pour le coup). Je vous invite à suivre ReadWriteWeb dans les jours qui viennent, nous allons en débusquer un colossal.

    Montrez-nous donc la voie…on vous regarde !

    En fait, c’est plutôt l’inverse. Aux Etats Unis, il existe des formations pour bloggeurs assurées par des journalistes. Vu la gueguerre en cours, on n’est pas près de voir cela en France, et c’est bien dommage. A bien y réfléchir, la seule et unique chose que les bloggeurs pourraient enseigner aux journalistes, c’est le link journalism. Celà consiste à utiliser de façon intensive les liens dans l’écriture d’un article afin d’appuyer, de justifier ou de prouver le message que l’on cherche à faire passer. (publish2.com vous en dira plus, le Washington Post, et plus récemment le New York Times pratiquent cela).
    Là encore, je vous invite à venir sur http://fr.ReadWriteWeb.com dans les jours qui viennent pour vous montrer cela.

    En dehors de celà, c’est plutot aux bloggeur de vous dire ‘Montrez nous la voie, on vous regarde’. La charte éthique des journaliste (cherchez sur wikipédia), est pour moi un texte à reprendre in extenso pour faire celle, si ce n’est des bloggeurs, du moins d’une certaine catégorie d’entre eux (un label qualité, en quelque sorte), et le courage de certains est une leçon d’humilité (je cite toujours Cedric Deniaux pour qui j’ai la plus grande admiration, mais on peut en citer beaucoup d’autre, comme Denis Robert).

    Aliocha : Quand je dis montrez-nous la voie c’est montrez-nous comment on gagne sa vie en faisant de l’information sur Internet. Je suis lasse de lire des propos sur le côté moribond de la presse papier qui aurait raté le virage Internet et tenterait de discréditer le web pour survivre. C’est absurde. Par contre, je demande aux donneurs de leçons qui jugent la presse papier out de me décrire le modèle économique que nous aurions du suivre et que nous avons loupé…On n’en sait rien pour l’instant.

    Commentaire par Fabrice Epelboin — 17/11/2008 @ 11:04

  3. Bon, vous me semblez passablement énervé, désolé d’en être à l’origine. Sincèrement.

    Pour ce qui est de ‘montrer la voie’, c’est bien noté. On peut effectivement faire quelque chose. D’ailleurs, si vous regardez de près la presse – pardon – les blogs ‘techno’ (les sérieux, j’entends), vous devriez voir dans les mois qui viennent certains modèles économiques apparaitre. Allez voir… je ne sais pas, moi… http://www.hellocoton.fr/ ou http://ladiesroom.fr

    Dans l’année à venir, vous allez en voir une quantité impressionnante dans ce genre, c’est tout l’objet de mon article : la presse féminine est le talon d’Achille de la presse actuelle, et comme le bloggeur est lâche, c’est à cela qu’il va s’attaquer en premier.
    Non, je rigole, ce n’est pas un bloggeur qui fera cela (ils ont d’autres choses à faire, à commencer par gagner leur vie avec une activité professionnelle sérieuse). Par contre, les entrepreneurs, les agences de communication, les annonceurs et le financiers, c’est une autre histoire…

    Aliocha : ce n’est pas votre faute et votre article est intéressant. En revanche, certains blogueurs à mon sens raisonnent à faux et entraînent les lecteurs dans leur erreur, ça finit par m’agacer parce que je trouve sincèrement cette guerre stupide et en grande partie fantasmée.

    Commentaire par Fabrice Epelboin — 17/11/2008 @ 11:23

  4. Méfiez-vous, Aliocha. Si les bloggeurs se mettent à engranger du bénéfice par la publicité, cela leur fera des revenus issus de leur blogs, ils pourront prétendre à l’obtention de la carte de journaliste.

    Aliocha : à supposer qu’ils démontrent quand même qu’ils font du journalisme pour le compte d’un éditeur de presse. Or, être payé pour tester des produits et en parler, c’est de la com’, pas de la presse et le fait qu’une partie de la presse féminine dérive en ce sens ne plaide pas en faveur d’une assimilation des blogueurs aux journalistes mais plutôt d’une dénonciation des méthodes de cette presse.

    Blague mise à part, le net est un modèle économique qui se cherche encore. Entre informations sérieuses, commentaires, experts, il reste encore de la place pour les bloggeurs et autres. Si chacun peut manger une part suffisante du gâteau, pourquoi pas, mais je crains que certains se laissent corrompre par la gourmandise et ne cherchent à manger plus que leur part.

    Qui plus est, pour moi, le modèle informatif actuel est, finalement, très structuré. Si je veux m’informer, je commence par les sites des journaux. Je continue par les blogs hébergés par les journaux (en lien direct depuis leurs pages web, donc), puis je remonte par liens. C’est un gage de confiance, parfois non fondé, et j’ai donc plus confiance dans ce que je lis que si je passe par google pour tomber sur un blog « au hasard ».

    Commentaire par Ryuu — 17/11/2008 @ 11:31

  5. Bonjour Mlle 🙂

    juste un petit commentaire à la marge sur la gratuité et internet.

    Tout le monde s’accorde à dire que tout travail mérite salaire, c’est un fait acquis et personne n’est véritablement contre. Mais si l’on regarde le société de consommation actuelle, il n’est pas rare (voire courant) que le produit(ou le service) acheté n’est pas à la hauteur du prix qui a été payé. Je fais cette constatation dans nombre de domaines (et surtout dans le peu de domaines ou je me considère comme un ‘sachant’) : domaines informatiques surtout.

    Ainsi lorsque je paye pour un produit/service, j’attends obtenir la qualité équivalente au montant de mon achat : presque nulle pour un achat à bas prix, plus conséquente pour un achat dans une gamme plus évoluée. [ exemple type : pourquoi un poele Tefal(c) à 30 euros n’est pas plus résistante à l’usure qu’une fabriquée en Chine et qui ‘vaut’ 5 euros ? ] Pouquoi un logiciel à 50 euros n’est pas ‘mieux’ qu’un gratuit ? pouquoi une imprimante à 50 euros à des cartouches qui valent 40 euros chaque …]

    Fort de cette constatation, arrivé dans un monde de choix qu’est internet (nous ne sommes qu’à un clic du suivant sur la liste), plutôt que de payer pour un produit ne valant _potentiellement_ pas plus qu’un autre, lui gratuit, le quidam passe son chemin. Parce qu’il est bien là le problème, oui je trouve normal de payer son hébergement (par exemple) et tous mes serveurs, je les payent, je n’ai aucun site sur les hébergements gratuits des FAI, pas de page perso (ou blog 😉 ) sur un serveur gratuit wordpress, gandi, machin.blog.com …) Mais combien de personnes payent pour leur blog ?

    Toutefois, si l’on regarde de près dans le monde des hébergeurs qui proposent des hébergements de ‘masse’ – entendre entrée de gamme, bas prix – La qualité de service et les droits qu’ils s’arrogent sur le maintient (ou non) de la prestation ne justifient pas le peu d’argent qu’ils demandent. Ainsi pourquoi payer 10 euros à droite alors que la qualité de service à gauche est la même pour … rien ? Il est là le choix cornélien. Tout le monde comprend que rien ne peut être gratuit … dans la durée, mais nous sommes passé, et sur le net encore plus, dans une société de l’immédiateté, alors la pérénité …

    Mais ma brave dame, le monde y tourne plus rond vous savez, à cause de tous ses satellites qu’y nous zonât mis au dessus de la tête…

    Commentaire par herve_02 — 17/11/2008 @ 11:31

  6. Quelques commentaires et opinions en vrac sur votre texte…

    Je crois que votre remarque la plus pertinente est sur la difficulté des médias à s’habituer au web. Les bloggeurs, et même certains journalistes, confondent celà avec une opposition journalistes/bloggeurs, mais il s’agit bien d’opposition entre les moyens de diffusions. Les blogs ne sont qu’une manifestation de cette particularité d’internet, mais ils ne sont à mon avis pas la cause du problème.

    Vous dites que l’une des difficultés auxquelles la presse sur internet est confrontée est la gratuité. Je crois que c’est une difficulté d’internet en général, et les très médiatisées histoires de téléchargement en sont encore une autre facette. C’est sur internet, donc ça doit être gratuit. Je pense que là, c’est un obstacle mental qui pourrait être franchi par la technologie : sur le principe, les gens ne sont pas opposés à payer pour regarder du contenu sur leur écran. Ils l’ont fait pendant des années avec le Minitel, ils le font encore avec les SMS, ou les appels aux innombrables numéros surtaxés. Quelle est la différence ? Techniquement, on n’a pas l’impression de payer : on appelle un numéro et le prix est automatiquement versé sur la facture à la fin du mois.

    À l’inverse, actuellement sur internet, chaque transaction, quelque soit son montant, demande de rentrer un numéro (dans une interface différente sur chaque site), valider, parfois re-valider via sa banque… Non seulement c’est techniquement long, mais en plus cela donne le sentiment qu’un paiement est une opération « précieuse », importante, même si c’est pour 0,01 € : c’est comme si quelqu’un nous répétait 3 fois « tu dépenses de l’argent ! » à chaque paiement, aussi minime soit-il. Si il existait un système de paiement « transparent » similaire à celui du téléphone, pour des petites sommes, je parie qu’un journal dont chaque article serait payant (quelques centimes, pas plus) deviendrait envisageable.

    Actuellement, l’inexistence du contenu payant sur internet rend obligatoire la pub, et les bloggeurs ont beau jeu de dire que les médias sont corrompus par la pub, vu que par nature, elle doit être visible et que eux, bloggeurs, sont bénévoles.

    Par ailleurs, pour en revenir un peu plus au sujet journalistes/bloggeurs, je crois que le métier de journaliste est certes d’une part la collecte et diffusion des informations, et là il me semble incontestable que les bloggeurs ne jouent pas dans la même cour, mais c’est aussi l’analyse et la mise en perspective. De ce point de vue, les bloggeurs entrent en concurrence directe avec les journalistes. Peut-être faut-il là aussi inventer un nouveau système, les journalistes se contentant de fournir des faits « bruts » à un « pool » de bloggeurs qui produiraient des analyses ? Ou, pour faire le chemin dans l’autre sens, que les journalistes, toujours dans le cadre officiel de leur travail dans un journal, à la fois écrivent des articles de faits et tiennent un blog où ils livrent leurs analyses ? On y est déjà presque, par les commentaires présents dans la majorité des journaux, mais il manque encore la réactivité de l’auteur face aux commentaires, ou simplement l’identification claire de l’auteur (sur le Monde.fr, il est parfois presque impossible de savoir qui a écrit un article…).

    Aliocha : on peut aussi tout simplement rompre avec le fantasme de l’info objective né au milieu du 19ème et prôner un journalisme d’analyse, ce qui est mon cas. Mais me direz-vous cela met à mal la définition du journalisme ? Du tout, le journaliste est un professionnel de l’information, en cela, il sera toujours opposé au blogueur qui n’est qu’un amateur de l’information. Et ce n’est pas du tout péjoratif. Quand vous chantez sous la douche, vous ne vous prenez pas pour un chanteur d’opéra, même si vous êtes doué et si vous pensez que vous auriez pu faire carrière, juste pour un amateur éclairé ? C’est pareil pour la presse et les blogs. Au fond, je vais cous dire, s’il y a complot, c’est de la part des communicants qui rêvent de gommer totalement la frontière entre pub et information et ont trouvé avec les blogs un moyen idéal de créer la confusion. D’ailleurs, ils commencent à en créer des faux pour faire passer leur soupe. C’est pourquoi je pense que les blogueurs devraient s’inquiéter du phénomène avec nous et non pas contre nous. Ils mènent la mauvaise bataille, souvent par méconnaissance de ce qu’est la presse ou s’appuyant sur ce qui n’en n’est presque plus à savoir la presse féminine.

    Mais au final, je crois qu’il y a une question que les blogs évitent soigneusement d’aborder en parlant de leur « conflit » avec les journalistes : les blogs, combien de divisions ? Quelle est l’audience réelle des blogs ? Bien sûr, parmi les lecteurs et commentateurs de blogs, tous s’informent sur internet et se promènent de blogs en blogs (si c’est pas une lapalissade, ça !). Mais dans la population totale, quelle influence ? Il n’y a qu’à voir le foin qui a été fait lorsque, extraordinairement et pour une fois, le Monde a trouvé une info via le blog de Maître Eolas : un sujet qui a fait quelques lignes dans les journaux a été vu comme une consécration, une révolution… un peu ce qu’un pigiste doit ressentir la première fois qu’un de ses papiers est publié, sauf qu’il ne prétend pas révolutionner la presse à lui tout seul (enfin, j’espère !).

    Aliocha : De mémoire Eolas a tourné autour de 30 000 visites quand il a sorti les contributions des magistrats. Les quotidiens doivent dépasser sans problème le million de lecteurs chaque jour. Mais là je rejoins les amoureux du web, ça ne signifie pas que demain Internet ne trouvera pas plus de lecteurs que le papier. Simplement aujourd’hui vous avez raison, le monde des blogs est tout petit. Il se croit immense de même que Paris se prend pour la France, simple réflexe communautaire…

    J’avais cherché rapidement quelques chiffres d’audience comparée, mais il est difficile de mesurer l’audience sur internet et les blogs n’ont pas de pression (des actionnaires, des annonceurs…) pour quantifier clairement leur audience. Il n’empêche, comparé au tirage de la presse papier, les blogs me semblent déjà en dessous des quotidiens. Alors en ajoutant les hebdos et mensuels, la radio et la télé… Quelle est réellement leur impact ? Malgré leur indéniable nouveauté, ne sont-ils pas un peu en train de jouer à la grenouille qui se fait plus grosse que le boeuf ?

    Commentaire par Rémi — 17/11/2008 @ 11:49

  7. @herve_02
    pourquoi un poele Tefal(c) à 30 euros n’est pas plus résistante à l’usure qu’une fabriquée en Chine et qui ‘vaut’ 5 euros ? ]

    Parce que sur 10 poele Chinoise à 5 euro, une seule sera de la même qualité qu’une Tefal, en achetant une marque (très cher), tu te facilite l’acte d’achat. Ca a un prix… Tu paye aussi le marketing et le com, le prestige d’utiliser une Tefal, la sérénité d’un investissement à long terme (bon, pour le prestige, j’abuse, j’en conviens).

    Pouquoi un logiciel à 50 euros n’est pas ‘mieux’ qu’un gratuit ? pouquoi une imprimante à 50 euros à des cartouches qui valent 40 euros chaque …]

    Là c’est tout autre chose, on touche au sujet de l’open source et du freeware. C’est un sujet passionnant, mais y répondre dans un commentaire n’est pas évident (qui plus est, ce n’est pas le débat lancé par Aliocha, respectons-le).

    Commentaire par Fabrice Epelboin — 17/11/2008 @ 11:49

  8. @Rémi

    Peut-être faut-il là aussi inventer un nouveau système, les journalistes se contentant de fournir des faits “bruts” à un “pool” de bloggeurs qui produiraient des analyses ?

    Oui… mais… il faudrait au préalable tuer Reuters qui est sur ce crénaut, non ?
    http://fr.readwriteweb.com/2008/10/01/nouveautes/associated-press-la-salle-de-presse-contemporaine-ressemble-a-un-petit-agregateur-de-rss/

    les blogs, combien de divisions ? Quelle est l’audience réelle des blogs ?

    http://fr.readwriteweb.com/2008/09/23/a-la-une/letat-de-la-blogosphere-en-2008-selon-technorati-le-blogging-est-une-activite-de-niche-en-ralentissement/

    En pratique, il ne s’agit pas de divisions, mais de guérilla. La résistance Irakienne (ou les terroristes, appelez cela comme vous voulez), combien de division ?

    Commentaire par Fabrice Epelboin — 17/11/2008 @ 11:57

  9. >>Parce que sur 10 poele Chinoise à 5 euro, une seule sera de la même qualité qu’une Tefal, …

    Non ! parce que sur 10 poeles Tefal(tm), 10 auront la qualité d’un poele chinoise à 5 euros. Tout simplement parce que Tefal a délocalisé sa production en Chine (c’est son choix) et à en même temps formé les chinois à faire des poeles en téflon(tm) avec une bonne qualité. Le mécanisme est identique pour l’open source, le blog, le journalisme, l’informatique. On veut tirer les coûts vers le bas (vendre beaucoup plus pour gagner un peu plus), on tire la qualité vers le bas et on se retrouve avec une concurrence non professionelle au même niveau que soi.

    Mais c’est exact que ce n’est pas le sujet … quoique …

    Commentaire par herve_02 — 17/11/2008 @ 13:36

  10. @Fabrice Epelboin (8) :

    En effet, ma suggestion se rapproche des agences de presse, j’avais en tête les dépêches AFP quand je l’écrivais… Je n’ai pas vraiment réflechi à la différence, mais il y a quand même, je crois, un écart entre une agence qui diffuse des tonnes de brèves non hiérarchisées et un journal qui, même s’il ne fournit pas d’analyse, choisit et classe quand même les choses. Mon commentaire était sans doute trop peu réflechi, mais je pense qu’il y a plusieurs niveaux entre, caricaturalement, le journaliste de terrain témoin de quelque chose et qui envoie un message à une agence, l’agence qui choisit ou pas de publier cette information, le journal qui la reprend ou pas, et l’analyste qui l’intègre ou pas à son analyse. À mon sens, le bloggeur ne peut guère concurrencer les journalistes que sur ce dernier point.

    Aliocha : votre analyse ets juste à cette réserve près qu’il faut rendre hommage à l’excellent travail des agences de presse et je pèse mes mots. Elles sont remplies de très bon journalistes qui réagissent dans des temps record et fournissent du très bon boulot. C’est lui d’ailleurs qui irrigue le web (et donc notamment les blogueurs) autant que les journalistes des rédactions. Ensuite en effet, un journal va faire un tri en fonction de sa ligne éditoriale et de son public, se servir de la dépêche comme alerte et aller creuser, ou bien la reproduire en brève. Mais un journal y ajoute le travail de ses propres journalistes qui assistent aux événements en même temps que ceux de l’AFP ou de Reuters, ou bien qui travaillent sur leur propres enquêtes, dossiers, sujets, scoops etc…Et puis il y a des journaux qui ne sont pas abonnés à des fils de dépêches et font tout le travail eux-mêmes. C’est le cas notamment de la presse spécialisée.

    Il pourrait éventuellement se placer sur le terrain du journal (qui sélectionne des infos fournies par d’autres), sauf que, comme le fait remarquer Aliocha, la différence est le professionalisme : quand je lis un journal, j’exige du journal qu’il me donne toutes les informations majeurs du domaine dans lequel je lui reconnais une compétence (par exemple, si un tremblement de terre fait de gros dégâts, j’exige du Monde, du Figaro, de Libé, de me donner cette info et si ils ne le font pas, je ne les lirais plus). Cette exigence n’a pas de sens face à un bloggeur. Il ne reste que l’analyse où leur valeur ajoutée d’expert (et le temps qu’ils peuvent se permettre de passer sur un seul billet) peut contrebalancer leur amateurisme.

    Pour l’audience des blogs… Vous dites en gros que, bien que marginaux, les blogs peuvent avoir un fort impact (la guerilla où peu de gens qui ont un fort impact). Pourquoi pas. Mais je reste quand même très sceptique sur le sujet et je n’ai jusqu’à présent pas vu grand chose pour me faire changer d’avis. Quand je sors de mon petit cercle de technophiles, même chez les jeunes, j’observe pour ma part que l’information vient encore très largement des médias classiques (ou à la limite, des sites de médias sur internet, mais pas de blogs). Ça ne veut pas dire que les gens ne lisent pas de blogs, pour certains, mais plutôt que ça reste pour eux un simple point de vue, vaguement complémentaire de l’info principale, le plus souvent simplement divertissant ou professionnel — on lit un blog comme on lit Fluide Glacial ou une revue professionnelle, mais pas comme on lit un quotidien. Et dans ces cas-là, que ce soit un blog plutôt qu’un site web « traditionnel » ne change généralement rien ou presque à l’usage qui en est fait.

    Et pour les plus âgés (vous me direz, ils finiront bien par ne plus être là, mais il faut quand même compter au moins 20 ou 30 ans…), c’est encore plus simple, ils ne lisent en général pas de blog du tout.

    Alors l’impact des blogs, même futur comme l’évoque Aliocha… pour ma part, je crois qu’il n’y a guère que les blogs eux-mêmes pour y croire vraiment. Ce qui ne veut pas dire qu’ils ont forcément tort, mais juste que c’est pas très objectif comme point de vue.

    Aliocha : on ne saurait être plus d’accord que je ne le suis avec vous 😉

    Commentaire par Rémi — 17/11/2008 @ 13:45

  11. @Rémi Vous me proposez là un débat bien passionnant, @aliocha, comme nous ne somme pas trop loin de votre sujet, permettez moi d’apporter mon grain de sable…

    REMI: il y a quand même, je crois, un écart entre une agence qui diffuse des tonnes de brèves non hiérarchisées et un journal qui, même s’il ne fournit pas d’analyse, choisit et classe quand même les choses.

    FABRICE: Pas si sûr. Reuters vient d’investir très lourdement dans une technologie sémantique appelé OpenCalais, qui permet justement d’automatiser ce process. Et les résultats sont très très étonnants. Pour ne pas dire flippants. Il se pourrait que cette tâche que vous décrivez, et à laquelle vous accordez une plus valeur intellectuelle, soit réalisable sous peu par une machine (et quand je dis sous peu, j’exagère, en réalite, c’est déja le cas). Mais la mauvaise nouvelle n’est pas là. Cette technologie, disponible via une API, intégrable sur n’importe quel site web ou sur une application quelconque, est GRATUITE. Ouille. Le plus grand ennemi de la presse pourrait bien ne pas être les bloggeurs, mais les agence de presse… non ?

    REMI: quand je lis un journal, j’exige du journal qu’il me donne toutes les informations majeures du domaine dans lequel je lui reconnais une compétence […]. Cette exigence n’a pas de sens face à un bloggeur.

    FABRICE: Face à UN bloggeur, certes. Mais face à 1000, 10.000, ou un million ? Digg, SocialMedian, etc. Et face à un algorythme ? Wikio ? Vous oubliez, j’en ai peur, les dynamiques sociales et technologiques propres à internet. Cela complexifie terriblement l’équation, j’en ai peur.

    REMI: Pour l’audience des blogs… Vous dites en gros que, bien que marginaux, les blogs peuvent avoir un fort impact (la guerilla où peu de gens qui ont un fort impact).

    FABRICE: Pas tout a fait, je dis que les petits ruisseaux font les grandes rivières. L’effectif de la guérilla Irakienne… allez donc les comptabiliser… supérieur aux forces US ? Si on intègre au calcul les sympathisants, sans aucun doute.

    Quand à l’impact des blogs, vous souvenez vous du référendum portant sur la constitution Européenne ? Combien de média était contre ? Pas des masses… Combien de blogs ? Beaucoup. C’est un peu court comme démonstration, j’en conviens. Il existe des outils de mesure (dans les agences de com), et si les annonceurs (qui ont les moyens de se payer ces dits outils) migrent en masse vers ces ‘nouveaux média’, c’est un signe, non ?

    Aliocha : Un signe ? Peut-être surtout un abus de la notion de corrélation. On sait bien que la presse n’a qu’un impact modéré sur l’opinion, et au fond cela importe peu dès lors que sa mission est d’informer et non pas d’influer. Et l’arrivée de la com’ sur Internet en général et sur les blogs en particulier signifie simplement qu’elle investit un nouvel univers qui lui semble plus simple à conquérir et beaucoup moins onéreux que la presse. Tout ceci n’a rien à voir avec la presse ou alors un simple rapport d’opposition : la presse nous ennuie avec ses contraintes,filons sur le web et imposons nos règles aux blogueurs qui ne pourront pas nous opposer leur indépendance. Bien au contraire, certains n’attendent que ça pour se faire de l’argent de poche. Je veux bien qu’on se penche sur le web en tant que nouvel outil de communication et d’expression de l’opinion, mais par pitié arrêtez les comparaisons avec la presse, en l’état, elles sont nulles et non avenues.

    Il n’est en rien question pour les blogs de remplacer le rôle qu’à la presse dans la société, aujourd’hui, l’urgence est avant tout d’assurer les moyens à la presse de son indépendance afin de préserver ce rôle. Mais il est clairement question de faire une place aux citoyens qui s’expriment (blogs, forums, whatever), car les journalistes n’ont pas été élus, et les élus dorment à l’assemblée en votant des lois idiotes (Hadopi) qui vont tous, bloggeurs et journalistes, nous mettre dans une situation très très délicate.

    @tous Il y a une forme de conférence débat, appelés Barcamps, organisés régulièrement à Paris, je serais ravi d’en mettre un en place pour échanger sur le sujet de vive voix et autour d’un verre.

    Commentaire par Fabrice Epelboin — 17/11/2008 @ 14:12

  12. Chère Aliocha,

    J’ai lu attentivement l’article de Fabrice Epelboin que vous citez en lien et je ne me reconnais pas du tout dans ce profil de blogueur qu’il décrit…

    Si je tombe sur un blog qui propose de la pub, je zappe immédiatement.

    La « rémunération des blogueurs » me paraît une vue de l’esprit à long terme. Leur requalification en « journalistes » est encore plus irréaliste. Comme vous le soulignez, le journalisme est un métier, avec ses contraintes, notamment en termes de résultats.

    Je crois par contre à une interactivité de l’information avec les blogueurs, comme le pratique Le Monde.fr. L’avis des lecteurs permet de mettre l’article en perspective et apporte souvent un éclairage complémentaire. Encore faut-il « filtrer » les commentaires, si l’on veut conserver une certaine ligne journalistique, sans parler des insultes de bas niveau et de l’indigence du vocabulaire de beaucoup de commentateurs.

    Là où Fabrice Epelboin prédit une « guerre », je vois plutôt une nouvelle façon d’aborder l’information.

    D’ailleurs, les guerres ne se terminent-elles pas toujours par un armistice ?

    La presse écrite a encore de beaux jours devant elle et, contrairement à ce concept de fausse gratuité (la pub étant censée représenter la « valeur ajoutée »), beaucoup de gens sont encore prêts à payer une information de qualité, de même qu’ils achètent toujours des albums CD de leurs artistes favoris. Simplement, ils sont devenus plus exigeants.

    Observer les réflexes des adolescents pour en déduire de nouveaux comportements d’achat n’est pas significatif. Quand ils auront un réel « pouvoir d’achat », ils seront aussi en recherche de qualité et seront prêts à en payer le prix.

    Commentaire par ramses — 17/11/2008 @ 14:47

  13. @aliocha mon point n’est pas de faire une analyse comparé en terme qualitatif, ni même en termes de mission républicaine, mais bien, malheureusement, en terme de support pour annonceurs. C’est une vivion terriblement réductrice, j’en conviens volontiers, mais sans cette apport financier, adieu veau, vache, cochon…

    @ramses ravi de vous rencontrer, que vous ne vous reconnaissiez pas dans ma description du bloggeur qui est dans mon article est sans doute lié au fait que vous n’êtes pas une jeune fille. C’était le sujet de ma prose. Pour un bloggeur, vous avez oublié de nous indiquer l’url de votre blog dans la signature de votre commentaire… oups.

    « D’ailleurs, les guerres ne se terminent-elles pas toujours par un armistice ? »

    Sincèrement, quand on voit les menaces actuelles sur la démocratie (Hadopi), je pense que nous avons tous, en effet, bloggeurs, journalistes, citoyens, bien mieux a faire. Je ne peux qu’abonder dans votre sens. Encore une fois, organisons donc une rencontre pour fumer le calumet de la paix. Un petit Barcamp…?

    Commentaire par Fabrice Epelboin — 17/11/2008 @ 15:00

  14. « professionnel » tout comme « expérience » ne signifie pas une bonne compétence.

    Je m’en fous que l’auteur soit un professionnel de l’information, une femme ou un Extra-Terrestre. Je ne regarde que le contenu et la qualité de ce qu’il écrit. Est ce que je deviens anti-journaliste, misogyne ou ETphobe si je dis que l’auteur raisonne médiocrement dans son article ?

    Alors les journalistes sont issu de la population et comme tel ils peuvent faire des amalgames, sophismes et raisonnements aussi mal qu’un Bac – 5 stupide. Je précise car les études ne rendent pas nécessairement plus intelligent mais plus instruit des choses enseignées. Je suis contre les corporations et syndicats qui veulent dédouaner les cancres ou les fumistes. Je ne regarde plus le JT depuis des années mais je continue à la lire certains journalistes de la presse écrite via le web. Le pourcentage est faible et mon tri est assez sévère comme avec les blogueurs ni plus ni moins. Leur salaire je m’en fous également. Encore une fois je regarde le contenu et juge de leur indépendance d’opinion. Ce que je préfère pour la finance c’est lire un économiste, un analyste financier ou un ex-trader même si son style est plus maladroit qu’un journaliste littéraire qui écrit sur un peu de tout sans rien vraiment maitriser.

    Ca me semble pas bien compliqué à comprendre ces bases et pourtant plusieurs Bac+5 ne semblent pas publiquement les maitriser.
    C’est assez triste …

    Commentaire par paul2canada — 17/11/2008 @ 15:05

  15. Puisque le sujet dérive sur le journalisme et/ou les blogs comme sources d’informations … je vais passer maintenant pour le ‘débile de service’ mais je vais expliquer comment je m’informe, (bien grand mot (maux) s’il en est) pour me ‘tenir au courant’ ; up2date comme ils diraient.

    1 – nous n’avons ni télé, ni journaux (abonnement) et n’écoutons pas les infos à la radio (tout juste le 2 minutes toutes les heures d’un morning moins idiot que les autres (quoi que) ).
    2 – j’ai un pannel de sites ou blogs (7) ou les nouvelles sont ‘régulières’. J’ai choisi ces lieux avec le temps par itérations successives : domaines d’informations qui correspondent à mon univers informationnel et sensibilité du blog qui correspond à mes aspirations politiques et humaines. Je lis tous les billets, suis les liens et lis tous les commentaires. Cela me permet de me faire une idée de la chose au travers de la ‘soupe primaire’ avec les arguments des pours et des contres. Et ensuite je me forge une idée qui m’est propre (ou pas).

    Le grand mélange politique-économique-médiatique (fantasmé ou non) ne me permet pas d’avoir confiance (paranoïa à soigner) en un discours venant d’une presse nationale (mondiale?) dans un discours qui peut être de la propapagande, de la com’ ou un coup de billard à 3 bandes. Car même s’il n’y a probablement pas un « complot mondial », je crois que la convergeance d’intérèts individuels d’un groupe suffisamment puissant ne permet plus aux citoyens une presse suffisamment libre pour s’y informer (et je ne parle même pas de politiques).

    Qui fait le tri de ce qui est important ? Comment est-ce hiérachisé ? Quels liens met-on en place ? Sous quel jour présenter l’affaire ? Car étant un grand lecteur de livres, je m’apperçois avec horreur (et délices) que la manière de parler d’un sujet influe sur la manière avec laquel on jugera ce même sujet. Comment êtres certains que nous ne sommes pas manipulés par un ‘journaliste’ très talentueux dans son écriture ? L’ultra gauchiste terrorise (probablement pirate et pédophile) est-il un futur-assassin sanguinaire qui va violer nos fils et nos compagnes ou juste un doux réveur qui refait le monde entre amis au coin du feux, dans le noir, les soirs d’orages ?

    Commentaire par herve_02 — 17/11/2008 @ 15:11

  16. @ Fabrice :

    Je ne crois pas que la technologie de Reuters (ou autre) remplace vraiment le travail de sélection d’un journal, de même que 1000 blogs ne remplacent un seul site. La différence n’est pas de mettre toutes les infos à disposition, ni même de les classer par catégories, mais plutôt de faire une synthèse suffisamment concise. Un commentaire sur un autre billet d’Aliocha (désolé, j’ai oublié de qui et sur quel billet…) discutait de la valeur de la presse en tant que gain de temps dans le tri de l’information, et je crois que c’est un paramètre clé qu’on oublie un peu sur internet.

    Quand je lis un journal, je veux trouver au même endroit un ensemble d’informations, présentées suivant un certain filtre. Je choisis mon journal en fonction de ce filtre, par exemple je ne lis pas les Echos parce que l’économie ne m’intéresse pas à ce point. Je laisse les journaliste décider dans tous les domaines (y compris ceux qui m’intéressent peu) quelles informations sont très importantes et méritent d’être mentionnées quelque soit leur domaine, quelles infos sont moins importantes, quelles infos ont l’air peu importantes mais le sont quand même en relation à d’autres, etc. Tout ça dépend fortement du filtre du journal, oui, bien sûr. Mais c’est un travail qui permet de condenser l’info sous un forme telle que je m’estime informé en ayant passé quelques minutes par jour à lire quelques médias sélectionnés. Et je ne crois pas qu’aucune technologie permette de faire automatiquement ce tri et cette présentation, même si j’imagine très bien qu’on puisse faciliter grandement le travail de décision. Je travaille dans un domaine où on a aussi eu longtemps la tentation de faire faire par l’algorithme la totalité du travail, et les gens commencent (enfin !, je dirais…) à se rendre compte que si la machine est très bonne pour automatiser et faciliter la décision, au final on n’a pas fait mieux que l’homme pour la prendre, cette décision.

    La même remarque est valide pour les blogs : oui, statistiquement, je peux aggréger pleins de blogs pour avoir en permanence un article sur un sujet. Mais qui va faire cette aggrégation, sur quels paramètres ? Elle ne peut être faite que en fonction des goûts des uns et des autres (je peux ne pas aimer tel bloggueur, uniquement parce que son style ne me plait pas même si j’aime ses idées, ou ne pas faire confiance à tel autre parce qu’il a commis quelques fautes qui à mon avis montrent qu’il ne connait pas si bien que ça son sujet, etc.) et je ne crois pas à une technologie qui permette de faire cela avec autant d’efficacité et de rapidité qu’un journal. Et je n’ai pas non plus envie de surveiller en permanence des dizaines de blogs parce que si tous font un billet sur le même thème, soit je lis tout et j’y passe des heures, soit je refais moi-même le travail de sélection que j’attends d’une source unique.

    Donc je maintiens mon avis, à la fois sur le rôle des journalistes dans la mise en valeur des informations brutes (sans aller jusqu’à l’analyse — pour autant bien sûr qu’on puisse tracer des limites claires entre les deux, mais on simplifie évidemment pour en discuter) et dans l’exigence d’exhaustivité que je peux avoir face à un journal mais pas à un blog.

    Sur l’impact des blogs… je ne crois pas que le référendum soit une preuve, la classe politique était fortement divisée et certaines figures ont fait campagne pour le oui d’une manière tellement contrainte et forcée (genre « le parti m’a dit de vous dire qu’il faut voter oui, mais je ne vous dirais pas mon avis parce que j’obéis au parti ») qu’ils ont bien plus contribué au non qu’au oui, à mon avis. En plus, vous êtes un peu en train de dire que si on vend plus de crèmes glacées en même temps que de climatisations, c’est que l’un influe l’autre… Une corrélation « brute » n’indique rien sur une éventuelle causalité (ou non).

    L’arrivée des annonceurs sur les blogs reflète à mon avis le simple fait que la pub sur internet ne coûte presque rien (pas de frais d’impression, de diffusion…) donc même si le gain est faible, le retour sur investissement est vite très intéressant. Maintenant qu’ils voient que, sans forcément toucher des millions de gens, les blogs ont une niche qui a l’air viable et durable, c’est pour eux une source de revenus facile. C’est la raison même qui fait que les spams existent d’ailleurs : croyez-vous que beaucoup de monde veuille faire grossir ses attributs ou secourir des nigérians dépositaires des millions de feu leur père ? Non, mais envoyer un mail ne coûte presque rien (à l’expéditeur, en tout cas) et il suffit qu’une personne sur 1 000, 10 000 ou 100 000 réponde pour que ça marche.

    Pour finir, il me semble qu’on est clairement d’accord sur le fait que les blogs aient une place et il n’est pas question de les faire taire (comme je ne crois pas à cette pseudo-guerre, c’est pour moi une évidence). D’ailleurs, les blogs ont déjà leur place : des gens passionnés, ou qui sont prêts à perdre du temps pour se faire une opinion détaillée, viennent les lire et c’est très bien. Mais je ne crois pas qu’ils ne sortiront jamais du domaine soit de l’analyse pointue, soit de la discussion générale (mais pas de l’information !), soit du militantisme. Ce sont des rôles indéniablement utiles, mais ça n’est pas le même rôle que celui d’un média — ou plutôt, les médias assumaient aussi ce rôle jusqu’à présent mais, à supposer que tout le monde aille lire des blogs (je n’y crois pas non plus, même dans le futur, ou alors fort lointain), ils peuvent le perdre sans crainte parce que leur vraie valeur est ailleurs, dans l’information elle-même et dans la garantie de contenu que seul le professionnalisme peut assurer.

    Commentaire par Rémi — 17/11/2008 @ 15:21

  17. Heu …. j’ai reçu un super mail …. je ne puis m’empécher de vous le communiquer ici in-extenso (je vais déformer les noms pour ne pas donner aux …. auteurs? …. la mauvaise publicité qu’ils méritent (oui, je sais je suis miséricorieux ..)

    ==================================
    Madame, Monsieur,

    Savez-vous qu’il existe un moyen pour une PME de se faire connaître au plan national à la fois bien moins cher que la publicité, tout en étant efficace en termes de retombées commerciales et valorisant pour l’image de votre entreprise ?

    Ce sont les relations presse… Le principe est simple : Il s’agit d’entrer en contact avec des journalistes pour être cité dans la partie rédactionnelle des médias. Imaginez : votre entreprise présente dans vos magazines professionnels de référence ou d’autres médias nationaux…

    D’ailleurs, vos concurrents y sont déjà ! Pourquoi pas vous ?

    Évidemment, il faut savoir attirer l’attention des journalistes… Tel est le savoir-faire que nous mettons à votre service, de façon adaptée à vos besoins et votre budget.

    Radio TamTam vous propose deux solutions à la portée de tous (PME, TPE, indépendants, fédérations ou associations professionnelles) :

    • Faites-vous connaître par Radio TamTam : nous rédigeons vos communiqués et dossiers de presse et les diffusons directement aux journalistes concernés. A partir de 1090 €.
    • Formez-vous aux relations presse en 3 jours : nous vous formons pour gérer vos relations presse vous-même. Une méthode concrète et personnalisée ! Vous saurez rédiger un communiqué de presse, constituer un fichier presse, concevoir votre dossier de presse, soigner votre attitude face aux journalistes.

    Notre méthode a fait ses preuves. Nos clients obtiennent des résultats ! (Demandez-nous nos résultats chiffrés)

    Pour recevoir notre documentation, CLIQUEZ SUR CE LIEN pour accéder à un formulaire de réponse ou bien répondez à ce mail en indiquant vos coordonnées complètes et votre préférence d’envoi : mail, fax ou courrier postal.
    Cordialement,

    F. V.

    Directeur de Radio tamtam

    ==========================================================

    N’en parlions-nous pas il y a peu ?

    Aliocha : Merci, c’est un bijou !

    Commentaire par herve_02 — 17/11/2008 @ 15:26

  18. Désolé pour la tartine précédente, je me suis laissé entraîner… à l’avenir j’essaierais de me restreindre, je parie que personne n’aura le courage de me lire jusqu’au bout…

    Et pour les barcamps, je ne connais pas, mais si c’est sur Paris ça va pas trop être possible. Comment disait Aliocha, « Paris se prend pour la France, simple réflexe communautaire… » ? 😉
    (je suis méchant, en l’occurence même ailleurs en France je ne pourrais pas)

    Commentaire par Rémi — 17/11/2008 @ 15:26

  19. Aliocha, juste une remarque sur la forme: je me permets de féliciter vos efforts de lisibilité. Les accroches en gras sont bienvenues. Encore un tout petit effort: faire un ou deux paragraphes distincts dans ces blocs serait un plus certain a mon goût.

    Commentaire par Vonric — 17/11/2008 @ 15:36

  20. @remi Contactez moi en direct, je suis désolé, mais mon après midi est surchargé, ce débat est passionnant, et je vous propose d’en discuter soit autour d’un verre (Aliocha, vous êtes la bienvenue), soit en organisant une petite rencontre/debat/conference (on appelle cela un barcamp chez les geeks ;). Là, dans l’immédiat, vraiment navré, je n’ai pas le temps (j’ai un boulot 😉

    Juste un point, il s’agit bien, vous l’avez noté, d’une problématique de filtrage. Et je ne voulais pas dire ‘remplacer un journal par 1000 blogs’, mais remplacer le filtre fait par un journal par la décision/vote d’une communauté sur un pool de millions de contenus (blogs et journaux confondus). Quand la communauté est ‘généraliste’, ce n’est pas forcément la qualité qui sort du lot, c’est plutôt le sensationnel (comme un journal ‘popu’), quand la communauté est faite de spécialiste, c’est un outil formidable.

    Voilà, je file en réunion, je vous promet de lire votre commentaire à tête reposé dès que j’en aurais le temps…

    Commentaire par Fabrice Epelboin — 17/11/2008 @ 15:37

  21. @ Fabrice

    Bah, on peut bien continuer à bavarder ici, tant que la maîtresse des lieux n’estime pas qu’on abuse (sinon, elle nous enverra voir sur le blog qui voisine le sien sur les punitions corporelles 😉 ).

    Sur la question du filtre, le journal a l’avantage d’avoir un filtre assez bien défini par sa ligne éditoriale (sinon explicitement, on la devine facilement en lisant quelques numéros), alors qu’il est plus difficile d’apprécier la « ligne éditorial » d’un mélange de pleins de gens. Et d’autre part, il me semble difficile de définir, comme vous dites, une communauté de spécialistes pour éviter de tomber dans la médiocrité — sauf dans les domaines très techniques et professionnels mais c’est un domaine où de toute façon il n’y a pas de journalistes (je veux dire, je lis des « journaux », mais ce sont des articles de recherche écrits par les chercheurs, pas par des journalistes).

    Commentaire par Rémi — 17/11/2008 @ 16:08

  22. Bonjour Aliocha.
    Vous définissez le journalisme comme un métier qui « consiste avant tout à aller chercher l’information et non pas à se contenter de la commenter ».
    Cette définition n’est-elle pas un peu datée ?
    Il est vrai que l’information est la matière première du journalisme mais ce qui change aujourd’hui c’est que l’information aisément accessible et gratuite est abondante : le journal officiel, les recueils d’actes administratifs, les débats à la Chambre des députés et au Sénat mais aussi de plus en plus les séances des conseils municipaux ou des communautés de communes, les rapports publics, les trois débats entre les deux candidats à l’élection présidentielle américaine (avec traduction simultanée en français)… sont mis en ligne et accessibles au plus grand nombre. Au fond ce qu’internet a d’abord changé, c’est cela : l’information n’est plus un bien rare mais au contraire un bien abondant, mis à disposition du public de plus en plus rapidement, et auquel le journaliste n’a plus un accès privilégié.

    Aliocha : En effet, nous ne sommes plus l’interface obligé entre l’information et le public dans bien des cas. Ce qui oblige à repenser le métier. Théoriquement. Car en pratique, j’observe que peu de gens vont à la source, a fortiori si on ne les a pas prévenus nous les journalistes de la sortie d’une info. Pourquoi ? A mon sens, parce que le flot d’information est devenu si important et ces informations si complexes, que même accessibles, il faut encore que des journalistes professionnels passent leur temps à les surveiller pour en rendre compte, trier, hiérarchiser et présenter l’essentiel. Si je partageais votre opinion, il y a encore 3 ou 4 ans, je la relativise aujourd’hui. Et je ne parle pas de ce qui reste le travail de journaliste, c’est-à-dire les enquêtes, interviews, reportages etc.

    C’est en effet un grand bouleversement, qui ne peut pas ne pas entraîner une modification du métier de journaliste. Et si l’on peut poser sérieusement la question d’une concurrence entre blogueurs et journalistes, si l’engouement pour les blogs coïncide avec une certaine désaffection du public pour la presse écrite c’est sans doute le signe qu’une demande « à propos de l’information » subsiste mais que la presse n’y répond pas ou n’y répond que de manière insatisfaisante.
    Je comprends bien la nécessité économique dans laquelle se trouve les entreprises de presse de trouver un nouveau modèle économique viable ; mais plutôt que d’essayer de faire payer par de la publicité sur leur site web une information galvaudée (en gros la reprise des dépêches d’agence de presse, qui sont lues aussi à la radio, parfois quasiment mot à mot) peut-être faudrait-il se poser la question de savoir quelle information les lecteurs sont prêts à payer par abonnement. Il est certain que les lecteurs ne sont pas prêts à payer la seule diffusion des dépêches d’agence, ni même la rapidité de leur mise en ligne, ni les « chroniques d’abonnés » ou encore « les blogs invités » et autres fils RSS des grands quotidiens étrangers dont Le Monde croit devoir agrémenter son site, ni les « confidentiels » c’est-à-dire les rumeurs recueillies par les journalistes . On a un peu l’impression d’un grand malentendu entre les organes de presse et les lecteurs : ce qui fait le prix de l’information ce n’est pas sa diffusion « à chaud » mais son traitement « à froid » et « à fond ».

    Aliocha : sur les sites de certains journaux reproduisant des dépèches AFP et synthétisées en plus, je ne peux pas vous donner tort. Disons qu’en attendant d’avoir trouvé un modèle, ils font acte de présence, pas forcément de la façon la plus judicieuse. Sur le « chaud » il est à repenser, mais il y aura toujours du chaud et du droid dans la presse. L’actualité est sa raison d’être, ne lui demandez pas de s’en tenir à de savants trimestriels, même vous, ça vous ennuirait si cela arrivait.

    Il me semble que c’est cela que les lecteurs viennent chercher sur les blogs experts et en cela que les entreprises de presse ne satisfont pas à la demande qui s’exprime.
    Pour autant, je ne crois pas sérieusement que la blogosphère puisse se poser en concurrente de la presse. Si la blogosphère dans son ensemble est susceptible de traiter « à fond » tous les sujets, chaque blog ne peut prétendre à cette exhaustivité ; au surplus, elle s’adresse souvent à un public de passionnés ou de lecteurs très avertis : de ce double point de vue, le rôle de la presse généraliste est irremplaçable.

    Commentaire par ranide — 17/11/2008 @ 16:28

  23. @Aliocha

    « …personne n’a encore trouvé de vrai projet économiquement viable permettant de faire du journalisme sur le web. »

    Euh, il y a au moins « Arrêt sur images » et « Rue 89 ».
    Ce sont des journalistes qui les font.

    Et j’espère que leur modèle économique est viable, parce que je les apprécie beaucoup.

    Cordialement,

    Aliocha : croyez bien que je le souhaite aussi, mais ce sont des pionniers, il faut attendre un peu avant de parler de modèles.

    Commentaire par Schnorchel — 17/11/2008 @ 17:22

  24. Ranide, rapidement…
    1/ Vous ne citez que des sources d’informations très officielles.
    2/ Les dépêches d’agence sont aussi rédigées par des journalistes.
    3/ Le traitement de l’information n’appartient pas qu’au brillant analyste à-fond-et-à-froid. Ce serait comme résumer les métiers du bois à l’ébénisterie d’art.
    4/ Je vous suggère, que vous en partagiez la ligne éditoriale ou pas, je parcourir un numéro de La Croix. L’info. brève et à chaud y tient une place plutôt réduite.

    La discussion me rappelle une affiche de l’ADBS (association des documentalistes pour faire court)qui proclamait : sur Internet, l’information est gratuite et vous en avez pour votre argent.

    Commentaire par Lindir — 17/11/2008 @ 17:55

  25. @Rémi oui, pour les sujet trés verticaux et pro, le modèle du filtre communautaire est d’une efficacité redoutable, en politique, c’est pas mal aussi (wikio), pour le reste… ben… au niveau qualité, c’est discutable, par contre, au niveau audience, non. Digg est un succès majeur (20M de visiteurs uniques). Une communauté, ca a une âme, et ca peut, si ce n’est faire office de direction éditoriale, du moins en proposer une alternative. CECI DIT, tout cela se base sur une analyse du marché US, en France, on en est pas là, et ce n’est pas évident que l’on y arrive (il faut, dans les dynamiques communautaires, atteindre une masse critique pour voir certain effet vertueux, et c’est plus facile sur un marché anglophone).

    Ca pose pas mal de problème à la presse pro, mais en même temps, les voilà face à un modèle pret à l’emploi qui a fait ses preuve à appliquer pour leur compte. Reste à voir qui va s’y coller en premier, et si un nouvel acteur, quelque part, ne va pas leur couper l’herbe sous le pied.

    Pour le filtre fait par UN etre humain, je vous renvoi sur http://www.huffingtonpost.com/ qui est le blog le plus populaire au monde (4M de visiteurs uniques), c’est un modèle du genre, et ça, je ne vois pas ce qui empèche un tel modèle d’arriver en France, car il repose bien moins sur des dynamiques communautaires.

    Bref, tout se transforme, et, bien sûr, il y a de la place pour les journalistes là dedans, pour les journaux tels qu’on les connait aujourd’hui, c’est moins évident.

    Commentaire par Fabrice Epelboin — 17/11/2008 @ 18:24

  26. Pour avoir la carte de presse, « exercer un travail journalistique dans une entreprise de presse »…

    Petit ajout, puisque vous n’avez jamais eu je suppose et heureusement à expliquer devant la Commission de ladite Carte que le Code du travail – puisque c’est lui qui définit le journaliste – vise aussi et avec raison non seulement la qualité de l’employeur mais aussi la finalité du travail.

    Qu’écrire pour une « publication » est aussi un travail de journaliste.

    C’est le Législateur qui le dit. Le Conseil d’Etat qui le suit.

    Je me permets cette précision parce que précisément limiter l’accès à la sacro sainte carte en fonction de l’employeur – ce qui est souvent revendiqué, contre le texte ; vous en reprenez d’ailleurs le raccourci – me semble… assez corporatiste : Hors des entreprises de presse… point de journaliste !

    Aliocha : Merci de m’épargner les accusations de corporatisme. C’est le genre d’argument que j’exécre. En revanche, je me suis toujours posé la question des publications, auriez-vous les références de la JP du conseil d’Etat que vous évoquez ?

    Commentaire par Hapax — 17/11/2008 @ 18:26

  27. Dites, les blogueurs, il faut arrêter de vouloir péter plus haut que son cul…

    Commentaire par Alias Docteur House — 17/11/2008 @ 18:47

  28. @ Lindir

    – oui je cite des sources « très officielles » pour montrer que l’information « brute » est d’un accès beaucoup plus facile, y compris pour les journalistes et qu’elles contiennent non seulement la production normative des institutions publiques mais également des évaluations, parfois très critiques, des politiques mises en oeuvre par ces normes. Dans ce contexte, il me paraît franchement réducteur de définir le journaliste comme celui qui déniche les informations : la difficulté n’est pas de découvrir une information rare mais bien de gérer le trop-plein.
    – les dépêches d’agence sont rédigées par un petit nombre de journalistes et relayées en boucle par pleins de journalistes, non seulement sur le web, mais encore dans la presse papier et à la radio. Je n’ai pas la télévision, je ne peux donc pas en parler.
    – non l’information n’appartient pas qu’au brillant analyse à fond et à froid ; elle devient la chose de tout le monde ou si vous préférez la chose de personne. La question posée est celle de l’information que les lecteurs acceptent de payer : et il ne me paraît pas certain du tout que les lecteurs accepteront de payer l’information qui est la chose de tout le monde. Il faut donc leur vendre autre chose.
    – il m’arrive de lire La Croix ; c’est vrai que c’est un excellent journal. C’est un peu la bonne conscience de la presse, question de ligne éditoriale peut-être 🙂
    – si vous avez le temps, lisez Alternatives Economiques de ce mois : il y a une série d’articles sur la crise de la presse et le traitement de l’information. Attention, c’est plutôt déprimant.

    Commentaire par ranide — 17/11/2008 @ 19:19

  29. Bonsoir, je suis hors sujet mais je vous ai envoyé un mail ce week-end sur votre boîte Club-internet. Le titre est VOTRE BLOG et il contient une pièce jointe. Peut-être n’êtes-vous pas intéressée ce qui n’a aucune importance, rassurez-vous, mais j’ai pensé qu’il vous avait peut-être échappée en tombant dans vos courriers indésirables.

    Bonne soirée… 🙂

    Commentaire par GreG — 17/11/2008 @ 19:46

  30. @ Fabrice :

    Pas grand chose à ajouter (et puis c’est la fin de la journée, hein…), sauf un point au passage : quand un blog atteint le stade du Huffington Post, pour moi, c’est du journalisme. Peu importe si l’auteur n’est pas journaliste de formation, on retrouve ici tout à fait la définition d’Aliocha : est journaliste quiconque vit du journalisme (je schématise un peu et je ne fréquente pas vraiment ce site, donc j’ai pu rater quelque chose). Ce qui montre à mon sens assez clairement que les journalistes n’ont rien à craindre des blogs, et vice-versa. Les médias, par contre, en tant que société économiques, ça c’est une autre histoire. Finalement, je crois plus à une guerre entre le web et les journaux qu’entre les blogs et les journalistes. Et là, les journaux sont sans doute dans la position des éditeurs de films et de musique : ils leur faut s’adapter, et vite, pour ne pas subir des dégâts mortels. Mais les journalistes trouveront toujours leur place.

    Commentaire par Rémi — 17/11/2008 @ 19:46

  31. Bonsoir Aliocha,

    Sur la « guerre » entre blogueur et journalistes, n’étant ni l’un ni l’autre (je suis un fort piètre blogeur), je suis profondément incompétent. Par contre, je commence à sérieusement connaître le Net et ses dynamiques. Donc, à défaut d’avoir un avis sur votre sujet, j’ai des briques d’éclairage à vous proposer.

    Un premier point que je peux vous proposer, c’est de mettre en perspective. Le net n’est pas un média comme un autre, ce n’est même probablement pas assimilable aux média. C’est un modèle de diffusion basiquement de tous vers tous. Pour faire un parallèle avec la télé, chacun a un émetteur chez soi.

    Essayer la comparaison entre la presse papier et le net est très ambitieux, parce que les modèles de diffusion sont trop différents. La comparaison devient simple entre lemonde.fr et le journal papier, parce que lemonde.fr, en substance, ce n’est pas un site Internet, c’est un site Minitel. C’est un point central, qui diffuse de l’information vers tout le monde.

    Globalement, pour créer un point central de diffusion de l’information (parce que c’est bien de ça qu’on parle), il faut un financement lourd. C’est toute la différence entre votre blog (gratuit ou financé sur vos deniers facilement) et le site du monde ou de libé. Et toute l’architecture du Net vise à supprimer ce point central, parce qu’il coûte cher, qu’il est contrôlable, et qu’il est fragile.

    Avec cette approche, on obtient quelques conclusions intéressantes:
    – on ne peut pas faire de micro-rémunération (je peux expliquer s’il le faut, mais le modèle minitel ou téléphone tuerait le Net);
    – il faut donc que le client puisse s’abonner à un point central;
    – il ne faut pas que ce point central puisse se retrouver en concurrence avec ce que le Net sait produire gratuitement.

    Après, il faut analyser ça avec des armes classiques. Je paye les 8 pages du Canard toutes les semaines. Cher. Je paye les dizaines de pages du Monde, tous les jours, très nettement moins cher (offres d’abonnement bradées…).

    Pourquoi? Pas ma motivation à moi, je la connais, mais une analyse plus marketing.

    Simplement, le Canard a pris un positionnement terrible: pas de publicité, pas de compromis. Un travail d’un sérieux reconnu.

    C’est du marketing simple: ne pas parler de tout, ne pas faire 50 pages par jour, mais en donner aux clients pour leur argent. Sortir par le haut plutôt que par le bas en essayant de brader.

    Pourquoi @si a une chance de s’en tirer? Parce qu’ils prennent un positionnement similaire. Ne pas chercher à monétiser le site, ne pas chercher à attirer avec des titres racoleurs, refuser de vendre du temps de cerveau disponible.

    Un autre point que je voulais éclairer. Les communiquants ne sont pas doués, parfois. Ainsi, ils lisent du mal de leurs produits sur les blogs. Des enquêtes sérieuses leur montre que le public croit les blogs, et qu’il pense comme les logs. Ils veulent donc influencer les blogs, pour influencer le public. Mais ils se trompent. Ce n’est pas parce que les blogs disent du mal que le public pense du mal. C’est le contraire. Les gens racontent sur leurs blogs ce qu’ils vivent et ce qu’ils pensent des produits. Comment les empêcher de dire du mal? En faisant de bons produits, pardi.

    Enfin, une demande plus liée à votre billet. Vous indiquez que les blogs, quand ils se posent dans le rôle d’experts, pour analyser un fait, jouent leur rôle. Je suis assez d’accord. Pour vous, à quel moment, les journalistes jouent-ils leur rôle?

    On a identifié un rôle, celui du journaliste d’agence. J’ai le sentiment qu’il y a d’autres rôles. Au moins celui de mener une enquête. Est-ce qu’il y en a d’autres, pour vous qui êtes du métier?

    Si ça se limite à ces deux-là, est-ce que ça ne nous éclaire pas sur les rôles pour des sites web? Ceux des agences de presse, qui ne pourront vivre sur le web que de publicité, et ceux des journaux d’enquête, qui ne pourront vivre que de publication de qualité, financés par des lecteurs (soit sous forme de contribution volontaire, soit sous forme d’abonnement).

    Commentaire par Benjamin — 17/11/2008 @ 19:48

  32. La tendance actuelle dans notre société occidentalisée c’est cette arrogance et la prétention de croire que grâce à internet, on devient plus intelligent : une petite recherche sur google, et hop vous en savez plus qu’un médecin qui a fait 10 ans d’études et d’apprentissage… mais ce ne sera pas pour autant que vous saurez diagnostiquer ou être capable de faire une chirurgie du coeur.

    Avec son ordi acheté chez carouf, son clavier Trust à 3 Euros, son abonnement 3G chez Orange, on peut se targuer de savoir écrire et éditer un blog (encore que, si on ne compte pas les fautes d’orthographe). On peut se targuer de tout connaître, de tout savoir, tout est effectivement tellement si simple, derrière son petit écran, derrière l’anonymat bien relatif de son IP.

    Enfin bref, moi à votre place, je donnerai deux, trois claques à ces petits Kevins, pour les remettre là où ils devraient être : dans le bac à sable de la cour de récré à la maternelle… et je n’oublierai pas de leur fournir les couches culottes.

    bon je vous laisse, j’ai un tableau blanc à remplir, moi…

    Commentaire par Alias Docteur House — 17/11/2008 @ 19:48

  33. @tous
    J’imprime pour lire au lit : 21 pages. Calmez-vous les amis, le papier est cher, l’encre je ne vous en parle pas, mais le temps !…

    Commentaire par Toto_SRàRien — 17/11/2008 @ 21:15

  34. @remi C’est pas du jeu (mais en même temps, c’est vrai qu’il est tard), non, vraiment, je suis sur que vous pouvez faire mieux que ça 😉
    Sérieusement, je renouvelle l’invitation pour discuter autour d’un verre (si vous êtes sur Paris)

    Commentaire par Fabrice Epelboin — 17/11/2008 @ 21:19

  35. je suis partant pour une discussion autour d’un verre… je prépare la cigüe, mes couteaux et j’arrive !!!

    Commentaire par Alias Docteur House — 17/11/2008 @ 21:51

  36. Aliocha,

    Désolé, vos papiers sont bien trop longs; contrairement à une argumentation juridique, ce n’est pas justifié. Peut-être un exutoire du journaliste à qui il est demandé d’être concis dans ses articles ? I am out of here.

    Aliocha : Exact. C’est en effet le signe d’une frustration profonde. Je vais me corriger.

    Commentaire par Mathaf Hacker — 18/11/2008 @ 09:46

  37. Je comprends votre réaction sur le corporatisme (ce type d’argument me fait toujours penser à du Christophe – l’illustrateur, pas le chanteur – : « un ouvrage à lire par deux catégories de personnes à l’exception de toute autre : ceux qui sont dentistes et ceux qui ne le sont pas »), mais quand il s’agit de faire reconnaître qu’on est « entre soi », qu’il n’y a pas de mélange, qu’est en jeu l’attribution du sésame, la reconnaissance de ses pairs… tout cela ne peut – par définition – qu’y renvoyer. Ce n’est pas à prendre dans le sens « je fais bloc avec ma profession », encore moins d’une accusation. Reste qu’il existe un esprit de corps chez les journalistes, comme chez les avocats ou autres ; je ne vois pas comment cela pourrait être nié, sans pour autant signifier évidemment – loin de là – que tout le monde prétend être en accord avec tous les autres ou les défendre pour le principe.

    Sur la jurisprudence (je vous épargne celle de l’almanach du Vieux savoyard ?), il y en a plusieurs ; la plus éloquente est celle du magazine Grandes Lignes de la SNCF : Conseil d’Etat, 30 Juin 1997, N° 175792, THORY et autres ; la dernière à ma connaissance est Conseil d’Etat, 6 Avril 2007, N° 294794, DELEVOYE.

    Aliocha : vous aurez sans doute observé que je m’impose de réfléchir de la manière la plus objective possible, par conséquent, l’accusation de corporatisme me parait particulièrement déplacée, voire franchement injuste, me concernant. J’ajoute que la profession de journaliste souffre depuis toujours d’un individualisme forcené qui explique nombre de ses difficultés d’aujourd’hui. Vous me direz, on peut être individualiste entre soi et corporatiste face à l’extérieur, vous aurez raison. Mais je tenais quand même à cette précision. Sinon, merci pour les références, j’espère les trouver sur le site du CE ou sur légifrance.

    Commentaire par Hapax — 18/11/2008 @ 10:16

  38. @ Fabrice :

    La nuit étant passée, j’ai un peu perdu le fil de la discussion. Malgré tout, il reste que d’une part je ne crois toujours pas à cette pseudo « guerre bloggeurs-journalistes », elle est à mon avis une création (sans mauvaise intention, hein) de la part de bloggueurs qui se gonflent un peu de leur importance. Dit comme ça, ça semble très péjoratif, mais je ne le vois pas de manière négative, c’est un raccourci…

    Et d’autre part, je crois que le journalisme « classique » gardera toujours une importance majeure pour faire le lien entre le volume des informations et l’individu. Quelque soient les techniques qui faciliteront le tri et la hiérarchisation, je crois que les bloggueurs se leurrent quand ils envisagent n’importe quel modèle d’information où les gens vont passer plus de 10 min par jour à faire le tour de l’info. Il y a une sorte d’entonnoir, de la multitude des informations et analyses jusqu’à la très faible quantité de faits qu’une personne « moyenne » est prête à entendre. À ce titre, les sites « monolithiques » ont à mon avis encore un bel avenir, même si par derrière leur contenu n’est pas forcément généré par une petite équipe de rédacteurs. Mais ces « sites » (ça peut être des sites internet ou des classiques journaux papiers ou autre, d’ailleurs) joueront toujours un rôle irremplaceable de facilitation d’accès. Même moi qui suis plutôt technophile et passe ma journée devant mon ordinateur, je trouve ma première source d’info via la radio que j’ecoute en me levant, les sites et blogs étant un approfondissement ou une clarification de ce « premier jet ».

    Ces points d’accès pourront même collecter des revenus, parce qu’ils fournissent un service dont la valeur est claire (reste à trouver un moyen de collecter ces revenus, et je maintiens ici qu’il manque un système de micro-paiements transparents — sans doute pas par page vue, il y a quelque chose d’autre à inventer, mais je suis convaincu que le frein psychologique engendré par la difficulté technique des paiements bloque actuellement la plupart des essais).

    Je crois donc que les blogs sont un complément, un contenu supplémentaire (c.a.d. des analyses faites par des spécialistes) que les journalistes ont maintenant à leur disposition pour composer un « journal ». Les éditeurs ont à se remettre fortement en question, je pense, pour intégrer cette source d’information de manière solide (en quantifiant la qualité des blogs, comment y faciliter l’accès pour leurs lecteurs, comment organiser et profiter des interactions entre blogs…). Les nouvelles technologies d’aggrégation, de personnalisation des flux, d’avis de la communauté ont leur rôle à jouer dans cette intégration. Mais les journalistes seront toujours nécessaires pour collecter l’information et faire les choix finaux sur comment présenter les choses à leurs lecteurs/auditeurs/…

    (malheureusement pour le verre, c’est vraiment pas possible, sauf si vous êtes prêt à prendre l’Eurostar pour faire la moitié du chemin… Tant pis, les merveilles de la technologie moderne nous permettent quand même d’échanger malgré la distance !)

    Commentaire par Rémi — 18/11/2008 @ 11:31

  39. Mais… où vous ai-je accusé de corporatisme ?

    Sauf à ce que vous preniez pour vous une remarque sur le fonctionnement d’une institution professeionnelle (ce qui serait, il est vrai, une réaction corporatiste de votre part…) ;-))

    Les décisions sont disponibles sans difficulté sur Legifrance, sinon je vous les enverrai.

    Commentaire par Hapax — 18/11/2008 @ 16:28

  40. @Rémi

    Je reprend sur les micro-paiements.

    Il me semble que trois points nous séparent:
    1. Ils ne sont pas possibles à court ou moyen terme
    2. Ils ne sont pas souhaitables
    3. Ils ne sont pas nécessaires

    Je vais essayer de m’expliquer sans me mélanger, mais ce n’est pas facile dans un commentaire. En prenant les points à l’envers.

    3. Ils ne sont pas nécessaires.

    Un paiement, pour faire simple, ce sont toujours, au moins, deux mouvements. Une dépense, pour l’acheteur, et une recette, pour le vendeur. Dans la vraie vie, on entretient des parasites, heu, des banquiers, et donc le plus souvent il y a quatre mouvements au moins.

    Dans les cas simples de paiement, les montants sont liés. Dans le cas le plus simple, la transaction en liquide, les montants sont égaux. Dans des cas moins simples ils ne le sont pas (frais sur les cartes bancaires, typiquement).

    On a besoin, pour les sites centralisés dont vous parlez, de plusieurs caractéristiques:
    – que le paiement soit le moins douloureux possible pour l’acheteur, donc qu’il soit dilué ou accepté facilement;
    – que le paiement soit bien réparti entre les vendeurs, en trouvant un modèle d’équité.

    Je suis assez nul en marketing, mais j’ai constaté que dans certaines conditions, les gens sont prêts à lâcher leur argent facilement, et dans d’autres non. Par exemple, les oeuvres humanitaires arrivent à trouver de l’argent, en ne vendant rien (enfin si, de la bonne conscience). Par contre, les super-marchés se font honnir de leurs clients alors qu’objectivement ils tirent souvent les prix vers le bas.

    Pour que le paiement soit accepté, il faut donner en échange quelque chose qui ait de la valeur, pas forcément pécuniaire. Une piste: que le client sache que cet argent n’ira pas, par défaut, nourrir quelqu’un qui n’a rien fait pour lui. Si les seuls actionnaires rémunérés sont les gens qui ont produit l’information, la pilule passera mieux, par exemple.

    Comme je suis nul en marketing, je n’évoque que des idées déjà connues, celles du commerce équitable, ou du bio, or il faudrait en inventer des neuves. Mais il me semble que ça suffit comme preuve de concept: on peut faire accepter aux gens des paiements, même pas modiques du tout, du moment qu’on vient avec un argument solide. Et il n’y a aucune raison qu’il n’y ait qu’un seul modèle. Certains journaux vivent de pub uniquement, d’autres de ventes uniquement, d’autres des deux.

    Après, il reste la question de la répartition. Et celle-là, nos amis de la musique y ont déjà contribué, à leur corps défendant. Une analyse rapide des approches là-dessus montre facilement que:
    – la sécurisation (DRM et tout le tremblement) ça ne marche pas (basiquement, le client a un produit bridé et le voleur un produit complet, ça ne tient pas debout), ça n’augmente pas les revenus;
    – la loi en cours (sanction plus fréquente, interdiction d’accès au net, etc), même si elle passe, même si le Parlement Européen l’accepte, même si elle est appliquée, ne prévoit pas de rémunération des artistes;
    – le système de répartition utilisé pour les centaines de millions d’euros de la copie privée, pour critiquable qu’il soit, fonctionne.

    Quelle conclusion? Que les propositions de licence (globale ou légale, ça a peu d’importance) ont toutes les chances de fonctionner.

    Comment faire cette répartition? Ça peut être sur des critères simples: l’audience, une note de qualité, un taux de reprise, un taux de diffusion anarchique, etc. Là non-plus, je ne suis pas doué en création, j’observe.

    D’où je conclus qu’on peut trouver un mode de paiement qui soit accepté par l’acheteur, et accepté par le vendeur. Ces modèles existent déjà (il me semble que Rue89 fonctionne sur des principes dans ce genre-là), ils se diversifieront.

    Donc que le micro-paiement n’est pas un pré-requis.

    2. Le micro-paiement n’est pas souhaitable.

    Le micro-paiement, au sens classique, quand il est électronique, pose un vrai gros soucis. Je peux donner à un clodo dans la rue, en monnaie, anonyme. Il n’a pas besoin d’être fiché à la banque de France, il n’a pas besoin de montrer ses papiers. C’est fondamental, et c’est indispensable.

    Or, une transaction financière électronique doit être tracée, pour des raisons évidentes de sécurité, sinon le premier bug venu se traduirait par des gens créant de la monnaie artificiellement qui irait sur leur compte.

    Je pense qu’il n’est pas souhaitable qu’un organisme, sous tutelle de l’État, ou pire encore, privé, ait une très longue liste des articles de presse que j’ai lu, ou aimé lire, et donc rémunérés. Juste, c’est pas envisageable, notre monde ressemble déjà trop à celui de 1984.

    1. Ce n’est pas possible.

    Pour faire simple, un paiement, on a vu, ce sont deux mouvements, un au crédit d’un compte, un au débit d’un compte. Globalement, deux lignes, dans deux bases de données. Complexité technique, aucune. Coût, infinitésimal (une microscopique fraction de centime). Facilité à falsifier? Totale.

    Or, il faut que la masse monétaire soit stable, on ne peut pas accepter que n’importe qui fabrique de la fausse monnaie et la fasse circuler, c’est l’évidence même. Donc il faut sécuriser la transaction. Que l’émetteur soit identifié de manière fiable, que le récepteur le soit aussi, que la transaction, pourtant secrète, puisse être certaine.

    Ensuite, il faut aussi garder en tête que la fausse monnaie, la falsification, la fraude, on en a eu besoin à une époque, et on en aura donc logiquement encore besoin un jour. Pour faire simple, c’est pour pouvoir contourner l’autorité quand celle-ci devient mauvaise.

    Techniquement, ce moyen fiable, mais qui ne donne pas Big Brother, il existe. Je veux dire, ce n’est plus un sujet de recherche. On sait traiter, ça se fait avec des clefs publiques et des clefs privées, et un gros paquet de chiffrement. Tout ça, sur le papier, on sait le décrire très vite.

    Mais il manque deux éléments: une réalisation technique, fiable, neutre, pas chère, et tellement enfantine à utiliser que mon neveu puisse s’en servir pour acheter ses bonbons; et que cette réalisation technique rentre dans les moeurs.

    Alors, je ne dis pas que ça ne viendra pas, mais le moyen de paiement qui me permettra de lâcher 1 centime, sur le web, avec un taux de rentabilité raisonnable (que moins de 1% de mon paiement finance l’infrastructure de paiement), en ce moment, on ne sait pas le faire. Les banquiers n’en veulent pas, les gouvernants n’en veulent pas (eux, Big Brother, ils aiment), les gens ne connaissent pas, etc.

    Si ça vient, il faudra au moins 10 ans. Probablement plus.

    Commentaire par Benjamin Bayart — 18/11/2008 @ 22:48

  41. @ Benjamin Bayart

    Cette solution existe, elle s’appelle « Moneo ».

    Elle est tellement enfantine à utiliser que votre neveu peut s’en servir pour acheter ses bonbons (transactions à partir de 0,01 €).

    Commentaire par ramses — 19/11/2008 @ 02:13

  42. @ Benjamin Bayart :

    On dévie, on dévie… Aliocha va nous faire les gros yeux 🙂

    Je ne suis pas entièrement d’accord avec vous, reprenons vos points (dans l’ordre, je suis joueur).

    1) Ça n’est pas possible : théoriquement, vous le dites, les moyens existent. Comme ramses le rappelle, Monéo n’est pas si loin de cette solution, avec un support physique (une carte bancaire). Alors je suis d’accord avec vous sur un point, la réalisation technique n’existe pas encore. Et même si elle étaient inventée demain, il faudrait sans doute des années avant qu’elle ne devienne majoritaire (encore que, internet nous a habitué à une progression extrêmement rapide de certaines techniques, mais je crois que là le fait que ça touche aux gros sous des gens ralentira l’adoption). Ceci étant, je n’ai jamais dit que cette solution viendrait très vite. Mais j’imagine quand même qu’à terme, elle se généralisera.

    Au passage, sur le taux de rentabilité : j’avais lu quelque part que les petites pièces de monnaie coûtent bien plus cher à fabriquer — et en fait, leur matière première coûte plus cher — que leur valeur faciale. J’imagine que leur traitement (tri, transport…) dans le circuit monétaire classique doit aussi coûter une fortune. Ça n’empêche pas qu’elles soient nombreuses, parce que globalement le coût est rattrappé ailleurs. Un peu différemment, les retraits en automates coûtent des sous mais les banques ne nous les facturent pas directement, ça passe dans les frais de gestion de compte (en gros). Rien n’empêcherait un micro-paiement d’être individuellement non rentable pour une banque, mais compensé par d’autres aspects.

    2) Ça n’est pas souhaitable. Je ne crois pas qu’il soit difficile de concevoir un système où l’anonymat des parties soit conservé. Contrairement à des gros paiements où il est important d’archiver la transaction (pour retrouver les fraudes, etc.), je ne vois pas de nécessité d’archiver toutes les micro transactions. Quant au problème de la fausse monnaie, c’est exactement le même que dans la vraie vie : les pièces et billets ne sont pas tracés mais intègrent le plus possible de moyens d’empêcher la contrefaçon. Certains y arrivent quand même et de la fausse monnaie circule : tant que son volume reste négligeable par rapport à la masse monétaire totale, ça n’est pas génant pour l’économie globale. Ici, si les micro paiements sont limités à de faibles sommes, une faille ne permet pas de générer automatiquement de trop grosses sommes, ou alors via un nombre de transaction très élevé qui serait facile à controller (sans garder une trace de toutes les transactions, un système pourrait par exemple simplement compter la fréquence des transactions). Pas de problème majeur de ce côté à mon sens, c’est une question technique.

    Par ailleurs, on accepte bien maintenant que tous nos appels de téléphone, que toute notre activité bancaire soit archivée, ce qui aurait sans doute fait hurler nos grands-parents : visiblement, la société dans son ensemble semble considérer que la perte d’anonymat et le risque de perte de liberté que ça entraine sont contrebalancés par la facilité de vie. Je ne dis pas que ce sera toujours l’avis dominant dans 10 ans, ou qu’un système de micro-paiements serait accepté pour cette raison, mais je dis qu’il me semble un peu osé de pronostiquer sur ce que nous accepterons comme « fichage » dans le futur.

    3) Ça n’est pas nécessaire. Là, vos arguments me semblent assez juste : il existe (ou du moins, on peut trouver) des modes de paiement qui ne passent pas par le micro-paiement et qui soient acceptés par tous, vendeurs comme acheteurs. Est-ce que cela veut dire pour autant que le micro-paiement n’a pas sa place ? Je ne crois pas. Il n’aura sans doute pas vocation à devenir le mode de paiement unique, de même que payer en liquide n’est qu’un moyen de paiement à côté des chèques et cartes bancaires.

    Mais je pense qu’il répondra à une certaine demande : les cas de paiements qui ne peuvent pas être « mutualisé » (genre license globale) parce qu’ils ne concernent que trop peu de gens ou de transactions, les paiements trop ponctuels qui ne justifient pas un « abonnement », les paiements pour lesquels on veut garder une certaine discrétion, etc. Je maintient qu’il existe à l’heure actuelle un frein psychologique qui empêche les gens de dépenser facilement de l’argent via internet, et ce frein est lié à la lourdeur de la technologie en place. On n’hésite pas à donner une petite pièce qui traine dans sa poche à un mendiant, mais si il fallait pour cela ouvrir son sac à dos, fouiller pour y trouver sa carte de paiement, remplir un ticket, demander un reçu au mendiant, qui le ferait ? À l’heure actuelle, on en est là sur internet…

    Évidemment, ce système entrainerait aussi des abus (tout comme il y a des numéros surtaxés à des sommes faramineuses), mais bon, à moins qu’on me prouve que ces abus seraient pires que l’apport bénéfique, je ne vois pas de raison de ne pas tenter.

    Aliocha : Mais non, je ne vais pas faire les gros yeux, au contraire, l’esprit du blog est d’être un lieu de débat et ça me fait plaisir que vous vous y sentiez bien, du moment que vous discutez de sujets sérieux, vous avez ma bénédiction.

    Commentaire par Rémi — 19/11/2008 @ 10:58

  43. Chere Aliocha,

    vous ecrivez : « On sait bien que la presse n’a qu’un impact modéré sur l’opinion ».

    Avez-vous connaissance d’une etude sur le sujet ? Non pas que je veuille vous prendre en defaut, mais plutot que la question m’interesse. Un prejuge repandu me pousse a imaginer que la presse a un impact important sur l’opinion ; mais me mefiant de mes propres prejuges, je suis curieux de savoir ce qu’il en est reellement.

    Par ailleurs, il faudrait savoir de quelle presse on parle … ecrite, radio, tele ?

    Amicalement,

    Damien

    Aliocha : Je n’ai pas d’autre étude que mon indice pifométrique 😉 Mais pour moi la grande leçon récente reste la mobilisation de la presse en faveur du oui à la constitution européenne qui n’a engendré qu’un non chez les citoyens. Je me demande si l’influence réelle de la presse pourrait être mesurée avec des outils fiables, j’en doute un peu mais je ne suis pas scientifique. On peut aussi songer à ces hommes politiques pris au milieu de scandales révélés par la presse qui sont réélus triomphalement, au grand désespoir des journalistes qui se demandent à quoi ils servent…L’influence voire la manipulation de l’opinion est le grand fantasme des communiquants et peut-être le rêve arrogant de certains journalistes (souvenez-vous du soutien du Monde à Balladur qui s’est traduit par la victoire de Chirac), mais je ne crois pas que ce soit une réalité. Philarete a parlé de cela dans le commentaire 10 de ce billet : https://laplumedaliocha.wordpress.com/2008/11/13/le-joyeux-monde-de-la-communication/

    Commentaire par Damien — 19/11/2008 @ 10:59

  44. @Rémi et ramses

    On semble assez bien se rejoindre, mais je tiens à insister sur plusieurs points.

    D’abord sur l’exemple de Monéo (pour ramses). Il est parfait cet exemple. Voilà bien un résultat inutilisable et inutilisé, d’ailleurs. C’est lent, c’est lourd, c’est pénible, je ne peux pas donner la pièce à mon neveau, bref, c’est nul. Enfin, non, ce n’est pas nul, il y a de bons éléments, mais le résultat global est trop pénible à utiliser, donc personne ne s’en sert, au final.

    Ensuite, sur la pièce de 1 centime. Elle coûte plus à produire que sa valeur faciale. Mais elle a une durée de vie. Relativement longue, d’ailleurs. Elle servira, sans être refondue, dans quelques milliers de transaction. Elle a couté mettons 5 centimes à fabriquer, pour faire 10 euros de transaction. Vous voyez le truc? C’est le prix de la transaction qui compte.

    Ensuite, sur la nécessite de tracer. Cette monnaie électronique, qui permet les micro-paiements, il est très simple de s’en servir pour faire de millions de transactions. Si elle est adoptée, il y aura des milliards de transactions par jour (songez à la fréquence à laquelle vous utilisez de l’argent, pour le pain, le journal, le parc-mètre, etc). Du coup, je peux passer assez facilement quelques millions de transactions par jour, surtout sur de l’international, sans que ça se voit. Et ça me permet de transporter, facilement, dans le bruit de fond, des milliards d’euros. Trop dangereux. La recherche de mouvements nombreux formant un motif? On sait faire. Et on sait aussi produire des mouvements ne formant pas de motif détectable… tout simplement en utilisant le même outil (s’il détecte un motif, ajouter un peu d’aléatoire, basiquement).

    Enfin, un point important, vraiment important. Quand je dis que, pour moi, il est effrayant de penser un monde où nous serions tous fichés, je me pose sur une valeur universelle. Je ne fais pas de sociologie-fiction. Nos descendants l’accepteront peut-être. N’empêche. Mes ancêtres trouvaient leur monde acceptable, je ne suis pas de leur avis. Quand les philosophes des lumières décrivaient la séparation des pouvoirs, il faisaient un voeu, et ils posaient une base: si on sort de ça, ça va dégénérer. Et l’Histoire semble leur donner raison, à chaque fois qu’on s’en éloigne, ça tourne mal.

    Le point que je soulève-là est, pour moi, de la même nature. Si on fiche les gens, alors ce sera forcément un monde pourri (Orwellien, disons, pour faire poli).

    Sinon, pour ce qui est de l’avenir de la presse sur le net, j’en reviens à ma position de départ. Le métier de la presse va se scinder et se recomposer. Il y aura les lieux centraux d’aggrégation de contenu, et c’est le financement de ceux-ci qui pose question.

    Les lieux plus singuliers sont faciles à traiter. Regardez, par exemple, le blog d’Eolas. Je ne prend pas cet exemple au hasard: très fréquenté, il est trop gros, il ne rentre plus dans le modèle gratuit d’hébergement. Mais relativement modeste, il peut être financé par un particulier. Mais Eolas ne vis pas de son blog. Certes. Il gagne des sous de son expertise, et c’est son expertise qui rend le blog vivant.

    Mais gardons ce modèle en tête: notre site singulier, s’il rentre dans la catégorie professionnelle, c’est qu’il correspond à une vraie production de contenu, et d’une contenu de qualité suffisante pour survivre. Alors:
    – l’auteur à forcément d’autres sources de revenu (des piges, pour faire simple, mais ça peut se décliner) ;
    – l’auteur peut trouver des soutiens (le modèle de financement de ces artistes qui mettent leur musique en ligne, et disent que si ça nous à plu, on peut payer ici);
    – etc.

    Bref, pour ces sites-là, le modèle économique existe déjà, avec pub, sans pub, avec dons, sans dons, tout existe. C’est la taille au-dessus qui est délicate, faire vivre toute une rédaction, donc des salaires qui tombent tous les mois, y compris en aout quand il ne se passe rien. Ce sont de gros volumes, c’est complexe. Là, il y a des modèles économiques à monter. Et à mon sens, la bonne idée est de chercher sur les deux critères que j’indiquais, rendre acceptable le paiement (éthique, social, qu’importe dans le fond), et rendre acceptable la répartition de la rémunération.

    Moi, si on me certifie que c’est pour mettre en CDI les précaires, et augmenter les salaires anormalement bas, je suis prêt à payer 3% de plus mes courses de tous les jours (et c’est pas négligeable du tout, ça double quasiment la marge de la grande distribution). Mais voilà, ça ne marche pas comme ça. Alors je vais là où c’est le moins cher, parce qu’ils ne sont même pas plus malfaisants que les autres.

    C’est là que cette économie change de l’ancienne: on est arrivé, par la finance, en concentrant le capital, en déshumanisant le marché, à faire ressentir l’acte de payer comme une extorsion. Or il est possible, et tellement plus sain, de faire en sorte que cet acte soit un plaisir partagé.

    Commentaire par Benjamin Bayart — 20/11/2008 @ 00:27

  45. @ Benjamin Bayart

    Le problème de Moneo, c’est l’investissement en terminaux chez les commerçants et la difficulté de rechargement de la carte (actuellement en Agence, mais elle pourrait se faire depuis un Distributeur de billets).

    L’idée n’est pas abandonnée, mais semble se reporter sur une nouvelle utilisation des téléphones portables… La carte SIM serait créditée par internet (c’est le cas actuellement pour les communications avec cartes SIM de type « Mobicarte ») et les transactions s’opèreraient sur le téléphone du bénéficiaire par Bluetooth selon le mode d’envoi de carte de visite qui fonctionne sur les portables.

    Une évolution des mentalités s’impose quand même et prendra du temps… Certaines personnes âgées comptent encore en anciens Francs 🙂

    Aux Etats-Unis, il n’y a pratiquement plus de paiements en espèces et les billets de 100$ sont souvent refusés.

    Commentaire par ramses — 20/11/2008 @ 03:06

  46. Bon, puisqu’Aliocha ne nous en veut pas de parler d’autre chose, continuons. Pour Monéo, je reconnais, c’est un système bien peu utilisé (à vrai dire, ma carte bleue a le sigle, mais je serais bien incapable de me souvenir d’une seule fois où je l’ai utilisé — d’un autre côté, ça fait quelques années que je ne rentre plus en France que quelques jours par an, les choses ont peut-être un peu évolué). Il n’empêche, ça illustre le fait qu’un système de micro-transaction électroniques est possible. Certaines limitations sont liées à l’architecture physique nécessaire (les terminaux de lecture de carte), que l’on ne peut pas avoir chez soi : dans le cadre d’internet, cette limitation disparait si on part du principe qu’on va vers une situation où tout le monde a en permanence un accès internet.

    Le coût de la transaction : oui, c’est vrai, les pièces servent à plus de transactions que leur coût de fabrication. Mais en incluant leur coût de traitement (i.e. faire des sacs dans les magasins, porter ça à la banque, que la banque les trie, en fasse des rouleaux et les redistribue…) ? Je ne suis pas sûr que ça reste rentable. Et de toute façon, au dela du simple exemple des petites pièces, mon idée est qu’un outil de transaction peut ne pas être rentable en lui-même, parce que son coût est balancé par ailleurs. Encore une fois, quand je retire des billets au distributeur (ou même quand je paie par carte), il y a un coût. Pourtant, cette transaction est gratuite pour moi. Mais la banque s’équilibre via les frais de gestion de compte et autres revenus. Je ne vois pas ce qui empêcherait ce genre de mécanisme d’être utilisé pour des micro-paiements.

    Sur la traçabilité, c’est à mon sens un problème purement technologique. Il me paraît relativement facile de mettre en place des contrôles automatiques qui ne mettent pas en cause l’anonymat (que ce soit avec des clés de contrôle choisies de manière à ne pas être reversibles ou uniques, ou que ce soit en aggrégeant des données statistiques — trivialement, si on compte le nombre de transactions faites par un individu, on oblige les pirates à générer un grand nombre de comptes pour diffuser leur argent, ce qui complique déjà beaucoup la diffusion de la « fausse monnaie » sans laisser de trace visible pour les autorités) et qui permettront de détecter la majorité des fraudes. Quelques unes survivront ? Oui, tout comme il existe des faux monnayeurs. Mais il y aura toujours des contrôles, des chercheurs qui surveilleront le système et l’IRS qui débusquera les truands 😉 L’important ici n’est pas d’avoir un système complétement inviolable — ce qui me semble en effet illusoire –, mais d’avoir un système dont les violations ne peuvent pas mettre en danger tout le système. Et ça, intégrer des contraintes strictes dans le design même, on sait assez bien faire. Ça limitera aussi l’utilisation qui est faisable légalement, oui, mais il ne s’agit pas de remplacer tous les modes de paiements, juste d’en ajouter un autre.

    Je n’ai pas grand chose à dire sur la « valeur universelle » du fichage (ou non). C’est un point de vue philosophique, domaine dans lequel je n’ai jamais été très à l’aise. Je crois que la question de la surveillance individuelle est plus complexe que l’habituelle simplification « fichier = 1984 = le Mal Absolu ». Les philosophes des Lumières ont conçu un modèle de liberté individuelle dans le cadre d’une société complétement différente de la notre, on leur fait parfois dire un peu ce qu’on veut, je trouve. Mais passons, je n’ai pas vraiment d’argument pour répondre à votre conviction.

    Sur les modèles économiques, je ne vois toujours pas ce qui empêcherait un système de micro-paiements de s’instaurer en parallèle des systèmes existants ou qui se développent. Pour prendre un exemple concret, j’aime assez bien ce que j’ai peu lire d’Arrêt sur Image, mais pas au point de m’abonner. De temps en temps, je lirais bien un de leur papiers, parce que ponctuellement ça m’intéresse. Pour ce genre de choses, si je pouvais en deux clics dire « je paie quelques centimes pour lire cet article », je serais prêt à le faire. Mais il ne faut pas que j’aie à passer du temps à m’inscrire sur leur site (@si, je connais assez pour y tomber fréquemment dessus, mais si c’est un autre site inconnu, je ne veux pas perdre 5 min à m’enregistrer), pas que je rentre mes détails bancaires à chaque fois, etc. (idéalement, j’aimerais aussi pouvoir revenir lire l’article autant de fois que je veux une fois acheté, mais c’est un peu un autre problème)

    Je vous invite à aller feuilleter, dans un domaine lié et qui illustre mon point de vue, le site d’un expert en « usabilité » (cad rendre les sites web (et applications, aussi) le plus facile et agréable possible pour l’utilisateur) : http://www.useit.com/alertbox/. Il y a un certain nombre d’articles sur le thème de « qu’est-ce qui fait que les gens, bien qu’intéressés par un produit sur un site web, ne vont pas l’acheter ». Il met clairement en évidence l’énorme impact négatif que quelques clics en plus peuvent avoir. Et je crois qu’on est ici exactement dans ce cas.

    Commentaire par Rémi — 20/11/2008 @ 10:52

  47. Un des pionniers de la bloguerie, Andrew Sullivan, vient de publier un essai passionnant intitulé tout simplement « Why I blog ». C’est ici:
    http://www.theatlantic.com/doc/200811/andrew-sullivan-why-i-blog

    Le sujet est exactement celui qui est ici évoqué (je ne parle pas de Moneo, mais du billet d’Aliocha…). Sullivan est un journaliste de métier, et ce qu’on peut appeler un poids lourd. Il a notamment dirigé The New Republic, un des journaux politiques les plus influents aux Etats-Unis, il collabore au New York Times et à divers journaux ou revues américaines ou anglaises (il est anglais de naissance). Il tient aussi un blog depuis 2000, ce qui fait de lui un vétéran du blogage, et l’un des premiers journalistes professionnels à se lancer dans ce nouveau medium.

    Son article est, en soi, une parfaite illustration de la complémentarité du blogage et de la presse écrite, puisqu’il s’agit d’une réflexion longue, pesée, merveilleusement écrite et pensée, comme seule la presse écrite peut en proposer régulièrement. En même temps, son article est nourri de son expérience de blogueur, et explique fort bien en quoi, pour lui journaliste, l’exercice quotidien du blog est devenu un auxiliaire de son métier de journaliste.

    Il ne dissimule pas les travers ou les faiblesses que l’on peut trouver au genre du blog, qui sont, dit-il, des travers typiquement « postmodernes » (Sullivan a un doctorat de sciences politiques, il n’a pas peur des grands mots): le blogueur se sent souvent moins proche de l’écrivain que du DJ, il mélange des tons et des styles, sans grand souci de cohérence, mais en essayant d’avoir le sens du rythme… Un blog ne propose pas de vérités soigneusement pesées et mises en perspective, il est affecté d’un côté transitoire, émotionnel, partiel, que l’on ne supporterait pas dans un article de journal.

    Mais, remarque Sullivan, les blogs sont loin de sonner la mort du journalisme. Au contraire, avec eux c’est un nouvel âge d’or qui commence. Je vous laisse lire cela en anglais, car c’est vraiment bien dit (tant pis pour les paresseux):

    « There is, after all, something simply irreplaceable about reading a piece of writing at length on paper, in a chair or on a couch or in bed. To use an obvious analogy, jazz entered our civilization much later than composed, formal music. But it hasn’t replaced it; and no jazz musician would ever claim that it could. Jazz merely demands a different way of playing and listening, just as blogging requires a different mode of writing and reading. Jazz and blogging are intimate, improvisational, and individual—but also inherently collective.

    Comparer l’art du blog et son rapport au journalisme imprimé au jazz et à la musique classique, avouez que ça a plus d’allure que de geindre sur la conspiration des journalistes. Toujours cette illusion de croire que les lecteurs sont comme un gâteau: plus le voisin se sert un gros morceau, moins il en reste pour les autres! Alors que c’est juste le contraire: plus il y a de lecteurs, plus il y a de gâteau pour tout le monde…

    Et pour ceux qui ont eu le courage de me lire jusqu’au bout, je traduis la conclusion:
    La blogosphère a ajouté un langage entièrement nouveau à l’art d’écrire, et a fait entrer toute une nouvelle génération dans le domaine de la non-fiction. Elle a permis à des auteurs d’écrire tout haut, de façons jamais vues ou comprises auparavant. Et cependant elle est rendue manifeste une soif et un besoin d’écriture traditionnelle qui, à l’âge de l’empire de la télévision, avait semblé en voie de disparaître. »

    Aliocha : Ah ! Philarete, non seulement cette analyse est admirablement pertinente mais en plus elle plaide pour la concorde au lieu d’appeler à une guerre stérile, franchement merci ! Voilà qui me rappelle une observation de Céline, il n’avouait que difficilement son admiration pour ses congénères écrivains, estimant qu’il n’étaient pour la plupart que de pâles copistes de ceux qui les avaient précédé. De mémoire, il n’y a que Proust qui trouvait gâce à ses yeux et Morand dont il disait justement qu’il faisait jazzer la langue 😉 les blogueurs héritiers de Morand ?

    Commentaire par Philarete — 20/11/2008 @ 16:37

  48. @ Philarete

    Je souscris entièrement à cette comparaison musique classique vs jazz, pour illustrer l’apparente contradiction Presse vs blogs. Je suis personnellement passionné de musique et suis même venu à la musique classique après avoir été un fervent amateur de jazz. Les deux genres m’apparaissent aujourd’hui complémentaires.

    La désaffection relative de la Télévision et la diminution d’audience des JT ne s’expliquent t’elles pas en partie par la montée en puissance des blogs ? Le temps libre n’est pas extensible et celui qu’on consacre devant son ordinateur l’est forcément au dépend d’autre chose…

    Commentaire par ramses — 20/11/2008 @ 18:37

  49. @Rémi

    Nous sommes bien d’accord: ce qui bloque, pour le moment, ce n’est pas une infaisabilité technique, mais une difficulté à le rendre utilisable. C’est le point clef, sur cette partie-là. Encore une fois, l’exemple de Monéo est édifiant: s’il faut sortir une carte, avoir un appareil cher, etc, autant utiliser la CB, c’est aussi simple.

    Une autre difficulté importante, c’est la question de l’inviolabilité. Il faut qu’on puisse contrôler le système, pour qu’il ne devienne pas une vaste machine à blanchir de l’argent sale. Mais d’un autre côté, il est impératif, vital, que l’économie souterraine continue d’exister. Je sais que ça peut sembler curieux, mais c’est comme ça, il faut une part d’économie souterraine. Or, en informatique, on maîtrise mal la demie-mesure. Si on contrôle, soit c’est trop faible, et en peu de temps tout peut passer, soit c’est trop fort et tout est sous contrôle.

    Pour la question philosophique sur le fichage, elle est bien entendu plus complexe que « fichier = mal absolu ». Je pense, pour y avoir souvent et beaucoup réfléchi, qu’il faut la rapprocher de la question sécuritaire: toute mesure de sécurité est une entrave à la liberté. Un des principes, c’est qu’il doit y avoir proportionnalité. Un vrai juriste serait meilleur que moi, pour expliquer ça… En gros, faire suivre tous les gamins du monde par des flics en permanence pour les empêcher de chiper des pommes, c’est disproportionné. Du coup, à chaque fois, sur la question du fichage, il faut plusieurs grilles d’analyse:
    – quel usage malheureux peut-on faire du fichier (oui, ça mène souvent au point Godwin, mais après tout, les régimes non-démocratiques sont courants, et les assassinats politiques se pratiquent encore);
    – quelle dérive le fichier est-il sensé prévenir, peut-elle être prévenue autrement, le fichier est-il efficace, y a-t-il proportion (par exemple, un des dossiers que je suit de très près en ce moment, c’est le filtrage du net par le ministère de l’Intérieur pour lutter contre la pédo-porno, il a mauvais sur chacun des critères);
    – peut-on restreindre ce fichage, comme on restreint les écoutes téléphoniques par exemple;
    – ce fichage est une « arme », elle est entre les mains d’un pouvoir (l’exécutif, normalement), quels sont les contre-pouvoirs, quelles sont les mesures de contrôles, quel est le contrôle du citoyen;
    – dans l’usage du fichage, quelle valeur a une fiche (je m’explique: j’en ai croisé des fichiers dans ma vie, beaucoup, et presque tous contenaient des erreurs, des anomalies, peut-on condamner à quoi que ce soit sur la simple entrée dans un fichier? Non, bien entendu. Cependant l’entrée dans le fichier n’est pas inutile. Quel équilibre entre tout et rien?).

    Le micro-paiement sur Internet, tout possible qu’il soit, pose ces deux problèmes, technique, sur la facilité d’usage, et éthique. Le problème éthique étant accroché à un problème philosophique qui n’est pas tranché, et qui n’est même pas convenablement débattu.

    D’où mon approche: il ne FAUT pas attendre après cette chimère pour faire avancer la question bien plus urgente du nouveau modèle économique de la presse.

    Commentaire par Benjamin Bayart — 20/11/2008 @ 21:22

  50. @ Philarete :

    C’est une belle analyse, oui. Je lui reprocherais quand même de concevoir le blog uniquement sous l’axe « journal intime », c’est à dire en effet très controlé par la spontanéïté ou les sentiments. Mais je crois qu’au delà de cet aspect (qui est encore plus exacerbé dans le « micro-blogging » qui commence à se développer), un blog a aussi une spécificité en tant que lieu où un auteur choisit librement son thème et offre à ses lecteurs un support pour discuter. À ce titre, un blog peut avoir un article tous les mois (ou moins), ne contenir que des dossiers mûrement réflechis (j’en connais certains) : pour reprendre l’analogie, d’un point de vue journalistique, cela redevient de la musique classique, tout en étant clairement un blog.

    Mais au dela de ce bémol (décidemment, on métaphorise dans la musique, aujourd’hui !), je reste convaincu qu’il y a en effet de la place pour les deux, sans conflit.

    @ Benjamin :

    J’attends avec une certaine confiance les innovations technologiques qui rendront ce micro-paiement possible. On a vu de tels changements dans les 20 dernières années (de la carte bancaire au téléphone portable, pour rester dans des objets proches du sujet) et qui ont tellement changé notre société, que je ne serais pas surpris que quelqu’un invente quelque chose d’aussi révolutionnaire à terme. Cela mettra peut-être des années à s’imposer, mais je parie que ça existera bientôt (voir même que ça existe et que je ne suis pas au courant !). Patience, quoi 🙂

    Pour le fichage, je suis globalement d’accord. Sauf que votre liste oublie un point très important : quel est le bénéfice de ce « fichage » ? C’est une grille d’analyse supplémentaire, tellement évidente que vous oubliez de la mentionner (ou est-ce qu’il vaut mieux ne pas dire qu’un fichage aie de bons côtés ? Non, je taquine… 😉 ). Pour le reste, j’aimerais assez voir les administrations comme le public (et les journalistes ?) discuter sereinement des fichiers en pesant clairement tous ces facteurs. Malheureusement, c’est encore un de ces domaines où la simple mention d’un mot (« fichier ») suffit à empêcher bien de gens de raisonner…

    Au final, en effet, la presse ferait sans doute mieux de ne pas attendre quelque chose immédiatement. Mais elle aurait aussi tort d’exclure complétement cette solution, et les patrons de presse feraient bien (mais je suis sûr qu’ils le font !) de surveiller les technologies, parce que comme pour bien des changements, ceux qui seront déjà habitués à ce mode de paiement quand ou si il se généralisera auront un avantage.

    Ça n’est certainement pas *la* solution, c’est à mon avis *une* solution (ou au moins une piste).

    Commentaire par Rémi — 21/11/2008 @ 20:14

  51. Ouh la la, j’arrive un peu après la bataille apparemment… Mon seul commentaire: le monde change, les medias changent, ceux qui s’adapteront survivront, les autres non.
    Le même phénomène va arriver dans quelques années avec la télévision, une guerre de pouvoir, ni plus ni moins…

    Commentaire par babozor — 08/01/2009 @ 06:36

  52. […] parle de la MixBlog Tout comme Kevin… Arnaud Vallière rebondis sur nos comptes et la mort La plume d’Aliocha continue le débat sur la baston (dans un mouchoir) entre journalistes et blogueurs Spleenheart me […]

    Ping par Des bisous… ou pas | Travailleurs Du Web — 16/01/2009 @ 09:28

  53. […] déplaisante pour les journalistes : il va être dur de vouloir conserver certains avantages, alors que la définition même de la profession aura changé, à moins de faire un féroce lobbying – mais cela irait totalement à […]

    Ping par [12-2008] Crise du journalisme et des médias : 2 - Regagner la confiance | Miscellanée de réflexions — 08/06/2011 @ 17:31


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