La Plume d'Aliocha

13/11/2008

Le joyeux monde de la communication

Filed under: Eclairage — laplumedaliocha @ 00:02

Je vous ai souvent dit que j’avais une dent contre la communication. Mais au fond, il me semble qu’il faut être journaliste pour mesurer l’ampleur de son emprise et la drôle de vision du monde qu’elle nous imprime chaque jour un peu plus dans l’esprit. Du coup, je vous propose que nous dégustions ensemble les joyeuses nouvelles que j’ai reçues aujourd’hui de mes amis de la communication. Aucune d’entre elles ne m’inspirera un article, il y a d’autres sujets plus intéressants à traiter que ceux-là en ce moment.

Petit panorama général : j’ai reçu depuis ce matin environ une cinquantaine de mails issus du monde économique et juridique. Tous sans exception émanaient de services de communication. Les communiqués de presse, c’est un peu les spams du journaliste, ils déferlent par vagues ininterrompues du matin au soir, tous joyeux, tous plus racoleurs les uns que les autres. Que des bonnes nouvelles, des projets florissants, des annonces en fanfare. Vous n’êtes pas joyeux, vous ? Vous trouvez qu’il fait gris, que cette fichue crise nous inquiète, qu’on en a assez de voir les indices boursiers faire du yoyo, que nous nous préparons des années sombres. Mais venez donc dans mon bureau, vous allez voir, c’est tous les jours la fête dans le joyeux monde de la communication.

Commençons par le monde politique. Christine Lagarde et Luc Chatel m’annoncent que ce sera bientôt la journée européenne de la concurrence et qu’on va y parler du bien-être des consommateurs. Entendons-nous bien, j’ai beaucoup d’estime pour Christine Lagarde, là n’est pas le sujet, mais le service de communication de Bercy m’agace. D’ailleurs, j’ai un scoop pour lui : ils ne vont pas bien les consommateurs, leur pouvoir d’achat est en berne. Je le sais, j’en suis un de consommateur et je ne peux pas m’acheter grand chose en ce moment, même si les boutiques me font de l’oeil sur le chemin du bureau en m’annonçant des promotions alors que ce n’est même pas le temps des soldes.  Bref, je ne suis pas sûre que le terme « bien être » soit de circonstance, mais ce n’est que mon avis. Les mêmes joyeux services de communication m’informent qu’Hervé Novelli présidera vendredi la journée sur les clusters. Vous ne savez pas ce que c’est qu’un cluster ? Moi non plus. Fort heureusement,  une note de bas de page m’informe que ce sont des pôles de compétitivité. Mazette, c’est quand même plus drôle de dire « clusters », non ? Allons, il est adopté ce mot-là. Vous voyez qu’on s’amuse avec la com’, je vous l’avais dit. Toujours en provenance de Bercy (ça bosse là-bas dites donc), j’apprends qu’Eric Woerth m’invite à une conférence sur la lutte contre la fraude sociale. L’idée c’est de renforcer la lutte européenne contre la fraude à la sécurité sociale. Fichtre, on pensait Bercy focalisé sur la crise, on croyait au fond que c’était le seul problème, ben non, il y en a plein d’autres. Et notamment notre bon vieux trou de la sécu qui, en ces temps de milliards flambés sur les marchés nous parait aussi dérisoire que notre premier argent de poche. D’habitude, je reçois en plus de tout cela une invitation de Rachida Dati pour aller visiter une prison en sa compagnie ou bien un tribunal sur le point de fermer, mais là rien, ça m’inquiète un peu.

Passons au monde économique. Lui je peux vous dire que, vu par les communiquants, il ne connait pas la crise. C’est fou le nombre de gens qui me proposent des solutions et des investissements miracles à recommander chaleureusement aux aimables lecteurs. A croire qu’on nage en pleine euphorie. Tiens ! Que vois-je ?  De l’original, pour une fois, on annonce le lancement d’un Institut européen pour la régulation. Cette merveille réunit des banquiers, des assureurs et des universitaires désireux de discuter ensemble de la crise. C’est peut-être intéressant mais présenté par mon amie la com’, ça ressemble surtout à un nouveau comité Théodule. Enfin,  avouons qu’il vaut mieux qu’ils s’occupent ainsi nos amis banquiers plutôt qu’à faire du trading, c’est plus « secure » comme on dit dans leur langue à eux. A propos de banque justement, on me propose aussi une analyse de la crise par un représentant de Natixis, vous savez la banque qui vient de perdre 1 milliard selon La Tribune, 500 millions selon elle… pour faire comme ses copines ? Enfin, 500 millions ou 1 milliard, on s’en moque, depuis qu’on raisonne en milliards de milliards, la menue monnaie ne nous intéresse plus, n’est-ce pas ? Toujours est-il que je ne suis pas sûre d’avoir envie de parler de la crise économique avec un expert de Natixis en ce moment, si brillant soit-il.

Mais voyons ce qu’il y a d’autre dans ma jolie boite à surprise. Un communiqué m’informe que l’élection d’Obama va développer l’énergie solaire, si, si. On me précise immédiatement que « les difficultés économiques actuelles » (sic) pourraient néanmoins retarder ce développement en raison du coût de cette technologie. Et là je me dis, « il faudrait savoir mes bons amis, ça s’accélère ou ça se ralentit cette affaire ? ». Enfin, ce communiqué a dû me parvenir par accident, on est bien loin de mes spécialités, c’est peut-être pour ça que je ne comprends pas la force de la nouvelle. 

Ah ! Mais voici que mon type préféré de communiqué en ce moment pointe son nez : « Où investir en 2009 ? Stratégie d’investissement et d’allocation d’actifs« .  C’est alléchant. Merci la com’, ça me remonte le moral de savoir qu’il y a des experts qui ont ne serait-ce qu’une vague idée de l’endroit où on mettra les sous qui nous restent l’an prochain. A supposer bien sûr qu’il nous en reste des sous. D’ailleurs j’y pense, il faudrait peut-être surveiller nos traders. Je les soupçonne en ce moment de tous vouloir se refaire, comme des joueurs à la roulette, c’est pas sain.

Tiens, un communiqué de Novelli que j’avais loupé ! Il veut m’expliquer comment on peut devenir auto-entrepreneur. J’aimerais bien le savoir en effet, autant je vois ce qu’est un entrepreneur, autant un auto-entrepreneur, ça m’intrigue. C’est le genre de mots que les communicants sont les seuls à comprendre, un peu comme « entreprise matricielle ». Et puis voici l’annonce du lancement d’un nouveau fond offrant des produits financiers, souples me dit-on, et qui répondent parfaitement aux besoins des investisseurs. Tant mieux, ça m’aurait ennuyé que ce fond soit en total décalage avec les besoins de ses clients potentiels dès son lancement. Quelques cabinets d’avocats d’affaires enfin m’informent  triomphalement qu’ils viennent de boucler une belle opération financière. Les pauvres, si vous saviez comme ils s’angoissent en ce moment les avocats d’affaires, c’est leur dernier gros dossier avant longtemps, ne soyons pas chien et laissons-les en profiter.

Voilà une journée ordinaire en compagnie de mon amie la com’. Vous pensiez que c’était la crise, que tout allait mal ? Simple vue de l’esprit, c’est encore la faute des médias qui vous mettent des idées noires dans la tête. En fait, tout va magnifiquement bien. Le gouvernement s’occupe de tout et même de problèmes qui n’intéressent personne, l’économie regorge de solutions miracles pour nous faire gagner de l’argent, l’énergie solaire est en bonne voie et tous les banquiers d’Europe se donnent la main pour sauver la planète. J’en ai les larmes aux yeux. Qu’il est joyeux le monde de la com’ !

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14 commentaires »

  1. Pour continuer dans les joyeusetés et en lien avec ce billet (sur les communicants et autres « conseillers média ») et le précédent (sur la presse qui devrait retrouver le sens critique) …
    Lu dans le Canard Enchainé de ce mercredi … plus précisément dans le « savoureux » « journal de Carla B » :
    Dans « Le Nouvel Observateur », Pierre Charon, ce rouleur de mécaniques, mon [de Carla B] conseiller média, se vanterait d' »inspirer » « le journal de Carla B. ». Il faut qu’il se calme, celui-là ! En réalité, chaque mercredi, Charon se précipite au kiosque pour savoir ce que je pense de lui. »

    Commentaire par Yves D — 13/11/2008 @ 00:36

  2. Pour faire suite au débat sur l’éthique, votre précédent billet, un rendez-vous le 14 novembre, au Centre d’Accueil de la Presse Étrangère:

    http://www.journalisme.com/component/option,com_gigcal/task,details/gigcal_gigs_id,76/

    Commentaire par Phedra — 13/11/2008 @ 01:32

  3. Les « conseils en communication » remontent à la nuit des temps…

    Souvenez-vous de « Merlin l’enchanteur », de la « poudre de perlimpinpin » !

    En ces temps de crise, leurs Entreprises vont devenir florissantes.

    Leur spécialité : « Faire du neuf avec du vieux ». De « La force tranquille » à « Tout est possible » et « Yes, we can ».

    Dans un autre genre, il y a aussi les amphétamines, mais ça creuse le trou de la Sécu.

    Au fond, si les « communicants » n’existaient pas, le Monde serait d’un triste…

    http://www.tobecom.org/

    Commentaire par ramses — 13/11/2008 @ 01:46

  4. Et la communication gouvernementale? Les médias y ont, sans s’interroger, cédé ces derniers jours en traitant/relayant/diffusant/accréditant l’interpellation et le placement en garde à vue d’individus qualifiés « d’ultra-gauchistes » par le ministère de l’intérieur…

    Dès l’info/com connue, aucun quotidien national ou local ne s’est posé de question sur la nature juridique de l’enquête diligentée, sur la notion d’acte terroriste au sens du code pénal et donc sur l’applicabilité au cas d’espèce des règles dérogatoires au droit commun

    Or, aux termes des articles 421-1 et suivants du code pénal, les infractions de destructions constituent des actes de terrorisme lorsqu’elles sont intentionnellement commises en relation avec une entreprise individuelle ou collective ayant pour but de troubler gravement l’ordre public par l’intimidation ou la terreur.

    Quelques réserves sur le « trouble grave », « l’intimidation » et la « terreur » n’auraient-elles pas été opportunes?

    Comme écrivait l’autre, « il faut savoir douter où il faut, se soumettre où il faut, croire où il faut… »

    Commentaire par Parayre — 13/11/2008 @ 08:38

  5. Communication? N’est ce pas le mot moderne pour « propagande » ?

    Tiens au fait j’ai vu Luc Chatel ce matin sur TV5 Monde…. c’est pas possible cette maladie du gouvernement de refuser de prononcer le mot recession… Le journaliste lui demande si on est en recession. Réponse: on ne peut pas qualifier la situation si simplement… blablabla… je rappelle que sur l’année on est en croissance… blablabla… Mais « #¤%&/ est ce qu’on ne peut pas leur dire une fois pour toute de dire si OUI ou NON ils foutent du monde en faisant de la com? On ne demande pas si on est en recession, car ON Y EST. C’est la definition: 2 trimestres consecutifs de decroissance. Et inutile de refuser le mot en prenant l’exemple de l’année… pourquoi ne pas dire qu’on n’a jamais jamais connut de recession parce qu’en 10, 100, 1000 ans la richesse a progressé ? Pfff tout est une question de referentiel!

    Alors qu’il serait plus simple de dire: « oui, on est en recession ; comme l’Allemagne ; comme la Grande Bretagne. Mais voila ce que le gouvernement va faire pour relancer la machine…etc ». Arrgh ca m’énerve cette langue de bois, j’ai envie de foutre des baffes.

    Mais pourquoi on n’a pas en France un Jeremy Paxman qui n’a pas hésité a poser 12 fois la meme question au leader du party conservateur au Royaume Uni parce que ce dernier était évasif…?

    Commentaire par Vonric — 13/11/2008 @ 10:49

  6. Tiens j’ai une petite anecdote concernant la Com’ : je viens de proposer à la mairie de ma commune un projet pédagogique concernant « l’éducation à l’environnement ». Le projet a semble-t-il séduit et convaincu les élus de ma commune et un service de la mairie a été désigné pour mettre en place le projet. Ce service est… le service communication !
    (c’est sùr, c’est porteur les belles photos du maire et de son équipe au milieu des enfants en pleine nature :))

    Commentaire par Oeildusage — 13/11/2008 @ 11:10

  7. Elle est belle ma salade, elle est belle…
    Finalement le monde de la Com’ c’est un pittoresque souk au puces !

    Commentaire par Oeildusage — 13/11/2008 @ 11:17

  8. Et oui la com’ fait sont travail dans la sphère privée autant que publique. Les journalistes ont la lourde tâche de vérifier, trier, recouper, analyser. Ou est le problème? N’est-ce pas justement que les communiqués de presse ou les opérations de com’ se retrouvent sans filtre dans la presse sans travail journalistique, sans distanciation? Et je suis désolé de devoir vous le dire mais le champion toute catégorie dans ce domaine est pour moi le JDD qui a une capacité à relayer la com’ gouvernementale proprement honteuse.

    Commentaire par prof — 13/11/2008 @ 11:18

  9. Bonjour Aliocha,

    Comment faites-vous pour choisir l’information que vous allez relayer (ou analyser) dans vos articles?
    Faites-vous un filtrage personnel pour proposer ensuite un sujet à un comité rédactionnel (qui lui même reçoit son propre flot d’information)? Ou bien est-ce votre rédacteur en chef qui vous demande de plancher sur tel ou tel sujet?

    Dernière question: la com’, malgré son côté publicitaire, est-elle une source d’information pour vous, malgré tout?

    Aliocha : On choisit les sujets en fonction de l’actualité et de leur intérêt. Les idées viennent de tout le monde, journaliste, chef de rubrique, rédacteur en chef. Ensuite on trie et on hiérarchise. Les sujets peuvent être inspirés par les communiqués de presse. Tous ne sont pas stupides et puis il faut bien qu’à l’ère de la communication les gens informent la presse de ce qu’ils font. A nous d’en évaluer l’intérêt puis ensuite d’étudier le sujet en démèlant ce qui est du marketing de ce qui présente un vrai contenu informatif. Un peu comme un démaquillage.Que les gens soient tentés de valoriser leurs actions et leurs projets, c’est normal. Ce que je stigmatise c’est la généralisation de ce type de procédés et surtout l’aplomb grandissant des comuniquants qui ne jouent plus le jeu et refusent qu’on écrive autre chose que ce qu’ils ont décidé. Ils opèrent un véritable contrôle de l’information, entraînent les gens qu’ils nous font rencontrer à ne rien dire que de la langue de bois etc. C’est une véritable guerre. Après tout, on ne peut pas leur en vouloir de faire leur métier, sauf quand ils mentent effrontément. En revanche, je voudrais montrer que la lutte commence à devenir franchement inégale entre eux et nous les journalistes. La presse n’a plus d’argent, c’est entendu et quand on n’est pas indépendant financièrement on ne peut pas être indépendant moralement. C’est pourquoi je ne vois qu’une solution qui ne coûte rien et pourrait rétablir le rapport de force : une déontologie, obligatoire et sanctionnée. Moins pour la sanction, il ne faut pas se leurrer, on n’atteindra pas le risque zéro et bien des dérapages seront indétectables.Mais je pense qu’on amorcera une spirale vertueuse et qu’on y gagnera en poids symbolique. Or, il y a beaucoup de symboles dans le métier de journaliste, c’est même cela que nous avons plus que jamais à offrir. Je dis plus que jamais parce que je crois qu’au fond on n’a jamais eu autant besoin des journalistes pour trier le bon grain de l’ivraie dans cette avalanche d’informations marketing. Encore faut-il qu’on le fasse en ayant des raisons objectives à opposer à tous ceux qui souhaitent nous en empêcher.

    Commentaire par Zythom — 13/11/2008 @ 13:04

  10. Encore un billet bien stimulant…

    J’apprécie que vous ne tombiez pas dans le fantasme de la toute-puissance de la com’, qui consiste à croire que l’on peut vraiment faire croire n’importe quoi aux gens. Les premières victimes de ce fantasme sont, bien évidemment, les communicants eux-mêmes. Les autres sont ceux qui les prennent au mot, et en concluent que nous vivons désormais dans le monde de Big Brother: « tous manipulés, tous consentants ». C’est ce qu’on peut reprocher, d’après moi, au livre par ailleurs fort percutant d’Ignacio Ramonet, La Tyrannie de la communication.

    Hannah Arendt a analysé de façon exemplaire ce phénomène d’auto-suggestion dans son essai « Du mensonge à la violence ». On a presque mal à le lire aujourd’hui, tant ce qui fut écrit en 1969 paraît d’une brûlante actualité. Arendt parle des documents, révélés par le New York Times, qui témoignent de la façon dont le gouvernement américains avaient pris ses décisions concernant le Vietnam. Ce que montrent ces documents, remarque Arendt, c’est que « l’objectif primordial » poursuivi au Vietnam n’était ni le pouvoir, ni le profit, mais « la formation d’une image » — celle de la « plus grande puissance mondiale ». Je cite, c’est trop beau:

    « Faire de la présentation d’une certaine image la base de toute une politique — chercher, non pas la conquête du monde, mais à l’emporter dans une bataille dont l’enjeu est « l’esprit des gens » — voilà bien quelque chose de nouveau dans cet immense amas de folies humaines enregistrées par l’histoire. »

    Le problème, dit Arendt, c’est que les gens du Pentagone ont vraiment cru qu’ils pouvaient le faire. Ils ont vraiment cru que les résultats sur le terrain n’avaient pas d’importance, qu’on pouvait vraiment manipuler « l’esprit des gens », en appliquant des recettes publicitaires et en distillant des slogans et des communiqués mensongers. Ils ont ainsi fini par perdre totalement contact avec la réalité. Et c’est ainsi, dit-elle, que « les trompeurs ont commencé par s’illusionner eux-mêmes. » Ils avaient juste oublié que, dans un pays libre, on peut avoir accès à toutes les sources d’information. Autrement dit, ils avaient notamment oublié l’existence des journalistes.

    J’aimerais développer plus et mieux, voire tirer quelques conclusions pour le débat présent, mais le temps me manque. Et je suis déjà trop long.

    Aliocha : Du tout, vous n’êtes jamais trop long cher Philarete, nous avons besoin de références pour raisonner et souvent ces références me manquent. Que les trompeurs s’illusionnent eux-mêmes, c’est exactement ce que nous constatons au quotidien, nous les journalistes. Exemple, il y a quelques années, j’ai traité l’affaire Enron. Je me souviens à l’époque d’avoir eu des empoignades terribles avec l’un des protagonistes du dossier. Ses proches me disaient qu’il hurlait dans les couloirs que les journalistes étaient des imbéciles quand il lisait mes articles. Simplement parce que je refusais d’écrire ce qu’il me disait. Des années plus tard il est venu me voir et m’a dit un peu piteux : « j’ai relu vos articles, vous aviez raison, mais à l’époque, ce que vous écriviez, on ne voulait pas l’entendre ». La communication dérape me semble-t-il d’un objectif louable consistant à exprimer le plus clairement possible un message, vers celui, beaucoup plus contestable, de donner la meilleure image possible. En d’autres termes vers le marketing pur. Mais ce n’est pas le plus grave. Dans son livre sur « Journalisme et démocratie » Géraldine Muhlmann montre que le journaliste au fond a pour mission de partager l’information détenue par quelques uns avec le plus grand nombre. Certains y voient un rôle essentiel en démocratie dans la possibilité de faire vivre le débat (Kant), d’ouvrir les lieux de savoir et de pouvoir (Foucault), d’autres n’y voient qu’une vulgarisation insupportable (Le Bon et sa haine des foules), une manipulation des puissants (Chomsky), une allégeance au public (Bourdieu)etc. (et sous toutes réserves vous êtes plus savant que moi en philosophie et ces résumés vous paraîtront sans doute hardis). Bref, il me semble que le fait que la communication se soit intercalée entre le message originel et nous modifie la donne. Le message n’est plus délivré à l’état pur et transformé par nous mais déjà digéré, enjolivé, poli avant de nous être transmis. De même, avec le développement de la communication, nous n’allons plus à la recherche de l’information, nous sommes submergés par elle. Voilà à mon avis qui change énormément de choses. Et si on met cela en perspective avec Internet qui rend ces données accessibles à tous, alors là, c’est le grand vertige…

    Commentaire par Philarete — 13/11/2008 @ 19:45

  11. la communication est la prise en compte de l’existence des médias par tous les métiers. Les cadres, les entreprises, les administations doivent être avertis des conséquence de la médiatisation de leurs décisions et se préparer en conséquence.
    Etant donné les dégats que peut causer un article ou une photo, prendre le risque d’ignorer la communication c’est manquer de professionnalisme. d’ailleurs qui irait devant une cour d’assises sans avocat ?

    Aliocha : Et qui accepterait que l’avocat mente à la Cour, lui propose des cadeaux pour l’influencer, s’immisce dans la salle des délibérés et finisse par lui expliquer que c’est finalement lui qui va rédiger la décision à sa place ? Je n’ai rien contre la communication en soi, je dis qu’elle dérive et que la presse laisse faire.

    Commentaire par louis — 13/11/2008 @ 22:32

  12. @ aliocha,
    je ne souhaite pas faire l’apologie de la corruption, ce que vous avez bien compris.
    mais il est fondamental d’être aidé par des professionnels pour faire face aux médias. Il faut prendre en compte les habitudes de fonctionnement des rédactions leurs besoins leur limites et leurs contraintes. Puisqu’on ne peut pas contrôler ce qu’écrit un journaliste il faut contrôler ce qu’on lui donne. (par exemple le verrouillage de la campagne d’Obama, a été possible parceque les militants démocrates ont été beaucoup plus disciplinés que durant les campagnes précédentes)

    Aliocha : j’ai bien compris mais votre métaphore pouvait être utilement étirée de votre ressenti vers le mien. Et les mots que vous utilisez ici sont extrêmement évocateurs « puisqu’on ne peut pas contrôler ce qu’écrit un journaliste », non, on ne le peut pas et c’est heureux. Et si on y réfléchit 5 minutes, on s’aperçoit que dans une démocratie il ne faut surtout pas qu’on puisse contrôler ce qu’écrivent les médias car sinon, on entre dans un régime totalitaire. Or, c’est bien une forme de totalitarisme qu’est en train d’imposer en douceur la communication. Et le plus tranquillement du monde. En invoquant la nécessité que les journalistes, supposés stupides, n’écrivent pas n’importe quoi, en expliquant qu’on ne veut que les aider à faire leur travail. Foutaises ! Je conçois qu’il y ait des mauvais chez nous, et je sais qu’un mauvais article peut faire mal. Mais la communication a beau jeu de faire peur aux clients en leur expliquant que les journalistes sont si dangereux qu’il faut les côtoyer accompagnés, ne surtout rien leur dire et laisser faire les pros. Vous parlez de contrôler l’information qu’on nous donne. Je sais, mais sachez à votre tour qu’on n’en peut plus de cette info contrôlée, c’est-à-dire vidée de son sens, et que le jour où on en aura assez, ça risque de faire mal. Je dis cela sans aucune animosité à votre endroit et même, je vous remercie de votre commentaire qui est intéressant. Simplement, j’aimerais vous faire sentir ce qu’il peut y avoir de discutable d’un point de vue journalistique dans vos préoccupations, même si je les comprends car je me mets toujours à la place de ceux dont je parle quand j’écris un article. La communication dérive. Nous sommes tous bac +5 aujourd’hui et nous avons en face de nous des attachées de presse stupides qui nous sortent des âneries, voire qui nous mentent en niant des faits pourtant avérés. Aucun journaliste n’est dupe et l’agacement monte dans ma profession. Je vous le dis comme ça…

    Commentaire par louis — 13/11/2008 @ 23:00

  13. Chère Aliocha, vous écrivez en commentaire 12:
    « Et si on y réfléchit 5 minutes, on s’aperçoit que dans une démocratie il ne faut surtout pas qu’on puisse contrôler ce qu’écrivent les médias car sinon, on entre dans un régime totalitaire ».
    Ma réflexion porte sur ce que je connais, à savoir l’entreprise industrielle (notamment agro-alimentaire) confrontée à une crise. D’accord c’est un peu particulier mais le coté « extrême » permet de mesurer l’importance de l’impact médiatique.
    L’entrée en crise est déterminante car en quelques heures un faux pas, une absence, une incapacité font risquer la disqualification immédiate. En 1990 Perrier et des traces de benzène: résultat Perrier racheté par Nestlé; En 2000 listéria dans les rillettes Coudray: résultat disparition de Coudray (200 licenciements) et graves difficultés pour la maison-mère (paul Prédault). Je peux continuer: incident nucléaire, naufrage Erika, panne informatique, Société générale… C’est seulement pour souligner le risque que court une entreprise par rapport au risque du journaliste. Dés lors il ne faut pas s’étonner que des « guides de communication et une cellule de crise » soient (ou devraient être) préparés.
    Communication ou information « embedded »?
    Vous, journaliste, seriez-vous d’accord pour aider les entreprises de votre secteur à mettre en place ces guides, au cas où?
    Merci pour votre blog.

    Commentaire par araok — 14/11/2008 @ 23:44

  14. […] Dévoiler en permanence la fabrique de l’information participe de cette lutte de com’ , elle permet à vos lecteurs de vous soutenir dans cette lutte, d’être conscients des difficultés à bien exercer ce métier, et de casser les rouages des autres communications – institutionnelle, associative, financière, , sportive même – ; ces dernières fonctionnant justement en partie parce que personne – ou pas assez – ne met crûment à jour leurs nombreux et puissants moyens d’influencer les médias et les journalistes, toute théorie du complot mise à part évidemment. […]

    Ping par [12-2008] Crise du journalisme et des médias : 2 - Regagner la confiance | Miscellanée de réflexions — 08/06/2011 @ 17:18


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