La Plume d'Aliocha

03/11/2008

L’Assemblée mène grand train…Honnêtement.

Filed under: Eclairage — laplumedaliocha @ 09:32

La Cour des comptes vient de nous révéler que l’Assemblée menait grand train. Songez donc, son budget qui s’élevait à 506 millions d’euros en 2007 a augmenté de 47% en dix ans. Rien que cela ! L’affaire est sortie hier dans le JDD qui s’est procuré le rapport, confidentiel semble-t-il, réalisé au printemps dernier. Les radios et télévisions ont relayé l’information. Et nous découvrons, abasourdis, que si la France est en queue du peloton européen au chapitre du budget de la justice, elle occupe en revanche la première place en termes de frais de personnel de l’Assemblée. Comme quoi, quand on veut être en tête, on y arrive. Mais, nous précise-t-on immédiatement, il n’y a pas eu de malversation, juste de la négligence. C’est rassurant. Nos députés sont honnêtes. Ils ne se sont pas enrichis personnellement. La gestion inattentive d’un budget n’est pas un délit pénal. Tant mieux.

De si belles explications

Mais ne refermons pas le dossier trop vite, même si la réaction de Bernard Accoyer a été tout à fait admirable en l’espèce. De la vraie, belle, communication de crise. Que disent en effet les spécialistes de la communication dans une situation pareille ? D’abord qu’il faut admettre la faute pour désamorcer le conflit. Ensuite, qu’il faut avoir un mot pour les victimes. Cette étape là n’a pas été respectée mais il ne fallait pas trop demander non plus. Les excuses publiques à l’américaine, ça n’est pas la mode chez nous. Enfin, ils recommandent d’annoncer des mesures pour réagir au problème. Ce qui a été fait. Nous apprenons que l’augmentation de 3,89% du budget pour l’année prochaine est abandonnée et que les préconisations de bonne gestion émises par la Cour des comptes seront appliquées immédiatement.  Voilà un événement magnifiquement géré en termes de communication. Vous croyez voir un scandale ? Pas de tout, il n’y a rien d’illégal dans tout cela. Qui plus est, les intéressés par la voix de leur président, annoncent qu’ils feront plus attention à l’avenir. Splendide. Tout rentre donc dans l’ordre.  Fermez le ban.  On peut quand même se demander si tout ce qui ne relève pas du code pénal doit forcément être considéré comme correct ? Et là commence à poindre le mot de morale. Ô je sais, on va me le reprocher ce mot-là, me dire que je suis rêveuse, voire naïve, que c’est ainsi et que d’ailleurs, si nous étions à leur place, nous ferions pareil.  Je gage que si l’affaire venait à durer, mille explications plus pertinentes les unes que les autres viendraient nous convaincre que la Cour des comptes a eu tort de s’émouvoir. J’entends déjà nos amis députés nous citer l’inflation législative, à grand renfort de statistiques, rappeler que l’exécutif en est responsable puisque le Parlement travaille quasi-exclusivement sur des projets de lois gouvernementaux. En cherchant bien on trouverait, sans doute Outre-Atlantique, des chiffres de dépense démontrant que le train de vie des députés français est finalement modeste. Elle a bon dos la comparaison internationale, celle-là même que l’on dénie aux juges quand ils évoquent leur pauvre budget.

Le respect de l’argent public

Allons, il reste une belle question ouverte mais qui ne sera pas abordée. On nous dit qu’il n’y a pas de délit et le public en déduit alors que tout va bien. C’était l’objectif recherché. Est-ce pour autant qu’il ne faut pas s’indigner ? Je n’en ai pas le sentiment. Où est passé le sens du service public ? N’est-il pas choquant de découvrir qu’ici comme ailleurs la gestion de l’argent public est loin d’être optimale ? Depuis la réforme des finances de l’Etat, on rationnalise, et surtout on limite, les dépenses de la justice y compris celles destinées à élucider des affaires pénales (tests ADN, écoutes téléphoniques etc….). Comment expliquer alors que dans le même temps on laisse filer les salaires des fonctionnaires de l’Assemblée,  qu’on ne se préoccupe pas d’avoir une politique des achats saine ou encore que l’on réalise des travaux qui coûtent le double des devis pour rénover les immeubles appartenant à l’assemblée ? 

Pas de scandale

Cette affaire est très intéressante car je crains qu’elle n’illustre une fois de plus ce que les journalistes savent bien. Il n’y a pas ou peu de scandales en France. Non que nous soyons un pays plus vertueux qu’un autre. C’est simplement que les scandales ne prennent pas. Sans doute parce qu’il n’y a personne pour s’indigner. Il faut avoir des valeurs de référence pour se scandaliser, il faut aussi être convaincu que ces valeurs doivent être la règle et il faut enfin être prêt à demander des sanctions quand elles sont violées. C’est une chose que malheureusement, nous ne savons pas faire. Les budgets du Sénat, de l’Assemblée et de l’Elysée seront discutés en séance publique le 13 novembre à l’assemblée nous dit le JDD. Tiens, et si on suivait cette affaire ? Le compte-rendu des débats est public, il suffit d’aller sur le site.

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47 commentaires »

  1. « C’est simplement que les scandales ne prennent pas. Sans doute parce qu’il n’y a personne pour s’indigner », dites vous.

    j’ai quand meme l’impression que la symbiose qui existe entre politiques et journalistes en est responsable. le politique a besoin du journaliste qui ne peut pas exister sans politique, sauf pour les chiens écrasés. et le bon peuple écoute fidelement ce qui lui rapporte les « journalistes » du PAF.
    alors quand on nous dit qu’il n’y a pas faute, c’est ubuesque, car enterrer les responsabilités, alors que le moindre petit trader qui prend des risques pour une entreprise privée se retrouve dans les locaux de la brigade financière, et que nos responsables politiques se retrouvent dégagés de leurs responsabilités, je trouve ça ecoeurant. et que les journalistes (pas tous) en soient les complices, ç’est inquiétant.
    mais en meme temps, ces dérives en temps de crises ne traduisent elles pas la fin d’un systeme démocratico-politique tel que nous le vivons? les frais de budgets de nos instances politiques sont en pleine croissance exponentielle, mais il parait qu’il n’y a plus d’argent dans les caisses, sauf pour sauver le systeme financier, la recession s’installe. les explications données son brouillardeuse à souhait, et la « france d’en bas » n’y comprend plus rien. jusqu’à quand va-t-elle subir?
    il serait temps de se pencher sur notre démocratie.

    Aliocha : L’allergie contre les journalistes décidément rend aveugle. Vous parlez de collusion, mais avez-vous bien lu ce que j’ai écrit ? Le rapport, confidentiel (allez voir sur le site de la cour des comptes, il n’y est pas) est révélé par le JDD. C’est ça, la collusion ? Vous êtes sûr ? Le JDD fait son travail en donnant la parole au président de l’assemblée et celui-ci s’explique. Où est la collusion ? S’il ne l’avait pas fait on lui aurait reproché de n’avoir pas donné la parole à la défense. En d’autres termes, quoiqu’on fasse on est coupables ? Un livre vient de sortir sur le Sénat rédigé par un historien et une journaliste, c’est encore de la collusion, je présume ? (Le Sénat, enquête sur les superprivilégiés de la République, Editions du Rocher par Robert Colonna d’Istria et Yvan Stefanovitch)

    Commentaire par leinad — 03/11/2008 @ 09:57

  2. Et celle là, elle est pas belle :
    http://www.lejdd.fr/cmc/international/200844/comment-ingrid-betancourt-a-ete-liberee_161747.html

    Ainsi, L’Etat français a servi de leurre, on a enfin la « preuve » que le chef de l’Etat n’y est strictement pour rien dans la libération d’Ingrid Betancourt. Dans la rubrique  » mon amie la com' » c’est pas mal, non ?

    Moi je comprends pas pourquoi l’info n’a pas été présentée en Une du JDD. Est-ce parce que les élections américaines font plus vendre ? Ou parce que l’èvènement est trop ancien pour les médias ? Ou les deux ?
    On va voir si cette information est reprise par les autres journaux…( rien vu ce matin sur Libé.fr ni lemonde .fr)

    Commentaire par Phedra — 03/11/2008 @ 10:39

  3. Il faut voir si l’info est reprise par les autres gros journeaux, c’est ça qui aideras le scandal a éclater, il faut des phrases chocs, des beau graphiques avec les augmentation comparés dans les pays voisins, ce qui a augmenté le plus, et une critique des non-mesures annoncés (oui décider de ne pas augmenter cette année c’est juste une non mesure, et ça prouve assez directement que l’augmentation prévus n’était ni motivé ni justifié, laissant penser qu’on peut facilement aller plus loins). Bref du travail d’investiguation et d’information, j’espère qu’on verras ça sur papier et sur internet dans les prochains jours (semaines?).

    Moi qui suis plutot partisant d’un état impliqué dans la gestion du pays, je n’aime pas qu’il se conduise comme un gamin irresponsable et me donne tords, et s’il faut faire du bruit pour qu’il se conduise mieux, je suis partisant pour ne pas hésiter.

    Si ce travail n’est pas fait on pourra parler de collusion, il faut juger sur pièces…

    Commentaire par tshirtman — 03/11/2008 @ 10:40

  4. Ô je sais, on va me le reprocher ce mot-là, me dire que je suis rêveuse, voire naïve, que c’est ainsi et que d’ailleurs, si nous étions à leur place, nous ferions pareil.

    Si vous pensiez à moi, je suis au regret de vous décevoir, dans la gestion des comptes publics, il faut être le plus rigoureux possible, je suis d’accord avec vous. Le souci, c’est que là, les politiques n’ont pas la pression du marché, et ne sont pas incités à gérer convenablement, la Cour des Comptes n’étant clairement pas une contrainte de la même ampleur. Je ne dis pas qu’il faut tout privatiser, je dis que c’est assez logique, et que lorsque vous défendez une croissance de la régulation, c’est assez logique de constater ensuite ces effets.

    Non que nous soyons un pays plus vertueux qu’un autre. C’est simplement que les scandales ne prennent pas. Sans doute parce qu’il n’y a personne pour s’indigner.Il faut avoir des valeurs de référence pour se scandaliser, il faut aussi être convaincu que ces valeurs doivent être la règle et il faut enfin être prêt à demander des sanctions quand elles sont violées.

    Et bien voilà, je suis d’accord avec vous, nous vivons dans un pays qui fut une monarchie. Croire qu’en coupant la tête au roi, on allait abandonner ce régime, était une pure illusion. Quant aux valeurs de référence que vous évoquez, étant donné que personne n’a les mêmes, on en revient à la même problèmatique qu’au billet précédent. On fait comment pour unir tout le monde ?

    Commentaire par Polydamas — 03/11/2008 @ 10:40

  5. Bonjour,

    Etant optimiste par nature, j’aurai plutôt tendance à voir dans ce rapport – et dans sa révélation par les médias – un jalon allant dans le sens d’une plus grande transparence.

    Cela dit, sur cette affaire, il reste des points sur lesquels des compléments de la part de la presse pourraient être intéressants ; par exemple, dans l’article des Echos de ce matin sur ce rapport, il est fait état, outre des frais de personnel (156 millions d’€) de « charges parlementaires destinées à couvrir les indemnités et frais de représentation des élus ainsi que les salaires des collaborateurs » (pour 280 millions d’€).

    Personnellement, je trouve qu’il aurait été intéressant d’en dire davantage sur ces « charges parlementaires » qui peuvent rester un peu ésotériques pour le grand public – par exemple pour éclaircir ce que l’on entend par « frais de représentation » ou pour en dire un peu plus sur les facteurs d’augmentation des salaires des collaborateurs.

    Je n’ai pas eu le temps de faire une revue de presse complète sur ce point, mais ne pensez-vous pas qu’il y aurait matière à une information un peu plus développée ?

    Aliocha : Certainement. Mais vous observerez que l’affaire a été révélée un dimanche. Donc les journalistes des Echos ont traité le sujet hier après-midi en urgence. Ils n’avaient sans doute pas le rapport. Par ailleurs, il n’est pas toujours facile de trouver des experts qui répondent au téléphone le dimanche…

    Commentaire par Sébastien — 03/11/2008 @ 10:49

  6. 47% en dix ans? ca ne fait que du 4% par an… pas de quoi fouetter le chat 😉 Le véritable scandal est ailleurs. Pourquoi les autres budgets: santé, justice, éducation… n’ont pas augmenté de 50% eux aussi ?

    Aliocha : Soyons justes, le budget de la justice a presque doublé en dix ans. Mais le double de presque rien, ça ne fait pas beaucoup plus. A l’évidence, le train de vie de l’Assemblée n’a rien à voir avec celui de l’institution judiciaire et je ne crois pas que les députés aient jamais eu de difficultés pour s’offrir des post-it. S’agissant des autres ministères, je n’ai pas les données. Votre question montre la complexité de nombre de questions et donc la difficulté pour les journalistes de les traiter de manière exhaustive.

    Commentaire par Vonric — 03/11/2008 @ 10:54

  7. @Polydamas

    « Quant aux valeurs de référence que vous évoquez, étant donné que personne n’a les mêmes, on en revient à la même problèmatique qu’au billet précédent. On fait comment pour unir tout le monde ? »

    Hé bien, à défaut de valeur transcendentale, nous avons une Constitution. Au cas, d’espèce, l’article 15 de la DDHC me paraît un bon fondement pour interroger les pratiques financères de l’Assemblée.

    Commentaire par Sébastien — 03/11/2008 @ 11:03

  8. @aliocha

    ne vous meprennez pas, je ne parle pas de collusion, mais de complicité qui n’est pas généralisée, vous en etes la preuve, et d’un aveuglement coupable, mais ceci de la part des « médias » grand public. croyez vous que le figaro va en faire sa une?
    le monde, lui, vient d’en parler.

    et je ne fais pas d’allergie contre les journalistes, bien au contraire, sinon je ne vous lirais pas avec plaisir, mais contre certains qui ne respectent pas leur travail.
    par contre l’allergie contre les politiques, ça oui!

    allez, aliocha, ne prenez pas la mouche, bien que cela démontre une haute opinion de votre travail 🙂
    sinon, je vous, dénonce à Eolas 🙂

    Aliocha : OK, je vous présente mes excuses, je suis un peu susceptible en ce moment. Simplement, je voudrais faire comprendre qu’il faut apprendre à voir quand les journalistes font leur travail et à les encourager. Si nous avons le public derrière nous, nous seront plus forts pour nous faire respecter.

    Commentaire par leinad — 03/11/2008 @ 11:16

  9. >Il n’y a pas ou peu de scandales en France. Non que nous soyons un pays plus vertueux qu’un autre. C’est simplement que les scandales ne prennent pas. Sans doute parce qu’il n’y a personne pour s’indigner. Il faut avoir des valeurs de référence pour se scandaliser […]

    Cette conclusion m’a laissé songeur …
    C’est un peu faire l’impasse sur, en vrac, les avions renifleurs, les diamants de Bokassa, URBA, les HLM de Paris, le sang contaminé, ELF, etc …

    Lors de chaque remise de rapport de la Cours des Comptes, des « erreurs » de gestion sont pointées et communiquées par les journalistes.

    C’est peut-être cette régularité dans l’erreur qui fait que « le scandale ne prend pas ». On s’y habitue, et c’est juste l’image des pouvoirs publics qui s’en trouve définitivement dégradée (« tous pourris … »)

    Et puis, vouloir du scandale régulier, n’est-ce pas un peu populiste … Pour ça, il suffit de regarder certaines émissions de TV, style « Combien ça coute » …

    @ Polydamas (#4)
    >nous vivons dans un pays qui fut une monarchie. Croire qu’en coupant la tête au roi, on allait abandonner ce régime […]

    Là aussi je trouve ça un peu simpliste.
    Non, nous ne vivons définitivement plus dans un régime monarchique.

    Mais ce qui caractérise la France (par rapport à la Suède, ou à la Belgique par exemple, alors que dans ces pays, la royauté existe encore), et que l’on retrouve malgré tout dans de nombreux pays (comme la Russie par exemple), c’est l’attente du peuple envers un Chef (de l’état).

    Pour revenir à la fin de la monarchie en France, c’est ce qui a permis à Napoléon de prendre le pouvoir après que la Convention ait terminé dans le sang de la Terreur. C’est aussi ce qui a permis à De Gaulle de liquider la 4e république.

    Bref, si nous ne sommes plus en monarchie, nous avons toujours cette tendance à vouloir un Chef tout puissant … ce qui explique certaines dérivent que l’on pourrait qualifier (à tort) de « monarchiques » d’un coté, et notre incapacité à faire évoluer démocratiquement l’Europe.

    Commentaire par Yves D — 03/11/2008 @ 11:19

  10. Ce qui est scandaleux, c’est que ceux qui votent les lois (assemblée et sénat) et ceux qui sont chargés de les appliquer (et donner des leçons de morale au passage),ministère du budget et de la fonction publique notamment, sont régulièrement pris en défaut sur le train de vie de leurs occupants et sur le règlement des fonctionnaires qui travaillent dans ces établissements. Les grilles indiciaires de la fonction publique sont bien sûr appliquées (sauf pour les contractuels et autres chargés de mission) mais dévoyées par des primes diverses et variées qui rendent inéquitables le traitement des fonctionnaires suivant que vous soyez plus ou moins près du « bon dieu » (et je n’ai pas parlé de l’Élysée qui a augmenté ses collaborateurs de 50% en 2 ans)

    Commentaire par Bibasse — 03/11/2008 @ 12:13

  11. Je ne voudrais pas pinailler, mais brandir le repoussoir de la monarchie, comme le font Polydamas et Yves D me semble ici assez hors de propos. Ce qui est en cause ici est le budget de fonctionnement du Parlement. En revanche, ce que ce rapport me semble assez bien illustrer, c’est l’incapacité de l’Etat à respecter, dans son fonctionnement, les règles de saine gestion qu’il impose au secteur privé — notamment à travers les lois votées régulièrement par les députés. C’est particulièrement frappant dans le domaine de l’immobilier, où le dépassement de budget est quasiment systématique.
    Même lorsqu’il n’y a pas de délit caractérisé (en matière d’appel d’offre, par exemple), l’amateurisme semble la règle. Nous avons vu cela récemment avec le « grand chantier » du désamiantage de l’université de Jussieu : commencé en 1996, prévu pour durer trois ans et coûter 100 millions d’euros, il se poursuit toujours… et le budget avoisine désormais les 4 milliards. Si l’on me dit qu’à ce niveau, l’amateurisme lui-même est une faute grave, qui devrait mériter des sanctions aussi graves que s’il y avait des cas avérés de malversations… je n’y contredirai pas.
    Toutes proportions gardées, les travaux de rénovations des bâtiments de l’Assemblée, épinglés par le rapport de la Cour des comptes, relèvent manifestement des mêmes défauts : amateurisme, absence complète de sens des responsabilités, dispersion des instances de décision, opacité des procédures, etc. Quant à s’étonner du fait que le budget de ces travaux soit voté par les députés eux-mêmes, qui en bénéficient… Après ça, on peut bien faire des lois contre les parachutes dorés, mais si c’est pour les préparer au creux de palais douillets et non moins dorés, il ne faut pas s’étonner que les citoyens se méfient des protestations de moralité de ceux qui les gouvernent.
    Ce qui serait dommage est que ce rapport alimente un anti-parlementarisme déjà latent. À tout prendre, celui-ci me semble un danger bien plus grave que la prétendue « dérive monarchique » de la présidence (je ne nie pas que la présidence dérive, seulement qu’elle dérive « monarchiquement »…). Même si ce rapport de la Cour des comptes n’a aucune valeur contraignante, espérons qu’il soit l’occasion d’une salutaire mise à plat du fonctionnement des assemblées, et que les élus trouvent en eux la force morale de s’astreindre à une rigueur, à une sobriété dans le train de vie, à une stricte séparation entre leur travail de législateurs et leurs visées politiciennes, qui redonnerait vigueur à la vie démocratique de ce pays.

    Aliocha : Merci Philarete de ce recentrage du débat. Il est toujours difficile d’exprimer un indignation sans risquer de jeter l’opprobre aussi inutilement qu’injustement sur ceux que l’on dénonce. Etes-vous trop mesuré, on ne vous comprendra pas. Trop violent, les esprits mesurés refuseront de vous suivre et vous n’attirerez que les contestataires professionnels qui n’avaient pas besoin de cela pour dire que le monde est pourri. La justesse de ton est bien difficile à trouver. Il ne faudrait pas en effet qu’une campagne de presse aboutisse à remettre en cause la respectabilité de nos assemblées. Il ne faudrait pas non plus qu’elle se conclut dans l’esprit du public par un « tous pourris » en forme de renoncement. Quand j’évoquais l’absence de scandales en France, c’est à cela que je songeais. Moi et mes confrères sommes souvent surpris lorsque nous dénonçons un événement hautement critiquable du peu de résonnance que nous obtenons dans bien des cas. L’affaire fait du buit le jour même, le lendemain nous assistons à une contre-attaque qui souvent relativise l’information de départ, à tort ou à raison, et quelques jours plus tard, plus personne n’en parle. Tentez-vous un an après de faire la lumière, cela n’intéresse plus personne. L’affaire a été digérée plus ou moins bien, les conclusions ont été tirées, parfois trop vite et l’actualité a relégué provisoirement le dossier aux oubliettes de l’histoire. Certains diront que les français ont toujours aimé les Robin des bois et autres Arsène Lupin, il suffit de voir l’attention sympathique qu’ils portent à Kerviel par principe, avant même que la justice n’ait tranché le point de savoir s’il avait effectivement commis des fautes. Qu’ils sont donc relativement bienveillants, ou pas tout à fait assez exigeants avec le type de difficultés qui nous occupe. Des esprits plus négatifs encore soulignent qu’au fond chacun ferait de même s’il était en situation, d’où une relative complaisance. C’est possible, j’espère que ce n’est pas tout à fait juste. Je crois aussi que notre pays a peut-être renoncé à l’espoir que les choses aillent mieux, convaincu au fond que c’était un rêve inaccessible. Et l’indignation alors se meurt dans un gigantesque « tous pourris ». Il me semble en l’espèce que nous pourrions, nous citoyens, enjoindre aux députés de s’expliquer, sans rage ni colère mais avec fermeté, et leur enjoindre également de traiter leurs dépenses avec plus de respect pour l’argent public, qui n’est autre que le nôtre mais aussi le leur dès lors qu’ils sont soumis à l’impôt. Je vous rejoins donc entièrement dans votre conclusion. Mais qu’il est difficile de trouver le juste ton, l’exacte mesure….

    Commentaire par Philarete — 03/11/2008 @ 12:19

  12. J’ai beaucoup rigolé (jaune) lorsqu’il y a quelques années les parlementaires ont modifiés la loi qui obligeait jusqu’alors à rendre public les rapports et observations des cours régionales (ou départementales?) des comptes sur les budgets des collectivités locales/territoriales.

    Quis custodiet ipsos custodes?

    Très récemment (une dizaine de jours) j’ai encore ri jaune lorsqu’une majorité de députés à voté un ammendement discutable cf http://www.lejdd.fr/cmc/politique/200843/quand-lefebvre-defend-l-afrique_160162.html

    Quis custodiet ipsos custodes?

    pour ne pas être totalment hors sujet, j’attends des journalistes qu’à l’avenir, ils m’informent sur la suite effective que les députés donneront à ce « scandale ».

    Quis custodiet ipsos custodes?

    Aliocha : Le droit de suite est à la portée de chaque citoyen. Le JDD a révélé un rapport qui n’était pas destiné à être rendu public. C’était leur travail de journaliste. Ils ont ouvert le débat en sortant à la lumière ce qui était caché. Maintenant, le débat budgétaire est public et chacun peut y avoir accès sur le site des assemblées. Je suppose que mes confrères suivront le dossier, mais les citoyens peuvent le faire aussi. Et qui sait ? Protester auprès de leur député si ce qu’ils voient ne leur convient pas. Ou protester sur le web puisque c’est un nouveau moyen d’expression populaire qui monte en puissance. On a raison d’attendre beaucoup de la presse, mais il ne faut pas en attendre tout non plus.

    Commentaire par azerty — 03/11/2008 @ 13:22

  13. Quis custodiet ipsos custodes ?
    Il semble que le pouvoir législatif gère mieux son indépendance que l’autorité judiciaire.

    Aliocha, le droit de suite à la portée de chaque citoyen ? Vous plaisantez. Combien d’entre-nous sont-ils capables de démêler le jargon parlementaire et comprendre la portée de tel ou tel texte ? N’arrive-t-il pas que des administrateurs des assemblées s’amusent que des parlementaires comprennent à peine les textes qu’ils présentent et votent ?

    Les journalistes ont encore de l’avenir.
    Si le sujet intéresse encore quelques lecteurs/auditeurs/téléspectateurs/internautes.

    Commentaire par Lindir — 03/11/2008 @ 14:09

  14. « Le compte-rendu des débats est public, il suffit d’aller sur le site. »

    Et justement il n’y en a plus qu’un… ! Et cette réforme a été faite explicitement pour ne pas recruter d’administrateurs.

    Cela dit, c’est juste : le travail de l’Assemblée est public. Mais les journalistes (désolée) ne le connaissent pas pour autant ; je commence à fatiguer d’entendre répéter que l’amendement « retraite à 70 ans » a été voté « nuitamment », voire « en catimini » !! Regardez les horaires habituels de séance, c’est 9h30-13h, 15h-20h, 21h30-1h du matin. Et un vendredi où il faut finir 200 amendements, ben oui, ça finit tard… Ce n’est clairement pas du 9h-17h, dans la maison.

    Commentaire par cardamome — 03/11/2008 @ 15:22

  15. Le petit vent de folie continue à souffler sur notre beau pays. Il est passé par la bourse, fait un détour par l’Assemblée National, revient par les grands groupes industriels et financiers,… mais jusqu’où s’arrêtera-t-il, comme disait Coluche !

    Tiens, une petite dernière pour la route. Avez-vous entendu ce haut-cadre d’une compagnie aérienne nationale déclarer que des actions efficaces étaient mises en oeuvre pour diminuer les dépenses à tous les niveaux… Et ça commence par le poids du gobelet mis à la disposition du passager pour boire son petit café qui va être diminuer de quelques dixièmes de grammes pour économiser le kérosène ! 🙂

    Moi, j’ai pas fait ni l’ENA ni Polytechnique, mais si ils veulent, je peux proposer des tas de mesures efficaces pour traquer la dépenses inutiles.

    Par exemple, pour les hôtesses, un petit pipi avant de monter dans l’avion, ou tiens aussi, pour diminuer significativement la production de gaz carbonique, si nous retenions tous notre respiration pendant quelques secondes on économiserait sûrement des tonnes de CO2 !… (je suis d’ailleurs surpris qu’un politique n’ait pas encore suggérer cette mesure : les 30 secondes quotidiennes citoyennes de contribution à la protection de l’environnement !)

    Allez, à trois, on y va, on retient tous sa respiration…
    Aliocha vous donnerez le signal de fin…
    1, 2, 3

    Commentaire par Oeildusage — 03/11/2008 @ 15:55

  16. “Dorénavant, ça sera fromage OU dessert ! “

    Ceux qui ont des suggestions pour faire baisser le budget de l’assemblée, vous pouvez les faire là : http://monzoeil.unblog.fr/2008/11/03/lassemblee-nationale-bientot-au-pain-sec/

    Commentaire par Oeildusage — 03/11/2008 @ 16:29

  17. je sais c’est hors sujet mais cela clos mon message du matin à propos de Betancourt et du rôle de l’Elysée.
    Et c’est …LE FIGARO qui donne une suite au JDD!

    http://www.lefigaro.fr/international/2008/11/03/01003-20081103ARTFIG00376-pour-betancourt-la-france-s-est-compromise-avec-les-farc-.php

    Commentaire par Phedra — 03/11/2008 @ 16:31

  18. oups coquille… »cela clôt »

    Commentaire par Phedra — 03/11/2008 @ 16:33

  19. Tiens au fait, en parlant de budget à se donner une indigestion, il n’y avait pas une vieille histoire d’ardoise alimentaire, de budget de « frais de bouche » de 13 millions de francs ?… Rappelez-moi cette affaire…
    Comment s’appelaient-ils déjà ces goinfres de l’Etat ? Ch… Chi…

    Commentaire par Oeildusage — 03/11/2008 @ 16:41

  20. > C’est simplement que les scandales ne prennent pas. Sans doute parce qu’il n’y a personne pour s’indigner
    Ca prend comment, par quoi, un scandale? Il faut acheter les journaux qui en parlent pour inciter les rédacteurs à remettre le couvert, ou il faut monter à Paris manifester devant l’assemblée? Ou prendre rendez-vous avec son député pour l’enguirlander?

    Commentaire par LDiCesare — 03/11/2008 @ 19:00

  21. Si le JDD a eu le rapport entre les mains, et maintenant que l’article est là, comment le JDD justifie t il ne de pas diffuser ce rapport, afin de permettre aux citoyens de le consulter in extenso ? et d’ainsi pouvoir s’en forger son propre avis, sans le délicat mais désagréable sentiment de n’avoir encore qu’une partie tronquée de la vérité.
    Pourquoi s’arrêter en route ?
    Cel

    Commentaire par fallacieux — 03/11/2008 @ 19:00

  22. Le ton est juste, bon boulot. 😉

    A noter qu’il ne s’agit pas vraiment d’un scoop. Il y a longtemps que ces rapports gênants pour les deux assemblées, montrant le manque total d’autorégulation des élus du peuple, sont publiés dans Le Canard Enchaine. La réalité des gâchis décrits ne fait plus de doute depuis des années, je ne suis pas si sûr que les gens étaient mal informés à ce sujet avant la publication du JCC. Savoir pourquoi cela ne suffit pas à créer une pression publique suffisante…

    Bon, ben voila toujours ma petite pierre d’indignation : Je trouve que c’est un scandâââle [ton Georges Marchais] !! La grande majorité des parlementaires se foutent de la bonne gestion des deniers publics comme de leur premier cummul, et ne pensent qu’à leur intérêt personnel en matière de gestion. C’est indigne d’une démocratie moderne.

    Je me souviens d’avoir lu dans le même Canard qu’un « jeune » député avait proposé de réformer la rémunération des parlementaires, et qu’il avait été sèchement renvoyé dans les cordes. Peut-être qu’il faudrait retrouver ce genre de courageux (kamikazes?) pour leur apporter notre soutien.

    Commentaire par Kemmei — 03/11/2008 @ 20:19

  23. Il y a des milliers de français qui ont du mal à boucler leur fin de mois et nos parlementaires se vautrent dans le déraisonnable. Le terme  » tous pourris  » n’est pas approprié car non seulement ils le font sciemment mais en plus, ils n’ont pas honte. Une mesure qui pourrait les inciter à culpabiliser au moins le temps d’un repas, c’est de faire un défilé de travailleurs qui paient leurs impôts mais qui n’ont plus les moyens de s’offrir un vrai repas pendant qu’ils se goinfrent pour ronfler dans l’hémicycle.
    Les prises de conscience deviennent inévitables lorsqu’on est personnellement impliqué mais le reste du temps n’est que du fanfaronnage. Il faudrait demander à ses gens de vivre avec le minimum social pour qu’ils se rendent compte de la vie de la france d’en bas car ce sont ces mêmes gens qui ont votés pour qu’ils puissent se prélasser au frais de la princesse. Ça devrait être une épreuve obligatoire pour accéder à la candidature. Un jour, une goutte fera déborder le vase et ce jour là n’est pas si loin…

    Commentaire par franckwrite — 04/11/2008 @ 01:13

  24. Il y a un certain fatalisme de la part des citoyens français sur ce genre de problème. J’ai été frappé par l’absence de réaction en temps utile sur l’affaire du tribunal arbitral CDR/Tapie. Il y avait une possibilité de recourir à une tierce opposition dans un délai de trois mois, personne n’a rien essayé.
    Ce n’est pas la presse qui est en cause dans ces circonstances, mais les citoyens et les partis.
    Pendant la campagne présidentielle US, un des journaliste a cité un juge connu au 19ème siècle : »Le pouvoir ne concède que ce qu’on lui arrache ».
    Différence de culture.

    Commentaire par Mathaf Hacker — 04/11/2008 @ 09:56

  25. Quis custodiet ipsos custodes? (suite)
    @ Aliocha

    Loin de moi l’idée de « tout attendre de la presse » et je suis fort satisfait qu’un journal ou un autre relève de ci de là certaines « dérives ».

    Toutefois, par expérience, il apparaît que : primo, rechercher et traiter l’information requiert temps, compétences, qualités ce qui « légitime » socialement le travail des journalistes (vous ne faites pas vous même votre pain, vous l’achetez au boulanger); secondo, nombres « d’affaires » sont oubliés (que ce soit du fait des media, ou du lectorat).

    Donc oui il appartient à chacun de « garder » les gardiens, que ceux ci soient des élus, des journalistes, des juges, de simples citoyens, etc.

    La faille du système démocratique (comme de tout système) , c’est son incapacité (relative) à s’améliorer, à s’amender. Les élus en place ont tout intérêt à éviter de remettre en cause des règles dont ils bénéficient (cf les lois d’auto-amnistie suite aux problèmes de financement des partis politiques et aussi le maintien du cumul des mandats).
    A cet égard il est peu surprenant que le président de l’AN eusse préféré la confidentialité du rapport de la cour des comptes cela au mépris (à mon sens) du principe et de l’essence de la Démocratie

    Commentaire par Azerty — 04/11/2008 @ 12:27

  26. L’affaire sera enterrée par d’autres journalistes, qui traiteront avec fracas de l’élection américaine, d’un fait divers atroce de maltraitance, ou d’une affaire de mœurs croustillante.
    Les médias les plus consultés (TF1, 20minutes, direct soir et autres gratuits) n’en parleront même pas…

    Dans trois jours, ce sera oublié, et ce grâce à vos autres collègues.

    Et l’an prochain, le budget de l’AN pourra tranquillement augmenter, sans remettre en cause la bonne réputation du parti au pouvoir en matière de gestion publique

    Commentaire par Javi — 04/11/2008 @ 13:29

  27. S’il n’y avait que l’assemblée nationale… Mais cette mauvaise gestion s’étend à quasiment tous les niveaux, à toutes les administrations. A chaque fois la cour des comptes fait un rapport accablant et puis… rien. Les électeurs s’en contrefichent, les élus continuent comme si de rien était tout en promettant la main sur le cœur de ne pas laisser filer le déficit. En 2007, une candidate voulait que « chaque euro dépensé soit un euro utile ». Malheureusement, c’est le fils politique de Charles Pasqua et de Jacues Chirac qui a été préféré par les Français…

    Commentaire par Tristan — 04/11/2008 @ 22:19

  28. Je me demandais pourquoi un tel rapport etait confidentiel ?

    Sinon si un grand quotidien matraquait une demi colonne en une tous les jours sur ce genre de chose (du genre anecdote quotidienne plus dossier hebdomadaire sur, au choix, « gaspillage » – entre guillemets car je ne dispose pas de criteres objectifs pour juger – de l’argent public, promotion/decheance d’un haut fonctionnaire par le fait du prince, collusion visible entre pouvoir politique et milieu d’affaire), bref si un grand quotidien se lancait dans une croisade – ce qui est surement deontologiquement deraisonnable meme si je ne cerne pas trop dans quelle mesure -, pensez-vous que sur le long terme ca accrocherait ou ca lasserait le public ?

    Vous dites : « C’est simplement que les scandales ne prennent pas. Sans doute parce qu’il n’y a personne pour s’indigner. » Qui devrait s’indigner ? Si vous parliez des simples citoyens, quels sont leur moyen d’expression, comment peuvent-ils donner de la voix ? A part eux, qui devrait s’exprimer ? A l’etranger, dans une telle situation, qui s’indigne ?

    Ouh la la, beaucoup de questions ! Le merite en revient a votre article qui donne envie de creuser. Enfin un dernier mot pour evoquer l’affaire Mery qui a disparu derriere les 7 syllabes d' »abracadabrantesque ». Avec votre recul journalistique, l’impunite est-elle une realite dans les cercles de pouvoir en France ? Est-elle moins flagrante a l’etranger ?

    Au plaisir de continuer de vous lire.

    Commentaire par Humstel — 04/11/2008 @ 23:46

  29. Bon…, ben…, pour relayer ce hurlement de protestation inaudible et inutile, faute de mieux je propose que nous commencions déjà par lister les « Autorités Administratives Indépendantes Françaises » qui font un travail de sensibilisation, de contrôle et de surveillance fort intéressant mais fort stérile. Donc pour commencer nous avons :

    – La Cour des comptes : Depuis le temps qu’elle nous prouve à grand renfort de rapports fouillés que nos institutions politiques et autres administrations d’état manipulent les deniers publics comme les jeunes enfants de classes maternelles apprenant à écrire manipulent les crayons de couleur et s’en mettent plein sur les doigts, sur la blouse, par terre, sur le pupitre… mais ils sont tellement heureux et fiers de leur travail !

    – La CNIL : A chaque nouveau fichier mis en place, on entend sa petite voix fluette poindre de derrière le brouhaha populaire de protestations qui vient murmurer sa très ferme opposition…

    – Les diverses Commissions Parlementaires : ce sont de belles institutions qui émergent dans le débat public comme ces majestueux moulin à vent apparaissent dans le paysage : c’est beau, ça tourne… mais ça mouline un peu dans le vent. Des fois même, c’est presque digne d’une représentation théâtrale : acteurs, grandes tirades lyriques, de la haine, des larmes… vous vous souvenez ?…

    – Le Grenelle de l’Environnement : « C’est le feu vert qui ouvre la voie du grand chemin de la sauvegarde de l’environnement… dommage que la voiture n’a pas encore démarré ! »

    – etc…

    Commentaire par Oeildusage — 05/11/2008 @ 11:14

  30. @ Tristan:

    Les promesses n’engagent que ceux qui les reçoivent…

    @ aliocha:

    Vous savez qu’à vous lire, on a vraiment l’impression que vous êtes la seule à défendre la démocratie. J’avoue que c’est un peu lassant, cette posture moralisatrice n’admettant pas de critique, comme si les journalistes étaient les dignes représentants du peuple. Or, le souci, c’est qu’ils ont autant, voire plus de parti pris que beaucoup d’hommes politiques.

    Aliocha : Cette impression est fausse. Il y a une nuance me semble-t-il entre défendre une profession et la promouvoir au rang que vous évoquez. je ne la rêve ni au-dessus ni en-dessous de ce qu’elle doit être. Donc je continuerai de la défendre tant qu’elle sera injustement attaquée.

    Commentaire par Polydamas — 05/11/2008 @ 11:34

  31. En même temps il n’y a aucune raison pour que les journalistes soient soumis à une obligation de neutralité politique. La presse d’opinion, ça existe. Historiquement c’est même la première, je crois bien.

    Commentaire par tschok — 05/11/2008 @ 20:05

  32. @ Tschok:

    Evidemment qu’ils ne sont pas neutres, mais qu’ils arrêtent de se présenter comme les gardiens de la démocratie, je sais bien qu’il faut toujours se créer des illusions, mais enfin à ce niveau, tout de même…

    Et comme par hasard, certains reçoivent des subsides de la part de l’Etat pendant que d’autres se battent pour rester en vie. Visiblement, tout le monde n’a pas les mêmes armes. Et puis je le répète, quelle est la légitimité des journalistes pour nous dire ce qu’il faut penser de tel ou tel soi-disant scandale ?

    Commentaire par Polydamas — 06/11/2008 @ 09:27

  33. @Polydamas : « …quelle est la légitimité des journalistes pour nous dire ce qu’il faut penser de tel ou tel soi-disant scandale ? »

    Celle de se dire aussi qu’il y a autant de journalistes qui viendront donner leur version des faits que d’opinions. Finalement, c’est au lecteur de choisir son journalisme, le principal étant quand même que les journalistes qui avancent une explication le font en général avec des éléments concrets.

    Les journalistes proposent la substantifique moelle des faits, à vous de rester maitre de leur interprétation.

    Commentaire par Oeildusage — 06/11/2008 @ 10:53

  34. @ Polydamas,

    OdS vous a répondu.

    Mais on peut employer d’autres termes pour dire la même chose:

    – qu’est ce qui est le plus important pour le citoyen: la légitimité du journaliste ou sa crédibilité? Les journalistes n’étant pas un corps constitué ou une institution, la légitimité, on s’en fout un peu à vrai dire.On peut toujours par une formule dire que la légitimité du journaliste tient dans sa crédibilité, mais c’est un peu intellectuel Ce qui compte, c’est de conserver sa liberté d’esprit, d’où,

    – qu’est ce qu’être un esprit libre? Quelqu’un qui pense par soi-même, auquel cas les journalistes sont perçus comme un élément perturbateur et le citoyen voudra juste lire une dépêche AFP la plus neutre possible et prendra en fin de compte son autisme intellectuel pour de l’indépendance d’esprit, ou bien, penser avec les autres,dont les journalistes, auquel cas on accepte le flux d’informations émis par les journalistes en exerçant son esprit critique?

    Commentaire par tschok — 06/11/2008 @ 12:26

  35. Bonsoir tschok,

    Qu’est-ce que quelqu’un qui pense par soi-même ?

    Commentaire par Fantômette — 06/11/2008 @ 19:55

  36. Bonsoir Fantômette,

    Comment allez vous?

    Je vais répondre un peu à côté: on valorise une sorte d’individualisme intellectuel (penser par soi-même, c’est être libre)qui certes nous apprend à être indépendant des idées des autres, donc nous apprend la distanciation, la critique, mais nous conduit aussi à nous isoler des idées des autres, des autres idées, c’est à dire des idées qui nous sont autres. Cela peut mener à une forme d’autisme intellectuel qui combat l’altérité.

    Polydamas soutient que les journalistes ne sont pas « légitimes » pour « nous dire ce qu’il faut penser de tel scandale ».

    Il oppose une fin de non recevoir à un groupe social (les journalistes) au motif selon lui que ce groupe prétend nous imposer ce qu’il « faut penser » de telle ou telle chose.

    On est donc dans le registre de l’intrusion et de la domination: penser est une épreuve de force entre un esprit qui tente d’imposer quelque chose et une esprit qui veut lui résister, qui veut continuer à penser par lui-même.

    Dans cet ordre d’idée, penser par soi-même relève de l’intégrisme psychique: vous savez que nous traversons cette existence en subissant diverses agressions psychiques de toutes natures(la mort d’un proche, le fait de devoir payer ses impôts, la vision d’une personne renversée par une voiture, le fait d’avoir été victime de violence ou de viol, l’humiliation publique infligée par un rival, la confrontation à des idées qui nous sont étranges, la nouveauté,changer d’avis, la perte d’un procès, etc). Ces agressions provoquent des changements dans notre psyché bien que notre esprit soit doté de mécanismes qui nous permettent de protéger notre intégrité psychique, c’est à dire qui lui permettent justement de ne pas subir de modifications. Mais il arrive que certains d’entre nous fassent le choix de traverser leur existence sans subir de modification de leur psyché.

    Par exemple, je regardais Arlette Laguiller en me disant que cette femme n’avait pas changé. Le monde a profondément changé, mais pas elle: elle croit encore dur comme fer au communisme et tient pour nul et non avenu tout ce qui a pu l’invalider.

    Elle a donc traversé son existence en refusant et en réfutant tout changement de sa psyché, sans doute au moyen d’un dispositif de protection de son intégrité psychique particulièrement blindé.

    Elle a donc atteint une forme ultime de la pensée par soi-même.

    Commentaire par tschok — 07/11/2008 @ 18:30

  37. Bonsoir tschok

    Ça va aller, je crois. Merci.

    Je pensais, en lisant votre réponse, à la théorie de la séparation des pouvoirs. Une théorie souvent mal comprise. On parle de séparation, et beaucoup entendent quelque chose de très définitif dans ce terme. Séparation. Distance. Coupure. Rupture peut-être.

    Quand, finalement, il n’est question que d’articulation des pouvoirs entre eux, et non de séparation, au sens strict.

    Dans une sorte d’histoire imaginaire de la pensée humaine, je serai tentée de distinguer trois grandes étapes vers, qui sait, peut-être la naissance d’un esprit libre.

    Tout d’abord, la pensée liée. C’est la pensée par imitation. Le stade premier de la pensée passe par le mimétisme. C’est nécessaire, et c’est une bonne chose, puisque ce n’est nécessaire. « Et toi, qu’est-ce que t’en penses ? Oh, moi, je pense pareil. »

    Ensuite, la pensée dé-liée. Celle-ci s’affranchit de la première, car elle doit naître à elle-même. Cette pensée là se méfie ontologiquement de toute pensée autre. Car elle doit, pour se reconnaître elle-même, se distinguer des autres. C’est un stade d’opposition systématique. J’aurais tendance à y voir l’occasion de se construire une logique. Car la pensée dé-liée, doit pouvoir se fonder elle-même. C’est évidemment si difficile, que c’en est quasiment impossible.

    D’où la troisième étape :

    La pensée alliée. C’est une pensée complexe. Elle est à la fois indépendante et réflexive, c’est-à-dire capable de se retourner sur elle-même. De se traiter en pensée à soi et pour soi, mais aussi en pensée autre, à faire passer par le fer de la contradiction et l’acidité du doute. Elle s’organise et évolue en fonction de celles qui les entoure.

    Peut-être est elle une forme de « pensée chandelle », comme on parle de « neurone chandelle » : elle « est », mais également, et peut-être surtout, elle « fait passer ». C’est une forme de pensée à laquelle je pense comme une pensée éclairante. Ou oblique. Elle utilise les pensées autres, non pour s’y fondre, ni pour les rejeter, mais… j’ai du mal à trouver le terme ici (aidez-moi, si vous comprenez un traitre mot). Peut-être pour les entrainer, en un sens. S’en faire des alliés.

    La forme ultime de pensée par soi-même, comme vous le dites, est un fait une impasse.

    La forme la plus pure de pensée par soi-même est une impasse.

    Elle est donc incapable de liberté, puisque, par définition, elle est coincée (oui, je sais, je file une métaphore, ce qui ne démontre rien. Je suis la première à le reconnaître. Je ne démontre rien ; d’ailleurs, je ne cherche à rien démontrer).

    La pensée libre est donc ailleurs. Elle est je crois, dans ce que je décris (tente de décrire) comme étant une forme de pensée « entraînante ». Voilà.

    J’ai écrit ce com au fil de la plume. A secouer avec prudence donc.

    Commentaire par Fantômette — 07/11/2008 @ 19:31

  38. Je vous suggère: une pensée qui se combine. Une pensée combinatoire.

    Mais là vous parlez de la libre pensée (donc plus de la pensée par soi-même), que je concevais plus comme une pensée de rupture pour ma part, donc en fait comme une pensée dé-liée pour reprendre votre distinction.

    En fait l’homme est pétri dans les mots et les mots sont le produit d’un empilement infini de connaissances, d’un héritage « méta-historique » (je raconte n’importenaouak, c’est vendredi, il est tard, je débloque) et « englobant ».

    Englobant: c’est la notion de la main qui dessine la main. Par exemple: je ne peux pas penser le langage autrement qu’avec des mots, je ne peux donc pas sortir du langage pour le penser autrement qu’en langage. Mathématiques: j’ai besoin de nombres et d’opérations de base que je complexifie progressivement (pas moi, je suis nul en math, mais l’être humain). Hors de ce modèle, je ne peux plus faire de mathématiques. Religion: idem. Etc.

    La libre pensée, c’est peut être sortir de ce qui est englobant, aller à la surface de l’oeuf comme disait les surréalistes. Mais du coup, on invente un nouveau modèle qui est lui même englobant.

    Donc, retour à la case départ.

    Pourtant il y a évolution de la pensée. Si la pensée était aussi englobante que ça, si on ne pouvait jamais sortir de ce qu’on pense penser en pensant, on aurait atteint très vite des limites à la fois sur le plan de la cognition et celui des connaissances.

    On peut donc dire, comme vous le suggérez que la libre pensée désigne l’ensemble des processus intellectuels qui font évoluer la pensée, de façon « entrainante » pour coller à votre analyse à laquelle je souscrits.

    Cela dit, sur la notion de progrès il y a aussi une thèse qui postule qu’on ne fait jamais que dire la même chose depuis le commencement des temps, mais différemment. Une « sublime récapitulation », mais d’un autre genre que celle du vénérable Yorge.

    Ainsi il est assez commun d’entendre dire: « ah! les Grecs ont tout inventé ». Ou encore: « on n’a jamais fait mieux que Spinoza ».

    Le fait qu’il existe une thèse contraire à une autre nous fournit peut être une piste: la libre pensée est peut être ce qui se produit dans le dialogue des arguments contraires.

    En somme, penser librement reviendrait à développer une pensée des contraires, non pas pour se poser en s’opposant – ce serait la pensée dé-liée, mais pour créer une sorte de détonation de la pensée, une explosion interne.

    Penser librement, serait ainsi casser la pensée et même se casser sa pensée.

    Vous voyez que même un vendredi soir on a de quoi s’occuper l’esprit.

    A des futilités?

    Commentaire par tschok — 07/11/2008 @ 20:49

  39. Ah je ne sais pas.

    Définissez « futilités ».

    Non, je plaisante.

    Non après tout, je ne plaisante pas : je ressors mon Collins English Dictionary, qui nous avait inspiré la dernière fois, et qui donne au mot « futile » l’étymologie suivante : qui laisse fuir aisément son contenu (« pouring out easily »).

    Ahah. Voilà qui me semble éclairant, et pourrait s’accorder à votre conclusion.

    La libre pensée est celle qui laisse fuir aisément son contenu, après explosion interne, et dispersion des éclats de mots.

    Futilités, donc ; ultimes futilités.

    Bonne soirée, tschok.

    Commentaire par fantômette — 07/11/2008 @ 22:07

  40. Bonjour tschok,

    Je reviens brièvement sur le fond de votre com précédent.

    On en arrive à distinguer « pensée par soi-même » et « libre pensée » d’une façon qui me plait bien. Ne serait-ce que parce que, du haut de mon expérience des choses de la vie (eh oui), je dirai que rien n’est libre qui n’ait d’abord été libéré.

    Donc, « la libre pensée », pensée comme libérée de la « pensée par soi-même » colle à mon expérience.

    Sur la formulation de « pensée combinatoire », je crois que vous avez réussi à comprendre ce que je voulais dire, ce qui est un soulagement (ouf). Je déteste ne pas réussir à me faire comprendre (sauf quand c’est stratégique évidemment). Je l’adopte, à cette réserve près que manque à ce terme la dimension dynamique que je perçois derrière l’idée. Il s’agit d’une pensée qui SE déplace et déplace les autres. D’où : « entraînante ».

    Je crois par contre avoir toujours un peu de mal à vous comprendre lorsque vous évoquez ce qui est, chez vous, je commence à m’en apercevoir, une véritable théorie, celle de la « sublime récapitulation » ou du « discours englobant ».

    Tout se passe comme si vous cherchiez à vous défendre d’une certaine conception de la pensée conçue comme une pensée tournante (littéralement : révolutionnaire), centrée sur elle même, et qui ne fait le tour d’une question que pour revenir à son point de départ, et dont le principe serait d’absorber, pour les assimiler, toutes les pensées autres. Un trou noir, donc.

    Ce que je n’arrive pas à comprendre, c’est ce que vous mettez exactement derrière. Contre quoi luttez vous exactement ? Contre un principe d’explication qui serait universel ? La théorie unifiée du grand tout ? Ou bien contre la tentation d’y croire ?

    Ou est-ce autre chose ?

    Bref, à cet endroit de votre raisonnement, vous continuez de m’échapper.

    Commentaire par Fantômette — 10/11/2008 @ 13:38

  41. Bonjour Fantômette,

    Je vois que vous employez votre temps libre à cogiter et c’est toujours un réel plaisir de voir quelqu’un cogiter. C’est même un des plus beaux spectacles qui soit donné de voir.

    Ne me lancez surtout pas sur le sujet de la sublime récapitulation, je pourrais vous écrire une thèse, bien que je ne m’en sois pas fait une vraie théorie, au sens académique du terme.

    La sublime récapitulation n’a pas grand chose à voir avec la libre pensée parce que celui qui est pris dans la sublime récapitulation ne se pose même plus la question de savoir s’il pense librement: il récapitule son savoir en accumulant à chaque nouvelle couche un nouveau savoir sur le savoir. Puis un savoir sur le savoir sur le savoir, et un savoir sur le savoir… etc.

    Pour me situer comme vous sur le terrain de l’expérience, l’expression « sublime récapitulation » me vient du Nom de la Rose et j’ai commencé à l’appliquer spontanément à des personnes qui m’opposaient ou opposaient à d’autres un refus d’accès au savoir et à sa connaissance (sa mise en mouvement si vous préférez) au motif que celui-ci n’était pas accessible si on ne passait pas auparavant par un autre savoir (tu ne peux pas comprendre tel auteur X si tu n’a pas lu tel auteur Y, et tu ne peux pas comprendre Y si tu n’a pas lu Z, et tu ne peux pas comprendre Z si tu… etc), autre savoir qui ne correspondait jamais qu’à leur propre formation intellectuelle.

    Je me suis alors rendu compte que ces personnes désiraient inconsciemment que les autres soient un petit clone d’eux mêmes, une duplication de leur propre esprit, alors même qu’ils prétendaient ne pas vouloir convaincre et respecter la « liberté de penser » (je t’en fous oui).

    Pour parler comme un juriste, c’est à dire non plus sur le terrain de l’expérience, mais sur celui de l’expérimentation, l’observation du phénomène « sublime récapitulation » permet de dégager des critères. Vous êtes en face de quelqu’un qui pratique la sublime récapitulation lorsque:

    – Il y a mise en abîme du savoir: le savoir n’étant pas immédiatement accessible et pas immédiatement utilisable, seul celui qui « a lu » est légitime pour en parler et plus il a « tout lu », plus il est légitime. A l’intérieur de la secte des sublimes récapitulateurs, il y a une hiérarchie: grand prêtre, moyen prêtre, petit prêtre, disciple, aide de camp, etc.

    – Il y a hiérarchie du savoir: pour le sublime récapitulateurs, l’univers est une superposition de niveaux hiérarchisés selon un ordre aussi ancien que la culture, selon lui. Il distingue ce qui est noble, pur, élevé de ce qui ne l’est pas, ou moins. Cette hiérarchisation implique deux choses: la traçabilité de la pensée et la possibilité de faire des extrapolations. Exemple: un récapitulateur pourra très facilement vous dire « si vous dites que l’Etat doit réguler les marchés, alors vous êtes keynésien (traçabilité de votre pensée, selon lui) donc, vous êtes communiste (extrapolation) ». Si vous avez le malheur de lui répondre qu’il se trompe il vous dira: « vous êtes malhonnête intellectuellement ».

    – Il y a « englobance »: le sublime récapitulateur produit des modèles pour penser avec qui sont englobants et se révèle assez rapidement incapable d’en sortir. Tout ce qui est hors de ce qui est englobé est néant impensable et indépassable.

    – Il y a entreprise de domination: le sublime récapitulateur poursuit un but de domination. La « possession » du savoir ne satisfait pas son désir de valoriser son égo qui ne trouve son véritable contentement que dans l’affirmation de soi au détriment d’un contradicteur ou d’une personne qu’il prend pour cible.

    Voilà en gros ce que je mets derrière la sublime récapitulation.

    Vous aurez compris que c’est un comportement intellectuel que je n’encourage pas et que je juge de piètre qualité sur un plan aussi bien humain que purement intellectuel.

    C’est hélas un comportement assez courant, mais je ne lutte pas particulièrement contre cela parce que je préfère employer mon énergie avec des personnes qui n’ont pas ce mode de penser, c’est bien plus intéressant.

    Comme vous le voyez, mon « raisonnement » n’avait rien de bien sorcier: je préfère les gens intellectuellement ouverts plutôt que verrouillés, ce qui est assez commun comme préférence.

    Par ailleurs, je ne vois aucune opposition à un principe d’explication universel ou à une théorie unifiée du grand tout: rationnellement, cela peut constituer un objet d’étude comme un autre. Mais l’intérêt intellectuel de ce genre de concepts ne me semble pas évident, alors que leur potentialité fantasmatiques sont proprement phénoménales: avec des théories de ce genre on met un pied dans le religieux et un autre dans le mysticisme le plus irrationnel.

    Il n’est que de voir le nazisme qui fut un immense fantasme collectif de fusion dans un grand tout, avec cet extraordinaire jeu de miroir que fut le programme nucléaire américain, initialement ciblé contre l’Allemagne hitlérienne, et qui se proposait très concrètement de fondre dans un grand tout, mais d’une autre façon, tous ceux qui donnaient corps à l’entreprise nazie.

    Et là, j’attire votre attention sur le fait qu’à partir du moment où l’on propose des explications globalisantes, explicatives du Tout, le fantasme de fusion se met en route, comme un conditionnement mental: l’explication universelle déclenche chez nous une volonté de nous dissoudre dans ce grand Tout. Evidemment, il faut savoir l’amener. A froid, comme ça, ça ne marche pas. Il faut une évocation poétique.

    En Occident, on pourrait être tenté d’attribuer ce mécanisme à la religion chrétienne, qui l’entretient soigneusement à travers le rite, la foi et le message divin (communions ensemble mes frères autour de l’homme qui est le fils de dieu créateur du monde, qui nous a fait à son image et qui est omnipotent). Tous les ingrédients y sont.

    Eh ben non.

    Ailleurs dans le monde et en d’autres temps, d’autres civilisations ont éprouvé et éprouvent ce même fantasme de dissolution, de fusion de l’être dans le grand tout.

    Si je devais m’intéresser à « l’explication universelle », je la considèrerais plutôt comme phénomène ou comme objet, mais pas comme quelque chose qui correspondrait à une quête personnelle.

    En clair, je ne suis ni marxiste ni croyant, pour me référer au deux grands systèmes explicatifs universels et globalisants (objets et sujets d’eux-mêmes) que je connais.

    Commentaire par tschok — 11/11/2008 @ 18:19

  42. Intéressant.

    J’ai ressorti le livre et retrouvé le passage intégral du sermon de Jorge, pour remonter à vos sources (si vous le trouvez en poche, c’est page 428 et suivantes).

    Il y parle du savoir comme d’une forteresse indestructible, immobile, au contraire de l’histoire des hommes, qu’il décrit en marche « d’un mouvement irrépressible ».

    Nos pensées se rejoignent. La sublime récapitulation, c’est la pensée forteresse : qui se protège, ne laisse personne entrer, et domine alentours. Ce sont les critères que vous dégagez de votre propre experimentation. Jusques et y compris dans l’organisation hiérarchisée de la forteresse.

    La pensée libre échappe à la sublime récapitulation du simple fait qu’elle est en mouvement, c’est-à-dire qu’elle est fondamentalement une pensée qui s’échappe – de la forteresse, donc. Elle y ouvre une brèche.

    Hum. Vous me donnez matière à réflexion.

    Mais, vous savez ce que je crois ? Je crois que les forteresses sont souvent moins imprenables qu’il n’y parait.

    Commentaire par Fantômette — 12/11/2008 @ 21:47

  43. Ah ben j’ai failli le louper ce com là!

    A force, je me perds dans le dédale.

    Certes, les forteresses sont souvent moins imprenables qu’il n’y paraît, mais encore faut il que ça en vaille le coup: la pensée forteresse, vous en faite vite le tour, comme des vraies forteresses.

    C’est ça l’inconvénient des forteresses: ça s’encercle rapidement.

    Donc, ça lasse.

    L’ennui est le grand ennemi de la sublime récapitulation: on s’emmerde sec dans le monastère du vénérable Yorge, d’un ennui mortel.

    Commentaire par tschok — 18/11/2008 @ 13:59

  44. « …je me perds dans le dédale »

    Ah ?

    Parvenez-vous à vous perdre et rester libre ? Cher tschok ?

    Commentaire par Fantômette — 18/11/2008 @ 19:54

  45. Oui.

    Je me suis évadé par une bouche d’aération.

    Et zouuuu!

    Commentaire par tschok — 19/11/2008 @ 20:30

  46. […] vous avais promis un droit de suite au sujet du rapport confidentiel de la cour des comptes sur les dépenses de l’Assemblée nationale. Voici un court extrait des débats à ladite assemblée le 13 novembre sur ce […]

    Ping par Ah ! La communication politique « La Plume d’Aliocha — 10/12/2008 @ 12:53


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