La Plume d'Aliocha

05/11/2008

La féerie Obama

Filed under: Débats — laplumedaliocha @ 09:42

C’est étrange la politique. Il y a ceux qui croient au ciel et ceux qui n’y croient pas. Ceux qui pensent qu’elle changera le monde et ceux qui regardent les programmes, mesurent les enjeux, soupèsent les réseaux, analysent les dossiers et votent finalement pour celui qui les gérera au mieux, souvent les moins populaires. Au final, c’est celui qui fait rêver d’une autre vie qui remporte la mise. Comme si un politique pouvait changer le monde, ou rendre la vie plus agréable. Quel terrible leurre. Les peuples le savent d’ailleurs. Nous le savons tous, la politique, c’est bien loin du rêve, c’est l’art de gérer un pays, pas de rendre ses habitants heureux. C’est affaire de compromis, de stratégie, de rapports de force.  Les promesses ne sont jamais réalisées, sans doute parce qu’elles ne peuvent pas l’être. Mais c’est tant pis, l’élection d’un nouveau président est toujours le temps d’un rêve partagé, puis de la liesse des uns et de la déception des autres. Bientôt vainqueurs et vaincus seront réconciliés dans une déception commune, et retourneront à leur quotidien, jusqu’à la prochaine élection, où tout se rejouera, l’espoir, la bataille électorale, la fête, la déception. J’aurais voté Obama. J’appartiens à mon corps défendant à la catégorie des incurables rêveurs, il me semble qu’il vaut mieux s’offrir une part de rêve, vite déçu, que de naviguer dans un cynisme qui n’attend rien et trouvera quand même des raisons de se lamenter. Mais je crains, je sais, qu’Obama ne changera pas le monde et pas même la vie des américains. On ne change jamais vraiment rien dans une démocratie, ça va juste un peu mieux ou un peu plus mal, selon le talent de l’homme qui est aux commandes. Même si l’on s’obstine à voter pour des lendemains qui chantent avec la même force d’espoir que ceux qui entreprennent de renverser un régime totalitaire.

Il subsiste néanmoins une victoire symbolique, indéniable, qu’il faut saluer, la victoire d’un homme noir à la présidence des Etats-Unis. Cela ne changera sans doute rien ou pas grand chose à la grande folie du monde. Mais le symbole est acquis, quoiqu’il arrive. On le tient celui-là et personne ne nous l’enlèvera. Obama peut bien décevoir, ne pas apporter le lots de rêves qu’on a placés sur ses épaules et qu’il a fait semblant, ou peut-être cru vraiment, pouvoir porter. Il est là. Et déjà on se demande comment il aurait pu en être autrement. Au fond, comme le pensait Romain Gary, nous ne sommes pas encore des hommes, la preuve, nous sommes surpris, heureux mais surpris,  qu’un noir puisse accéder à la présidence américaine. Quel vertige de penser qu’une couleur de peau puisse modifier en quoi que ce soit la valeur que l’on accorde à un homme, non ?  Quel vertige de songer que jusqu’à hier soir ce préjugé pouvait triompher ? Il est tombé cette nuit lors d’une élection présidentielle dans la plus grande puissance du monde…mais ailleurs, partout ailleurs, nous savons bien qu’il subsiste. Au fond cette victoire met l’humanité entière face à ses préjugés et lui montre le chemin qu’elle doit encore parcourir. Nous ne sommes pas encore des hommes mais qui sait, peut-être, un jour…

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